‹ La fleur des proverbes françaisChapitre 4 sur 7 · LA FL(:VR · texte numérisé non relu

LA FL(:VR

A barbe de fol apprend-on à raire f

Dicton fort ancien, ainsi que le prouve sa forme gième. Raire est le vieux mot français qui a été remplacé par raser; ils dérivent l'un et Tautre du latin radere.

On trouve chez les Orientaux un proverbe à peu près identique, ce qui prouve que, partout et dans tous les temps, les petits et les faibles ont été considérés comme pouvant être soumis impunément aux premiers essais et à toute Tinexpérience des apprentis. On sait que, pendant tout le moyen âge, les rois, les princes, et les grands seigneurs entretenaient des fous à leur cour, et que ces pauvres fous, considérés comme de véritables jouets, étaient traités comme des personnages sans importance. C'est à eux que fait allusion notre proverbe.

Je rappellerai, à cette occasion, une anecdote que je crois peu connue et qui me semble très-digne de Tètre.

Un très-habile homme du seizième siècle, le savant Muret, que son talent

pour écrire en latin faisait regarder de son temps, comme un autre Cicéron, se trouva en voyage surpris par une maladie subite; et comme sa bourse était beaucoup moins riche que sa mémoire ou son esprit, il s'estima fort heureux, de l'accueil qu'on lut fit dans un hôpital. Là, visité par deux médecins qui cherchaient à démêler le véritable caractère de sa maladie, et à trouver un remède qu'ils n'avaient pas encore suffisamment éprouvé, il entendit l'un de ses deux Esculapes dire à son confrère, en latin : Faciamus experimentum in anima vili. (( Faisons une expérience sur cette âme de peu !» — a Appelez-vous une âme depeUf mes maîtres, s'écria sur-lechamp le malade, une âme pour le salut de laquelle un Dieu n'a pas craint de mourir sur la croix ? » Bien en prit au pauvre Muret d'entendre le latin, comme l'on voit.

A barbe roasse «t noirs obevenz le te fle pas si ta ne veaz.

11 n'est nullement démontré que la

barbe rousse et les cheveux noirs réiiDis dans le môme individu soient réellement le signe caractéristique et infaillible d'un mauvais naturel ; mais c'est un préjugé qui a existé, qui existe encore chez plusieurs nations et qu'il faut au moins constater, ne fût-ce que pour le combattre. Les Romains avaient contre les hommes roux de fâcheuses préventions ; les Espagnols, si l'on en croit quelquesuns de leurs proverbes, ne leur sont guère plus favorables, et les cheveux roux inspirent généralement en France une aversion ou du moins une répugnance presque instinctive. Nous avons même à cet égard un proverbe qui eo témoigne :

Traître comme un âae rouge.

Rouge est pris ici dans le sens de roiu).

Ce sont là de ces erreurs vulgaires dont il importe de s'affranchir, et auxquelles même les gens sages doivent faire la guerre ; à moins d'accuser Dieu d'inhumanité, ce qui serait un véritable blas-

phème, oserions-nous croire sérieuse* ment que le Créateur ail voulu imprimer a Favance sur quelques-unes de ses créatures un signe extérieur qui les Touât, dès leur naissance et pendant toute leur vie, à la défiance, à ranimosilé de leurs semblables?

A barque désespérée Bien fait trouver le port-

U ne faut jamais désespérer de la Providence, car souvent elle nous fait trouver le port au moment où nous pensions en être bien loin ou même ne jamais le revoir. Nous serions, en France, ou bien aveugles ou bien Ingrats, si nous n'avions pas constamment ce .proverbe présent à la mémoire et à la pensée.

Qui bâtit, ment.

U ne faut pas dédaigner le vrai, même quand il s'offre à nous sous une apparence un peu bizarre, sous une forme quelque peu singulière. Ce calembour proverbial nous avertit qu'un homme qui se met à bâlir s'abuse presque toujours

sur le monlanl de la dépense à laquelle il s'engage et dont il ne peut à Tayance prévoir tous les détails. C'est donc dans ce sens qu'il ment^ ou, pour parler d'une manière plus précise, qu'il se trompe. Un jeu de mots, comme on le voit, peut renfermer un avis utile. On dit encore avec une égale vérité :

A bâtir ne foat plate bourse.

zn Beaaoe, bonne terre et mauvais ohemin.

Ce dicton, très-populaire en Beauce, peut s'appliquer à beaucoup d'autres contrées. Partout où se trouve un terroir gras et fertile, le sol relient longtemps l'humidité dont il est pénétré, ce qui contribue à sa fécondité; mais, on comprend qu'en même temps les routes, placées sous les mêmes conditions, sont peu commodes à parcourir. Au reste, les grandes routes telles qu'on les constitue actuellement, et les chemins de fe^ surtout, ont déjà porlé une grave al-« teinte à Tancienne véracité de ce proverbe.

fientilbomme de Beanoe. qai reste an Ut pendant qn'on raooommode ses oliansses.

fientIUiomme de Beanoe. qai vend ses oUeni pour avoir dn pain.

c'est oomme Messieurs de Beanoe, une épèe

poor trois.

On peut conclure de ces dictons satiriques, qui sont assez anciens et que l'on trouve fréquemment cités dans nos conteurs du seizième siècle, qu'autrefois les gentilstiommes de Beauce ne passaient pas pour des seigneurs fort opulents et fort magnifiques. 11 n'y avait pas d'ailleurs beaucoup de gentilshommes en Beauce, et il n'y en a plus guère aujourd'hui ; mais on y trouve sans peine une foule de gens qui ont su acquérir et conserver la seule chose qui de nos jours semble être la véritable noblesse : une belle fortune et beaucoup d'argent comptant. Je connais plus d'un bourgeois de cette fertile contrée qui, très-différent des anciens gentilshommes du pays, ne se contente pas de iAiller pour déjeûner, comme on Fa dit fort impertinemment, et

qui ne se contente pas non plus d'une seule culotte pour son usage habituel ; il y a même des maisons où ce vêtement nécessaire se trouve en si grande quantité que la femme en fait usage tout autant et tout aussi bien que le mari.

Ce dicton n'est pas au reste exclusivement particulier à la Beauce, car je trouve dans les recueils anglais le même proverbe appliqué à une petite ville du comté de Ghesler :

C'est le Maire d'Alsingham qui reste au lit peadant qu'on raccommode ses chausses.

Je laisse a des amateurs plus curieux que moi le soin de rechercher s'il y a là un plagiat, ou bien si l'identité des faits a donné lieu à l'identité des deux proverbes.

Il n'est pain qae de froment, vin que de

Beaune.

Proverbe très-ancien, mais qui n'a pas vieilli et qui probablement ne vieillira pas. Les habitants de Beaune ont raison

d'être fiers de la renommée de leur vin, beaucoup mieux. fondée que l'injurieuse répulation que des envieux sans doute ont cherché à leur faire. II n'est personne qui ne connaisse tous les quolibets que l'on âVépandus et que l'on répète encore sur la prétendue simplicité des Beaunois.

BU grand* beauté ne glt pas grand' loyauté-

Dicton fort ancien que l'on trouve dans nos plus vieux recueils et qui a probablement été créé par quelque amant maltraité ou par une vieille fille. C'était autrefois, d'ailleurs, une opinion très-généralement répandue, que la beauté est un terrible écueil pour la vertu des filles et des femmes, tandis que la laideur était considérée, peut-être à tort, comme une sauve-garde infaillible contre la séduction. Je ne répéterai pas ici toutes les impertinences qui ont été dites ou écrites à ce sujet ; j'aime mieux croire, sans autre examen, que ce proverbe a, de nos jours, complètement cessé d'être vrai, et que toutes nos jolies femmes sont des modèles de sagesse et de loyauté.

Beauté sans bonté ne vant rien.

Gela né saurait être nié ; mais ce que

l'on peut dire sans crainle d'être partial,

c'esl que la réunion de ces deux qualités

[ est beaucoup moins rare que quelques

personnes affectent de le croire et de le

dire. Une jolie femme rencontre en gé-

' néral dans le monde un accueil assez

. ; empressé pour avoir lieu d'être contente

' ' des autres aussi bien que d'elle-même.

; . Elle se trouve donc ainsi naturellement

; ; portée à être douce, aimable, bienveil-

! lante, et n'a aucun motif pour devenir

maussade, aigre ou difficile comme le

, sont quelquefois les laides. Le principal

i ' écueil de la beauté est la vanité, dont

tout le monde a tant de mal à se défendre, et qui se traduit ordinairement chez les femmes par une coquetterie qui les amuse pendant quelque temps, et qui finit presque toujours par les perdre.

Les beaux esprits se renoontrent.

Aphorisme proverbial qui s'emploie,

par manière de plaisanlerie , lorsqu'il arrive que deux personnes, dans une réunion, émelleat au même instant, et comme par inspiration, la même pensée, la même parole, la même opinion sur un sujet quelconque.

On dirait avec bien plus de raison et avec une plus grande exactitude que les bons esprits se rencontrent^ et le proverbe, ainsi rectifié, serait bien autrement vrai. H arrive quelquefois, sans doute^ que les beaux esprits sont d'accord entre eux sur les choses et sur les personnes ; mais le contraire a lieu plus souvent encore, parce que le bel esprit n'a le plus souvent pour règle unique que sa fantaisie et le désir de briller. Le bon esprit au contraire a pour fondements habituels le jugement et la raison, deux éléments de bonne nature qui ne varient ni selon les temps, ni selon les lieux. L'expérience prouve d'ailleurs^ surabondamment, que les bons esprits de tous les siècles et de toutes les nations ont été constamment d'accord sur toutes les grandes questions morales ou politiques qui intéressent fhumanité. On

n'apprendra rien à personne en rappelant ici qu'on n'en pourrait pas dire autant de ceux qu'on appelle les heaucc esprits, car c'est presque toujours dans celte classe que les fauteurs de désordres ont recruté leurs principaux agens et leurs prédicateurs.

Ce qu'on apprend an beroeaa Dore jasqu'an tombeau.

Vérité d'expérience constante et qui n'a pas besoin d'être démontrée. C'est pour cela qu'il importe d'habituer les enfants à pratiquer de bonne heure les vertus qui servent à nous rendre et meilleurs et plus heureux ; car ils ne perdront jamais complètement les salutaires impressions de leur premier âge. Voilà pourquoi aussi l'éducation est le premier et le plus saint devoir d'un père, et la plus importante mission d'un gouvernement qui connaît ses obligations et qui veut les remplir.

Marqué snr le nez comme les montoiia da

Berri.

Ce dicton trivial se dil, par forme de

plaisanterie, d'une personne qui porte sur la (igure quelques traces d'égratigDures. Allusion à Tusage adopté par les fermiers du Berri de marquer leurs moulons sur le museau.

AUX paaTies la besaoe.

Le sens de ce dicton proverbial est que les plus grandes charges retombent habituellement sur les pauvres. La besace est, comme on sait, Tattribut ordinaire des mendiants, et c'est dans cette espèce particulière de sac qu'ils recueillent les aumônes qu'ils ont reçues. Il est au reste tel de ces mendiants qui ne renoncerait pas volontiers à cette besace quelquefois si lourde, et qui préfère les hasards de la charité publique à la certitude d'un revenu fine qu'il devrait à son travail. La paresse a pour eux plus de charmes que la misère ne leur cause d'effroi. C'est bien le cas de dire^ avec un moraliste, que « la servitude avilit l'homme jusqu'au point de s'en faire aimer» » 11 existe d'ailleurs de nombreux exemples qui prouvent que cette spécu •

LA FLSTV

latkM mr la charité p«liliq«e est quelqoefoîs la source d*ini assez bon tvvenu.

De quelque manière que nous entendions ce proTerbe, ou dans quelque sens que nous interprétions ici le moi^héirs, il est hors de doute qu'un esprit attentif et judicieux peut toujours tirer quelque parti de l'exemple des bétes, ne tùtHx, dans le plus grand nombre decas que pour apprendre à ne leur pas ressembler.

fMad ra est blea. U faat s'y teair.

On croirait qu'il n'est rien de si facile que de mettre en pratique une maxime dont personne n'oserait méconnaître les avantages. Eh bien ! l'homme, en général, sait si peu ce qui est réellement bien pour lui, il est tellement tourmenté du désir d'être autrement qu'il n'est, qu'il passe sa vie entière à méconnaître le bien qu'il possède pour aspirer, pour courir après un mieux qui n'existe que dans son

UKS PROVERBES FRANÇAIS. 7]

imagination, et que par conséquent il ne saurait atteindre.

Bien mal acquis ne prospère pas.

Nous disons encore la même cliose dans un autre dicton familier :

Ce qui nous est venu au son de la flûte, s'en rfeva au son du tambour.

Nos aïeux disaient aussi :

Ce qui est Tenu de pille, pille, s'en rêva de tire, tire .

Les Romains exprfmaient la même idée dans un proverbe analogue :

Un troisième héritier ne jouit pas d'une fortune mal

acquise.

L'expérience a démontré partout et dans tous les temps qu'une fortune acquise par des moyens lionteux ne se soutenait pas longtemps et se dissipait rapidement , soit par les désordres de son possesseur, soit même -par. cet esprit de spéculation un peu aventureux avec

lequel on risque sans réflexion ce qui a coûté si peu de mal à acquérir. Heureux les peuples chez lesquels ces proverbes se maintiennent presque à régal d'articles de foi^ et où Ton croit encore que le travail, Tordre et la probité sont les plus sûrs et les plus solides fondements de la richesse.

Bien perdn, bien oonnn.

On dit encore, dans le même sens et avec une vérité qui ne saurait être contestée :

Nous De sentons jamais mieux le prix de la santé que lorsque nous sommes malades.

Gela n'a rien qui doive surprendre. Le bien-être physique ou moral n'est autre chose que le jeu régulier de nos facultés qui constitue notre état habituel ; tant que cet état dure, nous en jouissons sans nous en apercevoir, et ce n*est que lorsqu'il survient quelque dérangement, une maladie dans l'ordre |>hysique, un violent chagrin dans l'ordre moral, que nous

regrettons le bien-être dont nous goûtions les douceurs sans les apprécier.

Un écrivain célèbre dit quelque part que c'est à la J?a5/t7/e qu'ont été composées les plus belles pages qu'il ait écrites sur la liberté.

un bienfait reproolié tint toujours lien d'offense.

Vers devenu proverbe en naissant et dont la justesse n'a pas besoin d'être démontrée.

Un bienfait, nne bonne action ne demeurent jamais sans récompense.

Dieu tient compte à l'homme de tout ce qu'il fait de bien, de tous les efforts qu'il fait pour se conformer à la loi qu'il a reçue de son Créateur. C'est ainsi, et seulement ainsi, qu'il faut entenrdre cet aphorisme. Entendu autrement, il signi fierait que la vertu trouve toujours sa récompense en ce monde, ce qui ne serait pas exact, et ce que l'expérience dément tous les jours. Ajoutons, pour que notre

pensée soit complète, que la certitude d'une récompense immédiate et infaillible ôlerait à la vertu le mérite du sacrifice, et la priverait ainsi de sa principale valeur. Dieu ne défend pas toutefois que l'homme vertueux trouvé dans la conscience du bien qu'il a fait une satisfaction qui est déjà une première récompense.

Il ne faut pas s'embarquer sans bisoait.

Proverbe un peu trivial dans l'expression et qui renferme une recommandation assez superflue, s'il n'était bien connu qu'il existe une foule de gens qui s'engagent à l'aventure dans une entreprise quelconque sans s'être munis à l'avance de tous les secours propres à en préparer, à en assurer le succès. Ces genslà se moqueraient fort d'un capitaine de vaisseau qui partirait pour un voyage de long cours sans avoir fait provision de biseuit pour la nourriture de son équipage, et ils ne s'aperçoivent pas qu'ils font exactement la même faute, lis ne se doutent pas que c'est pour eux, en

quelque sorte, que le proverbe a été fail.

Les Pelletiers de Blois.

La ville de Blois était renommée, dans le moyen âge, par ses fabriques et son commerce de pelleterie. Blois n'a plus guère de célébrité commerciale ou industrielle aujourd'hui que pour les gourmands qui prisent fort, et non sans quelque raison, ses pei\[s pots de crème et ses rillettes, ,

On a prétendu aussi autrefois que Blois était la ville de France où la langue se parlait avec le plus de pureté et d'élégance. Aujourd'hui^ Blois n'a plus rien qui le distingue des autres villes du centre de la France sous ce rapport, et Ton n'y parle ni meilleur ni plus mauvais français que partout ailleurs.

Tiens bonf fait sillon droit.

Une longue habitude de faire donne le talent de bien faire, quand à la pratique se joignent rinlelligence et la ré-

flexion qui à elles Irois consli tuent ce qu'on nomme Texpérience. On s'attend nalurelleraenl à rencontrer celte précieuse garantie chez les vieillards dont le temps a calmé les passions, vivifié Tespril et mûri la raison ; mais c'est là une de ces vérités contre lesquelles se révoltent les écervelés et les intrigants de toutes les époques, qui sentent instinctivement en quelque sorte que Texpérience ne manquerait pas de faire prompte et bonne justice de leurs projets insensés et dangereux, même qifand ils ne sont pas criminels.

En donnant aux vieillards une préférence que je crois parfaitement fondée, je ne voudrais pas toutefois écarter la jeunesse de toute participation aux affaires ; mais c'est à la condition que Tardeur des jeunes gens soit toujours modérée par la prudente lenteur des vieillards ; de même que, selon un vieux proverbe des Romains : « Le laboureur expérimenté atlèle à la même charrue un vieux bœuf à côté d^un jeune, » et obtient une meilleure culture de cette réunion de deux capacités de diverse nature.

QQl a bu boira.

Dicton proverbial bien connu , qui s*applique spéciaiemeni à un vice parliculier, mais qui peul s'appliquer également bien aux vices de tous les ordres et de tous les genres. Les habitudes vicieuses ou immorales ont en effet pour résultat ordinaire d'avilir, d'affaiblir tellement les âmes dont elles s'emparent et qui ne leur résistent pas, que celles-ci ne peuvent jamais retrouver assez de volonté ou assez de force pour les vaincre.

Bols tortn ne se redresse pas.

Un vieil arbre résiste aux efforts inutiles qu'on ferait pour le redresser, tandis qu'en s'y prenant a temps, on peut en quelque sorte contraindre un arbrisseau à devenir plus tard un bel arbre.

Il faut mettre tous ses soins à diriger la jeunesse, à la maintenir dans la bonne voie ; mais ne perdons pas notre temps à essayer de corriger un vieillard. La

force, la raison même, sont en général impuissantes contre l'habitude.

He mettes pas la Inmidre soas le boisseau.

Proverbe emblématique qui se trouve dans rÉvangile, et que son origine rend en quelque sorte obligatoire. Aux yeux de Dieu, c'est un devoir pour l'homme de ne pas garder seulement pour lui, mais de rendre publiques les vérités qui peuvent être utiles à ses semblables. Tel est le sens de cette prescription ; maispour l'appliquer dans l'esprit qui l'a dictée, il importe essentiellement et avant tout de s'assurer si la lumière que l'on veut mettre en évidence est réellement la lumière qui éclaire et non pas celle qui brûle. On comprend combien à cet ég%rd la plus légère erreur pourrait être funeste.

Poarbien connaître an homme, il fant avoir mangé an boisseaa de sel avec lai.

Manière de dire qu'il faut avoir vécu très-longtemps avec un homme pour le connaître et pour lui accorder sa con-

fiance. Ce proverbe Irès-répandu parmi nous se trouve lexlueilement dans Aristôle el dans Clcéron, ce quî prouve qu'ail exprime une vérité reconnue dans tous les temps et chez tous les peuples.

Dans les petites boites les bons ongnents.

Onguent est pris ici dans le sens de parfum ; on sait que les parfums les plus exquis peuvent se condenser sous un Irès-pelil volume.

On fait usage de ce dicton comme d'une espèce de compliment de condoléance pour les gens qui paraissent s'affli* ger de l'exiguilé de leur taille et de leur personne, et ceux-ci, à leur tour, par une espèce de réciprocité polie, répliquent : « Mais dans les grandes les excellents ! » Tout cela n'est ni bien spirituel ni bien concluant ; mais il y a des niaiseries de convention qu'on accepte et dont il ne faut ni s'étonner ni se plaindre.

Il ne fant pas clocher devant les boiteux. Avis donné aux gens de mauvaise foi

qui essayeraient de duper leurs pareils. Un fripon a bientôt reconnu un confrère ou un rival et ne se laisse pas facilement tromper. Ou dit encore dans le même sens :

Fio contre fin n*est pas bon à faire doublure.

Et Ton trouve dans la Fontaine deux vers qui expriment très-bien la même idée :

Corsaires attaquant corsaires Ne font pas, dit-on, leurs affaires.

Il ne faut pas confondre ce proverbe, toujours pris en mauvaise part, avec celui-ci qui renferme une observation d'une nature toute différente :

Parler latin devant les Cordeliers.

On veut dire par là qu'il ne faut pas parler d'une chose devant les gens qui la savent mieux que nous.

Ge sont deux tdtos dans un bonnet.

On dit cela de deux personnes telle-

ment unies entre elles par leurs opinions, leurs sentimenls, leurs intérêls, que toutes leurs penséesy toutes leurs paroles sont comme si elles n'étaient conçues ou exprimées que par une seule La forme de ce dicton est un peu triviale; elle n'en fait peut-être que mieux ressortir la vérité qu*il exprime.

Jeter son bonnet par-dessns les moulins.

Locution singulière el très-originale pour indiquer qu'un individu quelconque a contracté l'habitude de braver l'opinion publique, ou, pour parler en termes plus familiers, se moque du qu'en dira-t'un. Ce dicton, d'assez mauvais^ compagnie, s'applique particulièrement à une certaine classe de femmes d'une vertu plus que facile, qui s'inquiètent assez peu de ce que le public peut penser d'elles, pourvu qu'elles puissent vivre tout à fait au gré de leurs caprices et user, sans obstacle, d'une liberté qui va toujours jusqu'à la licence.

Je ne saurais trop dire quelle peut ôtre l'origine de cette bizarre locution,

dont la signification n'est ignorée de personne ; mais je n'ai pas cru non plus qu'il fût bien nécessaire d'entreprendre de résoudre, par de longues recherches, un problème dont la solution n'aurait rien de bien important.

Bons mots n'^epargnent nuls.

Un plaisant de profession est en général si fort infatué de son esprit, qui n*est jamais le bon esprit , il s'enivre tellement de sa parole et de son amour-propre, qu'il sacrifierait tout, jusqu'à ses meilleurs amis môme, pour briller quelques instants. Cette habitude de vouloir faire ^e l'esprit à tout prix et à tout propos a pour effet infaillible de fausser le jugement, quand par hasard ces gens-là en ont. Ainsi le cœur et l'esprit se gâtent à la fois par l'effet de cette ridicule et déplorable prétention. Voilà pourquoi, un profond moraliste, Pascal a dit avec une autorité que personne ne récusera :

Diseur de boas mots, mauvais caractère.

eraissez les bottes drnn vilain , il dira qu'on les lui brûle.

11 faut entendre ici par vilain, un homme grossier, sans bonté, sans esprit et sans éducation.

On ne gagne jamais rien à se montrer aimable et prévenant pour les gens de ce caractère, et il est rare qu'ils ne reconnaissent pas par quelques mauvais procédés les services qu'on s'est empressé de leur rendre.

Un vieux proverbe dit plus énergiquement encore dans le même sens :

Tilourris un corbeau, il te crèvera l'œil.

On n'est jamais sali que par la boae.

Aphorisme d^une expression peu été gante sans doute, mais dont le sens rachète un peu la forme. 11 nous avertit d'éviter d'entrer en relation avec des gens méprisables, car un contact quelconque avec de telles gens ne peut que nous salir. Si nous sommes bien avec

àul par sa présence autant que par Ténergie de sa parole, animer d'une nouvelle ardeur des soldats sur lesquels il avait déjà pris beaucoup d'empire. Le souvenir un peu vague de ce fait honorable et la confusion qui a pu s'établir entre les mots Asinius et asinus, ont donné lieu, selon les mêmes interprètes, à une équivoque injurieuse, qui mieux discutée et convenablement éclaircie, n'aurait plus rien de désobligeant pour ia ville de Bourges, qui, dans ce cas, ne serait même plus en cause.

Je veux bien croire à l'anecdote d'^sinius dans un fauteuil, mais celle anecdote fût-elle apocryphe, les habitanlsde Bourges auraient grand tort de s'affliger d'un proverbe qui n'est plus aujourd'hui qu'un quolibet ou une plaisanterie tout à fait sans conséquence. Il n'est pas en France, dans le monde entier peut-être, de ville où il n'y ait quelque fauteuil assez mal occupé.

Après le oonp, Bourguignon sage.

Ce proverbe pourrait bien être con-

eux, leur amitié est un opprobre ; si nous sommes mal, ils ont, pour nous souiller de leurs insultes, mille moyens dont eux seuls possèdent le secret. Ils vivent dans la boue, il ne leur est pas difficile d'en ramasser autour d'eux pour nous en couvrir.

U représente les armes de Bonrges, an Ane dans un fautenil.

Ce dicton s'applique, comme on sait, à un ignorant, à un sol que la faveur et le hasard ont élevé aiix honneurs, ont mis dans une position dont il était indigne. Les habitants de la ville de Bourges, blessés^ aven quelque raison, des termes de ce proverbe, peu flatteur pour leur amour-propre, en ont cherché l'origine et l'application dans l'histoire d'un certain Âsinius, gouverneur de leur cité du temps de l'occupation romaine. Cet Asinius, au moment d'une grande bataille, se trouvant fort indisposé et tout à fait hors d'état d'aller a pied haranguer ses troupes, se fit porter, assis dans un fauteuil , au milieu du camp, et là,

sut par sa présence autant que par l'énergie de sa parole, animer d'une nouvelle ardeur des soldats sur lesquels il avait déjà pris beaucoup d'empire. Le souvenir un peu vague de ce fait honorable et la confusion qui a pu s'établir entre les mots Asinius et asinus^ ont donné Heu, selon les mêmes interprètes, à une équivoque injurieuse, qui mieux disculée et convenablement éclaircle, n'aurait plus rien de désobligeant pour la ville de Bourges, qui, dans ce cas, ne serait même plus en cause.

