DES
c'est on homme qni ne sait ni A^ ni B.
Ne pas savoir lire est considéré aujourd'tiui^ riiez tous les peuples civilisés comme le signe de la plus complète ignorance. Les anciens Romains exprimaient la même idée d'une manière un peu plus développée : C'est un homme, disaientils, qui ne sait ni lire ni nager. Ils voulaient sans doute indiquer par là que l'homme doit exercer à la fois les facultés de son corps et celles de son esprit. Nous nous sommes contentés de la moitié du proverbe romain.
Abondance de biens ne nuit pas.
Maxime fréquemment répélée, mais qui n'esl pas, dans son sens générai, aussi vraie qu'on semble le croire. Oui, sans doule, la fortune est un avantage réel, mais seulement pour ceux qui savent en faire usage, en se montrant charitables envers les malheureux. Autrement, et aux yeux de Dieu, les richesses ne seraient plus, pour celui qui les possède, qu'un signe de malédiction.
Anx absents les os.
Traduction abrégée d'un proverbe latin qui prouve que chez les anciens, de même que parmi les nations modernes, on n'avait pas beaucoup de tendresse pour les absents.
Le proverbe judiciaire « Les absents ont tort n est fondé sur le même principe, à moins qu'on ne veuille désigner ici les absents volontaires, c*est-à-dire, les coupables qui prennent la fuite et se condamnent ainsi eux-mêmes par leur absence ; ce qui est peut-être efîective-
ment le véritable sens du dernier proverbe.
un manvais aeoommodemeiit vant miens qne le meiUear procès.
Le procès le plus juste, le plus légitime, donne lieu a de telles tracasseries, à tant d'écritures, et par suite à tant de frais et à tant de dépenses imprévues, qu'il y a toujours, ou du moins presque toujours de l'avantage pour les deux parlies à s'arranger à l'amiable, li faut que cela soit vrai depuis bien longtemps, puisque Hésiode^ l'un des plus anciens poètes de la Grèce, a dit, dans ce sens, que a la moitié valait mieux que le tout. »
Un peintre homme d'esprit, chargé de peindre un tableau où devaient figurer deux plaideurs, avait représenté le perdant tout nu, et le gagnant en chemise. Celte allégorie était à Ja fois fort transparente et très-juste.
Il y a pins de fols acbetenrs que de folâ vendeors.
Le verideur,en effet, ne se trouve jamais,
OU du moins presque jamais, placé sous l'influence del l'enlhousiasme, de la passion ou de la fantaisie, qui font souvent faire tant de folies aux hommes même en apparence les'^idus sages. La manie d'acquérir, d'acheler, est, chez quelques personnes, une maladie réelle, dont il faudrait les traiter, et qui a donné lieu à deux autres proverhes que je veux rappeler ici. Le premier de ces proverhes était très répandu chez les Romains :
C'est posséder un grand revenu, disaient-ils, que de n'être pas travaillé de la manie d'acheter.
Les Espagnols disent à leur tour fort sagement :
Qui achète ce qu'il ne peut, vend ensuite ce qu'il oe
veut.
La locution proverbiale « Acheter chat en poche f> rappelle aussi ces acheteurs étourdis et imprudents qui se laissent duper par le premier venu, faute d'avoir su ou voulu prendre le temps d'examiner la valeur d'une marchandise qui les lente.'
Dien novB garde d'nn homme qni ii*a qn'one
affaire !
Parce qu'il ea entretient tout le inonde indistinctement, qu'il en parle toujours et à tout propos, ce qui finit par être assez peu agréable, ce qui devient véritablement fastidieux pour les gens qui se trouvent en relation avec lui.
si vous Tonles qne votre affaire soit faite,
allei-y ; si vons voalei qu'elle ne soit pas
faite, envoyes-y.
Maxime parfaitement exacte, à laquelle répond ce dicton plus ancien et plus expressif:
Pour que le laboureur prospère, il Taul qu'il conduise lui-même sa charrue.
On n'est jamais en effet si bien et si exactement servi que par soi-même.
Ce proverbe est , comme on le pense bien, d'une application fort étendue. On reprochait un jour à un vieux courtisan de parler toujours de lui, de vanter con*
a LA FLEUR
slammenl ses services el son mérite. — « Monsieur, répondit-il, on n'est jamais si bien servi que par soi-même , et ce que je puis faire, je ne le laisserai pas faire à d'autres. ^ La plupart des gens y mettent un peu moins de franchise; mais, dans le monde, cette maxime est une de celles que l'on sait généralement le mieux pratiquer.
Jnger nne affaire sur l'étiqaette dn sac.
En d'autres termes, se laisser convaincre par les apparences , ou séduire par les promesses d'un prospectus. Tous les papiers relatifs à un procès sont ordinairement réunis dans une enveloppe, à laquelle on a longtemps donné le nom de saCt el celte enveloppe porte l'indication sommaire du contenu de ces pièces. 11 va sans dire qu'il serait imprudent de juger une affaire sur celte courte el incomplète indication, et cela n'arrive jamais dans nos cours de justice; mais, dans le monde et dans la vie ordinaire, combien de gens ne jugent des affaires les plusse-
DKS PROVERBES FRANÇAIS. 7
rieuses et les plus importantes que sur de simples propos et sur V étiquette du sac! Les gens sages y regardent de plus près, mais les gens sages ne sont jamais le grand nombre.
les affaires font les hommes.
La pratique des affaires et rexpériencc qui en résulte fortifient les bons esprits. Malheureusement, il y a bien des hom-« mes, il y a même des nations entières pour qui Texpérience ne compte pas.
C'est que pour acquérir ce qu'on appelle de l'expérience , il ne suffît pas de voir beaucoup, ce que tout le monde peut faire; mais il faut réfléchir, ce qui est beaucoup plus difficile, ou du moins bien plus rare.
Ce proverbe exprime exactement, quoique sous une forme différente et dans un autre ordre d'idées, l'observation qui se trouve consignée dans le dicton suivant que nous avons emprunté aux Romains :
A force de forger on devient forgeroa.
8 LA FLEIJK
A nonveUes affaires, noaveanx oonseilsi
Le comble de l'habilelé, en affaires de loul genre , est de savoir adapter les moyens qu'on inel en usage à la On qu'on se propose.
En pareille matière, Timmobililé est à la fois une preuve d'impuissance et une maladresse.
Il n'y a souvent pas de gens pins affairés que oeox qnl ne font rien.
