livre
Et Ton ne saurait nier que ces deux proverbes ne soient également vrais , chacun dans son sens.
Sayant aveo son livre on grAee à son Uvre.
Traduction d*un diclon vulgaire que Ton cite plus souvent en latin qu'en français : Doctus cum libro. On ne l'emploie jamais que dans un sens ironique ; car ce n'est pas être bien savant que de ne l'être qu'au moyen d'un livre qu'il faut consulter à chaque instant. La science est sans doute le réstiltat de l'étude, don( les livres sont le plus puissant auxiliaire ; mais elle ne consiste pas uniquement dans un stérile exercice de la mémoire, et l'on peut rester un grand ignorant, tout en ayant lu et même retenu beaucoup de choses et beaucoup de faits. Lii, comme partout ailleurs, la mise en œuvre et l'application intelligente des matériaux qu'on a recueillis au moyen de l'étude constituent seules la véritable science : les Chinois ont dit avec un grand sens :
Mille souvenire ne donnent pas une pensée.
Ils disent encore fort ingénieusement :
On est heareuz quand on a des Mrrti ; on l'est plus encore quand on n'en a pas besoin.
Cette dernière maxime rappelle naturellement rheureuse réponse faite par M. de Valincour au roi Louis XIV, qui cherchait à le consoler de la perte de sa bibliothèque qui venait d'être détruite par un incendie : c Sire, dit M. de Valincour, j'aurais bien mal furofité de mes livres, si je n'avais appris d'eux-mêmes à savoir me passer d'eux .
Qut fait la loi doit l'observer.
Gela est vrai et^ne peut être contesté ; mais cette maxime n'est guère du goût des ambitieux, des tyrans et des démagogues, qui ne reconnaissent et ne veulent guère reconnaître d'autres lois que leurs caprices, leurs fantaisies, ou leurs passions du moment. Ils veulent bien, il est vrai, que tout le monde leur obéisse; mais, , pour leur compte, ils ne veulent obéir à personne, pas même à la raison, ni }k la justice.
DES I^ROVERBES FRANÇAIS. 403
on ya bien loin encore aprds qu'on est las.
Aphorisme un peu ironique, qui s'applique ou s'adresse fort heureusement à certains personnages qui affectent de regarder comme un fardeau pesanlla haute position qu'ils occupent, et qui ne cessent de se plaindre des obligations qu'elle leur impose, mais qui, malgré leur détachement hypocrite des grandeurs de ce monde, se gardent bien d'y renoncer volontairement. On est très-peu dupe en général de cegenre de charlatanisme.
Dans le sens naiurel de cette maxime^ il est parfaitement vrai qu'on va quelquefois encore très-loin après qu'on est las; c'est que le désir d'arriver au but. donne le courage et la volonté de surmonter la fatigue.
Qnand Loire et Loiret s'entretiennent, il n'y a pays qu'ils ne tiennent*
Dicton historique, que Ton trouve ex primé en français dans la Description de la France^ écrite en latin par Papire
Masson. Il rappelle les iaondàlions qui de temps en temps désolent rOrléaûais et dont on a eu un si terrible .et si désastreux exemple en 1846.
On sait que le Loiret est une petite rivière qui prend sa source à une lieue d'Orléans et qui se jette dans la Loire, après un cours d'environ deux lieues et demie. On pense qu'il communique avec la Loire par des infiltrations souter- ' raines. Les bords du Loiret forment une ' délicieuse vallée, peuplée d'un grand nombre de maisons de campagne.
A obair de loup dent de ohien.
La force doit s'accroître en raison de la résistance et des obstacles. C'est dans le même sens que l'on dit encore : « A bon chat, bon rat. » Plus anciennement et dans les siècles de la chevalerie, on exprimait la même idée avec une certaine emphase : « Un Roland pour un Olivier. » Roland et Olivier étaient deux guerriers du moyen âge , souvent en rivalité l'un avec l'autre, et qui occupent une grandeplace dans les légendes rimées
OU chansons de gestes de cette époque . J'ose à peine rappeler ici un autre dicton du même genre, qui dit un peu trivialement, mais mieux peut-être que tous les autres, qu'il faut savoir se montrer rude et sévère avec les gens opiniâtres et difficiles :
A dur &ne dur aiguilloiK
La faim chasse le loup du bois.
Le besoin de vivre est un stimulant énergique qui tire l'homme de son inertie et le contraint en quelque sorte à triompher de lui-même, de ses passions et de ses habitudes les plus invétérées. Le loup est un animal essentiellement solitaire, qui semble ne se croire en sûreté que dans les forêts ; il ne faut rien moins que la faim pour le faire sortir de sa retraite.
Les anciens avaient un proverbe analogue à celui-ci, mais applicable à un autre ordre d'idées : ' « Venter ingénu largitor. » « C'est la faim qui donne de l'esprit, » disaient«ilg, non sans quelque raison.
406 XA PLKUR
QUDd on parle ds losp, on «i volt la qmeae.
Dicton assez vulgaire, que l*on ne manque pas de citer quand on voit arriver subitement, dans une réunion quelconque, une personne qui n'était pas attendue -et qui faisait le sujet de la conversation. Les anciens disaient, dans le même sens et presque dans les mêmes termes : Lupus in fabula^ « Le loup dans la conversation, » ce qui signifiait, selon les interprètes, que : « Plus on a peur du loup, plus on est exposé à le voir paraître. M
Quelques esprits un peu trop recherchés ont proposé \ ce dicton une variante passablement prétentieuse , et qui a pourtant été accueillie par quelques personnes :
Quand on parle du soleil, oq en voit les rayons.
on fut toiioors le lohp pins gros qn'il n'est.
La peur grossit les objets, parce qu'elle les voit avec son imagination et n'ose
les examiner de près. G'esl pour cela qu'il y a tant de dangers pour les peu* reux et si peu pour les braves. Il n'y a presque point d'obstacles qu'un homme courageux ne puisse vaincre ; il n'y a si petite difficulté devant laquelle un lâche ne succombe. Un homme résolu attend le loup pour savoir s'il est réellement aussi gros qu'on le dit ; le poltron fuit rien qu'en apercevant de loin l'ombre du loup. 11 n'est donc pas bien difficile de tirer la moralité de ce proverbe.
a fant savoir hurler avec les loups.
Conseil qui pourrait avec raison être taxé d'immoralité, s'il fallait le prendre la la lettre et l'interpréter dans un sens trop étroit. En aucun cas, en effet, il n'est permis de se rendre le complice des méchants. Mais il faut seulement entendre ici que la prudence et la raison nous conseillent de nous conformer aux usages, aux mœurs, aux opinions, aux préjugés même des gens au milieu desquels les circonstances nous obligent de vivre. 1' ***** ***' <»fî«f bo-^neouD nlus fa-
cile de s'accommoder aux manières des autres, que de ramener les autres à ses propres allures.
Une pareille prétention serait tout aussi ridicule que l'indignation d'un jeune voyageur français qui, après un an de séjour en \ngleterre^ s*élonnait naYvement, s'irritait presque, de ce que les Anglais , qui Tenlouraient depuis si longtemps, n'eussent pas encore appris le français. Il n'avait pas même soupçonné que c'eût été à lui d'apprendre l'anglais.
Cliangeant oomme la Inné.
L'inconstance apparente de la lune, qui change d'aspect à peu près tous les huit jours, a donné lieu à cette locution proverbiale. C'est ainsi qu'on a fait à cet astre secondaire une assez mauvaise réputation , et qu'on a été conduit à lui attribuer, sur les fréquentes variations de l'atmosphère, une influence dont il est probablement fort innocent. D'inductions en' inductions, on est arrivé à placer, sous le patronage spécial de la
DES PROTERBES FRANÇAIS. 409
lune les femmes et les fous. Aucune de ces opinions peut-être ne soutiendrait une sérieuse discussion ; mais ce sont de vieux préjugés qui ne se soumettent pas à l'examen, qui résistent aux meilleures raisons du monde, et qu'il serait inutile de combattre. Il était toutefois nécessaire de les rappeler, comme un fait qui prouve de nouveau que l'erreur a le privilège de se perpétuer presque indéfiniment et de se maintenir quelquefois aussi longtemps et aussi fermement que la vérité.
la lune pâle annonce la plaie ; rouge, elle
présage du vent; brillante, elle
promet du beau temps.
Traduction littérale d'un aphorisme latin qui doit être fort ancien , car on trouve dans les Géorgiques de Virgile les mêmes pronostics déduits des aspects divers de la lune. H ne faut pas croire aveuglément à ces sortes de pronostics ; mais comme ils peuvent être le résultat de l'observation, il ne faut pas non plus les dédaigner tout à fait.
410 LA FLfiUR
Bonjour hmettes, adiea fillettes.
Ceci n*a pas besoin de commeDtaire.
Tout le monde comprend qu'un homme qui commence à se servir de lunettes n'est plus guère en état de plaire aux jeunes filles et de songer au mariage.
Mais la plupart des gens onjt tant de peine à se croire vieux, tant de peine surtout à se l'avouer, qu'il n'y a qu'un très-petit nombre d'hommes sages et sensés qui sachent se faire à temps l'ap* plication de ce proverbe.
c'est HD nemme qid eiitrewendr^t de réformer le Kagittfioat.
On indique par cette locution rétrange présomption d'un ignorant ou d'un sot, qui se hasarde à critiquer ce qu'il n'est pas toujours en état d'apprécier, et qui essaye de refaire à sa manière ce qui semble parfait à tout le monde. Ce travers a été de tout temps fort commun; et, sous ce rapport du moins, notce siècle n'a pas dégénéré.
Le Magnificat est considéré ici comme le type de la perfection, ce qui prouve que le proverbe est ancien et se rapporte à une époque où tout le monde était parfaitement au courant des offices de l'Ëglise.
Nous avons encore, dans le même ordre d'idées, un autre aphorisme bien autrement expressif :
Il 7 a des gens qui c&sayeraiei^ de refaire le monde après le Créateur.
Quelque extravagante que semble une telle prétention, elle est beaucoup moins rare qu'on ne pourrait le croire.
Ce dernier aphorisme fut appliqué, il y a quelques années, avec une rare impertinence de vanité, par un de nos poëtes de Tempire, dont la fatuité gasconne était devenue proverbiale. On lui annonçait qu'un autre poêle venait de publier, pour son début, une nouvelle traduction en vers de la Jérusalem délivrée, que lui-même avait traduite deux fois à vingt ans de distance. « Que voulez-vous, mon cher ami ! s'écria-t-il
vivement ; il y a, vous le savez bien, des gens qui referaient le monde après le Créateur. »
U ne faut point chanter le Kagnifloat à matines.
C'est une manière de dire qile chaque chose doit être mise à ^a place ou faite en son temps. Le Magnificat ne fait point partie de l'office des matines ; il se chante à la suite des vêpres, i
Hi-mai, qnene d'hiver.
Le mois de mai, ordinairement assez doux, a quelquefois des matinées trèsfraîches , dont la température semble rappeler Thiver, et qui sont fort nuisibles aux productions de la terre, particulièrement aux arbres dont la floraison est tardive. La vigne et les pommiers sont ordinairement les principales victimes des froides matinées du mois de mai.
DBS PROYERBES FRANÇAIS. 413
on n'a Jamais oonqnis de grands Etats par la main d'antmi.
Variante uo peu ambitieuse d'un autre proverbe, qui dit la même chose tout aussi bien et plus simplement :
Pour bien faire ses affiiires, il faut les faire soimême.
11 est hors de doute au reste que, dans les entreprises de haute importance, il n*y a guère que Thomme qui a conçu qui puisse exécuter. On ne peut transmettre à autrui ni retendue de ses conceptions, ni l'énergie de sa volonté , deux conditions inséparables et qui doivent toujours rester étroitement unies pour assurer le succès.
c'est nn homme qni ne sait pas distinguer sa main gauche de sa main droite.
On désigne familièrement de cette ma-i nière les hommes dont l'intelligence est assez faible, assez bornée, pour qu'il leur soit impossible de se rendre compte des
motifs qui les déterminent à agir, en quelque circonstance que ce soit. Les liommes de ce genre ne sont pas heureusement très-nombreux; mais on en rencontre dans le monde encore plus qu'on ne croirait et qu'on ne voudrait.
Dans un sens figuré, ce proverbe s'appliquerait parfaitement encore à ces esprits médiocres, à ces caractères indécis, qui flottent constamment entre le bien et le mal, et qui, après de longues hésitations, ne manquent presque jamais de se déterminer pour le mauvais parti.
A ces hommes-là, ce n'est pas tout à fait l'intelligence qui manque, c'est le jugement; le jugement, plus précieux que l'esprit, et qui pourrait presque toujours en tenir lieu. L'habitude de l'erreur et du vice donne aussi ce genre d'h^ilatton et d'incertitude ; car eïle a pour effet nécessaire et infaillible de fausser le jugement et d'étouffer, au moins pour un temps, la voix de la conscience.
A main lavée Diea dosne la repae.
Pris dans son sens le plus simple et le plus matériel , ce dicton semblerait un peu emphatique; il n'élait guère nécessaire de faire inlervenir le nom de Dieu dans une circonstance assez peu importante, et il n'y a pas en vérité grand mé- . rite à se laver les mains avant de se mettre à table. Mais je crois qu'il faut chercher un peu plus loin le véritable sens de ce proverbe. N'a-t-on pas, en effet, voulu dire par là que Dieu vient au secours de l'homme qui a su se préparer convenablement à recevoir ses bienfaits?
Dans ce cas, ce ne serait, comme je le crois, qu'une variante assez heureuse de cet autre proverbe :
Aidë-toi, le ciel t'aidera.
Une main lave Vautre.
On dit aussi dans le même sens :
Un barbier rate l'autre.
On indique par cette double formule les services que les amis, les hommes de la même profession, peuvent se rendre mutuellement.
Les Espagnols ont le môme proverbe, mais un peu plus complet que le nôtre :
Une main lave l'autre, et toutes deux lavent le
visage.
C'est une excellente manière d'expri-^ mer les avantages qui résultent de Tassociation.
Je m'en lave les mains.
Locution familière, employée généralement pour indiquer qu'on entend rester complètement étranger à une résolution, à un acte quelconque dont on ne veut pas accepter la responsabilité.
On reconnaît ici une allusion évidente à l'action très-équivoque de Pilate, au moment où il avait à prononcer sur les accusations dirigées contre le Sauveur. Un acte de ce genre peut, à la rigueur, être excusé chez un particulier qui n*a de
compte à rendre qu'à lui-même de ses propres déterminalions ; chez un homme public, il ne saurait être considéré autrement que comme le triste aveu d*une honteuse lâcheté. Un homme vraiment honnête a toujours le courage de sa situation.
jenz de mains, Jeux de vHains.
Dicton fort ancien qui, dans son origine, n'avait certainement pas le sens qu'on lui donne aujourd'hui. 11 a dû prendre naissance dans un château, dans la cour de quelque grand seigneur, où l'on pensait que la chasse, les tournois et les exercices militaires étaient les seuls délassements qui convinssent à la noblesse ; et qu'il fallait laisser aux vilains, c'est-à-dire, aux gens de la classe inférieure, ces jeux d'un ordre moins relevé, qui ne demandaient autre chose que la vigueur ou l'adresse de la main. On comprend très-bien comment, avec le temps, le proverbe s'est modifié, et ri^niTnpnt il cst arrivé à signifier « qu'une
lutte corporelle, commencée par forme de plaisanterie, ne manque presque Jamais de dégénérer en dispute sérieuse et même en véritable combat, v Le proverbe est donc vrai dans sa nouvelle acception, comme il Tétait dans son premier sens.
Il n'y a plus, au reste, que les gens des classes tout à fait inférieures auxquels il puisse s'appliquer dé nos jours; car il n'y a plus de vilains aujourd'hui, et tout le monde se croit assez noble pour ne plus s'eii tenir aux Jeux de mains, et pour chercher , par les armes et dans le sang de son ennemi, la réparation de son honneur ou de son orgueil offensés. Cette manière de se réhabiliter dans Topinion publique est chez nous une habitude tellement enracinée dans les mœurs, que rien jusqu'ici n'a pu la faire disparaître, ni la raison, ni la justice, ni même souvent la religion.
Tel maître, tel valet.
S'il n'est pas tout à fait exact de dire qu'un maître communique à ses domestiques toutes les vertus dont il peut être
DES PROVERBES FRANÇAIS. 4i9
doué, OU tous les vices dont il peut être affligé, 00 De peut s'empêcher de reconnaître au moins que la conduite eité- Heure du maître n'est pas sans influence sur les procédés des domestiques. Le valet d'un homme arrogant est rarement poli , de même que le serviteur d'un homme aimable est presque toujours obligeant, au moins dans la parole.
C'est dans ce sens que ce proverbe me semble parfaitement juste, ce qui ne veut pas dire qu'il ne puisse l'être danç un sens plus étendu ; mais cela se voit bien plus rarement.
A force de mal aller, tout ira bien.
On dit encore dans le même sens :
L'excès du mal amène souvent le bien.
Ce sont là de ces consolations qui ne se donnent guère que lorsqu'on touche de bien près au désespoir; c'est une manière détournée de réclamer, dans uuq situation périlleuse, le secours de la Pro- ^dence. Gomme elle ne nous communique
pas ses secrets, ce que nous avons de mieux à faire, c'est de combattre, au moins dans les limites de notre puissance isolée, le mal dont nous redoutons si fort les excès ; car nous ne saTons jamais combien de temps doit durer l'épreuve à laquelle Dieu soumet quelquesfois les nations comme les individus, el nous devons croire aussi qu'il ne donne son aide qu'à ceux qui commencent par s'aider eux-mêmes.
Mal d'antrni n'est que songe.
Nous sommes en général, il faut bien le dire, médiocrement touchés des infortunes d'aulrui, tandis que nous croyons fermement que l'univers entier doit s'affliger avec nous de nos malheurs.
L'homme le meilleur du monde est loin de rester étranger ou insensible aux chagrins de ses amiSy mais il ne saurait en être affligé comme il Test de ceux qui l'afl'ectent personnellement.
DBS PBOTEBBES FBAHÇAIS. 421
■al éè tête VMt pÉtHe.
Dieton très-répandu et qui n'en est pas plus vrai pour cela. H a certainement été inventé par un gourmand.
Il peut sans doute arriver quelquefois qu'une abstinence trop prolongée donne le mal de tdte ; mais il arrive encore plus souvent que cette douleur provient ou de trop de plénitude ou d'une disposition maladive des organes digestifis. Dans le doute, il ne saurait donc j avoir un grand inconvénient à s'imposer une diète de quelques heures, tandis qu'il pourrait être dangereux de donner à l'estomac des aliments dans un moment où ils lui seraient nuisibles. Il faut en général n'accepter qu'avec une extrême réserve lesproverbes qui se rapportent à la santé et à la maladie, car on pourrait courir d'assez grands risques à se montrer trop crédule à cet égard.
f onvent on irrite le mal en vonlont le guérir. C'est ce qui ne manque presque jamais
d'arriver, quand un pauvre malade tombe en des mains inhabiles ou inexpérimentées. La médecine est un art qui exige autant de tact que d'instruction pour être exercée avec succès.
Ce qui se dit ici des maladies du corps peut s'appliquer également aux maladies de l'âme. Ces dernières surtout veulent être traitées avec une douceur et un discernement plus rares encore que la science et surtout plus difficiles à acquérir. Et s'il est vrai que quelquefois les médecins irritent le mal physique, faute de savoir s'y prendre pour le guérir, il arrive bien plus souvent encore que la maladresse des prétendus médecins de l'âme ne réussit qu'à rendre plus cuisants les chagrins qu'ils avaient entrepris d'adoucir. C'est qu'en général, en de pareilles circonstances, les consolateurs de profession s'occupent beaucoup plus de faire briller leur esprit que de soulager leurs malades.
Le nal retoone à eelol qni le fait.
SalomoD a dit la même chose eD d'autres termes :
Les méchants seront pris dans leors propres pièges.
Nous ne croyons pas <ju'il soit nécessaire d'insister bien longtemps sur deux sentences dont il n'est personne sans doute qui n'ait eu, plus d'une fois en sa vie, l'occasion de vérifier Texactitude.
Les maladies YieRnent à cheval et s'en retooraent à pied.
On ne saurait nier qu'il n'en soit presque toujours ainsi, du moins en apparence. Si l'on y regardait d'un peu plus près, on reconnaîtrait sans doute que les maladies ne viennent pas toujours nous surprendre aussi subitement qu'on le croit, et que quelques précautions intelligentes auraient pu nous préserver de leur invasion. Quoi qu'il en soit, il faut avouer que le mal nous surprend
presque toujours, et qu'on a beaucoup de peine à s'en débarrasser. Il en est ainsi de toutes nos infirmités, des affections physiques comme des affections morales; mais pour celles-ci, on me permettra, je pense, d'affirmer quMl dépend presque toujours de nous de nous en préserver, si nous voulons faire usage de notre raison pour résister aux premières atteintes du mal. Je rappellerai ici deux vers d'Ovide qui expriment parfaitement mon idée, et qui s'appliquent on ne peut mieux aux maladies de tous les genres et de tous les ordres :
Priocipiis obsta : serô medicina paratur, Gum mala per longas invaluere moras.
« Combattez les premières atteintes du mal; caries remèdes seraient sans force et san^ effet, si vous laissiez au mal le temps de se fortifier. »
11 n*y a (pfhwt et malliear dans ee monde.
Gela n'est vrai qu'en apparence, etseulement pour les esprits légère et sUperfi-
llk;i» PROTERBES FRANÇAIS. 425
ciels. On semble Touloir insinuer par là que le hasard est en quelque sorte Tunique régulateur des choseshumaines.
Il n'en est pas ainsi ; car si rtiomme ne peut être totalement considéré comme le maître absolu de sa propre destinée, la conscience et la raison nous disent qu'il ne peut être non plus le jouet d'une aveugle puissance, et que les affaires humaines sont dirigées par une Providence attentive et bienveillante qui veille sur Thomme sans enchaîner sa liberté ou son intelligence. L'homme peut donc presque toujours, sinon maîtriser les événements, du moins se mettre en garde, au moyen de la prudence et de la réflexion, même contre les éventualités qu'il ne saurait prévoir. Un homme sage s'arrange pour n'être jamais pris au dépourvu.
Le mot heur est employé ici dans le sens de bonheur , qui était sa signification primitive.
A qaelqae obèse malHear est ben.
Gela est vrai , non pas pour tout le monde,
mais pour quelques-uns. Il y a des gens auquel le malheur n'apprend rien; mais un homme sage sait en tirer au moins de salutaires leçons pourTayenir. N'eùt-il que le courage de le supporter sans découragement el sans faiblesse, il y gagnerait encore d'avoir acquis de nouvelles forces en soutenant dignement une épreuve dans laquelle une âme pusillanime eût succombé.
un mallieiir n'arrive Jamais seal.
Ce dicton très-répandu n'a pu être inventé que par un esprit faible et superstitieux. Il ne me paratt vrai que sous un certain point de vue. Le malheur a généralement pour effet, chez le commun des hommes, de produire un découragement profond qui Ole à l'âme toute son énergie et ne lui permet plus de conserver le sang-froid et la force nécessaires pour résister aux tribulations ordinaires de la vie. Un homme de cœur grandit, au contraire, dans l'adversité et y trouve souvent de nouvelles forces pour résister à de plus vives atteintes.
U a été ft Saint-Malo, les chiens lui ont mangé les mollets.
Diclon vulgaire fondé sur une coutume singulière qui existait autrefois à Saint- Malo. On avait Thabitude de lâcher, tous les soirs, sur les remparts de cette, ville quinze gros dogues pour les garder ; et comme il dut arriver plus d'une fois, sans doute, que quelque vagabond fut maltraité par ces animaux, il en est résulté ce quolibet assez trivial, que l'on applique en plaisantant aux personnes dont la jambe est dépourvue de mollets. Ce proverbe n'est plus guère applicable aujourd'hui , l'usage des pantalons ne permettant plus d'apprécier avec exactitude le plus ou moins d'embonpoint de nos jambes.
Cette singulière coutume me rappelle une anecdote qui m'a semblé assez piquante pour trouver place ici.
U se trouvait, vers la fin du siècle dernier, à la cour de Louis XVI, un gentilhomme bretop que sa taciturnité naturelle ou étudiée avait en quelque sorte
428 * iA rLBUft
rendu célèbre, et qui, à cause de cela même, était fort recherché. Personne, disait-on, n'était jamais parvenu a obtenir de lui autre chose que des monosyllabes, encore semblait*il ne les laisser échapper qu'à regret. Le duc d'Aycn, colonel général des suisses, homme d'esprit, et de très-bonne compagnie, s'engagea un jour, en présence de plusieurs personnes, à faire parler cet homme silencieux. Invité quelques jours après ^ dtner avec le gentilhomme, et placé à table à côté de lui, il parvint à engager avec son voisin une conversation dont il faisait à peu près seul tous tes frais et dans laquelle l'étranger semblait n'intervenir qu'autant que l'exigeaient les lois de la plus stricte politesse.
M. d'Âyen, sans se rebuter, insistait : « Vous êtes de Saint-Malo, monsieur? — Oui. — Est-il vrai, monsieur, que celte ville soit gardée par des chiens? — Oui. — Cela est singulier. — Pas pins singulier que de voir le roi de France gardé par des Suisses. — Je vous avais bien dit, madame, s'écria sur-le-champ le duc d'Ayen, en s'adressant à la maîtresse de
DES nOVnBK FBAHÇAiS. 429
la maison, je tous avais bien dit que je le ferais parier. Tout le flM>nde se mit à rire, et le Breton tout autant que les autres.
mi MaBoiMiB Taat u lomaad et dent.
Petit faitqtii appartient à l'histoire monétaire, et dont on est parvenu, sans trop de peine, à faire une épigramme. Dans le temps où chaqueprovince de France avait sa monnaie propre, un denier marv- , ceau représentait la valeur d'un denier et dPun demi-denjer normand, c'est-àdire qu^il valait moitié plus. Dans ce sens, un manceau valait donc un normand et demi. 11 n'est donc pas irès-difficile de s'expliquer l'origine de ce dicton, inventé sans doute par quelque Manceau qui aura voulu rendre à un Normand qui l'avait piqué malice pour malice. On voit bien qu'on ne peut tirer aucune conclusion sérieuse d'un proverbe de ce genre.
Avoir la manobe large.
Locution familière qui s'applique ordinairement aux personnes que Ton veut accuser d'une morale trop facile pu d'une indulgence que Ton croit excessive. On ne saurait se montrer' trop réservé dans l'application de ce mot que les esprits médiocres n'entendent pas toujours avec une parfaite exactitude, comme le prouvera l'anecdote suivante :
* ' De jeunes ecclésiastiques, plus pieux
qu'éclairés, reprochaient un jour assez vivement à un grand vicaire aussi sincèrement religieux que spirituel, de montrer en général un peu trop de facilité et d'indulgence pour les écarts et les erreurs des gens du monde. — Vous avez la manche un peu large, mon bon père, lui dit l'un d'eux assez lestement^ — C'est qu'il y a plus d'étoffe que dans la vôtre, mon cher ami, lui répondit en souriant le malin vieillard. La leçon, comme on voit, était aussi bonne qu'ingénieuse.
DES PEOVERBBS FBAMÇAIS. 431
a faut nuuiger ftmr nwn et i«ii Tlvre pour
Aphorisme traduit littéralement du latin et que Molière a rendu populaire en le rappelant dans sa comédie deV Avare, Les gourmands et les cuisiniers ne manqueront pas de dire que c'est là seulement qu'il se trouve bien placé. Partout ailleurs il leur semble un véritable blasphème.
Quand il fait beau, Prends ton mantean; Et quand il pleut, Prends-le si tu veux.
Le danger nous averlit suffisamment de ce que nous avons à faire ; mais l'homme sage prend d'avance loutes les précautions propres à garantir sa'sûreté dans les cas imprévus. C'est là le conseil qu'insinue ce quatrain déjà vieux et fréquemment cité.
