‹ La fleur des histoires françaisesChapitre 18 sur 19 · L'IDÉAL FRANÇAIS · texte numérisé non relu

L'IDÉAL FRANÇAIS

L’Egypte a présidé à l’aurore des âges et elle a planté l’éternité de ses sphinx et de ses pyramides au seuil de la civilisation qui naît. En Perse, en Mésopotamie, les cultivateurs, les architectes, les astronomes, ont fouillé la terre, séché la brique et mesuré le ciel pour arracher à la nature ses premiers secrets ; les ciseleurs de hiéroglyphes et les mouleurs de caractères cunéiformes découvraient lentement, par les combinaisons de ces empreintes significatives, le double instrument des progrès futurs : l’écriture et le calcul. Combien d’efforts et de labeur humain se sont accumulés pour la détermination des neuf chiffres arabes, éléments indispensables de toute science: i, 2, 3, 4, 5, 6, 7,

La Grèce, si haute que fût son antiquité, est déjà une héritière, héritière de l’Egypte, de la Crète, de l’Assyrie, de l’Asie Mineure, de la Syrie. Mais, ce peuple si minime sur sa terre si étroite, ces quelques nations fameuses, — grandes chacune comme une de nos sous-préfectures, — Athènes, Corinthe, Thèbes, Lacédémone, ont laissé un nom immortel. Elles ont donné le jour à des filles toujours vivantes : Alexandrie, Palerme, Naples, Marseille, Byzance. La marque de leur volonté s’est ainsi inscrite, pour toujours, dans l’histoire. Sur les lointains continents, découverts après des siècles, leur pensée, — la pensée méditerranéenne — se propage encore, se propagera indéfiniment. L’humanité reconnaissante se retourne, pour prier, vers l’Orient.

Rome a une autre grandeur. Rome, c’est la puissance militaire, la discipline, le droit. Rome a con-

LA FLEUR DES HISTOIRES FRANÇAISES cassé et broyé tous les particularismes survivants des anciens âges pour les faire entrer dans un moule unique : œuvre de rudesse et de violence, d’adaptation et d’organisatior , plus que de création et d’invention ; métier de gâcheur robuste, de soldat mal dégrossi, de constructeur hâtif et fruste. Les généraux romains sont tous, plus ou moins, comme le vainqueur de Corinthe qui croyait n’avoir qu’à commander pour voir naître les chefs-d’œuvre d'Apelles et de Praxitèle. Le spectacle effroyable de la décadence impériale démontre ce qu’il restait de barbarie dans cette splendeur d’emprunt.

Pourtant, il fallait que ce travail s’accomplît pour que le monde civilisé ne fût plus qu’un seul et même espace où la voix porterait, désormais, sans obstacle.

Cette voix, ce fut celle du Christ. 11 enseigne la pitié, la charité, l’égalité. Voici que naissent les civilisations modernes. L’esclavage est aboli. Le christianisme a pris, dans l’héritage antique, ce que la philosophie, la religion, la morale lentement épurée ont laissé de meilleur. Un petit peuple, blotti au bord de la mer Morte, que les Nabuchodonosor, les Pharaon et les Alexandre foulaient aux pieds dans leurs pérégrinations conquérantes, sans s’apercevoir seulement qu’il existait, le peuple juif, donne à l’humanité l’idée de l’unité divine, par conséquent de l’unité de création et d’objet. Cette doctrine, la légende d’un paradis perdu, l’espoir en un sauveur qui doit venir, allongent jusque dans l’infini l’œuvre de la civilisation. Mais ces notions y sont comme perdues, au fond d’un ciel implacable.

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