‹ La fleur des histoires françaisesChapitre 4 sur 19 · L’EXPANSION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L’EXPANSION FRANÇAISE

n homme valide ne se contente pas de bien

U vivre et de s’engraisser, immobile au logis ; il faut qu’il bouge. Il a besoin de remuer, de se dégourdir les jambes, d’aller voir les autres pour causer avec eux, apprendre d’eux quelque chose, échanger non seulement des objets, mais des idées, des sentiments. Il se déplace, aussi, pour occuper son activité, pour accroître ses ressources, étendre son domaine. La troupe humaine, organisée ou non, qu’on l’appelle horde ou nation, fait comme l’individu : un jour, les peuples se lèvent et vont voir ce qui se passe ailleurs.

Les ancêtres des Français, les Gaulois, furent de grands coureurs d’aventures. Le monde ancien n’était pas assez vaste pour leurs expéditions vagabondes. Ne descendaient-ils pas de ces peuples instables qui, partant des steppes de l’Asie, avaient parcouru, dans tous les sens, le vieux continent? Ce sang agité, ils le léguèrent à leurs descendants, et ce ne sont pas les autres races, survenues au cours des âges, qui apprirent aux premières l’immobilité. Si quelques tribus restent cachées et comme incrus-

tées aux l'eplis des montagnes et aux anfractuosités des rivages, les autres n’aiment pas à se sentir enfermées dans ces étroits espaces. Le Français préfère trouver la terre, la mer, l’air libres devant lui.

Le moyen âge vit une manifestation extraordinaire de cet esprit déambulatoire, les croisades. Mais le courant n’emporta pas seulement les Français ; la plupart des populations européennes s’y jetèrent allègrement. Des causes multiples le produisirent et il eut de telles conséquences qu’il mérite d’être étudié à part. Il n’en est pas moins vrai que ce fut un acte prodigieux d’expansion, de la part de nos ancêtres, et qui eut, tout au moins, pour résultat d’imposer, pour des siècles, l’autorité du nom français ou franc aux pays d’Orient et aux rivages méditerranéens.

Si le voyageur qui cherche en Grèce, en Morée, en Asie même, les ruines de l’antiquité, s’étonne de voir apparaître, au dos d’une colline, un donjon féodal, au détour d’un chemin, une chapelle gothique où la cloche tinte ; si une histoire française s’est greffée, avec des noms français, sur la plus vieille histoire du monde, l’histoire asiatique et l’histoire grecque, c’est l’esprit des croisades qui anime encore ces vénérables remembrances ; la France a confié quelque chose de son âme à ces couvents, à ces écoles, à ces hospices, qui ont aidé et soulagé tant de souffrances exotiques. C’est un riche patrimoine que l’habitude imposée séculairement, par le secours français, à des peuples faibles ou délaissés, de tourner les yeux vers notre pays, quand la nécessité les presse et que le malheur les accable.

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