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DES PRbVERBES FRANÇAIS. 28?
■aisoD faite et femme à faire.
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■Mir ou contre l'exactitude de ce pro-
Qui femme a , noise a-
Dicton inventé sans doute par un mari itti avait une femme un peu difficile et iQl l'étourdissait de ses criailleries. 11 y à longtemps que Ton croit que le mariage iSt une source de tourments et de débats,
imagînalion et leurs espérarfces lear dépeigoenl sous un lout aulre aspect.
chaeim croit avoir la mellleare femme.
Je ne sais pas si jamais ce proverbe a été bien vrai; car rhomme est en général si peu satisfait de ce qu'il possède, il se lasse si facilement môme dps choses excelientes< il est toujours si amoureux de la nouveau lé^ que j'ai peine à croire que le plus grand nombre des maris regardent leur, femme comme la plus douce, la plus belle, la plus parfaile de toutes les femmes. L'habilude a d'ailleurs pour effet de nous rendre beaucoup moins sensibles aux qualités des gens avec lesquels nous vivons qu'à leurs travers ou à leurs imperfections, il y a donc dil y avoir, dans tous les temps, il y a encore certainement aujourd'tiui plus d'un mari disposé à trouver la femme de son voisin plus séduisante que la sienne, et je ne voudrais pas jurer non plus que quelques femmes n'éprouvassent à Tégard de leurs voisins des dispositions analogues.
DES PRbVERBES FRANÇAIS. 28?
■aisoD faite et femme à faire.
Conseil donné aux. hommes qui veulent régler leur vie d'une manière définitive. On les engage ainsi à prendre une maison toute faite et une jeune fille à faire, quMs puissent diriger et former à leur fantaisie. Je ne saurais dire bien exactement s'il est plus difficile de faire une maison qu'il ne Test de diriger une femme; mais l'exemple d'un grand nombre de ménages prouve du moins que cette seconde opération n'est pas toujours d'une exécution bien facile et bien commode, et dans le doute, je m'abstiens prudemment de me prononcer pour ou contre Texaclitude de ce proverbe.
Qui femme a , noise a.
Dicton inventé sans doute par un mari qui avait une femme un peu difficile et qui rélourdissait de ses criailleries. Il y a longtemps que l'on croit que le mariage est une source de tourments et de débats.
car on trouve dans saint Jérôme un aphorisme latin qui répond exactement 'k celui-ci : Qui non litigat caeleès est, dit le Saint, ce qui peut se traduire ainsi : « 11 n'y a que les célibataires qui n'aient pas de débat chez eux. > Si cela est yrai, toutefois resterait-il encore à savoir si, dans ces débats trop fréquents dans l'intérieur des ménages, c'est toujours la femme qui a tort, qui les fait naître, et jamais le mari.
in njk hostel deux femmes c'est débat.
Hostel est pris ici dans le sens de maison. Ce dicton est fondé sur Tobservation et Texpérience. Deux femmes, quelles que puissent être leurs relations naturelles ou sociales, ne sauraient exercer, dans une maison quelconque, une autorité égale ou même à peu près égale, ' sans qu'il en résulte fréquemment de fâcheux débats et, à la longue môme, une animosilé permanente qui se manifeste à chaque instant et à tout propos. Un homme sage doit tout faire pour éloigner de sa maison un pareil élément de bruit
et de trouble, pour éviter de se trouver placé dans une situation pénible , qui d'ailleurs ne saurait être durable, et dont il ne pourrait sortir quelquefois sans un fâcheux éclat. Chacun chez soi est une maxime excellente dans une foule de circonstances, mais qui doit être surtout la devise d'un homme nouvellement marié, qui tient à son repos, à Taffeclion de sa femme et à la paix de son intérieur.
Déflex-vousdii visage d'nne fenune, dn derrière d'nne mole, et d'im moine de tons les oètés.
Dicton fort grossier, que son ancienneté excuse sans le justifier. Nos pères ne se piquaient ni d'une grande délicatesse dans leurs sepliments, ni d'une grande réserve dans leurs expressions.
Ils étaient en général peu bienveillants pour les femmes, et, à en juger par ce proverbe, ils étaient encore plus mal disposés pour les moines. Nous n'avons plus guère de moines aujourd'hui, et ceux qui nous restent méritent la confiance des gens de bien ; on ne se sert plus guère de mules dans notre pays;
mais heurensemenl il nous reste encore des femmes, et, sans se' montrer pour elles aussi malveillant que l'étaient nos ayeux, il faut convenir qu'il ne serait pas prudent de se fier aveuglément aux séductions de leur regard et aux charmes de leur figure. Mais il n'était pas nécessaire de faire une recommandation si simple en termes si grossiers ,et si désobligeants pour elles et pour les moines.
vides ébambres foat las femmes telles.
Je suis forcé de convenir que ce dicton est en général assez vrai , et que les femmes regardent habituellement comme un véritable malheur l'impossibilité où elles se trouvent quelquefois de décorer leurs appartements comme elles le désireraient. La femme, il faut bien le dire, est bien plus difficile que l'homme à satisfaire sous ce rapport. Ne serait-ce pas, si je ne me trompe, que la plupart d'entre . elles sentent parfaitement que leur vie doit en général se concentrer dans l'intérieur, que c'est là que se trouve pour elles le bonheur le plus pur et le plus
yrai, et qu'elles n'ont rien à néglifrer pour rendre cet intérieur aussi agréable* aussi commode qu'il se peut, non pas seulement pour elles, mais aussi pour leurs amis, pour leurs enfants, pour leur» maris surtout, qui ne sont plus tenté»
d'aller chercher au dehors une foule de jouissances qu'ils trouvent toujours à leur portée et sans sortir de chez eux.
Bonne femme, mauvaise tdte.
Ce dicton ^malhonnête en ra pelle un autre, à peu près identique, mais d'une application moins restreinte, puisqu'il semble s'adresser également aux deux sexes : « Bon cœur et mauvaise tête, •
Est-il donc vrai que chez la femme, comme chez l'homme, plus encore que chez l'homme, cette précieuse disposition de noire nature qui nous porte aux sentiments affectueux et tendres est toujours ou du moins presque toujours compensée par rim|)étuosité du caractère ou l'infériorité de la raisoB ? Je ne saurais me persuader que chez Ja femme le cœur
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vive constamment aux dépens de la t6le, pas plus quUl ne me serait possible d'admettre que, chez le plus grand nombre des hommes, la tète ne peut subsister qu'aux dépens du cœur, et que Ton peut aiDsi retourner le proverbe, et dire:
a Bonne tête, mauvais cœur. » Défioosnous donc de ces maximes absolues qui, en voulant trop dire, ne prouvent rien, et conlen tons nous de remarquer qu'en effet les personnes qui sentent plus vivement que les autres sont aussi un peu moins calmes et un peu plus irritables que celles dont la sensibilité est moins susceptible ou plus émoussée.
Les malins ou les mauvais plaisants racontent, à l'appui de ce proverbe, une anecdote plus gaie que concluante et qu'on me pardonnera , j'espère, de rappeler ici.
A quelques lieues d'Elbeuf, il existait dans la paroisse de Notre-Dame deMandevilie,une petite statue de saint Mathurin qui représentait le saint faisant sortir le Diable de la tète d'une femme agenouillée devant lui. L'évèquedu diocèse, se trouvant dans ce village, à l'époque de sa
DES PKOrCKBCS rBASÇAIS. 293
tournée épiscopale, renarqoa cette statoe el dilen riant au curé: «Monsieur le curé, si TOlre saint était connu, votre cure vaudrait mieux que mon évèché. »
ont prend ttmmit prend Mattre.
Sans prendre ce proverbe trop rigoureusement a la lettre, on peut dire qu'il n'est pas totalement dépourvu de vérité, quoiqu'en puissent penser certains maris qui se croient bien fermement les maîtres chez eux et q;ji n'agissent néanmoins que sous la direction ou du moins sous Tinfluence de leurs femmes. Je ne prétends pas que ce soit là un malheur; je rappelle seulement que c'est un fait, un accident plus commun qu'on ne pense.
Un autre proverbe exprime autrement la même idée :
Femme veot en toute saisoa Être Dame de la maison.
Gela est également très-exact; seulement, les habiles se gardent bien d'afficher leurs prétentions et se contentent
de gouverner tout doucement et en quelque sorte sans que Ton s'en douté.
Femme qui a mauvais mari A bien souvent le oour marri.
Sur dix proverbes qui regardent le mariage, il s'en trouve ordinairemeat neuf dans lesquels la femme est complètement sacrifiée. Je regarde donc comme une bonne fortune d'avoir trouvé celui-ci dans un ancien recueil et d'avoir ainsi une excellente et incontestable véiité à opposer à une foule de maximes presque toujours injustes et fausses à force de rigueur. Qui oserait nier en effet que le plus grand malheur d'une femme soil d'avoir un mauvais mari, et que ces sortes de maris soient tout aussi communs, plus communs peut>étre que les méchantes femmes. Ce n'est pas tout; j'ajouterai à ce que je viens de dire, comme un fait éprouvé et comme le résultat d'une conviction bien établie, que la plupart des maris se plaindraient beaucoup moins de leurs Jemmes, s'ils ne donnaient pas eux-mêmes à celles-ci
mille occasions, mille raisons de se plaindre d'eux. Qu'on ne s'y méprenne pas : il y a presque toujours dix à parier contre un qu'un mari qui se plaint souvent de sa femme est lui-même un trèsr mauvais mari.
Ffloune qai prend se vend, Femme qui denne s'abandeRiie.
Cela se dit aussi bien et avec autant d'à-propos des jeunes filles à marier que des femmes déjà mariées. Les unes et les autres ne sauraient se mettre trop en garde contre les présents par lesquels on cherche à tenter leur vertu, et en même temps contre les séductions de leur propre cœur qui ne les porte que trop souvent à donner à leurs adorateurs réels ou apparents certaines libertés dont ceux-ci ne manquent jamais d'abuser. H faut tirer de là cette conclusion que la position d'une femme dans le monde est fçénéralement assez difficile, et au moins fort délicate, et qu'il lui faut souvent autant de tact que de courage pour savoir conserver l'intégrité de sa vertu
tout en évitant de se rendre inabordable par une sévérité outrée. Entre ces deux écueils toulefois, pour une femme honnête, le choix est bientôt fait : elle préférera toujours, au risque d'être accusée de pruderie, la sévérité, qui est la plus sûre sauve-garde de son honneur, à une facilité dangereuse dont le résultat infaillible serait presque toujours de lui faire perdre sa propre estime et Testiaie d'autrui.
soleil qai laisarne an matin, Femme qni vent parler latin.
Petit enfant nonrrl de vin.
Vont rarement à bonne fin.
Nos ayeux avaient réuni dans ce quatrain trois observations de nature fort diverse qu'ils regardaient apparemment coinme des vérités également démontrées, et que nous pouyons aussi, sans trop d'effort, admettre comme telles. Je n'ai à m'occuper ici que de la partie de ce dicton qui s'applique à la Femme qui parle latin.
On éprouve en général assez peu de
sympalhie pour les femmes qui se fonl, en quelque sorte et de propos délibéré, savantes de profession. Cette opinion n'est ni nouvelle, ni restreinte à un seul pays, car on trouve chez tous les peuples anciens et modernes, un grand nombre de proverbes qui l'expriment chacun à leur manière, sans compter les maximes analogues énoncées par la plupart des moralistes de tous les temps et de toutes les nations. Je ne citerai ici que la sentence très-expressive d'un philosophe chinois :
Le plus grand éloge qu'on puisse faire d'une femme est de dire qu'elle n'est pas savante.
Faut-il conclure de cette unanimité des esprits les plus divers que cette antipathie a pris sa source, comme le disent les femmes et leurs défenseurs, dans l'envieuse vanité du sexe masculin qui s'effrayait, peut-être justement, d'une rivalité dont il se sentait incapable de soutenir la concurrence. Point du tout : nous croyons fermement qu'il ne faut pas chercher fi loin les motifs d'un sen-
timent très-naturel et qui n'a guère besoin d'èlre discuté. C'est que le simple bon sens, je dirais presque Tinstinct, nous apprennent que la véritable destination de la femme sur la terre est de régnef , non par la science et par Tesprit, mais par le cœur et par la tendresse et pour peu qu'elle y pense , elle trouvera que sa part dans le monde est encore assez belle.
Femme sage Beste à son ménage.
Dicton qui réunit la raison et la rime, ce qui n'arrive pas toujours. On attribue à l'œil du maître une puissante influence sur la prospérité de ses affaires ; on peut, sans craindre de se Iromper, attribuer une influence également efficace à la surveillance qu'une femme prudente exerce dans^ son intérieur, et c'est en ce sens surtout que l'on a pu dire avec vérité, dans un autre proverbe, que
Cest la femme qui fait ou défait la maison.
ce que femme veat, Bien le vent.
Je suis trop poli pour donner Texplication de ce proverbe, trop juste pour Tadopter sans restriction, trop impartial pour le combattre d'une manière absolue. Je mécontenterai de rappeler ici un mot de saint Augustin^ beaucoup plus vrai que celui-ci, parce qu'il s'applique, non pas seulement aux femmes, mais aux deux sexes, c'est-à-dire, à l'espèce humaine en général : « Ce que nous voulons est sacré >, dit le saint Evèque;— « Quod volumus sanctum est, »
11 n'y a qne denx bonnes femmes an monde ;
l'nne est perdne, et l'antre, on ne pent
la tronver.