De maroliaiid à maroband 11 n'y a qne \bl
main. '
Entre marchands honnêles, il suffit ordinairement d'un seul mot et d'une poignée dç main pour conclure un marché.
Autrefois, plus d'un marchand avait pour enseigne un lahleau représentant deux mains entrelacées et portant pour devise; A la bonne foi. Cette enseigne est un peu moins commune de nos jours ; peut-être l'aura-t-on trouvée trop naïve. Mais j'aime à croire, pour l'honneur du commerce, qu'il se trouve encore en France un grand nombre de marchands dont elle pourrait toujours être la devise.
l'est pas marchand qni toujours gagne.
Le commerce est soumis à des chances diverses qu'il faut accepter et prévoir. Non-seulement le marchand ne gagne pas toujours, mais il est quelquefois même de son intérêt de donner à* perte.
Un autre proverbe confirme et explique celUi-ci :
Perte et gain, c'est marchaodiée.
Ces deux proverbes étaient autrefois et peuvent être encore des axiomes de droit. On les trouve dans les Institutes coutumiéres^ de Loisel.
Marobandise parée est à demi vendue.
Gela est tellement vrai, qu'un grand nombre de marchands prennent beaucoup plus de soins pour donner à leurs étoffes une agréable apparence, qu'ils ne metteut d'intérêt à les avoir de bonne qualité : ils savent bien que le vulgaire se laisse toujours prendre à la montre, et qu'il n'y a que le petit nombre qui se donne la peine d'examiner les choses de plus près. Ce procédé toutefois, il faut le dire, fait plus d'honneur à rintelligence qu'à la probité de ceux qui le mettent en pratique.
U n'y a an marché que ce qu'on y met.
Axiome de droit qui a passé sans peine dans le langage vulgaire, parce qu'il exprime une vérité non contestée. Il nous avertit en même temps que nous devons
avoir grand soin de ne prendre d'engagements qu'après avoir bien réfléchi à toutes les conséquences qui en peuvent résulter.
Bon marohé mine.
Malgré son apparence paradoxale, ce proverbe est d'une grande vérité. Le bon marché ruine en ce double sens, qu'il nous engage pour l'ordinaire à acheter des choses qui nous sont parfaitement inutiles, et qu'il nous expose, en outre, à n'acquérir que des marchandises de qualité inférieure ; car il ne faut pas se faire la moindre illusion ^ cet égard :
On D*a jamais bon marché d'une mautaise marchandise ; Et l'on n'a jamais de marchandise que pour son
argent.
Il y a d'ailleurs une infinité de cas où Ton trouve un véritable avantage à payer cher ; c'est ce que démontre trèsbien un vieH écrivain espagnol, à propos d'un proverbe propre à sa nation :
Il n'y a rien de plus chef que le bon marché.
• C'est une grande erreur, dil-n,que de croire qu'une chose qui coûte peu d'argent est réellement bon marché»
Pour les objets qui sont d'un usage jour* nalier, pour les choses qui inléressent la santé, une économie mal entendue peut avoir pour résultat ou de nous être fort nuisible, ou de nous obliger plus tard à faire une double dépense. »
zn mariage trompe qui pen.
Axiome de droit conservé par Lolsel»
dans ses Institutes Coutumières, et qui se trouve expliqué de la manière suivante par ses éditeurs :
Ainsi le dol commis à l'égard des biens, de l'flge, de la qualité, de la profession, ou de la dignité de ceux qui se marient, n'annulle pas l'union
Ces principes de notre ancienne jurisprudence ont été admis dans le code civil et servent encore de règle \ la matière.
Les Allemands ont un proverbe juridique qui a la même portée :
Une fois que tu m'as pris, il faut nw garder.
S'il fallait prendre cet axiome dans un sens un peu différent de sa signification d'origine, on pourrait dire sans trop de hardiesse, qu'il arrive assez fréquemment que, dans les mariages, les parties se trompent réciproquement, quoique pourtant sans intention de le faire. C'est qu'en général, dans ces sortes d'affaires, l'homme et la femme ou pour mieux dire, le futur et la prétendue, disposés favorablement l'un pour l'autre, ne se montrent ordinairement que sous leur beau côté, et que c'est le temps seul et l'intimité de la vie commune qui leur apprennent à se mieux connaître. Cette connaissance arrive quelquefois trop tard pour tous les deux : aussi ne doit-on jamais oublier cet autre proverbe qu donne indirectement un excellent avis :
Qui se marie à la hâte se repent à loisir. les mariages sont écrits dans le ciel.
Si cela est aussi vrai qu'on le dit, il est vraiment fâcheux que le précieux volume où doivent être inscrits les mariages soit resté jusqu'à ce jour totale-
ment inconnu ; il aurait épargné bien des tourments, bien des misères à la pauvre , humanité. Mais comme il n'est guère probable que nous parvenions jamais à en avoir la libre communication, ce que nous avons de mieux à faire, c'est de consulter, en pareille occasion, beaucoup moins encore nos sentiments ou nos fantaisies que notre raison et notre conscience. C'est là pour nous le plus sûr moyen de deviner ce qui se trouve écrit au ciel.
11 existe sur le mariage une foule de quolibets plus ou moins heureux, qui ne sauraient convenablement trouver place ici ; j'en citerai un seul qui est fort ancien et qui, je crois, a pris naissance en Angleterre : un écrivain de ce pays, qui vivait au XVUe siècle, donne comme en usage parmi le peuple de son temps, le dicton suivant:
Mariage d'un jeuoe homme et d^une jeune femme, mariage de Dieu : Adam et Eve ; — Mariage d'un vieil hon;roe et d'une jeune femme, mariage de Notre-Dame : saint Joseph et la sainte Vierge; — Mariage d'un jeune homme et d'une Tieilie femme, mariage du Diable.
Qui M marie à la bAie se refent à Mslr.
Il ne faut ea général rien faire à l'étourdie et sans réflexion ; mais en matière de mariage, il faut dix fois y songer, et réflécliir dix autres fois encore avant de prendre une résolution définitive, si Ton ne veut pas s'exposer à s'appliquer soi-même ce quolibet qui ne se trouve être que trop souvent Texpression d'une désolante vérité :
Aujourd'hui mari, demain marri.
varie ton fils quand ta vendras, ta flUe quand
tn pourras.
Dicton que Ton trouve, sous la même forme, a peu près dans toutes les langues, et qui prouve que partout les filles sont plus difficiles à marier que les garçons.
11 se plaint qne la mariée est trop belle.
Ceci s'applique ordinairement à ces caractères fâcheux et difficiles que rien ne peut satisfaire, même quand ils ob-
liennent plus qu'ils n'ont demandé et qu'ils ne méritent. Les gens de cette tournure d'esprit sont en effet tout aussi ridicules que le semblerait un marié qui, le jour même de ses noces, trouverait trop belle, c'est-à-dire trop splendidement vêtue la jeune femme qu'il va épouser.
Ce jour-là on aime toujours sa femme, et l'on n'y trouve rien à reprendre ; on réserve cela pour plus tard.
cbaeim a sa marotte.
Chacun a sa folie, sa passion dominante. Ce qu'il y a de curieux, c'est que les hommes, s'oubliant eux-mêmes, ne manquent jamais de trouver ridicule chez autrui cela même que le plus souvent ils devraient blâmer ou réformer en eux-mêmes.
La marotte est une espèce de poupée, coiffée d'un bonnet orné de grelots , qui forme l'attribut ordinaire de la Folie, telle qu'pn la représente. Dans le temps où il existait encore des fous en titre d'office, à la cour des rois ou des grands seigneurs, ces fous ne se montraient ja-
mais sans avoir a la main leur marotte, qui était le signe distinctif de leur profession.
U y a plus d'un Ane à la foire, qui s'appelle
■artin.
Dicton assez grossier, au moyen duquel les gens mal élevés cherchent à justifier une erreur produite par T identité du nom que portent deux personnes qui n'ont entre elles aucun rapport de res^ semblance ou de parenté. J'avouerai, en passant, que, malgré toutes mes recherches, je n'ai pu encore découvrir pour quelle raison Vâne et le dâùon portent ordinairement, dans nos vieux auteurs, le prénom de Martin,
Qni aime Hartbi aime son ohlen.
Quand on aime quelqu'un, il est rare qu'on ne témoigne pas quelque bienveillance, quelque affection même %, tout ce qui le touche de loin ou de près. S'il en était autrement, l'amitié ne serait ni réelle, ni complète.
A beaa se lever tard qni a bruit de se lever
matin.
On dit encore, dans le même sens :
Acquiers bonae renommée, Et dors la grasse matioée.
11 est certain, en effet, que les premières impressions que Ton donne de soi durent longtemps, et qu'une foule de gens ont dû leur fortune et leurs succès à la réputation qu'ils avaient eyi Thabileté de se faire à leur début. H ne faudrait pourtant pas prendre ce proverbe pour règle absolue de sa conduite; car s'il n'a fallu qu'un premier effort pour séduire l'opinion, il ne faut aussi que le plus piéger incident pour la détromper. Le pro- 'pre d'un honnête homme est de mériter toujours la réputation qu'il s'est faite.
Homme fin se lève matin.
Ce dicton, qui signifie qu'un homme habile ne s'endort jamais sur ses intérêts, a quelque rapport avec une autre locu-
tion proverbiale qui lui ressemble aussi par Texpres^ion. Ou dit d'un homme qui a manqué de saisir une occasion favorable «qu'il ne s'est pas levé assez malin. »
Le sens de ces deux locutions analogues peut encore se compléter par cette autre formule proverbiale ; « avoir la puce à l'oreille. »
Toutes ces locutions ont leur valeur et leur vérité. L'activité est un élément de succès, tandis que la paresse est un obstacle.
Homme matinenx Sain, gai et soigaeiuc.
Ce dicton rimé dit à peu près la même chose que les précédents, et constate, comme ceux-ci, la bonne opinion que Ton a en général d'un homme actif qui aime à se lever de bonne heure. Ce genre d'activité est, en effets d^un très-bon augure. On a remarqué en outre, que, parmi les hommes parvenus à un âge trèsavancé, il y en avait au moins quatrevingts sur cent qui avaient eu, toute leur vie, l'habitude de se lever de granii matin.
Il existe donc, comme on voit, plus d'un motif pour accorder quelque attention à ce proverbe.
Le mot matineux, qui n'est pUis trèsusité aujourd'hui, s'emploie encore quelquefois dans le même sens que le mot matinal, mais avec une nuance particulière : être matinal indique un fait^ isolé, un accident qui n'est pas ordinaire; être matineux indique l'habitude de se lever de bonne heure.
9e deux maux il faut oboiair le moindre.
Traduction littérale d'un aphorisme en usage chez les Latins : Minima de malis. Cet aphorisme renferme un conseil fort utile, qu'on n'est pas toujours libre de suivre, mais dont il faut savoir profiter dans l'occasion. Au milieu des agitations et des vicissitudes ordinaires de la vie, l'homme n'a bien souvent à choisir qu'entre des maux de nature diverse, et c'est déjà une science qui n'est pas trop à dédaigner que celle qui nous apprend quels sont, parmi ces maux, ceux auxquels nous devons, dans notre
véritable intérêt, accorder la préférence.
A raconter ses maux souvent on les soulage.
Vers très-heureux qui exprime une vérité que Texpérience démontre tous Mes jours, et qui nous rappelle en môme temps qu'un des moyens les plus propres à calmer les douleurs de nos amis est d'écouter le récit de leurs maux avec un intérêt et une bienveillance qui puissent les convaincre de notre sympathie. Une attention de ce genre est une des branches de la charité et le principal caractère de la véritable politesse.
Tonte médaille a son revers.
Proverbe-calembour. On veut dire par là, en faisant allusion à la double signification du mot revers, qu'il n*y a pas d'événement, si heureux qu'il puisse être, qui n'ait aussi son -mauvais côté. On ne saurait nier que cela ne soit parfaitement exact : aussi un homme sage a-t-il soin, en toute circonstance, de
considérer chaque chose sous tous ses aspects, et de ne point compter ni sur une perfection absolue, ni sur un bonheur sans mélange.
C'est on médecin d'ean douée.
On désigne en général par cette expression un médecin que Ton regarde comme ignorant ou inhabile, parce qu'il ne donne à ses malades que des remèdes fort simples, auxquels on ne suppose pas une grande efficacité. Le vulgaire est convaincu qu'un médecin qui ne multiplie pas les drogues et qui ne fait pas parade de sa science ne saurait être un bon médecin ; les gens de bon sens pensent exactement le contraire.
La présence dn médecbi est on commencement de gnérison.
Je ne connais pas d'aphorisme plus exact et plus vrai que celui-ci, dont on a tous les jours l'occasion de constater la justesse. 11 n'est personne certainement qui n'ait remarqué que l'arrivée
446 LA FLV1IR
du médecin produit presque toujours un excellent effet sur son malade. Cest qu'en général Tespérance semble edlrer avec lui, et qu'il n'y a rien au monde de plus doux , de plus flatteur , disons mieux, de plus salutaire même, que l'espérance. Un médecin éclairé sait user habilement de cette précieuse influence et manque rarement de la faire tourner au profit de celui sur lequel il Fexerce. On a dit au reste, avec beaucou)[) de raison, que pour être un vrai médecin, pour être ce que dans le monde on nomme un médecin de premier ordre, il faut presque autant de tact et d'esprit que de science. Les hommei^ doués de cette triple faculté ne sont pas , il est vrai, très-communs ; mais, parmi les médecins, ils sont certainement beaucoup moins rares qu'on ne pense.
Médecin, guéris-toi toi-même.
Sentence qui, de l'Évangile, a passé dans le langage commun, et qui est devenue sans peine un dicton familier dont on n'a que trop souvent à faire l'appli-
cation. Ce dicton, au reste, ne s'emploie guère dans sa signification directe; il s'adresse, en effet, beaucoup moins aux médecins du corps qu'à certains philo> sophes orgueilleux qui s'attribuent, sans le moindre fondement, la mission d'adresser au prochain des réprimandes ou des conseils dont ils auraient eux-mêmes le plus grand besoin. C'est à un orgueilleux de cette espèce que le Sauveur adressa cette réprimande, et c'est la meilleure réponse qui puisse se faire à toutes les prétentions du même genre.
Beaucoup de mémoire et poa de Jugement.
Axiome parfaitement juste et dont une foule de gens se chargent tous les jours, à leur insu toutefois, de démontrer la parfaite exactitude. Je ne voudrais pas cependant qu'on le prit trop à la lettre, car je connais quelques gens d'esprit et de bon sens qui ne manquent pas de mémoire.
Pour faire on bon ménage, il faut que Thomme soit sonrd et la femme aveugle.
Diclon satirique qui semble insinuer que, pour avoir la paix dans le ménage, rtiomme doit fermer Foreille aux bavardages de sa femme, la femme fermer les yeux sur les irrégularités de conduite de son mari. 11 est possible que ce ne soient là que trop souvent les deux conditions parallèles du calme domestique ; mais je ne puis m'em pécher de regretter que le proverbe, au lieu de ressembler à une épigramme, n'ait pas dit tout simplement (( qu'en ménage , pour être heureux, les deux époux doivent se montrer réciproquement indulgents pour leurs défauts ou leurs travers, » à moins toutefois, ce qui serait bien autrement beau, qu'ils ne travaillassent, chacun de leur côté, à s'en corriger.
Il faut qu'on menteur ait bonne mémoire.
Si un menteur, en effet, n'a pas assez de mémoire pour faire concorder entre
eux tous ses réeits, ou, pour mieux dire, ses meososies* il «toort le risque de yoir ses auditeurs aroir de la mémoire pour lui et lui àémaairtr que personne n'est et ne veut être sa dupe. Cela, comme on pense bien, arrive fréquemment; car, comment serait-il possible de conserver le souvenir précis d'un fait de pure invention, d'un événement qui n'a jamais eu lieu?
OR ne croit point nn menteRr, lors même qu'il dit la vérité.
Un grand menteur entrait un jour dans un salon. — < Cela n'est pas vrai, » 6'écria un des personnages qui s'y trouvaient. — < Mais je n'ai rien dit encore, » répliqua sur le champ le nouvel arrivé. — « C'est égal , répondit l'autre , vous allez parler, et ce que vous direz sera un mensonge. » La sortie était un peu vive ; mais il y a une foule de gens auxquels elle s'adresserait parfaitement. Cette anecdote est certainement le meilleur commentaire qu'on puisse donner du proverbe indiqué.
A menteur, menteur et demi.
Excellent conseil, car U est cent fois plus tôt fait de battre un menteur avec ses propres armes, que de lui démontrer Ja fausseté de ce qu'il avance. On y gagne tout le temps qu'on perdrait à une entreprise tout à fait sans résultat.
« A la suite d'une bataille, où un régiment s'était fait remarquer par la prise d'une redoute, plusieurs offteiers, en présence de leur général, vantaient fort leurs propres exploits ; l'un d'eux avait tué quatre ennemis, un autre avait fait dix à douze prisonniers, un troisième s'était emparé d'un canon , et ainsi de suite de tous les autres sans exception. Le colonel seul n'avait pas ouvert la bouche. « Et vous donc, colonel, n'avezvous rien à dire? — Moi, mon général, répondit tranquillement le colonel, dans cette bataille où tout le monde a été si brillant, moi j'y ai été tué. »
A beau Mentir qiii Tient de loin.
Les voyageurs, en général, ne passent pas pour être fort véridiques, parce qu'on suppose qu'un homme qui vient de loin et qui, par conséquent, ne peut guère craindre d'être contredit, n'a pas beaucoup d'intérêt à dire la vérité. 11 faut convenir que plusieurs voyageurs semblent prendre à tâche de démontrer la justesse du proverbe. Il n'en faudrait pour^ tant pas conclure d'une manière absolue que tous les voyageurs mentent sciemment et de propos délibéré; la plupart d'entre eux n'^ont quelquefois d'autre tort que d*être eux-mêmes trop crédules, d'accepter sans examen et sans discussion une foule de renseignements sans autorité, et d'être surtout trop généralement disposés ^ admirer tout ce qui leur semble extraordinaire. Il faut donc être toujours un peu en garde contre les récits de tous les voyageurs, de ceux même dont la loyauté ne peut être mise en doute.
452 LA FLBUR
A petit mercier petit panier.
Savoir proportionner ses provisions à ses besoins, et sa dépense à son revenu, est la règle de conduite la plus sage et la plus salutaire, et il est rare qu'un homme qui sait la mettre en pratique n'arrive pas un jour à être obligé d'agrandir ses paniers. On exprime encore la même idée dans un autre proverbe qui ressemble assez à celui-ci :
A petit oiseau, petit nid.
Telle :mère, telle flUe.
Proverbe plus vrai encore que le dicton parallèle : « Tel père» tel fils. » Nous disons encore :
Qui ouvrer veut, sagement de bonne mère prend la
aile.
Les Arabes ont une maxime analogue :
Quand tu veux épouser une fille, cherche à bien connaître sa mère.
On ne saurait sans doute contester la notable influence qu'exercent sur un fils les principes, le caractère et surtout les exemples de son père; mais il arrive néanmoins que cette influence, quelque active, quelque puissante, quelque efficace qu'on la suppose, se trouve presque toujours, je ne dis pas afl'aiblie, mais du moins modifiée en partie par celle qu'exercent sur un jeune homme les maîtres chargés de son éducation. Dans le plus grand nombre de cas^ au contraire, l'action de la mère demeure plus entière, plus constante, moins soumise aux influences extérieures, à raison de l'intimité de tous les genres et de tous les Instants qui existe entre une mère et sa fille^ et qui ne peut exister au même degré entre un père et son fils. II y a donc à parier, peut-être cent contre un^ que la fille d'une mère sensée, bonne, spirituelle et sensible héritera des vertus de sa mère, et fera comme elle le bonheur d'un mari. Malheureusement l'hypothèse contraire est également vraie, et c'est pour cela que , selon l'excellent conseil donné par le proverbe arabe, le meilleur
464 LA FLBUB
moyen de n'èlre pas trompé en mariage, c'est d'étudier avec soin et de cliercher \ bien connaître la mère de celle que Ton veut épouser.
m tout il f ant savoir garder la mesure.
Aphorisme traduit littéralement du latin. Il se trouve a la fois exprimé et trèsclairement développé dans ces deux vers d'Horace :
Est nioduB in rébus; sunt certi denique fines, Quo ultra eitraque Dequit consistere rectum.
(Sat, I, liv. I, T. 106.)
Les choses ont toutes leur mesure exacte ;.chacune d'elles a des limites précises au delà, en deçA desquelles la juste perfection cesse d'exister.
Un autre aphorisme latin dit la même chose encore plus brièvement :
la medio stat yirtus.
La rertu se trouve au milieu (c'est-à-dire entre tons
les excès).
Et c'est encore la même chose qu'a
voulu dire un des sages de la Grèce dans celte sentence si connue :
RieD de trop.
Le difficile, au reste^ n'est pas de reconnaître la justesse de ces maximes; c'est de ({iscerner avec sagacité le point qui constitue exactement la mesure en toute chose. L«a plupart des hommes, et principalement les fous et les ambitieux, ne s'en inquiètent guère.
Qui a métier a rente.
Cela est vrai dans les temps ordinaires, où la société marche régulièreinent, et où les révolutions ne condamnent pas à rinaction les travailleurs honnêtes et intelligenls. On ne saurait nier, en effet, que dans ces conditions , un métier ne vaille souvent mieux qu'une rente ; car il enrichit presque toujours celui qui l'exerce avec soin et qui sait, au moyen de Tordre et d'une économie bien entendue, réserver pour l'aveniv les résultats de son heureuse industrie. Mais il
faut aussi pouvoir compter sur cet avenir, et n'avoir pas à craindre de voir à chaque instant le présent compromis.
cbaoïm son métier, et les vaobes seront bien
gardées.
Dicton dont l'expression, un peu triviale, n'affaiblit pas la vérité. Il est susceptible d'une fréquente application dans un temps où tout le monde se croit propre à tout, excepté toutefois à garder les vaches.
U n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes gens.
Aphorisme d'une expression un peu vive, mais dont il est bon de se souvenir, parce qu'il constate une vérité que les esprits médiocres semblent avoir quelque peine h admettre. Ils oublient, dans leur dédaigneuse vanité, que le travail anoblit tout, et qu'aux yeux de Dieu, il n'y a ni grand, ni petit métier, mais qu'il y a pour tous, quels qu'ils soient, un égal mérite dans l'accomplissement de leurs devoirs respectifs.
U n'y a si petit métier qui ne nourrisse son
maître.
Dans toutes les situations sociales, les plus brillantes comme les plus modestes, l'assiduité au travail, Tordre et FécoDomie sont de silrs éléments de prospérité. On a même yu quelquefois couronnés par d'éclatants succès les^efforls persévérants d'un honnête et courageux industriel , et l'on a cité fréquemment rhistoire d'un fabricant d'allumettes qui, dans le siècle dernier, avait acquis peu à peu une fortune suffisante pour faire honneur sans retard et sans difficulté à des lettres de change de vingt mille francs. Mais ce n'est pas là précisément ce que veut dire le proverbe; il signifie tout simplement qu'il n'y a point de profession qui ne puisse offrir à celui qui l'exerce, une existence suffisante et assurée, pourvu que le travail et l'intelligence se réunissent pour la faire valoir.
Je rappellerai à ce sujet une petite anecdote que je crois peu connue :
4â8 LA FLEUR
Un brave paysan alsacien éUit venu à Strasbourg pour ses affaires. En passant dans une des rues qu'il fréquenlail habituellement , il s*arrèta d'un air étonné devant une maison neuve que venait de faire construire un boulanger, et restait là comme en extase. Un de ses compatriotes, qui le surprit dans cette situation, lui demanda ce qu'il faisait là. — J'admire, lu! répondit-il, comment de petits pains ont pu parvenir à bâtir une si grande maison.
Le brave homme donnait, sans le savoir, une excellente explication du proverbe.
Devenir d'évdque nennler.
Passer , par suite de revers subits ou successifs, d'une situation élevée à une position tout à fait infime. Ces sortes d'accidents ne sont que trop ordinaires dans les temps de révolution. J'ai connu autrefois, dans une ville du centre de la France, la justificalion vivante de ce dicton, dont on ne croirait guère qu'il pût exister un exemple. En 1791, un meu-
9ES P&OVEU£S FAAIIÇAlii. 4k9
nier, qui se sentH iMnobablemeal tout à coup une voeatioB religiettse* fut élu évêque du déparlemeat ; peu de temps après, les é?èques aya&t àé supprimés, en même temps que toutes les oérémo^ nies extérieures du cuUe. notre bomme reprit son ancien état, eiderint ïiWén^ ment, comme on T44t, à*évêque meunier. C'est là peutréire un fait unique en son genre.
Quelques phUologues , un peu plus subtils que les autres, parameot eroire que cette expreasiOD triviale •'esl qu'une corruption d'une loeoiion a^aiofiie^ qui leur semblerait plus réfuUère et plus logique. Us prétendent qu'on disait an^ trefois : devenir àtévèave autnànier^ «t que le Tulgaire infnielUsent a fait de ee dernier mot cdui de meunier. CeUe «an^ jecture n'est soutenue d'aneune preuve, et je ne vois pas trop comment on pon«vait autrefois faire d'an évèque un aU' manier, non plus qu'un meunier, le crois qu'il faut s'en tenir, sans Caiffe tant de façon, à la forme la pins généralement usitée.
Aussitôt meurent Jeunes que Yieux.
Non- seulement cela est incontestable, mais on pourrait dire plus encore ; car il est liors de doute qu'il n'y a , sur un nombre donné de naissances, que le plus petit nombre qui arrive à un âge avancé.
, On ne sait ni qui meurt ni qui vit.
Dicton au moyen duquel on semble, en quelque sorte, justifier certaines précautions légales et officielles que l'on croit devoir prendre pour assurer l'exécution d'une mesure quelconque, d'un engagement qui ne doit pas être abandonné aux caprices ou aux hasards de la volonté humaine. La prudence nous recommande de ne nous fier aveuglément ni aux chances inconnues de l'avenir, ni à la probité des hommes, et c'est pour cela qu'ont été inventés les actes destinés à placer les contrats entre particuliers sous la sauve-garde de la justice et de la loi, de manière à épar-
gner même les tentations à la mauvaise foi.
A qui vendex-vons vos eoqnilles ? A eeiix qui viennent de Saint-Hiobel.
Cieci s'adresse quelquefois aux gens qui essaient de duper deg liommes plus fins et plus habiles qu'eux. C'est, en quelque sorte, une variante de cet autre dicton :
Il ne faut pas clocher devant les boiteux.
Saint-Michel, ou plus exactement le mont Saint-Michel, est un petit châteaufort, construit sur un rocher escarpé, qui se trouve dans le département de la Manche , sur les limites de l'ancienne province de Normandie. On en a fait de DOS jours une maison de détention.
Le proverbe prouve qu'on faisait autrefois des pèlerinages au mont Saint- Michel et qu'on en rapportait des coquilles. Le mont Saint-Michel se nommait en latin, Sanctus Michael in pericula maris, et dans le temps des
462 LA FLEOR
grandes marées, il D'est pas, en effel, d'un abord très-sûr ni très-facile.
cherolier midi à qnatone henres.
N'être satisfait de rien et faire des difficultés à propos de tout, même des choses les meilleures ou les plus régulières. Il ne se trouve, dans le monde, que trop de gens qui se perdent, faute de savoir se contenter de la réalité, et par la manie de poursuivre un mieux qui n'existe que dans leur imagination.
Voltaire a fait entrer ce dicton dans une inscription destinée à un cadran solaire :
Vous qai venez eu ces demeures, Êtes-vous bien, tenez-vous-y.
Et n'allez pas chercher midi A quatorze heures.
Si ce n'est pas là de la belle poésie, c'est au moins un excellent conseil.
im peu de flel g&te beaucoup de miel.
