‹ La flamme au poingChapitre 4 sur 27 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

nentennnn nent) PROIS DIALOGUES | #

-— Vous êtes fci comme des mendiants dans da pourriture qu'ils aiment. J'abolis ta servlitude. J'ouvre la porte de cette geôle étroite qu'est ton corps. Ah! écrase l'amour de cette misère à laquelle tu es trop habitué. Tu exis- :

teras, désormais, pur, sans les douleurs basses

de la chair.

— Non. Pas encore. Mes yeux sont faits pour contempler ces délices périssables, mes bras pour étreindre ces éclosions flexibles que je ne peux pas mépriser.…

— 1 faut te hisser jusqu'à l'absolu, jusqu'au sublime, là où sont ceux que tu crois morts et qui ne sont pas morts. Ils t’aiment et t’appellenÿ déjà. !ls se lèvent de leurs tombes ou quittent leurs hauteurs cristallines pour regarder vos cortèges ambitieux et ils pleurent d’admiration.

— Je ne veux pas encore disparaître.

— Vous ne disparaîtrez pas. Lorsque vous aurez déposé le poids douloureux de votrg

rs

chair, vous serez les grâces impalpables, les feux errants et purifiés, les gardiens suprèmes et cachés de vos campagnes et de vos amitiés. Ceux qui ont vécu en France, dans ce coin favorisé de la terre, flottent encore dans son atmosphère bénie. La patrie? C'est le jardin où l'on grandit parmi ces âmes attentives, ces fantômes inspirateurs et bienveillants.

L'homme y devient un agrégat de présences rares et anciennes, un centre magnétique qui attire tels souvenirs ardents, telles clartés de vies antérieures, telles forces invisibles, vibrantes, perpétuellement suspendues dans l’espace et qui font escale sur l'îlot obscur d'un corps vivant et lui donnent la fidélité au passé, les directions de l'avenir et toute l'odeur divine et enivrante de l'infini !

— Oh! ]1a souple et consolante invitation au . trépas ! Qu'’es-tu donc ? Jongleuse exquise et s0phiste ou reine de certitude ?

— La sincérité, te dis-je, la ligne pure et nette, le rythme dépouillé, l'aile battante d'une prière éternelle ! Mais vous vous démenez dans une foire d’aveugles, sans apercevoir les mages confondus et timides qui vous sourient, au coin des avenues, sans boire aux citernes rafraîchissantes. Rappelle-toi ces paroles évangéliques : « Alors, vous connaîtrez la vérité, et la vérité . vous affranchira. »

— Pas mal ton sermon.. Mais je ne tiens pas à être si vite affranchi de l'existence et son mensonge m'est une chère offrande.….

— Dont tu dois te défaire à ton tour. Que ton geste soit aventureux, héroïque et spontané. Songe que l’occasion est unique. C'est d’un noble et pieux élan que tu peux franchir ces accumulations d’horreurs, te réunir à notre plé- nitude, grossir notre montante caravane. Ombre fugace, pourquoi te crées-tu une personnalité avide, tyrannique, attachée à la poussière qui

au lieu de cheminer humblerbé, les mains adorantes, sur mères ? Vous n'êtes pas indisivement du monde, vous n'êtes ssentiels et l'horloge du temps, 3 évanouissez, n'est pas détra-

que tu me reprennes aux 3rs lesquelles se tourne encore } ment, lié à mes amitiés, nous fragile et touchante harmonie sortes le désordre en me reti-

?s donc au grand balancement cord illusoire et rampant?

nes les plus obscures retentit : éternel! Ne t'y trompe pas, te guerre, tu abandonnes ton ants admirent moins ton effort ropre délivrance et ton avène-

pee TROIS DIALOGUES U Y4

ment rapide dans la cité radijeuse et si lointaine… ;

— Vois-tü, ce qui m'offense et m'afflige, c'est le supplice laid et saignant que tu peux infiliger è mon Corps jeune, agile et plein de sève et sa pütrestence dans une fosse ignorée de ceux qui l'eussent arrosée de leurs larmes ei de leurs prièfés. |

— Ah 1 soldat subtil ed prévoyant, cette pitié déchirante pour la dépouille chérie qui pourrit däns la terre, trouble moins les âmes contempôraines..: La désagrégation que tu crains n'at-elle déjà p*s commencé de se produire, dans lés trous que vous habitez, depuis deux ans?

— Ainsi, vous êles conväincus tous que l'inhumation ne sera pour nous qu’une prolongation du séjour actuel 7...

— Que t'importent, d'ailleurs, te mauvais vêtement de chair et son froissement obscur ? A là place où il sera enfoui, surgiront, peut-être,

un bel arbre feuillu, un rosier odorant, quelques tiges flexibles des nourrissantes moissons. Vous ne savez pas mes desseins secrets et pour quelle harmonie inépuisable vous avez été créés et vous devez mourir. Sois brave.

Sois bon. Sois grand. |

— Puisque, cette nuit, tu as pitié de moi, ne me laisse pas dans cette ignorance angoissée, dis-moi.. °

Un doigt clair sur sa bouche souriante et close, la jeune femme énigmatique a déjà disparu dans un rayon du soleil levant.

Et voici qu'un élan profond et triste me pousse vers cet ange désespéré. Une sereine ambition de mort et de départ me montre l’aventure suprême. Une sombre ardeur de néant piétine mes désirs de tout à l'heure. Oh 1 oui, m'en aller, moi aussi, là-bas, m'effacer dans le mystère de toutes choses, m'ensevelir dans

ment des foules défuntes, m'ar

racher au mensonge, à la discorde et à la cruauté. | * - Dans une éclaircie tremblante, les chers événements de mon passé revivent en un paysage illusoire, en dehors du temps et de l'espace. Et un délire confessionnel ei lumineux me fai murmurer : |

« Mon Dieu, je vous remercie de m'avoir donné, en si peu d'années, toutes les grâces et toutes les tristesses de la vie. Pour mieux mesurer ses joies, vous m'avez fait naître dans la misère et l'obscurité. Vous m'avez élu, dans votre mansuétude, pour entendre votre divine parole de la violence même des hommes. Vous avez permis que je retienne dans mon cœur des discours pleins de votre religion, alors que d’autres s'égarent dans la vieillesse ef les oublient an long de cette voûte dégradante. Votre clémence pour moi est infinie ed j'en vois une preuve nouvelle lorsque vous laissez s'abattre

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