C'est là une plaisanterie sans conséquence, dont on peut rire, mais dont on se garde bien de tirer une conclusion sérieuse. Les quolibets de ce genre ont été inventés parles hommes, qui mériteraient bien à leur tour que les femmes leur disent leurs vérités^ dussent ces vérl-
tés revèUr quelquefois une forme împertiueole.
Boileau , qui n*élait pourtant pas un grand ami des femmes, se montre un peu plus juste que le proverbe, car il dit, en parlant de celles qui méritent d'être exceptées de ces anathèmes :
Il en est jusqu'à trois que je pourrais compter.
Des femmes et des obeyanz , 11 n'y en a pas sans défauts.
Dicton grossier et que te besoin de trouver une rime a rendu encore plus impertinent. Il est bien vrai qu'un cheval sans défaut est fort rare et qu'il n'est pas non plus très-aisé de rencontrer une femme que l'on puisse djre parfaite ; mais je voudrais bien savoir s'il se trouve dans le monde beaucoup de choses qui remplissent cette rare condition de ne rien laisser à désirer ; et je demande quel est l'homme assez hardi, assez présomptueux, pour oser croire, pour oser dire même qu'il est absolument sans défauts.
BCS PBOVSBIBS FBJJiÇAiS. 301
Ce dictoH n'exprnK donc qii*aM Tenté fort tririale qui s'applique à tout le monde et a toal, et qiti ^r conséqneat D'à point de caractère
Oo a dit aasâ^ avec plus de détail
Oo» fBBHies font oa plaid.
Trois ■■ çrukd caquet, Qaaire as fridn mardié.
Lts alleoiaiids disent :
Trois fnniies et eoe oie foot bb oiaréhé.
Les femmes ont eo de toot temps la renommée d'aimer on pea à causer et à causer longlriDps. Je ne sais trop si les hommes, qui ont fait ce proverlie, n'en méritent pas, aussi liien et aussi souYOït qu'elles, la complèle applicaiioo.
l^es rabblos anciens qui sembla ien lavoir une prédilection marquée |*our les traditions extravagantes et qui se piquaient fort peu d'ailieori d'être polis et galants.
ont trouvé, dans leurs livres ou dans leur imagination la légende suivante que je cite uniquement à cause de sa singularilé :
«Peu de temps après la création, racontent- ils, il tomba du Ciel douze grandes corbeilles remplies de bavardage et de médisance, et les femmes en prirent neuf pour leur part.»
il €aat battre le fer pendant qu'il est ohaad.
Il faut saisir Toccasion aussi tôt .qu'elle se présente, car les choses ne sont bien faites qu'en leur temps, de même que le fer n'est malléable que lorsqu'il a été convenablement chauffé. C'est une maxime que les esprits actifs savent parfaitement pratiquer et dont les paresseux semblent ignorer les avantages et même l'existence. Peut-être reconnaissent-ils volontiers que le fer est chaud, mais ils n'ont pas le courage de le battre.
La fête passée, adieu le saint.
Allusion à cette disposition malheu-
sèment assez commune qui porte la plupart des hommes à ne se montrer assidus et empressés qu'auprès des gens desquels ils espèrent quelque chose, et qui se mettent fort peu en peine de leurs bienfaiteurs quand ils croient que ceuxci ne leur sont plus bons h rien. Ce genre d'ingratitude a été caractérisé a peu près de la même manière dans un proverbe italien qui est probablement la source du nôtre :
Pattato il pericolOy gabbaio il santo.
Danger passé, saint mis de c6té.
Les hommes, cela est triste à dire, n'estiment en général les choses que par ce qu'elles leur rapportent et non par ce qu'elles valent réellement. Gela explique pourquoi les sois puissants ont tant d'adorateurs, et pourquoi le mérite est ordinairement inconnu et négligé de tous.
il ne faut pas chômer les fêtes avant qu'elles soient venues.
Compter avec trop de confiance sur
l'avenir, et se le peindre, non tel qu'il pourrait être, mais tel que le rêvent nos espérances et nos désirs, est un moyen assuré d'éprouver de nombreuses déceptions dans le cours de la vie. Un homme sage n'anticipe point ainsi sur les éivénements ; il les attend avec calme et les accepte avec leurs conditions ordinaires ; il ne s'afflige pas plus à l'avance des conlrariélés possibles, qu'il ne se réjouit, avant le temps, des plaisirs qu'il espère.
C'est là ce qu'il faut entendre par ce diclon symbolique , qui renferme un conseil d'autant meilleur, qu'en supposant même, ce qui n'est pas, que les choses arrivassent à peu près telles que nous les avions rêvées, il se trouverait en core le plus souvent que la réalité ne répond que irès-imparfailement à l'idée que notre imagination s*était faite de ces jouissances si longtemps et si impatiemment attendues.
J'en mettrais la main an fea.
Formule particulière d^affirmation ,
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qui ressemble à un vériUble sèment et qui doil cerlainemeut son origioe à l'usage adopté autrefois dans les cours de justice de soumettre les accusés à ce qu*0D appelait Vèpreuve du feu. Celle coutume remonte à une}iaule antiqullé, car elle se trouve indiquée d'une manière Irès-pr^ise dans une tragédie de Sophocle.
L'épreuve consistait à exiger d'un homme accusé de certains crimes, qu'il saisit dans sa main et soulevât un fer brûlant, ordinairement un soc de charrue chauffé à grand feu. Si sa main ne souffrait point de ce terrible contact, il était reconnu innocent ; dans le cas contraire, sa culpabilité paraissait démontrée, et il subissait la peine due à son^rime.
11 ne nous reste plus heureusement de cette forme de procédure un peu étrange, que l'expresion proverbiale qui la rappelle et qu'il ne faut, à mon avis, employer qu'avec une extrême réserve; car aujourd'hui, plus que jamais, si je ne me trompe, il faut savoir se garder de mettre la main au feu de rien, ni de personne.
Bois tortn fait fea droit.
On entend ordinairement par ce dicton assez niais, que le bois tortufait bon feuy quoiqu'on ne devine pas fao||enienl , comment le hoi$ tortu peut faire meilleur feu que d'autre, ni comment l'expression feu droit peut signifier un bon feu. C'est qu'il y a tout simplement une erreur matérielle dans renoncé de ce proverbe que nous avons emprunté aux Espagnols et que le premier traducteur françalsn*n pas bien entendu. L'Espagnol dit, sinon bien ingénieusement, du moins très-naïvemenl que ■ Le feu (fait) rend droit le bois tortu > ce qui est vrai dans un certain sens, et ce qui répond à un autre proverbe français bien connu :
Le feu puriBe tout.
Le traducteur a donc substitué ici un véritable contresens, une bévue singulière à une expression parfaitement exacte et naturelle, et le vulgaire, comme il arrive presque toujours, a admis et répété sans examen une bêtise insignifiante, qui
avait à ses yeux le mérite de la singularité, mais qui D*avaitque celui-là.
il faat faire fea qui dore.
Od dit aussi : faire vie qui dure, et cette seconde locution explique la premièr-e. L'une et l'autre ont pour but de nous rappeler que le véritable secret de jouir le mieux et le plus longtemps possible de ce nous possédons, c'est de le ménager avec soin et de manière à ne pas épuiser d'un seul coup toutes nos ressources. Cet excellenlconseils'appliqueà toutes les situations de la vie et à tous les genres de richesse dont l'homme peut disposer ; il s'adresse également à tous les âges , mais plus particulièrement encore aux jeunes gens, qui se laissent quelquefois, par suite de leur Inexpérience, entraîner à escompter , au prix de quelques années de jouissances plus vives que durables, toute la sécurité, tout le bonheur de leur avenir. Agir ainsi, c*est se préparer des regrets d'autant plus amers, que quand on reconnaît ses fautes.
308 LA rtsmi
il n'est ordioairement plus possible de les réparer.
il n'y a p«lDt de fea sans ftmée.
Il D'y a point passion si contenue, si bien dissimulée, qui ne se trahisse par quelque signe; il n'y a point d'événement si secret qu'il n'en transpire au moins quelque chose dans le public.
On dit aussi^ plus rarement, qu'il v^y a pas de fumée sans feu, pour indiquer qu'un bruit généralement répandu , qu'une opinion établie, manque rarement d'être fondés sur un fait réel, quoique imparfaitement connu.
Un Espagnol fit un jour de ce proverbe une agréable et ingénieuse application .On accusait un jour, devant lui, ses compatriotes de leur disposition un peu trop prononcée à la vanité et aux rodomontades; — « Eh I messieurs, répliqua-t-il sur le champ, que von lez- vous? Dans un pays où il y tant de feu, il faut bien qu'il y ait un peu de fumée. >
PROTBBBES ÇBANÇAIS. 309
fol a p«nr des fenillM l'aille Hi>t an teli.
Quand on ne se sent pas le courage d'accepter les conséquences ou de braver les incooTénients d'une entreprise quelconque, il faut an moins avoir la prudence d'j renoncer. Gela n'exige en vérité qu'un bon sens fort ordinairfT et pourtant on ne saurait croire combien il est rare. Une foule de gens se lancent à l'étourdie dans les aventures les plus extravagantes et les plus hasardeuses; puis, au moindre accident, %u moindre obstacle, ils s'irritent, s'affligent ou se découragent. Ils s'en prennent à tout monde d'une situation désagréable dont ils ne devraient accuser que leur faiblesse ou leur étourderie.
une belle figure vaut mleiix ga'ne lettre de recomm^dation.
Cette sentence n'est pas nouvelle, car nous l'avons empruntée presque littéralenentaux Latins. C'est qu'elle exprime un
^10 LA FLBOR
fait reconnu de tout temps et que Texpérience confirme tous les jours, malgré la recommandation parallèle acceptée ellemême comme une vérité, et qu'un poète lalin a énoncée d'une manière très-précise : « Né vous fiez point à la figure. • Frontis nulla fideSj a dit Ju vénal. Oa n'en est pas moins toujours porté en quelque sorte instinctivement à accueillir avec faveur le porteur d'une belle physionomie, et bien que tout le inonde sache que la beauté de l'âme n'est pas toujours en parfait rapport avec le charme de l'extérieur, on se laisse en général aller sans réflexion a ses premières impressions. Il faut presque du courage pour se mettre en f;arde contre ce genre de séduction, et, s'il s'agit d'une femme, il faut presque être un saint pour ne pas s'y laisser prendre.
la plus bello lllle dn m«nde ne peut donner qae oe qu'elle a.
Aphorisme d'une vérité frappante et dont on ne trouve que trop souvent ^occasion de faire usage. Il y a dans le
monde une foule d'esprits malades qui ne trouvenl rien à leur convenance , et qui ne se montrent même jamais plus exigeants qu'en présence des choses ou des personnes les plus agréables ou les plus parfaites. C'est à ces caractères malheureux que s'applique ordinairement ce proverbe.
La Fontaine a dit la même chose d'une autre manière :
Les délicats sont malheureux, Rien ne saurait les satisfaire.
Quand la flUe est mariée, il arrive des gendres.
Observation fondée sur Texpérience et qui s'applique à tout. C'est ordinairement lorsqu'on n'a plus besoin d'aide et qu'on a pourvu soi-même à ses affaires ou remédié à ses embarras, qu'il arrive des secours de tous les dotés. Cela est moins inexplicable qu'on ne le croirait au premier coup-d'œil. Quand une chose est faite, on ne court plus grand risque de faire montre d'un empressement ou d'une
générosité qui n'ont pas à craindre d'être mis à répreuve.
Fille oisive A mal pensive.
Application spéciale et restreinte du proverbe connu qui dit avec raison que « l'oisiveté est la mère de tous les vices. « Pour tous les âges et pour les deux sexes. Finaction est un danger réel dont les mères prudentes cherchent surtout à garantir leurs filles. Cela explique comment on attache ordinairement beaucoup d'importance aux moindres détails de l'éducation des jeunes personnes, comment on leur fait apprendre une foule de choses inutiles, comment on les force à cultiver des arts d'agrément dont elles ne sauraient tirer de grands avantages pour l'avenir. Occuper leur esprit et leur imagination est l'objet principal et véritable de cette éducation semi-encyclopédique, qui pourrait paraître un peu ambitieuse, si l'on eu jugeait sur la simple apparence.
Pille ipii prend, se ▼eai, Pille qil donne, B'alMBdemM.
On voit, par ce dicton qui, comme je l'ai déjà dit dit, s'applique également aux femmes, que si les petits cadeaux entre' tiennent V amitié, ils ont aussi, dans les rapports qui peuvent s'établir entre deux personnes d'un sexe différent, des conséquences du même genre , mais presque toujours moins innocentes et très-souvent fort périlleuses. Filles ou femmes qui acceptent un présent quelconque, fut-ce quelquefois le don d'une simple fleur, indiquent en quelque sorte le point où leur vertu est vulnérable ; fille ou femme qui donne court elle-même audevant de sa défaite.
Ce dicton me rappelle un autre proverbe qui s'en rapproche beaucoup pour le sens et pour les conséquences :
Ainoura qui commencent par aaneaux finissent souvent par couteaux.
Cela veut dire, et cela dit énergique-
menl, que Ton se prépare presque toujours et de grands tourments, et d'amers regrets, quand on se laisse aller trop facilement aux charmes d'une première inclination et à des sentiments trop exclusifs pour laisser la moindre place à la réflexion.
Pille trep tae et robe trop vdtae le sont pas bien oher tennes.