Je veux bien croire à l'anecdote &Asinius dans un fauteuil, mais celte anecdote fûl-elle apocryphe, les habitants de Bourges auraient grand tort de s'affliger d'un proverbe qui n'est plus aujourd'hui qu'un quolibet ou une plaisanterie tout a fait sans conséquence. Il n'est pas en France, dans le monde entier peut-être, de ville où il n'y ait quelque fauteuil assez mal occupé.

Après le oonp, Bonrgnignon sage.

Ce proverbe pourrait bien être con-

temporain de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, dont la folie ardeur et le caraclère impétueux Venlraînaieat à de périlleuses entreprises, et dont il ne reconnaissait l'extravagance que lorsqu'il ne lui était plus possible de remédier aux inconvénients qui en étaient le résultat. On trouve aussi, dans les recueils, un dicton Identique applique aux Bretons.

Bourguignon salé, L'épée an côté, La barbe an menton, santé, Bourguignon.

On n'a aucune donjiée certaine sur l'origine et sur rhistoire de ce dicton rimé. Les érudits bourguignons qui se sont livrés à quelques recherches à ce sujet n'ont pu arriver qu'à des conjectures plus ou moins probables. On ne sait même pas au juste pourquoi cette épithète de salés s'applique aux Bourguignons. Je crois qu'elle se rapporte tout simplement aux nombreuses mines de sel qui se trouvent dans la partie de la France qui formait l'ancien duché de Bourgogne.

Il n'y a que la première boateille qui est obère.

Avis aux ivrognes : Après la première bouteille on peut encore, jusqu'à un certain point, conserver la liberté de sa raison et de son jugement; mais, à la seconde, rivresse commence d'ordinaire, et Ton ne se trouve plus en état de juger du mérite du vin qu'on boit, bien moins encore de sa valeur. Ce dicton u'est guère qu'une variante d'un autre aphorisme connu :

En toute affaire, il n'y a que le premier pas qui

coâte.

Ce qu'un poète, envisageant la question d'un point de vue plus élevé, a parfaitement exprimé par ces deux vers :

Dans le crime il suffit qu^une fois on débute ; Une chute toujours attire une autre chute.

Il ne fant pas donner les brebis à garder an

lonp.

Une pareille recommandation semble

au moins superDue et niaise eo quelque sorle, à force de naïvelé; poifrlant l'expérieacede tous les jours démonlre qu'il Taul, pour praliquer celte maxirnb, un dUceraemenl el une sagacité qui De sont pas ordinairemeni le partage du grand nombre.

On a dit aussi 'dans le mSme sens à peu près :

Je ne dis pas que, dans le sens propre, on ait vu cela bien souvent ; mais, dans le sens Sguré, on trouverait, sans trop chercher, un grand nombre de gens qui ont donné à garder au loup les brebis conûées à leur surveillance, ou qui ont entermé des loups fort dangereux dans leur propre bergerie.

' Br«bla Dompti»B, le lonp les mange.

L'expressian de ce proverbe n'est pas gufSsaniment précise. Ce n'est pas parce que les brebis ont été comptées que le

loup les maDge, mais parce qu'on néglige de mellre à surveiller son troupeau le même soin qu'on a mis à en faire le dénombrement ; car, comme le dit un autre proverbe :

La mauvaise garde paît le loup.

J'ai vu aussi ce proverbe beaucoup mieux énoncé dans quelques recueils très-anciens ; on y lit :

De brebis comptées mange bien le loup.

Ceci est beaucoup plus exact et signifie bien clairement que Tordre et la régularité dans les comptes n'empochent pas toujours que l'on soit trompé. À choisir entre les deux conditions»une surveillance active et de tous les instants me parait de beaucoup supérieure a tous les soins que l'on peut se donner pour connaître exactement ce que l'on possède.

Il faat tondre ses brebis et non les éooroher. Ce proverbe, que nous avons emprunté

textuel lemeot aux Lattns, contient à la fois uneleçond'humaniléelun excelleni conseil d'écoDomje domestique. Un fermier intelligent se garde bien d'écorcher ses bretiis pour en avoir la laine; il s'aA»tienl même de les londre de Irop près pour ne pas comproroellre leur santé ; it ■ se conlente d'enlever le superDu de leur loison, et seménageainsilememererenu pour l'année suivante, r.'esl un exemple i proposer aux gouvernements, mbnarchiiiues ou républicains, toutes les fois qu*U s'agit d'établir denouveaux impAts.

pour qu'ils ne se laissent pas entraîner par une trop grande ardeur fiscale, en imitant follement les peuplades sauvages de la Louisiane qui, selon l'heureuse expression de Montesquieu, • coupent un artère au pied pour en recueillir le fruit. > Je rappellerai encore, à l'occasion de ce proverbe, l'ingénieux apologue de la Poule aux œufs d'or qui se trouve dans Ësope. Od sait que le fortuné mais imprudent possesseur de cette poule, non content de Tteuf d'or qu'elle lui pondait tous les matins, imagina sottement de la luer pour recueillir tout d'un coup la

mine îDépuisable qui semblait renfermée dans ses entrailles. Non- seulement il n'y trouva rien, mais il fut à jamais privé de son revenu journalier :

L'avarice perd tout en voulant tout gagner.

U ne faat qu'une brebis galense ponr gâter tout an troupeau.

Vérité incontestable dans l'ordre physique, plus frappante encore peut-être dans l'ordre moral. Une âme perverse, un esprit corrompu portent avec eux une contagion pernicieuse et dévorante qui peut corrompre et flétrir pour toujours ceux qui sont, par le rapprochement habituel, exposés à en recevoir les délétères émanations.

C'est une de ces maximes que les pères, que les instituteurs de la jeunesse, doivent avoir constamment présente à la pensée et qui doit leur servir de régie inflexible dansraccomplissementde leurs importants, je devrais dire de leurs saints . devoirs.

Qui se fait brebis, le loap le mange.

Il esl convenable d'ôtre bon, aimable, bienveillanl, mais il ne faut pas Félre Jusqu'à la faiblesse. La bonté n'est même jamais plus réelle et plus complète que lorsqu'elle s'appuie sur la force, sur la réflexion, et qu'elle n'est pas uniquement un effet du tempérament, ce qui alors en tliminuerait beaucoup le mérite. La brebis est, comme on le sait, un animal d'un caractère timide et sans énergie; c'est pour cela qu'elle est plus que tout autre animal, exposée a la méchanceté du loup.

Les Italiens disent dans le môme sens :

Fais-loi de miel, et les mouches te mangeront.

Il ne faut manger personne ; mais à moins d'ôtre un lâche, il ne faut pas non plus se laisser manger par personne.

Brebis qui bêle perd sa goulée.

On ne peut manger et parler en même

DES PRUVBBBES FRANÇAIS. 93

temps. Un gourmand bavard ou ua bavard gourmaud doit savoir sacrifier l'une de ses deux passions à l^aulre, au moins pour un certain temps. J'ai connif et je connais encore quelques personnages exceptionnels et tout à fait privilégiés, assez heureux pour réunir, au môme degré, en eux, la double faculté de manger comme quatre, et de parler comme dix; mais de pareils phénomènes sont rares et ne sauraient infirme^ Texaeti tude du proverbe.

A brebis tondue oien mesure le vent.

C'est là une vérité consolante dont chacun de nous trouve la démonstration dans sa propre conscience. La Providence, eu effet, sait toujours proportionner à la force, ou, pour parler plus exactement, à la faiblesse de l'homme, les épreuves auxquelles il lui plaît de le soumettre dans cette vie. Elle nous fournil ainsi l'occasion de fortifier notre âme par un exercice salutaire de notre volonté, et nous laisse au moins toujours le mérite de triompher par une pieuse résignation des

Allusion a ces personDages sans vigueur el sansénergie. qu'on appelle quelqueFois de bonnes gens et qui Baissent presque toujours par être les viclimesrie ce qu'on prend h tort pour de la bonté el qui n'est autre chose que de la faiblesse. Ces caractères efTacés n'ont qu'une vertu négative et sont au Tond réellement impuissantes à faire le bien. Quand on se laisse teller par loul le mnnde, on ne peut guère donner à chacun qu'une goutte de lail, et encore quel lait !

tprtsifleoapsagï Breton.

Ceproverbe n'est pasnou veau, car onle trouve dans les Mémoires Je Philippe de Commines, que jeciterai textuellement :

Il n'y a peut-être pas de vérité plus évidemment démontrée que celle-ci, en tant qu'elle se rapporte aux Français en général. Ily a en effet peu de nations plus empressées que la nôtre à faire des sottises ou des révolutions ; il n'y en a pas non plus qui sache mieux reconnaître ses erreurs et voir en quoi elle a péché, c'està-dire, être sage après coup. Mais cela ne suffit pas pour réparer le mal qui a été fait et ne nous sert pas même pour prévenir de nouvelles fautes. C'est bien chez nous surtout que l'on peut dire que

L'expérience des pères est perdue pour les enfants.

Il courait encore autrefois un autre proverbe $11 r les Bretons :

Le Breton menace quand il a frappé.

Ce dicton semble une variante du proverbe italien qui dit :

Chien qui veut mordre n'aboie pas.

FTomaga ie irle.

Ce diclon, se trouve, avec beaucou]) d'aulres dictons historiques du même genre, dansplusieursinapuscrllsdu IreiziËme siècle, ce qui prouve que ce genre d'iodustrie occupe depuis Tort toagiemps les fermiers el les cultivateurs de ta Brie.

Il n'y a il petit balssoD qal ne porte su

Il n'y a si petite cliose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même sou danger. Les ancieasdisaient dans le même sens, et à peu près dans les inêmes termes, qu'iln cAeveu mêrne peut faire ombre ;i\&diBa\tnl

Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger :

Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour ttliumer un incendie.

Battre les buissons an profit d'un antre.

Condition des pauvres hères qui n'ont pour eux ni les circonstances, ni la faveur, ni le savoir-faire, et qui passent leur vie dans Tobscurilé^ occupés à travailler, sans profit, pour la fortune et pour la gloire des habiles. On l'a dit fort ingénieusement, il y a déjà longtempc : « Dans une montre, c'est toujours une roue de cuivre qui fait tourner une aiguille d'or, to

Nous avons encore un autre proverbe, non moins connu qui. avec une légère nuance, se rapporte à la même idée :

Se servir de la patte du chat pour tirer les marron ^ du feu.

L ans de Borldan.

Ane Tort célèbre dans les fasles de la philosoptiLc scolaslic|ue, h une époque où les savants de lous les ordres aimaienl à s'exercer sur des questions d'autant plu» difliciles à résoudre qu'elles n'avaienl guère d'importance ou d'utilité. Ainsi pour prouver qu'un âne même était doué de là faculté du Hère arbitre, un eélèbre docteur du temps passé, Jean Buridao plaçait hypothétique ment cet âne lourmenlé i la fois par la faim et par la soif entre un boisseau d'avoine et un sceau d'eau. La prérérence que ce pauvre âne idéal devait nécessairement accorder à l'un des deux objets tentateurs pour satisfaire son double appétit devenait aui yeux du philosophe une preuve qtie l'animal jouissaildu lilire arbitre, c'esL-adire de la faculté de choisir après examen. Cette étrange hypothèse ne pou va il manquer de devenir célèbre, au moins )>ar sa bizarrerie, et la situation supposée de l'âne de Buriiian s'applique aujourli'tini aux gens qui hésitent etsemblent

délibérer quelque lemps avec eux-mêmes avant de prendre leur parli sur une question qui offre plusieurs faces el dont les avantages et les inconvénients semblent exactement balancés.

D'une buse on ne saurait faire un épervler.

L'éducation peut avoir sans doute beaucoup d'action et d'influence ; mais elle n'en saurait avoir au point de donner de l'intelligence à Tenfant qui en est dépourvu, de l'esprit à un sot. En cela, comme en tout, c'est la nature qui fait les premiers frais, et le talent de l'instituteur consiste principalement à rechercher, à discerner avec sagacité, dans l'enfant cpnfié à ses soins, les germes plus ou moins précieux qu'il a mission de développer et de faire parvenir à une heureuse maturité. Que de genssesont trompés faute d'avoir pris ces indispensables précautions, et se désolent ensuite de n'avoir pu faire un aigle de celui qui n'avait en lui d'étoffe que pour un oiseau d'un ordre inférieur!

Les Corses ont une manière assez plai-

santé de dire la même chose dans un de leurs proverbes :

D^une queue d'âne on ne saurait faibt un édiev^au

de soie.

cache ta vie.

Maxime d'un Philosophe de ranliquîté qui connaissait te monde et qui savait que , chez le commun des hommes , le désir de paraître et de briller est le plus grand écueil de la vertu. Il ne faudrait pas toutefois conclure de ce conseil salutaire que l'homme doive passer toute sa vie dans la solitude et la méditation, ce qui serait un autre genre d'excès. Le philosophe a voulu dire seulement qu'une vie modeste et retirée donnait à la fois à l'homme sage qui sait s'en contenter et tout le temps qu'il doit à ses devoirs de père de famille et de citoyen, et tout le loisir nécessaire pour travailler à son perfectionnement moral. L'orgueilleux et Tarafoitieux, au contraire, qui n'aiment que l'éclat extérieur , ne savent jamais trouver le

DES PROVERBES FRANÇAIS. lOl

temps d'accomplir leurs devoirs, et selon la belle expression d'un poète ancien : c( Us sont connus de tous et ne se connaissent pas. »

Benvoyer quelqu'un ans calendes grecques.

Nous avons emprunté ce proverbe aux Romains, dans le calendrier desquels le premier jour de chaque mois était désigné sous le nom de Calendes, et' qui voulaient indiquer par celte formule que, chez les Grecs, cette désignation spéciale n'existait pas. Renvoyer une affaire aux calendes grecques , c'était la remettre à une époque indéterminée, à une époque qui ne devait jamais arriver, Tajourner en conséquence indéfiniment. Comme on a conservé longtemps en France l'usage de distribuer chaque mois de l'année comme le faisaient les Romains, il n'est pas bien étonnant que nous leur ayons emprunté en même temps cette locution proverbiale.

Nous avons un autre dicton proverbial tout à fait analogue pour le sens à celui-ci :

Cela armera la semaioe des trois jeudis.

Quand le oamelot a pris son pli, c'est pour

toujours.

H esl rare qu'une étoffe quelconque perde jamais ie pli qu'on lui a donné chez le fabricant qui Ta lissue, et bien plus rare encore peut-être que rhomme perde jamais totalement les premières impressions qu'il a reçues dans son enfance, et qui deviennent bientôt chez lui des habitudes que le temps ne fait que consolider. Il est donc important de ne faire prendre au camelot et à Venfant que des plis bien réguliers et de bonnes habitudes.

Le Camelot est une étoffe de laine assez grossière, fort en usage autrefois, mais dont on ne se sert plus guère aujourd'hui. C'est un tissu fort sec et trèsraide, totalement dépourvu de souplesse et d'élasticité.

Bon capitaine, bons soldats.

Axiome plein de sens qui signifie, en d'autres termes, que riotelligence et le

jugement sont indispensables pour assurer rutile emploi de la force, et que le corps le plus robuste ne peut rien sans l'intervention de la tôle. Cela semble presque un paradoxe aujourd'hui, où il semble au contraire être de règle que c'est la queue qui doit guider la télé, et te grand nombre qui doit imposer ses volontés ou ses passions aux hommes d'élite et d'intelligence qui, nulle part, ne sont les plus nombreux.

Ce proverbe rappelle tout naturellement le mot fort heureux et très-significatif d'un grenadier français qui venait d'être fait prisonnier sur le champ de bataille de Rosbach. Le grand Frédéric, témoin du courage énergique et calme avec lequel ce brave soldat avait défendu sa vie et sa liberté, le fit amener prèsde lui, et le complimenta sur sa bravoure : « Si j'avais cent mille hommes comme loi, lui dit le Prince, je voudrais faire avec vous le tour de l'Europe ! — Ce ne sont pas, en effet, les soldats qui manquent en France, répondit le prisonnier; mais ce qui manque à ces soldats, c'est un général. » Ce mol

profond à force d'être juste lut valut la liberté.

La caque sent toujours le hareng.

Il est tellement difficile de se défaire des premières habitudes qu''on a prises dans son enfance et des impressions qu'on a reçues à celle époque de la vie, que, malgré tous les soins qu*on a pu se donner pour les faire disparaître, malgré les circonstances les plus favorables, <(ui font quelquefois passer un homme né dans une condition obscure à ia situation sociale la plus brillaate et la plus élevée, il reste presque toujours quelque trace d'une première et moins pure origine. C'est là ce que signifie ce proverbe, dont on ne saurait nier Texactilude et qui ne se prend jamais qu'en mauvaise pari; il arrive pourtant quelquefois que Télévation des sentiments et du caractère triomphe complètement de celte puissante influence, et laisse le mérile réel briller d'un éclat tout à fait sans tache. Mais ce sont là de ces ex.-

DES PROVERBES FRANÇAIS. iOÀ

ceptioas qui, selon la maxime des écoles, ne font que confirmer la règle.

A carème-prenant ohaeim a besoin de sa

poêle.

Ce dtclon Irès-ancien s'applique fort a propos à ces importuns maladroits qui choisissent, pour demander à emprunter un objet quelconque, le moment où ils ne peuvent ignorer qu'on en a le plus besoin. On répond à leur demande indiscrète par cette fin de non-recevoir.

Nos aïeux désignaient par le nom de Carême-prenant les trois jours qui précèdent le carême, et que nous appelons aujourd'hui les jours gras^ par opposition à la longue série de jours maigres qui les suivent. «

lester pou coiffer sainte catlierioe.

Sainte Catherine est la patronne des filles^ comme saint Nicolas est le Saint protecteur des garçons. Le soin de veiller particulièrement aux détails du culte de cette sainte, et même souvent

à sa loiielle des jours de fôte , semble être l'allribution spéciale des filles de tout âge. C'est une fonction que les filles n'aiment pas à conserver très-longtemps.

Le dicton que nous venons de rappeler signifie donc littéralement rester fille, et, en générai , à peu d'exceptions près, les filles qui commencent à mûrir aiment à laisser à de plus jeunes ou à de moins heureuses qu'elles le soin de coiffer sainte Catherine.

A merle soûl cerises sont amdres.

On dit aussi : à pigeon soûl, etc., et je crois cette seconde forme moins heureuse et moins exacte, car Jes pigeons ne se nourrissent pas ordinairement de cerises, tandis que les merles en sont très -friands.

Ce dicton signifie que la satiété entraîne ordinairement le dégoût à sa suite, et cela est vrai au moral comme au physique. Aussi rhomme sage met-il le plus grand soin à ne pas épuiser, par Texcès de rétude, ses facultés intelligentes; par Tabus de la jouissance, ses forces pliy-

siques. En lout, il faut rester un peu sur son appétit.

11 est ayee le ciel des accommodements.

C'est là un vers que Molière a plact'* fort heureusement dans la bouche de son Imposteur t et qui ne pouvait manquer de devenir proverbe, car il exprime très-bien le caractère de? Tartuffes de tous les genres et de tous les temps. Il est vrai que les habiles de l'espèce, que les grands génies de cet ordre si nombreux , ne disent pas si hautement leur secret, mais il ne faut qu'un peu d'attention pour le découvrir et pour se convaincre que la plupart de ces austères charlatans de verlu se dispensent de pratiquer pour leur propre compte les sévères maxime» qu'ils recommandent et qu'ils imposent en quelque sorte à leur prochain.

Nous n'avons plus guère de Tartuffes de religion ; car il n'y a plus, de nos jours, de profit à faire de ce côté: mais il nous reste encore bien assez de charlatans de morale et de probité , de poli -

tique et même de littérature, pour ne pas ' nous laisser craindre de voir la race des ' Tartuffes s'éteindre de sitôt.

cent ans de chagrin ne payent pas un liard de

dettes.

M^Tîme commode, à Tusage d'une certaine classe de débiteurs qui croient devoir laisser à leurs créanciers seuls tout le soin de leurs dettes , par la crainle assez fondée que ceux-ci peuvent avoir de n'être jamais payés.

Entendu dans un sens plus honnête et conforme aux lois de Téquité, ce proverbe rappelle aux hommes de cœur qu'on s'affranchit des obligations qu'on a contractées, non pas en les maudissant, non pas en se laissant aller au découragement ou au désespoir, mais en puisant, dans cette situation même, de nouvelles forces, une nouvelle ardeur pour se mettre en élal de les remplir et de reconquérir de cette manière la vé- . ritable indépendance qui résulte de l'accomplissement du devoir et de l'observation des règles de la justice.

DES PROYBRBES FRANÇAIS. 109

C'est vn litBBe <iil eomatt tontes les foires de diampagne.

Proverbe qui De trouve plus guère d'application aujourd'hui , et qui ne pouvait conserver toute son importance dans un temps comme le nôtre, où la facilité et la rapidité des communications ont donné au commerce une extension qui rend les foires à peu près iDuUles. H sert du moins à nous rappe - 1er l'activité commerciale qui régnait autrefois en Ctiampagne, puisqu'on faisait un mérite a un homme de bien connaître les nombreuses foires de cette province.

Quatre-vingt-dix-neiif montons et on cbampe nois font cent bêtes.

On a fait sur l'origine de ce proverbe peu poli un conte plus singulier que vraisemblable. Quelques écrivains, Champenois ou autres, assurent, sans toutefois démontrer 1* authenticité de leur anecdote, que Jules César, conquérant

de la Gaule, ayant dispensé d'un cerlain droit imposé sur les moulons et payé à l'entrée des vides, tout troupeau de ces animaux qui ne serait pas composé d'au moins cent bêtes, les paysans de Champagne s'avisèrent, pour s'exempter du droit, d'un stratagème qui n'exigeait pas des méditations bien profondes, car il consistait à ne composer chaque troupeau que de quatre-vingt-dix-neuf bêtes à laine. César, ajoute-t-on, pour combattre cette fraude, décida qu'à l'avenir la personne du berger ou conducteur du troupeau devrait être comptée dans le nombre, et qu'ainsi lé troupeau se trouvant composé de cent bétes, le droit serait perçu.

Je ne crois pas qu'il y ait un mot de vrai dans tout cela. César avait bien autre chose à faire qu'à lutter de finesse et de ruse avec les paysans champenois, et il n'est guère probable qu'il s'occupât lui-même de régler des contestations de ce genre. Jl laissait avec raison le soin de ces menus détails à ses lieutenants.

II me paraît donc très-probable que

DKS PROVERBES FRANÇAIS. 1 1 I

ce dicton doit toat simplement son origine à la balourdise bien reconnue, bien constatée de quelques Champenois mal avisés, dont les maladresses auront compromis la réputation de leurs compatriotes et servi d'aliment à la rivalité et à /la jalousie des provinces voisines. Ce i^ui me porte à regarder cette opinion comme la plus vraie, c'est qu'on trouve dans plusieurs manuscrits du treizième siècle le dicton suivant : La nienre (niaiserie) de Chaalons , qui n'est pas sans quelque rapport avec le sens du proverbe. Je ne veux pas toutefois dire par là que ce proverbe est Tomlé ; je suis au contraire le premier à proclamer l'injustice de ces sortes de formules; je ne me déciderais pas d'ailleurs si faciiemenl à laisser caractériser ainsi les naturels d'une contrée qui a donné à la France deux noms comme ceux de Racir^e et de la Fontaine >

Il n'est cliance qui ne retourne.

Observation salutaire dont il est toujours à propos de se souvenir, mait^

qu'il faut surtout avoir présente à l'esprit dans la prospérité. L'homme s'habitue si facilement au bien-être, qu'il perd presque toujours la mémoire du passé, et qu'il songe beaucoup plus à jouir du présent qu'à se mettre en garde contre un avenir moins heureux. La raison et l'expérience l'avertissent pourtant de rinstabilité des choses humaines, et qu'il ne faut qu'un instant, que Taccident le plus léger pour ruiner le bonheur qui semble le mieux établi. Nous avons encore un autre proverbe qui semble être la confirmation de celui-ci :

Il n'est pas assuré celui à qui il ne méchut oncques.

11 semblerait en effet que le bonheur s'achète presque toujours par l'infortune.

Ce proverbe, au reste, qui renferme un avertissement salutaire aux heureux de ce monde, offre en' même temps aux infortunés une consolation et une espérance en leur annonçant qu'il peut venir pour eux des jours meilleurs.

DKS PROVERBES FRANÇAIS. 113

La ehandeUe qnl Ta devant Tant mleiiz qne celle qni Ta derrière.

On acquiert bien plus de mérite par le bien qu'on fait pendant sa vie ^ue par le bien qu'on fait après sa mort, en l'imposant comme une obligation et comme une charge à ses héritiers. Tel est le sens de ce proverbe emblématique qui méritait bien d'être recueilli. Les Espagnols ont aussi un proverbe trèsexpressif qui se rapporte implicitement au même ordre d'idées. En parlant d'un homme dont le testament renferme un grand nombre de legs pieux, destinés princip^ement a faire dire des messes pour le repos de son âme, on dit en Espagne que

Cet homme a fait son âme héritière.

11 est bien plus méritoire, bien plus chrétien d'assurer le repos de son âme par des œuvres de bienfaisance accomplies pendant la vie et qui supposent presque toujours un petit sacrifice; mais

114 LA FLI.UR

pour un grand nombre de gens » cela semble beaucoup moins commode et surtout moins économique. Ne croyez pas à la vertu des gens qui ne savent pas s'imposer la moindre privation pour faire une bonne œuvre, et qui imposent à leurs héritiers des obligations dont ils ont su habilement s'affranchir.

Le Jeu n'en vaut pas la chandelle.

Dicton familier par lequel on caractérise parfaitement certaines occupations futiles auxquelles une foule de gens attachent pourtant une grande importance, et qui ne valent ni la peine, ni le temps qu'on y consacre fort sottement.