L'oisiveté et principalement l'inaction intellectuelle produisent chez une foule de gens une activité factice qui les rend importuns à tout le monde, insupportables en quelque sorte aux autres comme à eux-mêmes. Ce sont certainement ces gens-là qui ont inventé les visites.
Bon droit a besoin d'aide.
Cela n'est que trop vrai pour l'honneur de l'humanité, et c'est pour cela même que l'homme ne saurait, même dans son
DES PROVEHBËS FRANÇAIS. 9
intérél le plus vulgaire , témoigner trop de respect pour les institutions sociales, qui garantissent le maintien de la yjstice générale et du droit de chacun, dans les grandes associations humaines, où tant d'intérêts opposés se trouvent en présence, où s'agitent tant de passions ardentes, toujours prèles à se combattre. 11 faut à la justice une balance pour être exacte, il lui faut aussi un glaive pour être forte.
Aide-toi, le ciel t'aidera.
Aphorisme salutaire et profondément moral, que Thomme doit graver avec soin dans sa conscience et dans sa pensée. Dieu ne refuse jamais son appui à qui l'implore ; mais il veut aussi qu'à la prière du suppliant se joigne la volonté de bien faire, et il n'accorde ses grâces qu'à celui qui fait quelques efforts pour les mériter.
' Cette maxime rappelle à l'esprit la belle «levise de l'illustre maison de Montmorency : D/eu soit en aide au premier Baron chrétien ! Celte devise était celle
d'une race illuslre par son épée et qui savait parfailement s'aider elle-même; mais Ijs guerriers de celle race n'ignoraient pas non plus que, si le ciel vient en aide aux hommes de bonne volonté, les puissants de la terre ne peuvent rien sans l'appui du ciel. Heureux temps que celui où la piété s'allie avec la force !
Nos aïeux exprimaient encore la môme pensée dans un autre proverbe :
A toile ourdie Dieu doone le fil.
L'Aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une
autre.
Vers de Gresset (comédie du Méchant) devenu proverbe sans difficulté, parce qu'il n'est personne qui, tous les jours, ne trouve l'occasion d'en apprécier et d'en reconnaître la justesse. C'est une variante ingénieuse, une traduclion libre et pourtant très-exacte de cet aulre proverbe très-connu, que nous devons aux anciens :
Dans le royaume des aveugles le» borgnes «ont
rois.
L'Aigle ne s'amose point à prendre les mendies»
Les âmes élevées et les esprits supérieurs dédaignent de recourir aux petits expédients qu'ils jugent indignes d'eux, parce qu'ils ont la conscience de leur force et de leur justice. Ils laissent aux faibles la ruse et la violence. Du jour où vous verrez un Gouvernement, un homme d'Ëtat quelconque en venir à ces derniers moyens, pensez hardiment qu'ils sont près de leur chute, et, sur dix fois, vous ne vous tromperez pas une.
Nous avons emprunté textuellement ce proverbe aux Latins : Aquila non capit muscas.
chereher une aiguille dans nne botte de
foin.
Se donner beaucoup de peine pour arriver à un résultat presque impossible à obtenir, et qui ne répond pas, par ses avantages, aux soins qu'on a pris. Que de gens dans le monde passent leur vie et usent leurs plus précieuses facultés h des re-
cherches futiles et qui rappellent nalurellement ce proverbe !
Qai m'aime me snive.
Dicton proverbial qui rappelle une courte harangue de Cyrus à ses troupes, et qui a été renouvelée plus récemment par le roi Philippe de Valois, dans une guerre contre les Flamands. Ces sortes de harangues, qui renferment une noble pensée réduite à sa plus simple et à sa plus vive expression, font mille fois plus d*efret que les ordres du jour les plus brillants ou les plus étudiés. Nous mettons au même rang cette autre allocution d'une époque encore plus rapprochée de nous : Dans les guerres de la Vendée, Henri de la Rochejacquelein conduisait au combat ses belliqueux compatriotes par ces mots qui respirent l'héroïsme le plus pur et le plus vrai : «Si j'avance, suivez-moi ; si je recule, tuezmoi; si jemeurs, vengez-moi.» L'antiquité ne nous a pas laissé de plus beau modèle d'éloquence.
Qni bien aime tard oublie- Proverbe consolant pour les âmes tendres qui sentent profondément le besoin d'aimer et d'être aimées. Elles le trouveront peut-être même incompiet, car^ selon elles, la vcrilable amitié u'oublieya* mais.
Alençon , Habit de velours et ventre de son; Pins de bossas qne de maisons.
Dicton qui parait très-ancien et qui a pu être exact autrefois ; aujourd'hui, ce n'est plus qu'un souvenir, qui peut avoir son intérêt historique, mais qui ne trouverait pas son application à Alençon plus que dans toute autre ville de la France.
si le ciel tombait, il y aurait bien des allonettes de prises.
Dicton ironique, qui nous vient des Romains, et qui est encore, de nos jours, la meilleure réponse que l'en puisse faire à ces nombreux faiseurs de projets, qui
pullulent de tous côtés, et qui bâtissent les systèmes les plus étranges et les plus bizarres sur les plus ridicules suppositions. Nous avons encore, dans le même sens, un proverbe qui nous appartient en propre :
Si Paris était plus petit, on pourrait le faire entrer daos une bouteille.
ce qni est amer à la boaoUe est doux aa
cœur.
Aphorisme d'une vérité douteuse, par lequel on cherche , à la fois, à expliquer pourquoi la plupart des médecines ont ordinairement si mauvais goût, et à déterminer un malade à avaler courageusement la, boisson nauséabonde qu'on lui présente. Sans discuter ici le plus ou moins d'exactitude de cette maxime, nous ajouterons qu'elle peut s'appliquer avec plus de justesse aux faits de l'Ordre moral; car quelque amère, quelque dure que puisse paraître une leçon quelconque , une mortification même , elle a sa douceur, son utilité réelle, puisqu'elle peut, si nous savons en pro-
liter, nous préserver de quelques nouvelles fautes pour l'avenir.
Qui est l'ami de tons n'est Tami de persenne.
On peut sansdoute^ on doit même aimer tous les hommes, c'est-à-dire, avoir pour tous une bienveillance active et réelle qui dispose à les chérir, à les obliger comme nos semblables et nos frères ; mais il y a une différence notable entre ce sentiment très - louable, qui peut s'étendre h Tinfini, et cet attachement plus intime que Testime et la sympathie établissent entre deux hommes et qui porte expressément le nom d'amitié. On ne saurait contracter un grand nombre de liaisons de ce genre, et il est parfaitement exact de dire qu'un homme qui se dit et qui veut paraître l'ami intime de tout le monde, ne peut être et n'est certainement Tami de personne.