Gela s'explique de soi-même ; l'amour de la retraite, le silence et la modestie sont les vertus essentielles d'une jeune personne, tandis que le goût des dissipations bruyantes et le désir de parattresont pour ell.e des écueils contre lesquels viennent souvent au moins s'ébranler sa vertu et sa réputation. Je n'ai pas besoin d'ajouter, pour justifier la second^ proposition du proverbe, qu'une robe mise trop fréquemment ne conserve pas longtemps son élégance et sa fraîcheur.
Ce n'est peut-être pas sans quelque raison, quelque motif secret, que les inventeurs de ce proverbe très-juste ont cherché à le rendre plus expressif par une comparaison qui touche particulière-
ment les femmes ; c'était un moyen de le graver plus facilement dans leur esprit et dans leur mémoire.
cet honuDe est bien le llls de son père.
Ce dicton se prend en bonne aussi bien qu'en mauvaise part; mais plus souvent encore dans le second sens que dans le premier. Un père vertueux ne réussit pas toujours à faire des enfants qui lui ressemblent ; tandis qu'il est malheureusement assez rare que le 61s d'un malhonnête homme ne soit pas, sinon tout à fait un fripon, du moins un homme d'une probité quelque peu équivoque. II faut déjà une certaine volonté de bien faire, un certain courage pour suivre les bons exemples ; il faudrait de la vertu pour résister aux mauvais.
in tont il fànt eensMérer la fin.
Un homme sage n'entreprend aucune affaire sans avoir sérieusement réfléchi, et sans chercher à en prévoir, du moins autant qu'il le peut, les conséquences
31G UA FLBUR
probables ou possibles. Que de gens se sont perdus faule d'avoir pris une précaution si simple, et pour s'être engagés sans réfléchir dans des entreprises dont eux seuls n'apereevaient pas les basards et même les dangers.
Un moraliste un peu sévère a dit « qu'il n'arrive pas de malheur à un homme qu*il n'y ait un peu de sa faute. » Je ne voudrais pas dire qu'il fallut entendre cette maxime d'une manière rigoureusement absolue; mais je suis convaincu que cette observation un peu dure est susceptible de recevoir un bien plus grand nombre d'applications qu'on ne le croit. 11 y a tant de circonstances où l'homme est lui-même l'artisan de son propre malheur !
La fin oonronne l'onvre.
Traduction littérale d'un aphorisme latin , qui signifie ordinairement qu'une . œuvre ne peut être considérée comme complète, que lorsqu'elle est parfaitement terminée et qu'elle a atteint le but ou la fin qu'elle se proposait. J'ajouterai à cela
DES pROTKBBEs rwoiçàm. Zil
que l'expression n'est, anx jeux dTsa esprit honnête et lérîevx, 9émmMeqtie dans le cas où l'œuvre eatreffrise aorait un but honorable à tous ésard»; f exigerais même de plus foe k» sofen»
employés pour arriver à ce bst ImitM^ en eux-mêmes, aussi inéprochaMes, aossi louables que roenvre efle-niéaw, ear, quoiqu'on dise un autre proirerl^e eonm, je ne crois pas que la fin pmsse Jamais sanctifier les moyens , si ces «Myens ne peuvent être avoués par la noraie.
Fin Maire lu ■Test fas%sn à Crire JsÉHm.
Il faut voir Ici, non pas un proverbe qui exprime une vérité réelle, mais tout simplement un calembour d'assez mau' vais goût, par lequel on veut dire que deux fripons, deux hommes d^une égale mauvaise foi ne sauraient réussir à se duper mutuellement, ce qui répond à peu près à un autre dicton bien plus naturel et surtout beaucoup plus heureux dans sa forme :
Conaires atuqaant eorsaires Xe font pas, dit-oo, leurs affafrr«.
318 LA FLEDR
Les plus belles feamei sont en Fla&drei.
Ce dicton est fort ancien, car on le trouve déjà comme un proverbe populaire dans les manuscrits du treizième siècle. Les femmes de Flandres passaient dès lors pour être très- belles, et si elles étaient alors ce qu'elles sont aujourd'hui, leur beauté devait consister dans un embonpoint et une fraîcheur en effet très-remarquables. Quant à la perfection des traits ou à l'expression de la physionomie, s'il faut en juger même par les plus beaux tableaux des grands peintres de cette contrée , elles n'avaient rien d'assez supérieur en ce genre pour qu'on leur attribue à cet égard une suprématie quelconque sur les autres femmes de TEurope. Ce proverbe n'est donc plus guère qu'un souvenir très-flalteur pour les flamandes d'autrefois et celles de nos jours sont trop justes et trop raisonnables pour revendiquer aujourd'hui le privilège exclusif de la beauté.
Aller en rlandros laas emiteu.
DiclOD historique, qui nous rappelle qu'à une certaine époque, déjà éloignée, les auberges de Flandres n'étaient pas toujours très-bien fournies et que lorsqu'on avait un voyage à faire dans ce pays, il était prudent de se pourvoir d'un certain nombre d'ustensiles indispensables, que les aubergistes ne fournissaient pas à leurs hdtes.
Il n'en est plus de même aujourd'hui^ et les- hôtels de Flandres , offrent aux voyageurs tous les avantages d'une vie commode et facile qui laisse peu de chose à désirer, même aux plus difficiles. Je trouve, dans un recueil très-ancien, le même proverbe exprimé d'une manière plus complète :
Qui Ta en Flandres sani couteau.
Il perd de beurre maint morceau.
On sait que le beurre est un des principaux éléments de la vie des Flamands.
Dans son sens figuré, ce dicton s'ap-
plique parfaitement aux personnes un peu légères, qui s'embarquent dans une entreprise quelconque sans avoir pris d*avance toutes les précautions propres à la faire réussir.
Qui te flatte vent te tromper.
Les moralistes, les prédicateurs de tous les pays, de tous les temps> n'ont jamais cessé de flétrir de leurs anallié^ mes les plus énergiques et les plus justes ce poison moral auquel on donne le nom de flatterie. Ce qu'ils ont dit de mieux et de plus fort se réduit en quelque sorte à cet aphorisme très-simple, facile à retenir et que l'expérience vérifie tous les jours. On sait qu'il a été mis en action d'une manière charmante dans Tapologue du Renard et du Corbeau Nos flatteurs ne sont en effet que des gens qui veulent avoir nos fromages.
On a déclamé bien longtemps^ et non sans quelque raison, contre les flatteurs des rois. Le temps nous a démontré que la flatterie n'avait pas moins de succès
auprès des peuples et n'élait pas moins habile à leur faire faire d'aussi grosses sottises que les courtisans d'autrefois en inspiraient à leurs maîtres. C'est que, rois ou peuples, grands ou petits, on ne nous gouverne, on ne nous séduit, on ne tire parti de nous qu'en caressant nos passions favorites, et notre amouivpropre surtout, la plus vivace, mais aussi la plus aveugle de toutes nos passions. Les flatteurs savent très-bien cela , et nous devrions, nous, ne jamais l'oublier.
Ge qui vient de U flûte s^en retotlme an tambour.
Manière proverbiale et assez agréable de faire entendre que l'argent gagné trop facilement et comme en se jouant se dissipe avec une égale légèreté et sans le moindre souci du lendemain. On ne tient en général beaucoup qu'à ce qu'on a acquis par son travail et avec peine. On entend encore, parce proverbe, qu'une fortune acquise par des voies malhonnêtes ne saurait durer bien longtemps , parce que le vice porte en quelque sorte avec
lui un germe de destruction. Les anciens avaient aussi, comme on sait, un proverbe qui prouve qu'ils partageaient cette conviction : « un bien mal acquis, disaient-ils, n'arrive pas la troisième génération. »
La foi, l'œil et la renommée, le veulent guère être tonobées.
Rien au monde de plus délicat et de plus susceptible que ces trois choses de nature fort diférente. 11 ne faut en effet qu'une légère erreur pour altérer la pureté de la foi , le plus petit accident peut causer un grand dommage à la vue, de même que la médisance, en apparence la plus inoffensive , a souvent pour effet de ternir la réputation la plus belle et la mieux établie. Un homme sage ne saurait donc, ^ cet égard, veiller avec trop d'attention sur lui-même ou se montrer trop réservé en ce qui concerne les autres.
lues PROVERBES FRANÇAIS. 323
C'est on homme qnl n'a ni foi ni loi.
Cette manière de s*ex primer est la plus énergique flétrissure que l'on puisse infliger à un homme, si elle est méritée ; si elle est seulement l'expression de la colère ou du ressentiment^ elle n'est plus qu'une odieuse calomnie qui ne flétrit alors que celui qui l'emploie.
Il n'y a qne la foi qui sanve.
Locution proverbiale empruntée au texte même de l'Évangile, et qu'il est bon de rappeler de temps en temps, parce qu'elle est à la fois la garantie du bonheur de chaque homme pris en particulier et la sauve-garde de la société ellemême. Les hommes qui ne croient à rien, de même que les peuples qui n'ont plus de croyances, sontbien près de leur ruine; car la foi seule nous donne du courage en nous faisant croire à la vertu et à l'avenir.
Le monde^ qui se laisse facilement entraîner à faire abus des meilleures choses «
324 • LA FLBUR
a détourné cette salutaire maxime de sa signification iirimitive, et Tentend vent dans un sens ironique, en l'appliquant sans façon aux esprits paresseux ou médiocres, qui se montrent ordinairement assez crédules et qui aiment mieux admettre aveuglément un fait singlier ou extraordinaire que se donner la peine de le soumettre au moindre examen.
Cette maxime a donné lieu encore à une espèce de parodie ou de jeu de mots dont la forme semble au premier coup d'oeil assez irrévérencieuse, mais qui n'est, à tout prendre, que l'expression très-piquante d'un fait malheureusement trop vrai :
Oaos les affaires du monde, ce D*eat pas la foi qui sauve, c'est de c'en avoir pas.
on folémeatoeqve quarante sages ne pourraient apaiser.
Gela n'est que trop vrai, et, dans les temps de révolution surtout, il n'est pas de jour qui ne donne, par l'expérience, un nouvel appui à cet aphorisme. Le
propre d'un fou est d'obéir à ses instincts, à ses passions, sans prendre la peine de réfléchir aux conséquences de ses actions, et le mal qu'il a fait ne peut se guérir qu'à la longue, quand il n'est pas tout à fait irréparable. A ce compte, tous les fous ne sont pas aux petites maisons.
Us plos courtes folies sont les meillevrofl.
S'il est Yrai que nous devions tous, plus ou moins, noire tribut à la folie, il s'ensuit que c'est êlre heureux^ en quelque sorte, que de ne pas payer trop longtemps ou trop cher ce tribut que l'on peut considérer comme le plus lourd des impôts. Le proverbe chinois dit fort heureusement dans le même sens :
Plus les repentirs sont prompts, plus ils ea épargnent d'inutiles.
Ce dernier aphorisme rappelle naturellement cette sentence de l'Écriture : « Errare humanum est ; perseverare dm" bolicum: »
fie tromper est d'nn homme ; persévérer dans l'erreur est le fait du démon.
326 LA FLIUft
11 ne Cuit jamais dire : pontalne. Je ne boirai pas de ten ean.
Gomme l'homme ne saurait jamais être complètement assuré qu'un jour ou l'autre il n'aura pas besoin d'une chose ou d'une personne dont il croit ne pouvoir aujourd'hui tirer aucun service, il est au moins prudent de ne prendre, même avec soi, encore moins avec les autres, aucune résolution qui ressemble à un engagement; autrement on s'exposerait plus d'une fois à prêter à rire en se donnant à soi-même d'éclatants démentis. Qui de nous sait en effet quelles surprises ou même quelles épreuves lui réserve l'avenir? Entre mille exemples de ce genre, je choisirai celui d'un homme que j'ai connu, et ^m a fini par se trouver très -heureux d'épouser une excellente femme dont l'extérieur peu agréable elles manières un peu gauches avaient été l'objet de ses sarcasmes et de ses plaisanteries pendant près de deux ans. 11 avait oublié notre proverbe, et ne connaissait pas non plus sans doute celui
des Russes, qui lui convenait encore mieux, comme plus expressif que le nôtre :
Ne crachez pas dans le puits qui peut un jour servir à vous désaltérer.
A petite fontaine on pent boire à son aise.
Gliarmant éloge de la médiocrité, Tétât le plus iieureux de Thomme sur la terre, s'il sait se contenter de ce qu'il possède, sans rien envier à autrui . FIorian a exprimé plus heureusement encore une idée analogue dans ces deux vers d'une de ses fables^ où il demande aux dieux :
Assez de biens pour en donner.
Mais pas assez pour faire envie,
A force de forger on devient forgeron.
Traduction littérale d'un aphorisme proverbial en usage chez les Latins. Il énonce une vérité qui n'a pas besoin d'être démontrée, car tout le monde sait que ce n'est que par un exercice fréquemment répété que l'on parvient à
328 LA FLKUR
exceller dans une profession quelconque. Ajoutons, pour ceux qui n'y penseraient pas , que la pratique , pour être efficace, doit toujours être guidée par Tintelligence et soutenue par la réflexion.
contre fort et oontre faux le valent ne lettre» ne soeanz.
Aphorisme ancien qui se trouve dans un écrivain du quinzième siècle, et que les nouveaux éditeurs des Instilute coutumières de Loisel ont admis , sinon comme un axiome juridique^ du moins comme un dicton en usage autrefois.
