‹ La flamme au poingChapitre 23 sur 27 · PA · texte numérisé non relu

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une image vive et heureuse. Je la garde. Cette mort déformante et brusque me l’a laissée intacle |

Le cercueil, pare de quelques rameaux feuillus, est resté jusqu’au soir, au poste de commandement de notre batterie. L’ennemij ne se lassait pas de tirer sur notre position. Nous craignions qu'un obus ne blessät la triste bière, si laborieusement construite. L'humbla dépouille était confiée à notre garde et nous souffrions à l'idée que ce fracas tourmentait encore le suprême sommeil du malheureux C...

Les projectiles lacrymogènes de l'adversaire laissaient flotter dans l'air des nuages d’encens et des odeurs de cire...

A la nuit tombante, les officiers du groupe et les hommes de la batterie étaient réunis autour du cercueil. Tous enlevèrent leurs casques. Le capitaine D... avait griffonné quelques mots sur un papier. La voix du chef s’éleva, nette et violente, dans l’orgie d'artillerie qui s'était déchainée. Elle nous apportait des paroles de réconfort, d'espoir et d'énergie. Près de moi, L... avait des larmes aux yeux.

— Eh bien quoi, qu'est-ce que tu as ?

— Mon cher, je ne peux pas... ces obus lacrymogènes... |

— Allons donc, voilà un bon moment que l'on ne nous en envoie plus, que le vent a dissipé le brouillard méphitique.

— Tu m'ennuies.. Je te dis que ça me picote

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encore les. yeux, je vais être obligé de mettre le masque...

Et L... me tournant le dos, sortit en effet son masque ef s'en affubla.

Les hommes dormaient {out habillés dans leurs abris humides. Sommeil pesant, entrecoupé de cauchemars et de cris étouffés. Nos canons, dont les manchons jetaient des minces lueurs d'acier, étaient accroupis dans l'ombre fommé des chacals aux yeux phosphorescents.

Le capitaine D... était. plus remué qu'il ne l'avait dit. Il ne put se résoudre à se coucher ; toute la nuit il resta près de moi, marchant ner-

veusement sur le sol poudreux et noirâtre de 13 position. Mais je ne pus distinguer aucune trace d'émotion sur son visage.

Des fusées s'élançaient, balayant Ja nuit, que les flaques claires des explosions ne débordaient plus. Un silence lourd envelo; pait toutes choses. Et ce recueillement sournois, jeté sur tan de frénésie haletante, inquiétait davantage que la tempête d'une attaque. Des guetteurs, fébriles, tendaient inlassablement leurs regards sur l’horizon où se terrait l'adversaire énigmatique. |

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