Observation pleine de sens et de justesse » dont les ambitieux et les poètes ressentent tous les jours la parfaite vérité. Pour les uns, la moindre critique les blesse plus vivement que ne les flattent les louanges les plus exagérées; pour les poètes , un sifllet leur fait plus de mal que cent bravos ne leur font de plaisir. C'est, que Tamour-propre et la vanité sont chez l'homme les plus susceptibles et les plus exigeantes des passions.
Bonolie de miel, osiir de flel.
On se défie généralement d'un homme aux paroles doucereuses, parce que l'on craint que celte douceur apparente ne soit un masque destiné à couvrir des intentions perfides ou au moins malveillantes. On se trompe quelquefois sans doute; mais le plus silr est de se tenir toujours en garde contre de telles apparences.
464 LA FLBUa
Le miel n'est pas fait pour la gaenlo de l'Ane.
Persoane ne s'aviserait de contester cet axiome : mais aussi personne ne se regarde comme un âne ; tout le monde , au contraire, se croit un droit égal au miel de la terre» c*est-à-dire à la gloire, aux tionneurs, et surtout à la fortune.
Le miens est Tenneml du bien.
Avis aux gens qui ne sont jamais contents de leur position, et qui désirent toujours ce qu'ils n'ont pas , au risque de perdre ce qu'ils possèdent ou de trouver pis que ce qu'ils ont. On connaît l'épitaphe d'un malade imaginaire qui s'était tué à force de remèdes inutiles :
J'étais bien; pour avoir voulu être mieux, je
guis ici.
Que de gens dans le monde dont cette courte inscription renferme toute l'histoire.
U ii*y a pas de miroir an monde qnl ait Jamais dit A une femme qu'elle était laide.
Je ne connais guère d'aphorisme plus vrai et mieux démontré que celui-ci ; une femme se voil toujours dans son miroir, comme elle veut être et non pas comme elle est. Un écrivain anglais a exposé cette vérité dans un apologue ingénieux que je crois peu connu et qui me semble mériter de l'être.
« Un vieux gentilhomme, d*un tour d'esprit assez original , disait un jour, avec une certaine expression de regret, que, malgré toute la peine qu'il s'était donnée à plusieurs reprises, il n'avait jamais pu réussir à trouver une femme laide dans toute l'Angleterre, et qu'il en était venu, eu conséquence, à regarder une femme laide comme un être purement idéal et qui n'existait pas; et, pour preuve, ajoutait-il, que cette conviction est chez moi le résultat d'une étude sérieuse et approfondie , je veux faire connaître à tout Le monde l'expérience très-concluante que je fis , il y a quel-
ques années^ pour m*éclairer complélement à ce sujet.
« Je fis insérer alors, dans tous les journaux du pays, deux avertissements d*une nature très-diverse. Par le premier, je demandais, pour occuper dans ma maison remploi de femme de charge, une personne qui réunit aux qualités qui constituent une bonne maîtresse de maison, un extérieur agréable, une éducation soignée, et des manières élégantes qui la rendissent propre à figurer avec quelque avantage dans un salon. Par le second avertissement, je demandais, pour le même emploi, une femme à laquelle on n'imposait pour unique condition que l'avantage d'être laide. Le premier exposé me valut des milliers de lettres fort bien tournées, qui me fournirent l'occasion de rendre grâces au ciel de ce que TAngleterre renfermait dansson sein un si grand nombre de femmes recommandables par leur beauté, par leur esprit et leurs manières. Le second avertissement^ répété plusieurs fois de suite, ne me procura pas un seul petit mot de réponse. On reconnaîtra donc que je suis
PROTKBBES FRANÇAIS. 467
parfaitement en droit d'être convaincu qu'il n'existe pas une seule femme laide dans toute l'Angleterre. >
Les fous inventent la mode et les sages la
suivent.
Nous sommes tous» hommes ou femmes, jeunes ou vieux, plus ou moins esclaves de la mode, et il ne serait peutêtre même pas raisonnable de chercher à s'afft'anchir complètement de ses exigences, car c'est aussi un ridicule que se singulariser, même en bien. Mais la différence qui existe à cet égard entre un homme de bon sens et un petit-maître, c'est que le premier se soumet à la mode par nécessité et pour ne point paraître bizarre, tandis que le second semble mettre toute sa gloire à la devancer et même à l'exagérer. 11 faut laisser ce genre de mérite aux gens qui n'en peuvent avoir d'autre.
P#iir on moine l'abbaye ne manque pas.
Une réunion joyeuse ne se dissout pas.
468 LA FLBim
un repM ne man^fue pas d'avoir lieu, parce qu'il arrive qu'un des convives, un des invités manque au rendez-vous donné. Gela se dit ordinairement par forae de plaisanterie.
l» moins répond oonuDo Tabbo olunte.
Les inférieurs chercbent ordinairement à flatter ceux dont ils dépendent, et Us savent fort bien que le moyen le plus sur de leur plaire est de se conformer à leurs opinions et de suivre leur exemple. On dit encore assez heureusement:
|<e bedeau de U paroisse est toujours de Tatig de monsieur le curé.
Tout cela était peut-être parfaitement vrai autrefois; aujourd'hui on est un peu moins disposé à être de Taris de ses supérieurs, et ne fut-on qu'un sot, on veut avoir son opinion ; cela se nomme être un homme indépendant. Très-peu de gens, en eflfet, sont assez modestes, ou, pour mieux dire, assez éclairés pour savoir reconnaître et honorer chez les
autres une supériorité d'intelligeuce et d'esprit qui leur manque à eux-mêmes.
Atta&dre quelqu'un eonmie let moines attendent l'abbé.
G*e8t-ii-dire ne pas l'attendre, quand il n*est' pas présent à l'heure fixée.
La règle des monastères veut que tous les exercices aient lieu rigoureusement à l'heure convenue , et qu'il ne puisse être dérogé à cette prescription, même dans le cas de l'absence dû supérieur qui préside ordinairement à tous les mouvements.
Dans le langage familier, ce dicton proverbial s'applique généralement aux gens qui n'arrivent pas exactement à l'heure fixée pour un repas. L'auteur de la Physiologie du goût, M. Brillât- Savarin a dit très-heureusement à ce sujet :
Attendre on convive qui n^est pas exact, c'est faire
une impolitesse à tous les invités pour se
montrer poti envers un seul.
410 L4 FLEOR
n faut que tout le monde vive.
Dicton qui a pour but de justifier les professions qui semblent les moins nobles, les métiers en apparence les plus Yils. Entendu et appliqué d'une manière conforme aux lois de la religion et de la morale, il n'a rien que de parfaitement juste ; mais s'il était invoqué pour justifier en quelque sorte le vice et le crime, il devrait alors être combattu et proscrit lui-même comme un crime.
Honnole fait tout.
Ce proverbe, qui exprime une vérité incontestable et incontestée, se présentait chez nos aïeux sous la double forme d'un rébus et d'un calembour. Une image grossière, dont il existe encore quelques reproductions récentes, représentait un paysan portant une oie sous son bras, et, à sa suite, une foule de geiis de tous les états se pressant pour le joindre.
C'est que son oie était d'or. La gravure.
DES PROVEBBES FBANÇAIS. 471
ordinairement coloriée , porlail celle inscription :
Mon oie h\i tout.
Cette représentation grotesque avait habituellement pour pendant un autre image allégorique du même genre, qui représentait un duel , par suite duquel un des combattants tombait frappé du coup mortel. On lisait au bas de ce second tableau :
Crédit est mort, les mauvais payeurs Toot tué
On trouve encore ces deux ignobles tableaux placardés dans quelques cabarets de village.
Les montagnes ne se reneontrent pas* mais les hommes se reneontrent.
On caractérise de celle manière toute rencontre imprévue entre deux personnes qui, s'étanl connues antérieurement, mais vivant depuis longtemps dans des contrées fort éloignées l'une de Tautre,
472 LA PLEOR
ne pouvaient guère s'attendre à se revoir jamais.
«De grande montée grande ohftte.
Gela n'est que trop vrai , cela a éit constaté bien des fois , et pourtant cela n'a encore corrigé personne. Il n'y a dans le monde qu'un très-petit nombre d'esprits justes et modérés qui soient parfaitement convaincus qu'une situation moyenne est de beaucoup la" plus sûre et la meilleure de toutes. On veut briller à tout prix, sauf à retoml>er ensuite dans l'obscurité et même dans l'infortune.
Les Romains avaient aussi, dans le même sens, un proverbe très-expressif :
Il n'f a, di8àient-fl» , qi/an paft dn CapUole à la roclie TarpéVenne.
Monter au Capilole signiflait chez eux obtenir les honneurs du triomphe; la roche Tarpéïenne était le rocher duquel on précipitait les. criminels. Dans les États populaires, dans ceux principale-
ment où la démagogie fait la loi, « le Capitole est presque toujours en quelque sorte le vestibule de la rocbe Tarpélenne. » Demandez, en effet, aux héros de toutes les révolutions, combien de temps dure' leur popularité ; demandezleur enfin de quel prix ils la paient, même en faisant abstraction de leurs remords.
Partage de Hontgommery, tout d'an e6té et rien de l'antre.
On a cru trouver dans ce dicton historique une allusion à l'usage établi dans la noble famille normande de Monlgommery, d'attribuer constamment toute la fortune à Tatné et de ne rien donner aux autres. Mais comme c'était là une des dispositions spéciales de la coutume de Normandie, je ne vois pas trop bien comment le nom de Monlgommery se trouverait ici de préférence à tout autre. Ne faudrait-il pas voir plutôt dans ce proverbe un souvenir des déprédations exercées en Normandie, dans le temps des guerres de religion, par le comte de
474 LA PLEDE
Monlgommery , qui , non plus que les soldats placés sous ses ordres» ne se piquait guère, ni de clémence envers les ennemis, ni même de justice envers les habitants des contrées soumises accidentellement à sa domination. On sait que le comte de Monlgommery mourut décapité en place de Grève, le 27 mai 1574.
Devin de Montmartre, qui devine les fêtes qnand elles sont venues.
Diclon vulgaire qu'on applique aux gens qui ne savent rien prévoir, même les choses qui se peuvent deviner facilement. Je ne sais pas si les habitants de Montmartre méritent plus que ceux d*un autre pays cette qualification peu flat> teuse ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se trouve partout, même dans les plus grandes villes, une foule de devins de la force de ceux qu'on a voulu caractériser dans ce proverbe trop restreint.
Belle montre et pen de rapport.
Veut-on dire par là qu'un bel exté-
DES PftOVCftm WWOfÇà», 47$
rieur cache toujours uo eiprit «éitan^^ une îDlelligence au moisi ttki^^twAta^y Cela serait trop absolu ^fmn Hrewni, On sera beaucoup plus prti ée la rériîé en interprétant cet aphortsuM cmme n»
simple avertissement de ne pas se f«er trop facilement à de beOes apparenees* et en ne voyant ici qu'une Tariaole 4e ce vers bien connu :
Belle tète, dii-il, omm âe eenrette pi>t.
Horeean avalé afa plus de fait.
Rien ne s'oublie si vite qu'un bienfait ; on va même trop souvent jusqu'à oublier le bienfaiteur lul-raénie. Cest pourtant à ce dernier seul qu'il est permis de manquer de mémoire.
après la mtrt le méieeia.
Proverbe d'une application très-fré* quente. 11 y a, en effet, une foule de geo« qui ne songent à remédier au mal qui les tourmente que lorsqu'il est devenu complètement incurable, de même que
476 LA FLIOR
la plupart des gouvernements ne songenl à prendre les mesures nécessaires pour préyenir les révolulions que lorsque celles--€i ont eu lieu. On dit exactement dans le même sens :
Fermer l'écurie quand les chevaux ont été Tolés.
Les morts ont tort.
Axiome de l'ancienne jurisprudence française, qui rappelle les combats judiciaires institués pour terminer les débats d'un certain genre entre particuliers. Dans ces sortes de combats, qu'on appelait des jugements de Dieu , le vaincu, le mort surtout, étaient condamnés par le fait seul de leur défaite ou de leur mort; le vainqueur était toujours réputé innocent.
C'est par suite du même usage et du même principe qu'avaient prévalu d'autrès axiomes analogues : Les battus paient V amende; les absents ont tort.
Car, dans ce temps là , la défaite était considérée.comme une punition du ciel, Vabsence comme un aveu de culpabilité.
Ces procédés judiciaires sont depuis longtemps passés de mode; mais ou croit encore aujourd'tiui , comme autrefois, que la fuite ou Tab^nçe de Taccusé est au moins une présomption fâcheuse contre lui.
Oui se sent morveux se menehe.
Avertissement qui s'adresse particulièrement aux gens trop susceptibles, qui s'empressent de s'appliquer à eux-mêmes des observations générales qui ne leur étaient pas destinées, trahissant ainsi quelquefois les secrets de leur conscience. S'offenser subitement d'un reproche général, c'est* presque avouer qu'on le mérite. Les fripons exercés y mettent plus d'adresse et ne se laissent pas sur^ prendre si facilement.
Qoi ne dit mot pensent.
Aiiomede droit qui a passé facilement dans le langage commun, parce qu'il exprime un fait qui ne peut guère être
contesté. Le silence d'un coupable équivaut presque toujours à un aveu.
Lanonehe du coohe.
Locution proverbiale qui s'applique "k une foule de gens qui essaient de se donner de rimportance par une activité sans intelligence et sans résultat, de même que la mouche de la fable croyait se rendre bien utile en bourdonnant aux oreilles des chevaux. U n'y a pas d'affaire un peu importante où il ne se trouve un grand nombre de mouches de cette espèce.
où la gnèpe a passé le moaeheron demeiire.
Vers devenu proverbe, parce qu'il éuonce une vérité exprimée encore plus fortement dans cet autre aphorisme :
Oo ne pead que les petits yoleurs.
Dans leur sens le plus rigoureux, ces dictons pe sont plus vrais, aujourd'hui que la justice est la même pour tous et
que la magislralure sait si bien remplir ses devoirs. Mais dans un sens un peu moins restreint, ils ont encore leur application de nos jours. Le monde en général est assez indulgent pour les forts ; mais il est sans pitié pour l£s faibles. Heureusement pour la morale; les uns et les autres auront un jour à rendre compte de leurs actes devant un tribunal où il ne sera fait aucune distinction entre les moucherons et les guêpes.
Faire venir l'eau an moalln.
Tirer partie de ses ressources et de sa profession avec intelligence et avec succès. Ce n'est presque rien en effet que de se trouver possesseur d'un moulin et propriétaire d'un cours d'eau, si l'on ne sait se servir de ce cours d'eau pour faire marcher le moulin, si l'on ne sait enfin se faire une clientèle. Un capital n'a de prix réel qu'autant que l'industrie et la prudence se réunissent pour le faire valoir.
Ce dicton se prend assez souvent en mauvaise part, et s'applique alors à des
480' LA FUUa
gens se montrant assez peu délicats dans le choix des moyens dont ils usent pour s'enrichir. .
G*«st ie la iaontar4« après dlaar.
On dit cela d'une précaution tardive, d'un secours ({ui arrive quand on n'en a plus besoin. Ce dicton est susceptible d'une grande étendue et d'une fréquente application : il y a dans le monde une foule de gens qui ne savent rien faire à propos; ee sont ees gens là qui ne pensent à réfléchir qu'un quart d'heure après avoir parlé, et qui ne songent à appeler le médecin qu'après la mort du malade.
■ontarde de Dljoii.
Proverbe historique, que l'on trouve déjà rappelé dans les manuscrits du treizième siècle et qui doit s'entendre dans sa signification naturelle. Il' prouve tout simplement que depuis très-longtemps la ville de Dijon est renommée pour la fabrication de son excellente moutarde.
Quelques érudits, qu'une explicaiton
DBS PROVERBES FRANÇAIS. 481
Si naturelle n'avaient pas satisfaits, ont rattaché ce dicton à l'inscription brodée sur un drapeau, que portaient les Dijonnais en 1388 et qui était conçue en ces termes: Moult me tarde. La disposi* lion de cette inscription était telle que les plis du drapeau en cachaient une partie et ne laissaient plus lire que Moult tarde. De là le proverbe. Gela peut-être très-joli, très-ingénieux et même très-savant, si Ton veut; mais je crois qu'en matière de dictons populaires l'explication la plus naturelle est la plus vraie et doit passer avant toute autre interprétation, fut-elle dix fois plus ingénieuse que celle-ci.
J'ofifre au reste, comme dédommagement aux amateurs du genre, une autre locution proverbiale qui n'est autre chose qu'un calembour fondé sur la ressemblance des deux mots dont il vient d'être question : on dit d'un homme qui ne finit à rien et qui perd son temps à des niaiseries, qu'il « s'amuse à la moutarde ; » c'est une manière de dire qu'il « tarde moult » (beaucoup). Le jeu de mots est parfait, comme on voit.
Je rappellerai aussi en passant, l'élymologleque plusieurs philologues assH gnent au mot moutarde ; on le fait venir des deux mets latins : multum ardet^ elle brûle ou pique beaucoup.
11 en revient tonjenn à ses montons.
Locution proverbiale qui caractérise parfaitement les gens qui n'ont qu'une seule idée à laquelle ils rapportent tout, sur laquelle ils reviennent avec une persévérance infatigable, parce que c'est Tunique chose dont ils se préoccupent.
Ces sortes de gens ne sont ni très-rares, ni fort amusants.
On dit encore proverbialement « RevenonS'Bn à nos moulons^ » pour indiquer qu'on va reprendre le fil d'une conversation interrompue par un iucident quelconque.
On rapporte l'origine de ces deux locutions analogues à une ancienne pièce du théâtre Français connue sous le nom de la farce de maître Pathelin, dans laquelle un plaideur, qui vient porter plainte devant la justice au sujet d'un
HtS VHOVKKBES nUMÇklS. 481
vol de drap el d'un toI de moulons dont il a éié la viclime, s'embrouille leilement dans seidiscoun que le juge est force de l'interrompre souvent pour Viariter à en revenir à ses moutons. Celle pièce est fort agréable el paraît avoir oiiteou, ians son temps, assez de tuccH pour que plusieurs des mol* qui t,'j IroDvenl aient pu devenir des proverbe* tulgatres. On croit généralement celte pièce du quinzième liècle.
Tirer d'nn lu lau ■■■laiw.
Locution qui se prend en général daas DD sens défavorable, et qui ^appli^ite ordinairem«nl à une cenaitw eJaste de gens qui te montrent auez pn difldle* sur ta moralité des npédiem* dont île usent pour taire leur lorliine. Ce* Beat là savenlquelquerois tirer t fit d'une aO^ire qui n'en cun à un hooneie hoM*e.
remrltmdo.
mule, quand il trompe son maître sur le montant réel des dépenses qu'il a reçu mission de faire, pour s'approprier la différence. II n'y a rien de si facile en effet que de supposer que, tel ou tel jour, déjà assez éloigné, on a été contraint de faire ferrer le cheval, ou la mule, parce que c'est là une assertion qui ne peut pas toujours être vérifiée.
Nous disons encore, dans le même sens, mais en l'appliquant exclusivement aux cuisinières :
Faire danser l'anse du panier.
H n'est peut-être pas très-facile de se rendre compte exactement de l'origine de cette locution ; mais personne n'a besoin qu'on la lui explique.
A vieille mole frein doré.
Maxime très-répandue et que savent très-habilement mettre en pratique certains épouseurs plus intéressés que délicals, qui trouvent toujours de trèsbeaux yeux aux vieilles qu'ils courtisent
avec soin et dont ils savenUtrès bien conquérir la main et la fortune.
L'or même à la laideur donne an air de beauté.
Aller aux mftres sans ereobet.
Entreprendre une affaire sans l'avoir suffisamment étudiée, et, sans avoir pris toutes les mesures nécessaires pour en assurer le succès. Les mûres sont trèfisusceptibles de se meurtrir, et les gens de précautions se servent ordinairement d'un instrument particulier pour les cueillir dans toute leur fraîcheur.
Lea murs ont des orelUat*
Aphorisme qui recommande énergfqueroent la prudence et la discrétion.
Lorsqu'il s'agit d'un secret important, il faut se défier de tout, même des .lieux les plus retirés et les plus sûrs en apparence. Un ambassadeur d'Espagne en France , sous le règne de Louis XV , le comte d'Aranda disait expressément a qu'il n'y avait qu'une seule ma-
486 LA PLEOB
nière de garder un secret, c'était de ne le confier à personne, d Quelque rigoureuse que semble cette maxime,^ je crois que le comte d'Aranda avait raison.
Cest le ten qui fait la niislqne.
On dit encore, exactement dans le même sens :
C'est l'air qui tait la ehaason.
On fait entendre par là , que c'est l'accent qui donne aux paroles toute leur Ttleur, leur caractère bienveillant ou offensif, parce qu'en effet Taccent ou Tinflexion que prend la voix indique parfaitement la disposition intérieure de celui qui parle. Cet aphorisme est parfaitement exact dans sa signification propre et dans le sens figuré.
lager entre denx eaux.
Celte locution, consacrée par un long usage, ne s'emploie jamais que dans un sens figun§. Elle s'applique ordinaire-
DES PBOVERBES FlliJIÇAlS. 467
ment aux hommes de prîDcipee faciles el de conscieoce aeoomjBodante^ <|ui savent très-habilement se ménager des intelligences dans tous les pacUs, sans appartenir à aucun. C'est là un genre de talent qui méritait bien d'être signalé, ne fut-ce que pour tenir les honnêtes gens en garde contre ceux qui en sont pourvus.
Bens nageurs lent sMvent n^yés.
Nous sommes en général un peu trop portés à abuser de nos plus précieuses facultés. Un bon nageur ne se noie que parce qu'il croit avoir assez de force pour braver impunément tous les dangers, de même que, dans un autre sens, il arrive quelquefois qu'un homme d'esprit, par suite d'une orgueilleuse confiance en luimôme, se laisse aller à dire ou à faire plus de sottises qu'un autre homme. L'un et l'autre se perdent pour avoir oublié que la prudence et la réserve sont utiles aux forU comme aux faibles, et qu'on ne s'en écarte jamais sans dommage.
léoesflltè n'a point de loi.
Apliorisme littéraiement traduit du latin : Nécessitas non habet legem. Il est certain que la nécessité peut servir d'excuse à beaucoup de sottises et même à de grandes fautes; mais il ne faudrait pas, comme le font une foule de gens, abuser de cet aphorisme pour justifier certaines actions coupables, acccomplies en parfaite connaissance de cause et en pleine jouissance d'une libre volonté. Une pareille excuse, pour êlre valable aux yeux de la raison et de la justice, doit être fondée sur des faits tellement évidents qu'ils n'aient pas besoin d'être démontrés.
U faut savoir faire de néooMitè vertu.
Il importe de s'expliquer ici d'une manière précise. 11 ne saurait y avoir un grand mérite à se soumettre purement et simplement à la nécessité. Cette espèce de résignation inerte et passive, qui est à la portée de tous, même des plus faibles, ne saurait en aucun cas être consi-
dérée comme une vertu. Ce qui en est une, c'esl d'accepter, en homme de cœur, les épreuves auxquelles la Providence nous soumet, et de savoir puiser dans ces épreuves mêmes, de nouvelles forces pour travailler à notre perfectionnement moral , et faire tourner ainsi à notre profit ce qui aurait pour effet de décou-; rager une âme moins énergique ou moins pure.
Aveo le temps et de la paille les nèfles mûrissent.
Le temps et les soins sont nécessaires pour faire parvenir toute chose à maturité. Nous avons emprunté ce proverbe aux Italiens. Les Chinois en ont un qui exprime la même idée d'une manière très-heureuse :
Avec du temps et de la patience les feuilles du mûrier deviennent de la soie.
11 tombe sur le dos et se oasse le nez.
Manière assez plaisante d'indiquer qu'il y a des gens tellement maladroits
490 LA FLBUR
OU malheureux que les accidents les plas simples ou les moins graves ne manquent jamais de prendre pour eux la plus mauvaise tournure possible.
Jamais long nos n'a gâté beau visage.
Savez-vous pourquoi? — Cest qu'on ne peut réellement dire d'un visage qu'il est beau, s'il se trouve en quelque sorte défiguré par un long nez. Ceci est, comme on voit, beaucoup plus un quolibet qu'un proverbe; mais comme tout le monde ne saisit pas sur le champ le véritable sens de ce quolibet, il m'a semblé qu'il n'était pas inutile de l'expliquer.
loblesse oblige.
Maxime très-belle qui a longtemps, en France et ailleurs, été prise au sérieux, mais qui n'est plus guère d'usage, dans un temps où les peuples ne veulent plus reconnaître de noblesse de race, et commencent môme en quelque sorte à s'effrayer de la noblesse de coeur et de l'élévation des sentiments. Pour beaucoup
DES PROVEBBfiS FRANÇAIS. 491
de gens, un honnête homme est déjli un suspect et la probité quelque chose qui ressemble à de rarislocralle et qui viole ainsi les saintes lois de TÉgalité. Le vice veut rabaisser la vertu à son niveau , car il ne saurait se résoudre à s'élever jusqu'à elle.
pu ehaate tant loél qu'il vient.
Allusion a un événement longtemps attendu, vivement désiré, et qui finit toujours par avoir lieu en son temps.
L'époque de Noël a toujours été chez les peuples chrétiens un moment de fétet religieuses et de réunions de famille, qui avaient beaucoup de prix pour nos ayeux, et qui sans être complètement hors d'usage de nos jours, n'offrent plus tout à fait à nos esprits moins religieux et moins naïfs un intérêt aussi vif. Les fêles de Noël sont , pourtant encore célébrées avec un certain enthousiasme dans la plus grande partie de la Flandre française et surtout en Angleterre, ce qui, au sujet de ce dernier pays, nous rap«
pelle un proverbe que Von trouve dans les plus anciens recueils italiens :
U a auUDt à faire que ies fours d'ÀDgleterre à l'époque lie Noël.
Un lormand a son dit et son dédit.
Je ne Irouve aucun plaisir à enregistrer ici ces vieux Uiclons satiriques, injurieux pour les habilants d'une partie quelconque de la France, et je ne ' mentionne celui-ci que pour en établir la véritable signification.
En Normandie, comme partout, l'hoiinèle homme n'a qu'une parole, et là, comme ailleurs, une rétractation de cette parole est un acte flétri par la morale et parl'opioion ; mais il est bon de rappeler que, par suite d'un usage trèsancien, sanctionoé par ja coutume écrite du pays, on avait autrefois, en Normandie, le droit de prendre un délai de vinglquatre heures pour ratifier ou infirmer une convention quelconque, ce qui s'exprimait techniquement par ces mots : Avoir son dit et son dédit, U y a loin
de ïh, comme on voit, à la mauvaise foi dont on voudrait, à l'aide d'un dicton mal interprété, faire le reproche aux habitants d'une contrée qui a, autant que toute autre, des droits parfaitement acquis à Teslime et à la confiance des honnêtes gens.
An nouveau , tont est bean.
. Dicton vrai partout, plus peut-être en France que dans aucun autre pays. Les innovations de tout genre,mème les moins justifiées, ont toujours trouvé beaucoup de faveur chez nous, et cette disposition de notre caractère national nous a mis plus d'une fois dans l'embarras; ce qu'il y a de pis, c'est que l'expérience ne nous a pas rendus plus sages et que nous sommes, en général, toujours prêts à refaire les mêmes sottises, quoique nous ayions bien souvent reconnu que ce n'était que des sottises. Si nous essayions pourtant d'un peu de réflexion et de persévérance, en serions-nous plus mal ?
Un vieux' proverbe disait la même chose en d'autres termes :
Chose accoutumée n'esl pas fort prisée.
Il en existe un aulre, plus expressif encore, que nous aurions dû toujours, que nous devrions bien aujourd'hui adopter pour devise :
Mieux yaut la vieille voie que la nouyeUe sente.
Trop tôt vient à la porte QQi triste nonvelle apporte.
Variante d'un autre dicton qui dit que*
Les mauvaises nouvelles arrivent toujours promp-
temeol.
Il n'est peut*èire pas bien exact de dire que les mauvaises nouvelles arrivent plus vite que les bonnes ; mais l'impression qu*on f n reçoit est assez désagréable pour faire dire qu'elles arrivent toujours trop tôt.