Ami jusqu'à l'autel.
Proverbe emprunté par nous aux anriens et qui contient une prescription
If) LA FLEUR
applicable parlout et toujours. L'amitié la plus viv|e, la plus intime, ne saurait aller jusqu'à nous faire méconnaître ou trahir la loi religieuse à laquelle tous les hommes sont également soumis. Au reste, une amitié fondée sur la vertu ne saurait avoir à redouter d'être mise à une pareille épreuve, et toute autre liaison, qui ne serait pas établie sur cette base, ne saurait mériter le nom d'amitié.
Rien n'est plus dangereux qn'nn ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi.
Un ignorant ami peut nous perdre par sa complaisance aveugle et son défaut de lumières ; un ennemi prudent et sévère contribue presque toujours à nous rendre meilleurs en nous contraignant à nous observer avec soin, et de manière à ne lui donner sur nous aucun avantage.
Ces deux vers, qui soal de la Fontaine, offrent en quelque sorte le résumé du traité que Plutarque a écrit sur l'Utilité que V homme peut tirer de ses ennemis^
Un bon ami vaut mieux que cent parents.
Gela ne veut pas dire certainement que les liens de famille n'aient pas un grand prix et que nous devions nous en dégager légèrement. Cela veut dire seulement qu'un véritable ami est un trésor inestimable auquel rien ne saurait être comparé. « L'amitié, dit Cicéron, est fondée sur une bienveillance et une affeclion réciproques; ces deux sentiments disparaissent-ils ? l'amitié disparaît avec eux ; en leur absence, la parenté subsiste toujours. » Ce peu de mots forme en quelque sorte le commentaire indirect de notre proverbe.
Je ne puis me défendre, à cette occasion, de rappeler ici un mot plein d'une ingénieuse délicatesse que je ne sais plus au juste à qui attribuer :
Qiiaod je suis avec mon ami, je ne suis pas seul oi nous ne sommes pas deux.
Jamais conard n'ent belle amie.
Dicton ancien : le vieux mot couard
veut dire lâche, paresseux, qui mont^ en fuyant, sa coue ou sa queue.
Gela veut-il dire que les femmes n'aiment que les braves, ou que Taudace est le plus sûr moyen de réussir en amour? On assure que les deux sens pourraient très-bien se défendre. Je ne veux point trancher une question si délicate, et je laisse aux dames le soin d'une décision qui appartient, ce me semble, exclusive^ ment à leur compétence.
on connaît les amis an besoin.
L'adversité est la pierre de toaohe deramltiê.
J'ai réuni à dessein ces deux proverbes, qui disent à peu près la même chose et qui peuvent donner lien aux mêmes observations.
On a raison de penser que nous n'avons d'amis sincères, d'amis véritables, que ceux que nous avons éprouvés dans toutes les situations de la vie, et Ton pense généralement que Vadversité est, sous ce rapport , la plus sûre et la plus concluante de toutes les épreuves. Sans doute, il faut tenir compte à un homme
«le resler noire ami /après que le malheur nous a frappés el nous a rendus impuissante à lui èlre utiles ; mais je ne sais pas Irop s'il ne faudrait pas lui savoir encore plus de gré de supporter sans envie notre prospérité. Il ne faut qu'un peu de sensibilité pour compatir au malheur de ceux qu'on aime^ et celle compassion même est une satisfaction pour l'amourpropre; u.ais il faut du courage, un grand courage, pour n'ôtre point blessé de la supériorité, de l'élévation de ceux qui ont été longtemps nos égaux. Je n'entends nullement, par cette distinction^ atténuer aucun mérite ou déprécier un sentiment toujours honorable; je veux dire seulement qu'il y a plusieurs degrés dans la même vertu. J'ajouterai de plus, et comme corollaire de ce qui vient d'être dit, que je regarde presque comme des héros les hommes qui, dans la prospérité, savent resler les égaux de leurs amis ou les amis de leurs anciens égaux.
Il fait boB ftYOlr ies amis parfont.
Aphorisme populaire dans tous les
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pays et dans lous les temps, mais merveilleusement pratiqué surtout aux époques d'agitation politique où le pouvoir passe alternativement d'un parti -à Un autre parti, d'une coterie à une autre coterie. On se rappelle sans doute le conle de cette bonne femme qui, portant dans une intention très-pieuse un cieriçe devant l'image de saint Michei , ne manquait pas d*y adjoindre, par précaution, une bougie plus petite en l'honneur du personnage infernal que l'archange tient sous ses pieds. « Il fait bon avoir des amis partout, disait-elle ; on ne sait ce qui peut arriver. »
Que de gens, depuis soixante ans, ont suivi , sans le dire , l'exemple de cette bonne femme ! Encore ne voudraîs-je pas décider lequel du bon ange ou du mauvais a obtenu les plus beaux cierges.
vieux amis, vieux éoas.
Ce dicton a pris naissance à une époque où l'autorité s'attribuait le droit d'allérer le titre des monnaies qu'elle mettait en émission, et où, par conséquent,
les vieux écus valaient mieux que les nouveaux. Aujourd'hui les gouvernements sont mieux avisés, et il n'y a plus de vrai que la première moitié du proverbe. Cette vérité est heureusement à l'abri des révolutions.
lm petits présents entretiennent l'amitié.
L'amitié a pour principe une bienveillance réciproque fondée sur l'estime, et elle s'entretient par des pirévenances habituelles qui attestent la constance des sentiments qui la font vivre. A vrai dire, il n'y a donc rigoureusement entre amis ni petits, ni gros présents; il n'y a qu'un simple échange de bienveillants et affectueux procédés. C'est là, selon nous, le vrai sens du proverbe.
On cite partout un mot du célèbre Montesquieu, qui aurait, assure-t-on, répondu par le texte de ce proverbe à l'un de ses collègues au parlement de Bordeaux, qui, discutant avec lui, lui avait offert sa tête comme gage de l'exactitude de ses assertions. J'ai peine à croire que Montesquieu ait été assez impoli
pour répondre, même à de mauvais raisonnements, par une impertinence qui n'a rien de bien spirituel.
A battre fant l'amour.
Les mauvais traitements, tranchons déliardimenl le mol, les voies de fait truisent l'amour. Ici le verbe faut signifle cesse ou disparaît y de notre vieux mol français faillir.