Que de gens répètent tous les jours ce proverbe, sans se douter qu'ils fournissent eux-mêmes à d'autres mille occasions pour le citer ! Nous avons un autre dicton populaire qui exprime encore plus naïvement la même pensée. On dit des gens qui passent leur vie à des entreprises sans intérêt et sans résultat possible, qu'ils dépensent une chandelle d'un sou pour gagner deux liards. >»

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Manière origîiâle de dire qu'il y a des gens nés en quelque sorte pour que tout leur réussisse, et pour lesquels un bonheur en appelle presque toujours on autre à sa suite. On dit aussi dans le m^ine sens que

L*eau va toujoars à la rivière.

Et d'une manière plus précise encoiv que

L'argent ne cherche que l'argent.

Cela paraît tellement démontré, ou du moins cela est si facilement admis par le vulgaire, qu'il a suffi à certaines gens de paraître riches à propos pour le devenir. Je ne dis pas que ce soient les honnêtes gens qui ont recours à de pareils stratagèmes, je veux établir seulement que le vulgaire est presque toujours la dupe des apparences, et que les fripons savent admirablement profiter des préjugés du vulgaire.

charboiiiiier*est maître olies soi.

On rattache a ce prorerbe, dont tout le inonde connaît bien le sens, une anecdote qui apparlient à l'histoire du roi François P^. Ce prince, égaré à la chasse, n'avait pu, après avoir erré longtemps, trouver un asile que dans la hutte d'un charbonnier, où il fut accueilli avec une franche et prévenante cordialité; mais où il apprit aussi, par un mol de son hôte, qu'un étranger ne pouvait être considéré que comme le second du logis. Le charbonnier, en se mettant à table, avait pris pour lui le siège unique qui se trouvât alors disponible, en disant, comme pour justifier son impolitesse apparente : «• Or, par droit et par raison, charbonnier est maître en sa maison.* Le roi reconnut sans hésiter la parfaite convenance de Tadage , s'assit comme il put, et n'en dtna pas moins de bon appétit. Le lendemain matin, François 1^% retrouvé par sa suite et reconnu par le charbonnier, récompensa celuici du bon accueil qu'il lui avait fait, et

ne lui fit point un crime d'avoir profité a son avantage du proverbe cité si fort à propos.

Cela prouve que François !<"* avait à la fois de Pespril et de la bonté; cela pourrait aussi nous faire croire que le cliarbonnier ne faisait que citer un proverbe déjà connu, dont il n'était pas l'inventeur, et dont la vérité était dès lors suffisamment établie. Cette vérité n'a pas besoin de démonstration ; car il est évident que , roi ou charbonnier, chacun a parfaitemçnt le droit d'être maître chez lui.

La fol du oharbonnler.

On désigne ainsi une foi naïve^ qui se soumet simplement , sans résistance, sans commentaires, sans condition , à l'autorité et aux prescriptions de TÉglise. On trouve dans les légendes l'anecdote qui a certainement donné naissance à cette locution :

« Le diable eut l'idée de tourmenter de quelques-unes de ses malices habituelles la conscience d'un pauvre charbon-

nier qui vivait seul au milieu d'une iofél : « Que crois-lu ? » lui dil-il d'un air à la fois impérieux et câlin. — « Je crois ce que l'Eglise croit, >• répondit naïvement le charbonnier. — «Eh bien !

et rÉglise, que croit-elle? — Elle croit ce que je crois. ^ Le diable n'eut plus rien à dire et se relira, assure-l-on, assez honteux d'avoir été vaincu par la simplicité du pauvre homme.

charité bien ordonnée oommenoe par sol-

mémo.

Cette maxime, prise dans son ^ens le plus général, n'a pas besoin de commentaire, car elle est parfaitement entendue et surtout pratiquée par tout le monde, l'homme étant, dans son égolsme natif, naturellement porté à se préférer à tout le monde.

Interprétée dans un sens un peu détourné, et légèrement ironique, elle s'applique souvent fort à propos aux gens qui se donnent la liberté d'offrir aux autres des leçons et des conseils

dont eux-mêmes ils auraieni encore plus grand besoin.

Les Anglais ont un proverbe analogue dans leur langue ; mais la formule qui sert chez eux à exprimer la même |>ensée lui donne une étendue et une signification que ce proverbe n'a pas chez nous : Charité commence au logis , disent-ils ; et je crois qu'il faut entendre par \h « que ce n'est pas tout de se montrer bon, aimable, bienveillant , charitable à Texlérieur , mais qu'il faut regarder comme le premier et le plus sérieux des devoirs d*un honnête homme de se montrer d'abord bon mari, bon père, bon maître chez lui, avant de chercher à mériler celte réputation hors de chez lui. » En effet, « se montrer aimable au logis « est une vertu de tous les jours et de tous les instants, plus difficile, plus méritoire que de faire de temps à autre, avec un certain éclat, quelques actes de bienfaisance et de charité.

Mettre la oUamie devant lesbonfs.

Tout le monde se moquerait d'un laboureur qui commettrait l'erreur absurde et impossible que suppose ce proverbe connu, et la plupart des gens qui sont les premiers à rire de cette image ridicule n'en font pas moins tous les jours des projets ou des folies qui rap pellent ce proverbe. Savoir mettre de l'ordre dans ce que Ton fait, connaîlre exactement le point précis où doit commencer une entreprise pour en assurer le succès, constitue une véritable science qui n'appartient qu'aux bons esprits, ce qui veut dire qu'elle n'est pas très-commune.

' . Ghartraln Tllaiii.

Vilain se prend ici dans le sens d'avare^ ou économe jusqu'à la lésinerie.

C'est là un de ces dictons inventés par la malignité et colportés par elle. Ces qualifications absolues et générales, attribuées à tous les habitants d'un pays.

d'une ville quelconque, sontpresque toujours des injuslices. On sait qu'un Anglais passant à Biois , ayant trouvé dans rhôtesse que le hasard lui avait donnée une femme d'un blond très-hasardé et d'un caractère un peu aigre, avait inscrit sur ses tablettes ce soutenir un peu tranchant : « Nota qi^à Blois toutes les femmes sont rousses et acariâtres, ■ Le dicton relalif.aux habitants de Chartres a probablement une origine analogue et ne mérite pas pl4is de confiance.

On assure toutefois qu'en général les habilaots de Chartres sont réellement fort économes^ et c'est sans doute à cause de cela que quelque prodigue les aura désignés sous le nom de vilains.

Le ohanohie de Chartres Peat Joaer aux dés et aox cartes.

Dicton fort ancien, qui se trouve dans les plus vieux recueils de proverbes et qui rappelle indirectement Timportancè qu'avait acquise autrefois le chapitre de l'église de Chartres, dont les prébendes étaient nombreuses et fort largement ré-

tribuées. H en résultait que les chanoines de ce chapitre jouissaient d'une grande aisance et d'un loisir que le proverbe les accusait, à tort sans doute, d'employer d'une manière assez profane. Aujourd'hui, ce proverbe ne serait plus de mise ; il n'y a plus'à Chartres qu'un trèspetit nombre de chanoines médiocrement rétribués, et qui savent pieusement et chrétiennement utiliser leurs loisirs. Le proverbe que nous citons n'est donc qu'un souvenir historique.

Si la ville de Chartres a perdu, comme beaucoup d'autres, ses grands établissements religieux, elle a du moins conservé, comme un noble et précieux souvenir de la foi et de la piété d'une autre époque, sa magniGque cathédrale qu'admirent encore ceux môme qui ont laissé s'échapper de leur âme le sentiment dont elle est le vivant symbole.

Autant vaut celui qui obasse et rien ne prend, comme oelui qui lit et rien n'entend.

Aphorisme très-ancien et d'une vérité à la portée de tous. A vrai dire^ si j'avais

à faire un choix entre les deux inconvénients signalés ici, j'aimerais mieux en« core être un chasseur maladroit qu'un lecteur inintelligent ou inattentif. Dans le premier cas, j'aurais au moins donné ^ mon corps un exercice que le grand air rend sain et salutaire ; dans le second, j*auraii perdu, sans espoir de retour, un temps qui eût pu 6tre mieux employé.

AbonohatboDrat.

Locution un peu triviale qui s'emploie fort heureusement pour faire entendre que deux adversaires qui se trouvent en présence sont de force à lutter l'un contre l'autre. Nos aïeux disaient la même chose plus noblement, en faisant appel au souvenir des romans de chevalerie :

•Un Roland pour uo OlWier.

On sait que ces deux héros, plus ou moins fabuleux, jouent un grand rôle dans ces anciennes fictions chevaleresques qui faisaient les délices de nos pères.

Ces proverbes sont susceptibles de nombreuses applicalions ; j'en citerai une qui me parait fort heureuse :

Une femme qui n'était plus très-jeune, mais dont les charmes avaient encore de la fraîcheur et de l'éclat, ne voyait pas* sans quelque inquiétude les succès que sa belle Hlle, dans toute la fleur de ses vingt ans, obtenait dans le grand monde. Un jour que celle-ci se disposait à aller au bal, et jetait, avant de partir, un der> nier coup d'œil sur la glace, pour juger de l'effet de sa toilelle : — « Que donneriez'vous, ma fille, pour avoir ma figure, dit la belle-mère moitié sérieusement, moitié sous forme de plaisanterie. — Moi ! madame, répondit la jeune femme ; ce que vous donneriez pour avoir mon âge. » La réponse, si je ne me trompe, valait mieux que la demande.

chat éohandé craint l'eau ftro'ide.

Gela est vrai du chat surtout, on ne saurait le nier. C'est un animal prudent et avisé que l'expérience a rendu défiant. Mais, quoiqu'on cite fréquemment ce

proverbe el que personne n*en conteste l'exactitude, il n'est pas rare de voir une foule de gens s'exposer de nouveau, avec une aveugle imprudence, à des dangers dont ils ont déjà été la victime.

Ovide a dit quelque part, dans le même sens : « qu'un homme qui a fait naufrage redoute la mer, alors même qu'elle est calme, » ce qui n'est pas non plus trèsexact, car il y a bien peu de gens qui n'aient affronté qu'une seule fois les dangers d'un voyage maritime.

Ce proverbe n*est donc vrai qu'en tant qu'il s'applique aux aniiÀaux qui sont dirigés par un instinct quelquefois plus sur que la raison humaine, et aux hommes qui, par exception, savent profiter des leçons de Texpérience.

U est dn naturel du ohat, il retombe toujours sur ses pieds.

Dicton, fondé sur l'observation, qui peut s'appliquer fort heureusenient à un grand nombre de personnages qui savent, en tout temps et en toute affaire, se tirer des plus grandes difficultés avec une ai-

12C LA FLBUR

sance, une dextérité qui fait bien plus l'éloge de leur esprit que celui de leur conscieDce.

Quand le obat n'y est pas les sooris dansent.

On veut dire par là que les faibles ont besoin d'être gouvernés, et que les en* fants, les hommes, les peuples mêmes, dégagés de tout frein, de toute surveillance^ se laissent entraîner à tous les désordres, à toutes les extravagances, à tous les crimes auxquels laisse place et donne entrée une indépendance aveugle, sans règle et sans mesure. Dans ces crises fatales, on se croit parfaitement libre pendant quelques heures, pendant quelques jours; mais Texpérience et le malheur surtout ne tardent pas à démontrer que la licence n'est pas la liberté, et qu'une association quelconque, d'hommes ou d'enfants, a besoin d'être dirigée pour durer et pour vivre. Dans les temps de révolution, une pareille vérité est si évidente qu'il est superflu 4e la démontrer.

le réveillez pas le eliat qni dtrt.

CoDseil prudent, qu*il est bon de suivre, auquel j'en ajouterai un autre :

Déliez- vous du chat même quand il dort.

Car, s'il en faut croire la Fontaine, le chat est un animal perfide qui sait feindre admirablement, et qui n'est souvent jamais plus éveillé que lorsqu'il semble tout à fait endormi. En d'autres termes : « N'éveillez pas le méchant, mais tenez- vous en garde contre lui, même pendant son sommeil. »

Un poëte oriental a dit dans un autre sens :

N'éveillez pas le tyran qui dort, car soo sommeil fait le repos des justes.

Château pris, ville rendae.

On entend ici par ce mot un château fort, une citadelle destinée à proléger, à défendre une ville auprès de laquelle elle se trouve placée, il est hors de doute

128 LA FLKIUR

que, la ciladelle prise, la ville ne peut plus opposer de résistauce aux forces de l'ennemi.

11 est de chàteandmi, il entend à demi-mot.!

Dicton très- flatteur pour les habitants de celte petite ville du département d'Eure-et-Loir, car il rappelle un proverbe connu qui n'a pas besoin de commentaire :

A bon eotendeur, demi-mot.

Châteanlandon.

Petite ville, grand renom ;

Personne n'y passe qui n'ait son lardon.

Chàteaulandon est une petite ville du département de Seine-et-Marne. 11 paraît que ses habitants ont depuis longtemps la réputation d'être fort épilogueurs, car on trouve dans un recueil de pièces de théâtre du quinzième siècle, les quatre vers suivants, qui ne laissent aucun doute à cet égard :

DKS PROVERBES FRANÇAIS. 129

Il fut né à Châteaulandoa.

Sire, pour Dieu, ne vous déplaise,

Jamais il ne dorniiroil aise

S'il ne mocquoit, c'est sa nature (1).

Je ne saurais dire si le dicton est aussi vrai de nos jours qu'il paraît Tavoir été autrefois.

Faire des châteaux en Espagne.

Faire, en imagination, de beaux projets qui ne peuvent se réaliser. C'est là, du reste, un plaisir que peu de personnes se refusent, et d'autant plus innocent qu'il coûte fort peu , et que souvent même il a le mérite de faire oublier, pour quelques instants, aux malheureux, leur situation véritable.

On assure qu'il n'existe en Espagne qu'un très-petit nombre de vrais châteaux, si même il y en a un seul digne de ce nom ; c'est ce qui a fourni Toccasion d'appeler châteaux en Espagne

[{) Mystères inédits du quinzième sifcte, publiés par Achille Jubinal, tome I, page 263.

130 LA FLECR

des piajets, des invenlions sans fondement el sans réalité.

Qai aime bien châtie bien.

Maxime de l'Ëcriture sainle donl doivent êlre pénétrés tous ceux qui sont ciiargés de la direction d'aulrui. Il est utile toutefois de faire observer ici que le mot châtier doit s*enleadre, noo pas tout à fait dans le sens de frapper^ punir, mais dans son acception primitive de corriger.

Quand on aime réellement et dans le sens religieux de ce mol, on cherche à rendre meilleurs ceux qu'on aime, et Ton n'épargne rien, même les châtiments, pour les maintenir ou les faire rentrer dans la bonne voie. Le contraire serait un acte de faiblesse condamnable, et nuisible même à ceux que l'on croit servir. C'est dans ce sensquel'on a pu, que l'on peut dire avec vérité, que Dieu châtie ceux qu'il aime, ce qui signifie qu'il les soumet à des épreuves qui ont pour but d'épurer et de perfectionner leipr veri.M.

DES PKOVERBES FRANÇAIS. 131

Un aulre proverbe vulgaire et un peu trivial exprime une idée analogue :

Mère trop piteuse fait souvent sa fille teigneuse.

Ce qui veuldire que plus d'une mère a fait le malheur de sa fille par une faiblesse ridicule et une indulgence que je ne crains pas d'appeler coupable.

Il fant laisser suer ceax qui ont ohand et trembler ceux qui ont froid.

C'est là une assez étrange manière de dire qu'il faut laisser agir chacun comme il l'entend et éviter de se mêler des affaires d'autrui. 11 ne faudrait pourtant pas, et dans toute circonstance, prendre à la lettre ce dicton , qui semble être la devise de l'égoïste ; car il y a des occasions où la charité nous commande de porter secours à ceux qui ont besoin d'aide, et, par conséquent, de procurer un peu de fraîcheur b ceux qui suent, ou de réchauffer ceux qui ont froid.

Tel croit se cbauffer qni se brûle.

Avertissement donné aux étourdis qui se laissent emporter vers ce qui leur plaîl, par une ardeur irréfléchie qui n'alteod pas, qui dédaigne même les conseils de la prudence et de la raison. Cet empressement aveugle que l'on met à se satisfaire a perdu une foule de gens (jui, au lieu du plaisir qu'ils cherchaient, n'oot trouvé presque toujours que la douleur, la déception ou le remords.

ED chemin battu il ne orolt point d'herbe.

Ce dicton peut s'entendre de deux manières : il signifie, selon les uns, que dans une profession où les concurrents sont très-nombreux, il n'y a que peu de chose à faire pour les nouveaux venus, de même que dans une prairie, il n'y a place que pour un certain nombre d'animaux.

D'autres pensent que ce proverbe veut dire que, dans un esprit occupé de choses utiles et sérieuses, il n'y a point de place

DES PROVERBES FRANÇAIS. tZ3

pour les mauvaises pensées, qui sont comme les mauvaises herbes de oolre âme, ce qui reviendrait, d'une manière un peu détournée, il est vra|^ à cet autre proverbe plus connu :

L'oisiveté est la mère de tous les Tîees.

Je crois que les deux interprétations sont admissibles.

Ma chemise me touche de pliif près igaB

habit.

On disait autrefois : que mon pourpoint. Le pourpoint était, comme Tba* bit, un vêtement de dessus qui n'est plus en usage aujourd'hui.

Ce proverbe nous vient des Latins^ et on le trouve textuellement dans les O^ médies de Plante. Il signifie qu'il y a dans nos relations de famille ou de société diversdegrés d'affection et d'intimité qui se règlent sur le plus ou moins de convenances personnelles^ sur le plus ou moins de sympathie. On ne saurait aimer tout le monde au méfme degré , et le c<eur le

plus riche en atTeclions ne peul cependaDv donner qu'à quelques-uns ces trésors de tendresse et de dévouement qui constituent la véritable amitié.

Ta chemise ne saobe ta guise.

Proverbe qui doit son origine, sans doute, à un mot célèbre du Romain Métellus, qui disait énergiquement, dans une circonstance importante, que s'il pouvait penser que sa chemise connût son secret, il la brûlerait sur-lechamp. Au dix -huitième siècle, un homme d'État espagnol que Ton a vu ambassadeur en France, le comte d'Aranda, disait plus simplement : « que Tunique moyen de garder un secret était de ne le confier à pei'sonne. » Et cela est d'une grande vérité. Le secret est l'âme des grandes affaires, et le plus sûr élément de leur succès. Malheureusement, le nombre des hommes qui savent garder un secret est bien petit, car la vanité et le besoin de parler sont deux grands obstacles à la discrétion. Nous avons un autre proverbe qui exprime la même

pensée d'une manière un peu moins absolue :

Secret de deux, secret de Dieu ; Secret de trois, secret de tous.

A méchant obeval bon éperon.

Conseil bon à suivre, mais dont il est nécessaire d'user avec intelligence et réflexion. Il y a tel animal vicieux que Ton rendrait plus mauvais, plus rétif encore en le maltraitant sans mesure, tandis qu'on parvient sans peine à le rendre meilleur par un usage bien entendu du fouet et de Téperon. Celte prescription peut s'appliquer à bien d'autres animaux qu'au cbeval.

Quelques observateurs prétendent que le meilleur cheval même a besoin d'éperon . Je suis assezde leur avis; il faut à tous les êtres, aux êtres privés déraison surtout, un stimulant pour les faire agir.

Dans un autre ordre d'animaux, le petit nombre peut se conduire par la raison ; le grand nombre ne se laisse mener que par la force.

On change souvent son obeval borgne oontre nn avengle.

On trouve cela ridicule, presque impossible, et pourtant il est très-peu de gens assez prudents, assez raisonnables pour échapper à la juste application de ce proverbe. Nous sommes^ en général, de si médiocres appréciateurs de ce que nous possédons, nous sommes tellement amateurs de la nouveauté , que nous échangeons le plus souvent une prospérité réelle contre un bonheur idéal qui n'existe que dans notre imagination et nos espérances. C'est là l'origine d'une foule de déceptions de tout genre et le résultat de presque toutes les révolutions.

Il est bon cheval de trompette, il ne a'efflraye pas dn brait.

On dit cela d'un homme résolu que ne peuvent effrayer les menaces, et qui poursuit l'exécution de ses projets malgré les injures des méchants et les cla-

meurs de l'envie. Les caractères de cette trempe ne sont pas très-communs; car il arrive cliez beaucoup de gens que cette fermeté apparente dégénère en entêtement et devient alors un défaut au lieu d'être une qualité. La fermeté est la persistance dans un sentiment raisonnable; Tentêtement n*est que la ténacité d'un sot pour une résolution que rien ne justifie. Les termes dans lesquels est exprimé le proverbe font allusion h l'habitude que prend un cheval qui vit au milieu des camps de ne s'effrayer ni du tumulte des gens de guerre ni du bruit des armes.

A olievai donné on ne regarde pas à la bonohe (on à la bride).

Il serait ridicule, injuste même, de regarder de trop près à la valeur, à la qualité des présents qu'on reçoit. 11 n'y a que les sots qui osent se montrer difficiles, en pareille circonstance. Ce dicton est bien ancien, car saint Jérôme le cite dans une de ses lettres comme trèsrépandu de son temps.

00 mors doré ne rend pas le oheral mell-

lenr.

VariaDtc du proverbe coduu : « ) 'babil ne fait pas le moine,» qui rappelle en même temps lAne chargé de relii^ues, et les deux vers de La Foolaine :

D'un magistrat ignorant C'est la robe qu'on salue.

Il est vrai que, pour beaucoup de gens, Tor remplace tout, jusqu'à la vertu ; semblables, en cela, à ce peintre de l'antiquilé qui, voulant rivaliser avec Âpelles, avait peint une Vénus couverte d'or et d'habits somptueux, et la montrait avec fierté à son rival : « Tu l'as faite riche, lui dit Apelles^ parce que tu n'as pas su la faire belle. »

Jamais obeval, ni méchant homme, l'amenda pour aller a Borne.

Dicton satirique qui rappelle les nombreux pèlerinages qui se faisaient à Rome dans les temps anciens , et qui dut

probablement son origine aux abus qui en étaient résullés. Ces pèlerinages, en effet, entrepris d'abord par dévotion et accomplis avec une ferveur édifiante, avaient fini, avec le temps, par dégénérer en parties de plaisir, quelquefois de débauches, qui occasionnaient de grands scandales, et donnaient, par conséquent, une assez mauvaise Idée de ceux qui y prenaient part. De la, cet autre proverbe qui confirme et explique en quelque sorte le premier :

Le ioap alla à Rome; il y laissa de soo puii, et riea de ses coutuoies.

w Un poeie du dix-septième siècle a dit dans le même sens :

Rarenu-Dt é courir ie monde On devient plus homme de bien.

a est aisé d'aller a pted qaaad #a tient sea dieval par U bride- On se ^oumet sans trop de |>eiu« ii quelque fatigue, qu9iid on ie fait libn' -

ment el sans y être contraint, quand on est sûr, d'ailleurs, de n'en prendre qu'à son aise et autant que cela plaît ; mais, dans ce cas, il serait souverainement ridicule de chercher à s'en faire un mérite.

Il n'est si bon cheval qui ne bronche.

Nul homme ne peut se croire si par fait, nul homme ne saurait être si prudent et si éclairé qu'il ne se trompe souvent, ou qu'il ne fasse au moins quelque faute. On dit encore dans le même sens -.

41 n'est si bon charretier qui ne verse.

On ne saurait nier que cet aphorisme soit parfaitement juste. Nous devons donc en tirer cette conclusion , que , comme personne de nous, n'est ni infaillible, ni impeccable, nous devons à tous les hommes une indulgence dont nous avons toujours besoin pour nous-mêmes.

Les chevanx courent les bénéfices, les Anes les attrapent.

Proverbe Irès-ahcien qui n'est plus

DBS PKOVERBES FRANÇAIS. 141

vrai dans sa forme, ihais qui Test encore parfaitement, et qui le sera longtemps, sans doute, dans le fond. Il n'y a plus de bénéfices aujourd'hui, mais nous avons encore des chevaux et des ânes, et les allures des uns et des autres sont, de nos jours, ce qu'elles étaient autrefois. Gela veut dire que les faveurs ou les honneurs ne vont pas toujours aux plus dignes, et cet aphorisme ne manquera jamais d'application.

A qui s'en prendre de cette imperfection de nos institutions sociales? au pouvoir?... Mais par sa situation même, il est constamment exposé à Terreur. Je ne voudrais pas jurer que le bon roi Louis Xll, à qui Ton attribue la création de ce proverbe satirique, se crut luimême exempt de tout reproche à cet égard. N'accusons personne en particulier des infirmités générales de notre nature; disons seulement que l'expérience de tou£ les temps a démontré, d'une manière évidente, que le mérite n'a que rarement le talent de se faire reconnaître et apprécier, tandis que l'ignorance, qui sent parfaitement sa faiblesse, supplée

ordinairemenl a cef qui lui manque eu valeur réelle par un savoir-faire et une aptitude pour l'intrigue qui lui tiennent lieu de toute autre vertu, et qui expliqueilt, sans la justifier, la préférence qu'elle obtient presque toujours sur des concurrents plus dignes et moins adroits.

OA la obëvre est attachée il faut qu'elle

bronte.

Dicton qui s'applique ordinairement à la femme malheureuse en ménage, parce que l'on admet, comme une vérité Incontestable, que la femme est toujours dans la dépendance absolue des volontés de son mari, quoique le contraire arrive quelquefois ; mais, comme on dit, l'exception ne fait que conQrmer la règle, et l'on ne peut nier que celle règle n'existe, au moins dans l'Évangile et dans le Gode.

U fant savoir ménager la obdvre et le ohon.

Allusion proverbiale à un problème arithmétique dans lequel figure un bâte-

lier chargé de transporter à l'autre rive d'un fleuve une certaine quantité de chèvres et un certain nombre de choux, de manière à ce que ceux-ci ne puissent être mangés parcelles-là. II y parvient à l'aide de quelques combinaisons ingénieuses et de voyages fréquemment répétés.

Ce problème a, comme on voit, donné lieu à un proverbe qui renferme un conseil bon à suivre dans l'occasion, mais que l'égoïsme et l'esprit d'intrigue ont souvent interprété d'une manière assez peu édifiante. Aux époques d'agitations sociales et de tourmentes politiques, il n'y a que trop de gens qui savent habilement ménager la chèvre et le chou, et qui connaissent parfaitement l'art de se rendre successivement agréables, nécessaires même à tous les partis qui possèdent tour à tour le pouvoir.