Il y a au sujet des nouvelles en général, un dicton courant qui se rapporte indirectement à celui-ci :
Point de nouvelles, bonnes nouvelles.
DES PROtKBMCS nUMÇAlS. 4^(,
U fant easser le nvyaa ftv «vfiir ''niriindc
Quand on veut oblenir quelque chose, il faul se donner quelque soin, quelque peine même pour parvenir à soobul. JDe même, quand on désire connaître une science, il fautse donner quelque mal pour l'éludier à fond ; car on ne relteot bieti en général que ce que Ton a étudié longtemps et appris avec quelque difficulté. Défiez-vous principalement des métbodes abrégées, elles ne forment que des pré* somptueux et des ignoraols. Ayez soia aussi, avant de casser un nojau, de vous assurer que Tamande qu'il renferme vaut la peine que vous vous serez donnée pour la trouver.
Ce qui nnit à l'on 4nlt à l'aatrt .
11 arrive fréquemment en elfet que les folies des uns sont utiles aux autres, ne fut-ce que pour préserver les gens sages de faire les mêmes sottises. C'est un peu dans ce sens qu'ils faut entendre un vers bien connu, qui est aussi vrai de nos jours qu^ii Tétait autrefois :
Des sottises d'aulnii dous vivons au Palais.
On se rappelle a ce propos Thistoire d'un vieil avocat qui s'était fait à plaider une immense fortune, et qui crut devoir, par son testament, fonder un immense hôpital pour les plaideurs ruinés. A ses yeux, ce legs était^ pour ainsi dire, une restitution.
La nuit porte conseil.
Le sommeil repose l'esprit peut-être plus encore que le corps, et lui permet de puiser dans ce repos de nouvelles forces. C'est en ce sens principalement que la nuit peut être considérée comme une parfaite conseillère. On dit encore, tout à fait dans le même sens :
Je consulterai mon oreiller.
J'ai connu un vieillard, d'un grand sens et de beaucoup d'esprit, qui avait pour habitude de ne faire partir uoe lettre que le lendemain du jour où elle
avait été écrite. Il voulait, comme on voit, prendre conseil de la nuit, et il s'en était, disait-il, toi^ours très-bien trouvé.
La nait, tons ehats sont gris.
On veut dire ordinairement par là que l'obscurité donne la même couleur, la même apparence à tous les objets ; Ton entend surtout que, dans l'absence de la lumière, on ne distingue plus une femme laide et vieille d'une autre qui serait jeune et jolie. Les Grecs disaient dans le même sens :
La lampe 6tée Hecube et Hélène se valent.
Je serais tenté de croire qu^en fait de beauté, ou même de laideur, l'habitude a exactement le même pouvoir que l'obscurité.
11 faut avoir obéi ponr dtre digne de oommander.
Maxime de Selon, grand philosophe et législateur d'Athènes. Elle ne manque
certainement pas de justesse i mais il ne faudrait pas en conclure d'une manière trop absolue que tous les hommes qui savent obéir sont par cela même capables de commander aux autres. 11 j a une foule de gens que la nature a condamnés a ne tenir jamais que le second rang. 11 faut donc se contenter d'admettre comme vrai que chez un homme supérieur et destiné par la providence à gouverner un jour, l'habitude d'une obéissance intelligente et consciencieuse est un moyen assuré de se préparer à remplir dignement et d'une manière plus parfaite une haute et difficile mission.
l'occasion fait le larron.
Cela n'est que trop vrai. Aussi l'un de nos plus grands soins doit être de n'exposer ni les autres, ni nous-mêmes à la tentation de faire le mal. Cette attention de notre part, qui ne paraît être qu'une simple règle de prudence, devient souvent une vertu par le courage qu'elle
exige quelquefois. Les Espagnols disent dans le même sens :
Uoe porte ouverte fait pécher Thonnéte homme.
Cela est peul-élreun peu fort; mais il est toujours prudent de fermer ses portes.
un senl œU a plus de crédit Qae deux oreilles n'ont d'andlvi.
Axiome de droit par lequel on entend dire qu'un seul témoin oculaire a beaucoup plus d'importance et d'autorité que celui qui ne parle d'une chose que par ouï dire. Le mot audivi est purement latin et appartient au verbe audire qui signifie entendre.
L'œil dn maître engraisse le cheval.
On dit également :
L'œil du fermier vaut fumier.
La surveillance du maître a pour double effet de maintenir et de perfectionner
6M • LA Funn
ee qui est bien, de réfomer ei même de prévenir le mal. Celle surveiilanoe, utile dans les affaires de tout genre, semble rétre plus encore dans tout ce qui se rapporte aux travaux deFagricuIture, qui demandent une attention con> stante et des soins minutieux dont le maître seul peut reconnaître et apprécier l'importance. U existe encore un autre proverbe qn'on peut rappeler à cette occasion, car il dit indirectement la même chose :
Oo n'est jamais si bien aerri que par aoÎHnteM.
Boiaer mi «nf peur aveir mi banf .
Faire un petit cadeau pour en recevoir un plus grand, rendre un léger service dans la vue d'en tirer plus tard ud grand profit. 11 y a des gens qui possèdent au suprême degré Tart d'utiliser leurs actes en apparence les plus désintéressés. Ces gens-là savent à l'avance ce que peuvent leur rapporter la moindre prévenance, ce que peut leur valoir même une simple révérence faite à pro-
po8, et c*est eux qu'on a voulu désigner dans ce dicton. On fait probablement ici allusion à Fusage très-commun autrefois, et subsistant encore de nos jours, de donner des œufs en présent aux enfants à répoque des fêtes de Pâques.
Qui a mangé l'oie da roi, oent ans après il en rend la plnme.
Dicton fort ancien qui signifie que les droits du Roi, c'est-à-dire, les droits du trésor public ne sont point sujets à la prescription et qu'il n'est jamais trop tard de les faire valoir. Cet axiome de jurisprudence financière, peut sans doute changer de forme, mais le fond reste le même, quelle que soit la nature du gouvernement auquel on l'applique. La République a son oie à nourrir aussi bien que la monarchie, ce qui veut dire, qu'au milieu de toutes les vicissitudes et des révolutions politiques qui changent la face des empires, l'impôt a le privilège de restera peu près éternel et immuable.
Petit à petit l'eisean fait sen nid. '
Les fortunes les plus grandes se font
avec le temps, la persévérance et les
économies bien entendues. Ce sont là les
plus solides ; celles qui se font trop vîle
-courent grand risque de l'être moins.
On disait autrefois dans le même sens :
Maille à maille se fait ie haubergeoo.
Le hauhergeon était une espèce d'armure défensive composée de mailles trèsfines, très-serrées et en même temps assez flexibles pour proléger le corps sans en gêner les mouvements.
A obaqae oisean son nid parait beau.
Gela a été longtemps yrai et Test encore un peu de nos jours, mais bien moins qu'autrefois. Tant de gens aujourd'hui brûlent de sortir de leur position, qu'il est au moins permis de douter qu'ils en apprécient tous les avantages. II n*y a plus qu'un petit nombre de sages qui
sachent goûler les charmes d'une vie modeste et retirée. C'est à ceux-là seuls que s'applique notre proverbe et cet autre dicton encore plus vrai que l'autre :
Il n'est poinl de petit chez soi.
Heureux, les particuliers, heureux les peuples dont ces deux aphorismes sont la devise favorite !
Être oomme l'olseaa sar la branebe.
Vivre dans un état d'incertitude et d'agitation qui ne permet pas de compter sur l'avenir, même le plus rapproché. 11 est facile de se rendre compte de rorigine et de la signification de cette locution proverbiale . On en trouve une parfaite explication dans le petit tableau qu'elle met en quelque sorte sous nos yeux.
L'oisiveté est la mère de tons les viees.
Gela a été dit et répété de mille manières différentes, dans tous les temps et
604 LA FLKim
chez tous les peuples. C'est qu'il n'y a pas lie vérité plus salutaire et qu'il soit plus nécessaire de rappeler constamment à la mémoire des hommes.
On pourrait dire aussi, comme une vérité exactement parallèle ^ celle-ci :
Le trarail est le père de toutes les vertus.
on dit est mi 80t.
Dicton familier qui exprime trèsénergiquement une grande vérité. Cette forme particulière de langage on éUt^ est la ressource des sots et des médisants, qui croient donner quelque autorité à leurs jugements et à leurs propos en les présentant comme l'expression de l'opinion publique; mais on n*a jamais recours à cet expédient ou à cet artifice que lors» qu'on ne peut justifier honnêtement ses assertions.
L'optaftoa est la fotae do moite.
Le mot opinion, pris dans son sens général et le plus ordinaire, est ^ peu près
DBS PROYEKBES FRANÇAIS. 505
ici réquiyaleot de sottise, folie ou préjogé, elt-^dans ce sens, on ne saurait nier que l'opinion n'ait une grande in- 'fluence sur tes affaires de ce monde. Il ne serait peut-6tre pas toujours trèsprudent' d'attaquer de face cette reine d'autant plus puissante qu'elle est presque toujours soutenue par les passions, mais on peut^ sans la braver ouvertement, de peur de l'irriter, faire quelques tentatives pour la réformer ou pour la diriger au moins dans de bonnes vo>es.
C'est là, j'en conviens, une tàcbe presque toujours ingrate et difficile, mais c'est à raison de ses difficultés mêmes qu'elle est digne d'un homme de cœur.
Teot oe qui luit n'est pas or.
Gela est incontestable et ne saurait être nié par personne, ce qui n'empêche pas qu'une foule de gens ne se laissent tous les jours séduire par les apparences. Il existe, chez tous les peuples, un grand nombre de proverbes qui ont pour but de nous tenir en garde contre notre facilité à nous laisser surprendre par ce
qui brille, ceqoi prouve que rhomme est le même dans tous les temps et dans tous les pays, et qu'à cet égard les avertissemeots ne sauraient être ni trop fréquents, ni trop nombreux.
elose d'Orléans, pins obscure que le tozte.
Ce dicton doit probablement son origine à quelque commentaire ou glose sur les lois, commentaire qui^ comme presque tous les travaux du même genre, n'avait pour effet que de rendre le texte encore plus difficile à comprendre. La plupart des commentaleurs en effet semblent prendre à tâche d'obscurcir les questions les plus simples, et de laisser sans explication les passages les moins intelligibles. Il n'y a pas que les jurisconsultes, ni que les gloses d'Orléans, auxquels puisse s'appliquer cette observation.
La ville d'Orléans ou plutôt ses habitants ont été autrefois l'objet de quelques dictons satiriques dont il me paratt à propos de dire au moins quelques mots.
Bossus d* Orléans, Le nombre des
DES PROVERBES FRANÇAIS. à07
bossus esl assez considérable à Orléans ; mais je ne crois pas qu'il y en ait dans cette ville beaucoup plus que partout ailleurs, en tenant compte du chiffre de la population.
Cfuens d'Orléans. Ceci est beaucoup plus sérieux, car on prétend que ce nom a été donné aux Orléanais à cause de la disposition naturelle quMls ont à mordre le prochain ; on leur a donné, par la même raison le^ nom de guêpin, qui rappelle celui d'un insecte atlé renommé par sa malice et son aiguillon.
Les Orléanais prétendent au contraire qu'ils ont mérité le nom de chiens, qu'ils acceptent, par leur fidélités leurs souverains, de même que le nom de gué^ pin, qu'ils ne rejettent pas non plus, atteste selon eux la finesse et la vivacité de leur esprit. Je laisse à d'autres, par impartialité, le soin de prononcer entre ces très- diverses interprétations.
Attendei-moi aonB l'orme.
Manière ironique de donner un rendez-vous auquel on veut manquer, et
d*éearter des prétentions qui déplaisent. On peut voir ici une allusion assez marquée aux rendez- vous que les amants de village se donnenl quelquefois sous un arbre désigné à l'avance. Nous avons une pièce de ihéâlre de Regnard qui porte ce dicton pour titre.
Ote-toi de là que Je m'y mette.
Devise secrète des ambitieux, des révolutionnaires de tous les lieux et de tous les temps, et que Thomme suffisamment éclairé par l'expérience et la réflexion découvre sans peine et lit trèsnettement au fond de toutes les belles phrases et de tous les beaux semblants de vertu dont on essaye de la masquer.
11 ne faut pas vendre la pean de l'ours avant de l'avoir mis par terre.
On connaît l'apologue qui a donné naissance à ce proverbe. Nousie savons tous par cœur, nous rions sans façon de la présomption ridicule de ces deux chasseurs fanfarons qui avaient vendu
DES PftOTKBBES FRAIiÇAIS. 509
une marchandise qu'ils n'étaient pas sûrs de pouvoir livrer, et pourtant, il n'y en a peut-être pas un de nous qui n'ait plus d'une fois en sa vie pris des engagements tout-à-fait au-dessus de ses forces et vendu ainsi quelque peau d'ouïs dont il n'était nullement certain de pouvoir disposer. Notre vie se passe à peu près à rire des sottises d'autrui, et Il en faire pour notre propre compte.
un b«i Mvitor n'est Jaaaia tr«p ahfirwiaif
payé.
C'est qu'un bon ouvrier fait à lui seal plus et mieux que quatre mauvais ouvriers. Cest par une conséquence du même principe qu'on a dit : « qu'une bonne marchandise n'est jamais trop chère. ■ Un mauvais ouvrier en effet ne produit rien qui vaille, de même qu'une marchandise que l'on achète à trop bas prix ne saurait porter aucun profit.
Cela est long comme an Jonr sans pain.
Locution familière qui nous rappelle, avec une triste énergie, qu'il y a dans le monde des malheureux qui' n'ont pas tous les jours le pain nécessaire à leur existence. Qu'elle ait aussi pour effet de nous rappeler à tous, que notre devoir le plus impérieux est de partager notre pain avec ceux qui en manquent, de manière à ce que cette formule désastreuse ne soit bientôt plus, pour ceux qui souffrent, que le souvenir d'un temps passé et qu'ils ne craignent plus de voir reparaître.
Pain dérobé réveille Tappétit.
On trouve la même assertion dans les proverbes de Salomon (liv, 1, c. ix, v. 1 7):
Les eaux furtives sont douces ; et le pain mystérieux est agréable. {Trad. de M. Cahen.)
Rien, en effet, ne tente l'homme plus vivement que le fruit défendu. Cette disposition de notre nature remonte à la plus haute antiquité possible, car elle s'est
DES PROVERBES FRANÇAIS. à H
manifestée, pour la première fois, dans le paradis terrestre, et s'est maintenue depuis lors avec une telle persévérance, qu'elle ne finira probablement qu'avec le monde, comme, elle a commencé avec lui. On retrouve, chez tous les peuples, le même proverbe à peu près sous la même forme.
<Eaf d'une lienre, pain d'nn Jonr, vin.d'nn an,
poisson de dix, femme de quinze, ami
de trente.
Je ne trouve rien à réformer dans cette nomenclature, si ce n*esl peut-être qu'il est au moins fort douteux qu'une femme de quinze ans puisse être considérée comme complètement arrivée à son véritable point de maturité matrimoniale. Il ne faut donc accepter cette partie du dicton que sous toute réserve, et ne pas oublier qu'un fruit quelconque cueilli trop vert ne mûrit jamais.
Pain qui a des yeux, vin qui pétille, fromage qnl plenre.
Dicton diététique qui me semble par-
512 l»A PLKUR
faitement juste et qui a du moins le nérite de s'appliquer au nécessaire bien plus qu'au ciuperflu . L'homme sage Tacceptera sans difficulté; mais le gourmand le regardera peut-être comme un peu trop frugal.
Les deux font la paire .
Locution familière, au moyen de laquelle on caractérise dédaigneusement certaines liaisons qui n'ont pour fondement ni la probité, ni l'honneur, ni môme la décence, et qui ne peuvent avoir lieu qu'entre des gens assez peu estimable^.
On dit encore, dans un sens un peu plus restreint :
MoDsieur vaut bien Madame.
On indique de cette manière un mariage trop bien assorti du mauvais côté.
Paix se conserve en la Un par la guerre. Aphorisme traduit du latin. Les an-
DES PROVERBES FRANÇAIS. ftU
ciens disaient à peu près dans le même sens : •( Si vous vouiez avoir la paix, « sojrez toujours prêt à faire la guerre : « Si vispacem, para bellum, »
II est certain, en effet, ou jlu moins très-probable, qu'un homme sur ses gardes court beaucoup moins qu'un autre le risque d'être attaqué. C'est là ce que dit expressément le proverbe/latin ; le nôtre subordonne un peu plus la consolidation de la paix aux résultats de la guerre, mais c'est la même idée au fond ; car il est hors de doute qu'une victoire décisive est un gage de paix pour celui qui l'obtient, s'il sait toutefois, mieux qu'Annibal , profiter des avantages qui en résultent.
11 ne serait pas bien difiicile d'appliquer cette maxime aux combats que l'homme est plus d'une fois obligé de livrer à son propre cœur pour y maintenir la vçrtu. Là aussi une victoire est un gage de paix et de sécurité pour l'avenir.
ie papier soaffte tout.
Ceci n'a besoin ni d^explication ni de
ss
su LA FLEOR
commentaire, dans un temps où nous voyons tous les jours tant de sottises imprimées sur beau papier vélin et reliées avec tant de somptuosité.
A loil an pignon, 4 Pâques an tlioii.
Quand, à l'époque de Noël, la température est assez douce pour que l'on puisse se réchaufTer suffisamment au soleil, on peut craindre qu'à Pâques le froid ne soit assez vif pour qu on soit obligé d'entretenir grand feu à Tintérieur. Il ne faudrait pourtant pas prendre cette assertion trop à la lettre» car ces dictons un peu absolus sont fréquemment démentis par les faits. 11 ne faut pas non plus les rejeter absolument, car ils sont ordinairement le fruit de l'observation.
en pardonne quelquefois le mal qn'on a éprouvé; on no pardonne qne trèS'* ) rarement le mal qu'on a falt^
Cette observation semble au premier aspect au moins paradoxale. En l'examinant de plus^près, on se convaincra de
sa justesse, et Ton reconnailra que Texpérience la démonlre et la confirme tous les jours. La présèode d'un homme envers lequel nous avons eu des torts graves est en quelque sorte pour nous un remords vivant et perpétuel qui nous dispose médiocrement à la bienveillance. Cela explique très-bien aussi pourquoi, dans les révolutions, les vaincus sont plus disposés B pardonner à leurs vainqueurs que les bourreaux ne le sont à pardonner à leurs victimes.
La paresse n'a pas nn avooat, mais elle a beaucoup d'amis.
On n*ose pas avouer franchement qu'on est paresseux, et tout le monde, ou du moins presque tout le monde, aime à l'être. Je citerai, à Toccasion de cette paresse innée chez l'homme, une petite épitaphe qui m'a toujours paru trèsexpressive dans sa brièveté :
di-gît Chariot le paresseux.
Lequel, à son heure dernière.
S'écria : Que je suis heureux !
Je vais D*avoir plus rien à faire.
616 LA FLBOR
Badaud! de Parla.
Celle locuUon a pour but de caractériser les habitants de Paris, et pour intention, de les déclarer tous un peu niais, très-musards et toujours prèls à s'étonner des choses les plus ordinaires. C'est une épigramme de la province contre la capitale ; mais celle-ci, à son tour, rend avec usure à la province ses quolibets et ses sarcasmes. 11 y a abus et exagération des deux côtés.
Les élymologistes de profession ont raisonné ou plutôt déraisonné à perle de vue sur Torigine du mot Badaud, dont aucun d'eux n'a donné une explication satisfaisante; Voltaire, plus ingénieux qu'eux tous, fait venir le mot Badaud de l'italien badare, qui signifie resar* der en Voir sans point de vue deter^ miné, et« par extension, s'amuser à des bagatelles; puis il ajoute très-agréablement : <i Si Ton a donné ce nom au peuple de Paris plus volontiers qu'à un autre, c'est uniquement parce qu'il y a plus de monde à Paris qu'ailleurs, et par
DES nOfBBBKS FBJUiÇAlS. SI?
conséquent plus de geosiimtiles qui f^altroupent pour voir le premier objet avquel ils ne sont pas accontunéf . Il 7 a des badauds parloul, mab on a donné la préférence à ceux de Paris. •
Le nom de C^kneys que les Anglais donnent aux habitants de Londres répond exactement au mol Badatid el a la méaie signification, ce qui cooirme fopîniofl de Voltaire.
11 7 a beaucoup de dictons anciena qni s'appliquent à la ville de Paris: je me tomtenterai de citer celui-ci, qui porte le titre de Blason de Paris, dans un lim de la fie du xYi* siècle, et qui contient, sons forme d'acrosticbe, l'éloge de cette riHe s
Paisible dauj»e(.
▲moureflx verg m^, Repot MM daoger.
Justice eertaîne.
Science baoUine, Cest Parif entier.
Tout cela était vrai autrefois -, il n'en est pas tout à fait de même aujourd'btti 1 les révolutions laissent plus de traeci b Paris que partout ailleurs.
parts n'a pas été fait en un Jour.
DiclOD que personne ne songe è contester et qui semble peut-être un peu trop naïf. On sera pourtant moins disposé il le taxer de niaiserie si l'on prend la peine de considérer combien de gens ont oublié une vérité si simple, et n'ont pu encore se convaincre que la précipitation gftte les meilleures choses, tandis que le temps et la patience assurent presque toujours le succès des affaires les plus compliquées. On ne saurait donc trop répéter aux étourneaux de cette espèce que
Paris n*a pas été fait en un jour.
Ville qui parlemente est à demi rendue.
On ne songe en général à entrer en pourparlers ou en accommodement avec ses adversaires que lorsqu'on ne se sent plus ni les ressources nécessaires ni la force suffisante pour leur résister. 11 est donc bien vrai qu'une ville assiégée qui
demande h p^jriementer semble faire l'aveu de sa faiblesse, et indiquer, par cette démarche, qu*elleest disposée à se rendre. Au figuré, Ton peut dire, avec une égale vérité, que tout homme qui parlemente avec sa conscience est bien près de <:éder aux mauvaises inclinations qui la eombattent et l'assiègent de toutes parts.
ftraad parleur, grand menteur.
Un bavard s'inquiète en général fort peu de la justesse ou de Texactilude de ses paroles ; il n'est préoccupé que de leur nombre. Les grands causeurs savent ou plutôt racontent une foule d'histoires merveilleuses , auxquelles personne ne croit, auxquelles ils ne croient pas euxmêmes. Ils ne sont pas toujours, il est vrai, fort heureux dans leurs inventions, et ils ne réussissent en général très-bien qu'à être fort ennuyeux.
on neanète iMomie a'a qne sa parole.
Je croirais faire Injure à mes lecteurs
520 LA FLBUR
ea cherchant à leur démontrer rexadltude et la profonde moralité de cette maxime.
Nous avons un vieil axiome de droit conservé par Loisel (Instiiuies coutur mières) qui mérite d'èlre rappelé ici :
Oa lie les bœufs par les cornes et les bommes par les paroles; et autant vaut une simple promesse ou convenance que les stipulations du droit romain.
Un pareil aphorisme donne une idée bien avantageuse du siècle dans lequel il a pris naissance et de tous les temps où il a pu être considéré comme une règle obligatoire. On trouve cet axiome énoncé de la manière suivante dans nos vieux re? cueils de proverbes :
Comme les bœufs par les cornes on lie, Ausei les gens par leurs mots font folie.
jurer sur la parole dn maître.
Proverbe ancien, qui remonte à Tépoque très-éloignée de nous où les professeurs avaient une telle influence et une telle autorité que leurs élèves conservaient et
repeiaiem leurs moinarM mou comme deB oracles. Le maître ta dit a élélooglemps uoe expression, une rormule coawcriËe qui s'appliquait, selon le lem|is,ï Arislole, h Platon, h saint Ttiomas d'AquiD, et 3 d'autres |irofes»eurs moins célËbres. Aujourd'liui on ne jure plus de rien sur la parole d'autnii, et nul ne veut plus reconnaître de maître, mtaat pour l'intelligence. C'est ce qui failprobalitemenl que nous n'avons ptus de véri- Ubles grands liommes ; nous sommes tous ou du moins nous nous crojOlU' tous de la wérné taille.
Je rappellerai b ce sujet un mot ancien qui ee rapporte assez bien au vieux proverbe et â nos dispositions actuelles ; un philosophe disait :
Cela est juste ; mais à l'aide de cette maxime , la plupart des geos déclinent une autorité qu'ils devraient respecter, et substituent presque toujours leurs optnlODs, leurs préjugés et leurs passions.
▼érilé. Pour le grand nombre, le mieux encore serait de s'en tenir à la parole des mattres.
nouée parole n'éoorelie langue.
Recommandation pleine de sens et de raison dont trop peu de gens dans le monde apprécient la valeur et comprennent toute la portée. La douceur dans les manières et la bienveillance dans l'expression coûtent fort peu et ont pour effet de nous faire des amis de ceux même que nous ne pouvons obliger autant qu'ils le désireraient. Un homme bien élevé sait seul être poli avec tout le monde et en toute circonstance.
On dit eqcore dans un sens analogue et avec une égale vérité :
Douce parole rompt grand'îre.
11 ne faut souvent en effet qu'un mot agréable pour apaiser un homme irrité.
DES PROYBRBKS VRAVÇAIS. 628
OÙ tt y a grand» abondance de paroles» 11 n'y a pas grand* sagesse.
Les ignorants et les sots sont en général toujours prêts à prendre la parole ; les sages et les gens d*esprit ne parlent que lorsqu'ils ont à dire quelque chose d'utile. Voilà pourquoi ces derniers sont en général assez silencieux, et les autres des bavards ennuyeux et infatigables.
C'est pour exprimer la même chose qu'ont été inventés les deux proverbes suivants :
La plus mauvaigè roue d'un char est toujours celle qui fait le plus de bruit.
Un tonneau vide donne bien plus de son qu^un tonneau plein.
ftnl quitte la partie la perd.
Règle observée dans tous les jeux, et qui peut s'appliquer sans difficulté à toutes les entreprises, à tous les actes qui exigent de la persévérance pour être conduits à bonne fin. La négligence et le découragement compromettent toujours le succès, en quelque genre que ce soit.
Pas à pas on Ta loin.
Dicton emprunté aux Uallens, qui disent proverbialement :
Qui va doucement va loin.
Hâte-toi lentement, disaient les anciens.
Suivre sa roule exactement, sans précipitation, mais sans s'arrêter, est un moyen certain d'arriver. Trop d'empressement épuise les forces dès les premiers pas et expose à de nombreux accidents.
Il n'y a que les gens persévérants et réfléchis qui parviennent à faire quelque chose de bien ; les empressés ne réussissent qu*à faire des étourderies et dés sottises.
Il n'y a qne le premier pas qni coûte.
Ceci se dit ordinairement des choses difficiles et qui demandent un peu de résolution. En tout, c'est une grande chose que de savoir débuter , car de nos débuts, de nos premières démarches dépend quelquefois le bonheur ou le mal-
heur de noire vie. Nous avons devant nous, en entrant dans le monde, deux routes toujours ouverles, celle du mal qui semble riante et facile à la première vue, mais qui nous mène infailliblement à notre perle ; celle du bien, rude et pénible à ses commencements, mais toujours sûre. Défions-nous de la première, et soyons assez sages pour entrer résolument dans la seconde. Uue fois entrés, nous reconnailrons bientôt qu'il n'y avait que le premier pas de difficile.
Patienee passe seienee.
Jeu de mois dont on excuse la forme à cause de la vérilé qu'il exprime. C'est un dicton fort ancien que Ton trouve dans tous les vieux recueils.
Blenheareiizles panvres d'esprit.