11 exprime d'ailleurs une vérité qui n'est que trop bien établie. La force et la ruse professent un égal mépris pour les engagements le s plus sacrés, et quand elles se trouvent réunies , il n'y a guère que Dieu qui puisse en avoirraison.
Port est qui abat, mais plus fort est qui se relève.
On peut renverser un homme fort par surprise, et il ne 'faut souvent pour cela
DES PROTEIIB£S FRANÇAIS. 329
qu'un peu d'adresse et une force ordinaire; mais si celui-ci parvient à se relever et a reprendre ses avantages, on ne saurait nier qu'il n'ait fait preuve d'une vigueur bien supérieure à celle de son adversaire. Au moral, bien plus peut-être encore qu'au physique, savoir se relever après une chute, c'est-à-dire reconnaître une erreur et réparer une faute, est une preuve de cfurage et d'énergie qui double en quelque ^orte nos forces pour l'avenir.
Avis aux forts qu'une trop grande confiance en eux-mêmes a fait tomber ; avis à la société elle-même que son imprudence eu la ruse de ses ennemis a pu mettre en danger, mais qui reprendra sa situation ancienne et ses avantages naturels le jour où, revenue de sa première surprise, elle aura retrouvé la conscience de son droit et la ferme volonté de réunir en un seul faisceau toutes les forces morales dont elle est seule la véritable et légitime expression.
La raison dn pins fort oot toujours la meU-
lenre.
Vers devenu proverbe, parce qu'il exprime, non ce qui devrait élrc, mais ce qui est. 11 n'y a malheureusement pas de droit qui puisse tenir contre la force, et rtiistoire ne confirme que trop l'exactitude de cet aphorisme. Par compensation toutefois, et pour consoler la vertu, il existe^ ailleurs que sur la terre, une justice contre laquelle aucune force ne saurait prévaloir. Qui croit à cette justice est plus fort qu'on ne pense.
contre manvaiso fortune bon oœnr.
Conseil salutaire, mais rarement et difficilement suivi. C'est qu'il faut, pour le mettre en pratique^ autant d'énergie dans le caractère que de fermeté dans l'intelligence et d'étendue dans l'esprit. 11 existe toutefois un assez grand nombre d'hommes habiles qui savent fort à propos sjb donner les apparences de ce courage, et ils s'en trouvent ordi-
DES PROTEftBES FRANÇAIS. 331
nairement fort bien. Que serait^^îe donc si cette vertu se trouvait placée en bon lieu ?
un fon avise bien nn sage.
Ce dicton est ancien, car on le retrouve presque textuellement chez les Latins. Un de leurs portes a dit:
S<tpl etiam êtultus valdè opportuna loculus. Un fou plus d'une fois parla fort à propos.
On pourrait rappeler encore, à l'occasion de ce proverbe, un propos fort ingénieux de Caton Tancien. Le célèbre Censeur disait « que les fous étaient plus utiles aux sages que ceux-ci ne pouvaient Têtre aux fous ; » « car^ ajoutaitil, pour expliquer sa pensée, un homme de sens peut bien tirer des extravagances d'un insensé quelque avertissement profitable, tandis qu'un fou est tout à fait hors d'état de tirer le moindre profit des bons exemples d'un homme sensé. »
C'est là, au reste, comme on le voit, un point de vue particulier qui ne s'applique que d'une manière très- indirecte
333 LA FLEOR
à notre proverbe, qu'il faut interpréter ici dans son sens le plus naturel. 11 signifie qu'il arrive quelquefois qu'un fou peut dire une chose raisonnable ou donner un bon conseil. Ceci est rare, mais on ne saurait nier que cela n'ait eu lieu en quelque occasion.
Si ce dicton ne nous venait pas des anciens, on aurait pu en rechercher l'origine dans un fait qui se rattache à notre histoire. On sait que, dans le moyen âge et même à une époque assez rapprochée de nous, il était d'usage, à la cour et dans les châteaux des grands seigneurs, d'entretenir certains personnages qui portaient officiellement le nom de fous et dont le principal emploi était d'amuser leurs maîtres et d'égayer, par leur saillies plus ou moins heureuses, la société qui les entourait. Plusieurs de ces fous se trouvaient être des hommes d'un esprit agréable et quelquefois très-juste, et c'est en parlant de ceux-là qu'on a souvent pu dire très-exactement « qu'un fou vaut bien un sage, » Je ne voudrais pas jurer que ce ne fût là la véritable source de notre proverbe.
DES PROVBBBBS FRANÇAIS. 333
Les italiens ont aussi un proverbe relatif' aux fous que je rapellerai en passant; ils diluent, non sans quelque apparence de raison, que
Dans ses propres affaires, un fou voit à lai seul mieux que dix sages.
U ne f ant Jamais défier an fan de nuil faire.
Règle de prudence d'une application beaucoup plus fréquente qu'on ne le croirait, et dont Tobsenration ne saurait être trop recommandée. Il existe dans le monde une foule de gens qui semblent ne demander qu'à ^Ire contredits pour faire, sans hésiter et comme par bravade, les plus grosses sottises. C'est pour les fous de celle espèce qu'a été fait le proverbe. Un homme sage évitera donc avec le plus grand soin de provoquer l'extravagance de ces maniaques d'un nouveau genre, de peur de se rendre ainsi, en quelque sorte , le [complice de leurs folies.
33 4 LA FLBUR
Tête de|fon ne blanoMl Jamais.
S'il est yrai, comme on le croit gêné' ralement, que les tourments et les agitations de la vie aient pour effet ordinaire d'altérer la couleur de nos clieveux, on veut dire par ïk que F insouciance et la légèreté naturelles aux fous les mettent à l'abri de cet inconvénient.
D'autres personnes expliquent ce dicton vulgaire en disant que les fous deviennent chauves bien plus tôt que les autres hommes et avant la vieillesse. Je donne cette double explication sans la garantir; et s'il m'était permis , j'en hasarderais une troisième : je pense que le proverbe signifie tout simplement que la folie ou les folies abrègent les jours de l'homme et ne le laissent pas arriver jusqu'à l'âge où les cheveux blanchissent.
Le fou se ooape de son oonteaii.
On dit encore dans le même sens :
Le fou s'eoivre de sa bouteille.
Gela veut dire qu'il existe une foule
DBS PROVERBES FRANÇAIS. 3S5
de gens qui s'abandonnent sans réflexion à toutes leurs passions, etqui trouvent en eux-mêmes leurs plus grands ennemis.
Se complaire dans ses propres idées et s'abandonner sans réserve à ses penehants est pour rhomme une source de mécomptes et de douleurs dont il ne peut accuser que lui-môme.
ce n'est pas pour vous qM le four eiianffe.
Dicton trivial et populaire quiVadresse très-heureusement à ces gens présomptueux qui s'habituent à rapporter tout à eux, et qui semblent croire qu'ils sont en droit de réclamer une part dans tout ce qui se fait sans leur participation et même à leur insu. OU' les avertit ainsi qu'ils n'ont rien ni à prétendre ni à espérer là où Ton a su parfaitement se passer d'eux.
tmis les fons ne sont pas anx petitoa maisons.
11 y a là^ comme on le volt, une espèce de jeu de mots, au moins Indirect.
Si tous les fous devaient être eofermés, il n'y aurait pas, veut-on dire, de maison assez grande pour les contenir. Les Italiens ont un proverbe analogue, d'une expression assez piquante :
Si tous Ie« fous portaient un bonnet bUnc, le monde ressemblerait à un troupeau d*oies«
Pins on est de foas, plus on rit. .
Refrain d'une clianson de table bien connue, qui est devenu en quelque sorte la devise habituetledes réunions joyeuses et des amateurs de bonne chère, qui sont persuadés que le nombre des convives ajoute un nouveau charme au plaisir de la table. Un Anglais de mauvaise humeur, quia publié un recueil de Contre^ proverbes, ai parodié celui-ci , dans son sens, de la manière suivante :
A table, plus on est de mangeurs, plusMes parts sont petites.
Cet homme était probablement de la famille d'un gourmand que j'ai connu, et qui disait, par forme de sentence, que
« pour manger une poularde, il fallait n'être que deux Soi et la poularde. »
Bien ne ressemble pins 6 nnlionnêteliomme qu'on fripon.
C'est pour cela qu'un grand nombre de proverbes nous recommandent, sous des formes diverses, de ne pas nous fier aux apparences. Celui-ci est un des plus énergiques.
olen donne le froid selon le drap.
Autre forme du proverbe
A brebis tondue Dieu mesure le vent.
La Providence proportionne en général les épreuves auxquelles elle nous soumet à la force que nous pouvons avoir pour les supporter. Cette conviction est propre à nous donner le courage que Dieu exige de nous, et qu'il ne laisse jamais sans récompense. .
Tout fromage est sain.
S'il vient de ohiche main.
. Traduction littérale d'un aphorisme latin ;
Caseus ille bonus quem dat avara manus.
Gela veut dire qu'il ne faut pas faire abus du fromage, qui cesse d'être un aliment sain si Ton en mange en trop grande quantité.
Le fromage a é|.é, de tout temps et dans tout pays, un des principaux éléments de la nourriture de l'homme, et, de nos jours comme autrefois, il figure avec honneur, au moins au dessert, sur les tables même les plus recherchées. M. Brillât- Savarin, dans sa Physiologie du ^otU, a donné Taphorisme suivant que je ne pouvais guère me dispenser de rappeler à cette occasion :
Un dessert sans fromage est une belle femme à laquelle il manque un œil.
Gela est un peu prétentieux, mais cela est presque vrai.
Nous avons encore un autre proverbe ancien ou du moins une locution familière dans laquette le fromage se trouve cité :
Entre la poire et le fromage.
Cette locution indique l'espèce d'intimité qui s'établissait naturellement entre les convives à la suite d'un bon dîner et au dessert, au moment où Ton apportait le fromage et les fruits. C'était là le moment des confidences et d'une conversation tout à fait amicale. Nos desserts actuels sont trop splendides pour produire les mêmes résultats.
Fromage, poire, et pain, Repas de villain.
Il faut entendre ici le mot villain dans son sens d'origine. Il vient du latin vil^ lanuSf qui signifie fermier, habitant de la campagne. Nos paysans ont toujours vécu et vivent encore d'une manière assez frugale, et c'est à leur sobriété, autant qu'à l'influence du grand air, qu'ils doivent en général leur force et leur sanié ;
mais j'aime à croire qu'il leur est possible aujourd'hui, dans la plus grande partie de la Frauce, d'ajouter à leur ordinaire quelques aliments plus substantiels que ceux qui sont désignés dans le proverbe.
la ftnnèe va aux belles.
Ce dicton était déjà un proverbe chez les anciens, et nous le leur avons emprunté. Je n'en comprends pas très-bien le sens. 11 se pourrait toutefois qu'on eût voulu indiquer par là que l'envie et la médisance s'attachent de préférence aux jolies femmes, et que les laides sont à l'abri de leurs attaques. Je le croirais assez ; la fumée peut flétrir le teint des belles ou du moins altérer leur fraîcheur; les laides n'ont rien à perdre, et la fumée ne laisse aucune trace sur un visage qui n'a rien à risquer ou à perdre.
D'injaste gain Jnste daim.
On mérite de perdre ce que l'on a gagné par des moyens illégitimes. Daim est un vieux mot français , qui vient du
DES PROTSRBES FRANÇAIS. 341
latin Damnum (Perte, dommage), et qui n'est plus d'usage aujourd'hui. On eo retrouve toutefois la trace dans le mot Dam qui s'emploie encore quelquefois de nos jours.
11 existe dans presque toutes les langues, et dans la nôtre en particulier, un assez grand nombre de proverbes analogues à celui-ci, et qui attestent le peu de confiance et le peu d'estime qu'inspirait et que doit inspirer une fortune mal acquise. On se réjouit en général de voir un fripon ruiné, et la satisfaction qu'on en ressent , loin d'être un manque de bienveillance et de charité, doit être, au contraire, considérée comme un hommage rendu à la justice delà Pravidence. C'est là l'idée très-brièvement et très-heureusement indiquée dans ce proverbe.
Mieux vaut bon gardonr que bon amasseur.
Cette maxime demande explication; car, à première vue, on serait tenté de croire qu'elle manque de justesse :
examinée de plus près , on ne saurait nier qu'elle ne soit parfaitement exacte.
342 LA FUSDII
Il faut sans doute , pour être ce qu'on nomme ici un bon amasseur, posséder des qualités qui ne sont pas trèscommunes , c'est-à-dire, un ordre parfait dans TadminislratioD de sa fortune , une grande modération dans ses désirs , et une attention sévère à ne se laisser aller à aucune fantaisie ; mais s'il arrivait , comme on l'a vu plus d'une fois , qu'un homme qui aurait su pendant une partie de sa vie se résigner aux plus pénibles sacrifices , voulût jouir trop largement d'une fortune laborieusement acquise, cet homme s'exposerait peutêtre à perdre en quelques mois de jouissance tout le fruil de ses peines ; celuilà , au contraire , qui, mattre d'une fortune acquise, sait se maintenir avec fer^ meté dans les limites d'une sage modératiou , celui-là, dis-je , mérite plus d'éloges que l'autre. Amasser pour devenir riche un jour est une qualité qui sans doute a ses avantages et son prix ; être riche sans se laisser éblouir par sa fortune et sans en abuser, est presque une vertu. Voilà pourquoi le proverbe me semble vrai.