Ce dicton est d'une vérité moins absolue ou moins générale qu'on ne le croi<^ rail, s'il est vrai , comme Taflirment quelques voyageurs, que les femmes Russes aiment à être battues par leurs maris, el si Ton peut aussi accorder quelque autorité à une vieille chanson en patois languedocien, qui attribue la même fantaisie aux jeunes filles de Montpellier. Ces exceptions singulières, si elles ont existé ou si elles existent réellement, ne prouvent rien, au reste, contre une règle évidente, contre une observation qui n'a besoin, pour être vraie, ni de formule spéciale, ni de démonstration .
une femme laide est un vrai remède d'amour.
Règle générale qui admet de nombreuses exceptioDs. Un autre proverbe contredit même celui-ci :
Il o'e&t point ùe laides amours.
• Cela veut dire que la bonté, la grâce, l'esprit, tiennent souvent lieu de beaulé, et ne sontpasmoinsquecelle-cf propi^s à séduire. La laideur a d'ailleurs sur la beauté un avantage qu'on ne saurait lui contester, selon ce refrain d'une chanson connue :
Avec le temps la beauté passe.
Hais la laideur reste toujours.
Les Écossais ont un proverbe qui se rapproche du nôtre pour le sens, mais qui se présente sous une forme très- différente :
Une forteresse quVn n'attaque pas n'a pas besoin d'être défendue.
Les Romains avaient encore une
maxime plus imperlinenle que je me garderai bien de traduire en français :
Casla quam nemo rogavit.
Amour apprend les Anes à danser.
Vieux dicton qui confirme, avec une plaisante énergie, une vérité que personne ne conteste. 11 est à propos de faire observer toute fois que les ânes amoureux n>en restent pas moins ânes; ils le sont même souvent beaucoup plus.
L'amoar descend et ne monte pas.
On a voulu exprimer par cette sentence que les enfants ne ressentent pas ordinairement pour leur père ou poiir leur mère cette affection si vive, cet attachement si tendre et si dévoué que ceuxci éprouvent pour leurs enfants. C'est un fait parfaitement reconnu et qui ne saurait être contesté. Sans chercher à en rendre compte d'une manière précise, ne pourrait- on l'attribuer, au moins en partie^ à celte heureuse disposition de notre nature qui fait que nous nous at-
tachoos aux èires qui nous eulourent en raison des soins que nous leur avons consacrés, des inquiétudes qu'ils nous ont données, et des services que nous leur avons rendus?
L'amoar est un grand maître.
Sans contredit ; mais c'est aussi, il faut Tavouer, le maître qui fait faire et qui, très-probablement\ fera faire encore le plus de sottises à lapauvre espèce humaine.
L'amoar et l'ambition ne sonlTrent pas de compagnon.
Ce sont en effet deux passions exclusives, impitoyables, auxquelles rien ne coule, môme le crime au besoin, pour écarter ou pour perdre un rival.
L'amour et la tonx ne se peuvent oacher*.
L'expression paraîtra sans doute un peu triviale ; cela même n'en prouve que mieux peut-être la vérité de ce proverbe
que nous avons lextuellemenl empruolé aux anciens.
Tout par amonr et rien par feree.
Je ne sais si jamais cet apliorismc a reçu sa complèle el rigoureuse application ; mais il est certain qu'aujourd'liui il n'est plus guère de mise, surtout en matière de gouvernement. Dans tous les temps, auresle, la force a été un élément nécessaire d'action politique, j'entends la force appuyée sur la justice ; et Tamour ne doit être que leur auxiliaire.
Aujourd'hui ce dicton n'est plus la dévise que de ces gens honnèles, mais faibles de caractère et d'intelligence, qui ne savent pas eucore qu'il n'y a que les forts qui aient réellement le pouvoir d'être à la fois bons el justes.
Sans pain, sans vin, amoor n'est rien.
Traduction littérale d'un aphorisme latin qui ne trouve guère de contradicteurs que parmi les très-jeunes gens et qui est devenu une vérité incontesta-
ble pour tout ce qui a passé l'âge de vingt-cinq ans.
Les amoureux novices opposent à ce proverbe, trop positif pour eux, la devise suivante qui ne reste pas longtemps ins-* crite sur le même écu :
Une cbaumicre el son cœur.
Il n'y a point d'amonr sans Jaloosie.
Maxime un peu trop absolue, si je ne me trompe ; le véritable amour vit surtout de contiance, et la jalousie ne commence souvent que lorsque la vanité vient se mettre côte à côte avec l'amour. 11 n'en reste pas moins vrai que l'amour, le plus délicat même, est toujours fort susceptible et très-prompt à s'alarmer, ce qui, du moins par les apparences, ressemble fort à la jalousie.
il n'y a point de laides. amours.
Cela est vrai : l'amour véritable est un sentiment épuré qui ne permet de voir que les qualités, que les perfections de
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l'objet aimé. L'œil d'un amant découvre, dans la femme qu'il préfère à toutes les autres, des vertus, des beautés qu'un œil iadifférent ne saurait même soupçonner.
'C'est pour cela sans doute que les anciens peignaient V Amour aveugle, et que le»
modernes ont adopté cette tradition mythologique. Pour moi, je vois là une attention bienveillante de la Providence qui n'a pas voulu qu'pn ce monde il n'y eût de bonheur que pour celles de ses créatures qu'il avait dotées de tou^ les avantages de l'extérieur.
Qai se marie par amoars
A bonnes nuits et manvais Jours.
Se marier sans amour est souvent un calcul malhonnête ; se marier uniquement par amour ou par inclination, comme on dit vulgairement, est presque toujours une folie. Un homme sagc^ fait en sorte, dans l'accomplissement de cet acte important de la vie, de concilier à la fois la raison et l'inclination, d'assurer a la fois le présent et l'avenir. Quant aux femmes, qui vivent parle cœur bien plus
que parla tète, il esta souhaiter qu'elles s'exercent et s'habituent à donner à leur cœur ce tact exquis et cette précieuse délicatesse de sentiment qui chez elles remplacent quelquefois si avantageusement ce que l'homme appelle fièrement sa raison.
On en revient tonjonrs A ses premiers amours.
Refrain connu, qui exprime uqe vérité sentie cl acceptée de tout le monde sans examen et sans discussion. Le seul instinct de notre nature nous dit, en effet, que nos premiers sentiments, nos premières affeclions sont ordinairement les plus purs, et par conséquent les plus vrais et les plus durables. On trouve déjà dans les plus anciens recueils ce proverbe non rimé :
It n'est que les premières amours.
Je m'en moqne comme de Van quarante.