Maxime de TÉvangile que la malignité humaineet peut-être seulement Tinattentioo ont détournée de son sens naturel et de sa légitime signification. Le Sauveur a voulu» par cette maxime, recommander
filO LA FUUB
8irx hommes le ddlachemeot dec biens de ce monde ; uous en avons fait une épigramme contre les hommes, que nous trouvons médiocrement avantagés du cAlé de l'esprit et de l'intelligence. Cela n'est pas exact, comme on voit-, mais cette loterprétatioa est siancienne qu'il est plus <|iie probnble qu'elle se maintiendra. 11 ■n'a semblé utile toutefoii, dans l'inlérât de la vérilé, d'en rétablir au moioa le sens primilir.
gui AoDne aux panmi prêta à Dira
Traduction libre , mais très-heureuse el très-exacte de la maxime de l'Ëvangile qui nous recommande la charité. Elle nous rappelle à la fois que le premier devoir du cbrélten est de secourir ses frères, el que Dieu nous. tiendra compte de tous les actes de charité faits ta son
reonaté n'est pu viae.
Proverbe vulgaire ai^jourd'hui, Mis
DES PRDTIRBES FKANCAIS. SIT
i]ui (l3Dg soo origine a'élait qu'un •xiome de droit, ainsi que le prouve cette rormule cooïer?ée par Loisel (lastiluiei coulumières) •■
Fuirelc n'en b\ hoalc ni dàlioDiiegr,
On comprend très-bien comment d'us ECDS restreint et (oui spccUl cet aphorisme est arrivé â une aigniflcalioD autfi étendue que possible. C'est qu'il exprime une vérilé que la raison rend évidente pour tout le monde.
Il j avait bien aussi, en droit, ua autre axiome qui semble moins juste eoven les hommes maltraités par la forluoe, et qui s'exprimait ainsi :
n'j 1 pu gr»od- lo;ulé. (LoimI, ItulUatiè.)
On voulait dire par là que la pau
528 ^ LA FLCUr
conseillère» et que le besoin fait souvent faire à l'iiomme des acles peu conformes h la jusUce et à la probité.
Gela sans doute a eu lieu plus d'une fois; mais.il n'en résulte pas que la pauvreté puisse en elle-même être considérée comme un vice. Il faut la plaindre, la secourir, au lieu de la blâmer, et si l'on reconnaît qu'elle peut porter q.uelque atteinte à la moralité de l'homme, il faut, au lieu de la flétrir, user, dans la limite de notre fortune, de toute l'influence dont nous pouvons disposer pour assurer aux pauvres une situation qui les mette en garde contre les tentations que pourrait leur suggérer la misère.
B^sn mauvais payeur on tire oa qQ*on penl.
L'ancienne forme de ce proverbe était bien plus expressive :
De mauvais payeur prend on paille.
Avec les mauvais payeurs, il y aurait en effet presque toujours beaucoup d'ioconvénient ^ se montrer trop difficile,
et II faut regarder à peu près cottime trouvé ce qu'on parvient à obtenir de leur mauvaise volonlé. Avec les gens de cette espèce, on courrait souvent risque de ne rien avoir si Ton voulait tout exiger.
Il est bien de son pays.
On dit cela d'un homme un peu borné, parce que Ton suppose qu'un homme qui n'a jamais quitté s^n pays n'a pas vu grand' chose, et ne saurait avoir ni lieaucoup d'idées ni une Intelligence bien exercée. Ce n'est pas tout à fait une Injure, mais c'est au moins une malice.
IMta le ohapean dn paysan se trouve quelquefois le eonseil d'an prinee.
Sentence que j'ai trouvée dans les vieux recueils de proverbes, et dont il n'est sans doute personne qui n'ait eu plus d'une fois l'occasion de vérifier l'exactitude. Le simple bon sens d'un homme en apparence fort ordinaire voit souvent beaucoup plus justeet beaucoup plusloin que l'espritplus
630 LA FLEOR
sublil et moins net du plus fin politique. Mais j'ai remarqué aussi que ce bon sens si vigoureux ne se trouvait guère que chez les hommes doués en même temps d'une grande pureté de cœur, li y avait là, comme partout, inOuence efficace de la conscience sur le jugement.
Qai perd pèobe.
Par suite d'une disposition d'esprit trop commune chez les hommes, nous sommes toujours prêts à trouver des torts aux malheureux, tandis que notre premier mouvement devrait être de les plaindre . et de leur rendre ainsi le courage et l'espérance.
Pëebé avoné est à demi pardonné.
Gela est assez vrai, carie courage dont on fait preuve en convenant sincèrement de ses fautes fait supposer que l'on aura également le courage de les réparer et de n'en pas commettre de nouvelles. Un aveu de ce genre peut donc être considéré
t un grand pat de tait vers le ro-
rMfeitMtécrtfcMiUi puiHBi.
Haxime d'noe morale beaucoup trop facile, et qu'il faut bien se garder de prendre à la lettre. Une faute ignorée ne cesse pax d'Slre une faute ; maU ou a geulemenl voulu dire par 1^ ■ qu'il Mt pluK al«é de réparer une faute qui o'a pas donné de scandale que celte qui a reçu une grande publiriié. ■ Le mieux et le plus Eùr est de n'avoir rien ni \ cacher ni à réparer,
1 tout ri«bé Bb*Tl««da.
Hasime cbaritable, qui averlll, d'une part, le» bomroei trop sévères, qu'il ne faut jamais être sans f\M [xiilr \f.i •»» ■ pables. bI qui rappelle, d'aulrc |>.ii'i. •■<it\ coupables, qu'il u'eïi iminlde faute i|iii ne puisse leur Être piirdonnée, qui ne puisse mtme tire comp\rArnttal rtltei»
532 LA FLBUR
par le repentir ; car, selon la belle expression d'un de nos poëtes :
La irertu se rallume au flambeau du remords.
il faut donc en général se pénétrer de cette bienveillante maxime ; mais elle demande aussi à n'être pratiquée qu'avec une grande réserve et un parfait discernement, quand on se trouve chargé d'un emploi important et surtou t du maiiilien de l'ordre social. Dans ce dernier cas, une trop grande indulgence^ serait ipresque toujours un acte de faiblesse, qui aurait pour effet de mufiiplier les crimes •et de compromettre ainsi la paix de la société que l'on a mission de garantir •et de défendre. Un homme privé peut, auitant et aussi souvent qu'il le veut^ se montrer indulgent et facile ; un homme f)ublic, un gouvernement n'a pas toujours •le droit d'être miséricordieux ; son prîn- •clpal devoir est d'être juste, et c'est dans œ sens qu'un ancien a dit avec raison :
Judex damnatur cum nocent absolvitor.
Le juge qui absout un coupable se condamnie lui-mèmt.
DES PROVERBES FRANÇAIS. ' hZZ
ftiUoim pèebe q«i en pnad m.
11 n'y a que les sots qui méprisent les petits profits ou les petites économies. Ces gens-là ne savent pas apparemment que c'est de la réunion des fils les plus déliés que se composent les câbles les plus forts et les plus solides. Un homme sage se contente de peu et ne dédaigne rien.
Il flUt Imb pèobflr en ean trniUe.
Proverbe emprunté au vocabulaire spécial des pécheurs, et qui s'applique parfaitement aux époques d'agitation politique, où, à la faveur des désordres qui troublent la société et paralysent l'action de la justice, les intrigants savent habilement faire leurs affaires et tirer d'immenses avantages d'une situation qui fait le malheur et le désespoir de tous les gens de bien.
A bti pè^eir éehafpo aagiiflte.
L'homme le plus habile n'est pas tou-
Jours sûr de réussir, et ne saurait 6tre complètement à l'abri de tout accident. On dit exactement dans le mi&me sens :
Il D*e8t si bon cheval qui ne bronche. Il n'est si bon charretier qui ne verse.
Tonte peine mérite salaire.
Maxime fondée sur la justice et qui s'applique également bien aux actes de la vie publique et aux détails de la vie privée. En ce qui concerne la vie publique, elle nous rappelle que le pouvoir, pour être juste, doit à la fois honorer les bons citoyens et poursuivre les ennemis de l'ordre social ; dans la vie privée, elle nous avertit de réserver toute noire estime, toute notre affection pour les gens de bien et tout notre mépris pour les méchants.
sien voit qni est bon pèlerin.
On peut en imposer aux hommes en se donnant les apparences de la piété et de la vertu ; on ne réussit jamais à tromper
DKS PROVBBBES FRANÇAIS.
On r roi I généra letnen t. dans les campagnes, (|ue le ciel coloré d'une leinle rougt'âlre au momeal du coucher du soleil ei d'une leinle pâle au iDomeol de son lever, présage un beau leinps, soit pour le lendemaiii.soll pour le jourméme, selon les cas. Ceiticlon se retrouve presque chez lous les peuples de l'Europe, ce qui me ferait croire qu'il n'est pas dépourvu d'exaciiiude.
la pelle le initqDo da foorgiin.
Il n'eât ]ias rare d'entendre certaines personnes <iui Eonl loin d'être parraites reprocher à d'autres les défauts mêmes qu'on peut reprendre enelies.i^ fourgon esl un petit instrument qui sert à remuer le feu et qui n'est guère moins noir que la pelle.
Ce dicton n'e8lguËre,aj reste, qu'une
53C LA FLEUK
variante très-affaiblie du proverbe si éoergiquement exprimé dans l'ÉvaDgile :
On "voit très'bien une paille dans Tœil de boo prochain, et Ton ne voit pas la poutre qtt'»o a dans
le sien.
Dépends le pendard, il te peadra.
Conseil inspiré par la prudence et que Texpérience a souvent justifié ; ce qui n'empêche pas qu'un cœur bien placé ue se laisse guider par ses inspirations bienveillantes, et qu'il n'aime mieux s'exposera être dupe que de se rendre coupable d'un manque de charité. De pareilles dispositions chez un homme privé ne sauraient avoir de grands inconvénients pour la paix publique; chez un magistrat, qui ne doit écouter que la voix de la justice, elles seraient une prévarication et un crinae.
Antsltèt pris, aaatitêt penda.
On indique ainsi l'accomplissement presque instantané d'une résolution quelconque, et l'on rapporte l'origine de ce
dicloo à l'exécution beaucoup trop expédilive de trois conseillers du parlement de Paris, Brisson, Larcher et Tardif^ arrêtés, jugés et pendus dans Tespaee de quelques heures, par de furieux ligueurs, le 16 noTembre J591.
11 existe un autre proverbe du même genre et du même sens qui se rapporte à la manière un peu vive dont la juslice, diton , procédait autrefois dans une petite Tille de basse Normandie :
nomfront, ville de maie heure; Arrivé à midi, pendu à une heure ; Oo n*a pas seulemeot le temps de dainer (dîner).
Ce quolibet n'était sans doute qu'une plaisanterie; mais il fait supposer que les juges étaient obligés de se montrer sévères et très-expéditifs dans le pays dont il est ici question.
Les Normands, comme on sait, ont toujours été fort maltraités dans les pro- Terbes. C'est que, dans les autres parties de la France, on a été bien longtem ps à pardonner aux guerriers venus du Nord leur conquête et leur établissement dans cette contrée. Aujourd'hui cette prévention a
disparu complélement, et les habitants de la Normandie sont regardés avec raison comme d'aussi bons Français que tous les autres.
c'est la toile de Pénélope.
On dit cela d'un ouvrage que l'on fait et que Ton défait alternativement, et qui, par conséquent, semble ne devoir jamais arriver à sa fin. Cette locution proverbiale fait allusion à la ruse qu'employa, dit-on, Pénélope, femme d'Ulysse, pour calmer les impatiences de ses nombreux adorateurs. On la. croyait veuve, et sa main était bollicitée par une foule de prétendants dont la rivalité était inquiétante, et qu'elle ne pouvait écarter sans danger. Elle imagina donc de leur promettre qu'elle ferait un choix parmi eux aussitôt qu'elle aurait terminé complètement la toile qu'elle avait commencée; or, elle avait la précaution de défaire pendant la nuit tout ce qu'elle avait fait pendant le jour. Elle parvint ainsi à gagner du temps, et à prolonger leur attente jusqu'au moment où l'on vit reparaître
tout à coup Ulysse, qu'on avait cru mort, et qui la débarrassa de tous les importuos qui Tassiégeaient. C'est là la tradition la plus répandue, et c'est celle-là que le proverbe a consacrée.
Tel ne dit rien qui n'en pense pas moins.
C'est une manière presque toujours un peu ironique d'excuser le silence de certaines gens qui ne se taisent souvent que parce qu'ils manquent d'idées.
On raconte, à l'occasion de ce dicton,' l'historiette d'un paysan, qui, chargé de vendre un perroquet qui s'obstinait à rester silencieux, répondait aux acheteurs trop difficiles à ce sujet « que, quoique l'oiseau ne dît rien, il n'en pensait pas moins. » Le mot du paysan a été paro dié d'une manière ingénieuse. On parlait uo jour, dans une réunion, d'un certain homme grave et obstinément taciturne:
« C'est un homme qui ne dit jamais rien ; mais... » dit quelqu'un. — «Mais il n'en pense pas davantage, » ajouta sur-lechamp un second personnage en lermi-
nant la phrase probablement commencée dans une autre intention.
Pour un de perdn, deux retrouyés.
Phrase familière dont on se sert pour caractériser dédaigneusement la perte d'unechosepeu importante, et qu'on peut remplacer facilement, même avec avantage. 11 y a un grand nombre de pertes de tout genre auxquelles peut s'appliquer très-justement ce dicton.
Tel père, tel flls.
Vérité incontestable, que n'infirment pas quelques exceptions, ei que Texpérience confirme tous les jours. Un père qui connaît tous ses devoirs et qui en comprend à la fois l'importance et l'étendue, n'oublie jamais qu'il est responsable devant Dieu de l'avenir de ses enfants, et que lé bon exemple est la meilleure éducation qu'il puisse leur donner. Il est bif»n rare que le fils d'un honnête hoùime n'hérite pas des vertus de son père ; il est
BEE rROTEum FaïaçiM.
|riui rare que le ilsd'oD fripa* un bonnite bomroe.
Od a dil avec une égale Térilé:
TdJe intrc. trIU eilr.
C'est un proverbe qui doit t'iati 1er exactement de la mCrae manié qui est le complément de Paotre.
Proverbe consolant, qui nouiaverlitde ne pas nous laisser aller au déiespaîr. et qu'jifaul, même au milieu des plot granA périls, compter un peu sur la ProTidenee. Un autre proverbe dit la mCae choie es d'autres termes :
Oo rCTicDt quelquefbil de bien Joip,
U ne lêBt pu ssast Ih pwlM lavaat Ua
Maxime de l'Ëvangile, donlle >ens prlmiiif est qu'il estimprudent et téméraire d'essayer de faire sentir b btauU àt»
542 LA FliEOR
mystères de la foi aux âmes qui n'ont pas encore acquis, par leur pureté, rinteilir gence des choses saintes. H faut se contenter de demander pour elles la grâce dont elles ont besoin pour comprendre.
Celle maxime, d'une signification spéciale, a passé ensuite dans la langue commune , et elle signifie, pour nous, que c'est perdre son temps que de parler de science aux ignorants, que de faire de grands frais d'esprit pour les sots. Le proverbe, dans cette nouvelle acception, n'a pas changé de sens. 11 s'applique seulement à des objets d'un ordre inférieur. Les perles ne sont pas toutefois fort communes ; mais il y a aussi dans le monde une foute de gens qui n'en savent pas apprécier la valeur.
ATM de la persévéranoe en vient à iHint
de tout.
Il est rare en effet qu'avec une volonté bien soutenue on n'arrive pas au but vers letiuei on se dirige. Mais il ne faut pas oublier que ce qu'on nomme la persévérance n^est réellement une vertu
que lorsqu'elle s'applique à des actes hoDorables et conformes à la justice aussi bien qu'à la raison. Autrement^ elle prendrait un nom beaucoup moins noble, car elle s'appellerait alors de l'entêtement. Il ne faut donc pas appliquer cette maxime à tout hasard et sans discernement , car on s'exposerait plus d'une fois à louer ce qui au contraire mériterait fort d'être blâmé.
c'est la oour du roi Pétand, où tout le monde commande et où personne n'obéit.
Dans le temps où nous vivons, ce proverbe n'a guère besoin de commentaire ou d'explication. Nous savons par expérience qu'il y a peu de calme, peu d'ordre, peu de sécurité dans une société où tous se croient le droit de commander et où personne ne veut se reconnaître le devoir d'obéir. Bossuet rendait autrefois un bel hommage à la congrégation de rOratoire, fondée, audix-seplièine siècle, parle cardinal de Bérulle, et supprimée en 1790. « Cette congrégation, disait-il, où personne ne commande et où
544 LA FLCOK
tout le monde obéit. >Que de coure du roi Pétaud dans le monde pour une seule congrégation de TOratoire !
On ne connaît pas bien rorigine de cette locution proverbiale. Quelques érudits un peu subtils ont cru reconnattre dans le nom de ce roi inconnu le verbe latin petOy qui signifie demander ^ elonl appliqué ce proverbe aux associations qu'au moyen ftge les mendiants de profession formaient entre eux, et où tout le monde était le mattre, -quoiqu'ils élussent, pour la forme, une espèce de cbef qui portait le nom de roi, mais qui n'était pourvu d'aucune autorilé réelle sur ses prétendus sujets, ie n'adopte ni ne recette cette singulière explication.
PMI tt bien.
Courte devise qui s'appliquait originairement, dit^on, aux repas où domine bien moins une abondance qui touche à la profusion qu'un ensemble bien réglé de mets choisis et délicats.
11 est possible que quelque gourmand de bonne compagnie ait pris pour devise
s FBtNÇA-S. m
celte heureuse expression ; maU elle a dû venir à l'esprit de tous les hommes de goùl, qui romprennent qu'en toutes choses, le choix et la qualité sont de beau coup prérérables i la quanlllé.
Toix dn penplB, *aix de filta.
Proverbe irès-anclen. qui est la Iraduclion lillérale d'un aptiorisme latin bien connu qui s'appliquait principalement, dans les slËcles de la primilîTe tiglise, au choix que te peuple assemblé dans les lemples faisait quelquefois de MS pasieurs, comme par inspiration, rt'une vols unanime. Foa: popu/i, vox Dei , disail-on alors, et l'éleclioa était admise sans cnnteslstian.
Aujourd'liui que l'usage de ces élections ecclési astiques a disparu, aujourd'hui que les variations de la raisoa humaioe et la diversiléiles croyances religieuses oDt considérablement afTaibli celte unité de foi qui a imijouis f^iii l.j force des nations pliiscii^orr qut uiliu dei IndiTldus, cet b ' ' ' "
plus être accepté f^s
discussion* 11 faut avant tout s'entendre sur la signiflcalion précise du moi peuple; il faut définir ce mot, que les partis interprètent toujours au profit de leurs préjugés et de leurs passions, d'une manière assez rigoureuse et as^ez claire pour qu'il ne puisse rester dans l'esprit aucune incertitude li cet égard.
Dans la signification primitive de l'aphorisme qui nous occupe, le moi peuple indiquait certainement l'universalité des citoyens d'une même nation, d'une même contrée, d'une même ville, d'un même village, unis entre eux par le lien commun d'une même foi, d'une même pensée, du même intérêt moral et religieux. Le mot peuple peut-il aujourd'hui être entendu, défini , interprété exactement dans le même sens ? — Le proverbe ne saurait donc être aussi vrai de nos jours qu'il l'était autrefois, et Ton ne doit au moins l'appliquer qu'avec une extrême réserve. PhU à Dieu qu'il eût conservé son sens primitif ou qu'il pût y revenir ! cela terminerait aujourd'hui bien des débats et trancherait bien des difficultés.
La magnifique expression par laquelle
DES PROVEBBES FRANÇAIS. ^ 547
Tacite caractérise le sentiment de justice que Dieu a déposé dans le cœur de tous les hommes, sentiment qu'il appelle la conscience du genre humain^ se rattache naturellement è l'idée exprimée par le proTerbe entendu dans son acception d'origine.
on pent gnérir du mal, mais Jamais de la
peur.
La peur est une maladie spéciale qui affecte principalement les esprits médiocres et les caractères faibles. Si elle n'est pas, dès ses premiers symptômes, combattue par des remèdes énergiques, elle passe bientôt à l'état chronique, et devient par conséquent incurable. On a dit plaisamment qu'un peureux est atteint d'une double infirmité, la peur du mal et le niai de la peur; ce n'est là sans doute qu'un jeu de mots, mais ce jeu de mots a plus de justesse et de vérité que n'en renferment ordinairement les quolibets de ce genre.
548 ^ LA FLIVK
C'est un Pbiiix.
Il est comme le Phénix, il renaît de sa
oendre.
Locutions proverbiales qui se rapportent a l'opinion très-répandue chez les anciens qu'il exislait un oiseau unique et merveilleux auquel on donnait le nom de Phénix, el qui avait la propriété de renaître de ses propres cendres, après s'être consumé sur un bûcher qu*il dressait lui-même. On ne croît plus de nos jours à Texistence d'un pareil oiseau, ni à la réalité d'un tel miracle ; mais Texpression est restée, comme pour consacrer celte étrange tradition, et elle s'applique aux hommes en quelque sorte uniques en leur genre et aux choses extraordinaires et tout à fait imprévues.
C'est ainsi que la Fontaine fait dire par le renard au corbeau, dans unéde ses fables:
Tous êtes le Pliéoix des hôtes de ces boi s ,
et que Boileau, dans son j4rt poétique, à caractérise le mérite d'un sonnet qui ne *
DES PROVERBIS FRANÇAIS. 549
laisserait rien à désirer aux criliques les plus sévères :
Et cet heureux Phénix est eocore à trouver.
CHerelier la pierre phUosephale.
Consacrer son temps et ses études à des travaux qui ne peuvent obtenir de résultat. Cette manière de s'exprimer contient une allusion aux recherches que firent, au moyen âge, un grand nombre de savants, auxquels on donnait le nom d'alchimistes » avec Tintention et dans Fespoirde trouver une composition particulière qui eût la propriété et le pouvoir de transformer en or tous les métaux.Cettecomposition, toujours espérée, toujours cherchée en vain, portait le nom àe pierre phUosophale . Le temps et l'expérience ayant enfin démontré l'inutilité et le ridicule de» recherches de ce genre, le nom de pierre philosophale n'est plus resté dans notre langue que pour servir en quelque sorte ^ caractériser une foule de tentative» de même nature qui n'obtiennent pas de meilleurs réaultata.
560 LA FLECIK
Pierre qai renie n'amasse pas de mousse.
De trop fréquents déplacements entraînent de grandes dépenses et absorbent toutes nos économies. Cela veut dire encore qu'un homme qui change souvent de profession parvient rarement ^ la fortune, de même qu'une nation s'affaiblit elle-même en changeant trop souvent de gouvernement. La persévérance et la stabilité sont des éléments de conservation; l'agitation et l'inconstance sont dès instruments de ruine pour les individus comme pour les peuples.
La même idée se trouve encore exprimée, sous une forme différente, dans cet autre proverbe :
Arbre souvent transplanté Rarement fait fruit à planté.
Planté est un vieux mol français qui signifie abondance.
il ne faut pas laisser de semer par la eralnte des pigeons.
Un léger inconvénient que l'on prévoit
DES FkaTEHBES FKAMÇIIS. 5âl
De doit pas empêcher de penUler dans une bonne résoluLîon. Il n'j a rien au inonde de si utile qui ne puisse avoir son côté faible et ses désavantages. Le propre d'un bon esprit est de voir les choses exactemeni comme elles sont, et de se déterminer pour le parll le plus (Dr et le meilleur, sans tenir compte de* difficullés qui ne sont qu'accessoires. Il n'j a que les sols et les paresseux qai se lafssent arrêter par les petits obstacles.
toi a'y batte s'y Pline.
Ce mot était autrefois une devise de chevalier, qui voulait ainsi avertir set Bdversaires qu'il ne faisait pas bon s'at. taquer Ji lui. Nous n'avons plus de cbevaliers combattants, nt par conséquent de devises écrites ou figurées, mais nous rencontrons encore dans le monde une foule de gens d'un raranêre ê|iiin?ux cl dlfOcile auxquels celle-d s'applique parraltemenl. C'est sans doute p9\K celte raison qu'elle a pris le carafiji*"'*"
652 LA FLEOR
Qui quitte sa place la perd.
C'est apparemment pour celte raison que , dans les temps de révolution , la plupart des fonctionnaires publics s'arrangent pour conserver leurs emplois, et s'imposent ainsi la dure obligation de sacrifier leurs sympathies ou leurs convictions aux exigences de leur Intérêt.
Leur patriotisme incontestable leuf persuade sans doute qu'un nouveau gouvernement ne pourrait marcher sans leur appui, et ils se résignent à le servir par pur dévouement et pour se conformer à cette belle maxime : « La patrie avant tout! »
Ce dicton rappelle naturellement à la mémoire Tingénieuse réplique d'un ecclésiastique assez célèbre en Angleterre»
et désigné vulgairement sous le nom de vicaire de Bray Cet honnête homme avait £u se maintenir dans son bénéfice sous Henri VI iJ, sous la reine Marie, sous la reine Elisabeth, en se faisant alternativement protestant ou catholique, selon l'occasion et la nécessité. — Ses amis lui
reprochaient un jour quelque peu de versalilité dans sa conduite : — « De la versatilité, moi ! répliqua-t-il sans hésiter ; personne, au contraire, ne s'est montré, je pense, moins inconstant que moi ; car, au milieu de tous les événements, de toutes les vicissitudes qui ont bouleversé toutes les existences, je suis parvenu à rester toujours dans la même position, ioujiour&vwarre de Bray, » Un vieil écrivain anglais, le bonhomme Ful-r 1er, auteur de plusieurs ouvrages encore estimés, ajoute ingénument, après avoir raconté cette historiette : « Nous avons « encore de nos jours beaucoup de gens « qui, reconnaissant Timpossibllité de « changer la direction du vent, savent « au moins fort habilement changer la « position de leur moulin, de manière « à être sûrs de moudre leur grain, « de quelque côté que le vent souffle. »
Une anecdote toutau^si curieuse, mais bien moins connue que celle du vicaire de Bray, appartient à l'histoire de la conquête accidentelle des Pays-Bas par Guillaume de Nassau.
Un village avait été pris par les trou-
564 LA FLEQR
pes du prince d'Orange, et le curé avait reçu Tordre de vider les lieux. Le bra?e curé se rend alors sans hésiler chez le prince, el lui offre de remplir les fonctions de ministre du culte réformé dans sa paroisse. — « Soit, dll le prince ; mais il faut vous marier. — Me marier, monseigneur! impossible; car, si les Espagnols revenaient, je ne pourrais plus èlre curé. » Le bonhomme avait au moins le mérite de la franchise, s'il n'avait pas celui d'une foi bien solide.
U faut trois sacs à m plaideur : va sae d'argent, on sao de papier, on sao de patienoe.
Ce dicton est ancien ; mais il exprime une vérité si fréquemment éprouvée qu'il parait toujours nouveau. Il est bon de se le rappeler au moment où l'on serait tenté d'entamer un procès quelconque.
11 ne f^ut pas oublier non plus , à cet égard, un autre proverbe également vrai :
Le plui mauvais accommodement vaut mieux que le meilleur proeèt.
on ne saurait plali^ à tout la manda.
Vérité incontestable, et qui n'a pas besoin d'être déniontrée- Bion, l'un des sept Sages de la Grèce, disait qu'il était impossible de plaire à tous les hommes, à moins gufon ne fût tarte ou gâteau; nos aïeux, en adoptant une partie de l'aphorisme de Bion, en avaient modifié la conclusion à leur manière, en disant : à moins â^étre louis dor; et je crois qu'ils étaient dans le vrai plus encore que l'ancien philosophe. On peut aimer le gâteau plus ou moins, selon l'habileté du pâtissier ou la disposition de son goût et de son estomac; dans tous les temps et dans tous les lieux, l'or n'a jamais manqué d'offrir à tous les hommes des charmes irrésistibles.
le plaiiir eoiirt après oelni qui le ftiit.
L'homme sage, qui met autant de soin à fuir les plaisirs mondains que les autres hommes en mettent à les poursuivre, trouve dans la paix de son âme et dans
les jouissances de son intérieur des plaisirs plus vrais et plàs durables que ceux auxquels il a volonlairement renoncé.