Sans doute, il ne saurait ôlre interdit, dans les circonstances difficiles, d'user de prudence et même d'une certaine adresse pour assurer son repos ; mais l'adresse d'un honnête homme ne doit, dans aucun cas, ressembler aux manœuvres d'un intrigant ou d'un fripon.

Antant dépend cbiche qne large.

Un avare dépense souvent tout aulanl qu'un homme libéral, c'est-à-dire que les lésineries honteuses d'un avare ne lui donnent aucun profit. 11 y a même, il faut le dire, certaines dépenses obligatoires et indispensables^ qui, faites en temps utile, sont moins onéreuses qu'elles ne le deviennent plus tard. Savoir dépenser à propos est presque toujours une véritable économie, mais c'est là ce que l'avarice ne saurait comprendre.

Le mot chiche, peu usité aujourd'hui, signifie avare, et le mol large se prenait autrefois, et se prend encore quelquefois dans le sens de généreux.

Il ressemble an ohlen de Jean de Vivelle, qui s' enfuit qnand on l'appelle.

On a cherché et l'on a cru trouver dans certains faits qui appartiennent à l'histoire de France l'origine de ce dicton vulgaire, dont le sens est parfaitement connu.

Selon quelques écrivains, un duc de Montmorency, au moment où la guerre allait recommencer entre Louis XI, roi de France, et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, somma ses deux tils, dont Tun était Jean, seigneur de Nivelle, de quitter la Flandre et de venir se ranger sous la bannière du roi de France, leur légitime seigneur et souverain. Jean de Nivelle et son frère n'ayant tenu compte de cette sommation, leur père les traita de chiens et les déshérita.

Selon d*autres, un Jean de Montmorency, seigneur de Nivelle, ayant donné un soufflet à son père, fut cité devant le parlement pour répondre de cette action criminelle ; mais, au lieu d'obéir à la citation, il s'enfuit à la hâte et refusa ainsi de se soumettre à la loi. Dès lors, il fut traité de lâche et de chien, à cause de son crime et de sa fuite qui le condam* natent.

Tout cela peut être vrai, et donnerait h notre proverbe une origine assez illustre ; mais je trouve dans un^ recueil, déjà ancien, de proverbes italiens, un dicton tout à fait analogue à celui-ci et conçu

i46 LA FLEUR

daos les termes suivanls : // ressemble au chien du curé Arlotto, qui s'enfuit aussitôt qu'on l'appelle. Il n'est guère probable que les Italiens aient fait un proverbe vulgaire d*un dicton historique qui nous appartiendrait, si toutefois ce ne sont pas les Italiens eux-mêmes qui nous ont transmis celui-ci.

Je ne voudrais donc pas prendre sur moi d'affirmer que les deux explications que j'ai rappelées fussent parfailenaent exactes; je serais beaucoup plus lente de croire qu'il n'y a là, comme dans presque tous les proverbes populaires, que le souvenir d'un fait tout particulier, beaucoup moins historique qu'on ne l'a cru , et qu'il s'agit d'un animal réel, beaucoup moins noble que les deux personnages auxquels on a pensé que le proverbe faisait allusion.

c'est le chien du jardinier ; il ne mange pas de

foin, et pourtant il n'en vent laisser

manger à personne.

Dicton proverbial qui caractérise parfaitement certains amateurs ignorants

et fastueux qui mettent un très-grand prix à réunir dans leurs collections une foule de curiosités de tous les ordres, uniquement pour pouvoir dire qu'ils les possèdent, et ne sachant ni en jouir euxmêmes, ni en faire jouir les autres. Ce travers est moins rare qu'on ne pense, et il n'est personne peut-être qui ne puisse trouver, dans le cercle plus ou moins étendu de ses relations, quelqu'un de ces ridicules collecteurs auxquels on peut appliquer sans scrupule ce proverbe fort expressif.

cliien hargnenx a souvent l'oreille décliirée.

Cela arrive fréquemment, il est vrai, mais pas assez souvent encore pour corriger complètement ou pour faire disparaître tout à fait ces animaux malfaisants et insupportables dont on aurait tant de plaisir à se voir débarrassé. Il y a, comme on sait, des chiens hargneux de tous les genres, de tous les ordres, j'allais presque dire de tous les sexes, mais je craindrais de manquer à la fois

aux règles de la politesse el aux lois de la grammaire.

Qui vent noyer son cMen l'aconse de rage.

La haine, l'envie et l'esprit de vengeance ne manquent jamais de prétextes pour perdre l'objet de leur animosilé et de leur rancune. La calomnie est leur arme la plus ordinaire, et ils sayent, en général, en user avec la plus rare et la plus déplorable habileté. C'est là une espèce d'assassinat moral, d'autant plus lâche et d'autant plus terrible que le meurtrier frappe dans l'ombre et que la victime tombe sous le poignard, sans qu'on puisse apercevoir la main qui a frappé.

chien qui aboie ne mord paa.

Les gens qui crient bien fort et qui menacent à tout propos ne sont pas ordinairement des gens bien re/ioulables, s'il est vrai, comme le dit un autre proverbe, que

Qui menace a peur.

Ce sont, en général, des fanfarons qui, sachant bien leur impuissance, essayent de suppléer à ce qui leur manque par l'arrogance de leurs discours; mais, comme dit encore un autre dicton :

Les plus beaux diseurs ne sont pas les plus grands

faiseurs.

Les Italiens ont, dans le même ordre d'idées, un proverbe d'un sens'bien profond, trop profond peut-être :

Chien qui veut mordre n'aboie pas.

Nous en avons nous-mêmes encore un autre d*une expression moins dure :

Chat miauleur ne fut jamais bon chasseur. Il n'est chasse que de vieux obiens.

' Ce proverbe est bien vieux, et quoiqu'il soit de nos jours aussi vrai qu'il rétait jadis, je crains bien qu'aujourd'hui il ne se trouve que peu de gens qui

lÔO LA FLEUR

veuillent en reconnaîlre l'auloriié. La vieillesse el rexpérience n'ont plus guère d'influence et d'action dans une société où l'intérêt personnel et les passions ne reconnaissent qu'à eux seuls le droit de gouverner le monde.

Un prélat du dix-septième siècle. Camus, évéque de Belley, qui se défiait de toutes les nouveautés, parodiait assez plaisamment ce proverbe. « Il - n'est châsse qvfe de vieux saints,» disait- il, pour indiquer que les saints nouvellement canonisés n'avaient pas toute sa confiance. Le bon évêque serait assez mal venu dans notre temps, où Ton ne croit plus guère aux Maints d'autrefois. 11 est vrai que, par compensation, nous ne croyons pas bien longtemps non plus aux saints que nous avons faits nous-mêmes.

BOBS chiens chassent de race.

On veut bien encore admettre aujourd'hui ce dicton dans son sens propre r mais il faut, je crois, renoncer prudemment à son application d'autrefois dans le sens figuré. On veut bien croire en-

DES PROVERBES FRANÇAIS. I5l

core à l'influence de Torigine, à la race^ chez les chiens et chez les chevauiL; on n'y croit plus chez les hommes. Etre le fils de son père étiait jadis souvent un honneur, quelquefois une excellente garantie. Oser soutenir aujourd'hui que le fils d'un homme brave et vertueux a au moins autant de chances que tout autre d'être lui-même brave et vertueux, serait presque un blasphème; cela serait au moins un paradoxe dont ma pensée peut bien être coupable, mais que ma plume se refuserait à exprimer, dans la crainte d'ofl'enser trop de monde. 11 en est de même de cet autre aphorisme auquel on a cru longtemps :

Boa saog ne peut mentir.

Je rappelle donc ici ces deux proverbes, non comme des maximes à l'usage ' de notre siècle, mais comme des monuments historiques d'une époque qui a eu, elle aussi, et son mérite et sa grandeur.

chlnon, petite TlUe, grand renom.

ChinoD a pu avoir aulrefois quelque renom, à cause d'un château royal qu'elle possédait et qui était assez fort pour soutenir un siège. C'est là que Jeanne d'Arc alla trouver Charles Vil pour lui offrir ses services. Ce château a été détruit, et il en reste à peine quelques traces. Chlnon n'est plus aujourd'hui qu'une petite ville sans importance, quoique assez agréablement située sur les bords de la Vienne^ à moins qu'on ne veuille lui conserver encore quelque renom pour avoir été la patrie de Rabelais.

Jenne ohimrgien, vieux médecin.

Ce dicton proverbial a pris sa source dans l'opinion Irès-accrédilée que, d'une pari, les opérations chirurgicales exigent une justesse de coup d'oeil et une fermeté de main qui ne se trouvent ordinairepient réunies que chez un homme encore jeune; tandis que, d'un autre côté, l'étude des maladies internes et la

connaissance tfes remèdes par lesquels on les peul combattre, ne sauraient être complets et solides que chez un médecin dont l'âge, et, par conséquent, l'observation, auraient fortifié les théories. On ne saurait nier que cette double opinion soit fondée sur d'excellentes probabilités ; il ne faudrait pourtant pas en conclure que tous les jeunes chirurgiens, sans exception, sont des opérateurs à la main à la fois sûre, légère et vigoureuse, ou que tous les médecins parvenus à rage de soixante ans sont, au même degré, habiles à distinguer la nature des maladies et à désigner sans hésitationles remèdes que celles-ci demandent. De pareils prodiges ont toujours été rares partout. Il ne faut point compter sur les exceptions, mais s'en rapporter à la règle du bon sens qui dit, comme le proverbe, qu'il y a chance d'être mieux servi, selon le genre d'infirmités, par un jeune chirurgien ou par un vieux médecin.

Anciennement, le proverbe était énoncé d'une manière un peu différente ; on disait:

Jeune barbier, vieux médecin.

C'est qu'autrefois les ba>biers avaient la permission et le droit de pratiquer certaines opérations cliirurgicales, des plus simples, qui sont renlrées, avec le temps, sous le domaine exclusif des docteurs en chirurgie.

gai oboisit prend le pire.

On trouve aussi, dans les vieux recueils de proverbes :

Il est maudit de l'Évangile, qui choisit et prend i«

pire. ,

Dans sa forme la plus simple, ce proverbe est plus souvent vrai qu'on ne le croit. C'est qu'ordinairement l'homme est si pressé de jouir, il est si complètement aveuglé par ses intérêts ou par ses passions, qu'en cherchant à donner la préférence à ce qui le séduit le plus, il se laisse tromper par les apparences, et choisit réellement ce qu'il y a de pire, même sous le point de vue de la fantaisie ou de la passion qu'il a cru satisfaire.

L'embarras qu'on éprouve fréquemment à prendre une détermination entre deux partis également avantageux ou embarrassants , a donné lieu , chez les peuples de Tlnde , à un usage au moin^ étrange qui leur vient des Hébreux; car on trouve dans les proverbes de Salomon (chap. xvm, 3^. 18) une maxime qui semble prescrire cette coutume, ou qui, du moins, en constate l'existence. Cette maxime est ainsi conçue :

Le sort (le tirage au sort) fait cesser toute discussion et toute querelle.

Un écrivain anglais fort savant, qui a longtemps résidé dans l'Inde, et qui a publié de curieuses recherches sur les mœurs de celte contrée, qu'il rapproche des faits et des traditions consignés dans l'Écriture sainte , M. Jos. Roberts, donne, à l'occasion de cette sentence de l'Ëcrilure, quelques détails singuliers sur l'habitude adoptée par les Hindous, de faire résoudre par la voie du sort certaines questions délicates ou difficiles qu'ils ne croient pas pouvoir décider

liutrement d'une manière sûre. Je traduis litléralement :

« Un jeune homme jouit-il dans le monde d'une si honorable réputation de vertu, d'une si belle fortune, d'une position si brillante, que tous les pères désireraient le donner pour époux à leurs filles: comment faire pour concilier toutes ces prétentions rivales, et pour ob^ tenir la solution du problème? — On fait connaître au jeune homme les noms, les qualités, les charmes des prétendantes ; et s'il consent à celle recherche singulière, il se rend, à un jour fixé d'accord, dans un temple, avec un nombreux cortège d'amis. Là , comme on a eu soin d'écrire d'avance sur une feuille de palmier le nom de chaque prétendante, on mêle ensemble ces billets de loterie d'une nouvelle espèce. Puis on arrête le premier passant inconnu, qui choisit parmi les feuilles exposées devant lui, et dépose, auprès du jeune homme, la Teuille qu'il a prise au hasard. On ouvre cette Teuille^ et la jeune fille dont le nom s'y trouve inscrit devient, sans la moindre contestalion, l'épouse préférée. »

IIES P110V£IIB£S FRA.IlÇàl6. i bl

M. Roberls eîte aussi qoelquei» exemples de jeuaes filles cbôkies <le jaime par le son eotre |>lu6ieBr6 préteadasles ; mais ce qui peut paraître pins fm^xsMer encore que cette inaBîère ée conclure des mariages, c'est l'a pplicalioo d'un pareil expédient au choix d'ua oiédeiio.

« Un homme tofBl>e malade, dit M. hoberts ; ses amis lui reRommandent diacun leur médecin. « Prenez un tel , dit l'un, c'est un des meilieurs flftédedns du pays. — €n tel!... dit un second, je n^en voudrais pas même pour soigner mes vaches ; je ne sais combien de gens il a envoyés dans l'autre monde. Croyezmoi , prenez cet autre que je tous recommande ; en peu de jours, vous serez hors d'affaire. — Je connais Thomme qu'il vous faut, dit un troisième ; il semble inspiré par Dieu même; envoyez-le chercher. » Dans l'impossibilité de choisir en parfaite connaissance de cause, le pauvre malade 6nit par en venir à l'expédient qu'il croit le meilleur pour fixer ses incertitudes : « Je m'en réfère au sort, dit-il ; écrivez sur une feuille le nom de chacun de vos médecins; le nom qui

sortira sera celui que je choisirai. " Mais il arrive quelquefois que celle résolution ne termine pas loul, et donne lieu à un nouvel incident. Le médecin arrive ; « 11 y a deux manières de vous traiter, dit-il au malade, deux manières également sûres, également efficaces; il ne s'agit plus que de décider laquelle doit étreadoptéede préférence.» C'est encore au sort qu'est laissé le soin d'assurer cette décision; et personne, comme le dit le proverbe de Salomon cité plus haut, « personne ne songe plus à élever la moindre objection quand le sort a prononcé. »

chaque chose a son prix.

Vérité incontestable qui ne peut être méconnue que des ignorants et des sots. Mépriser les petites choses, c'est oublier que dans une .machine, môme de grande puissance, le rouage le plus faible en apparence, le plus inaperçu, a sa valeur relative et indispensable comme le plus considérable et comme le plus apparent.

DES PBOVERBES FRANÇAIS. 159

On dit encore, dans un sens tout à fait analogue :

Chacun vaat son prix.

Et je répéterai, sans hésiter, à roccasion de ce second aphorisme, ce que je viens de dire au sujet du premier. Dédaigner ceux que nous croyons plus petits que nous, est le fait d'une âme orgueilleuse et d'un esprit borné. Aux yeux de Dieu, il n'y a ni grands ni petits; il n'y a que des êtres parfaitement égaux entre eux, soumis aux mêmes conditions physiques et morales, à chacun desquels le Créateur a donné sa mission sur la terre, et qui tirent toute leur valeur et leur mérite véritable , non de l'importance apparente de cette mission , mais de l'exactitude consciencieuse avec laquelle ils savent la remplir. Dans l'ordre moral, comme dans l'ordre des choses physiques, tous les rouages de la machine, grands ou petits, ont leur action respective et concourent à la même fin.

Chose trop vue n'est chère tenae.

Proverbe fondé sur l'observation. On n*ainie souvent, on ne recherche en général avec une certaine ardeur que ce qui est rare, parce que l'amour-propre el la vanité se font, en quelque sorte, un mérité ou de trouver ce qui a échappé aux recherches des autres , ou d'être assez riche pour posséder ce que des rivaux moins riches ou moins adroits n*ont pu acquérir. Ce proverbe semble être la devise des collecteurs de tout genre qui aiment mille fois mieux un objet médiocre, mais à peu près introuvable, qu'un morceau réellement précieux par sa perfection, mais que les autres amateurs pourraient se procurer comme eux.

On proposait un jour à un amateur de livres de ma connaissance un petit volume vraiment curieux et tout à fait digne d'être recherché. Il en demanda le prix. « Cinq francs, dit le libraire. — Est-ce que vous pensez, lui dit sérieusement l'amateur, que je mets des livres de cinq francs dans ma bibliothèque? »

A^siy on l'avait presque offensé de ne pas savoir que, pour certains amateurs, un livre n'a de valeur qu'autant qu'il est cher et presque impossible à rencontrer. Quant à son mirile réel, à sa valeur littéraire, c'est ce dont ils se préoccupent le moins.

Il ne faut pas négliger les petites oboses.

Franklin, dans son ingénieux opuscule publié sous le nom du Bonhomme Richard, démontre parfaitement la vérité de cet aphorisme dans un court apologue emprunté aux écrivains orientaux.

fi Parfois petite négligence accouche d'un grand mal , dit le Bonhomme Richard : faute d'un clou, le fer du cheval se perd ; faute du fer, on perd le cheval ; et, faute du cheval, le cavalier lui-même est perdu, parce que l'ennemi l'atteint et le tue : et tout cela, pour avoir négligé de faire attention à un clou. »

La elef d'or onvre tontes les portes.

Aussi l'homme n'épargne- t-il ni soins,

ni veilles, ni fatigues pour parvenir; à se rendre maître, à tout prix, de cette clef magique qui conduit à tout , excepté peut-être au vrai bonheur.

C'est là, au reste, un aphorisme presque aussi ancien que le monde, que le teinp^ ne fait que confirmer, et qui sera^certainement vrai tant que l'or n'aura pas été détrôné par quelque métal plus précieux.

Les plus grands oleros ne sont pas les plus

fins

Traduction littérale d'un dicton latin usité dans le moyen âge.

La science et l'esprit sont deux choses très-difTérentes, et qui ne se trouvent pas toujours réunies. C'est pour cela qu'il arrive fréquemment qu'un savant, renommé pour Timmense variété de ses lectures et rétendue de ses connaissances, se trouve, en mille occasions , la dupe de quelque paysan grossier et matois; et cela s'explique fort naturellement. Les hommes qui mettent tous leurs soins à exercer leur mémoire n'ont pas

DES PROVERBES FRANÇAIS. i63

coutume de se donner tant de mal pour cultiver leur esprit, et demeurent ainsi, en quelque 6orte, totalement étrangers au train ordinaire de la vie.

Le mot clerc, qui vient du latin clericus (homme d'Église], se prenait autrefois dans le sens de savant , parce qu'alors la sagesse et la science semblaient être l'apanage spécial du clergé. On dit encore aujourd'hui, dans le même sens, en parlant d'un ignorant : « Ce n'est pas un grand clerc. »

oui n'entend qa'nne eloehe n'entend rien.

Dicton vulgaire et trivial qui répond à l'axiome juridique : TestisunuSftesfis nullus , > que l'on peut traduire ainsi : « Un seul témoin ne compte pas. »

On ne saurait, en effet, juger sainement d'un fait quelconque, ou prononcer avec justice entre des prétentions contraires, si l'on puise ses renseignements à une source unique, ou si l'on n'écoute que les allégations d'une seule des parties con tendantes. Dans toutes les circon-

stances de celte nature, le devoir du juge est d'écouler tout le monde, de s'éclairer des documents en apparence les plus codtradjcloires, et de ne prendre aucune décision qu'après avoir pesé les témoignages à la balance de la raison et de la justice.

on De peut sonner les oloohes et aller à la procession.

Manière plaisante de dire que le même homme ne peut pas tout faire à la fois- Gel aphorisme rappelle indireclemeDt l'histoire d'un personnage populaire qui remplissait, dans une église, les fonclioDs de bedeau et de sacristain , et qui était propre à tout faire. On a brodé beaucoup d'histoires et même une légende tout entière sur cet homme, qui portail le nom de Michel Morin^ et qui mourut en cherchant a détruire un nid de pies.

un cW oliasse l'antre.

Une passion est presque toujours remplacée par une autre passion, une folie

p3T une autre folie. Il semble que le coeur de l'hoaune ail constamment besoin d'agitation et de nouveauté, et qu'il l%iî soit impossible de demeurer longtemps dans la môme situation.

Bon ooBur ne peut mentir.

Un noble cœur ne ment jamais à ses vertueux instincts; il y demeure fidèle, cfuand même une vive émotion ou quelque passion subite et violente viendrait le surprendre et l'agiter quelques instants. Le premier moment passé, il revient naturellement à ses douces et honnêtes habitudes, et le nuage passager qui les a obscurcies temporairement n'a quelquefois d'autre effet que de les faire briller, en 'se retirant, d'un éclat plus touchant et plus aimable. Mais, hélas! combien compte-t-on dans le inonde de cœurs auxquels puisse s'appliquer exactement le proverbe?... plus qu'on ne croit peut-^tre, mais toujours moins qu'on ne voudrait.

166 LA FLEOR

A oœar vaillant rien d'impossible.

Les obstacles et les difficultés disparaissent presque toujours devant le courage et la résolution, tandis qu'au contraire, ils grossissent et se multiplient eo quelque sorte devant la faiblesse et Tindécision. Tel est le véritable sens de ce proverbe, plus exact encore dans son application morale que dans sa signifia cation matérielle.

Je ferai pourtant observer qu'on courrait grand risque de s'égarer si le mol impossible était pris ici dans un sens absolu et trop rigoureux. Quoi qu'on fasse ou quoi qu'on puisse dire, il y a des unpossibilités pour l'homme : des impossibilités physiques et des impossibilités morales, devant lesquelles là raison et la conscience commandent de s'arrêter; car aller au delà nous exposerait quelquefois au danger et même au crime.

À propos de ce mot impossible^ je rappellerai ici un mot qu'on attribue au duc de Ghoiseul, minisire de Louis XV,

et qui fait Tadmiration de tous les compilateurs d'anecdotes.

Madame du Barry demandait à ce ministre une faveur à laquelle elle semblait attacher beaucou|> de prix. « Si cela est impossible, madame, répondit M. de Choiseul, cela se fera ; si cela n'est que difficile, cela est fait. »

J'avoue que je trouve plus de fatuité que d'esprit dans la réponse du courtisan, et je me demande à quel prix le ministre tout-puissant d'un roi de France s'engageait à faire l'Impossible pour plaire à une femme pour laquelle il n'avait certainement aucune estime. J'aime bien mieux le mot d'un général qui répondait au rapport d'un de ses aides de camp , que le mot impossible n'était pas français. Il voulait dire que pour un brave il est toujours yE7055i6/^ de se faire tuer.

11 ne fant pas Jeter le manche après la

cognée.

Point de découragement; car il a pour effet infaillible de doubler le malheur, en neutralisant à la fois le courage quMl

faudrait pour le supporter et l'énergie dont on a toujours besoin soit pour le rendre moins lourd, soit pour y remédier. Un homme sage ne se laisse point abattre, et parce qu'il sait rester maître de sa volonté et surtout parce qu'il a foi en la justice de la Providence.

Ce proverbe fait allusion à rhistoire d'un bûcheron qui^ ayant perdu sa cognée, jeta le manche de cette cognée comme un instrument désormais inutile, au lieu de le conserver pour en faire usage au besoin.

c'est la colère da père Duchène.

On caractérise par ce dicton de sinistre mémoire la fureur grossière, mais impuissante, d'un être méprisable, heureusement trop faible ou trop lâche pour effectuer ses menaces. C'est une allusion au journal publié en 1793 et en 1794, sous le litre de Père Duchêne, par un vil coquin qui portait le nom d'Hébert. Cet homme, qui avait été longtemps vendeur de contremarques à la porte des théâtres, était piarvenu aux emplois pu-

blics et arrivé à une popularité d'un certain genre, à une époque où les emplois et la popularité étaient naturellement dévolus aux gens de cette espèce. Malheureusement, la colère de cet ignoble père Duchêne n'était pas alors impuissante :

car elle a désigné plus d-un honnête homme à Téchafaud, elle a injurié ; elle a cherché à flétrir toutes les vertus , elle a surtout familiarisé le peuple, en lui empruntant, en exagérant même son langage le plus grossier, avec ces assassinats juridiques dont Paris était alors, tous les jours, le témoin tremblant et impassible.

L'échafaud fit justice enfin de cet énergumène de bas étage, qui tomba victime de ses propres doctrines ; mais cette justice arrivait trop tard, et ne pouvait pas réparer les malheurs et les crimes dont le pèfe Duchêne avait été à la fois Tinstigateur et Tapologiste.

Ce proverbe ne saurait donc être considéré comme rigoureusement exact. La colère du père Duchêne ne fut malheureusement pas sans effet, et le souvenir qu'elle nous rappelle nous invite à ne

point accepter sans commentaire le sens qu'on attache d'ordinaire à ce dicton.

Tons les comédiens ne sont pas an tbéàtre.

Cela est tellement vrai que, pour un acteur de premier ordre que l'on peut distinguer parmi une foule de comédiens vulgaires et médiocres, on rencontre sans peine et à chaque pas dans le monde un grand nombre de comédiens trèshabiles, qui possèdent au suprême degré Tart de jouer le rôle plus ou moins noble qu'ils se sont attribué, sans qu'il soit possible, même aux plus clairvoyants, de soupçonner que ces gens-là ne font que jouer la comédie. C'est aux époques d'agitation révolutionnaire surtout que paraissent et se multiplient ces comédiens improvisés qui possèdent bien mieux que les honnêtes gens le secret d'exploiter à leur profit les passions delà multitude, que son ignorance et son effervescence naturelle rendent éminemment propre h être dupe.

Gommeneement, moitié de l'œavre.