On trouve, dans quelques auteurs, une explication fort érudite de cette locution
30 LA FLEOil
proverbiale, dont on fail remonter l'ori gine jusqu'au onzième siècle. Selon ces écrivains, le monde entier, le monde européen du moins, était alors agité par tant de troubles, la société était travaillée de tant de désordres, de tant de malheurs publics et privés, que les philoso phes et les peureux de l'époque, d'accord cette fois, croyaient voir, dans cette agitation tumultueuse, des symptômes évidents de la tin du monde, dont on fixait même la date à l'année mil quarante.
Je suis loin de vouloir nier les désordres ou les agitations du onzième siècle ; mais je n'ai vu, dans aucun écrivain de valeur, celte date de i040 indiquée d'une manière précise, et j'ajouterai que, dans les plus anciens recueils de proverbes ou de dictons populaires que j'ai parcourus avec soin, je n'ai rencontré nulle part celui auquel l'on attribue une si ancienne origine. Il faut donc rechercher ailleurs, et à une époque plus rapprochée de nous, la date de ce proverbe que je crois d'origine française.
Vers le milieu du dix-huitième siècle^ quelques illuminés, comme II s'en trouve
d'ordinaire dans les temps d'incrédulité religieuse, avaient annoncé, sur la foi de leurs visions ou de leurs rêves, sinon tout à fait la fin du monde, du moiiis une grande et terrible catastrophe pour Tannée 1740. Cette prophétie, qui pouvait n'être qu'une plaisanterie d'assez mauvais goût, fut d'autant mieux accueillie qu'elle était plus extravagante, et tout le monde, grands et petits, se mirent à trembler à l'approche de cette année ^iMira/i/^^ qui se passa comme toutes les autres, et qui ne fut ni meilleure, ni pire que celles qui l'avaient précédée.
Remis de leur efTiroi et d'une longue inquiétude, les poltrons qui s'étaient montrés les plus crédules et les plus efirayés, furent les premiers à rire de leurs terreurs, ou du moins à feindre d'en rire, pour les faire oublier. On inventa alors le dicton : Je m'en moque comme deVan quarante, rodomontade s'i 1 en f û t j a ma is, digne de figurer parmi les meilleures du genre, a côté, peut-être même à la tête de celles qu'on attribue si généreusement à la nation Espagnole , qui , comme l'on n'en a pas g^rdé te monopole.
Je rappellerai ici, en passant, que vers la fin de l'année 1816, dans quelques parties de la France, on redoutait également une grande catastrophe qui, pour beaucoup de gens, semblait devoir être la fin du monde. J'ai vu, en Bourgogne, une infinité de gens de tout âge et de toule condition se préparer de bonne foi à ce grand événement, et très-heureux, quelques mois plus tard, que leurs craintes ne se fussent pas réalisées.
Nous possédons encore, dans notre lan> gue, un dicton familier qui a quelque rapport pour le sens à celui dont je viens de faire l'histoire. Pour parler d'un événement auquel nous n'attachons aucune importance, nous disons :
Je m*en moque comme de Colin-Tampon.
Je n'ai trouvé dans aucun écrivain la moindre indication sur l'origine de cette locution, ni le plus petit renseignement sur le personnage inconnu de Colin- Tampon.
L'âne de la commnnanté est toujours le plas mal bâté.
Les Espagnols disent dans le iDème sens :
L'âne de tous.
Mange des loups.
Plus anciennement, les Latins avaient dit :
Communiler negligiiur quod communiter agitur.
Ce qui peut se traduire ainsi :
Ce qui est l'affaire de tout le monde est négligé par tout le munde.
L'homme en effet n'accorde tous ses soins qu'à ce qui le regarde et l'intéresse personnellement; il ne saurait avoir d'ardeur et d'activité pour les choses dont il doit partager le mérite ou les avantages avec d'autres. Il arrive ainsi que chacun des associés comptant sur ses coopérateurs, personne n'agit et rien ne se fait. C'est là une vérité incontestable, vieille
34 Lk FLEUR
comme le monde^ el qui ne saurait élre mise en doute un seul instant sans compromettre le présent el l'avenir d'une société qui cesserait de la reconnaître comme sa règle.
Les Corses expriment celte idée d'une manière très-énergique :
La Harca di piu padroni va a naufragarsi.
La barque qui a plusieurs pilotes court droit au
naufrage.
A laver la tête d'an- âne on perd son temps et son savon.
On dit aussi -. « A laver la tête d'un nègre, etc., » Iraduction du proverbe latin : jEthiopem lavare.
Tout le monde connaît et cile ce proverbe; personne n'en conteste ni le sens ni la parfaite exactitude, et pourtant nous voyons tous les jours une foule de gens, placés sous f'empire d'une préoccupation singulière, essayer, quoique toujours sans succès, de convaincre un sot par le raisonnement, ou de ramener un entêté à la raison par la discussion. Ces
honnêtes prédicateurs ne s'aperçoivent pas que leur défaut de réflexion ou leur amour-propre les place exactement dans la situation indiquée par les expressions de ce proverbe.
on ne peut faire boire nn âne s'il n'a soif.
il ne faut jamais ni tenter ni exiger l'impossible. L'âne passe avec raison pour le plus opiniâtre des animaux, mais il faut convenir que, dans la circonstance donnée, il a parfaitement raison de l'être.
Anes de Beanne.
Dicton injurieux pour les habitants de la ville de Beaune, sur le compte desquels on met depuis longtemps une foule de bévues et de balourdises dont ils sont probablement fort innocents. Parmi les naïvetés dont on les accuse, j'indiquerai, comme une des plus amusantes, celle du maire de la ville qui offrait l'escorte de la brigade de gendarmerie h un règlement qui devait traverser, dans le voisinage, un bois signalé comme dangereux.
. Les Beaunois donnenl à celte *locu lion qui leur déplaîl, comme on le pense bien, une origine beaucoup plus flatteuse pour leur amour-propre que le mot ô*âne ne pourrait le faire supposer. Elle rappelle, selon eux, une famille Irès-honorable de commerçants, la , famille Lasne, qui était célèbre, dans le treizième siècle, par ses grandes entreprises-autant que par sa probités Cela peut être vrai ; mais, quelle que soit raulhenlicité plus ou moins établie de ce souvenir, je ne' crois pas que les Beaunois aient si fort besoin de se défendre contre un quolibet qui ne prouve rien, sinon la malice de ceux qui Tont inventé et propagé*
De Jeane inge vieux Diable.