Tel est le sens exact de cet apliorisaie salutaire que si peu de gens savent prendre pour règle de leur conduite.
loi plaisir sans peine.
On ne jouit jamais mieux d'un plaisir quelconque que lorsqu'on s'est donné quelque peine pour se l'assurer.
On entend aussi par ce dicton qu'il n'y a point de plaisir si parfait qu'il ne soit mêlé de quelques peines. C'est dans ce dernier sens qu'on a dit également :
Il D'y a point de rotei sani épinei .
Ami de Platon, mais enoore pins ami de la
vérité.
Aphorisme que nous avons emprunté aux anciens, et qui recommande aux hommes de préférer la vérité à tout»
même à leurs plus chers amis. Nos affections particulières, quelque bien jus«>
t FBAHCA|g. ll&l
llfiées qu'elles puissent Atre, ne doivent Jamais l'emporter rbez nous sur 1e« droits de la raison et de la justice. La maxime contraire semble être la devise de l'Psprit de parti, en politique aussi bien qu'en lilUrature :
Il THt mlaax plier qnt rtnpit.
Conseil salutaire que beaucoup de gens dédaignent parce qu'il leur semble Injurieux pour ce qu'ils apiiellent leur dignité. Mieux vaut pnurlanl, aux jeux de la raison, réder momentanément a la tempËte, comme le roseau, que de se perdre, comme le cliéne, par une résistance impuissante el inutile. Hais la vanité ne raisonne pas, et la prudence n'a sur elle aucune prise. Une foule de gens dans le inonde prennent pour de la fermeté ce qui n'est que de i'tnietement, el pour de la dignité ■imiuI n'ealii'ilicuii'iii que de l'orgueil.
Après la pluie le bean temps.
Consolation un peu bannale qu'on adresse ordinairemenl aiiix malheureux ; mais ceux-ci trouvent toujours que la pluie dure trop longtemps.
11 n'y an a pas de pins embarrassé que oalni qni tient la qnene de la poêle.
Manière un peu triviale, mais assez exacte, de dire que l'iiomme chargé de la direction d'une affaire importante a bien autrement de soucis et d*embarras que ceux mêmes que les conséquences de cette affaire peuvent atteindre.
On cite un mot très-heureux d'Henri IV, à l'occasion de ce proverbe que l'on citait devant lui : « Pas du tout, répliqua sur-le-champ ce monarque; le plus embarrassé... c'est celui qu'on fait frire. » Cela est également juste sous un point dé vue particulier ; mais tous ceux qui tiennent la queue de la poêle travaillent en général pour les autres beaucoup plus que pour eux-mêmes; et n'ont
DES PROVEBBES FRANÇAIS. 659
aucun intérêt à faire frire leurs semblables. Ce mol n'esl donc qu'une excellente plaisanterie qui n'atténue en rien la vérité du proverbe.
Pante d'an point, Martin perdit son âne.
On raconte, à l'occasion de ce proverbe très-connn et fréquemment cité, une historiette que je ne puis me dispenser de rappeler Ici.
. Un certain personnage du nom de Martin, dont on fait un abbé d*Asello, avait fait sculpter sur la porte de son abbaye une inscription latine ainsi conçue :
Porta, païens eslo. Nulli claudatur honeslo.
Ce qui voulait dire, dans son intention :
Ma porte soit tôujouri ouverte. QuVIle oe toit fermée à tacuD homme hoonéte.
Malheureusement pour notre abbé, le sculpteur ou graveur chargé du travail
d'exéculioo n'élait ni très-atlenlif ni trèS'CiLpert en ponctuation. H plaça après le mol nulliXt point qui devait régulièrement venir à la suite du mot précédent estOy et il résulta de celle lourde bévue que, contre l'intention du bon abbé, rinscription signifiait alors :
Que cette porte ne s'ouvre à persunae; qu^ellesaU toujours fermée aux honoétes geos.
De là, grand scandale dans toute la contrée : le bruit en arriva jusqu*au trône ponlifical, et le pape, on ne dit pas précisément lequel, fut tellement irrité de celte grosse inconvenance, que, sans examiner si elle était faite à dessein, ou s'il n'y avait pas seulement là une faute de ponctuation, s'empressa de condamner le pauvre abbé Martin, et de le priver de son abbaye d'Asello, pour ce point malencontreux et si mal placé.
Je ne demanderais pas mieux, en vérité, que de croire à cette charmante hislorielle, qui n'a peut-être pas d'autre fondement que la ressemblance assez équivoque qui existe entre le mol lati»
»CS PBOVEBIES FSAKÇAIS. 56!
aseUus (petit âne) el le nom iUIicB i^jiseUo. Malhenreusement pour PauthenticUé du fait, les premiers aoteurs de l'anecdole ont oublié de nous dire à quelle époque existait Fabbé Martin, quel fut le pape qui proponça la condamnation, et, de plus, où était située celte abbaye A'Asello qui devait être si connue. Jusqu'à ce que ces trois points soient complètement éclaircis, nous serons tentés de croire qu'il ne faut chercher dans ce dicton proverbial que l'anecdote très-ordinaire de quelque joueur du nom de Martin, qui, ayant mis son ftne comme enjeu, le perdit faute d'avoir pu prendre le seul point qui lui était nécessaire pour gagner la partie. Cette explication est, si l'on veut, moins historique et moins jolie, mais elle nous semble plus simple et plus naturelle.
On trouve dans quelques recueils ce proverbe exprimé de la manière suivante :
Pour QD Moi point Baudet perdit, ion ine.
g€3 LA FLEOR
C'est QB homme qui met les pointa sur les l.
Oq désigne ainsi certaines personnes qui sont d'une exactitude minutieuse, et i|ui attaclient beaucoup d'importance même aux plus petits détails. On dit encore, d*une manière analogue pour le fond, mais dans un sens un peu plus sérieux :
C'est uo homme avec lequel il faut meUre les point»
sur les i.
Ici l'on veut dire que pour traiter avec l'homme qu'on indique il faut prendre toutes ses précautions pour évi* 1er d'être dupe.
Pour oneilUr ane poire, il faut attendre qu'elle
soit mûre.
Gela peut se dire en général de tous les fruits, et s'applique également à presque toutes les affaires d'une certaine importance. Il faut laisser au temps son action, car on ne gagne jamais rien à la devancer. Blalheureusement, il y a une foule de gens qui) comme les enfants, n'aiment en
quelque sorte que le fruit verd, et qui, faute de réflexion, compromettent presque toujours le succès des affaires les plus belles pour n'avoir pas voulu leur laisser le temps de parvenir à leur maturité.
11 tant garder une poire pour la soif.
Maxime de prudence, qu'il importe d'autant plus de rappeler, que la plupart des hommes songent bien plus à jouir du présent qu'à se précautionner contre les chances de l'avenir. Aussi une foule de gens tombent-ils dans la misère pour n'avoir pas su faire d'économies dans les jours de leur prospérité. Deux autres dictons anciens expriment la même idée et donnent indirectement le même conseil :
Qui disne tout, il n*a que souper.
Qui garde de son dîner, il a mieux à souper.
Petits pois avec lés riobes, cerises aveo les
pauvres.
Proverbe gastronomique. Les petits
pois sont parliculièremenl exquis dans la primeur et lorsqu'ils sont encore assez chers pour n'être accessibles qu'aux grosses bourses ; les cerises, au contraire, ne sont excellentes qu'au moment de leur parfaite maturité, et lorsque, par suite d'une grande abondance, le bon marché les met à la portée des plus pauvres.
les gros poissons mangent les petits.
Dans le sens naturel et purement physique, cela peut être vrai ; mais, dans le sens moral el (iguré, ce qui pouvait être exact autrefois ne l'est plus aujourd'hui. De nos jours, il ne reste guère de gros poissons, et s'il en restait encore, ils seraient bientôt dévorés par les petits, qui ne manqueraient pas de se réunir tous contre un seul. Ce qu'il y aurait de meilleur pour tout le monde, ce serait que les poissons de tous les genres et de lous les ordres vécussent ensemble en parfaite harmonie ; car tout le monde y gagnerait.
Qui tonebo la poix t'embarbovllle.
' Avis adressé aux gens honnêtes, pour qu'ils se gardent avec soin de prendre part à certaines entreprises conçues ou dirigées par des hommes d'une probité équivoque. Dans les cas de ce genre, rimprudence ressemble quelquefois a la complicité.
La simple bomièteté est la melUeure
politesse, comme la tempérance
est le meiHeur médecin.
A|)lioHsme très-juste , qui exprime deux vérités d'un ordre différent. Il explique aussi pourquoi il y a si peu d'hommes qui soient réellement polis, et pourquoi il y a un si grand nombre de gens qui ont besoin d'avoir fréquemment recours aux médecins.
Il Tant mieux être poltron et ▼ivre pins longtemps.
Proverbe qui ne s'emploie que d'une
manière ironique ; c'est la devise secrète d'une foule de gens qui se gardenl bien de l'avouer publiquement. Le célèbre Mirabeau, qui ne se croyait pas obligé de se battre avec tous les gens que ses paroles offensaient, avait refusé successivement plusieurs duels. Ses adversaires lui rappelèrent ce proverbe, et lui attribuèrent en même temps les deux vers qui suivent , et qui étaient peut-être de 4eur façon :
S'il était un pays où Ton vécût toujours. J'irais avec plaisir y t^miner mes jours.
Temps pommelé, femme fardée, ne sont pas de longue durée.
Dicton très-ancien, dont Texpérience a confirmé depuis longtemps la double exactitude.
U faut faire un pont d'or à son ennemi qnt s'éloigne.
Cet aphorisme nous vient des anciens, qui pensaient avec raison qu'il n'est aucun sacrifice qu'on ne doive faire pour se
débarrasser d'un ennemi, et qu'il faut éviter avec grand soin de le réduire au désespoir, sa fuite étant un véritable aveu de son impuissance et de sa défaite.
c'est l'alUanoe du pot de fer et da pot de terre.
Allusion à une fable connue, qui fait naviguer ou plutôt flotter de compagnie un pot'de fer et un pot de terre, et dans laquelle ce dernier est représenté comme la victime de cette association inégale. On cite ce dicton pour rappeler que la prudence nous conseille de ne nousassocierqu*avecnoségaux,sinousne voulons ni engager notre indépendance ni compromettre notre sûreté.
On se sert du même proverbe, en lui faisant subir une légère modification, pour caractériser les débats qui s'élèvent quelquefois entre gens d'une force inégale, et Ton dit alors que:
C'est le pot de terre qui veut lutter contre le pot
de fer.
Il j st, en effet, dans les conflits de ce
568 LA FLEim
genre, cent à parier contre un que le plus faible sera, dominé, quelquefois môme brisé par la plus fort.
un pot fêlé dure plus <ia'im neuf.
On veut dire par là qu'un homme d'une constitution délicate et frêle vit presque toujours plus longtemps qu'un homme d'un tempérament robuste et d'une santé vigoureuse. C'est que le pre» mier se gouverne avec beaucoup de soin, et que le second abuse fréquemment de ses forces ; ce qui a donné lieu à cet autre proverbe :
^ons aageurs sont souveat noyés.
Il n*e8t si vilain pot qni ne trouve son couvercle.
Cela veut dire tout simplement, d'une manière peut-être un peu trop vulgaire, a qu'il n'est pas de si laide fille qui ne trouve, comme une autre, à se marier. »
Nous avons un aulre dicton plus ancien qui exprime encore plus crûment la
même idée, et qui s'applique à rbomme, comme le premier s'applique à la femme:
Il D*eftt ai bossu en la paroisse qui ne trouve bien
sa bossue.
cet hemme n'a pas inventé la pondre.
Dicton yulgaire. qui s'applique habituellement aux hommes d'une intelligence médiocre et d'un esprit borné. On suppose donc ainsi qu'il a fallu, pourin- Yenter la poudre, une vigoureuse intelligence et de sérieuses études. Gela peut être ; mais nous savons aussi que la plupart des grandes découvertes ont ététréquemment le fruit du hasard. Il fallait seulement avoir Tesprit de profiter de ce merveilleux hasard , et il faut bien avouer que tout le monde n'est pas doué de cet esprit. C'est là ce qui justifie le proverbe.
(pd naît poule aime à gratter.
Il est rare qu'on puisse se défaire com-
&70 LA WLWtL
plétement de ses îDcUnatioDs nalu-> relies, et qu'on ne revienne pas toujours à ses premières habiludes, quelque soin qu'on prenne pour les réformer ou môme pour les modifier. En nous pénétrant de la vérité de cette observation, et en nous examinant nous-mêmes avec quelque^ttenlion, nous serons beaucoup moins portés à trouver les autres ridicules.
la ponle ne doit point ohanter devant le ooq.
Vers de Molière, qui s'est emparé fort heureusement d'un proverbe déjà ancien, qui courait encore de son temps, il fa ut entendre ici le mot devant dans le sens de la préposition af;a/i/; car le dicton signifie que : « la femme ne doit point émettre son avis avant que son mari ait donné le sien. » C'est un précepte que les femmes ne goûtent que médiocrement, et que la plupart des maris n'osent pas trop faire valoir; ce qui fait qu'il est tout à fait hors d'usage et passé de mode aujourd'hui.
DES PROTEMBS FRANÇAIS. &7 I
168 ponlM p«ttd6nt par le beo.
Manière assez originale et fort ingénieuse d'indiquer que le véritable moyen d'assurer la fécoudilé des poules est de les bien nourrir. Les poules, au reste, ne sont peut«étre pas les seuls animaux dont on puisse tirer parti de cette manière.
On a beau prêcher qni n'a eemr de bien faire.
Cet' aphorisme répond exactement à cet autre dicton qui dit la même chose d'une naanière encore plus expressive :
Il D'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas'
enteodre.
Aussi un homme sage, ii moins d'y être contraint par sa position on par son devoir, s*abslient-il de donner des conseils à un homme exclusivement dominé par sa passion, à un sot entêté, quin'ont, Tun et l'autre, ni assez de jugement pour discerner le bien du mal, ni assez de yo-
572 LA FLIDR
lonté pour agir conformément à la raison. Il sait trop qu'il perdrait a les exhorter son temps et ses paroles.
Qui prend s'engage.
Le mot prendre est employé ici dans le sens de recevoir. Accepter un cadeau, dans une circonstance quelconque, c'est prendre une espèce d'engagement qu'il n'est pas toujours honorable de remplir. Un homme en place et une femme sont bien près de capituler avec leur conscience et leur honneur quand ils oïlvrent la main pour recevoir.
Faire de l'arbre d'an pressoir le manche d'an
oemoir.
Locution familière qui caractérise avec une parfaite justesse les opérations hasardeuses de certains esprits aventureux et irréfléchis qui parviennent, non sans se donner quelquefois beaucoup de i>eiDe, à compromettre et à dissiper, dans une suite de spéculations successives, toutes plus folles les unes que les autres, une
DES PROTERBES FRANÇAIS. 573
fortune bien établie, et qui eût probablement plus que doublé entre des mains moins imprudentes et plus habiles. Les Italiens expriment le même fait à leur manière:
Faire d'un buis de laace une cheville.
11 n'y a que trop de gens, dans le monde commercial , qui possèdent ce malheureux secret.
Ami an prêter, emiemi au rendre.
Nous avons, pour exprimer la même vérité, un ancien dicton bien plus énergique encore que celui-ci :
Au prêter. Dieu; 'au rendre, Diable.
11 est fâcheux d*6tre obligé de le dire ; mais il y a dix à parier contre un qu'en prêtant de l'argent à un ami, on s'expose à s'en faire quelque jour un ennemi ; car tout le monde n'est pas assez riche pour faire le sacrifice complet de l'argent qu'il a prêté. Un emprunteur de profession se présente un jour chez un
&14 LA rLSOB
homme riche de sa oomiaiseaiice, et le prie de lui prêter vingt écus. — a Tenez, répondit l'autre, en voilà dix que je tous donne; prenez-les, nous j gagneroos toud les deux, p Cela est très- bien» trèsspirituel sans doute; mais tout le monde n*a pas assez d'argent pour se montrer si ingénieux. Cela ne veut pas dire toutefois qu'il ne faille jamais obliger ses amis ; mais il faut au moins savoir à quoi on s'engage en les obligeant.
[Il est Juste que le prêtre vive de Taiitel.
C'est là une vérité incontestable et d'une application fort étendue. Il n'y a point de travail qui doive demeurer sans salaire, point de vertu qui doive rester sans récompense. On comprendra surtout l'importance de cet aphorisme si l'on réfléchit à la salutaire influence que la religion et ses ministres peuvent exercer sur le bonheur des particuliers et sur la prospérité des peuples.
Un vieux proverbe allemand dit la môme chose en d'autres termes. 11 nous a été conservé par Henri Bebelius, qui le
BESn»R0VCRBE8 FRANÇAIS. 575
donné dans son recueil la lin avec un petit commentaire que je traduis lilléralemenl :
Personne ne peut garder gratis le tombeau de Notre- Seigneur Jésus-Christ. .
« Il y a ici, djt Bebelius, une allusion à cette parole de l'apôlre saint Paul : « Nul ne saurait être forcé de faire la guerre à ses dépens. » La sainte et respectable fonction de garder le tombeau du Rédempteur doit donc rapporter de quoi vivre à celui qui en est chargé. »
Promettre monts et merveilles.
Les Romains disaient dans le même sens : « Maria et Montes pollicerû »
(Promettre mers et montagnes.)
Défiez-vous en général des grands prometteurs; on n'est jamais si libéral en fait de promesses que lorsqu'on a Tintention de n'en réaliser aucune. Nous disons encore dans un style assez trivial, pour exprimer la même idée :
Promettre plus de beurre que de pain.
576 LA FbEUR
Et nous IrouvoDS une locuUon analogue dans une idylle de Théocrile :
Tu me promets tout, dit une bergère à un berger ; mais je n'aurais pas seulement de toi uo grain
de sel.
C'est en politique surtout qu'il faut se défier des grands prometteurs; car il arrive presque toujours qu'ils font tout le contraire de ce qu'ils annoncent, et que le paradis qu'ils nous font entrevoir de loin se trouve de près être un véritable enfer.
diose promise, obose due.
Aphorisme obligatoire qui répond exactement à célui-ct :
Un honnête homme n'a que sa parole.
Aussi faut-il êlre-lrès réservé dans ses promesses, et réfléchir longtemps avant de s'engager^ pour ne pas être obligé, comme certains étourdis, de revenir à cet autre proverbe peu loyal .
Promettre et tenir sont deux.
DK8 PROVERBES FRANÇAIS. 577
Celte dernière formule s'applique aussi fort heureusement aux hâbleurs de profession qui ont fait naître encore cet autre dicton :
Grand prometteur, petit donneur.
loi l'est prophète en mb pays.
Cet aphoriftme se trouve dans TÉvanglle, et nous avons tous ies jours Toccasiou d'en constater Texactitude. Nous nous décidons difficilement à croire aux vertus» à la supériorité d'intelligence et d'esprit des gens que nous voyons toupies jours et qui vivent avec nous. Nous avons d'ailleurs un tel amour de l'inconnu que nous ne sommes disposés à accueillir favorablement que ce qui est nouveau pour nous. C'est du dehors souvent, il est vrai, que viennent les prophètes; mais c'est de là aussi qu'arrivent les imposteurs, et nous ne sommes pas toujours suffisamment éclairés pour en faire la différence ; ne croyons donc aux prophètes, quels qu'ils soient, qu'après examen ; défionsnous même des prophètes étrangers.
578 LA FLEUB
Qol vMt trop prouver no prosvo rî«B.
Les menleurs et les fripons ne manquent jamais d'arguments et de preuves pour appuyer leurs impostures; ils se trahissent môme presque toujours parles soins minutieux qu'ils mettent à prouver une foule de choses qui n*ont pas besoin d'être démontrées; aussi rinsistancemème qu'ils mettent à les rendre croyables suffit pour inspirer la défiance et faire douter de l'exactitude de leurs assertions.
11 f aat puiser quand la corde est an puits.
Cela revient à dire qu'il faut savoir saisir l'occasion favorable pour agir, ce qu'exprime également cet autre proverbe plus connu •
Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud.
11 y avait autrefois, dans certaines villes, des puits publics où les particuliers s'approvisionnaient d'eau, et auxquels on ne mettait la corde qu'à certaines
DES PBOTBKBBS FBAHÇAIS. 679
heures delà journée. 11 fallait être exact alors pour ne pas manquer l'occasion de faire sa provision d'eau. C'est là l'origine de cette locution, qui n'a plus aujourd'hui que sa signiflcation accessoire.
Blea de plus difflelle à ée«r«lior qu la
qnene.
Les affaires qui se présentent le plus fayorablement sont quelquefois très-difficiles à conduire à leur terme. Les anciens disaient, exactement dans le même sens : c à la queue est le venin » (/n couda iflmenum), et l'on a vu, avec raison, je pense, dans cette manière de s'exprimer, une allusion au scorpion qui porte, ditron, son venin dans la queue.
on sait bien oe qne Ton quitte, on nt sait pas ee qne Von prend.
Cela se dit aussi bien des personnes que des choses, et signifie que l'on gagne rarement à changer de profession, de régime, d'amis et surtout de gouvernement.
580 LA FLBUR
Le quart d'bewe de Babelali.
Locution proverbiale qui a pris sa source dans une anecdote, au moins douteuse, qui se rapporte au célèbre Rabelais. On raconte que ce joyeux personnage s'étant, à son retour de Rome, arrêté quelque temps à Lyon dans une auberge, se trouva, au moment de partir, assez embarrassé pour payer sa dépense. Il eut recours alors, dit-on, âi ce singulier expédient : 11 fit un certain nombre de petits paquets en papier,' plies soigneusement, sur chacun desquels il écrivit .* poison pour le Roi, poison pour la Reine, etc. Ces papiers, qu'il ne cachait pas, ayant été aperçus par son hâte, il fut dénoncé, appréhendé au corps et conduit sous escorte a Paris, où la chose s'éclairctt sans difficulté. 11 avait ainsi éludé la nécessité de payer son hôte et épargné les frais de son voyage. Je ne crois pas un mot de tout cela. Rabelais avait trop d'esprit pour ne pas trouver un meilleur moyen de se tirer d'affaire et trop de bon sens pour plaisanter
DES PBOVEKBES FRANÇAIS. 5Sl
en pareille matière. Quoiqu'il en soit de l'origine réelle de ce dteton, il est resté, dans notre langage familier, pour indiquer le moment de solder la dépense qu'on a faite, de payer une dette que l'on a contractée.
Tel brOle as seooné rang, qui s'éelipse an premier.
Vers de la Henriade qui avait des titres très-légitimes à devenir proverbe, car il exprime une vérité généralement reconnue et que personne ne songe à contester; seulement personne ne se l'applique à lui-même. 11 n'est presque point d'homme en effet qui ne se regarde comme parfaitement digne du premier rang, de même qu'il n'existe presque aucune femme qui ne se croie assez jolie pour faire des milliers de conquêtes.
Qol refase, muse.
Refuser un avantage que l'on trouve incomplet, dans l'espérance incertaine d'obtenir plus lard quelque chose de
582 LA FLBUR
mieux, c'est faire presque toujours un faux calcul, souvent même une folie.
Pour être lieureux, il faut savoir se contenter à peu de frais.
Le verbe muser, peu usité de nos jours, signifie : « perdre son temps "k des futilités, à des rêveries sans fondement et sans résultat. » Il nous a dooné le substantif musard, qui est resté et qui restera probablement.
Hieuz vant règle que rente.
Maxime d'un sens exquis et dont Tutilité pratique se vérifie tous les jours. La plus brillante fortuné ne saurait suffire II toutes les fantaisies d'un esprit désordonné ; le revenu le plus modeste suffit à celui qui sait régler à la fois ses désirs et sa dépense.
11 n'y a point de règle sans exoeption.
Gomme, en établissant une règle quelconque, il est à peu près impossible de prévoir tous les cas auxquels elle peut s'appliquer, il peut devenir néccassalre
ée 11 >afNiifior queèqucMs éaas tes dis- ». ffau il fautt faiK ta sorte que «KceplioiK soient toujouK parlailejuâtifiéec imht les tinom\atum et qu'elles ne «oient ni asser fréquentes, ni nsMz nombreuees pour détruire l'e»|fflt 9ÉMral de la règle, autrement il vaudrui lieaoeoup mieux la cbanger que de la violer constamment. On dit aussi |H ovfvrbialement que :
X'esmeptîon codfinne U n^lc.
Cda nfeal vnû égatemenl, eomne dam»
leeas|^féûéden(U ^ue lors^ne ûet&ee&eep' tion cit ripaanufiomeat nadme p» les
ttyaiimiiii à ^A in à la
On veat diie par B qaH ne faat ja- «Mis se éètmmè^t en présence des difficottés mêaM les phK graves, parce qne, exeeplé la bmiI, il n*y a rien doni ne poisse triompher nne énergique ei persévéranfe résointion. Cestlà un conseil dont on ne sanrail eonlester Texcellence,
684 LA FUWR
mais que les Ames fortes sont seules en état de comprendre et de suivre.
AUX grands manz, las grands ranèdes.
Aphorisme d'un grand sens qui s'applique à tout, aux maladies morales comme aux infirmités physiques, aux malheurs privés comme aux grandes calamités publiques ; mais, pour l'appliquer à propos et avec succès, il faut un médecin qui ait autant de discememeni que de résolution, et les médecins de ce genre ne sont pas très-communs. En revanche, il existe un grand nombre de charlatans qui tuent souvent le malade pour vouloir le guérir trop vite.
11 fani savoir oaadre a« basala la peau di renard à eelle di lion.
11 peut être utile sans doute, dans quelques circonstances, de joindre l'adresse à la force ; mais c'est là un conseil dont la mauvaise foi n'est que trop portée à abuser. Je n'aime , .en aucun cas, à voir le renard présenté comme un modèle à
DES PROVCABES FRANÇAIS. 585
imiter. Un homme réellement fort peut se rendre agréable, facile, insinuant; c'est là sa véritable adresse, et il évite avec le plus grand soin d'avoir recours à la ruse. Un aphorisme la lin «exprime parfaitement celle règle de conduite que peut avouer la plus stricte probité :
Forliler in r«, iuaviter in modo.
ce qui veut dire :
Force pour le food , douceur pour la forme.
Ainsi interprété, ce proverbe n'a plus rien que de louable et se rapporte i cet autre qui est bien connu :
Plus fait douceur que violence.
Ainsi dit le renard desmAres, qiand il n*em peut avoir: zUes ne sont point bonnes.
Telle est la forme primitive de ce dicton fort ancien qui a élé mis en œuvre si agréablement dans une fable de la Fontaine, que tout le monde sait par cœur.
et qui s*j trouve exprimé sous une forme nouvelle qui a fait oublier la première :
Ili soDt trop TeTts» diUil , et bons pour des goujats.
Dans cette leçon du proverbe, les raisins ont pris la place des mûres,
11 y a peu de proverbes qui soient sus- •ceptibles d'une application plus fréquente ; on ne voit de tous côtés dans le monde que gens qui s'efforcent de déprécier ce qu'ils ne peuvent atteindre.
C'est justement par cette raison que les hommes supérieurs sont plus que tous les autres exposés à la calomnie.
A renard endormi rien ne tombe en' la gueule.
La paresse et ^oisiveté sont de mauvais moyens de faire ses affaires, et Ton ne réussit qu'a l'aide d'un travail assidu et d'une activité qui ne se ralentit jaoïals. On dit ironiquement d'un paresseux :
« qu'il s'attend à ce que les alouettes vont lui tomber toutes rôties dans le bec.»
DES PROTERBES FRAMÇAH. 587
Nulle part et jamais les alouettes ne se sont montrées si complaisantes, et pour les atteindre, il faut se donner la peine de les chercher.
on bon renard ne mange Jamais les ponles de son voisin.
Un fripon intelligent se garde bien d'exercer dans son voisinage. Sa réputation ne manquerait pas d'éveiller les soupçons et de le trahir. Loin de chez lui, il n'a plus les mêmes risques à courir, et il travaille alors avec plus de sécurité.
