‹ La flamme au poingChapitre 3 sur 27 · CR RES · texte numérisé non relu

CR RES

hérédités ténébreuses ne se sont pas encore démasquées, recommencer, alors que la blessure ne veut pas guérir, les artifices engageants, les simagrées amoureuses, cela me paraît au-dessus de mes forces. On n'accepte plus cette fatigue triste, ces travaux sans espoir... D'ailleurs, quelle confiance le second élu accorderat-il à celle qui fut aimée d’un héros et qui l’a trahi, en son absenée ? Comment oser cette nouvelle tentative passionnée, comment ne pas rougir, dans ces épanchements clandestins, comment écarter les réminiscences, à propos de tout levées et qui s'offensent ? |

— Je t'assure que cela s'entreprend inconsciemment et se commet avec plus d'insou- :

ciance.… |

— Je n'écoute pas tes insinuations. Tu m'as dit qu'il faut que nous méritions vos souffrances et je te réponds que vous devriez admi-

rer nos renoncements. Car notre mission, notre grandeur nous contraignent à la création que rien ne peut interrompre. Nous sommes obligées à réparer le mal que vous faites. Et, cependant, qu’elles sont nombreuses, celles qui s’exilent à jamais de ces joies nécessaires et fuient, avec votre mémoire inanimée, le doux accomplissement de leur fécond destin !

— Et nous? Nous n'aurens- connu que les premiers frissonnements de la joie terrestre. Nous n'aurons respiré qu’un brin d'herbe dans des jardins sans limites ! Je sens encore les parfums de la ville. Non, je ne peux plus, aujourd'hui, m'émouvoir de ta beauté qui se perd, inutile comme une oasis inaccessible.

— Vous nous retrouverez, un jour.

= Peut-être... Mais la longue abseñce nous change et vous délie. 7

— Je peux te juter le contrairé ! Vos

1 mme À me

silhouettes ardentes qui se découpent, — chaque jour plus hautes et plus belles, — sur le tumulte des batailles, nous émerveillent et nous oppressent. |

— Si j'avais la certitude de te garder toujours, je m'’agenouillerais et je pleurerais de douceur. Mais mon cœur se fige et se tarit de vous savoir lointaines, à la merci de quémandeurs indignes. Et je refoule les chansons tendres et les chaudes paroles qui montent à mes lèvres serrées…

— Votre existence actuelle fait de vous des êtres injustes et fermés. À quelques-uns d'entre vous, je souhaite de comprendre et d’avoir pitié. De tous les autres, je réclame moins de défiance et plus de respect. Je vois que, ce soir, je n’arriverai pas jusqu’à ton cœur. Je me tais et repars... »

Je voudrais encore lui parler, lui dire des mots meilleurs, me repentir de ma misère...

Mon abri me paraît plus sombre. Elle n'est plus là... Ce bruissement, est-ce le susurrement des feuilles mortes ou le crissement de la soie brillante dont elle est enveloppée et qui se froisse contre les arbres frôlés, dans sa fuite? Ces plaintes éperdues et prolongées viennent-elles du vent gémissant ou de cette douleur obscurcie et qui s'éloigne 2... J'ai ouvert ma porte sur la nuit. Et je cherche encore la passante bien< aimée que je n'ai pas retenue et qui n'est pas restée.

Une explosion très proche vient de retentir.

L'air bousculé me fait vaciller. Un obus ennemi a éclaté sur une pièce de notre première batterie. Il y a quatre blessés et deux morts.

On emporte avec une hâte rageuse et poignante les mutilés et on recouvre de toiles de tente les dépouilles de ceux qui ont été tués. La clarté diffuse d'une lanterne tombe sur le corps-

ous-officier décapité. Entre ses deux

épaules, on voit encore le trou gluant, écumeux

et rouge. Ah ! jetez vite sur ce cadavre l'étoffe que tiennent vos mains tremblantes,

GCes-atrocités d'une guerre scélérate ne glacent plus nos vigueurs. Une heure après, ces visions sanglantes perdent leur acuité et l’on poursui$ la tâche commencée avec une décision plus âpre et la même obstination fataliste.

Je regarde ma montre : il est trois heures du matin. Je dois veiller jusqu'à cinq heures. Les évocations antérieures me reviennent dans un sursaut, fout embuées d’une mélancolie sardonique. Le souvenir, l'amour! Et la mort agis-

sait, derrière ces fantômes consolateurs et harmonieux..

Hé, quoi! ces apparitions idéologiques et menteuses n'ont-elles pas fini de tourmenter mes regrets? Dans le coin d'ombre, je sens.

encore un remous, un souffle étranger, une fluctuation envahissante… |

— Regarde-moi. Ai-je une figure laide, grimacière, torturante ? Fais-je peur ?

Une jeune femme, sage, palpitante et merveilleuse sourit à mon regard, comme un ange apitoyé et vigilant. Sa voix est fraîche et chantante, source qui roule les blancs cailloux et couche les herbes aux chevelures folles.

— O Mort, noire aurore, victoire des ténèbres, prends-tu donc ce visage rayonnant de magicienne pour nous attirer, nous étourdir, et nous faire passer ton seuil de chaux-vive, de pierre et d'ombre ?

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TROIS DIALOGUES é1

— Je me présente à toi sous ma forme familière et vêtue de sérénité.

— Je ne t’imaginais pas ainsi.

— Vous êtes des enfants ignorants, leurrés et distraits. Ne comprenez-vous pas que vous entretenez une discordance dans la musique de ce monde ? Mais je vous retirerai de cet abîme, où vous vous entredévorez, où vous traquez d'humbles animaux ingénus que vous écorchez avec barbarie... Dans mes jardins illuminés, je vous donnerai le calme, l’ordre et l'harmonie. Quand je vous rencontre dans ces trous, j'ai si peu à faire pour vous ensevelir ! Vous êtes, déjà, dans vos costumes bleus des morceaux du ciel. Votre passage dans l'atmosphère est presque insensible.

— Arrête. Tous les printemps, tous les étés que nous pouvons encore vivre...

- — Ne te laisse pas aïler au regret. Aie soif d’autres voluptés. Détourne la tête. Elève-la.

meta manne

restiges auxquels tu rêves, toutes les 1sées, enferme-les dans l'acte terrible es contraint, aujourd'hui. Epargnetes étapes de toute une existence soufracun de vos efforts tourne vers moi :êtion. Mais, dans la lutte que vous vos élans ont la violence harmonieuse 1t passionné des choses perpétuelles.

on est si intense qu'elle vous gonduif imblée.

j'ai encore tant à voir et à aimer dans 1 La destinée m'a mis là, pauvre être de sa perte prochaine et j'aurai passé beautés dont je ne me serai pas pénée n'aurai pas toutes connues e pour.

r'étais, cependant, né. J'aurais voulu à l'ignorance, emplir ma douce el pesanteur des vertus, des couleurs et dont mes sïeux inspirés ont paré 14 ismaine..

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