‹ La flamme au poingChapitre 5 sur 27 · CREER · texte numérisé non relu

CREER

la hache de la mort sur mon front encore jeune et qui n'aura connu que le premier dégoût de la décrépituds.

# Vous m'avez laissé tout d'abord me mor.

fondre comme un animal sauvage dans les jer.

dins de la terre, et afin que je contemple leur activité verdoyante dans la gloire que vous leur avez permise, vous avez déchiré le voile qui obscurcissait. mon regard. Et j'ai joué comme | un enfant ivre de votre sainteté.

3 « Vous avez ensuite élevé si haut et si bien | illuminé mon pauvre cœur de poussière qu'il brillait dans l'éther comme vos étoiles bien aimées et s'emplissait des perspectives fleuries D du monde, | | x Seigneur, vous m'avez fai$ voyager dans des paysages émouvants, légers el grandioses, et j'ai:tourné autour de ce globe, comme s’il ne me suffisait pas et comme si les courants aériens des autres planètes m'avaienb aétiré,

TROIS DIALOGUES bi

alors que j'aurais pu mourir dans un coin féide, ignorant des traces ineffables de vos pas.

« Ce que mes yeux ne voyaieni pas, vous me l'avez ‘laissé retrouver par mon cœur en

m'offrant le spectacle troublant d'événements humbles d'apparence, mais de signification infinie.

& Vous m'avez comblé d'un amour vaste ei wivifieni pour mes semblables, et comme je n'avais pas d'enfant, vous avez accablé le corps de ces hommes d’une faiblesse puérile afin de m'autoriser à les soutenir paternellemenÿ et de toute ma jeune forcé.

& Je m'enorgueillissaifs que vous ayez écarté de ma vie la méchanceté et pour me dispenser l’âcreté du repentir, vous m'avez jeté dans le tumulte atroce de la guerre. Soyez béni, Seigneur, d’avoir abaissé votre regard sur ma fragulité et de me concéder la mort dans de telles

circonstances que je la croie tombée sur moi en expiation de mes violences ressurgies. |

« Enfin, vous m'avez fait jailir en plein soleil, avec la fraicheur, la fertilité et la vaine flexibilité d'un jet d'eau qui s'élevait vers vos balcons, et voici que vous ajoutez à vos bontés le soin suprême de le tarir sans que je souffre et que j'expire en m'élançant encore vers vos terrasses. »

Comme il fait, déjà, clair ! .

Des insectes baroques et disproportionnés, d'une variété inouïe, encombrent ma table, mes papiers, de leurs cohortes sautillantes et heureuses du pâlissement de la nuit. Dans les intervalles de quelques explosions poignantes, s'élèvent le hoquet placide, indifférent et bourgeois du coucou et le cri frêle et grésillant de la fauvette des marais. Le jour surgit, suspect, insinuant et rapide comme un pirate, revenu d'expédition et qui jette, à pleines poignées,

dans mon trou d'ombre, ses lingots d’or éblouissant. Ma garde est terminée.

Je suis sorti pour respirer le nouveau matin. L'air me presse le visage de son velours glacé. Ma raison, qui a repris son équilibre, s'étonne et sourit de ces dialogues nocturnes...

Verdun, le 26 mai 1916.

LE SOUVENIR

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