Il est avis an Renard que ohaonn mange ponle oomme Ini.
On s'accoutume si bien à regarder comme naturelles et comme familières à tous les hommes ses propres pensées et ses habitudes, qu'un honnête homme est bien longtemps à reconnaître qu'il existe des fripons, de même qu'un fripon se décide difficilement à croire à ce qu'il entend appeler la probité. 11 ne faut rien moins qu'une expérience personnelle
588 LA FtEUft
plusieurs fois répétée et les cours Rassises pour les détromper l'un et l'autre.
Benne renemmée Tant mieux qiie eeiBCare
dorée.
On a donné de ce proverbe très-clair et bien connu plusieurs interprétations qui se rapportent à l'histoire ou du moins à quelques anecdote historiques.
Il ne fallait pas, ce me semble, aller en chercher si loin l'origine ; car il se trouve, sinon textuellement, du moins implieltement dans les proverbes de Salomon (chap. XXII, V. !«''), où il est énoncé dans les termes suivants :
Meliua ê$t nomen bonum quant divitUe muliœ. Mieux vaut boDD« reoominéequ'uoe grande fortuae.
Le mot ceinture, introduit dans notre proverbe, rappelle seulement qu'autrefois la teinture de chacun lui tenait lieu de bourse, et n'a probablement aucun rapport ni avec la ceinture dorée que la reine Blanche voulut bien tolérer chez les femmes de moyenne vertu, ni avec le
DES PR0TBR8ES FRANÇAIS. d89
riche ceinturon que porlaient autrefois les chevaliers,
En fait de proverbes, je crois que les explications les plus simples sont généralement les plus vraies.
Qii réponi paie.
Aphorisme judiciaire qui a passé dans la langue commune et qui nous avertit de ne nous porter caution ou répondant d'autrui que lorsque nous sommes en quelque sorte bien décidés è remplir nous-mêmes au besoin les engagements contractés par d'autres; car c'est là ce qui arrive d'ordinaire, et plus d'un acte de ce genre, que l'on avait regardé imprudemment commeune simple complaisance, a souvent compromis les fortunes Ie0 plus belles et les mîeax établies.
le reprends oe qie ta n'entends.
Conseil sage, mais presque toujours inutile; car ce sont ordinairement les hommes les moins sages et les esprits les plus médiocres qui sont le plus disposés
à blâmer tout le monde et priDcipalemeot ceux qui valent mieux qu'eux de toute manière, pour le cœur aussi bien que pour l'esprit.
Qnl se ressemble s'assemble.
Proverbe qui va de pair avec GeltiHci:
DiB*in(M qui tu haotes, je te dirai qui tu et.
Ces deux aphorismes s'expliquent et se confirment l'un par l'autre.
lies anglais disent asseï élégamment, dans le même sens :
Oiaeaux de même plumage aimeot à voler de compagnie.
passei-mei la rbnbarbe et Je TenB passerai
le séné.
Aphorisme puisé dans la pratique de l'art médical, et qui suppose que les médecins sont assez disposés à se faire mutuellement des concessions. Dans le sens figuré, cette locution s'applique très-
DES PBOTEtBES FRANÇAIS. 691
bien à l'appui réciproque que se prêtent YolODtiers les charlatans de tous les genres et de tous les ordres pour tromper le public.
zst aiseï rielie qui ne doit rien.
La véritable richesse consiste bien moins à posséder beaucoup qu'à posséder sûrement et légitimement, sans remords, sans soucis et surtout sans les inquiétudes qui accompagnent toujours les dettes ; ce qui a donné lieu à cet autre proverbe non moins vrai que le premier :
Qui paie ses dettes s'enrichit.
lien pour rien.
Proverbe qui se trouve être la devise de bien des gens et la règle unique de leurs actions. Celte maxime, interprétée avec une certaine réserve et dans un sens raisonnable, n'est pas pourtant tout à fait dépourvue de justesse,; car elle pourraitsignifiertrès-légitimementqu'un
bon procédé en appelle et en mérite un autre. Mais c'est lii, il faut bien l*ayouer, de la vertu un peu négative, et les cœurs généreux ne font point entrer ce genre de spéculation dans le^ motifs de leurs bienfails.
On ne fait rien de rien.
Gela est vrai en principe et en théorie ; mais, dans la pratique et dans les faits, nous voyons tous les jours tant de sots, tant d'intrigants, tant d'hommes sanâ valeur arriver, on ne sait comment, aux grands emplois, aux honneurs ou à la fortune, qu'il faut, en vérité, une foi bien robuste, pour croire encore à Texaclitude d'un aphorisme qui reçoit tous les jours et partout de si nombreux et de si énergiques démentis.
Qui ne sait rien de rien ne doute.
On ne saurait , avant de ravoir éprouvé par soi-même, se faire une idée parfaitement exacte de l'assurance présomptueuse avec laquelle les Ignorants
DE$ PROVBftBES FRANÇAIS. 593
débitent les plus grandes sottises. Je ne connais pas de proverbe plus yrai et plus souvent justifié que celui-ci.
lira bien qui rira le dernier.
Dicton qui s'énonce ordinairement avec un accent d'iro/iie ou même de menace, et qui ne se trouve guère que dans la bouche d'un ennemi offensé de la gaité importune de son adversaire.
U seovient toujours à Robin de ses flûtes.
On oi^blie avec peine ses premières habitudes, et Ton y revient toujours avec plaisir. Tel est le véritable sens de ce proverbe^ qui faitprobablementallusionà rhisloire de quelque berger inconnu qui, après avoir goûté d'une situation plus élevée, revient spontanément reprendre ses occupations champêtres et la flûte dont il charmait ses loisirs. On a donné de ce dicton plusieurs interprétations plus recherchées : celle^i me paraît la plus naturelle et la plus vraie.
C'est nu liomme ie la vieille roolie.
Locution proverbiale qui sert à caractériser les hommes, assez rares dans tous les temps, qui savent se conserver purs au milieu de la dépravation générale , et qui résistent aux atteintes de la corruption comme ces rochers qui bravent, sans être ébranlés, toute la fureur des flots. L'expression est heureuse autant que pittoresque. Les révolutions, malheureusement, minent à la longue les rochers de ce genre, et n'en laissent debout qu'un bien petit nombre.
Heureiiz oommè im roi.
Ce proverbe semblerait presque séditieux aujourd'hui, si je ne m'empressais de déclarer qu'il n'a plus cours, el que je pense d'ailleurs qu'il n'a jamais été vrai. Les soucis du pouvoir n'ont pu donner le bonheur en aucun temps.
Un Tol non lettré est nn âne eoaroani. Hommage éclatant rendu à rintelli-
DES proveubcs français. 595
gence et aux lettres. Dans le temps où cet aphorisme a pris naissance on croyait eDcore à l'influence des rois et de la science sur là prospérité des empires. De nos jours on ne croit plus aux rois, et je ne saurais dire si Ton croit encore beaucoup à la science : car elle a aussi un certain air de royauté qui doit déplaire à bien des gens.
A Rome eommo à Rone.
Traduction exacte d^itn vers latin proverbial :
Si RonuB fueriSf romano vivito more.
Si TOUS êtes à Rome, vivez comme on vit à Rome»
Il faut savoir se plier aux habitudes, aux mœurs, aux opinions, aux préjugés même des gens avec lesquels on se trouve appelé à vivr-e, pourvu toutefois que la conscience n'y soit pas compromise.
Madame de Maintenon, dans une lettre adressée à une jeune femme qui Tintéressait , lui donnait un conseil plein de goût et de raison : « Ma chère amie,
596 tA FLEUR
voulez-vou8 6tre heureuse et bien accueillie dans le pays que vous allez habiter? Elablissez-vous y comme si yous aviez l'intention d'y demeurer toujours.» Ce peu de mots est la meilleure inter' prétation qui se puisse donner de notre proverbe.
Tout ohemin mène & lome.
Chacun choisit la voie qui lui parait la plus commode et la plus sûre pour arriver à son but. Certaines gens préfèrent la voie la plus droite et la plus généralement suivie ; d'autres préfèrent les chemins détournés, et ce sont quelquefois ceux-là qui arrivent les premiers. C'est une affaire de goût et de plus ou moins d'honnêteté.
La roniUe use plus qae le travail.
Un autre proverbe complète celui-ci et l'explique parfaitement :
La clef dont on se sert est toujours claire.
Cela ne saurait être douteux dans le
sens physi^pie ; cela est au moins aussi Trai dans le sens intellectuel ou moral, ce qui a été exprimé très-heureusement^ quoique sous une forme un peu différente, dans le quatrain suivant :
TniTailler, c'est saToir jouir ; ^ L'oisiveté pèse et tourmente;
L'âme est un feu qu'il faut nourrir, Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.
U ne favt pas puiser an mlssean quand on peat puiser à la soorce.
Conseil excellent et trop souvent négligé. Voulez - vous vérifier l'exactitude d'un fait, la réalité d'un bruit de ville propagé par l'indiscrétion ou la malignité, remontez s'il se peut jusqu'à son origine ; neuf fois sur dix, vous reconnaîtrez, à n'en pas douter, qu'il est ou matériellement faux ou complètement défiguré.
tes petits ruisseaux font les grandes rivières. H n'7 a point de trop petites écono-
&9S LA FLCUR
mies, et c'est souvent au raoyeiides plus faibles épargnes' que se eomaieDeeiil et s'achèyent les plus grandes fortunes. Il existe encore, dans le même sens, «n autre dicton plus ancien, maiségalement heureux et expressif :
EcoDomisf s les deniers ; les louis aaroot soio • d'eux-mêmes.
Ce qui revient presque à cet autre aphorisme :
Le premier écu est plus difficile à gagner que le second miliioo.
Tous ces dictons, au reste, ne sont vraiment compris que par les gens raisonnables.
On lie bien le sao avant qn'il soit pletaL
Un homme sage se retire des affliires lorsqu'il a acquis une honnête aisance qui suffit à ses désirs et aux besoins de sa famille ; il sait que ce n'est pas l'opulence qui fait le bonheur, et, de plus, que
DBS PROYBftftES FRANÇAIS. 599
le désir de s'enrichir outre mesure a coDdult bien des gens à leor perte :
L'avarice perd tout en voulant tout avoir.
H se MTt'd'tni sae qve ee qnll y a dedans.
Voilà pourquoi on ne saurait attendre de la modestie d'un sot, de la bonté d'un homme pervers, de la raison d'un fou et de la justice d'un homme de parti. Il n'y a de sentiments nobles que dans les cœurs honnêtes et vertueux.
Le sage entend à demi-mot.
Un homme habitué à réfléchir et à observer a l'intelligence plus vive que qui que ce soit. Cette sentence n'est qu'une autre forme du proverbe connu :
A bon enteodeur peu de paroles.
Je citerai à cette occasion, et comme exprimant indirectement la même idée, la maxime suivante que l'on attribue aux Espagnols :
600 LA FLBUft
Envoyés en ambaMade un bomnie sage et lainex
le faire.
Les plus belles théories diplomatiques ou les instrucliousles plus détaillées n'apprennent rien aux esprits médiocres ; elles sont tout à fait inutiles pour un homme supérieur.
11 n'Mt si sage qui ne faiUe aneue fols.
Dicton très-ancien , qui rappelle à rhomme sa faiblesse et son imperfection, et qui doit le mettre en garde contre l'orgueil. Nul de nous ne saurait se flatter d'être tellement parfait qu'il puisse se promettre de ne jamais faire de faute. On dit , en termes moins releva , la même chose dans les deux dictons suivants, qui sont fort connus :
Il n*est si bon chetal qui oe bronche. Il n'est si bon charretier qui ne verse.
DM narmmuts vaamçais. «oi
Oa ponmlt dire ménie que plus un hOÊÊÊÊieeai sot, plue il se croit sage; car lecanc&ère dominant de la sottise, c'eAt figaonmoe et la présomption. Un homme ▼rauMiit sage, au contraire, n'est jamais rompiélfanent coulent de lui-mâme, car Il sait combiien nous sommes en général imiNiifisants pour le bien, et il a sans cesse devant les yeux: un idéal de perfeetioB qu'il tremble toiiyours de ne pouvoir atteindre.
11 est assez aaiarai qae chaeaa ait ses préférences et fH*il soit disposé à les jatfifier. Nous aroas toas ou domoiaspres^œ tous notre saint de prédîleciâoB qaeaoas recommandons à tout Teaant et comme supérieure tous les autres. Il y a toujours un peu d'exagération dans ce sentiment presque exclusif; mais, à tout prendre , cela Tant encore mieux que de rester Indifférent à tout et de n'avoir d'affiec-
lioD pour penoDDfa; car celte dcmlire dUfMMllioa eBt presque toujours le résultat del'orgueil et de l'égolame.
A alitqna Mint m ^andsllB.
Il faut BTCir pour chacun, dans le inonde , la déférence , le respect , les égards qui lui sodI dus. C'est tk une recommandallon trop négligée de nos jours, Bl dont la pratique bien entendue a pour résultat inCaillible de mettre dans les relations dei bompaes entre eux un charme particulier, Jonlrien ne saurai! leuir Heu, et qui Gonslllue la véritable politesse.
Ce proverbe s'entend eocore , dans un sens beaucoup moins honnête , des soins qu'tl fatit, setoo les idées du monde, savoir mettre i se rendre agréable par des prévenances aux personnes qui peuvent nous Cire iililes, c|ucls que soient d'ailleurs leur "^iiu.'iiiiiiiei leur mérite. Celte seconde interptéialion est malheureusement la plus commune.
On dit eel) «Tva homme i qaj riea n'a rénui et qui ce (TMire » boat de loulM *M TMMMKM, Ce [ffOTerte * prit DiiSHoee dam dd tcsipi où Foa eon^ lait pour quelque dwie b pfoleetiOB des BainU; aujounfliai que Ici teolimenU r«llgieit& «ont Bointrifi, et où l'on croit beaucoup plot au pouvoir de* bosmet qu'aux weoara qui vleaBoil d'ea baul, on n'IOTenlenit plut un pareil proverbe, qui, du re*le, a wa é^ulraJeat dam celui qui luil :
U M Hil pliB de fwl ko» Iw« •«*(.
Saint George* e*l lonjoar* re|ir*i>iU iDbeauebeval. OfldUeMMf
proTerbialemeut ;
guerrier, renominé pour sa valeur non moins que pour ses vertus chrétiennes, ainsi que le prouvent plusieurs iraits de son iiistoire.
A la Salnt-Martlii on boit le bon yin.
Allusion à l'ancien usage, fort exactement suivi par nos pères, de célébrer la fête de saint-Marlin par des réjouissances, dont la première et la principale était un bon repas. Le mets dominant de ces festins très-animés était une oie grasse qui portait' le nom spécial iTOie de la Saint-Martin. Cet usage n'existe plus guère en France, mais il s'est conservé en Angleterre.
Ce dicton peut signifier aussi que c'est vers répoque de la Saint-Marlin (i 1 novembre), que le vin nouveau commence à être bon à boire.
S'il pleut le Jovr de saint-Médard.
U pleut quarante Jenrs pins tard.
La fête de saint Médard tombe le 8 juin. On a remarqué que les pluies qui
DES FROVniIS FHAKfjirR. 60&
commeDceDt vers celle époque de l'année durent quelque temps el toujours plus longtemps qu'on ne voudrait. C'est ce qui a donné lieu à ce dicton très-rëpandu. 11 De faudrait pourtant pas l'accepter comme une vérité inconleslable, car je l'ai vu plus d'une foi» démenti parl'événemeot j mais il n'est pas noD plus tout à fait dénué d'exactitude.
BéMKTtli ttUt-Flam ptoT «miïHt lalnt- PitU-
Faire une nouvelle dette pour en éteindre une plus ancienne. On ditaussi, mais d'une manière beaucoup plus triviale :
B«a tanc na pent dchUt.
Od hérite, au moins trèi-souvent, des vertusou des vices desesparents, etieun exemples font en général de profondes et durables impressions. C'est W une vérité mieux établie qu'on ne le croit ou que ne veulent le faire croire une foule
606 LA f LEUR
de gens <pii ont leur raison pour la nier. Les hommes sonl singulièrement inconséquents; ils admettent sans hésiter Hnfluence de la race chez les animaux, chez le cheval en particulier ; ils ne veulent pas la reconnaître dans leur propre espèce. Ne serait-ce pas là tout simplement Teffet de l'orgueil et de Tenyie ? Quoi qu'en puissent dire certains philosophes, on se sent naturellement beaucoup plus favorablement disposé pour le 61s d'an honnête homme que pour Théritier d'un fripon.
La saaoe fait manger le poissen.
11 est certain qu'un habile cuisinier donne aux mets qu'il*' apprête un goût particulier qui en double la valeur. C'est à un proverbe gastronomique qui ne trouve point de contradicteurs .et qui peut recevoir une application fort étendue. Dans un ordre de faits diflérenls tt d'idées pfus élevées, on peut dire qa» la louange et la flatterie sont des assaftsoonements au moyen desquels on réussit quelquefois à faire entendre aux hom-
»ES PROTERB&S FRANÇAIS. 607
mes des yérités qui, sous leur forme naturelle, leur sembleraient fort désagréables. Le monde ne manque pas d'habiles cuisiniers en ce genre.
11 reoidè poor mieiiz sauter.
On dit cela d'un homme qui, sous l'apparence de l'irrésolulion, songe uniquement à préparer son action et à en assurer l'efficacité et le succès. C'est une allusion à l'habitude familière aux sauteurs de profession qui ne manquent jamais de faire quelques pas en arrière au moment de prendre leur élan.
On entend encore ce dicton dans un autre sens, et on l'applique très-heureusement aux avares qui, faute de n'avoir pas su consentir à propos à une légère dépense, se trouvent plus tard obligés d'en faire une plus grande.
■tenz vaat ne savoir que mal savoir
Je recommande cette maxime fort juste aux pédagogues de profession qui, de nos jours, semblent ignorer, pour la plupart,
608 ^ FLKm
que l'on oe sait réellemeul que ce que roD sait bien, elque, pourlrop multîpMer les objets d'éludé, ils font perdre à Tesprit en solidité et en profondeur ce qu'ils lui font gagner en apparence et en surface ; encore celle surface même est-elle si mince qu'elle ne résiste pas au premier choc. Ajoutons à cela que les demi-savanls sont presque toujours des sots dont on ne sait que faire dans une société bien organisée, et qui ne pouvant IrouTer leur place que dans les temps d'agitations et de désordres, sont toujours disposés à les faire naître et à les entretenir.
A toat sé^snear tout honneur.
11 faut savoir rendre à chacun ce qui lui est dû. Cela ne se dit en général que dans un sens un peu ironique, cl s'applique principalement aux gens vanileux qui semblent exiger des égards particuliers dont ils sont rarement dignes.
mss pftiH««m» pftjuiçAM. 660
Destinée ordioaire des gens qui veulent entreprendre trop de choses à la fois, et qui, à cause de cela même, ne peuvent réussir à rien. Ils n'auraient pas été exposés à Tinconvénient signalé s'ils se fussent conleniés de s'asseoir sur une seule chaise. Le mot selle, employé ici. Tient au latin sedile, siège.
davantage*
Un travaiUeiir actif et intelligent sait tirer parti d'une terre d'une médiocre étendue, tandis qu'un paresseux, qui néglige le plus beau efaamp perd souvent jusqu'à la senenoequ^illui a confiée. La terre ne vaut qu^aulant qu'elle est cultivée. Le capital, de mène, n*est une puissance véritable que lorsqu'il est mis en œuvre par l'intelligence et le travail; sans ce double auxiliaire, il n'a plus qu'une valeur inerte et purement négative.
610 LA FLSOit
11 faut semer pour reevelllir.
Maxime d'une vérité trop évidente pour avoir besoin de déboDstra lion. Il n^y aque les sols et les fripons qui puissent la mettre en doute ; car il n'y a que les gens de cette espèce qui pensent à recueillir sans avoir semé, à posséder sans s'être donné la peine d'acquérir.
léeliaiiffer im serpent dans son seia.
Allusion à la fable bien connue du villageois charitable, mais imprudent, qui faillit être la victime de la pitié qui l'avait conduit à réchauffer un serpent engourdi par le froid et à lui rendre ainsi, avec la vie, la force de nuire. 11 est dur sans doute pour un bon cœur d'être obligé de consulter la prudence avant de satisfaire ses bienveillantes inclinations^ mais l'expérience a démontré que cette précaution est, sinon toujours indispensable, au moins très-souvent n^ssaire.
DES PROVERBES FRANÇAIS. Glî
81 ee n'était le •! et Biais, Ions serions tons riebes à janals.
Dicton naïf et très-vrai. Les deux par- Ucu!es5iet mais ioueni un grand rôle dans le langage, parce qu'elles sont d'une fré* quente application dans tout le cours de la vie humaine. Dans son sens général, ce dicton veut dire qu'il n'y a rien au monde de si parfait^ de si conforme à nos désirs, qui ne soit toujours susceptible de quelque restriction.
ce qui tombe dans le fessé est poor le seldal.
Pendant longtemps, et dans le moyenâge principalement, les armées ne recevaient point une solde régulière, et se trouvaient ainsi en quelque sorte contraintes de vivre aux dépens du pays qu'elles occupaient et de ce que le hasard pouvait leur procurer. C'est de là sans doute qu'est venu le proverbe. 11 ne s'emploie plus aujourd'hui qu'en plaisantant et ne se prend au sérieux que par les gens assez peu délicats pour s'attribuer la propriété des objets
égarés. On comprend bien que, dans ce cas, ni la conscience ni les tribunaux n'acceptent ce proverbe pour excuse.
Aderer le soleil levant.
Nous possédons tous, un peu plus, un peu moins, une merveilleuse inclination Il nous prosterner devant les pouvoirs nouveaux, soit qu'ils nous inspirent quelque crainle, soil que nous espérions en obtenir quelques faveurs C*esl que Tespérance et la crainte sont les principaux mobiles de nos sentiments et de nos actions, et quMl n*est peut-être aucun homme qui puisse s'affranchir complètement de cette double influence.
Le seleil Ivit pour tout le monde.
Nous apportons tous en naissant un droit égal à faire usage de nos facultés physiques et morales dans les limites tracées à chaque homme par le devoir et par la conscience. C'est ainsi qu'il faut interpréter cet aphorisme dont l'énoncé
bES PROYERBCS FRANÇAIS. 613
me semble renfermer implicitement un hommage à la bonté de la ProTi^ dence.
T«ii8 songes sont memMinges.
11 semblerait presque puéril de men* tionner un pareil dicton, s'il n'existait encore de nos jours un grand nombre d'esprits faibles et bornés qui cherchent à découvrir quelques traces de vérité dans les rêves les plus absurdes, et s'il ne se trouvait surtout, à la honte de celle prétendue civilisation dons nous avons la bonhomie d'être fiers, un certain nombre de charlatans des deux sexes qui exploitent effrontément celte ridicule crédulité.
Honrenx eomme mi sot.
le neconoais pasde locution plus exacte et plus vraie que celle-ci. Un sot possède eo effet l'heureuse faculté de ne s'affecter de rien, pas même des preuves évidentes et irrécusables qu'on lui donnerait de sa sottise. 11 croit fermementen lui, etnesait
croire ni à la raison^ ni à resprild'autnii. M. Necker a donné un petit Essai sur le bonheur des sots ; s'il eût voulu justifler ses assertions par des exemples, il n'aurait eu que l'embarras du choix, et d'un opuscule de quelques pages. Il eût fait sans peine plusieurs volumes. Il existe aussi du marquis de Ghampceaets un petit traité dont la première ligne.renferme une grosse impertinence, car il porte pour titre : De l'Amour des femmes pour les sots. Ce petit traité n'est autre chose qu'une suite de portraits satiriques dont les originaux n'existent plus. 11 ne saurait donc plus offrir beaucoup d'intérêt aujourd'hui.
un sot savant est set pins qu'on sot igneramt.
Ce vers, devenu, proverbe aussitôt qu'il a été prononcé, exprime une vérité parfaitement reconnue. 11 n'y a rien en effet de plus vide, de plus lourd, de plus déplaisant que la science totalement dépourvue d'esprit et de jugement.
On dit aussi, non pas dans le même sens tout li fait, mais sous un point de
nih
CeA iwe bése linMtée d*espnt.
L'expreasûmestheoreuse, etl'oo trouve plus soirrest ^<m ne voadrail rocca«ion de rappli<{iier.
oii Mt «pi te tarit fine ffeer n nfi.
Un de Boe poètes a dit fort hewrvii' semait:
Le iitenee est Teaprit det Mtft 8t Tnae de» vertoe dn aegv.
Ce geore d'esprit est d'aoUat ptas eppréciaMe chez m s«t qu'il est fort rare. Il n'j a pas ea gnéral de plus grands bavards que les gens qui manquent d'I* dées et de jugement.
n n'y a foeka setaqal sa Tanttat Il faut bien leur pardonner ce travers,
610 LA PLBOB
puisque c'est par là même qu'ils se font reeoDnatlre. Duclos disait d'un homme de ce genre : « Uo lel est un sot, c'est Doi qui le dis, c'est lui qui le proUve. > Ninon de l'Enclos, qui était une femme d'esprit, disait aussi avec beaucoup d'àpropos : « Les grands seigneurs se glorifient du mérite de leurs ancêtres, parce qu'ils n'en ont point d'autre ; les beauxesprits se glorifient de leur propre mérite parce qu'ils le croient unique ; les gens de bon sens ne se glorifient de rien.»
on set trmiYe ionjoim ui plus set q|d l'admire.
Ce vers de Boileau est devenu proverbe aussitôt qu'il a été connu, parce qu'Use trouvait être la formule la plus nette et la plus précise d'une vérité qui n*a pas besoin d'être démontrée.
oaoqaes sonHait n'emplit le sao.
Il serait par trop commode en efllet de n'avoir qu'à souhaiter pour s'enrichir.
Heureusement, il n'en est pas ainsi, et il
faut se donner de la peine pour la moindre chose comme pour la plus grande ; mais dès lors aussi, et comme récompense de nos efforts, la plus petite chose double de mérite et de prix aux yeux de celui qui Ta achetée et conquise en quelque sorte par son travail.
On ne sait pas où le soulier me blesse.
Chaciin de nous est le seul juge compétent de ses propres intérêts, de ses tourments intérieurs ou domestiques.
Paul-Emile annonçait un jour publiquement rintention de répudiersa femme Papiria, ainsi que la loi romaine lui en donnait le droit. Ses amis les plus intimes combattaient vivement cette résolution, qui leur semblait injuste, en insistant avec quelque chaleur sur les agréments extérieurs et même sur les vertus de Papiria. — < Vous voyez bien ce soulier, leur répondit Paul-Emile; il est tout neuf, il est très-bien fait, fort élégant; mais nul de vous ne saurait dire où il me blesse. » Cette réponse allégorique mit (In 9i la discussion , et devint naturellement
618 LA FLBUB
un proverbe qui a été accepté sans difficulté presque partout.
fil s'attend aaz aMUeni d'an aurt était
Tisfiae da auurolMr longtemps
aa-pieds.
Avis adressé aux étourdis qui comptent follement, pour vivre à l'aise, sur un héritage incertain et fort éloigné, tandis qu*il leur suffirait presque toujours de quelque travail pour s^assurer dans le présent un bien-être qui n'existe que dans leurs espérances, et dont ils ne jouiront peut-être jamais. — Nous avons encore un autre proverbe dans le même sens:
Qui vit uniquement d'espérance court grand risque de mourir de faim.
sonpçea est d'amitié poiaoa.
On n'est plus guère l'ami d'un homme donton se défie. La véritable amitié repose sur une confiance réciproque qui n'admet ni réserve ni exception. C'est pour
DBB Mnils qnl n'a qn'nn tron Ht blteUt prisa- Un bomme sage s'arrange toujours de manière à ménager ses ressources et à ne pu les réduire à uae seule qui pourrail lui fairedéfaul, elle condamDer ainsi il la misère. Nous afons d'aulres proverbes qui servent à la fols d'explication et de conflrmalion à celui-ci i
11 ttil boD sroir pluid'nae corde à ton are.
gnl n'a ■nfBunoe, U n'a rien.