Des PROVERBES FRANÇAIS. 343
C'est le geai paré des plumes dtt paon.
Proverbe qui nous vient d'un apologue connu et dont on n'a que trop souvent à faire l'application. Les geais sont, au reste, des voleurs fort maladroits et qui se font presque toujours prendre. C'est qu'un bel extérieur ne saurait en imposer bien longtemps.
Amitié de gendre, soleil de décembre.
Le soleil du mois de décembre n'est pas bien vif et n'échauffe pas beaucoup, comme on sait , et quand il parait , ce qui est assez rare , il ne demeure pas bien longtemps sur l'horizon. On devine assez le sens de ce proverbe, emprunté par la France à l'Espagne, et qui fait entendre qu'on ne saurait faire grand fond sur l'affection d'un gendre. Cette assertion me semble trop absolue; il y a des gendres qui apportent à la famille dans laquelle ils sont admis un cœur tout disposé à s'allier li elle ; mais si cette famille n'accueille pas cette disposition
affectueuse , si elle ne voit , comme il arrive souvent, dans le nouveau venu , qu'un étranger admis par convenance et toléré par bienséance, il n'est plus étonnant dès lors qu'une amitié de ce genre ne soit pas bien vive ; mais quand il en est autrement, et cela arrive aussi , quand la famille sait voir , dans un gendre, un homme qui peut devenir un fils, le proverbe cesse d'être vrai, et le soleil de décembre n'a plus rien à faire là. Il ne s'agit donc ici, comme on voit , que de s'entendre sur les termes, et principalement sur les faits, pour démontrer que le ilroverbe peut être faux, peut être vrai, selon les circonstances, et que, par conséquent, il ne saurait être accepté d'une manière absolue.
Laissez faire A oeorges, il est homme d'Age.
Avis donné aux gens présomptueux de tous les âges, et aux jeunes gens principalement, qui offrent assez légèrement leurs conseils aux hommes dont ils en recevraient avec avantage. Le nom de GeorgeSy qui domine dans ce dicton, se
DES PBOVEtBES FBMIÇAIS. 34 S
rapfvorte , à ce qu'on assure , an cAbre Georges d'Amboise , areherêqBe 4e Rouen , qui passait , an qninzIiHe siècle , pour un homme fort édairé , tfè»capable de se diriger Ini-même eaUMêe occasion, et de donner aox antres iTesKcellents conseils.
Mais Tant lalinfw lafstau
Dicton trivial qui s'applîqoe ^
qui valent moins que leor baM. 0 dit quelquefois par manière ée terie , mais on l'emploie ptmt ment et presque toiqoim es part.
Faire à Mm fciW
Dicton proverbial lrè»-aaciai , qoi se rapporte à l'usage qui existait autrefois d'offrir à Dieu, par riDleraiédialredeses ministres sur la terre, la dixième gerbe de chaque champ de blé, redevance Indiquée sous le nom spécial de dùnt.
L'intérêt privé , en lutte constante avec le devoir et la conscience, et souvent
plus puissant que les lois, même les plus respectées, déterminait fréquemment les cultivateurs à ne présenter pour la dtme que les gerbes les moins fournies de grain et presque réduites )i n'être véritablement que de la paille. De là le proverbe, pour désigner les mauvais chrétiens qui n'offrent à Dieu que ce qu'ils ont de moins précieux.
Dans son sens primitif , et depuis la suppression légale de la dtme , ce proverbe ne saurait plus avoir d'application directe parmi nous ; dans son sens figuré, il signifie aujourd'hui^ comme il signifiait autrefois , qu'il y a une foule de gens qui ne remplissent en quelque sorte qu'à regret leurs obligations les plus sacrées , et qui s'arrangent en conséquence de manière à s'en acquitter au moins de frais possible, oubliant tout à fait qu'en pareille occasion c^est la volonté d'être juste qui fait tout le mérite de l'offrande.
A vatnere sans péril on triomphe sans gloire.
Vers inspiré par un sentiment réel et profond de la véritable gloire, et qui mé-
riUit bien , par conséquent, de devenir proverbe. La gloire et la vertu ne sont dignes de leur nom que lorsqu'elles ont été achetées par le combat.
Serves fiedard, sa femme est en oonohe.
Dicton trivial et populaire que j'entends répéter tous les jours sans avoir pu encore me rendre un compte bien exact des circonstances auxquelles il devrait son origine. On assure qu'autrefois , dans le Béarn et les provinces basques qui l'avoisinent , il était d'usage que l'homme dont la femme venait d'accoucher se mît au lit en même temps et se fit servir, dans cette étrange situation , avec un soin minutieux et la plus grande recherche. Mais c'est là une tradition un peu vague et qui ne me paratt pas suffisamment fondée. Je trouve aussi , dans l'histoire d'une peuplade assez peu connue de l'Amérique du Sud , Tindication d'une coutume exactement semblable.
Je ne veux pas nier absolument que cette singulière coutume ait existé quelque part , mais j'ai peine à croire que notre
348 LA FLEOR
proyerbe nous soit arrivé de si loin , et, jusqu'à preuve contraire , je demeurerai persuadé que ce dicton bizarre doit son origine à quelque fait particulier, à quelque anecdote locale dont il est impossible aujourd'hui de retrouver la trace.
Délier le nœnd gordien.
Ce dicton, qui nous vient des anciens, fait allusion à un fait de l'histoire d'Alexandre. Le char d'un certain Gordius, père de Midas , ofihrait , dans l'une de ses parties accessoires ( le timon ) un nœud fait avec tant d'adresse qu'il était impossible de le dénouer. Alexandre , après quelques efforts inutiles , trancha la difficulté en coupant le nœud avec son épée. C'était la meilleure manière d'en finir avec une entreprise dont le résultat n'eût pas compensé la peine qu'elle eût donnée.
L'action d'Alexandre a donné lieu au proverbe , et il faut peut-être savoir gré au conquérant d'avoir, en cette circonstance, donné un exemple bon à suivre quelquefois, même quand il s'agit de dif-
Acuités d'une toute autre oature qat edk qu'il trancha si viyenient.
La ganmuuidise a tné ^tos d'bMniM fw
répae.
Aphorisme ancien que nous avons traduit textuellement du latin, et qui exprime une vérité que personne ne conteste, et que presque tout le monde oublie dans la pratique. Je rappellerai à cette occasion Texcellente sentence d'un philosophe chinois :
Tout le moode frémit an seul nom de poison, qooique il n'y ait pas un homme snr dix mille qui en meure; des milliers de personnes périssent par leur intempérance, et cependant tout le monde s'y livre.
On a dit également avec raison « que les médecins et la mort n'ont pas d'enmi plus sûr que la sobriété, et de meilleurs amis, de meilleurs fournisseurs que la gourmandise et les cuisiniers. »
Des goûts et des oMltvn, U ne fant ptint en disputer.
Conseil d'aulaat meilleur à suivre que la dispute la plus vive , la discussion même la plus savante et la plus claire n'arrivent jamais à changer l'opinion de personne , ni même à modifier son goût ou ses inclinations. J'ai connu , il j a bien longtemps , un homme d'un esprit fort distingué et d'un très-grand sens , qui acheta un jour des fauteuils de couleur bleue, dans la persuasion qu'ils étaient rouge-cramoisi. La conformation particulière de sa vue ne lui permettait pas de distinguer les couleurs, et ses meilleurs amis ne purent parvenir à lui démontrer qu'il avait commis une erreur capitale.
Il se laissa persuader, mais il nefutpas convaincu. Dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre moral, il existe des anomalies du môme genre qu'il est tout à fait superflu de combattre , et c'est presque de la folie que de l'essayer; car on ne manque presque jamais de se brouiller
DES PROVBRBBS FRANÇAIS. 351
avec ceux que l'on espère convertir, et dpnt on n'a réussi qu'à blesser Tamourpropre.
AU mal de la goutte
Les médeoins ne votent goutte.
Jeu de mots rimé qui touche de bien près à la vérité, si je ne me trompe ; car, malgré de sérieuses études faites avec conscience , malgré les plus pompeuses annonces et les plus séduisantes promesses, il ne paraît exister encore aucun spécifique bien éprouvé contre celte maladie toujours fort gênante , et souvent très-douloureuse, qu'il est en général plus facile de prévenir que de combattre.
On dit encore avec raison :
Gootte tracassée est à demi passée.
La goutte en effet s'attaque beaucoup moins aux hommes qui mènent une vie active et régulière qu'à ceux auxquels leur fortune permet de se donner de longs loisirs et des jouissances multipliées. Il ne serait pas , je pense , trèsdifficile de rendre raison de cela.
service des grands n'est pas héritage.
Dans les temps assez éloignés de nous où il exislail, en France, un certain nombre de grands seigneurs qui entretenaient autour d'eux une espèce de cour et un nombreux domestique, plusieurs personnes de condition médiocre s'attachaient à leur service, et se trouvaient assez fréquemment trompées dans les espérances qu'elles avaient conçues. C'était s'apercevoir trop tard qu'il vaut mieux dépendre de son travail et de son industrie que de s'exposer aux caprices d'un mattre.
C'est là ce qui donna lieu au proverbe qui demeure aujourd'hui sans application et seulement comme un souvenir Listorique. Il n'y a plus en France de grands seigneurs ; nous sommes tous à présent également grands ou également petits, comme on voudra.
Trop gratter onit, trop parler nnit.
Dir.ton un peu trivial qui exprime deux vérités de différente nature, mais
toutes deux également incontestables.
11 faut pardonner à la forme en faveur du fond.
U ressemble à arlboiiille, Il se Jette dans reav de peur de la ploie.
Allusion jo)^euse et ironique à ces étourdis, plustommuns qu'on ne le croirait, qui ne manquent jamais de se mettre dans rembarras pour échapper à un simple désagrément.
Boileau a dit la même chose plus gravement et en d'autres termes :
Souvent la peur d'ua mal nous conduit dans un pire.
Le nom de GribouUle rappelle probablement ici un niais contemporain du proverbe, ou plutôt encore quelque bouffon célèbre par ses naïvetés , comme Ta été plus récemment notre Jocrisse, Mais je n'ai trouve nulle part de renseignements sur un farceur de ce nom.
354 LA FLEUa
G'est oros-jean qui vent en remontrer à stn
onré.
Proverbe bien connu, compris de tout le monde, et qui, bien que très-ancien, semble toujours nouveau. C'est que la famille de Gros-Jean existe à peu près depuis l'origine du monde, qu'elle se multiplie tous les jours , et qu'elle menace de vivre encore longtemps. On voit , comme l'a dit un autre proverbe , que:
Les grandes familles ne manquent jamais de prospérer.
Les Grecs caractérisaient assdz durement les Gros-Jean de leur époque en disant:
C'est un pourceau qui veut en remontrer à Hinerte.
Et les Romains avaient trouvé cette formule si expressive, que, sans se donner la peine d'en chercher une autre , ils l'avaient adoptée textuellement.
arosses gens, bonnes gens.
J'ai entendu quelquefois répéter ce proverbe que je ne crois pas très-concluant. 11 aura sans doute été inventé par quelque flatteur qui voulait tirer parti des faiblesses d'un gros homme.
J'ai connu , pour ma part , plusieurs personnages d'un immense embonpoint qu'on pouvait trouver des hommes trèsHSpi rituels et très-malins , mais dont on n'aurait pu dire sans mentir qu'ils étaient de bonnes gens. Je ferai remarquer en passant que, dans notre langage familier, l'expression bon-homme se prend rarement en très-bonne part.
Évitons ces maximes absolues qui pour vouloir trop dire ne disent rien du tout.
A la guerre oommo A la guerre
Il faut savoir accepter sans humeur et sans faiblesse les exigences d'une situation quelconque, et se conformer aux circonstances en homme qui, dans l'occa-
356 LA FUtOR
sion , saurait les maîtriser. En tout, savoir prendre son parti n'est pas un petit mérite ; dans les grandes choses , c'est une vertu.
eaeux et glorieux.
Cela arrive quelquefois , et je ne saurais en vérité en faire un grand crime aux hommes qui , dans un certain sens , méritent qu'on leur applique cette double épithète. Une noble fierté ne messied nullement à un homme pauvre , s'il sait, en demeurant fidèle à tous ses devoirs, et en respectant toutes les convenances» se montrer supérieur à sa fortune et libre en face de l'adversité.
la devise de ■• de finise : A chaoui mb tour.
Le duc de Guise , chef de la Ligue et du parti catholique» en France , au seizième siècle, avait fait inscrire sur sa bannière cette devise qui fut interprétée fort diversement. Ses adversaires crurent y voir une menace d'usurpation et une bravade d'ambitieux. « A chacun son
tour, » selon eux Toulait dire « que le tour de la maison de Lorraine était arrivé , et que celle maison entendait faire valoir au trône de France les droits qu'elle tena^it d'un de ses aïeux, Charles de Lorraine, Tun des compétiteurs évincés de Hugues Capet. » U ne serait pas tout à fait impossible que telle eût été d'abord la pensée du duc de Guise. Dans ce cas, les événements lui prouvèrent qu'il avait trop espéré. Peut-être aussi n'était-ce là qu'une simple devise chevaleresque qui annonçait l'espérance d'une victoire sur les protestants révoltés; peut* être encore n'exprimail-elle tout simplement que le sentiment des vicissitudes ordinaires delà fortune, et dans ce cas, elle pourrait aujourd'hui demeurer inscrite sur les drapeaux de plus d'un parti.
a n'y a pas de grand homme pour son valet de ehambre.