C'est beaucoup dire peul-élre, et pourlant rien n'est plus exacl que cet axiome que nous avons textuellement emprunté aux anciens. Commencer l'exécution d'un travail, d'une entreprise quelconque, suppose presque toujours une étude approfondie de la question que l'on veut traiter, de l'affaire que l'on a résolu de conduire à son résultat. Celte étude, qui exige ou de grandes recherches ou de sérieuses méditations, constitue certainement la partie la plus difficile et souvent la plus considérable de l'œuvre entreprise. II suffit alors de disposer ses matériaux dans un ordre régulier, et, cette dernière condition accomplie, de commencer l'exécution d'un travail qui ne présente plus guère alors de difficultéi< sérieuses. Commencer un ouvrage quelconque est donc à la fois une preuve que la matière a été étudiée et que l'on eit résolu à conduire son entreprise h bonne fin. Car, comme le dit un autre proverbe qui, sous un certain point de vue, peut

nî LA FLEOR

èlre considéré comme le complém ent du premier :

N'a pas fioi qui conlmence.

Le premier proverbe doùs avertit que c'est un grand point que de commencer; le second nous recommande la persévérance dans ce que qous entreprenons.

De bien oommnn on ne fait pas monoeaa.

Aphorisme juridique qui ne fait que répéter une vérité suffisamment démontrée par l'expérience. On le trouve cité dans les Institutes coutumières de Loisel avec la note suivante qui l'explique trèsclairement :

Parce que chacun veut être le maître et n'a en vae que son intérêt particulier.

On dit dans le même sens et avec la même vérité :

L'âne du commun est le plus mal bâté.

DES PROVERBES FBAXÇAIS. 17-3

llTaat mieux être seal qatttn aasvaise

pagaie.

Gela est incoolesUble ; mais il 7 a si peu de gens qui sacheot être seuls, que, dans le monde , ou se garde bien de se montrer, je ne dirai pas délicat, mais simplement avisé dans le choix de ses liaisons. Cet immense besoin de distraction, qui rend la plupart des hommes impuissants à se suffire à eux-mêmes, est une triste maladie de notre espèce ; car c'est lui qui peuple en même temps nos salons de joueurs, nos carrefours d'émeutiers, nos qafés et nos estaminets d'oisifs et de débauchés de tout genre.

Qui a eompagnon a midtre.

S'associer à quelqu'un pour l'exécution d'une entreprise quelconque, c'est prendre d'une manière formelle l'engagement d'agir en tout de concert avec lui. Tel est le sens exact de ce dicton que l'on trouve parmi les axiomes de droit, et qui n'a rien que de conforme à la rai-

son et à ta justice. Deux associés ne fonl plus en quelquesorte qu'un seul et même homme, puisque tous deux n'ont plus qu'un seul et même inlérôl ; leur action ne peut donc être complète et efficace que lorsqu'ils sont réunis. C'est en ce sens que chacun des compagnons ou associés est le maître de l'autre.

compagnon bien parlant vaut en ehemin chariot branlant.

Dicton familier qui donne la traduclion littérale d'un aphorisme latin dont tout le monde reconnaît la justesse :

Cornes facundus in via pro véhicule est.

Un compagnon agréable et beau diseur [facundus) nous fait trouver certainement la route plus douce et moins longue. Mais, soit à pied^ soit en voiture, les compagnons de ce genre et de ce noérite ne sont pas très-communs; et pour un voyageur aimable qui sait faire oublier les ennuis d'une longue route, combien n'en Irouve-t-on pas, en revanche,

qui possèdent le secret d'ajouter encore, par un bavardage insipide et incessant, aux fatigues et à l'ennui souvent inséparables de certains voyages en diligence. La prudence veut donc que nous cherchions à étudier un peu nos compagnons accidentels avant de nous mettre tout à fait à leur merci.

Comparaison n'est pas raison.

Il est rare, il est impossible peut-être, que deux objets puissent rigoureusement et complétementêtre assimilés l'un à l'autre dans toutes leurs parties et sous tous leurs^ aspects. La comparaison ne considère habituellement qu'une seule, que quelques-unes des faces de ces objets, et ne saurait par conséquent être considérée comme bien concluante. L'œil et l'esprit se laissent d'ailleurs fort souvent séduire par le faux éclat et de trompeuses apparences. Il faut laisser la métaphore aux portes, qui se contentent de parler à l'imagination et se mettent peu en peine de compter avec la raison et le jugement.

Oo dit encore avec la même vérité et tout à fait dans le même sens :

Toute comparaison cloche.

Qui compte sans son hôte compte deux fols.

On s*expose à de nombreux mécomptes quand on forme seul des projets dont Pexéculion doit être subordonnée à la volonté d'autrui. Dans son acception primitive, cet aphorisme veut direqu'uD compte ne peut être réglé définitivement que par Tintervention de toutes les parties intéressées. On le trouve aiqsi exprimé dans les Instituiez coutumières de Loisel :

Qui compte seul compte deux fois, comme celui qui compte sans son hôte.

Il ne fant eondamner personne sans l'entendre.

Maxime de jurisprudence essentiellement fondée sur la justice, et qui peut

trouver son application dans le cours ordinaire de la vie. Un homme juste se garde bien de condamner un ami, un indifférent même, sur de légères apparences, sur de simples propos qui peuvent èlre intéressés et qui sont souvent calomnieux. Il sait trop bien que nul ne doit être jugé sans avoir été entendu, et qu'il faut toujours se défier de la malveillance, ou tout au moins de la légèreté habituelle des discours du public.

On dit encore^ à peu près dans le môme sens, quand il s'agit d'une discussion entre plusieurs personnes :

Il faut entendre les deux parties.

Ces deux règles sont d'une utilité pratique que personne ne méconnaîtra.

A oonfessenrs, médecins, avocats, La vérité ne cèle de ton cas.

Le confesseur le plus éclairé, le médecin le plus habile, l'avocat le plus savant ne peuvent rien, si ceux qui viennent ré-

178 l'A FLEUR

clamer le secours de leur ministère ne leur fonl pas connaître, dans le plus grand détail et sans la moindre restriction, les infirmités morales ou physiques dont ils désirent être soulagés, les tort^ dont ils demandent le redressement, il n'est personne qui ne sente parfaitement la justesse de cet aphorisme, et ron trouve pourtant un grand nombre de gens qui ne font à leur confesseur que des confidences fort incomplètes, qui n'osent avouer à leur médecin qu'une partie de leurs infirmités, et qui ne se soucient pas toujours de faire connaître a leur avocat qu'en réclamant la réparation de quelque injustice dont ils se plaignent, ils n'on t pa s toujou rs été eux-rmèmes exemptai de mauvaise foi.

Pour se débarrasser de toute infirmité physique ou morale, il faut à la fois une certaine lumière pour connaître son mal, une entière franchise pour le dire et une volonté bien arrêtée de faire tout ce qu'il faut pour en être délivré.

DES PROVERBES FRAF^ÇAIS. l79

Il est toujours congé ponr le paresseux.

C'esl-à-dire que le paresseux trouve toujours quelque prétexte 4)our satisfaire sa paresse; mais il est juste d'ajouter que- le loisir du paresseux ne ressemble en rien aux instants de repos et de délassement que se donne avec raison rhomme laborieux. 11 n'y a de vrais congés que pour recoller studieux que la récréation rend plus apte au travail; le congé du paresseux se compose de somnolence et d'ennui et finit toujours par arriver jusqu'au vice.

Nos aïeux avaient encore un autre proverbe pour exprimer la même pensée :

Naquit un dimanche ou fête Qui n'aime que besogne faite.

Ce dicton singulier nous rappelle aussi avec quel respect on observait autrefois le repos du dimanche et des jours de fête. On est beaucoup moins scrupuleux aujourd'hui à cet égard : nous n'en avons paspourcela moins de paresseux, nous en avons même peut-être un peu davantage.

180 'la FLEtIR

connais-toi toinnème.

Maxime importante et salutaire que les Grecs avaient fait inscrire en lettres d'or dans le temple de Delpiies, et qui était bien digne de cet tionneur. On l'attribue au Lacédémonien Ghilon', Tun des sept sages de la Grèce.

Le premier devoir de Thomme est, en effet, de s'étudier lui-même, de chercher à se connaître, dans le sens le plus étendu de ce mot; car c'est seulement ainsi qu'il peut arriver à une juste appréciation de sa force et de sa faiblesse , à la parfaite intelligence de ses droits et de ses devoirs. Pour une âme honnête et vigoureuse, de cette connaissance à la pratique il n'y a qu'un pas. Malheureusement , la plupart des hommes perdent à la recherche d'une foule de connaissances futiles ud temps qu'ils consacreraient plus utilement à s'étudier eux-mêmes pour se rendre à la fois meilleurs et plus heureux.

pour connaître les antres, il faot se eonnaltre

soi-même.

Cet aphorisme, d'un sens à la fois trèsprofond et fort étendu, n'est en quelque sorte que le développement de la maxime célèbre connais-toi toi»même, à laquelle les Grecs attachaient avec raison une si grande importance, et dont nous avons dit précédemment quelques mots. Toutefois, on ne la considère ici que dans une de ses applications particulières, et l'on nous avertit que nous nous flatterions en vain de parvenir à connaître les hommes si préalablement nous n'avions pas appris à nous connaître nous-mêmes.

En s'étudiant soi-même, en effet, on reconnaît sans trop de peine que nos qualités et nos défauts se compensent tellement, même quand ces derniers n'emportent pas la balance, que nous n'avons pas grand sujet d'être fiers de nousmêmes, et que, par conséquent, il serait à la fois injuste et ridicule d'exiger des autres une perfection qui nous manque.

C'est donc faute de se connaître que la

plupart des hommes se monlrenl en général si sévères pour leurs semblables, et qu'ils leur refusent une indulgence dont ils auraient eux-mêmes si grand besoin. C'est l'éternelle parabole de h paille et de la poutre que l'Évangile a consacrée, et qui ne saurait être trop fréquemment rappelée.

Les Espagnols ont , dans ce sens , un proverbe très-expressif :

Quand on a soi-même une maison de verre, il ne faut pas jeter de pierres sur celle de son voisin.

Trop tard est-il de conseil prendre Quand en bataille il faut descendre.

Un véritable homme de guerre, un général digne de ce nom est rarement pris au dépourvu ; il est en quelque sorte toujours prêt à livrer bataille : car il a d'avance calculé toutes ses ressources el celles de l'ennemi ; il a prévu tous les incidents, tous les hasards de la guerre; il sait au juste tout ce qu'il doit craindre el tout ce qu'il peut espérer ; car il n'a

pas attendu pour réfléchir que les événements le domineot. De même, et dans le cours ordinaire de la vie^ un homme sage calcule à l'avance toutes ses actions et se trouve prêt à faire face à tous les événements, même à ceux qui semblent les moins prévus. C'est que l'habitude de la réflexion est une puissance qui double les forces de l'homme et qui ne peut être méconnue sans danger.

Que de particuliers, que de héros, que de grands peuplés même se sont perdus sans espoir de retour pour n'avoir réfléchi qu'après les événements !

Nous avons, dans le même sens, une autre locution assez triviale , mais trèsexpressive :

Ne songer à fermer l'écurie que lorsque les chevaux ont été volés.

Let oonsetUers n'ont pohit de gages.

Gela veut dire que personne en général ne se fait prier pour donner des conseils, et qu'il y a même une foule de gens

qui s'empressent d'intervenir , comme donneurs d'avis, dans des affaires qui ne les concernent pas, et auxquelles même on voudrait qu'ils restassent étrangers.

C'est pour les importuns de cette espèce qu'a élé fait le proverbe, qui serait encore plus précis et plus vrai s'il ajoutait « qu'il y a de ces gens-là qu^on payerait volontiers pour les faire taire. »

Après le mérite de donner de bons eonseOs,

c'est encore on mérite qne de savoir

profiter de ceux qu'on reçoit.

L*un de ces mérites est certainement plus facile que l'autre ; donner un conseil est en quelque sorte un acte de supériorité qui satisfait l'amour-propre et coûte fort peu j — recevoir un conseil, en user surtout, est un acte d'humilité qui coûte à notre orgueil et qui semble presque toujours une médecine fort amère. 11 faut souvent beaucoup de raison pour se décidera la prendre.

Un écrivain anglais a exposé d'une manière ingénieuse les dangers que l'on court généralement à donner des conseils:

a Voulez-vous blesser vos amis et vous brouiller avec eux? donnez-leur un conseil. — Voulez-vous vous brouiller avec la charmante maîlresse qui semble vous aimer par- dessus tout? essayez de lui donner un conseil. — Un courtisan désire-t-il reprendre toute sa liberté et perdre la faveur de son roi? qu'il lui donne un conseil. — En un mot^ sommes-nous curieux de nous faire détester, honnir, repousser partout? nous avons pour cela un moyen infaillible et toujours prêt : faisons-nous donneurs de conseils.

« J'ai vu se rompre, par un seul fait de cette nature, Tamilié la plus intime et en apparence la plus solidement établie entre deux jeunes femmes qui semblaient ne pouvoir vivre l'une sans Tautre. « Ma chère enfant, écrivait l'une d'elles à son amie, j'ai cru remarquer que la danie n'allait plus guère à votre âge et à votre taille, et je crois vous donner une preuve de ma bonne amitié en vous engageant à y renoncer. Il vous reste as»ez de grâce» à faire valoir pour ne plus songer k i^lk' là. » La réponse ne se fit pa« attendre t « Je ne puis mieux vous témoigner oui «tA*

cère reconnaissance de votre excelleol conseil, ma chère amie, qu'en vous adressant à mon tour un avis qui ne peut que vous être utile. Vous aimez à chanter; mais votre voix, qui ne peut plus arriver jusqu'à certaines notes sans prendre un ton criard, vous avertit mieux encore que je ne le puis faire , qu'il est temps pour vous de vous sevrer d'un plaisir quin'eo est plus un pour les autres, et qui ne vous exposerait plus qu'à des désagrénients. > Ces conseils réciproques ne furent, comme on le pense bien , d'auQun effet. La première continua de danser ; la seconde ne chanta que de "plus belle ; mais les deuxamies ne purent se revoir et furent brouillées pour jamais.

la consolation des malheureux est d'avoir des semblables.

Vérité triste mais reconnue, et qu'il ne faut peut-être pas trop essayer d'approfondir. Les malheureux ont droit à toute notre pitié et à nos sympathies , et sans rechercher pourquoi le spectacle des infortunes d'autrui semble être un adoucis-

sèment à leurs propres peines, offronsleur une consolation d'un ordre plus élevé, plus chrétien, soilenprenantà leurs douleurs une part sincère, soil en faisant tous nos efforts pour leur préparer ou leur rendre une. situation meilleure et plus dpuce. La vraie charité ne discute pas , elle agit. Elle soulage celui qui souffre, et ne lui demande ni pourquoi ni comment il est devenu malheureux.

contentement passe riobesse.

C'est pour cela sans doute qu'il y a si peu de gens qui soient ou du moins qui se croient véritablement riches; car tout le monde , ou du moins presque tout le monde, désire plus qu'il n'a et n'est jamais content de ce qu'il possède. C'est dans ce sens surtout que Ton peut dire que :

L*âppétit vient en mangeant.

La convoitise rompt le sao.

La Fontaine a dit, dans le même sens :

L'avarice perd tout en voulant tout avoir.

1S8 LA PLIilUR

Ce ne serait, au resle, qu'un bien petit malheur si tous les effets de la convoitise se bornaient uni<{uemeat h faire crever un sac de toile grossière dont la perte se peut réparer à peu de frais; mais sous cette locution emblématique, un peu triviale, se cache un avertissement d'uo grand sens, une leçon d'une haute importance. Elle nous rappelle que cette soif ardente et insatiable de s'enrichir, qui est chez l'homme une passion aussi vive que constante, a presque toujours pour effet de compromettre, d'anéantir même les fortunes qui semblent les plus l)rillantes et les mieux établies. N'oublions pas qu'en cela, comme en toute autre chose, mais en cela surtout,

La modération est le trésor du sage.

un ooq est bien fort snr son ftamier.

Nous avons emprunté aux Lalms ce proverbe qui exprime une vérité suflSsamment éprouvée. On retrouve, sans trop d'efforts, dans ce dicton trivial et

DES PROVERBES FRANÇAIS. i%^

vulgaire, la trace du respect que les peupies anciens professaient pour les dieux de la famille et du fojer domestique, pour ces dieux qu'ils désignaient sous le nom de pénates et de lares, et qui trouvaient dans chaque maison, même dans la plus pauvre, des autels et un culte. Nous ne croyons plus aux lares ni aux pénates; mais nous savons encore aujourd'hui que le domicile du pauvre, comme celui du riche, est un asile Inviolable, et que l'être le plus faible trouve sous son abri protecteur une force et un appui qu'il chercherait vainement partout ailleurs.

Prendre Parla pour Corbeil.

Ce dicton, qui parait avoir un caractère historique, se trouve dans les anciens recueils sous deux formes qui lui donnent des significations diverses, et qu'il ne faut pas confondre. On le trouve encore exprimé de cette manière :

Prendre Paris par Corbeil.

La première forme, qui emploie le mot

pour y indique tout simplement une grosse bévue, une lourde méprise; la seconde, qjui se sert du mot par, fait, à ce qu'on assure, allusion à un fait tiistorique toul particulier. Pendant les guerres civiles et religieuses du seizième siècle , le maréchal de Saint-André ayant vainement tenté de s'opposera la réunion des deux armées commandées Tune par Dandelot, et l'autre par le prince de Gondé, se jeta subitement dans Corbeil, pour protéger cette ville contre les deux généraux qui voulaient s'y établir, et protéger ainsi, contre eux, la route de Paris, qui resta au pouvoir de l'armée royale. C'est ainsi, que Thabile guerrier prit Paris y ou plutôt conserva Paris par Corbeil.

Il ne faut point parler de oorde dans la maisen

d'nn pendn.

Cet aphorisme , un peu trivial, renferme un avis salutaire qui s'adresse principalement aux étourdis qui parlent de tout à tort et à travers, sans savoir à qui, saps savoir devant qui ils se trou-

^ent. Le premier soin d'un liomme sage et de bonne compagnie doil êlre de veiller à ce qu'aucune de ses paroles, aucune de ses observations directes ou indirectes, ne puissent blesser aucun de ses auditeurs. Il est vrai que cette science parfaite du monde et cette exquise politesse exigent autant d'esprit que de tact : aussi le plus grand nombre n'y met pas tant de façon, et laisse au hasard le soin de leur épargner les sottises ou tes bévues qu'ils sont toujours près de laisser échapper, et dont ils semblent en vérité ne pas se croire responsables.

Il ne faut pas parler latin devant les oor-

déliera.

Un homme prudent se garde bien de traiter un sujet quelconque devant des gens qu'il sait être plus instruits, plus éclairés que lui sur la matière. Autrefois les geus d'Église étaient presque les seuls qui eussent à leur disposition le temps et le repos nécessaires pour se livrer à des éludes sérieuses et suivies, et, parmi eux, les cordeliers passaient, sinon pour les

plus savants en tout genre , du moins pour les plus habites latinistes. On prononçait tous les ans, a une époque déterminée, un discours latin dans la chapelle des cordeliers. Aujourd'hui nous n'avons plus de cordeliers , et tout le monde se croit le droit de parler de tout devant tout le monde , ce qui ne veut pourtant pas dire que tout le monde soil réellement savant. Je croirais plutôt que cela prouve le contraire.

On disait aussi dans le méine sens :

Parler laltin devant les clercs.

les cordonniers sont presque toujours les plus mal chaussés.

Ce dicton est assez ancien , et je le mentionne presque uniquement pour mémoire; car, aujourd'hui, les cordonniers sont tous aussi bien chaussés que leurs pratiques , si même ils ne le sont mieux. On en peut dire autant, par analogie, des ouvriers de tous les étals, qui s'appliquent fort à propos un autre ])ro-

verbe trèfr-connu, auquel le temps n'a riea fait perdre de sa vérité : « Charité bien ordonnée commence par soi^ même» » Je n'entends pas dire, au reste, que cela soit un mal; je m'en réjouis au contraire comme d'un véritable progrès et d'une heureuse amélioration ; mais il fallait du moins constater le fait.

Dans le sens figuré, ce proverbe s'applique très-bien à certaines gens dont la vie et les actions ne répondent pas exac* lement à l'austérité dont ils font profession, et aux maximes morales qu'ils aiment à répéter bien haut et fréquemment. Dans ce cas, le vieux proverbe n'est pas suranné, et peut même encore compter sur quelques siècles de vie.

U n'est pas permis à tont le monde d'aller à

Gorinthe.

Proverbe anecdotique, qui a pris naissance chez les anciens Grecs, et qu^ contient une allusion, très-facile à saisir, aux exigences exorliitanles d'une beauté célèbre de Corinthe, la courtisane Laïs, qui croyait ne pouvoir mettre un trop

haut prix à ses charmes, el qui écartait ainsi une foule de prétendants, trop pauvres pour arriver jusqu'à elle. Oo sait que Démosthène^ lui-même, séfduit un instant, recula devant ces exigences eo disant; avec un peu d'humeur, « qu'il n'achetait pas si cher un repentir ». Le mieux, ce me semble,. eût été de ne pas faire le voyage.

Ce proverbe s'appliqua ensuite, par analogie ; chez les anciens, comme il s'applique encore chez nous et chez presque tous les peuples, aux entreprises d'un certain ordre qui exigent des avances considérables, et qui, par conséquenl, ne sont accessibles qu'ail petit nombre, et aux hommes assez riches pour faire toutes les dépenses nécessaires pour les conduire à bonne fin.

Du cuir d'antmiron fait large courroie.

Procédé très-commode et fort commun. Il n'y a rien de si facile en effet que de se montrer généreux du bien d'autrui, et d'imposer aux autres des sacrifices que Ton serait fort peu disposé

à faire soi-même. C'est une manie générale, d'ailleurs, que d'atlribuer à ses amis ou même à ses connaissances, une grande fortune et des ressources dont on ne sait réellement ni la valeur réelle ni l'étendue, tandis que soi-même on se fait toujours sinon tout à fait pauvre , du moins assez gêné pour ne pas donner à sa libéralité tout l'essor qu'on voudrait. On soigne ainsi à la fois et ses intérêts et sa réputation à peu de frais.

Goarte et bonne.

Devise des libertins et des insensés qui sacrifient follement tout leur avenir à quelques jouissances passagères , et qui escomptent ainsi, dès leur jeunesse, la vigueur de leur âge mûr et le bien-être de leur vieillesse, car ils y arrivent quelquefois. H n'est pas alors un seul de ces imprudents qui ne modifie celle maxime pernicieuse, qui n'est au fond qu'un mensonge. Il est bien vrai que les plaisirs désordonnés, que les débauches abrègent la vie et la font courte; mais peut-on dire réellement qu'ils la font bonne ,

quand leur effet iufaillible est d*épuiser les sens, et d'anéantir dans rhomme ce qui le dislingue de la brute, l'intelligence et le sens moral ?

Une fois n'est pas oontnme.

Aiciome de droit qui signifie qu'un fait isolé ne peut faire loi, et qu'on ne saurait raisonnablement en tirer uae conséquence absolue. On a , depuis, étendu et appliqué cet axiome aux conditions ordinaires de la vie-, toujours avec la même signification. Les anciens disaient dans le même sens :

Une seule birondelie ne fait pas le priacemps.

Quelques personnes, d'une morale au moins facile, usent de cet aphorisme, très-exact dans son sens légal, pour excuser soit leurs propres fautes, soit les erreurs plus ou moins graves de leurs amis. 11 serait injuste sans doute de montrer trop de sévérité pour des peccadilles purement accidentelles, et qui ne résultent pas d'habitudes vicieuses; mais

l ne faudraîl pas non plus se montrer trop accommodant à cet égard dî pour les autres, ni pour soi. L^ pente qui conduit au vice est si glissante qu'il est toujours imprudent d'j mettre le pied.

On ne saurait donc prendre trop de pré^ cautions pour ne pas se trourer trop fréquemment obligé d'avoir recours à une excuse qui cesserait d'en être une si elle devait se répéter trop souvent.

la critique est aisée, et l'art est dUMIe.

Ce vers, devenu proverbe en nausaol,

se trouve dans la comédie do Glorieux^

de Desloucbes. Entendu dans le sens le

plus ordinaire du mot critique^ W ex«

prime une vérité reconnue et tous les

jours confirmée par l'expérience. Il n'est

pas rare en effet de voir une foule d'es^

prlls au moins médiocres, incapables de

rimer deujL vers ou d'écrire de suite dix

J ignés de prose raisonnable, reconnattre

et signaler avec une certaine sagacité ,

je ne dis pas seulement les faules salU

lanles, mais même les plus légères ta*

ches qui déparent les compositions les

plus parfaites et les plus soignées. C'est qu'il ne faut guère pour cela qu*un bon sens assez ordinaire, une instruction d'uo ordre très-secondaire, qui ne supposent, Tun et l'autre, ni un bien grand esprit ni des études bien profondes et bien étendues. 11 suffit même seulement quelquefois d'un peu d'habitude et de quelque mémoire. \\ faul bien autre chose pour être un vrai poëte ou un grand écrivain.

En ce sens donc, mais en ce sens seulement, la critique, comme on Tenteod ordinairement, est chose assez facile; mais, entendu dans un sens plus précis, plus exact, plus conforme à sa signification d'origine, ce mot ne signifie plus simplement cette espèce d'instinct naturel qui nous rend plus habiles à reconnaître les imperfections d'un objet qu^'à en ressentir les beautés; il indique alors celte puissance d'esprit, de jugement et de goût qui nous porte à examiner avec une sévère et bienveillante impartialité, avec une mesure parfaite, les beautés et les défauts d'une composition quelconque soumise à notre jugement. Parvenue à ce degré d'élévation, la critique n'est

plus si aisée, el ne saurait être, comme l'autre critique, iefait du premier venu. Aussi, M. de Levis, modifiant ce vers connu, a-t-il dit, avec justesse, quoique avec un peu de prétention :

La critique n'est pas aisée, maïs l'art est plus

difficile.

Tant va la Gmohe à l'eau qu'enfin elle se

brise.

Proverbe trivial, qui se retrouve chez presque tous les peuples, exprimé dans les mêmes termes. 11 consacre une vérité devenue elle-même triviale à force d'être démontrée.. La même idée se trouve contenue dans un autre proverbe moins connu, mais non moins expressif :

La peau du renard finit toujours par arriver à la boutique du pelletier.