On pourrait craindre, en effet, qu'un jeune homme de mœurs très-purés ou d'une conduite très-régulière ne devînt quelque jour un vieillard de miuirstrop faciles, s'il était bien démontré que nous devons tous, un peu plus tôt, un peu plus tard, notre tribut aux passions et à Tesuril du mal ; mais il ne me paraît pas plus
DES PROVEBBES FKÂMÇAIS. 37
nécessaire , raisonnablement ' parlant « d'être un diable dans sa jeunesse, quMl ne peut l'être de devenir, littéralement parlant, un ange dans sa vieillesse, et réciproquement. Il y a bien des intermé* diaires entre ces deux extrémités.
Les Sonneurs d'Angers.
Dicton qu'on trouve dans des manuscrits fort anciens, et qui prouve que la ville d'Angers était autrefois très-remarquable par le nombre de ses églises et de leurs cloches. Aujourd'hui, cette ville n'a plus rien qui la distingue des autres sous ce rapport.
Un autre dicton, également ancien, constate la réputation que les habitants de cette ville avaient, au moyen âjge, d'être de très-habiles archers. Encore un mérite que.le temps et l'invention de la poudre leur ont enlevé.
J'ai payé tons mes Anglais.
Le mot Anglais est ici synonyme de créanciers.. Les rois de France. ont eu
tanl de démêlés avec les rois d'Angleterre, ils ont eu si souvent des comptes à régler avec eux» que Ton comprend sans peine comment les deux mots ont pu à la longue se confondre dans une mdme signification. Ainsi le roi Jean, emmené prisonnier è Londres, après la bataille de Poitiers, dut payer à l'Angleterre, pour se racheter, une forle rançon dont la France fit les frais ; et dans plus d'une circonstance analogue, notr^ t^^vs dut payer de fortes indemnités anx Anglais, qui étaient ainsi devenus pour nous des créanciers impitoyables dont on se trouvait heureux d'être débarrassé.
Il est comme l'angaille de Helnn, il crie avant qu'on Véoorcbe.
on applique ordinairement ce dicton aux gens timides et faibles qui s'af9igent outre mesure d'un malheur probable^ bien longtemps avant qu'il les ait atteint. On raconte à ce sujet l'anecdote d'un nommé Languille, habitantdeMelun, qui chargé, dans une des pièces religieuses de l'époque, de remplir le rôle de saint Barthé-
lemy, se mil à crier de toutes ses forces bien longtemps avant que Tacteurbourreau eût fait mine de l'écorcher. Si c^est là rorigiûe réelle de celte locution proverbiale, comme l'affirment quelques écrivains, il faudrait alors écrire sans apostrophe le mot Languille.
Il y a qnelqne angallle sons roehe.
U y a là quelque danger inconnu, quelque piège secret dont il faut se délier. On sait que les anguilles se tiennent habituellement cachées sous les pierres.
Il n'est sanoe qae d'appétit.
Les anciens disaient également, et avec raison, que « La faim est le meilleur de tous les cuisiniers. »^
L'appétit vient en mangeant.
Gela est vrai quelquefois au physique, quoique le contraire soit encore plus vrai; mais^ au moral., le proverbe est incontestable et n*en dit peut-être pas assez.
Chez rhomme; en effet, le désir de s'enrichir, Tamour-propre^ l^ambilton ou la recherche des honneurs sont des besoins impérieux cl que rien ne saurait complètement satisfaire.
On attribue l'invention de ce proverbe au.célèbre traducteur de Plutarque, Jacques Amyoty qui, d'une situation inférieure et obscure, s'était élevé par son mérite aux fonctions de précepteur de Charles IX, et parvint ensuite aux honneurs de l'cpiscopat. J'en serais fâché pour sa mémoire.
Bien venu qui appoEte.
Proverbe aussi ancien que le monde et qui ne périra qu'avec lui.
C'est le fait d'an fon d'avoir honte d'apprendre.
Je trouve dans plusieurs recueils cette maxime énoncée en ces termes; elle me semblerait plus précise, et par conséquent beaucoup plus vraie^ si le mot sot se trouvait ici substitué à celui de fou. C'est une folie sans doute que d'avoir lionte
d'apprendre ; mais, dans la circonstance, la différence qu'il y a entre un fou et un sol, c'est que le premier ignore le prix de l'instruction, tandis que le second, croyant tout savoir, est convaincu qu'il n'a plus rien à apprendre. La folie est une maladie qui se peut guérir avec le temps ; la sottise est une maladie incurable.
Qui est apprenti n'est pas maître. ^
Cette maxime est incontestable sans doute; mais elle n'a plus guère d'influence dans le temps où nous vivons.
Aujourd'hui personne ne consent à se dire apprenti, et tout le monde veut être maître.
in premier eonp ne chet pas l'arbre.
On n'obtient pas du premier coup le résultat, le prix de ses travaux. 11 faut, pour réussir en toute chose, des efforts soutenus et une persévérance qui ne se laisse rebuter par aucun obstacle. Les méchants et les conspirateurs de profession reconnaissent parfaitement Texac-
litude et l'utilité de ce dicton proverbial, et ils savent le mettre en pratique avec un art, une habileté et une patience qui pourraient servirdemodèles aux honnêtes gens toujours un peu prompts à se décourager.
Qnand l'arbre est tombé , toat le monde oonrt aux branches. '
Ce proverbe rappelle Tapologue connu du Lion devenu vieux, que les plus vils et les plus lâches des animaux se hâtaient de venir insulter, parce qu'ils pouvaient le faire impunément. De cet apologue, il nous est resté une autre locution proverbiale très-expressive ; tout le monde sait ce que c'est que le coup de pied de Pane»
En 1814, l'empereur Napoléon, tombé du trône et réduit à l'impuissance, fut lâchement insulté par ceux même qui s'étaient montrés ses plus assidus courtisans, ses plus serviles adulateurs. Un homme d'esprit, qui a gardé l'anonyme, • imagina de publier alors une petite brochure qui portait le titre suivant : Orai-
son funèbre de Napoléon^ publiée par une société de gens de lettres. Celle oraison funèbre se composa il de fragmenls de diverse origine^ empruntés aux. harangues, discours, complimenls, adressés à l'Empereur pendanl son règne, par quelques personnages éminenls qui s'élaienl empressés, en 1 8 1 4 , de venir répéter auxBourbons, leurs nouveaux souverains, les mêmes adulations, en les entremêlant d'inveclives contre le monarque déchu.