On entend ordinairement par Yk qu'un graad homme est, comme l'homme le plus vulgaire, soumis aux Infirmités de
notre nature et "k des nécessités d'un ordre inférieur, qui, sans diminuer réellement son mérite, lui ôtent pourtant, aux yeux de ceux qui le voient trop familièrement, quelque chose du brillant prestige qui Tentoure aux yeux des autres hommes. On ne saurait nier qu'il n'en soit ainsi pour l'ordinaire. 11 est bon toutefois de remarquer que cette observation s'applique beaucoup moins "k la vertu elle-même qu'à ses dehors, et surtout à l'éclat dont elle frappe le public. On sent très-bien alors que le plus grand homme du monde ne saurait être dans tous les instants de sa vie sur un piédestal et qn'il ne peut y avoir de héros pour le valet de chambre. Mais s'il s'agissait uniquement ici de ces vertus Intérieures et domestiques qui, pour avoir moins d'éclat que les autres, n'en sont ni moins difficiles ni moins réelles, je crois que le proverbe pourrait bien cesser d'être vrai; car ces vertus-là ne peuvent que gagner à être vues de plus près.
Dans son sens ordinaire, le proverbe s'entend quelquefois aussi des grandes
réputations qui ont plus d'éclat que de fondement et qui résistent mal "k un examen sérieux et approfondi.
L'babit ne fait pas le moine.
Dicton bien connu, parfaitement compris et fréquemment répété, et qui n'empêche pas que la plupart des gens ne se laissent sottement séduire par les apparences et par Thabit.
Ce proverbe n'était d'abord qu'un simple axiome de droit, d'une application fort restreinte et toute spéciale : les anciens jurisconsultes disaient en latin que « ce n'était pas Thabit, mais la profession, qui faisait le moine, » et l'on comprend sans peine comment cet axiome a pu arriver à sa signification actuelle.
Les anciens reconnaissaient, comme nous, la puissance de Thabit; c'est Pha^ bit gui fait l'homme^ disaient-Ils, dans un sens ironique, et ce dicton se trouve chez les Grecs, comme chez les Latins.
On a dit aussi en France, dans l'ancien temps :
Robe reCaiet moult l'homme.
Et nous disons encore aujourd'hui :
L'habit ne fait pas l'homme, mais il le pare bien.
Toutes ces maximes ont leur côté vrai, si on sait les envisager sous leur véritable point de vue ; mais je préfère à tout cela un excellent proverbe en usage chez les Russes :
On reçoit un homme selon rhabit qu'il porte; on le reconduit selon son mérite.
Malheureusement, partout on se décide avec quelque peine à reconnaître le mérite sous la livrée de Tindigence, et c'est presque du courage que de savoir l'honorer convenablement sous un habit déchiré ou même simplement passé de mode.
^Tout le monde connaît l'agréable EpUre à mon habit, dans laquelle Sedaine a très-heureusement développé ridée contenue dans ces divers poverbes.
L'habltade est une seconde natnre.
C'est pour cela qu'il importe si fort de faire contracter de bonne heure aux en-
fants rhabilude de bien penser, de bien dire et de bien faire, et de combattre en eux, ayec une sollicitude active et Tîgilante, tout ce qui pourrait contribuer à corrompre leur cœur et a fausser leur esprit. Tout l'avenir de notre vie dépend souvent de la première éducation que nous avons reçue.
Dis- moi qui ta bantes. Je te dirai qui ta es.
On ne court presque jamais aucun risque à juger les gens parleursamis ; rinti« mité qui existe entre deux personnes suppose presque nécessairement cbez elles ou des vertus ou des vices analogues; « qui se ressemble s'assemble, » dit un autre proverbe également juste.
Je citerai encore les dictons suivants, comme rentrant dans le sens du premier :
Ne touchez pas au charbon, car 8*il ne brûle, au moins il noircit.
Par compagnie on se fait pendre.
Il se vend plus de Iiarengs que de soles.
C'est qu'il y en a bien davantage, et que leur prix peu élevé les met à la portée du plus grand nombre. Les choses rares et chères ne trouvent que peu d'acheteurs. Ce dicton n'est autre chose qu'une variante du proverbe suivant :
Il y a bien plus de petites bourses que de grandes.
Hàtes-vens lentement.
Dicton emprunté littéralement aux Latins, qui l'avaient eux-mêmes pris des Grecs. 11 contient un conseil salutaire qui ne paraît singulier qu'aux gens qui ne connaissent ni la valeur exacte des termes, ni le prix de la réflexion. On n'entend conseiller ici à personne la lenteur comme un élément de succès, mais seulement prémunir les empressés contre les inconvénients d'une ardeur irréfléchie. Se hâter lentement ^c^esX marcher à la fois avec une persévérance infatiga-
b|e et avec une prudente réserve vers le but qu'on veut atteindre, sans compromettre par la paresse ou par des imprudences le succès auquel on aspire; ce qui rentrerait à peu près dans le sens de cette autre prescription : « 11 faut faire ce qu'on fait. •
Les Italiens ont un proverbe qui doit être rapproché du nôtre : « Qui va doucement va loin, » disent-ils. On connaît aussi ringénieux apologue du lièvre et de la tortue.
Qui ne liasarde rien n'a rien.
Traduction libre et familière d'un aphorisme latin bien connu :
jiudenles fortuna juval.
La fortuoe vient en aide aux audacieux.
C'est la maxime favorite des hommes qui ne doutent de rien, des joueurs et de ces aventuriers politiques toujours prêts à risquer sur un coup de dé tout leur avenir et même l'avenir de leur pays.
L'homme sage ne manque, dans l'occa-
364 LA FLBUB
8ioQ, ni de courage, ni même d'audaee, mais sa raison et sa conscience ne lui permetlent pas de rien livrer au hasard, c'est-àHlire aux caprices de la fortune.
un lioiiiiie en dangar de se noyer s'aoervene an moindre brin d'Iierbe.
Ce diclon, incontestable dans son sens naturel, est tout aussi vrai dans sa signification figurée. Un homme qui tremble pour sa vie, un homme qui craint pour sa fortune, ne sauraient, ni Tun ni l'autre, se montrer bien difficiles sur le choix des moyens de salut qui s'offrent à eux. Dans leur désespoir, ils s'accrochent à tout.G'est là ce qui explique, ce qui excuse même jusqu'à un certain point chez quelques malheureux, des résolutions extrêmes, qui ne peuvent être justifiées que par la nécessité. Nul de nous ne peut se croire totalement à Tabri d'une telle situation, et c'est cette pensée qui doit nous rendre en même temps indulgents pour les autres et très-attentifs sur nousmêmes, pour ne pas nous y exposer volontairement.
ér
■aoTtlM ktrbe arott Untotn.
Dicton ramilier qui s'emploie ordinairement par forme de (daiMoterie, et qu'on applique en riant aux eafantBqiii semblenl grandir trè«-Tite. Comme il «« fondésur un faitrAel, iineMraitpastrop mal peut-être de le prendre quelquefois au sérieux, ne rût-c«que pour doue rappeler avec quelle attenlîon perséviraaie, avec quels goiiu assidus un bon culiiral«ur s'applique à puiser ses ebamps des mauvaises herbes qui les obstruent, et qui les couvriraient bientôt de toutes parte s'il ne les empécbait de se Multiplier à l'inflni en leur faisant une guerre opiniitre et sans relâche. Il y a là un conseU indirect et un exemple bon à suirre |>oiir tous ceux qui, par circonstanœ on par devoir, se consacrent a l'éducation de ta jeunesse. Ils doivent, comme le bon laboureur, ne nen uégliger pourécarter, pour extirper du cœur des enfants qui leur appartiennent ou qui leur sont confiés toutes les herbes nuisibles qui pourraient en altérer la pureté ou élouffieren
Plus benrenx que sage.
Dicton familier qu'on a mille occasions d'appliquer tous les jours, et qui semble justifier bien des folies, qui, contre toute attente, ont pu être faites impunément. Les Iiommes prudents n'aiment pas "k courir des hasards de ce genre, parce qu'ils savent qu'il ne faut jamais compter sur la fortune, ou, pour mieux dire, que la Providence n'a confié ses seci^ets à personne.
On se beute toujoars où Ton a mal.
C'est que le moindre contact se fait sentir très-vivement sur une partie déjà malade et par conséquent douloureuse, tandis qu'il est à peine senti dans une partie complètement saine. Tel est, à mon avis, le sens véritable de ce dicton, qui, comme on voit, demandait à être expliqué. Au moral, il est susceptible de la même interprétation : un hoibme qui a éprouvé de grandes infortunes, de vives douleurs morales, est plus facile à émou-
«voir, à affliger q^e celui qui a toujours été heureux.
roffloe découvre rbomme.
Les fonctions publiques mettent en évidence le mérite ou l'incapacité de rhomme qui les occupe. C'est, pour la plupart des gens, une épreuve d'autant plus difficile, que les hommes en place ne manquent pas d'envieux et qu'on est toujours disposé à les juger sévèrement.^ C'est à peine même s'ils peuvent espérer quelque bienveillance de la part de leurs amis.
Nous avons un autre proverbe qui dit la même chose sous une autre forme et dont celui-ci n'est qu'une variante :
A l'œuvre on conDait Touvrier.
Un homme de paille vaut mie femme d*or.
Gela est très-fier, très-impertinent méme^ mais cela n'est pas vrai. Quoi, qu'on en puisse dire, un homme de paille n'est pas un homme, une femme d'or est
368 LA FLCOR
plus qu'un homme. Je' ne sais pas» je n'examine pas même s'il existe au monde beaucoup de femmes d'or, maift ce que je sais, ce que tous mes lecteurs savent parfaitement comme moi, c'est qu'il y a dans le monde une foule d'hommes dont les femmes font exactement tout ce qu'elles veulent. Je ne dis pas qu'il faille appeler ces dames-là des femmes d'or, mais, à coup sûr, leurs maris sont bien des hommes de paille.
Au demeurant, les femmes sont généralement assez dépréciées par la plupart des hommes et des proverbes ; elles s'en inquiètent fort peu^ laissent dire les uns et les autres, et se contentent, pour toute réponse, d'être presque toujours et presque partout de véritables maîtresses, dans toute l'étendue et dans toutes les acceptions qu'on voudra donner à ce dernier mot.
Défles-veas d'mi homme marqvé an B.
Maxime proverbiale qui doit son origine à un préjugé ridicule que son antiquité ne saurait justifier, et qui ne
soutient pas le plus léger exameo. Un homme bègue, boiteux, borgne ou bossu ne vaut pas moins qu'un autre homme ; il a seulement le désavantage de souffrir d'une infirmité dont il est parfaitement innocent, et dont il est souverainement injuste de lui faire porter la peine. 11 y a donc dans ce dicton malveillant et faux un sentiment de cruauté dont il faut savoir se défendre, et une erreur de jugement qui ne prouve rien autre chose que la sottise de celui qui l'emploie. Je ferai remarquer à cette occasion que lord Byron et Walter Scott boitaient^ et que Gamoëns était borgne. Quant aux bossus, je n'en dirai rien ; leur malice et la finesse de leur esprit sont assez bien constatées pour leur laisser à eux-mêmes le soin de se défendre contre ce proverbe malencontreux.
Tant vaut l'homme, tant vaut la terre.
Aphorisme d'une vérité frappante, que l'expérience confirme tous les jours, el qu'on ne saurait trop répéter, car il s'applique à tout. 11 est hors de doute en ef-
fet, pour quiconque veut se donner la peine de regarder autour de lui et de réfléchir à ce qu'il voit, que le succès d'une aflfaire, d'une entreprise quelconque, dépend presque toujours beaucoup moins des ressources dont on peut disposer que de l'intelligence qui seule pos~ sède le secret d'employer utilement ces ressources. Mille sots réunis peuvent en quelques jours dissiper 'des millions, là où un homme d'intelligence parviendrait, avec un capital médiocre, à obtenir de magnifiques résultats. Le capital sans doute a bien son importance, la main qui exécute n'est pas non plus sans ' mérite, mais l'esprit qui dirige a une bien autre valeur que tout cela.
L'honneur vant mieux qne l'argent.
Variante du proverbe :
Bonne reoonmiée yaot mieux qaecttnture dorée.
Il y a. toutefois une foule de gens qui préfèrent l'argent à tout et auxquels l'argent tient lieu de tout. Ce qui n'empêche pas les deux proverbes d'être vrais.
les iiranean «hAngent les monrs.
Proverbe que nous avons emprunté littéralement aux Romains, et qui est vrai aujourd'hui comme il l'était de leur temps, comme il Ta été dans tous les siècles. On a dit avec raison qu'il faut plus de vertu pour supporter la prospérité qu'il n'en faut pour endurer l'infortune. Il n'y a en effet que les âmes élevées^ les esprits tout ^ fait supérieurs qui sachent rester modestes dans les grands emplois et humbles dans l'opulence.
J'ai pourtant quelquefois entendu ac-^ cuser ce proverbe, sinon tout à fait de fausseté, au moins de quelque inexac-^ titude dans un certain sens. « Les honneurs ne changent pas les mœurs, a dit un philosophe ancien, ils donnent seulement ^ l'homme l'occasion de se montrer sans déguisement. On ne dissimule plus rien alors qu'on n'a plus rien à désirer ou à craindre. » On ne saurait nier que cette observation n'ait aussi sa justesse, malgré son apparence paradoxale.
