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office de sacristain et d'enfant de chœur. Elle dit les répons d'une voix chevrotante et triste. Quelle vision désespérée.
Le capitaine se plante sur la tombe et dit quelques paroles. Nous sommes gênés de le voir oser discourir si haut dans cette atmosphère grave et lourde de la mort...
C'est une pauvre tombe ornée d'une croix faite de deux bâtons. On lit dessus (écriture maladroile, hésitante) :
Zouave ? ? Chasseur ? ?
Une première fois le cadavre a été déterré… On l’a enseveli de nouveau. Une seconde marmite l’a découvert. Nouvel ensevelissement pieux, par des homnies, tristes et dévoués.
Mais un troisième obus a encore lancé en l'air l’affreuse dépouille…
Les hommes l'appellent à présent: « Le Cic\vn. »
Quand une marmite arrive près de la tombe et qu'ils regardent la terre et les os voltiger, ils disent sans s'émouvoir :
— Tiens, v'là Gugusse qui saute encore 1...
Par quelle malédiction cet inconnu est] poursuivi ?
Les écouteurs collés aux oreilles, le brigadien téléphoniste transmet les ordres du lieutenant observateur. Les obus ennemis éclatent près du | poste. Mais on est préoccupé par le tir. L'ob-« | jectif est passionnant... Un téléphoniste vien$ d'être mortellement atteint. Il rampe, sanglani, jusqu'aux pieds du brigadier dont il-entoure 1es jambes d'une étreinte farouche et suprême. Ki le brigadier téléphone toujours, n'entend, nœ€ voif, ne sent rien. Il se lève, enfin, lorsque Ia réglage est terminé et, aperçoit seulement sort camarade mort qui l'encercle de ses bras #2 pliants et déjà rAÏdiS.s or
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Nous glissons lourdement dans les tranchées.
On regarde. Le sol paraît assez sec. Odeur complexe, aiguë et cadavérique. J'interroge un petit lieutenant du génie :
— « Parbleu, ce n'est pas étonnant, lors de ‘la dernière attaque, on a enterré des morts dans les tranchées... Peu à peu la terre qui les recouvre s’amincit. Et nous glissons sur la gélatine des genoux de quelques cadavres. »
L'homme qui est avec moi a un regard éperdu, hagard, indéfinissable,
Dans les tranchées prises à l'ennemi aux | attaques de mai. Des sacs à terre d'une poly-
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chromie inattendue. Des sapes malodorantes, où trainent encore des éqüipements de la garde prussienne. D'un parapet sort un avant-bras desséché, osseux, terminé par une main aux doigts parcheminés et squelettiques. Les fantassins en ont fait un porte-manteau. On y accroche très simjlrient son casque.
Tavslacion d'un obus à étrangement enseen. La tête et.les jambes sont enter- ‘ules et le dos sont à découvert, vercontre un épaulement, au-dessus ette de tir. Et pour monter de là
tranchée sur le talus, on se sert de l'épaule craquante, amoîilie, putréfiée, comme d’un marchepied... La mort n'est plus cette puissance mystérieuse, glaçante et souveraine. On la côtoie sans effroi. C’est un personnage familier, qui ennuie, dégoûte et endort.. On lui sourit quelquefois ou on lui montre le poing comme à l'ennemi — quand elle a été trop canaille.
-" NOCTURNE MEUSIER
Nous étions enfermés dans Ia nuit comme dans une grande prison noire: Les taissons de ravitaillement encombraient le chemin. Les hommes 8e hâtaient d'empiler les projectiles dans les abris à munitions des batteries. Pour défñarrer plus vite, les conducteurs n'avaient pas mis pied à terre. : |
Des sifflements d'obus déchiraient l'air nocfurne. Un cheval se cabra sur le sol retentis-
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sant. Les silhouettes remuantes se précisèrent soudain dans l'éclair d'une explosion. Et l'on entendit un grand cri.
,. Un projectile était tombé sur les attelages d'un caisson qu'on vénai$ de vider. Le conducteur du milieu GC... était tué. Le conducteur du devant N... avait été jeté sous les roues d’une voiture et grièvement blessé. Le condueteur de derrière G... légèrement touché, fût entraîné dans la nuit par les six chevaux affolés du véhiculs grinçant. |
Deux heures après, on vit arriver à l'échelon, G... conduisant seul les trois attelages de son caisson. Calme et blème, il se présenta À l'adjudant et détela les chevaux. IL alle réveiller Igg camarades de sa pièce. Et enfin il pleura, en leur disant que C... était tué. |
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On porta jusqu'au poste de secours le ca davre de GC... Il n'avait pas souffert. Un éclat l'avait frappé au cœur. C'était un grand garçon pâle, rude et doux, un soldat soigneux et brave. Les hommes de sa pièce lui portaient une admiration presque respec!ueuse. .
— Quoique maçon, me disait S... larmoyant, îl en aurait remontré à plus d'un pour la géographie. | |
X Jeur avait parlé de belles contrées, aux noms enchantés, dés tropiques ardents, et il transperçait leurs âmes recluses d’exaltation et de nostalgie.
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Le conducteur de devant N.:. avait une vingtaine de blessures et deux côtes brisées. Le docteur B..., après lui avoir fait les pansements urgents, l'évacua, avec la certitude qu'on le sauverait. Il ne se plaignait pas. Le regard chaviré, dilaté, il murmuraif :
— Je vous dis que j'ai vu l'obus arriver sur nous, je l’ai vu s'abattre à côté de moi comme . un épervier rouge...
Les infirmiers, incrédules, l'écoutaient avec une ironie apitoyée.
— Oui, oui, mon vieux, mais tiens-toi tranquille. ° |
Deux projectiles éclatèrent encore aux environs des batteries. On eût dit qu'ils avaient renversé les murailles ténébreuses de la nuït, car aussitôt apparut une matinée grisâtre et frangée de rose.
Nous étions repérés par l'ennemi. Tout le jour il continua de nous envoyer ses obus asphyxiants ou lacrymogènes. Les soldats avaient mis leurs masques. Et nous avions l'air de prendre parti à quelque mascarade lugubre.
Pendant les bombardements incessants, nos hommes, par un miracle d’ingéniosité et de courage, avaient déniché quelques planches et construit un cercueil pour CG... Le gros Ch... luimême, qui ne passe pas pour aimer précisé:
ment le bruit des marmites, courait, sautait comme un bouc furieux, parmi les explosions.
Il était à la recherche de feuilles et de branches,
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sur cette colline fumante et dévastée, et il en trouva assez pour les lier et en faire une croix “verdoyante et une couronne. ,
Le capitaine D... descendit au poste de secours pour la mise en bière de C... Il revint au bout d'une heure.
— J'ai donné l'ordre qu'on porte le cercueil jusqu'ici, à la position de batterie. Ainsi C... passera son dernier jour auprès de ses camarades…
Le capitaine D... réfléchit un moment, puis :
— C'est curieux, me confia-t-il, je pensais que j'aurais été bouleversé en apercevant la dépouille de C... et je n’ai pas été si profondément troublé. J'ai voulu aîder moi-même à le poser dans le cercueil. Mes mains pieuses ne tremblaient pas. Voyez-vous, son pauvre corps est trop ravagé, trop différent de celui que nous avons connû. J'avais de ce remarquable soldat