Celle brochure eul plusieurs éditions ; mais, comme ledit plaisamment l'auteur dans une petite note, la première de toutes avait paru dans le Moniteur,
l'arc-en-oiel dn matin ,
Plaie sans fin; L'aro-en-ciel dn soir,
Il fant voir.
Ceci n'a pas besoin d'explication.
C'est une observation à vérifier, et sa forme proverbiale me fait croire qu'elle n'a pas été créée tout à fait sans fondement.
Rien de plus éloqaent qne l'argent comptant.
On pourrait dire Irop éloquent; car il a conseillé bien des bassesses et bien des crimes, et il joue un triste rôle dans l'histoire de l'bumanité ; on dit encore, et avec raison aussi :
Argent comptaat porte médecine.
Pour beaucoup de malheureux, en effet, l'argent est un remède efficace et qui souvent peut tenir lieu de tous les autres, car la misère et les privations de iôVLi genre sont presque toujours chez eux la source de toutes les maladies.
Faate d'agent est douleur nonpareille.
Vers d'un de nos vieux pqètes, qui exprime une vérité qui n'a pas vieilli. Il existe, dans toutes les langues, un grand nombre de proverbes qui constatent la puissance de l'argent et l'impuissance de ceux qui en sont dépourvus. Je rappellerai seulement ici deux observations de Franklin, qui offrent à la fois la jus-
iesse de la pensée et le mérite de Texpression :
Voulez-vous connaître tout le prix de l'argenl ? cherchez à en emprunter.
Un sac vide ne peut se tenir droit.
Le mot faute, employé dans ce dicton, équivaut à manque, et vient de l'ancien verbe français faillir.
L'argent est un bon serviteur et un méohant
maître.
Vérité que l'expérience démontre et rend plus évidente tous les jours. L'argent n'a de valeur réelle que par l'usage honnête qu'on sait en faire ; de même que rien ne corrompt le cœur, rien n'avilit l'homme aux yeux d'aulrui et à ses propres yeux comme le désir de s'enrichir à tout prix. De tous les genres d'esclavage, celui-là est le plus honteux , parce qu'il est volontaire et que le temps ne fait qu'en resserrer les étreintes, s'il est vrai, comme on le dit et comme je le
crois, que « l'avarice soit la seule passion qui ne vieillisse pas. »
Point d'argent , point de Suisse.
Dicton presque injurieux pour la nation Suisse, et qui rappelle un peu durement que, pour de l'argent, les robustes paysans de ce pays si jaloux de sa Ii> bcrlé vendaient aux gouvernements étrangers leurs services militaires et la bravoure dont ils ont laissé tant de preuves sur tous les champs de bataille.
Ce proverbe, au reste, est historiquement Irès-exact. Les troupes suisses voulaient être payées très-regulièrement et leurs exigences étaient souvent un véritable embarras pour les souverains qui ne pouvaient les satisfaire à point nommé.
Mentir comme un arraobeor de dents.
Un arracheur de dents est en quelque sorte obligé de mentir pour déterminer la plupart de ses patients à supporter une opération que ceux-ci regardent,
non sans raison, comme très^-doiflou reuse, et il ne faul pas leur savoir Irop mauvais gré d'un mensonge qu'on peut appeler obligeant; mais ce que Ton pardonne sans peine aux dentistes, aux médecins, qui nous trompent dans notre intérêt, on ne saurait le pardonner avec la même indulgence à une fouie de gens qui font métier de trahir la vérité et qui débitent leurs mensonges avec une assurance que ce proverbe a pour but de caractériser.
On dit encore : Menteur comme une épitaphe, comme une oraison funèbre^ comme un prospectus; mais les mensonges de cet ordre ne tirent pas à conséquence, et on les tolère avec d'autant plus d'indifférence que personne ne les accepte comme des vérités.
Toat vient à point à qui sait attendre.
Savoir attendre est le secret des gens
habiles, et si ce n'est pas toujours le seul,
c'est bien souvent le premier élément du
^succès. C'est par l'impatience, c'est par
l'ardeur avec laquelle on se laisse empor-
ter vers ce qui séduit que la plupart des hommes, que les nations elles-mêmes se perdent. 11 est vrai que pour mettre en pratique cette salutaire maxime, il faut plus d'intelligence, plus d'étendue d'esprit, plus de raison surtout, que n'en possède ordinairement le vulgaire ; c'est dans ce sens qu'un profond politique, Machiavel, a dit que «l'empire du monde appartient aux phlegmatiques », c'est-àdire « à ceux qui savent dominer leurs passions. »
Gboa pour chou, Anbervimers vaut bien Paris.
Il n'est si petit village qui ne puisse avoir sa renommée; il n'est si petit homme qui ne puisse avoir sa valeur relative. Aubervilliers est un village peu éloigné de Paris, où l'on cultive les choux avec succès.
Aujourd'hui Moi, demain Toi.
Traduction littérale d'une sentence latine fréquemment inscrite sur les tom« i)eaux et à l'entrée des cimetières : Ho-
di'è mihi, cras tibii celte sentence rap* pelle aux hommes Tincerlitude de leur destinée, en les avertissant qu'ils ne peuvent en quelque sorte compter sur un lendemain. Elle a servi aussi quelquefois de consolation aux malheureux, en leur faisant espérer un avenir meilleur pour eux que le présent.
J'ai lu quelque part que François \^\ prisonnier à Madrid, avait inscrit de sa main cet aphorisme sur le mur de la chambre qu'il occupait. Charles-Quint, qui crut voir, dans le choix de cette inscription, sinon une menace, du moins un avertissement, écrivit au-dessous ce vers bien connu de Térence :
Homo 8um, humani a me nil alienum puto.
Ce qui signifiait^ dans la pensée de Charles :
Je suis homme, et, comme tel, soumis à tous les accidents de i'humanilé.
Cette réponse était plus sage et plus modeste qu'on ne pouvait l'attendre d'un guerrier victorieux et d'un monarque
puiâsanl qu'on accuse d'avoir aspiré à la monarchie universelle.
L'anmône n'a jamais appauvri personne.
Un homme vraiment charitable et qui veut toujours pouvoir faire raumône, administre sa fortune avec ordre, avec sagesse, avec économie, de manière à pouvoir satisfaire en toute occasion ses intentions libérales. C*est principalement au sujet de la charité qu'on peut dire que la pratique constante d^une seule vertu peut conduire à toutes les autres.
Un proverbe espagnol dit fort heureusement :
Qui donne aux pauvres prête à Dieu.
Il ne faut pas toujours mesurer les autres à
son aune.