L'une et l'autre de ces formules sont en quelque sorte la traduction vulgaire de cette sentence de l'Écrilure :

Qui aime le danger y périra.

Qui amal perîculum in ili peribit.

Elles rappellent au8:$i la belle image d'Horace :

Raro antecedentem scelestum Deseruit pœoa pede claudo.

Eo vain le coupable a de l'avance ; la peine, toute

buîleuse qu'elle est, manque rarement de

l'atteindre.

Petite ealfline agrandit la maison.

Ce dicton s'explique parfaitement par le proverbe parallèle :

Grasse cuisine, De maison ruine.

La tempérance est à la fois un principe de santé et un élément de fortune. Car les économies les plus réelles et les plus importantes sont celles que l'on sait faire sur la dépense de chaque jour.

Au bout dn fossé la onlbnte.

Locution familière qui s'applique ordinairement, et fort à propos, à la destinée d'un Imprudent qui s'est lancé aveu-

BEft PftOl'EftSES FKAKÇAI6. 201

glémeot dans orne carrière de débaocbes et de <oltî§es qui l*onl conduit à sa perte. Elle s'emploie aussi quelquefois eomae une prédiction qui n'est que trop souvent justifiée.

pertorlaenlttte.

On dit d'une fearaie que c*est elle qui porte la culotte quand c'est elle qui commande dans la maison, et qui remplit par conséquent Toffice du mari. Cette locution n'est pas exclusivement propre à la France, car il existe un proverbe corse qui l'emploie exactement dans le même sens que nous :

Noo dire i ealioni alla moglie.

Ne doooe&pmnt la culotte à votre femnie.

C'est-à-dire ne lui laissez pas prendre l'autorité sur vous.

Le collecteur qui donne ce proverbe ajoute par forme de commentaire :

Ma oe aoeo toglîergU la goooella.

Maif auMi ne lui pr«aex pas sa jupe.

Cela revient à dire que, dans une maison bien réglée, le mari el la femme ont chacun leurs attributions spéciales, et que les choses vont bien quand tous les deux restent à leur place.

Dame qai monlt se mire pen flie.

La langue dans laquelle est exprimé ce proverbe prouve qu'il n'est pas nouveau; mais son âge ^ qui n'altère en rien son exactitude, en consacre en quelque sorle l'autorité. H est donc vrai, aujourd'hui comme il Tétait jadis ^ qu'une femme uniquement occupée du soin de sa toilette n'a plus guère de temps à donner à la surveillance de son ménage et aux menus détails de l'intérieur. Mais les moralistes el les prédicateurs auront beau crier , ils n*empêcheront jamais tout à fait qu'une jolie femme consulte fréquemment son miroir , soit pour se donner le plaisir de se voir telle qu'elle est^ soit encore pour demander à la toilette quelque nouveau moyen de faire ressortir sa beauté ; ils empêcheront bien moins encore une pauvre femme, un peu

moins bien partagée du côlé des agré* menls extérieurs, de chercher, par la savante et ingénieuse recherche de sa parure, à compenser, a réparer les torts de la nature el de l'âge ; tout ce qu'on peut demander raisonnablement , tout ce qu'on peut espérer d'obtenir, c'est que ces petits soins de tous les instants donnés à la toilette n'absorbent pas tellement toutes les facultés et toutes les heures des belles et des laides^ qu'ils ne laissent plus de place aux occupations et aux devoirs de la mère de famille. U est juste d'ajouter sur-ie-champ que la plupart des femmes savent concilier admirablement cette double condition de leur nature, et qu'il en existe un grand nombre qui savent à la fois briller dans le monde parleur élégance de bon goût, et faire au logis le bonheur de tous ceux qui les entourent. •

c'est le tonneau des oanaldes.

Allusion à rhistoire vraie ou fausse des cinquante filles de Danaiis^ qui , à l'instigation de leur père , assassinèrent

204 LÀ FLEOR

leurs maris la première nuit de leurs noces, elqui, pour ce crime, furent condamnées, dans l'enfer des Païens, à Iravailler sans relâche à remplir un tonneau sans fond, et qui lie pouvait en conséquence retenir l'eau qu'on y versait.

C'est une manière particulière d'indiquer la perpétuité de leur peine. 11 est juste de faire remarquer ici, pour plus d'exactitude, que, parmi ces cinquante filles de Danaiis, il s'en trouva une qui aimait assez son nouveau mari pour désobéir à son père et ne se rendre complice en rien du crime de ses sœurs.

Cette locution proverbiale s'applique très-bien à certaines entreprifes extravagantes dont l'exécution est totalement impossible, et résiste par conséquent aux efforts les plus constants et les plus soutenus. Elle s'applique également bien à la situation d'un prodigue qui dépense, toujours le double de ce qu'il reçoit, et nous avons dans ce dernier sens un dicton analogue et très-expressif; en parlant d'un homme de ce genre, on dit vulgairement :

C'est un panier percé.

DES PROVEKBES FRANÇAIS. 205

Qoi oherohe le danger y périra.

Sentence de TÉvangile qui nous aver- Ut que le plus sur moyen d'éviter le danger est de le fuir ; car l'imprudent qui s'y expose sans réflexion ou l'orgueilleux, qui le brave ne manquent jamais dV trouver leur perte. C'est au moment môme où l'on se croit le plus fort qu'on reconnaît son impuissance et sa faiblesse ; mais c'est presque toujours trop tard qu'on s'en aperçoit. C'est à propos du danger moral, qui est le vice, qu'on peut dire, surtout avec vérité, que « savoir le fuir est déjà une victoire. » Ajoutons que celte victoire est le fruit d'un cou* rage qui ne demeure jamais sans récompense.

Après la panse vient la dansé.

Ce dicton déjà vieux et tout à fait suranné dans sa forme, n'est plus guère pour nous qu'un souvenir historique; car on trouve rarement de nos jours l'occasion de le faire revivre. Nos aYeux,

306 LA FLECR

moins difficiles, moins recherchés que nous dans le choix et dans la nature de leurs plaisirs, avaient pour coutume, en sortant de table, de se mettre à danser tout simplement, sans aucun appareil et tout à fait sans cérémonie. Nous y met> tons maintenant plus de façons, et nous ne saurions plus danser que dans des bals en quelque sorte officiels et officiellement proclamés tels Au reste, la danse n'est plus guère à la mode aujourd'hui, la danse telle qu*on Tenlendait autrefois, et il n'y a plus guère que lés trèsjeunes gens des deux sexes qui sa- .chent encore préférer ce genre d'exercice aux douceurs de la bonne chère et et aux délicieuses émotions d'une table de jeu, sur laquelle les gens raisonnables, c'est-à-dire les gens qui se croient tels, vont offrir en holocauste leur gaîté et leur argent.'

te dé est jeté.

Traduction littérale d'un mot historique attribué à César, qui annonça par cet aphorisme, emprunté à la langue

des jeux de hasard, la résolution qu*il preuail de marcher conlre Rome ou plutôt contre le parti qui soutenait les vieilles maximes politiques qui avaient si fort contribué à la puissance et à la splendeur de cette république.

Ce dicton s'applique tout naturellement aujourd'hui à toutes les entreprises hasardeuses qui supposent dans Fhomme qui s'y engage plus d'ardeur que de raison , plus de passion, plus d'orgueil surtout que de conscience et de probité. Il est et il sera toujours la devise de tous les ambitieux qui ne craignent pas d'exposer leur pays à toutes les calamités pour satisfaire leur soif de pouvoir, et qui s'inquiètent par conséquent fort peu de jouer sur un coup de dé le présent et l'avenir d'une nation. 11 n*y pas bien longtemps que cette maxime a été lancée comme une espèce d'argument décisif au milieu d'une assemblée française qui ne pouvait ignorer aux dépens de qui se jouait la dangereuse partie à laquelle Torateur faisait allusion.

C'est on homme qui n'est Jamais ni dedans ni

dehors.

LocuUoD proYerbiale et familière qui caractérise très-eicactement certaines âmes faibles et indécises qui ne savent prendre parti ni pour le bien ni pour le mal, et qui cherchent en quelque sorte à se maintenir en équilibre entre ces deux extrémités. Les caractères de ce genre ne méritent guère d'estime et ne jouissent pas dans le nionde d'une grande considération ; mais on les ménage, parce qu'ils sont nombreux et que tous les partis peuvent conserver l'espoir de les faire venir à eux.

LMndécision atteste presque toujours un défaut de vigueur dans l'esprit^ quand elle n'est pas un calcul de Tégoïsme ou de la peur. Un philosophe chinois a dit avec beaucoup de justesse :

Trop réfléchir sur un dessein qu'on a formé produit

l'irrésolution; ne point y réHéchir assez

empêche de s'attacher à l'essentiel.

oeflanoe est mère de sflreté.

Axiome peu honorable pour l'espèce humaine, sans doute, mais dont Texpérience démontre tous les jours Texaclitude et Tulilité. Toutefois un homme sage n'use du conseil qui s'y trouve implicitement renfermé qu'avec une mesure et une réserve qui n'excluent ni la bienveillance qu'on doit à tous les hommes^ ni la juste confiance due à ses amis. Il suffît d'être très-prudent dans le choix de ses relations, de ne point former à la légère de liaisons intimes, pour ne risquer ni son repos ni sa sûreté, qu'une confiance aveugle et trop prompte ne manqueraient pas de compromettre.

H n'est peut-être pas tout à fait hors de propos d'indiquer ici brièvement la différence réelle de valeur et de Signification qui existe entre les mots de mé-fiance et de défiance que quelques personnes emploient indistinctement Fun pour l'autre. Si je ne me trompe, la méfiance est un défaut de caractère qui s'est fortifié par l'habitude : elle

rend inquiet et soupçonneux ; elle fait tout prendre en mauvaise part. La défiance, au contraire, est le fruit .de la réflexion ; elle fait seulement qu'on se tient sur ses gardes. La première est en quelque sorte permanente ; la seconde est purement accidentelle. Celle - ci fait rhomme prudent ; celle-là produit les caractères moroses, ombrageux, et par conséquent peu aimables.

Déjeuners de clercs, Dîners de Precnreurs, GoUations de conmièrés, Et soupers de iiarcliands.

Dicton d'un autre iemps, dont nous n'ayons aujourd'hui ni à vérifier ni \ discuter Texactitude. Il est probable qu'on le croyait vrai à l'époque où il a été créé. Nous n'avons point aujourd'hui de dicton analogue, parce que dans tous les états nous avons d'excellents mangeurs, des gourmands distingués, et que, cela étant, la nomenclature eût été trop longue et n'eût rien appris à personne. J'ajouterai qu'on

ne connaît plus guère ajourd'hui les Collations el les Soupers^ et que les exploits gastronomiques de nos amateurs de bonne chère se concentrent à peu près exclusivement sur le dîner.

Après moi le Déloge.

Maxime déplorable et pernicieuse que semblent avoir adoptée pour devise les débauchés, les libertins, les ambitieux, en un mot les esprits ardents et déréglés de tous les âges, de tous les genres^ de tous les ordres. Elle me semble, pour me servir d'une locution scientifique, Texpression la plus haute et en même temps la plus effrontément cynique d'un égoïsme implacable et pervers porté jusqu'à Texaltation. Il importe en eiTel très-peu à ces gens-là que le monde au milieu duquel ils existent périsse avec eux ou après eux ; leur unique pensée est de satisfaire leur passion, leur seul but de jouir, et ils ne sauraient s'occuper beaucoup de Tavenir des autres, quand ils se mettent si peu en peine de leur propre avenir.

Je rapprocherai ici de cette déplo-

rable maxime le mot de l'un des cory-^ phées de noire révolulion qui exprime, à mon avis, exactement la même idée.

On demandait à cet homme, peut-être plus passionné que foncièrement corrompu, à quels remèdes il aurait recours dans le cas où ses doctrines, au moins hasardées, conduiraient, lui, à l'impuissance d'arrêter le mal, et son pays à d'affreux et peut-être irréparables désastres. — « Il me restera bien le temps , répondit - il sans hésiter, il me Testera bien toujours le temps de me brûler la cervelle » C'était dire, en d'autres termes : Après moi le déluge.

Un proverbe grec analogue à celui-ci était la devise familière de Néron :

« Aprft moi , disait-ii, peu m'importe que le monde soit détruit par le feu. »

A demain les affaires.

Mot historique deyenu proverbe. H rappelle Télourderie et la négligeace d'Archias , tyra-n de Thèbes, qui remit, au lendemain d'une fêle splendide qu'il donnail, la lecture d'une lettre importante dans laquelle on. rinforihait, avec des détails précis, d'une conspiration tramée contre, lui, et que des précautions prises à temps eussent pu déjouer. Son insouciance lyi coûta la vie.

De ce fait on a tiré et l'on peut tirer une leçon utile que le proverbe nous remet en mémoire en rappelant les pa« rôles imprudentes prononcées par Ârchias.

Nous avons une autre maxime proverbiale qui donne le conseil d'une manière tout à fait directe :

Ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd'hui.

A sotte demande point de réponse.

Conseil fort sage , mais qui ii*est pas

2t4 LA FLEUR

loujours très-facile à suivre. En présence d'un supérieur, il est quelquefois impossible, sans manquer de respect, de garder le silence; en présence d'un sot, il faut presque du courage pour consentir à laisser sans réplique une foule de questions quiblessent à la fois le bon sens et les convenances. Se taire en pareille circonstance est un acte de sagesse dont très-peu d'Kommes sont capables.

Assez demande qui bien sert.

Maxime trop difficile à pratiquer pour devenir jamais un proverbe bien répandu. Elle a pris âans contredit sa source dans un grand cœur et un noble esprit, mais elle annonce aussi peut-être un peu trop de confiance dans la justice des hommes. Personne, ou du moins presque personne, ne croit plus aujourd'hui qu'il suffise d'être digne d'un emploi pour l'obtenir. On trouve beaucoup plus simple et beaucoup plus commode de le demander.

Il se trouve bien encore, par exception t quelques hommes de mérite qui

laissent à leurs vertus ou à leurs services le soiu de parler pour eux; mais il arrive d'ordinaire que celte voix inconnue n'est poiut écoutée, et que tes faveurs arrivent, comme de droit, aux ignorants et même aux sols, qui poS' sèdent, mieux que qui que ce soii, l'art de se faire valoir et de se rendre nécessaires.

A beau demandeur, beau refaseu.

Cet aphorisme recommande un art assez difficile, qui exige autant de bienveillance que de tact, et que possèdent par conséquent peu de personnes. 11 serait à désirer en effet que les gens en place sussent toujours refuser .avec politesse, avec une certaine apparence de regret au moins, les faveurs qu'on leur demande et qu'ils ne peuvent pas accorder. Ge serait là un moyen infaillible d'adoucir l'amerlume d'un refus et de conserver les bonnes grâces du solliciteur qu'on ne peut satisfaire. Je sais bien que certains moralistes révères donnent à cette manière de procéder le

uoiD à* eau bénite de cour; mais je ne vols pas, en vérité, ce qu'il peut y avoir de mal à être doux et poli, au lieu de se montrer, comme l'ont fait quelquefois certains sots parvenus, durs et malhonnêtes à tous venants. Il n'y a que des gens mal élevés qui ne sachent pas comprendre qu'on doit des égards à tout le monde.

Trois déménagements équivalent à an incendie.

L'expérience de tous les jours et de tout le monde justifie parfaitement ce dicton, vrai partout et plus vrai encore à Paris que partout ailleurs ; car à Paris, la vanité ne permet guère de mettre de vieux meubles tians un appartement fraîchement décoré.

11 existe pourtant, au sujet des déménagements, un autre proverbe qui semble contredire celui-ci, et qui a aussi sa vérité. On dit, avec quelque raison, que :

Od D'est jamais si riche que lorsqu'on déménage.

Quelques mots suffiront pour démon-

trer que ces deux assertions, eu apparence contradictoires, se concilient parfaitement. Au moment où l'on change de logement, on se trouve souvent posséder une foule d'objets de peu d'importance dont on ne sait trop que faire; c'est dans ce sens qu'on est trop riche; dans la même circonstance, ainsi que je l'ai dit plus haut, la vanité et la mode nous obligent à nous défaire de certains meubles qui pourraient encore nous être utiles, et nous imposent ainsi des dépenses qu'iivec un peu de raison nous nous fussions sans peine épargnées.

un démenti vaut an soufflet.

Aphorisme un peu dur qui a pris naissance dans ces temps de barbarie où chaque homme se constituait le juge de son honneur et se croyait le droit de se faire justice à lui-même par la force ou même par la violence. Le complément naturel de cette maxime si chère aux guerriers du moyen âge est cet autre aphorisme parallèle, qui en est comme la conséquence nécessaire :

218 LA FLEDR

Ud soufflet YBut UD coup (l'épée.

Ces deux maiçimes, que le temps ei de fréquentes applications ont rendu proverbiales, semblent n'avoir pas vieilli, et nos mœurs actuelles, nos préjugés, si Ton veut, leur reconnaissent encore aujourd'hui force de loi, malgré les efforts fréquemment répétés que la religion et la loi civile ont faits, à diverses époques, pour en faire disparaître ou même seulement en diminuer l'application. C'est à ces deux proverbes uniquement que se réduit en quelque sorte la théorie du Duel, que personne n'oserait défendre en principe, et qui semble pourtant imposer aux hommes du monde une espèce d'obligation dont les esprits mieux faits n'ont pas toujours eux-mêmes le courage de s'affranchir.

Il ne faat pas se déshabiller avant de se

oeaoher.

Dicton très-ancien qui, sous une forme emblématique, conseille aux parents de

DES PBOVEBBES FBA>'ÇA1S. 219

pe poiat distribuer, avant leur mort, toute leur fortune à leurs héritiers. De nombreux exemples n'ont que trop fréquemment démontré qu'on s'expose par cette générosité imprudente à ne faire que des ingrats et même à manquer du nécessaire. I^a raison n'interdit ni lessentimeïits affectueux, ni les libéralités qui en dérivent, mais elle a pour elfet de les régler et de les contenir dans de sages limites.

Une de nos meilleures comédies moiernes, les Deux gendres, deU. Etienne, est en quelque sorte fondée sur la pensée exprimée par ce proverbe, et a obtenu, vers 1 81 1 , un succès dont elle était digne à tous égards. Il est vrai que l'auteur fut accusé alors d'avoir pris sa comédie à un auteur obscur et oublié qui avait traité en vers le même sujet; mais il n'en resta pas moins parfaitement établi auprès des hommes impartiaux que, si M. Etienne avait fait quelques emprunts à son prédécesseur, il n'en était pas moins le véritable auteur de la, pièce; car lui seul avait traité lé s.ujet avec talent et de manière à rendre à la fois agréable et profitable la leçon qu'il présentait.

aarde-toi De désirer ti^nt ce que ta vois ; De croire toat ce que ta entends; De dire tout ce que ta sais; De faire toat ce qae ta peax.

Cette înscriplion, qu^oa Usait autrefois dans le réfectoire d'un ^couvent de franciscains à Lyon, réunit ensemble quatre conseils fort sages dont la pratique ne peut manquer de contribuera notre perfectionnement, par conséquent à notre bonheur.

Allez plutôt voas coa'cher sans sonper qae de voas lever avec des dettes.

Recommandation fort sage, qui nous ra pelle que nous devons nous imposer des privations pour nous débarrasser des dettes que nous avons contractées. Pour un honnête homme, les dettes sont le sujet d'une préoccupation perpétuelle, et il ne peut jouirdMin véritable repos que lorsqu'il a réussi à s'en. délivrer. Il y a dans le monde une foule de gens qui n'^ regardent pas de si près, et qui laissent

tous les soins de ce genre à la charge.de leurs créanciers.

Avoir la beauté du Diable. .

Locution proverbiale, assez singulière, par laquelle on désigne une jeune personne qui, sans être jolie, a au moins la fraîcheur que donne ordinairement la jeunesse, ie ne m'explique pas trop com> ment le diable peut ici servir de terme de comparaison, à. moins qu'on ne s'imagine que le diable a le privilège de se maintenir toujours frais et jeune, comme il le pouvait faire avant sa chute, ce qui ne me semble ni probable ni prouvé ; les peintres anciens et modernes du moins ne l'ont jamais cru^ car aucun d*eux n'a jamais manqué de représenter le diable comme un personnage hideux qui n'avait rien de séduisant, pas même le' fraîcheur. Il faut donc se contenter de de connaître le sens de ce proverbe, sans chercher à l'expliquer.

Le Diable bat sa femme.

Dicton vulgaire, en usage parmi le

peuple ignorant et dans les campagnes, lorsqu'on voit le soleil luire et la pluie tomber dans le même instant. Je ne me charge pas d'expliquer cette singulière locution, non plus que la suivante, qjui a tout à fait le même sens. Dans quelques parties de la France . les bonnes femmes disent, à Taspect dé ce phénomène, qui n'est pas rare dans la belle saison, que la sainte Fierge fait la lessive, » .

Qoand le Diable devient vieux il se fait

ermite.

Ce dicton, qui ne se prend jamais que dans un sens ironique, s'applique, non pas à tous les vieillards indislinclement, mais seulement a ces vieux libertins épuisés qui semblent revenir a des habilude3 plus sages, mais dont la conversion semble, aux yeux de ceux qui les ont connus autrefois, beaucoup moins l'effet d'une conviction sérieuse qu'un aveu lacile de leur épuisement et de leur impuissance.

On rapporte l'origine de ^e proverbe

à rhisloire de Robert le Diable^ duc de Normandie, qui, après avoir, dans sa jeunesse , scandalisé le inonde pair des désordres et des violences de .tQul genre^ rédifia, sur la fin de sa vie, par ses actes de piété et les austérités de sa pénitence. Nous avons encore un autre proverbe dans le même sens :

A la fia le reaard se fera moine.

Quand il dort le Diable le beroe. ^

Locution bizarre, mais expressive, qui s'applique parfaitement bien à ces hommes mobiles et ardents dont Tespritetlecorps sont dans une perpétuelle agitation et pour lesquels le sommeil même semble n'être pas tout à fait le repos, tant il faut peu de chose pour les réveiller. On dit encore des tempéraments de ce genre « qu'ils ne dorment que dun œil. »

Je ne voudrais pas affirmer que ce proverbe eût pris naissance dans notre pays, caron le trouve trT^s- anciennement en Allemagne , où on l'applique même tout spécialement aux Français.

Le Diable mourrait que Je a'hériterais pas de

ses oornes.

Exclamation bizarre, . comprise par toul le monde, et que Ton trouve fort bien placée dans ia bouche de certaines personnes à qui rien ne réussit et qui n'ont rien à espérer ni de personne, ni même des éventualités les plus extraordinaires et les mollis prévues.

Un pauvre diable de cette espèce, chez qui pourtant les revers n'avaient pu détruire complètement le goiU de la plaisanterie, disait, dans le même sens, d'une manière fort originale :

J'ai si peu de chance, que, si, par hasard, je me mettais à faire Tétat de chapelier, dès l'instaot même les hommes cesseraient d^avoir des tètes.

te Diable n'est pas tonjoars à la porte du. pauvre homme.

Le malheur n'est pas tellement persévérant qu'il ne laisse quelquefois un peu de répit à ceux même qu'il semble

poursuivre avec le plus d'acharnement.

C'est une raison pour ne pas s'abandonner au désespoir, et pour lutter avec courage contre un ennemi qui^ tout puissant qu^il est, n'est pas toujours invincible.

Tirer le ]>iable par la queue.

' On entend par celte locution proverbiale : en être réduit aux expédients pour subsister, et vivre, comme on dit, au jour le jour. Ce dicton, pourrait bien, si je ne me trompe, devoir son origine à la lutte burlesque du Diable et du Mitron qui figure encore, comme une des principales scènes, dans les représentations de la LaîUeme magique. Le diable qui figure dans cette scène est ce diable d'argent que tout le monde poursuit et que si peu de gens parviennent à atteindre et à retenir, même en le prenant par la queue.

cet bemme n'est pas si diable qu'il est noir.

11 ne faut pas toujours juger les gens sur l'apparence et particulièrement sur

la physionomie. 11 y a des gens qui valent beaucoup mieux que leur extéj^ieur ne semble l'annoncer et dont la sévérité apparente cache quelquefois beaucoup de douceur et de bienveillance. H est vrai que^ par compensation, une foule de gens sont beaucoup moins bons réellement qu'ils n'affectent de le paraître.

c'est le Diable qui prdelie la passion.

Manière expressive de faire entendre qu'il existe un certain nombre d'hommes qui excellent à recommander aux autres les vertus les plus difficiles, à prêcher la morale la plus pure, et dont la vie dément à tous égards l'apparente austérité. Ils n'inspirent donc pas plus de confiance à ceux qui les connaissent que le diable n'en inspirerait à un auditoire chrétien, s'il s'avisait de vouloir prêcher la passion. Les vertus personnelles du prédicateur donnent une grande autorité à ses paroles, et l'exemple est, comme on Ta dit, le meilleur et le plus éloquent de tous les sermons.

Porte fermée, le Diable s'en ya.

Un homme prudent, qui veille avec attention sur lui-même, ne laisse au vice aucune ouverture par laquelle il puisse pénétrer jusqu'à lui. C'est là ce qu*on entend par fermer la porte au diable, et nul conseil ne mérite mieux d'être suivi. Le dliable s'éloigne en effet d'une maison qui lui est constamment fermée; mais pour peu qu'on lui laisse mettre le pied dans le vestibule, il s'établit bientôt dans ^intérieur, et il devient bien difficile de Ten faire sortir.

La diète et l'eau.

Aphorisme médical, qui a passé dans la langue vulgaire, et qui renferme en quelque sorte, dans sa courte expression, tout un système, toute une doctrine médicale. H nous rappelle, il est vrai, les théories un peu absolues du docteur Sangrado, l'un des héros du roman de Gil Blas, el la doctrine non moins tranchante du docteur Broussais, l^uoe de

nos grandes célébrités hippocratiques.

Cette double prescription semblait être la base principale et essentielle de la pratique de ces deux Docteurs qui j joignaient en outre, comme un complément Indispensable, un fréquent usage de la saignée ou des sangsues. Mais il ne faut pas juger d'une chose bonne en elle-même par Tabus qu'on en a fait ou qu'on peut en faire.

