PEER
veloppe de sa capiteuse et impalpable présence.
Qu'elle est exquise dans sa robe ténébreuse et de la mode la plus récente ! Son visage puéril et fardé me bouleverse à la façon de ceux que j'ai aimés. Elle sourit, désinvolte mais rougissante et ne sait comment engager l'entretien. J'ai pitié de sa confusion et lui dis :
— A tout ce qui vaut la peine de souffrir, à . tout ce pour quoi nous combattons et nous mourons, nous donnons un visage de femme.
Le rêve qui monte en nous, âpre et brusque, c'est vous. L'élan, la témérité, le sacrifice têtu sont des preuves passionnées d'amour et des efforts à votre tendresse, à votre reconnaissance, à votre orgueil. Ah ! voyez-vous, ce que nous craignons, c'est que vous ne soyez pas, toutes, dignes de nos renonciations. Il vous faut mériter nos souffrances. ,
— Ne sentez-vous pas’que nous sommes der-
ms comme de longs regards d'amour ?
Un coin de notre cœur, — le meilleur, le plus pur, — vous est gardé.
— Oh! la jalousie ne nous a pas empoignés.
C'est un sentiment étroit et rare qui n'est pas de cette guerre.
— Nous ne pouvons avoir la perfection de votre dureté. Puisque tu es, ce soir, enclin à la méditation, je tâcherai de descendre aux profondeurs, d'amener à la clarté des principes et des réflexes de l'âme féminine actuelle. Vous, vous êtes revenus à la terre, avec des instincts dépouillés, purs de tout alliage mièvre, avec l'ingénuité de l'animal. Cette simplicité a rejailli sur nous et nous a d'autant mieux asservies que nous étions plus près de ia nature. Or, la mort ravage notre œuvre déjà douloureuse.
La guerre dépeuple cette. planète que nous étions chargés d'enrichir d'hommes. Une "sombre ethaletante ardeur de recréer est, aujourd’hui, en nous. Il faut remplacer ceux qui
disparaissent. Je n’ai pas trop de mes ouvrières pour combler les vides. C'est ainsi que vous devez interpréter les égarements et les désordres de quelques captives restées sans maîtres et enivrées de leur délivrance passagère. Ne les condamnez pas sans recours. Leur soumis sion à l'ordre rigoureux et impénétrable du
monde provoque, à vos yeux, ces entraînements et ces défaillances.
— Ha 1 la sérieuse excuse ! Et comme tu es peu faite pour la révéler ! Devons-nous donc penser que la volonté, la dignité sentimentale, la conquête des instincts insolents soient à jamais étrangères aux gynécées affranchis ? .
— Pourquoi ces paroles mauvaises? As-tu donc souffert, aussi, d'apprendre l'inconstance d'une maîtresse ?
— Peut-être.
— Ne f'indigne pas. Elle doit pleurer maintenant. Elle a, souvent, ton image devant son
À LE Cu nl
regard. Elle crie son amour ruiné, sa destinée éparse et cette soif de créer qu'elle n’a jamais éteinte. « C’est lui, dit-elle encore, le meilleur le plus grand des hommes. » Un autre est venu rôder autour d'elle, sournois et rude. Devant les morts innombrables de cette guerre, elle qui est faite pour donner la vie, elle a senti la passion d'enfanter supplanter le devoir de se souvenir
— Ne reprends pas cette discussion spé: cieuse. Sache que, quoiqu'elles fassent, nous demeurons intacts et puissants. Le mécanisme triomphant de nos muscles ne peut plus se rouiller sous ces orages. Nous affrontons de plus lourdes tempêtes.
— Cependant, la plupart d’entre elles vous gardent une foi grave. Nous tremblons sans cesse de vous savoir dans le péril. Vous nous donnez un sombre et perpétuel frémissement qui nous garde dans des liens impérissables. Et nous nous enorgueillissons même de cette détresse.
annees
— Allez, laisseznous à notre destin in- ° notre feu solitaire. Nous sommes plus long et plus limpide amour.
donnons pour libérer les paysages 3 lignes, les idées généreuses, ces primés, de belles prisonnières..
auprès de nous, vous pouviez vous vous perdre. Au lieu que vous nous rec des désirs intarissables… Nous 8 vous conduisons à la douleur, à uction. Aimer, n'est-ce pas s'élancer rt, n'est-ce pas périr?
aussi revivre. | tes, — vous l’êtes, tous au Front f...
songez pas à vos femmes errantes, es hallucinées. Si vous êtes tués, riront leurs âmes chancelantes et à is6es ? Jetées à terre, prosternées aux comment reprendront-elles les chepts, sans guide ni fermeté?
— Voyons, tu m'affirmais, tout à l’heure, que leur frénésie créatrice domine le tourment et détourne le désespoir.
— Mais nous ne sommes pas toutes ainsi.
C'est vrai pour les inconscientes et les effrontées…..
— Les plus nombreuses..:
.— Non! Nos instincts menaçants sont désarmés. Ils se perdent dans le scrupule et la discipline. Ils se tournent vers le sentiment et la pensée.
— Ne dites-vous pas que vous êtes trop faibles pour résister aux ordres attrayants de la nature ?
—— C'est possible, quand nous les interprétons à notre manière... Nous autres, nous ne piétinons pas si vite nos craintes morales et nos civilités. Va, de nous deux, c’est encore moi, la plus Adèle, le plus intimidée…
— Vraiment? Quelle aisance à charger les autres des méfaits qui vous sont reprochés !
— Réfléchis et comprends. Nous avions votre tendre protection. Nous nous reposions sur votre amour. Nous allions, la main dans la main, sur les routes difficiles du monde. L'existence ne nous effrayait plus et l’avenir nous regardait avec de bons yeux. Nous étions habituées à vos défauts, à vos brusqueries et vous chérissicz nos turbulences. Nous nous vantions de voire courage et de votre intelligence et vous nous trouviez fines.
— Où veux-tu en venir?
— Et voici notre étreinte brisée! Vous supposez que nous formerons aussitôt de nouveaux liens ? C'est si long, si compliqué, si torturant de connaître et d'admettre un autre homme.
—’Il y en a que cela ne gêne pas beaucoup...
— C'est étrange, un homme. Et une femme,
« heurter à un inconnu, dont les