C'est pourtant ce que tout le monde est naturellement porté à faire, et ce que tout le monde fait, presque sans y penser. Chaque homme a son caractère propre, ses vertus, ses opinions, ses préju-
DES PROVERBES FRANÇAIS. Ôl
gés, même, dont il faut tenir complu pour Tapprécier avec justice et le juger en parfaite connaissance de cause. Agir autrement, c'est s*exposer à commettre une foule d'erreurs, de bévues et d'injustices.
Cet axiome proverbial, au reste, se prend assez habituellement en mauvaise part, et c'est particulièrement d'un malhonnête homme ou d'un fripon que Ton dit c qu'il mesure les autres à son aune. »
An bout de l'amie faut le drap.
Expression assez triviale, pour indiquer qu'il n'est chose qui puisse durer toujours, et que la plus longue vie, les succès les plus éclatants, et même la prospérité qui semble le mieux établie, arrivent têt ou tard à leur terme, ce qui est incontestable.
Le mot faut est employé ici dans le sens de manque, qui est sa yéritable si* gnification d'origine.
52 LA FLEOR
Généreux da bien d'aatnii.
li n'y a rien de si commun, ni en même temps de si commode, que cette espèce de générosité, et c'est la seule qu'un grand nombre de gens sachent pratiquer. Nous avons encore deux autres dictons qui se rapportent à la même idée :
Nul n*est si large (généreux) que celui qui n*a que
donner.
Du cuir d'autrui Ton fait large courroie.
Quand d'autrni parler tn vendras , Begarde-tei , et te tairas .
Conseil d'autant meilleur à rappeler qu'il est fort peu suivi. Les Espagnols ont un proverbe équivalent et beaucoup plus expressif ;
Quand on a une maison de verre, il faut bien se garder de jeter des pierres sur le toit de son voisin.
Ces deux proverbes ne sont que des
DES PKOVERBES FRANÇAIS. 53
variantes de la parabole sacrée de la poutre et de la paille.
Qui n'avance pas recnle.
Maxime de TËvangile, qui regarde principaiemeat la perfection cbrélienne et les progrès que nous devons tous les jours tenter de faire dans la voie de cette perfection ; mais, dans un sens moins spécial, elle peut s'appliquer à tout ce qui exige de l'homme une volonté active et persévérante, et que la moindre faiblesse, lé plus petit relâchement peut compromettre.
Quand tons péchés sont vieux , avarice est encore jeune.
L'effet ordinaire de l'âge est, sinon de détruire entièrement nos passions, dû moins d'en adoucir, d'en affaiblir essentiellement l'ardeur et la violence. L'avarice résiste I celte épreuve, et c'est même, il faut le dire, dans la vieillesse qu'elle semble se ranimer et prendre une nouvelle force. Ne serait-ce point parce qu'elle
o4 LA FLEUR
sent alors qu'elle va bienlôl se séparer de ces biens qni lui ont tenu lieu de tout dans celte vie et qui lui ont fait oublier l'autre? ce symplôme esl donc à la fois une douleur et un remords.
un bon averti en vant deux.
ou bien eocore :
Un homme averti en vant deux.
L'une et l'autre leçon me paraissent admissibles, quoique je préfère la seconde. Dans la première, le mot averti est une syncope dH avertissement.
Un avis donné à propos par un homme sage et digne de confiance remplace avantageusement les conseils donnés par le vulgaire, voilà ce que signifie la première forme du proverbe ; on veut dire par la seconde qu'un homme averti d'un danger qui le menace est en mesure de s'en préserver, ou du moins que ses forces, pour le combattre, soifl doublées, lors(|u'iI a eu ainsi le temps de se mettre en défense.
Aa royaume des avenglea les borgnes sont
rois.
Ce proverbe très-ancien, que l'on trouve chez tous les peuples exprimé à peu près de la même manière, a chez nous un sens légèrement ironique. Nous entendons par là qu'il ne faut pas trop s'étoni)er de voir un demi-savant paraître aux ignorants un phénix de science, ou un homme médiocre acquérir une grande autorité sur des imbéciles. De nos jours, au reste, il n'y a plus guère de royaume; personne ne se croit aveugle, et tous les Aor^^i^^ sont égaux entre eux et se croient tous également propres à être rois. Il faudrait donc changer ce proverbe et dire que « Dans le royaume des Itorgnes, tout « le monde peut et doit être roi à son tour. » Reste à savoir pourtant où, dans un tel royaume, on marquerait la place des gens à deux yeux.
De jeni^e avocat, héritage perdu; De nonvean médecin, cimetière bossn.
Maxime un peu absolue, qu'il faut
seulement entendre dans ce sens, que le savoir et l'expérience sont indispensables a l'avocat comme au médecin pour remplir utilement et avec succès leurs difficiles fonctions. Ces deux conditions n'ont de valeur réelle que lorsqu'elles se trouvent étroitement unies; leur isolement les rend ay moins incomplètes et quelquefois très-dangereuses.
cent ans bannière, cent ans civière.
Maxime proverbiale, très-ancienne, qui fait allusion à l'incertitude des choses humaines, aux révolutions inévitables que le temps amène et qui atteignent les grands comme les petits. Une maison illustre, longtemps comblée de tous les dons de la fortune, peut se trouver, après cent ans, après une période beaucoup moins longue, réduite à l'obscurité et à la misère. De nombreux exemples justifient parfaitement le proverbe.
Le mot bannière est ici employé comme l'emblème de la noblesse; il ne faudrait pourtant pas en conclure que ces
sortes de révolutions n'alteignent qu'une seule classe d'hommes.
Il est bon de remarquer aussi que, dans le sens contraire, le proverbe est presque aussi vrai, et qu'il n'est pas trèsrare de voir, avec le temps, arriver aux honneurs et à la fortune des hommes et des familles entières qui végétaient jadis dans les situations inférieures de la société.
l'ailleAu banquet qui ne veut pas manger ; Il sur la mer-qni a peor da danger; Il à la oour qni dit tout ce qu'il pense ; Ion plus an bal qui n'aime pas la danse.
Quatrain proverbial bon à retenir, meilleur encore à mettre en pratique. Il faut savoir se mettre à l'unisson de ceux avec lesquels on vit, aimer les choses que l'on fait et les gens que l'on voit, ou savoir au moins rester chez soi et vivre avec soi-même. 11 n'y a que les sots ou les ambitieux qui se résignent à mener une vie qui répugne à leurs inclinations. Ces gens-là sont pourtant assez nombreux.