11 est cer^in en effet qu'un régime intelligent et modéré qui prend sa source dans la tempérance et la sobriété peut avoir sur la santé une très-puissante influence ; car si ce régime ne sufiif pas pour guérir toutes les maladies , il peut au moins avoir, il a souvent pour effet de les préveuir.

Les Anglais disent d'une manière encore plus précise :

La diète guérit mieux que la laocette.

Ils ont encore, \ ce sujet, un très-agréable dicton qui n'est que la traduction d'une prescription de l'école de Salerne ; ils disent :

Les (rois meilleurs médecins du moade sont : le

docteur Diet, le docteur Tranquille^ le

docteur la Joie.

Ce qui n'esl que l'imitalion des deux vers suivants :

Si tibt déficient medici, medici tibi fiant

Hœc tria : Uens lœta, Rei|uies, moderata Diaeta.

A qui Dieu aide nul ne peut noire.

Cela esl incontestable ; mais pour que Dieu nous aide, il faut nous aider nousmêmes. C'est le seul moyen que nous ayons de nous rendre dignes d'une protection qui ne saurait nous manquer, quand elle est demandée avec la pureté de cœur et la volonté nécessaires pour rendre la prière efficace.

A qvi ]>lea a pins donné, pins est à Bien obligé.

Maxime importante, qui rappelle une vérité que devraient avoir toujours présente à l'esprit et à la conscience les hommes que, dans le secret de sa justice,

la Providence a favorisé plus que tous leurs semblables, sous le rapport de la situation sociale, de l'intelligence et de la fortune. Ces trois avantages,- de nature diverse, imposent a celui qui s*en trouve pourvu des obligations relatives dont il ne peut s'affranchir sans manquer à la fois à ses devoirs envers Dieu, envers lui-même «t envers les autres hommes. « Il sera plus demandé, dit l'Ecriture» à celui qui a plus reçu. »

On ne peut être Dieu et Diable.

11 est impossible de réunir ou de concilier dans une même âme des vertus et des vices qui se combattent et s'excluent réciproquement. Cet aphorisme n'est en quelque sorte que la traduction vulgaire d'une sentence de l'Evangile:

Nul De j^eut servir deux maîtres à la fois, Dieu et le Uoode.

ce qne Dieu garde est bien gardé.

Cette vérité incontestable ne dispense

persQone de veiller sur lui-même et sur ce qui lui appartient, car il est difficile^ pour ne pas dire impossible, de connaître exactement quelles sont les choses ou les personnes sur lesquelles Dieu veut bien veiller de préférence. Le véritable sens de cet aphorisme est, qu'il faut se conduire de manière à mériter constamment la protection de celui-là seul qui peut nous protéger d'une manière efficace.

Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses

saints.

Proverbe dont tout le monde connaît la signification, et qui ne s'emploie guère que dans son sens figuré et dans son application aux choses de ce monde; c'est un de ceux qu'on répète le plus souvent , ce qui n'empêche pas qu'en général les favoris d'un homme en place n'aient en quelque sorte plus de courtisans que leur patron. N'en serait-il pas ainsi parce qu'il est moins difficile d'arriver jusqu'à eux, et qu'on les croit de meilleure composition ou plus accessibles que leur maître à tous

les genres de' flallerie et de séduction , aussi loin que peuvent s'étendre ces deux lermes susceptibles de tant d'interprétations.

Quand Dieu quelqu'un veut oh&tier, De bon sens le fait varier.

Maxime qui n'est que la traduction affaiblie d'une' sentence latine qui dit exactement la même chose :

Quos valt perdere Jupiter dementat»

Et qui rappelle aussi ces deux vers d'un de nos grands poëtes :

Cet esprit de Tertig^e et d*erreur, De la chute des rois funeste avant-coureur.

C'est là, il faut bien le dire, une règle presque infaillible pour juger non-seulement les hommes pris isolément, mais les sociétés et les nations elles-mêmes. Soyez bien convaincu qu'un peuple chez lequel de grandes erreurs morales deviennent populaires est un peuple que Dieu

veut châtier, ou du moins soumettre à dures et salutaires épreuves, selon le sens de cet autre dicton qui place au moins l'espérance à cdié de la menace :

Qui aime bien châtie bien.

ce qui est différé n'est pas perdu.

Quoi qu'on en puisse dire, cela n'est vrai que très-rarement ; car il y une multitude de choses que Ton ne peut plus faire quand elles ne sont pas faites en leur temps. Le plus sûr et le mieux est donc de ne jamais remettre au lendemain ce qu'on peut ou qu'on doit faire le jour même.

Ce dicton est quelquefois entendu dans le sens d'une menace.

Qui vent vivre sain dîne peu et soape encore

moins.

Prescription diététique très-salutaire et que confirme le mot connu d'un célèbre médecin : « On ne m'est jamais venu, disait-il, réveiller la nuit pour

234 LA FLBDR

un homme qui n'avait pas soupe,» Les Espagnols disent, dans le même sens, que

Celui qui vole le souper d'un vieillard lui rend un véritable service.

Lever à cinq , diner à neuf, •

Souper à cinq , oonoher à neuf, Font vivre d'ans nonante-nenf.

Dicton très-ancien qui nous fait connaître les habitudes de nos pères, ou du moins les conseils qu'ils recevaient des médecins de leur époque. Ces conseils ne seraient guère écoulés aujourd'hui où Ton n'aime ni à se lever ni à se coucher, encore moins à manger de trop bonne heure.

Un proverbe américain recommande également comme très-salutaire la coutume de se coucher de bonne heure et de se lever de grand matin :

Se coucher de bonne heure et se lever matin sont les

deux meilleurs moyens de conserver sa santés

sa fortune et son jugement.

Si cela était rigoureusement vrai par-

tout^ il y a bien .des gens parmi nous qui ne devraient avoir ni beaucoup de santé, ni beaucoup de fortune, ni beaucoup de jugement.

Petit dîner lonçnemeiit attendu

l'est pas donné, mais chèrement vendu.

On a dit la même chose d'un bienfait, et en termes identiques. C'est que, quand on veut obliger les autres d^une manière quelcon(|ue, la promptitude est un genre de mérite qui passe en quelque sorte avant tout. L'auleur de la Physiologie du goût, M. Brilla t-Savarin, a dit fort heureusement :

Retarder un dîner pour un convive qui se fait attendre, c'est désobliger toutes les personnes présentes pour en obliger une seule.

Bien dire fait rire, bien faire fait taire.

Dicton fort ancien, plein de sens et de justesse. 11 ne suffit pas, en effet, pour se faire estimer et pour être honnête homme, d'avoir constamment 2i la bouche

de belles maximes de morale et de probité; il faut vivre d'une manière conforme à ces maximes ; autrement, on s'expose, non pas seulement à faire rire, mais ce qui est bien pis, à se faire mépriser. Le mieux, en général, est de parler le moins possible et de laisser à ses actions' le soin de parler pour soi. Car, comme ledit un autre proverbe :

Les plus grands diseurs ne sont'pas toujours les plus plus grands faiseurs.

je ne voudrais pourtant pas que Ton conclût de ces observations que Tari de bien dire n'a pas aussi son mérite et sa valeur, lorsqu'il n'est pas employécomme un instrument de dommage ou de corruption. Les anciens avaient un emblème qu'il doit être permis à un Français de rappeler; ils représentaient VHercule gaulois traînant à sa suite une foule de personnages réunis et attachés à une chaîne qui partait de sa bouche ; ils voulaient indiquer ainsi la puissance que peut exercer l'éloquence unie à la force. Peu d'hommes, en effet, savent

DES PROTEBBES FRANÇAIS. 237

résiler à cette double influence On me

pardonnera aussi, j'espère, de donner

Cl une anecdote que j'ai lue dan« .m

journal anglais, et Vi' ne laisse pas%u^

DOu?'r. ^" ''^"' ^'^^^^ ^« irès-flall'eur léoD. ^"'"^ ^*^ l'empereur Napo-

Pn^ft^'l*^^*^''- commandant de Plîmouth, dnii H * ^"'"«'"entoù Napoléon fut con-

Ip vLu °^ ""^ P''''^' ^^^^^ «" occasion de le voir plusieurs fois, et eut bienlôt reconnu en lui une puissance de parole et uncftarmede langage auxquels il était presque impossible de résister. C'est ce que lord Keith eut bienWt l'occasion •Cl exprimer d'une manière très-précise et très-énergique. On sait que TiNustre prisonnier avait plus d'une fois réclamé la faveur d'une entrevue avec le prince Régent d'Angleterre, depuis Georges IV. — « Gardez-vous-en bien; s'écria vivement lord Keith , gardez-vous-en bien ; le prince de Galles n'aurait pas passé une demi- heure avec Napoléon, qu'il n'y aurait pas deux hommes qui fussent ensemble meilleurs amis dans tout la royaume. »

Pense oe que ta veux, dis oe que tu dois.

Conseil de prudence qui répond exactemenl à cet autre proverbe :

Toute vérité n'est pas bonne à dire.

Un tiomme d'tionpeur pense tout ce qu'il dit; mais il sait se taire à propos. 11 n'y a qu'un sot qui puisse se croire obligé de dire et qui dise tout ce qu'il pense.

Disorétion de boaolie vaat beaacoiip et coûte

pen.

La première partie de ce proverbe ne saurait être contestée ; il n'en est peutêtre pas tout à fait ainsi de la seconde. Savoir se taire est certainement une science de haut prix, mais je ne saurais croire qu'il en coûtât si peu qu'on veut bien le dire pour gouverner sa langue et en régler tous les mouvements d'une manière conforme aux prescriptions de la prudence et de la raison. Car, s'il en était ainsi, nous aurions, dans le monde, infi-

• niment moins de bavards qui nous étourdissent, et nous entendrions aussi beaucoup moins de sottises que nous ne sommes obligés d'en entendre tous les jours.

ce n'est pas toat Évangile ce qne Ton dit par la ville.

Mous dbons encore dans le même sens :

On dit est ud sot.

Ouï dire va par ville, et en un muid de cuider (de conjectures) n'a pas plein poing de savoir.

Tout le monde reconnaît l'exactitude de ces dictons, et personne n'ignore qu'il faut se défier de la commune renommée ; cela n'émpèche pas qu'en mille occasions on n'accepte, sans examen, les mensonges qui courent la ville, surtout quand ils satisfont le penchant naturel que nous avons à penser un peu de mal du prochain.

Diversité, c'est ma devise.

/ Vers de la Fontaine, devenu proverbe

en naissant, parce qu'il exprime un sentimenl universel. On se lasse de tout, même des meilleures choses, ce qui fait qu'il n'y a que la variété qui puisse donner de Taltrait à nos plaisirs. Heureux ceux qui savent arriver à ce résultat, non pas en variant à l'infini des jouissances auxquelles l'âme et l'esprit n'ont aucune part, mais en sachant habilement faire alterner leurs travaux et leurs délassements. Il n'y a pas de remède plus sûr que celui-là contre le dégoût, l'ennui ou la fatigue.

Un autre vers connu dit à peu près, la même chose en d'autres termes :

L'ennui naquit un jour de l'uniformité.

Belle doctrine prend en lai qui par antrnl se

ohfttie.

« Heureux, a dit un ancien, ceux que les malheurs d'autrui éclairent sur leurs propres périls ! » C'est la même pensée sous une autre forme, et c'est là ce qui constitue la véritable sagesse. Car à quoi servirait l'expérience si elle ne nous

éclairait pas sur nos propres intéréls, en nous habituant à réfléchir sur ce qui se passe autour de nous, et à nous rendre ainsi et meilleurs et plus prudents. C'est là ce que font tous les esprits éclairés ; mais les sots, c'est-à-dire, le plus grand nombre, ne sayent acquérir d'expérience, qu'à leurs propres dépens. Encore souvent une première faute ne les empêche t-elle pas toujours d'en faire beaucoup d'autres.

Fais ee que dois, arrive qae pourra.

Maxime du vieux temps, dont j'ai respecté sciemment le langage un peu suranné, par le même sentiment qui fait qu'on se garderait bien de faire disparaître le vert antique d'une médaille ou la teinte un peu grise d'une église gothique ou d'une statue de Phidias. C'était la devise des anciens chevaliers ; c'est encore aujourd'hui la devise de tous ceux qui mettent les lois de la religion et de l'honneur, le cri de la conscience et du dev(>ir, au-dessus de toutes les considérations purement humaines.

it

Donner et retenir ne vaat.

Axiome de droit qui a passé naturellement dans le langage commun parce qu'il exprime une vérité évidente qui s'applique à tout et particulièrement à une foule de gens qui, tout en voulant s'assurer un certain renom de libéralité, ne seraient pas fâchés de retenir d'une main ce qu'ils donnent de l'autre.

Qni donne vite donne deux fois.

Aphorisme traduit littéralement du latin : Bis dot qui cita dat. Un poète grec, Hésiode, a dit dans le même sens que :

La célérité double le prix d'un service rendu.

L'empressement à rendre service semble en effet doubler le mérite d'un bienfait. Nous avons un dicton rimé qui exprime d'une autre manière la même idée :

Petit présent trop attendu

N'est point donné, mais bien vendu.

Ce n'est pas, au reste, une si petite af-

faire que de savoir faire le bien parfaitement ; il faut, pour cela, une délicatesse exquise de sentiments et de procédés , et oe pas oublier surtout que l'aumône n'est pas toujours l'équivalent de la charité.

Un poète a donc pu dire sans trop d'exagération et avec une certaine apparence de vérité :

La façon de donner vaut mieux que ce qu^on donne. Qui dort dîne.

Plaisanterie fort innocente, que personne ne prend certainement au sérieux, et qui s'applique très-bien aux paresseux qui laissent passer en dormant l'heure du repas.

Plus fait donoenr que vielenoe.

Expression très-simple,d'une vérité que tout le monde sent, mais que les sots et les méchants ne savent guère mettre en pratique. Ce petit vers de La Fontaine est en quelque sorte l'élégante traduction de cet ancien proverbe, tout aussi vrai^ mais autrement exprimé*.

Oo ne prend pas les mouches avec du TÎnaigre.

Dans le doate abstlens-tol.

Maxime fort sage,' dont la première expression appartient , dit-on , à Zoroastre, et qui depuis a été la devise, non-seulement de tous les philosophes, mais encore des hommes sensés de tous les temps. Savoir douter peut être, en mille circonstances, un acle de raison et de justice, mais la raison nous demande aussi de nous maintenir à cet égard dans de justes limites et de ne pas étendre cette indécision apparente de notre jugement jusqu*aux grandes vérités qui forment les hases de la morale publique et privée, et qui, à ce titre, doivent être respectées comme la sauvegarde des individus et des nations.

C'est donc sous cette réserve que je rappellerai ici un proverbe espagnol qui répond à peu près au nôtre :

De las cosas mas seguras La mas segura es dudar.

Aax choses les plus sûres, le plus sûr est eocore de

douter.

DES PBOYESSeS rSASÇAtf. t4S

Tlenx vnptam.

Ce dicton esl bien ancien, et poortast il a conservé, de nos jours, je ne dis pas seulement sa justesse, mais toute la fraîcheur, toute la fleur de la nouveauté. Leculte du drapeau est encore chez nous une religion pleine de vie qui semble devoir tenir la place de toutes les autres et leur survivre; plut à Dieu qu'il pût aussi contribuer à nous les rendre!

Porter de Veau à la rivière.

Locution proverbiale qui caractérise très-bien les soins tout a fait superflus que se donnent certaines gens pour offrir leurs secours à qui n'en a nul besoin. Ce dicton se retrouve dans toutes les langues, et trouve son application dans une foule de circonstances. Ainsi un écrivain médiocre qui ose aborder une question sérieuse qui a été traitée et résolue par un homme de génie, un orateur politique qui, dans une grande assemblée, se croit en quelque sorte obligé de défendre ^ sa

manière une opinion déjà établie , sont des hommes qui ne font autre chose que porter de Veau à la rivière. Ces hommeslà sont très-communs, et, de plus, fort à charge à ceux qui sont forcés de les écouter.

t)n applique encore très-bien cette locution aux gens qui regardent presque comme un devoir d'offrir des conseils qu'on ne leur demande pas et qui s'adressent à des gens de qui ils devraient en prendre eux-mêmes.

Mettre de Feaii dai^s son vin.

Expression familière qui se prend ordinairement dans un sens ironique et qui s'applique à ces Rodomonts de profession qui parient bien haut quand ils se croient les plus forts, et qui se hâtent de baisser le ton aussitôt qu'ils trouvent un adversaire qui les méprise et leur fait voir qu'il ne les craint pas. La jnétaphorc qui forme la base de ce proverbe est fort aisée à saisir.

]>éfl«s-voiis de l'eau qui dort.

On dit aussi, plus énergiquement :

• Il n'est pire eau qae l'eau qui dort.

Les Basques ont un proverbe analogue t

En ruisseau lent et coi Ne mets ni main ni doigt.

Je rappellerai enfin une maxime familière aux Espagnols :

Fuis pour un temps l'homme colère, et pour toujours Thomme couvert.

Tout le monde connaît le sens et la portée de ce proverbe, qui prouve que, dans tous les temps et dans tous les pay^, un homme habituellement froid et taciturne semble beaucoup plus redoutable qu'un homme fougueux et emporté. On ne saurait nier qu'il n'en soit ainsi la plupart du temps. Toutefois il ne faudrait pas conclure absolument de cette observation que tous les esprits violents sont

au fond d'excellents cœurs, et que tous les hommes calmes et modérés sont dépourvus de bienveillance et de sensibilité. Ces deux conclusions seraient également fausses comme toutes les opinions extrêmes. J'ai'connu plus d'un méchant homme dont la violence n'était compensée par aucune bonne qualité, de même que j'ai vu des hommes très-calmes, et Insensibles en apparence, se laisser facilement émouvoir au récit des infortunes d'autrui, et, ce qui valait mieux encore, s'empresser de les soulager. Ceci me conduit à inter* prêter le proverbe d'une manière trèsprécise, propre à prévenir loule erreur. 11 se réduit à signifier exactement que le fracas d'un torrent avertit du danger, tandis que le calme d'une rivière pro> fpnde pourrait être nuisible aux imprudents.

Donner de l'ean bénite de oom.

Locution proverbiale d'un autre temps, et qui, quoique en usage encore et parfaitementcomprise aujourd'hui, ne trouve plus guère son application dans nos

mœurs actuelles. Elle rappelle la politesse de bon goât, familière aux gens de cour d'autrefois, qui se piquaient au moins de recevoir les solliciteurs avec bienveillance, s'ils leur donnaient quelquefois des espérances qu'ils n'avaient pas l'intention de réaliser. C'était aussi une manière d'adoucir ce qu'un refus a toujours de pénible. Les anciens appelaienl cela vendre de la fumée.

On ne sait plus guère cbez nous donner ce qu'on appelait jadis de Veau bénite de cour; ce n'est pas que les puissants du joursoienl plus exacts ou plus empressés à tenir les promesses que leur arrache i'importunité des solliciteurs ; c'est tout simplement parce qu'ils sont assez mal élevés, et qu'ils ne se croient nullement obligés d'être polis.

U faut bien se garder de mettre le doigt entre l'arbre et récorce.

Ce serait en effet le moyen infaillible de se le faire écraser. Ce conseil s'adresse aux gens qui aiment à se mêler de tout, mais beaucoup moins de leurs propres

aflTaires que de celles d*aulrui ; il s'applique d'une manière plus spéciale encore aux imprudents qui veulent maladroitement intervenir dans les querelles de ménage, et qui n*y gagnent que de se rendre également odieux et désagréables aux deux parties. Molière a très-heureusement mis ce proverbe en action dans une des scènes du Médecin malgré lui,

ABses écorobe qui le pied tient.

L'homme qui participe à une mauvaise action et qui prête son concours à un crime n'est pas moins coupable que l'auteur principal du crime, qui n'eût pu f>eut-étre sans celte coopération mettre à exécution ses détestables projets.

Les paroles passent, les écrits restent.

Traduction littérale de l'axiome de d^oit« verba volant, scripta manent, qui nous avertit qu'en matière d'intérêts et dans toute affaire sérieuse et importante, les paroles sont tout à fait insuffisantes pour garantir la probité des

hommes et leur fidélilé a tenir leurs engagements. Un autre proverbe, d'un caractère un peu plus trivial, dit la même chose en d'autres termes :

Les écrits soDt des mâles, les paroles sont des ' femelles.

A part toute défiance, la prudence la plus vulgaire veut que Ton prenne des précautions pour Ta venir, en cas d'événement imprévu, car, comme le dit un autre proverbe :

On ne sait ni qui meurt, ni qui vif.

Le premier éon est plas diffloile à gagner qae le leoond million.

Aphorisme très-expressif et très-vrai, qui semble paradoxal à la première vue, mais que la réflexion confirme pleinement. On en a attribué l'énoncé à J.-J. Rousseau ; s'il était vrai que cet illustre écrivain fût le premier qui lui eût donné cette forme très-heureuse, il n'aurait fait que traduire dans sa langue concise et

352 LA FLEtJR

énergique un proverbe déjà ancien que je trouve dans un recueil de proverbes français et flamands publié à Anvers en 1568 :

On a plus de peine d'amasser cent ducats que, après cent, en avoir mille.

Pour l'homme intelligent et laborieux, né avec une vocation spéciale pour le commerce ou pour l'industrie, le plus difficile n'est pasde faire valoir un capital, mais de trouver un capital à faire valoir.

Qui s'attend à Vécaelle d'aatmi dine soavent

par oœnr.

C'est une bien dure nécessité que de dépendre, pour vivre, de la bienveillance et de la charité d'aulrui. L'homme de cœur, qui veut ne dépendre que de luimême, demande au travail et à l'économie des ressources assurées qu'il rougirait de devoir à l'aumône et que souvent même on sollicite en vain. Quant à ceux que leur âge, leur faiblesse ou leurs infirmités rendent incapables de se suffire

DES PROYERBES FRANÇAIS. 253

à eux-mêmes, c'est à la charité qu'il appartient de consoler, d'adoucir leurs infortunes, et de faire mentir le proverbe, en leur épargnant la peine et l'humiliation de demander.

U n'est pins temps de fermer réevie quand les ohevanx ont été pris.

U y a une foule de gens qui ne peuvent entendre ce proverbe sans rire, et sans le croire au moins inutile, et qui ne se doutent pas le moins du monde que plus d'une fois en leur vie ils onl mérité qu'on leur en fît l'application. Que d'hommes en effet ne sont sages qu'après l'événement, et ne pensent à prendre quelques précautions contre un malheur possible que lorsque ce malheur les a frappésl .

Près de l'Église et loin de Dlen.

Ce ne sont pas toujours les hommes les plus dévols en pratique et en apparence qui sont les meilleurs et les plus fidèles chréliens. Aussi ne faut-il pas se laisser prendre trop vite d'une confiance

aveugle pour un extérieur de piété qui pourrait n'être qu'un masque d'un effet plus suret plus séduisant que tout autre. Les Vénitiens ont, pour exprimer une idée analogue, un proverbe grossier»

presque cynique, mais qui peint avçc une heureuse énergie ces hommes dangereux qui savent cacher sous des apparences perfides de douceur et de piété, toute la perversité d'un cœur profondément corrompu et, exploiter ainsi les choses saintes au profit de leurs intérêts et de leurs passions :

Magna saoti, disent-ils, e caga diavo.lt.

Tout le monde comprendra, sans trop de peine, ce dicton qu'en vérité je n'oserais pas mettre en français.

Il ne faudrait pas toutefois conclure de ce qui vient d'être dit, que les Tartuffes de religion soient bien communs de nos jours. On se tromperait fort; les Tartuffes sont plus habiles qu'on ne le croit; ils n'exploitentà leur profit que les vertus qui rapportent, et de nos jours, il faut l'avouer, l'hypocrisie religieuse ne serait

pas d'un grand produit. Heureusement pour les adeptes, il leur reste la politique, et le champ est assez vaste pour leur permettre d'exercer en grand et fructueusement leur savante industrie.

Qui trop embrasse mal étreint.

La force physique de l'homme et son intelligence ont des limites qu'il ne peut franchir sans inconvénient. La main la plus large ne peut tout saisir ; l'esprit le plus vigoureux ne peut tout retenir. On s'expose à tout perdre en voulant trop prendre ; on court le risque de ne rien savoir en voulant tout connaître.

Ce sont là des vérités élémentaires, mais qu'on ne saurait trop rappeler aux hommes, car la plupart de ceux que nous voyons tous les jours semblent les avoir complètement oubliées.

Selon les gens l'enoens.

On règle en général ses prévenances et ses politesses bien moins sur le mérite réel des gens avec lesquels on se trouve

en relation que sur leur position sociale et principalement sur leur fortune. On ne se croit pas tenu à de grands ménagements, à des égards bien marqués pour les gens desquels on n'a rien à attendre ni à espérer.

Ce dicton, au reste, s'emploie habituellement d'une manière ironique, et pour justifier, en quelque sorte, le peu de respect que l'on témoigne à un personnage qui en effet n'en semble pas digne.

On peut donc, comme on voit, Tinierpréler de deux manières , et il est parfaite;nent vrai sous son double point de vue et dans sa double application.

Il fant être enclume on martean.

On dit encore, dans un sens analogue :

Il vaut mieux être marteau qu^eoclumc.

Être placé entre l'enclume et le marteau.

Ces trois locutions, de forme b peu près identique et qui prennent leur source dans la même idée, feraient supposer que le monde n*est composé que de mar-

'^««a; et dVnr/„„ ^ • '^^

^•en ««-«anfeée, d^M ^n"*"* "nesociété f»se^ fort pou; ««il", «•""«•'nement tyrans ni «clave» îi^V***' " »> a oi '^ '01. dont rw h^j' »> « d'absolu «„"

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• """vent même quelque chose de pis

258 LA FLBCR

11 vaut mieux laisser son enfant morvenz que de loi arraeber le nez.

U faut savoir tolérer dans les choses et chez les personnes de légères imperfections, et ne pas s'exposera leur nuire en voulant les rendre trop parfaites.