Il n'y a qie les lionteiiz qui p«ré«iit.
La timidité ou la défiance de soi-même paralysent souvent les plus puissantes facultés et nuisent presque toujours au succès. Mais c'est là une maladie qui a toujours été assez peu contagieuse et <}ui a presque complètement disparu. Aussi beaucoup de gens, auxquels on n'aurait guère supposé de mérite, ont-ils, trouvé le secret de faire rapidement leur chemin ou leur fortune.
Ce proverbe n'est qu'une variante de celui-ci :
La fortune vient en aide & qui sait oser.
A l'impossible nul n'est tenu.
Aphorisme d'une vérité trop évidente pour avoir besoin d'être démontrée. La même idée se trouve renfermée, d'une manière plus ou moins explicite, dans les proverbes suivants :
Nécessité n'a point de loi.
On fait ce que l'on peut et non pas tout ce qu'oa
veut.
PBOTBBBES FBAflÇAIS. S^S
Qaawl <M a Eut lort ee ^oa pcHi, oa ae sutrait
être teao à Eure davaalaf^e.
La bonne volonté est répatêe po«r le &it.
La plus belle fille du monde ne pent donner
qne ee qu'elle a.
llntenUra est répatée pm le flUt
11 faul bien s'entendre sur le sens véritable et légitime de ce proverbe, car il n'y a guère que les paresseux et les hommes à conscience facile qui puissent se permettre de le prendre tout à fait à la lettre.
Que les bonnes intentions aient leur genre de mérite; qu'elles puissent, en certains cas, très-rares toutefois, être en quelque sorte réputées pour le fait, Je le veux bien; mais il faut reconnaître aussi que, dans le plus grand nombre de circonstances, c'est le fait seul, c'est Faction qui démontre et qui JuitHle l'intention. L'inertie en général ne saurait être considérée comme une vertu.
On a donc dit aussi, avec beaucoup de sens et de vérité, que
L'cnftr cft pavé de boflMt tolMlkMt,
G'e6t-à«dire qu'une foule de gens se perdent tous les jours moins encore de propos délibéré que faute de trouver ou de ctiercher en eux-mêmes le courage d'accomplir leurs bonnes résolutions. Pour arriver au bien, nous avous tous un combat à subir et nous ne nous laissons vaincre que trop souvent.
On entend quelquefois notre proverbe dans un sens défavorable, et pour indiquer qu'il n'a manqué à un homme pervers que l'occasion pour mettre à découvert ses mauvaises intentions. Cette interprétation demande une extrême réserve ; car il ne se faut décider que sur des preuves bien évidentes et en quelque sorte irrécusables à accuser ou même à soupçonner les intentions d'aulrui. Entre les deux sens du proverbe, la sagesse nous dit qu'il y a un milieu à tenir, pour ne pas nous exposer à pêcher par excès d'indulgence ou par excès de sévérité.
I^ y a on sien ponr les Ivrognes.
On veut dire par là, sous forme de
plaisanterie, qu'il n'arrîTe pas toujours aux ivrognes de si nombreux et de si graves accidents «{u'ils en auraient à redouter. 11 semble en effet que la Providence leur accorde une espèce de protection dont, à nos yeux, ils semblent en général assez peu dignes. On trouve encore ce proverbe sous la forme suivante :
Dieu aide à trois sortes de gens, aux fous, aux enfants et aux ivrognes.
on volt plas de vieux ivrognes que de vieux
médeoias.:
Maxime vulgaire dont il n'est pas trèsdifficile de reconnaître la source. Elle a certainement pris naissance dans un cabaret. J'inviterai toutefois, en passant, les amateurs à ne pas trop s'y fier, car le proverbe n'est pas aussi concluant qu'ils le pensent. Il est peut-être vrai, comme on le dit, qu'il existe plus de vieux ivrognes que de vieux médecins ; mais ne serait-ce pas tout simplement parce qu'il se trouve en général dans le monde
cent fois plus d'ivrognes que de médecins?
font parait Jaune à qni a la Jannisse.
C'est probablement par une raison analogue que, i comme par instinct, les sots ne peuvent trouver d'esprit à personne. Un œil et un esprit malades ne sauraient avoir la vision bien nette.
je m'en moqne oomme de Jean de Wert.
Jean de Wert commandait, dans la première moitié du dix-septième siècle, l'armée des Impériaux, qui occupa alors une partie de la France , et ses victoires répétées avaient inspiré chez nous une si grande terreur que le nom de ce redoutable ennemi était devenu partout un épouvantail dont les mères faisaient peur aux petits enfants. Mais fa fortune ayant trahi Jean de Wert, et ce général ayant été fait prisonnier et enfermé au château de Yincennes en 1638, la peur saisit bien vite l'occasion de prendre sa revanche ; et s'empressa de poursuivre de quo-
DKS PROVEftBtS F&ANÇAIS. 37 7
libels, de chansons, d*injures de tout genre, le guerrier cpii ne lui causait plus d'Inquiétude. De là notre dicton qui ressemble bien fort à une rodomontade» et qui, si je ne me trompe, fait beaucoup plus d'honneur à celui contre lequel il est dirigé qu'à ceux qui l'ont inventé. Nous avons encore, dans noire langue, une loculion analogue, une autre rodomontade indiquée en son lieu :
Jt m'en moque comme de l'an quarante.
A beau Jen beau retour.
Ce dicton, selon le ton dont 11 eslprononcé, renferme une promesse on une menace. 11 exprime, de la part de celui qui rénonce, l'intention de se montrer envers les autres tel que les autres pourront se montrer envers lui. Nous rappellerons ici la maxime analogue d'un moraliste ancien :
Attendez-voui à être traité comme voui aurez traité
les autref ,
Àb alto ezipeeUê alUri fiuod/«e«r%ii.
Bien avoir Tesoa en jeiuesM Sst le vrai gnerdon de vieillesse.
Le souvenir d'une jeunesse hoonète et réglée est la plus belle récompense d'un vieillard. Ce distique d*un de nos vieux poètes n'est guère autre chose que la traduction libre d'un passage du livre De la Vieillesse j de Cicéron :
Soyez vieux de bopne heure, dit-il, si voas voulez l'être longtemps.
Plus d'un vieillard , en effet, paye, dans les dernières années de sa vie, de^fort gros intérêts pour les jouissances et les désordres de sa jeunesse.
si jeiuiesse savait, si vieillesse peevalt !
Ce dicton proverbial, qui renferme la double expression d'un vœu et d'un regret, rappelle que Texpérience et la sagesse qui en résultent nous arrivent presque toujours trop tard pour qu'il nous soit possible d'en profiter. C'est là une de ces tristes vérités dont on a tous les jours
DES PROVEBBES FRANÇAIS. S79
roccasionde se conyaincre ; ce qui n'empêche pas que la plupart des jeunes |ens ne se croient en général beaucoup plus sages que leurs pères, et qu'un grand nombre de vieillards ne se flattent d'être au moins aussi propres à l'action que les hommes les plus jeunes et les plus vigou* reux. En ce monde, nul ne se connaît ni ne veut se connaître ; c'est probablement pour cela qu'il va si mal.
vous êtes orfèvre, monsieur josse.
Dicton proverbial que nous devons à Molière. Dans une de ses pièces {jP Amour médecin^, un M. Josse, orfèvre, consulté par un père sur les moyens qu'il pourrait convenir d'employer pour tirer sa fille d'une profonde mélancolie qui Tinquiète, insinue tout doucement que le cadeau d'un bijou précieux, d'une belle pièce d'argenterie pourrait bien être, dans la circonstance,un remède efficace et tout* puissant ; sur quoi le père l'interrompt tout à coup, et le réduit au silence par ces simples mots : « Vous êtes orfèvre, monsieur Josse.»
La réponse était, comme on voit, trèsheureuse et parfaitement dans^ la situalion'; aussi resta-t-elle dans toutes les mémoires, et devint-elle bien vile un excellenl proverbe qui s'applique parfaitement aux gens, plus nombreux qu'on ne pense, qui, toujours préoccupés de leurs propres intérêts , essayent, avec succès quelquefois, de faire tourner-à leur avan-. tage les conseils qu'il sont toujours prêts à donner, à offrir même à leurs amis.
$ens de bien aiment le grand Jonr, et les méchants les ténèbres.
L'honnête homme n'a aucun n^otif pour cacher ses aclions, ou, s'il le fait, ce ne peut être que par modestie. Les fripons ont, au contraire, mille raisons pour fuir le grand jour. Ce proverbe explique peutêtre .aussi pour quelle raison, dans les jours de trouble et d'émeute, on ne manque jamais de briser ou d'éteindre les réverbères.
les Jours se suivent et ne se ressemblent pas .
Manière très-simple d'indiquer la va-
riété infinie des divers accidents de la vie tiumaine , contre lesquels, de l'avis des sages de tous les temps et de tous les pays, il n'j a qu'un seul moyen de se pVémuoir, qui est de rester, en toute circonstance, invariablement fidèle aux inspirations de la conscience et à la sainte loi du devoir.
un baiser de Judas.
Proverbe qui nous vient d*une source sacrée et qui caractérise énergiquemen* les caresses d'un traître. Il doit être fort ancien, car il a été créé sans doute au moment même où la trahison de Judas semblait avec raison le type de tous les crimes du même genre. 11 est arrivé jusqu'à nous avec son caractère d'origine, et Ton trouve malheureusement encore quelquefois l'occasion de l'appliquer. 11 est juste d'ajouter pourtant que ces occasions deviennent de plus en plus rares.
De fol Jnge brèvo sentenoe.
Maxime qui fait partie d'un ancien
axiome de droit qu'il me paraît k propos de donner intégralement :
Sage est le juge qui écoute et tard juge, car de fol juge brève seateoce. 0
11 est évident qu'ici le mot brève doit être entendu dans le sens Aeprompte, 11 importe sans doute en général aux plai* deurs d'obtenir prompte justice, mais comme il leur importe encore davantage d'avoir bonne justice, il ne faudrait pas que la célérité qu'on peut mettre à juger un procès résultât d'un empressement irréfléchi qui n'eût pas permis de donner à l'affaire tout le soin qu'elle pouvait'exiger. C'est là le véritable sens du proverbe. On comprend facilement qu'il est susceptible d'une application fort étendue ; car, pour émettre un j<igement sur une question quelconque, il faut l'étudier avec soin, la considérer attentivement sous toutes ses faces, et ne prendre une décision qu'après avoir mûrement réfléchi. Les ignorants et les étourdis ne se donnent pas tant de peine ; aussi avons-nous, dans noire langue, un autre
•ES rftOTEBBKS nUKÇAlS. 383
proTerbe qui leur est parfaitement applicable:
Qoi rien oe tait de rien ne doute.
jaaaia eMp 4e piei 4e Jaaaat ne It ■«! à ■a ebevaL
Dicton un peu trivial par lequel on prétend aflKimerque les injures ou même les rigueurs les moins aimables d'une femme que Ton aime avec passion ne sauraient blesser, parce que l'amour excuse et pardonne tout. Dans la vie ordinaire, je ne conseillerais pourtant h personne de s'y fier trop aveuglément; car on se lasse de tout à la longue, et principalement des niaiseries amoureuses. Je crois, au surplus, que ce dicton a dû prendre naissance dans un village; car, dans la campagne, la tendresse la plus vive ou l'amour le plus ardent s*exprime habituellement par des agaceries qui ressemblent presque toujours Ik des coups de poing.
Extrême Jastioe, extrême iDjiutlee.
Traduction exacte el très-littérale d'un axiome latin très-ancien et dont la la vérité n'est plus contestée aujourd'hui, summum Jus^ summa injuria. L'exercice de la justice exige sans doute une ' fidélité inviolable aux règles de la morale et aux prescriptions de la loi ; mais cette fidélité n'exclut ni rappréciation des faits ni le discernement nécessaire pour en déterminer le véritable caractère. Ainsi, appliquer la loi dans sa plus extrême rigueur dans tous les cas qui se présentent, c'est s'exposer a commettre, par exagération , autant d'injustices qu'un juge faible et prévaricateur en commettrait par excès d'indulgence.
A Lagny combien vaat l'orge.
Dicton équivoque qui rapelle un incident particulier auquel les habitants de la petite ville de Lagny (Seine et Marne) n'aiment pas qu'on se permette de faire allusion.
On raconte en effet que celte petite ville s'étant, en 1644, révoltée contre Taulorité du roi , ne put être ramenée à ' l'obéissance qu'après une résistance trèsopiniàlre et très-prolongée. Le duc de Lorges, qui commandait l'armée envoyée contre elle^ se trouva si vivement offensé d'une résistance inattendue, qu'aussitôt la ville prise, il fit passer au fil de l'épée tous les hommes valides, et abandonna à toute la brutalité de la soldatesque les femmes et les jeunes filles qu'il avait ainsi privées de tout appui. Un pareil événement laissa, comme on le pense bien, de cruels souvenirs dans cette ville, et l'on conçoit aussi que les gens de Lagny s'irritent contre les impertinents qui osent en réveiller la mémoire. Pendant longtemps, un homme assez imprudent pour demander, en plein marché, comhienvalait Vorgeà Lagny ^ était sur-le-champ plongé \ plusieurs reprises dans un bassin qui «e trouvait sur la place, et apprenait ainsi à ses dépens qu'il est quelquefois utile de connaître l'histoire des gens avec lesquels on veut entrer en relation.