Avis aux pères et aux hommes charj^és de i'éducatioji de la jeunesse, qui ignoreraient que ce n'est qu'avec le temps et la patience qu'on amendes enfants à la connaissance et à la pratique de ce qui est bien, et non avec des violences, dont l'effet ordinaire est de les aigrir et de leur faire prendre en dégoût ce qu'ils auraient pu faire sans répugnance et même avec plaisir. C'est en ce cas, ainsi que le dit un autre proverbe, que :

Le remède est pire que ie mal.

Je connais une sfrlequinade de l'ancienne comédie italienne qui, la part faite à l'exagération , peut servir de commentaire à notre proverbe :

Un homme très -gros se plaint avec

amertume des inconvénients continuels de sa monstrueuse corpulence. Arlequin lui propose un moyen infaillible de l'en débarrasser; l'autre se hâle d'accepter en demandant toutefois quel est ce remède si sûr. — « J*ai, lui répond Arlequin, une presse d'une telle force, qu'en vous soumettant à son action, je puis garantir de faire complètement disparaître Tembonpoint qui vous cause tant de gène. — Sans doute, mais j'en mourrai. — Cela se peut, mais je vous le promets, vous deviendrez aussi mince qu'une feuille de papier.

A père avare enfant prodigue.

Gela est vrai pour l'ordinaire. Un père égoïste et avare soumet ses enfants à de telles exigences et à une gène si étroite^ qu'ils ont bâte de s'en affranchir, et que, devenus maîtres de leur bien, ils le dissipent presque toujours avec une*ardeur et une prodigalité qui ne gardent non plus de mesure que n'en gardait, en sens contraire, la sordide lésinerie de leur père. C'est ainsi que « les extrêmes se touchent, et qu'xi/i excès en engendre

2C0 LA FLKOR

101 autre ; » deux proverbes que l'expérience confirme tous les jours par des applicalions de tout genre.

J'ai connu pourtant, et bien d'autres que moi ont connu un millionnaire d'an rang fort élevé qui avait trouvé le moyen de faire menljr ce proverbe ; car il se montra toute sa vie dix fois plus avare que son père, qui avait joui longtemps de la réputation d'être i*homme le plus avare de France.

Les enfants sont oe qn'on les fait.

Cela n'est pas douteux : il faut seulement savoir faire dès enfants ce qu'on veut qu'ils soient ; mais cette habileté n'est pas très-commune, et il y a très-peu de gens qui possèdent réellement le talent d'élever la jeunesse. C'est que la plupart se con)entent de lui dicter de belles maximes de prudence, de morale, de sagesse, et semblent ne pas se douter que l'exemple est la meilleure et la plus efficace de toutes les leçons. 11 est vrai que la première manière est la plus facile et la plus commode.

Le premier venn engrène.

Les Italiens ont exactement le même proverbe, que je cite pour indiquer le sens du nôtre et la véritable signification du mot engrène :

Oui arrive au moalin le premier, moud sou grain le

premier.

Nous disons la même chose d'une manière encore plus simple :

Le premier arrivé est le premier servi.

fi tu veux te venger de ton ennemi, gonTeme-

toi bien.

La plus noble vengeance en effet qu'un liomme de cœur puisse tirer de son ennemi, c'est de se gouverner de manière à s'en faire estimer ou du moins à le faire mentir. Cette maxime salutaire en dit à elle seule presque autant que l'excellent traitécomposé par Plutarque, iurV utilité que nous cuvons tirer de nos ennemis , ce qui pourtant ne rend pas inutile ce

morceau qui mérite à tous égards d'être lu.

Zonenii ne s'endort.

Aphorisme que la prudence recommande d'avoir sans cesse présent à la pensée. Mortels de tous les âges et de tous les rangs, hommes ou femmes , enfants ou vieillards, peuples ou rois, familles ou gouvernements, nous avons tous à combattre, à surveiller du moins, selon nos situations respectives, une foule d'ennemis de tout genre, extérieurs et intérieurs, dont la haine ne s'endort, dont l'activité ne se relâche jamais , et qui sont toujours prêts à nous surprendre, si nous cessons un seul instant d'être sur nos gardes.

Veillons donc attentivement sur nos ennemis extérieurs et intérieurs; veillons surtout sur ceux de ces ennemis qui vivent en nous, je veux dire , sur nos vices, car ce sont eux presque toujours qui ouvrent la porte aux ennemis du dehors et nous livrent à eux sans force pour leur résister, et sans énergie pour les . combattre.

Bnvto est tonjMirs en vie.

Jeu de mois qui constate un fait malheureusement trop vrai et que Molière a fait entrer, en le modifiant, dans un vers de son Tartuffe :

Les eovieuz mourront, mais noo jamais l'Eovie.

Un poêle grec de r Anthologie a dit assez heureusement « que Tenvie, tout odieuse qu'elle est, a au moins cela de bon qu'elle fait elle-même le supplice de celui qui réprouve. »

U vaut mieux faire envie que pitié.

Personne ne contestera la justesse de cet axiome d*un usage général ; mais il n'en demeure pas moins vrai qu'un homme d^un grand cœur et d'un esprit élevé , inaccessible à l'orgueil , met souvent autant de soin à dissimuler ses avantages et sa prospérité, que d'autres peuvent en mettre à faire connaître leurs infortunes. La y raie sagesse consiste aussi

'bien à ne point faire étalage de son bonheur devant les malheureux, qu'à savoir courageusement s*abslenir de fatiguer les autres du récit de ses douleurs et de ses lamentations même les mieux fondées.

Un homme d'un grand sens, sir Henri Sidnej, disait un jour à Tun de ses amis, dont le caractère morose et l'imagination malade le portaient à se plaindre de tout et de tout le monde: « Apprenez de moi cette maxime , mon cher ami ; un homme faible se plaint des autres ; un malheureux se plaint de lui-même; un homme sage ne se plaint ni des autres, ni de luL »

A vaillant homme courte épée.

Un hommebrave est toujours moins difficile qu'un poltron sur le choix de ses armes, par la même raison qu'il est rare qu'un bon ouvrier ne trouve pas moyen de tirer parti des outils les moins parfaits.

Bonne épée, point querelleur.

Un homme d'une bravoure éprouvée

DES PSOYDttES FBASÇAlS. 36&

peut se dispoKerde faire parade de son courage, et la conscieiice de sa sapériorilé le rend à la fois bien^eilla^nl et nodé* ré. Lesfaofaronsdetoul genre sont ao contraire naturellement disposés à chercher querelle à tout le monde, parce qu'un certain instinct, qui ne les trompe pas, leur dit que personne ne croit à une valeur qui ne s'est jamais montrée que dans leurs discours. Plus un homme a de mérite, moins il a besoin de se vanter; c'estcequi fait que tant d'hommes éprouvent le besoin de parier d'eux.

11 a de t'esprit Mwne m Biabte.

Locution familière, au moyen de laquelle on caractérise ordinairement les hommes assez rares, chez lesquels se trouvent réunie^ dans un degré éminent , une puissante rapidité de conception, une grande richesse d'imagination , une brillante facilité d'éloculion, qui donnent un certain éclat à rexpression de leur pensée. On admet donc ainsi, assez explicitement, que le Diable possède ces précieuses facultés, et qu'il peut être considéré comme

le type» comme Tidéal de ce qu*on est convenu, dans le monde, d'appeler, par excellence, de V esprit.

On cite en effet du Diable, tant de traits d'adresse et d'habileté , on répète depuis si longtemps que le Diable est bien fin, qu'il paraîtrait tout à fait paradoxal et probablement trop hardi de nier que ce Diable ait réellement beaucoup d'esprit; mais de cette concession, eo quelque sorte obligée, à reconnaître que le Diable doit être considéré comme le véritable type de l'esprit, il y a loin encore, et je ne suis nullement disposé à admettre cette seconde proposition.

Ce qui me confirme dans mon opinion ^ cet égard, c'est que j'ai remarqué que presque tout le monde se trouve avoir assez d'esprit pour être méchant, tandis qu'il n'y a qu'un très-petit nombre de gens qui en aient sufiisamment pour être bons, c'est-à-dire, pour se montrer constamment maîtres de leurs pensées, de leurs passions , de leurs paroles, lors que ces pensées, ces passions, ces paroles peuvent être nuisibles ou seulement même désagréables à autrui. L'es*

tus raovnns- riAHçtu. M?

prit donl te DûUe (crail leljpe ne «erail dODc pas le bon espril. cdal qu'un cceiir hopnMe préfère à lous le» attires, et qui, qnelquefais moins brilianl que son rival, éclaire $aBS éblouir et réchauffé

pliquée un autre proverbe bien plus vrai et hleo plus beureus, qui peut èlre accepté Bans réserve ;

L'esprit du Diable ne saurait élre et )'esl jamais <(ue l'esprit d'un auge dé-

Od a û'rt aaseï agréablemeal.

sioD de ce proveriie. que • c'e»

blentenl pour ce]-peuventCatleiadri . ' qui le poursuiTeol <iii' ".

Si Ton entend ici par esprit ^ comme on le fait d'ordinaire, une certaine activité d'imagination secondée par une grande facilité d'éloculion, et qui se laisse aller, un peu au hasard, à toutes ses inspira*^ tioDS plus ou moins heureuses, je conviendrai sans peine que, sans courir précisément les rues, ce genre d'esprit n'est pas très-rare ; mais si ce n'était pas là le véritable esprit, si ce n*en était que l'apparence; si l'esprit, comme je le crois, consistait réellement dans la justesse autant' que dans la rapidité du coup d'œil, dans la rectitude bien plus encore que dans la finesse du jugement, dans la précision non moins que dans l'élégance de la parole, il faudrait reconnaître que cet esprit est fort rare, et que ce n'est jamais de lui qu'on a pu dire qu'il courait les rues.

Ce proverbe au reste s'entend ordinairenl de l'esprit le plus vulgaire, auquel la pensée oppose tacitement le bon sens, le jugement, qui paraissent à tout le monde et qui sont effectivement de beaucoup préférables. Interprété dans ce sens, le proverbe ne laisse plus rien à désirer;

Des PftoyesBEs rRAnçAis. 269

11 a trtp d'écrit, il ae Tfrra pas.

Maxime un peu niaise qui ne laisserait pas que d'être assez effrayante, s'il failait la prendre à la lettre. Mais qu'on se rassure ; l'esprit n'a jamais tué personne, et, dans tous les cas même, le grand nombre peut vivre, à cet égards dans une paKaite sécurité. Cette locution, que l'on répète avec une certaine satisfaction qui n'est pas tout à fait exempte de vanité, s'applique habituellement aux jeunes enfants qui semblent doués d'une intelligence précoce, que leurs mères prennent complaisamment pour de Tesprit. C'est là une illusion très- pardonnable qu'il faut leur laisser et qui ne saurait avoir pour personne de bien graves inconvénients, si ce n'est peut-être de faire un fat ou un sot d'un enfant qui, mieux élevé, eut pu devenir un jour un homme aimable et sensé.

L'esprit qa'on veot avafar gâte eelol qa'an a. Ce vers très-heureux de Gresset (co-

270 LA FLKDR

médie du Méchant), est devenu proverbe en naissant, parce qu'il exprimait parfaitement une opinion généralement admise et justifiée par des milliers l'exempies. L'affectation et la prétention ' ee tout genre sont des travers qui rendent un homme prodigieusement ridicule ; nnais la prétention à Vesprit a cela de plus qu'elle a presque toujours pour effet ëe mettre en relief la médiocrité etlasottise de celui qui est atteint de cette malheureuse infirmité.

C'est déjà faire preuve d'un esprit remarquable et peu ordinaire que de savoir rester dans sa sphère, que de ne pas demander à la nature plus qu'elle ne nous a donné. On n'obtient de succès durables qu'à cette condition'.

La lettre tae et l'esprit vivifie.

Sentence de l'Evangile qui, comme un grand nombre de maximes de TEcriture Sainte, a pris^ même dans la vie commune, le caractère et l'autorité d^un véritable proverbe.

Appliquée aux choses de l'ordre reli-

DES PROVEABES FEAMÇAIS. 271

gteux, elle nous reconiaaode d'étudier ia loi divine, non pas seulem^Kt dans sou texle eoDsidérématérieileaient, mais dans sonesprilet son Téritabie sens, qu'il faut savoir retrouver sous le voile des emblèmes et des symboles.

Par une conséquence toute naturelle, dans l'ordre des intérêts purement humains, celle maxJme nous avertit de songer beaucoup moins au son plus ou moins harmoaieiix« plus ou moins agréable des paroles que nous entendons qu'à ia pensée que ees paroles expriment d'une ounière plus ou moins précise.

£n un mot, cet aphorisme, d'un sens profond , s'adresse particulièrement à rintelligence de l'homme, et lui rappelle ainsi que c'est par l'esprit, et non par les seos^ qu'il doit vivre.

on ne pevt être et avoir été.

Cette sentence^ dont le sens est facile à saisir, s'applique paur l'ordinaire aux vieillards, encore un peu jeunes, qui regrettent trop vivement un passé qui ne peut plus revivre el des jouissances aux-

quelles l'âge les rend tout à fait inhabiles, oubliant ainsi que, pour un homme sage, toutes les époques de la vie ont leurs devoirs, leurs avantages et leurs plaisirs.

U a le pied à rétrier.

On indique, par celle locution empruntée à la langue du manège, qu'un homme a été admis à faire le premier pas, à entrer dans la carrière qu'il se propose de parcourir. On sait que c'est souvent là le plus difficile ; pourtant ce n'est pas tout, car, de même qu'il faut savoir gouverner le cheval sur lequel on est monté, il importe également de suivre avec une cerlaine persévérance et une constante applicalion la carrière dans laquelle on est parvenu à entrer.

AU temps passé du siècle d'or.

Grosse de bois, évdqne d'or i Maintenant ont changé les lois t Grosse d*or, évèqne de bols.

Dicton satirique, fort ancien, qu'il ne faudrait pas prendre à la lettre et

comme une maxime absolue, quoiqu'il ait pu quelquefois êlre justement appliqué. Je le msnlionne ici comme ud souvenir et non comme une règle. Il faut l'entendre seulement dans ce sens : m Que la simplicité des temps antiques était peul-èlre plus favorable aux vertus de tout genre que le luxe extérieur et la somptuosité de la civilisation moderne. »

Faoe d^bomme porte verta.

L'intervention d'un bomme supérieur, dont le mérite est universellement reconnu, exerce, même dans les circonstances les plus critiques et les plus difficiles, une influence salutaire dont les effets se font sentir quelquefois sur le cbamp. Malheureusement les hommes de ce genre sont très-rares et ne se montrent au monde que de loin en loin. Dieu semble les tenir en réserve pour les faire parattre à leur jour ou pour mieux dire, au sien. Plut à Dieu que pour la France, ce jour fût arrivé.

On applique encore ce proverbe à l'in-

iS

fluenco qu'exerce naturellemenl la préseuce du maflre sur le succès de ses affaires el sur Faclivilé des gens qu'il emploie.

U y a fagots et fagots.

Ou indique, par cette expression un peu triviale, que, parmi les marchandises de même nature et de même espèce, il y a souvent une grande différence de qualité fntrinsèque, qui influe sur leur valeur relative. Ainsi interprété, ce dicton est d'une application fort étendue.

Le mot fagot, par exemple, s'emploie

Quelquefois dans le sens de Contes, de \alivernes, de Facéties plus ou moins heureuses; on pourrait donc dire également, sous ce point de vue spécial, « qu'iZ y a fagots et fagots ; » car il y a, tout le monde en conviendra, une immense différence entre les fagots que peut faire un homme d'esprit et ceux d'un sot.

la faim regarde ft la porte de l'homme laborieux, mais elle n'ose pas entrer.

Image expressive qui recommande le

DES PROVEftBCé FftASÇAIS. 27 6

travail comioe un élemeiit de sécuHIé et comme un rempartai»aréeo«lreta mUëre.

11 fant faire ee fif es fatt.

Nous avons emprunté liitéralemelit aux Latins cet adage qui exprime une recommandation que Ton serait tenté de croire superflue. On se tromperait pourtant; car il n'y a dans le monde qu'un très-petit nombre d'esprits suffisamment éclairés, qui sachent que Tunique moyen de faire réussir une affaire quelconque est d'y donner des soins constants, de ne la jamais perdre de vue et de. s'y 4M>nsacrer eo quelque sorte exclusivement.

Ceci admis, et je pense que personne ne le contestera, combien compte-t-ou, dans la société, de gens qui sachent réellement faire ce qu^iU font?

Bien faire et latoiar dire.

Maxime profonde, qui résume en quelques mois tout ce qui coostilue l'homme de bien véritable: la fidélité au devoir, et l'indifférence pour l'opinion du monde.

qui sait raremeot apprécier la vertu. Ce dernier sentimeol, on le conçoit^ n'est parfailemenl jusUQé aux yeux de la religion et de la morale que lorsque la première condition est strictement remplie.

S'il en était autrement, le dédain de Topinion publique ne serait plus qu'une bravade et deviendrait ainsi un vice de plus.

Faites ee que Je dis et non pas oe que Je fais.

Dicton ironique qui s'applique et s'adresse parfaitement à certains prédicateurs de morale, qui se mêlent de donner à tout venant et à tout propos des conseils dont ils auraient eux-mêmes grand besoin, et qui ne cessent de recommander aux autres des vertus qu'ils se mettent fort peu en peine de pratiquer. Les moralistes de cette nature rappellent trèsbien la fable de la vieille écrevisse qui engageait sa tille à marcher droit, et qui n'obtint d'elle qu^une réponse analogue à notre proverbe.

Qtti ne fait qaand 11 peut, il ■• fait qttand il

yeitt.

Proverbe déjà vieux, qui nous engage à ne point laisser échapper, par paresse ou par élourderie, les occasions favorables, et à ne pas remettre au lendemain ce que nous pouvons faire le jour même. L'occasion qu'on laisse échapper peut ne se représenter jamais, et la meilleure volonté du monde ne saurait la faire revenir.

AU long aller petit faix pèse.

Les obligations les plus légères deviennent importunes à la longue, moins encore par leur poids, qui est à peine sensible, que par Tennui qu'on éprouve de ne pas jouir complètement de sa liberté.

On sait que le mot faix, qui n'est plus guère d'usage aujourd'hui, signifie fardeau et nous le retrouvons encore dans noire moi portefaix.

278 LA FLEUA .

une trop grande familiarité engendre le mépris.

Nous avons emprunté textuellemeot aux Latins ce proverbe qui renferme une observation très-juste dans son sens général, mais à propos de laquelle iln'est pas inutile peut-être d'entrer dans quelque explication.

S'il faut entendre ici le mot familiarité dans son sens le plus ordinaire, c'est-àdire, comme cette intimité ou plutôt comme ce rapprochement qui s'établit quelquefois un peu au hasard entre des gens qui n'ont eu ni le loisir de s'étudier, ,ni le temps de s'éprouver suffisamment pour se bien connaître, et qui pourtant vivent ensemble sans aucune cérémonie, il est certain qu'une pareille familiarité, qui n'est assise sur aucun fondement bien solide, ne peut manquer de dégénérer assez promptement en mépris et même de se dissoudre, en quelque sorte au premier choc; mais entre deux hommes d'un cœur droit et d'un esprit élevé, entre deux hommes faits pour s*estimer

DES PROVEBBES FBARÇAIS. 2T9

mutuellement, celte familiarité, résultat d'une sympathie parfaitement justifiée, ne fait que resserrer les liens qui les unissent, en leur donnant la possibilité de se connaître mieux, et les conduit naturellement à ce noble sentiment qui porte le nom d'amitié.

On voit que la familiarité des hommes d'élite est tout autre que celle des sols et du vulgaire, et que c'est seulement pour ces derniers, c'est-à-dire pour le grand nombre que le proYerlie est vrai.

Sels fuillier à pev, ami à teos.

Conseil plein de sagesse et qui se concilie parfaitement avec les prescriptions de la charité chrétienne. Nous devons en effet aimer nos semblables et leur montrer à tous une égale bienveillance; mais nous ne pouvons les avoir tous pour familiers ou amis Intimes.

Un homme qui serait ou qui voudrait paraître l'ami intime de tout le monde ne serait certainement l'ami de personne, dans le sens ordinaire de ce mot. Le mot familier indique ici le genre d'affection

qui existe ordinairement et qui devrait exister toujours entre les membres de la même famille, I! n'a plus guère aujourd'iiui cette acception.

11 est plus facile de réprimer nne première

fantaisie qne de satisfaire oelles qui

viennent à la suite;

Maxime qui nous avertit des désagréments, des dangers et des regrets auxquels nous nous exposons en ne veillant pas sur nous-mêmes assez attentivement, et en nous laissant aller trop facilement à satisfaire une première fantaisie qui ouvre la porte à plusieurs autres. Cette pensée est exprimée ici un peu longuement, et un poëte latin du siècle d'Auguste, Ovide a dit à peu près la même chose d'une manière beaucoup plus concise et par conséquent plus énergique :

Prt'ncrpifs obsta, « combattez le mal dans son principe » et n'attendez pas que le temps, en le forlifianl, l'ail rendu presque incurable.

DES VÊOfWmWBB FftAKÇAlS. tSi

A eka««B MB tuéum féM

Nous nous monlTOM es géaéral fort sévères pour les autres, que nous aecusous de trouver fort dures et trop pesantes des charges ou des obligatioos qui nous semblent légàres; mais s'il s'agit de sousmêmes, nous rcgai^ons les mêmes charges, les mêmes obligations comme de beaucoup supérieures à nos forces. C'est que, même sans tenir compte de l'égoïsme et de la paresse inhéreotes à notre nature, l'homme ne peut juger en parfaite connaissance de cause que de ce qui le touche personnellement. Voilà pourquoi il juge constamment les autres avec une certaine rigueur, tandis qu'il montre toujours une entrême indulgence pour luimême.

Quand Dieu oens enveie de la furlne, le ftiable est souvent là pour nevs enlever le sao.

Dicton fortancien, qui signifie que nous ne pouvons pas toujours profiter des occasions favorables qui se présentent à

nous, comme si un mauvais génie se plaçait eolre nous et la Providence^ pour empêcher le bonheur d'arriver jusqu'à nous. C'est une des conditions ordinaires de la vie humaine que d'avoir fréquemment \ appliquer ce proverbe ; heureux encore quand ce n'est pas à lui-même que l'homme peut s'en prendre de celle espèce de mésaventure, comme cela n'arrive que trop souvent.

Qni fait la faut* la boit

Chacun de nous doit accepter les conséquences de ses fautes et en porter la peine C'est là une règle parfaitement conforme à la justice^ que tout le .monde accepte en théorie^ mais k laquelle presque personne ne veut se soumettre dans la pratique. Compte-t-on en effet beaucoup de gens qui consentent à reconnaître franchement leurs erreurs ou leurs fautes, et qui ne soient au contraire toujours disposés à maudire, comme une injustice du sort, des malheurs dont ils ne doivent souvent accuser qu'eux-mêmes, semblables en cela à cet ivrogne peu

logicien qui, tombé dans la boue, maudissait un peu tard le vin dont il s'était si joyeusement enivré.

celui qui a trouvé une bonne femme a tronvé

un grand bien, et il a reçu dn Seigneur

Une ftonroe de Joie.

J'ai cru devoir faire précéder par cette sentence extraite des Proverbes d^ Salomon (Ch. 18. V. 22), la série de proverbes qui se rapportent aux femmes, et qui leur sont^ en général, très-peu favorables. Il existe, chez toutes les nations, chez les peuples anciens comme chez les peuples modernes, une foule de dictons de ce genre, et la plupart de ces dictons se ressemblent tellement par la forme et par l'expression, qu'on peut les regarder comme très-anciens, et comme ayant passé successivement sans altération à travers un grand nombre de contrées et de générations. Cette antiquité bien établie est-elle une preuve de leur exactitude et de leur véracité? C'est ce qu'un esprit impartial ne doit ni admettre, ni rejeter d'une manière absolue; car si, d'une

284 LA FLEOR

part, il ne peut s*einpècher de reconnattre que rancienneté d'une maxime proverbiale forme déjà une présomption en faveur de l'autorité de cette maxime, sa raison lui objecte en même temps qu'en pareille matière l'un des deux sexes ne saurait èlre considéré comme un juge bien intègre, et que la plupart de ces proverbes n'exprinfant réellement que l'oppiuion d'une seule des parties, ils peuvent encore être soumis à la discussion.

Cela dit, je donnerai ici les plus vulgaires ou les plus piquants de ces proverbes, en faisant toutes mes réserves sur leur plus ou moins de justice ou de justesse, et sans qu'on puisse ou qu'on doive tirer aucune conséquence favorable ou défavorable du simple fait de leur admission dans ce recueil, d'où je ne pouvais les écarter sans le rendre incomplet.

11 n'est attention qne de vieille femme.

Cela est vrai, et il n'est personne peutêtre qui n'ait eu, plus d'une fois en sa vie, l'occasion de vérifier l'exactitude de ce proverbe que je crois peu connu et

qui mérite bten de Têlre. J'ai rencontré, pour ma part^un grand nombre de femmes parvenues à la vieillesse, qui se faisaient remarquer à la fois par les charmes de l'esprit , la douceur du caractère et uhe aimable bienveillance pour tous ceux qui vivaient autour d'elles. L'âge et le temps semblaient avoir perfectionné leur vertu, en la rendant plus expansive.

Si ce proverbe, interprété dans son sens le plus général, doit être considéré comme parfaitement juste, il ne l'est pas moins, à mon avis, dans un sens plus spécial et plus restreint. Une femme plus âgée que son mari se montre ordinairement plus attentive, plus prévenante qu'une jeune; c'est qu'elle tient beaucoup moins à s'occuper d'elle-même^ et qu'elle sait d'ailleurs qu'elle a un peu plus à Caire qu'une autre pour conierver une affeclioD qui fait le principal et peut-être l'unique bonheur de sa vie. Mais , quoi' que celle application du proverbe soit paKaitement juste, je doute qu'il y ail dans le monde us grand oonfore d'hommes qui se décidasseol à pajer deee prix les charmes de la vie conjugal^f 'fu^ ^r

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