Je donne ici l'anecdote telle que la racontent plusieurs historiens^ sans la nier, mais aussi sans la garantir.
Lait sur vin, c'est venin ; vin anr lait, o'est
sonhait.
Dicton trivial fort commun et qui probablement n*en est pas plus vrai pour cela. On est obligé de recueillir ces sortes d'apliorismes populaires , ne fût-ce que pour avertir de s'en défier ou du moins de ne pas leur accorder une aveugle confiance.
ta lame use le fourean.
Gela est probablement vrai dans le sens matériel ; dans le sens figuré , on veut dire par cet aphorisme que la trop grande activité de l'esprit peut nuire à la santé, ce qui arrive effectivement quelquefois. Il arrive pourtant et peut^tre même aussi souvent , que l'occupation que l'homme intelligent sait donner à son âme a pour résultat de le préserver de bien des passions, et par consé-
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quent des écarts qui pourraient compromettre sa vigueur corporelle et son énergie physique. Il y a, au reste,v une foule de gens que Ton peut dire en quelque sorte tourmentés d'une activité maladive^ et c'est pour ceux-là particulièrement que le proverbe a été fait. 11 est vrai, qu'en revanche, il y a peut-être un plus grand nombre encore de fourreaux sur lesquels la lame n'exerce aucune influence.
Longue limgae, ooarte main.
Vérité reconnue qui se trouve exprimée de diverses manières dans les autres proverbes qui suivent :
Hardie langue, couarde lance.
Les plus grands parleurs ne sont pas les plus
grands faiseurs.
Qui menace a peur.
Chien qui aboie ne mord pas.
Chien qui veut mordre n^aboie pas.
Défions-nous donc, en général, des fanfarons de toute espèce et de tous les degr^ ; car ce ne sont, à bien prendre.
quB des Variétés plus ou moins bruyantes du genre charlatan.
11 faut toaiser sept fois «a langse éans sa bonobe avant de parler.
Maxime excellente, dont la raison recommande Tobseryation aux hommes comme aux femmes, aux vieillards comme aux enfants, mais qui s'adresse plus expressément encore, s'il est possible, aux hommes politiques et aux femmes qui affichent des prétentions à la sdence ou à l'esprit. Faute de cette sage et facile précaution, les uns et les autres s'exposent tous les jours à dire mille sottises, dont ils rougissent ensuite, mais trop lard. 11 existe un proverbe oriental qui dit peut-être encore mieux la même chose :
Peasez deux fois avant de parler: vous eo parlerez deux fois mieux.
Cette autre maxime, de même origise,
est également digne d'être retenue et surtout pratiquée :
Juge ta parole comme elle sera jugée par les au*
très.
Un oonp de Uagiie est pire qu'an oonp de
lanoe.
Oin guérit quelquefois, assez souvent même, d'un coupde lance, quelque grave, quelque profonde que puisse être la blessure qu'il a faite ; il est rare qu'on en puisse dire autant d'un coup de langue. La médisance et la calomnie laissent après elles des traces désastreuses que le temps ne réussit pas toujours à effacer.
n n'y a pas de bonne fête sans lendemain.
Aphorisme très-ancien et très-cher aux amis du plaisir et de la joie, qui prouve que l'homme aime à prolonger ses jouissauces et qu'il ne consent à les interrompre, en quelque sorte, qu'à son corps défendant. Cela explique comment, le lendemain d'un jour de plaisir, nous nous
trouvons fort peu disposés à reprendre nos travaux et nos occupations même les moins pénibles ; cela explique aussi comment les ouvriers de tous les états se sont habitués, à fêter le lundi. 11 faut véritablement beaucoup de raison, quelquefois même beaucoup de courage, pour savoir régler ses plaisirs de manière à ne compromettre ni sa santé, ni sa fortune, ni sa vertu.
■e remettez Jamais an lendemain ce qae vous ponvez faire le Jour même.
Excellent conseil, dont tout le monde reconnaît Tutilité, et que très-peu de gens ont le courage de suivre. Je rappellerai à cette occasion deux maximes chinoises qui s*y rapportent parfaitement:
Lorsqu'un homme dit : Je m'appliquerai à Tétude
de la sagesse lorsque j'aurai uq peu plus de
loisir, rien ne presse ; comptez qu'il ne le
fera jamais.
Lorsqu'un homme dit : Je ferai l'aumftne lorsque
j'aurai fait quelque épargne, soyez sûr qu'il ne
le fera jamais.
la liberté n'a pas de pins onielle'eniieiiiie qae la lioeaoe.
Je ne connais pas de mot qui soit en général plus imparfaitement compris que le mot de liberté. C'est que ce sont presque toujours les passions qui se chargent de le définir et de Tinterpréter. Pour le grand nombre, la liberté ne semble être autre chose que le droit de se livrer, sans réserve et sans contrôle, à tous les caprices, à toutes les folies, à toutes les extravagances , à toutes les violences même dont les révolutions ne fournissent que trop d'exemples. Pour l'homme sage, au contraire, la liberté n'est autre chose que Texercice indépendant et régulier de toutes les facultés de Thomme, dans les limites tracées par la religion, par la raison et par la justice. C'est là seulement ce qu'on peut, ce qu'on doit appeler la véritable liberté, la liberté qui sauve et maintient l'ordre social ; l'autre n'est que la licence qui perd infailliblement les individus et les nations. On a donc dit avec raison que la licence est la plus
cruelle eaneinie de la liberté ; car la, liberté périt presque toujours elle-même dans les combats que Tesprit d'ordre et de justice se trouTe forcé de liTrer à la licence.
■'est pas libre qui traîne son lien.
Un prisonnier qui |ratne encore une partie de la chaîne dont il était attaché, ne saurait être considéré comme pleinement rendu à la liberté, car il peut être repris ^ chaque instant. Cela est vrai, dans le sens ordinaire et naturel, mais bien plus vrai encore dans le sens moral. On n'est complètement dégagé d'une passion, d'un vice quelconque que lorsqu'on n'en conserve plus aucune trace dans son cœur, et qu'on s*est complètement affranchi de l'esclavage auquel cette passion ou ce vice le soumettaient. Avec des ennemis de ce genre, il faut rompre vivement, sans faiblesse comme sans ménagement, pour ne leur laisser aucun espoir de retour.
Il ne faut pas eonrir denx lièTres à la fois.
Conseil très-souvent donné, mais généralement peu suivi. La plupart des gens reconnaissent trop tard que le moyen de ne rien faire de bien est de vouloir faire trop de choses à la fois. H y a temps pour tout, et Thomme le plus habile est celui qui s'arrange d'avance pour faire chaque chose en son temps.
Ce dicton se retrouve chez presque toutes les nations sous la même forme.
A l'ongle on connaît le lion.
Un homme supérieur se fait reconnaître aux moindres indices ; car il hnprime en qij^elque sorte à ses actes les plus ordinaires et les plus simples le cachet de sa supériorité. Nous avons emprunté littéralement ce proverbe aux Latins qui disaient, dans les mêmes termes: Ex ungue leonem,
11 semble convenu de nos jours, et par Imitation d'une locution propre à l'Angleterre, d'appeler XioiM certains petits-
maîtres de tout âge, j'allais dire de tout sexe, qui meltent leur gloire à se faire remarquer, dans le monde et dans les lieux publics, par la recherche extravagante de leur toilelte, la fatuité de leurs manières et la futilité de leur esprit. Je n'ai pas besoin de dire, je crois, que ce n'est pas précisément aux Lions de cette espèce que s'applique notre proverbe.
Gomme on fait son lit on se oouohe.
Ce dicton vulgaire renferme un grand sens. C'est de Fhomme lui-même qu'il dépenâ^ en général, de régler sa destinée, au moins çn grande partie. Il suffit souvent pour cela de rester fidèle aux lois de la morale divine et aux règles de' la prudence humaine» Il n'y a malheureusement que très-peu de gens qui 'sachent se rendre maîtres de leur propre destinée. Tout le monde aime à être bien couché ; mais presque personne ne veut se donner la peine de faire son lit.
Ce D'est |Miesque jamais qu*au milieu des daBgers les plus pressants, au moment même où toute espérance de salut les abandonne, que la plupart des homm.es se souriennent qu'ils ont une âme et qu'ils doivent quelque chose à Dieu. La peur fait sur eux bien plus d'effet que la raison, et les rend dévots tout d'un coup. Ce dicton nous rappelle une anecdote très-connue qui peut parfaitement servir ici de commentaire. Un jeune moine, embarqué pour un long voyage, et qui ne s'était jamais auparavant trouvé sur un vaisseau, demandait, avec une certaine inquiétude, à son compagnon plus âgé, s'il y avait quelque moyen certain de reconnaître si une tempête oflVait de véritables dangers. — Un moyen Infaillible, répondit le vieux moine; et le voici : Tant que, dans un temps orageux, vous verrez les matelots s'agiter vivement, travailler avec ardeur; tant que vous les entendrez crier, tempêter, jurer
surtout comme à Tordinaire : ue vous inquiétez pus, et concluez que , si la situation est difficile, elle ne présente au moins nul danger sérieux ; mais si vous les voyez passer tout à coup de ragitatibn au repos, et de Tactivité à Tinaction ; si vous les entendez surtout réclamer, dans leurs ardentes prières, la miséricorde de Dieu et le secours de tous les saints, vous n'aurez plus vous-même qu'à recommander votre âme au Seigneur, car ce sera la preuve évidente qu'il ne leur reste plus aucun espoir de se sauver euxmêmes. M
On trouve, dans les poésies de J. Molinet, une autre forme de ce proverbe :
Larronceaux sont prud'hommes quand il tonne.
cet homme par le comme mi livre.
C'est une manière de dire qu'un homme parle bien, ou du moins facilement. H ne faut pourtant pas prendre cette expression trop à la lettre; car il y a un grand nombre de livres qui parient fort sottement, et ce ne serait pas bien parler
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que de parler comme eux. Mais on ne prend ici la cliose que du bon càxé.
' n orains l'Homme d'an seal livre.
Axiome attribué à saint Thomas d'Aquin , et qui a été adopté comme proverbe chez plusieurs peuples. On le trouve exprimé de la manière suivante chez les habitants de l'ite de Malte :
Garde-toi bien de diicuter avec l'homme qui n'a
étudié qu'un seul livre; car tu seras battu
infailliblement.
11 faut donc entendre, par cet aphorisme , qu'un homme n'est jamais si éclairé, si fort sur une science quelconque, que lorsqu'il a fait de cette science Tunique objet de ses études, et Ton ne saurait nier que cela ne soit parfaitement vrai. Mais s'il fallait conclure absolument de cette maxime qu'on doit borner toutes ses études à une seule question, à un seul livre, on serait beaucoup moins dans la vérité, et Tou too'berait dans une exagération non moins
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grande que celle qui consisterait à vous loir étudier trop de clioses à la fois. Le mieux est de garder à cet égard une juste mesure, et cette mesure consiste à savoir régler les études de manière à les rendre solides et efficaces, sans Jamais tenter de dépasser les limites imposées à nos facultés.
Quelques écrivains ont pris ce proverbe en mauvaise part, et pensent que celui qui Ta énoncé le premier a voulu dire qu'il n'y a rien de plus ennuyeux qu'un homme qui n'a lu qu'un seul livre, qui n'a qu'une seule idée, qui ne peut et ne sait parler que d'une seule chose. Sans nier que cette conclusion ait quelque chose de vrai, je ne crois pas que ce soit là le véritable sens de l'axiome attribué à saint Thomas d'Aquin.
Tel aatenT, tel livre.
Au point de vue purement littéraire, cela peut être vrai ; au point de vue moral, cela me semble plus que douteux. Il existe en effet un très- grand nombre de livres, qui ne sont rien moins que l'ex-
pression sincère des opinions ou des sentiments de leurs auteurs. C'est qu'on écrit en général beaucoup moins par conviction que par intérêt, et que l'on songe bien plus, par conséquent, à plaire à ses lecteurs qu'à leur 6tre utile. Là, comme ailleurs, on joue la comédie, et nous n'avons jamais manqué de gens écrivants auxquels on pouvait, en parfaite sûreté de conscience, appliquer un autre proverbe fort connu :
C'est le diable qui prêche la Passion.
Un gros livre est on grand mal.
Aphorisme attribué à un grammairien grec du xiv^" siècle, du nom de Gallimaque, que quelques personnes confondent mal à propos avec le poëte de ce nom.
Un gros livre n*est pas toujours un mal, sans doute; mais il a du moins, pour l'ordinaire, l'inconvénient d'effrayer et de décourager les lecteurs; il ne saurait donc être d'une grande utilité, et, sous ce point de Tue, on peut dire que les meilleurs livres sont ceux
dont les auteurs ont réussi à condenser le plus grand nombre de vérités salutaires sous un petit volume.
On me saura peut-être quelque gré de rappeler ici, à propos des livres, une maxime chinoise qui mérite d*étre retenue :
Lire uq bon IWre pour ia première fois, c'est faire
conoaissaoce avec un nouvel ami; le lire
une seconde fois, c'est en rencontrer un
ancien.
Je rapporterai aussi, par la môme occasion, deux proverbes, Tun espagnol, Tautre italien , qui vont naturellement Fun avec Tautre. L'espagnol dit :
Il n'y a pas au inonde d'ami plus sûr et plus agréable qu'un bon livre.
L'italien a pris la question dans le sens opposé :
Il n'y a pas de si méchant voleur qu'un mauvais