Ëlre riche n'est pas posséder beaucoup, mais se contenter de ce que l'on possède. C'esl-là le sens de cet ancien mot suffisance qui a perdu celle heureuse signification, et qui ne se prend plus aujourd'hui qu'en mauvaise part et pour caractériser la vanité d'un sot.
11 n'est Jamais tr«p tard psor bien Dalre.
U est toujours lemps en effet de revenir au bien et de rentrer dans la boime ▼oie ; mais plus on tarde k le faire, plus on risque de n'avoir plus assez de force pour exécuter cet acte de véritable courage.
On dit encore, dans un sens analogue:
Mieux vaut tard que jamais.
Cela est hors de doute; mais la raison nous dit aussi qu'en pareille matière : « le plutôt est toujours le meilleur. »
mer le temps.
Locution Irès-lieureusement employée pour caractériser le désœuvremenlaffairé des gens oisifs qui ne savent occuper ni leur corps ni leur esprit et qui ctierchent à tout prix ^ se débarrasser de Tennui qui les obsède, dussent-ils, ce qu'ils font presque toujours, le faire retomber sur les autres.
DES raOYEUES FBAHÇAIS. 621
On a dit, par forme de plaisanterie, qae
Si Doas tuons le temps, eelni-d noot le rend biea.
Ce D'est là qu'un quolibet; mais tous les quolibets ne sont pas aussi vrais que celui-là.
11 font prendre le temps oeiune 11 Tient, les
hoiunes penr ee ^ils sent, et
l'argent penr ee qnll vant
Aphorisme excellent et qui, bien entendu, équivaut presque, dans sa brièveté, à un gros traité de morale. On le répète fort souvent, mais on le pratique assez peu. Nous nous irritons fréquemment contre les accidents de la vie ; nous nous laissons tromper par le premier venu, et nous ne manquons presque jamais de donner à l'argent la première place dans nos désirs ou dans nos affections.
62) LA FLBUft
le teapt est u grand Mattn.
Cela esl inconlestable; mais malheureusement les leçons du temps ne profitent qu'auiL hommes raisonnables et aux bons esprits, e'est-à-dire, au petit nombre. Aussi a-t-on pu dire, avec une grande vérité, que :
L'eipértence des pèret est presque toojoori perdue pour les enfants...
11 y a dans le monde tant de gens qui regardent sans voir, qui entendent sans réfléchir, qu*il n'est pas bien étonnant que les leçons du passé soient tout à fait perdues pour eux.
On entend aussi par cette maxime que le temps a pour effet de guérir bien des maux et d'adoucir bien des chagrins.
C'est l'idée qu'a voulu exprimer un homme d'esprit en disant, avec un peu de recherche peut-être, mais au moins avec un sentiment profondément religieux :
Dieu a ordonné au temps de consoler les maiheureui. (Joubert, Pensée» et Maxime$,)
s rno VERBES F ranci IS.
pi perd! H M réparejuiali.
. n Sojez éconooiH du temps, dit fort à propo»1e bonboDime Richard (B. Franklia), car la vie en est faite. > Il n'j a certainement rieD de plus précieux que le temps, et il n'j a rien pourlaul que la plupart des hommes prodiguent avec plus de facilité.
Ces deux formules expriment exaclemeal la mfime idée. Elles signiflent que, pour bien faire les choses, il faut savoir choisir le moment favorable, iln'jaqu'un Irëï-pellt nombre d'esprits supérieurs qui possèdent cet inappréciable secret, L'ï-propos est aux afTaires ce qu'est la grâce i la beauté ; il en rehausse le prix et en assure le succès.'
Nous avons encore un proverbe qui dit indirectemeul la même chose :
624 LA FLBOR
11 Tint mleuc tenir qae MVlr.
Diclon vulgaire qui signifie que la réalité est de beaucoup préférable aux espérances. Il répond à peu près à ee* lui-ci.
Ud tient Ttut mieux que deux tu Tauras.
le meyen Irplns sûr de Tainore la tentatiM c'est de la fuir.
Maxime de rÉcriture sainte qui renferme un conseil important à suivre et qu'on ne pourrait négliger sans de graves inconvénients. En pareille occasion, c'est déjà un acte de courage que de fuir.
On a parodié cette salutaire maxime d*une manière fort irrévérencieuse :
Le plus sûr moyen de Taincre la tentatiOD, a-t-oD dit, c'est d'y succomber.
Cette variante audacieuse est attribuée à une femme galante qui ne faisait que rédiger en axiome ce qu'elle pratiquait
tous les jours. On sait que Beaumarchais, dans son mariage de Figaro, a parodié aussi, d'une manière assez peu décente, un certain nombre de proverbes ; mais personne n'ignore non plus que ia moralité de Beaumarchais n'était guère mieux établie que la vertu d'une femme galante, et dès lors on ne s'étonnera plus de trouver le même genre d*esprit chez des gens entre lesquels il existe une si parfaite conformité de sentiments.
Tant tenu, tant payé.
Aphofisme commercial, au moyen duquel on semble déclarer qu'on paiera au moment même où l'on recevra livraison de la marchandise que l'on achète, mais non auparavant. Il y a dans cette expression un léger sentiment de défiance. Elle s'applique encore aux services intéressés et qu'on ne'rend qu'après en avoir d'avance calculé les profils.
Qui a terme ne doit rien.
Axiome commercial qui est vrai jus-
qu'à un cerUîD point, pourvu toutefois qu'on ne perde pas de vue le jour où ce terme expire, comme cela n'arrive que trop souvent aux débiteurs qui se mettent dans rembarras faute de mémoire, ou plutôt par suite de leur imprévoyance. Un homme sage a soin de mettre toujours dans son esprit le proverbe suivant à c6té du premier :
Pour trouver le carême court, il suffit de taire une dette payable à PAques.
Il ne fera pas mal d'y joindre encore celui-ci :
Le créancier a toujours plus de mémoire que le débiteur.
90! tarre a, guerre a, Qui rien n'a, pis a.
Il est rare en effet que la propriété n'entraîne pas avec elle quelques embarras, quelques difficultés, ne fut-ce qu'avec des voisins, pour en faire respecter les droits ou les limites. Quoiqu'il en soit,
PKS PP0VEBM5 FRANÇAIS. 627
il Taut encore mieux poséder au prix de quelques incouYéuients que d'élre dépourvu de tout avoir. On ne cite guère en général que la première partie de ce dicton; la seconde a pourtant bien aussi sa valeur et sa vérité.
Mlle teira saas vaisla.
Aucune propriété ne peut être tellement isolée qu'elle ne touclie par quelque point aux propriétés voisines. De Un une occasion naturelle de difficultés et de discussions entre des intérêts qui se combattent par leur seule proximité. Un homme sage évite avec soin de faire natlre des débats de ce genre, et il a soin d'entretenir de bonnes relations avec ses voisins. On y réussit généralement par de bons procédés, et alors, ce qui pouvait être une cause de discorde devient au contraire un appui.
Tète fralohe, ventre libre et les pieds ohands. Aphorisme hygiénique qui résume en
peu de mots les trois principales conditions d'une bonne santé.
eroise téta, peu de sens.
Défions-nous avec soin de ces maximes trop absolues, et qui, pour être fréquemment répétées par le vulgaire, n'en sont ni plus concluantes, ni plus vraies. Il n'y a d'ailleurs que les esprils légers ou médiocres qui puissent accepter comme une vérité ce qui n'est presque toujours qu'une malice ou une plaisanterie. Sous cette réserve, je raconterai sans scrupule l'anecdote suivante *
« Un ambassadeur de France en Angleterre, qui était un homme d'une grande taille, montra peu de jugement et de tact dans la première audience qu'il obtint du roi Jacques I'^ et ce roi exprimait, en présence du chancelier Bacon, le regret qu'un si bel homme parût avoir si peu de tète. — Sire, répliqua l'illustre chancelier, les hommes de grande taille ressemblent quelquefois à ces grands édifices dont le dernier étage
est]
La pbisanlerie cbit Immm ^ mai»
saurait sam eiitipFiJllWKtawi iH^M^ tice en faii Jecrob le dictoo miaqiÊé et rendfcale terie de Hflcni, fiT'Mi fMt Iteie «n honmie d'esprit et 4e «a» atei^ Mne grosse tête, aosii bicB v^aviee «K d^vsMMe UUle.
AStot de tttciw MlMt r«fliL
TradoctiM littmle #«■ apttorfMie latin : ^ifu^ capHaf toi satUniuit, Oit aphorisme exprime m fait iaeoatcstjMe^ et ne nous apprend rien de bien nooreao, ni de bien utile, à moins que nous n'en lirions cette conclusion : • ifu'il estasses difficile d'accorder entre eux un grand nombre d*horames réunis et que la plupart des grandes assemblées ressemblent toujours un peu à la tour de Babel. »
un ticu Taat mlOTx qi» dMZ ta ravaa.
La certitude d'une fortune médiocre
est de beaucoup préférable aux plus brillantes espérances ; les Espagnols disent dans le mèone sens :
Uo moineta dans la main taut mieux qa*nD vautour qui vole encore.
Où il y a beanoonp de titres, Il n'y a guère de lettres.
Dicton ancien qui n'est autre chose qu'une épigramme assez vive contre les grands seigneurs d'autrefois, qui avaient, dit-on, plus de titres que de science. Nous n'avons plus de grands seigneurs aujourd'hui, mais nous ne manquons ni de livres qui n'ont pas d'autre mérite qu'un beau titre, ni de gens qui n'ont d'autre valeur que les apparences. Le proverbe est toujours vrai ; il a seulement changé d'application.
A telle ourdie Diea envole le fil.
Variante populaire et très-heureuse du proverbe r «r Aide-toi le ciel l'aidera. >
DES PftOfEftBES FRAHÇAM. 631
La protection da ciel manque rarement à qui sait s*en rendre digne.
Tait trana qm'fl plant.
Il n*est rien de si violent qui ne s'adoucisse à la fin ; il n'est point de colère si YiYe qui ne puisse se calmer.
un tmmaanvlia danne Uaa ptaw do san qa*aa taaaaaa pMn.
Un ignorant et un sot parlent en général beaucoup plus et bien plus haut qu'un savant et qu'un homme d'esprit.
C'est que les premiers ne s'inquiètent pas le moins du monde ni de ce qu'ils ont dit, ni de ce qu'ils disent, ni de ce qu'ils vont dire ; les antres, au contraire, mettent tonte leur attention à ne dire que ce qui mérite d'être entendu. On dit encore dans le même sens et avec la même jus* tessede figure que ;
La plus mauTtiie roae d'un char est toujoun celle qui fait le plus de bruit.
Que de tonneaux vides dans le monde,
pour UD plein ; que de inai/vai5e5 roues pour une bonne !
AMes tôt se fait oe qui bien se fait.
Traduction littérale d'un aphorisme latin : sat cita, si sat benè. En toute affaire, en effet, Timportant est non pas de faire vite, mais de faire bien. Les bonnes choses ne se font en général que lentement et avec réflexion ; les sottises se font toujours assez vtte et Ton ne manque jamais d'improvisateurs en ce genre.
Des Tonrangeanz, Angevins.
Bons fmits, bons esprits et bons vins.
L'inventeur de ce dicton était probablement de Tune des deux contrées caractérisées d'une manière si flatteuse , car on n'est en général si bien traité que par soi-même.
Quand one femme de Tonrs met qnelqno ehoso en sa tète, les notaires y ont passé.
Variante ingénieuse, mais affaiblie , de
»ES PROTESBES FRAIIÇAI6. 68S
ce didon plus connu et bien autrement expressif :
Ce que femme "veut, Dieu le veut.
Je n'oitends nullement m'inscrire en faut contre ce dicton ; mais je ne serais pas étonné que la plupart des femmes du reste de la France ne le trouvassent inexact, comme restreint à de trop étroites limites.
Maxime Oavorite de ces caractères ardents et exclusifs qui se regardent comme vaincus s'ils n'obtiennent pas tout ce qu'ils veulent, et qui ne se prêtent à aucune transaction. C'est la devise de tous les partis extrêmes, des ambitieux, des révolulionnaires de toutes couleurs et de ces joueurs avares et aveugles toujours prêts à risquer toute leur fortune sur un coup de dé, dans Tespoir très-incertain de la quadrupler. Et pourtant, selon le cours ordinaire des choses humaines, l'expérience a suffisamment démontré
que les passions nous égarent toujours et que souvent on perd tout pour vouloir tout avoir. Mais qu'est-ce que l'expérience pour les avares, pour les révolutionnaires, pour les ambitieux, pour les passions, en un mot ?
Il est un cas cependant où cette maxime peut devenir en quelque sorte la règle et la loi d*un homme sage. Dans une question qui intéresse la morale et la conscience, il n'y a souvent pas de milieu entre le bien et le mal^ et alors le cœur le plus honnête, l'esprit le plus droit sera celui qui fera le ntoins de concessions, ou plul6l, il n'en fera pas du tout.
On n'est jamais traU qne pat les siens.
Aphorisme qui s'emploie ordinairement, dans un sens un peu ironique, quand il arrive que le familier d'un homme puissant se laisse aller à quelque indiscrétion qui peut compromettre :Son patron. On l'applique également aux bavards qui trahissent, par vanité ou par étourderie, les secrets de leurs meilleurs amis.
o'oùvienthta ? — Je viens de Troyes. — Qu'y fait-on ? — L'on y sonne.
Dicton très-ancieD qui atteste qu*il y avait autrefois à Troyes beaucoup d'églises et par conséquent un grand nombre de cloches. On aurait pu dire la même chose des principales villes de France.
11 n'y a qne oenx qni ne font rien qui ne se trompent pas.
Excuse qui a un peu le sens d'un reproche dans la bouche d'un homme laborieux qui se voit critiqué trop vivement pardes gens incapables de faire aussi bien que lui. Il n'y a pas en efifet de gens plus disposés à blâmer que ne le sont les ignorants et les paresseux, car ils sont tout à fait hors d'état d'apprécier les difficultés du travail.
A gens de village trompette de boia.
La vanité mondaine se persuade qu'il n'y a de plaisirs réels que les plaisirs chers. En cela encore, elle se trompe
comme en tout. Pour dix personnes qui goûtent ou qui croient goûter un grand iilaisir dans une soirée passée au théâtre italien, dix mille personnes cherchent et trouvent réellement un plaisir plus vif et plus vrai dans une parade des boulevards ou au spectacle des marionettes.
Chacun dans le monde a les jouissances qui lui sont propres et tout le monde d'ailleurs n'a pas assez de fortune pour s'amuser par mode ou par étiquette. On peut heureusement se réjouira moins de frais.
A trompeur, trompeur et demi.
On éprouve sans doute, même un peu malgré soi, une certaine satisfaction à voir un fripon reconnu, dupé par un fripon plus habile que lui ; mais un honnête homme ne voudrait à aucun prix être, pour son propre compte, ni trompeur ^ ni trompeur et demi ; c'est même beaucoup pour lui s'il parvient à ne pas être dupe.
DES noTSun hunçam. 637
Maxime de Fan des sept sages de la Grèce dont l'heureuse précision dispense de tout commentaire. L'homme qui la prend pour règle de u conduite et qui sait y rester fidèle est sur la route du trai bonheur.
Faire im irom ptor en beaeber on antre.
Procédé familier aux hommes Inconsidérés qui au lieu d'économiser pour payer leurs dettes, font de nouveaux em« prunts, souvent onéreux, pour remplir leurs obligations antérieures , et courent ainsi à leur ruine.
L'uion fait la forée.
Maxime salutaire, dont il est utile de se souvenir en tout temps, mais plus particulièrement encore aux époques de révolution et d'agitation politique. C^est alors en effet que l'union des gens de bien est Indispensable au maintien de l'ordre social, tandis que leur désunion corn-
638 l'A FLEua
promellrail a la foi» la tranquililé du présent, et la sécurité de ravenir. On connatl l'ingénieux apologue des dards qu'il est impossible de rompre, lanl qu'ils sonl réunis en faisceau , et que Von brise sans peine , dès qu'on parvient à les isoler.
ime 0B06 de vanité gâta nn quintal ûb
mérite.
La vanité, qui est le propre des sols et des gens médiocres, étend quelquefois son influence jusqu'aux hommes les plus sages et les meilleurs ; c'est par là qu'ils payent leur tribulk la faiblesse humaine. Ce travers ne leur Ole pas leurs bonnes qualités, mais il en obscurcit beaucoup l'éclat et le mérite.
Les anglais ontun proverbe qui caractérise très- heureusement la vanité :
Il n'y a pas de gens plu» vide» que ceux qui sont pleins d'eux •oiémes.
Je citerai aussi une maxime des Chinois qui se rapporte à la même idée, mais considérée dans son autre point de vue :
DES rmowËMaas fkahçais. 639
La modestie ê» ofct. det frands hommes et des héros est oa -véritable oabU ; ils sont si remplis de ee qa*ih projettent, qu'ils perdeat de voe ee qu'ils oot eiéevité.
Cela explique très-bien commeAt les bommes vraimeot supérieurs n'ont pat de vanité, et pourquoi les hommes mé^ diocres en ont tant.
Ceit le grefieT de Tsagirard ; 11 ■# fmH éerlro qpaad on le regarde.
On dit cela Vulgairement d'nn h4mmê timide, qui se déconcerte fadfemeAf «i dont la moindre publicité parat/ie ^ m quelque sorte , toutes les faciiffés. bàm l'origine, cette formule n'était, ^ ee #f(f rt paraît, qu'un simple quolibet, 44Wt Mt donne ainsi l'explication. Le grefl«f 4^ Vaugirard avait pour bureau un ft4M assez obscur, qui ne recevait le Jotir t^m par un simple carreau ; et 11 ne ¥#f»U plus assez clair pour écrire^ du m^HMWl que quelqu'un le regardait par eette pê^ tite fenêtre.
640 LA FLIUR
Ad«r«r le veau d'tr.
Locution proYorbiale qui fait alluâon Il l'acte accidentel d'idolâtrie dont les Israélites se rendirent coupables dans le désert, en l'absence de Moïse. Nous ne la prenons pas tout à fait dans le même sens, mais elle sert 2i caractériser un genre spécial d'idolâtrie permanent et dont l'espèce humaine ne paratt pas trèsdisposée à revenir. L'amour de Tor est une passion qui semble naître avec l'homme et qui ne meurt ordinairement qu'avec lui.
Habit de velours, ventre de son.
Gela se dit des gens qui sacrifient à leur toilette et au désir de briller l'argent qu'ils appliqueraient bien plus utilement â l'entretien de leur table et à la bonne tenue de leur maison. On a quelquefois appliqué ce dicton aux habitants de cer- Uines villes de France, telles, par exemple, que Tours et Alencon, sans autre motif, je crois, que le désir de trouver
une rime à Tune des deux parties de la piirase.
Adieu paniers, vendanges sont faites.
Locution familière en usage, pour indiquer la conclusion complète d'une affaire quelconque. Les paniers pour cueillir le raisin deviennent inutiles quand les vendanges sont terminées.
Fralohenr de H. de Vendôme.
Brouillard de H. de Vendôme.
On ne sait pas bien exactement de quel M. de Vendôme il peut èlre ici question ; car le diclon est de beaucoup antérieur à l'époque où vivait le célèbre général de Louis XIV qui portait ce nom. Quoi qu'il en soit, cet inconnu a conservé aussi, comme on voit, un cer.tain genre de célébrité. C'était, à ce qu'il parait, un général fort peu soucieux delà disposition de l'atmosphère et fort peu sensible à ses variations. Ce qui eût été pour tout autre une chaleur dévorante, n'était pour lui qu'une, agréable fraîcheur; une grande
642 LA FLEOR
pluie lui Bemblait un léger brouillard.
Cette singulière origioalilé, qui ne derait pas trop déplaire à des soldats français, a fait arriver jusqu'à nous an oom qui n'a pas laissé d'autres traces dans l'histoire.
Tel qui rit vendredi dlmattebe pleurera.
Gela veut dire tout simplement, pour les gens raisonnables, qu'on peut, uq jour de la semaine, être très-heureux et trèsgai, et se trouver très-^malheureux et par conséquent fort triste deux jours après. Pour le vulgaire, il y a là l'expression d'un préjugé très-défavorable au vendredi, que Ton regarde comme un jour malheureux. G'e§t une opinion ridicule dont la raison n'a pas encore fait justice. Beaucoup de gens en France ne croient plus à rien ; mais ils croient encore à l'influence du vendredi.
Nous avonsun autre proverbequi, sous une forme différente, dit exactement la même chose que celui-ci •
Les jour's se suiTent et ne te ressemblent ^s.
DES FBOVBBBBS FBANÇAIS. 643
■«to la MlB, Btrt le ▼enli.
Il fa des animaux dangereux et malfaiiMiots qu'il faut détruire à tout prix : c'est Tunique mojen de se préserver de leurs morsures. De même il y a des crimes contre lesquels la société ne saurait s*armer de trop de rigueur, dans rinlérèt de sa conservation et de sa sécurité.
Nous avons emprunté ce dicton aux Italiens; mais nous en avons un autre qui dit la même ehose d'une manière encore plus directe et plus énergique :
Il vaut miem toer le diable que de touffrir que le diable voua tue.
C'est le cas de défense légitime; et, comme un individu isolé, la société a bien le droit de se défendre de toute attaque criminelle, et de s'en préserver par toutes les forces dont elle peut disposer.
Aptant en eaiporte le vent.
Manière fort heureuse et très-exacte de
644 Lk FLEUR
caractériser des discours frivoles,iDdignes d'attention, et une foule de projets extravagants, qui ne supporteraient pas le moindre examen. On a, plus d'une fois, dans le monde, l'occasion d'appliquer ce dicton.
Vtntre affamé n'a point d'oreilles.
La faim est pour tous les animaux un besoin tellement impérieux,quMl veut être satisfait à tout prix, et que, chez l'homme même, il absorbe et paralyse en quelque sorte toutes les facultés physiques et morales. Aussi les anciens nommaient-ils la faim une mauvaise conseillère, maie' suada famés , et rien ne saurait la caractériser d'une manière plus juste et plus expressive.
Ce dicton s'emploie aussi quelquefois, comme une simple plaisanterie, par les gens de bon appétit qui se déclarent ainsi fort peu disposés à une conversation qui retarderait leur. dîner.
DES pmoviBBu nAtiçàm, ft4&
on dit «HlfieMs tevérfl» « xlâst
C'est même souvent la meilleiire m^^ nière de la dire ; c'est au moiDS on moyeu de dorer une pilule toujours un peu amère et assez difficile à avaler. ?lous devons ce dicton aux Latins, et nous Tes primions autrefois de la manière suivante :
Eo M mocqnanl dit-on bien vray.
Il n'y a fw la vérité «al eteife.
On s'offense bien plus facilement d'un reproche mérité que d'une accusation în^ juste et sans fondement. C'est que ta conscience nous donne lort elle«méftiiif et que notre orgueil se révolte de voir $n quelque sorte les autres dans la conlIdencK de nos remords. Ce proverbe s'adriMMi ordinairement, par forme de reproche, aux gens susceptibles et trop prompts à s'irriter de la plus légère observation.
646 LA rLBim
TOHto vérité B'Mt pts boum à dln.
11 ne me paraît pas nécessaire d'insisler bien vivement sur le sens et sur la portée de celle maxime fort raisonnable. Un homme sage ne se croit point obligé, par devoir, de dire aux gens des vérités dures ou désol>ligeantes ; il se contente de faire connaître avec francliise et convenance son opinion, lorsqu'on la lui demande. Un tiomme grossier et mal élevé, au contraire , se croit franc quand il a offensé tous ses amis par des vérités dont la forme acerbe et l'expression brutale font autant d'impertinences, et qui, à cause de cela même, ne sauraient produire autre ctiose que de rirritationchez ceux qu'elles ne manquent jamais de blesser.
La vérité sort de la bonobe des enfants.
Maxime tirée textuellement de l'Ëvangile. La naïveté du Jeune âge^ en effet,
ne
vérilé, et Ttmd sa «*^i— ^^jf ci pressions dans toale Irar iôiplidlé et dans toale Icsr pndé d'origiae. Mais celte précieuse cl channaate saîTelé ne dure que pea de Icaips et disparail bientôt pour oejaaaisreTenîr. Les écoliert, pour la plupart, sont encore des enfaol^, et pourlanl personne n'oserait dire que :
La vérité sort de U booebc des écolîert.
Les anciens croyaient que ta vérité r^ sidait habituellement au fond d'un pullS) ils voulaient dire pari) sans doute qu'elle est très-rare sur la terre, et que» pour la trouver, il faut la cbereber ailleuri.
Les ivrognes ont aussi popularisé un dicton qui leur est propre.* la vérité ne se trouve que dans le vin, diieni»lls, //i tnno Veritas; ce n'est là, comme on le pense bien, qu'une plaisanterie, qu'una sorte d'excuse destinée h colorer ije quelque honnête apparence leur passion favorite ; mais cette excuse n'est pas tout ) fait sans fondement , car II est certain que le vin donne quelquefois de la
francbige et souvent même quelque chose de plus.
U se noierait dans nn verre d'eau.
On dit cela d'un homme que le moindre accident trouble au point de paralyser l'usage de toutes ses facultés, et qui ne sait par conséquent se tirer d'aucun embarras, même le plus léger. On l'applique aussi quelquefois aux gens à qui rien ne réussit.
un verre de via avise bien on bomme.
Ce proverbe a certainement pris naissance dans un cabaret, peut-être aussi dans une foire ou dans un marché ; car dans ces sortes d'assemblées, il n*esl aucune affaire qui ne se traite et ne se termine le verre à la main.
on ne le prend peint sans vert.
C'est un homme qui veille constamment sur ses propres intérêts, et qu'on ne
prend jamais par surprise et au dépourvu.
Ce diclon rappelle un usage particulier qui existait en France autrefois, et dont il resle peul-élre encore quelques traces dans nos provinces. Chaque année, à l'époque du renouvellement de la verdure, les personnes d'une même société, c'està-dire au moins les jeunes gens des deux sexes, convenaient entre eux que tous ceux qui prenaient part à ce jeu devaient être constamment munis d'un peu de verdure; et que celui qui s'en trouverait dépourvu, dans un moment quelconque, serait passible d'une légère amende arrêtées l'avance. Il arrivait sou vent,comme on le pense bien, qu'un joueur ou plusieurs joueurs étaient pris en faute ; mais les plus attentifs ou les moins étourdis ne se \am9\eni }ama\s prendre sans vert et triomphaient ainsi de leurs concurrents moins heureux et moins attentifs. 11 n'y a dans le monde qu'un très-petit nombre de gens qui soient assez maîtres d'euxmêmes pour calculer leurs actions et leurs paroles, de manière à n'être jamais pris sans vert.
6^0 u rtiuR
vertn gU an miUea.
Traduclion lUtérale d'un aphorisae la Un bien connu : > Jn medio stat Fir* fus, » C'est là une vérité aussi ancienne que le monde, et que confirment tous les Jours de nouvelles expériences, au nombre desquelles il faut placer en première ligne les révolutions.
La vertu, dans la véritable et légitime acception de ce mol, consiste principalement dans le parfait équilibre des facultés morales , de même que la raison consiste dans le parfait accord des facultés intelligentes de l'homme . Les unes et les autres ont pour régulateur suprême la religion et la conscience. Tout ce qui tend à détruire ce précieux équilibre et à faire jprévaloir une de nos facultés sur toutes les autres, devient une passion dangereuse qui doit être combattue. C'est ainsi qu'il faut entendre cette maxime, qui a été la devise de tous les philosophes anciens et modernes.
Leurs propres observations les avaient convaincus que les opinions extrêmes
DES PROVESBES FRANÇAIS. 65l
8onl raremeDl conformes à la justice, et que rexagéralion du bien même peut, dans Toccasion, devenir un mal. On pèche par excès de force, comme par faiblesse ; et l'on manque le but en le dépassant, tout aussi bien que pour n'avoir pas la force de Tatleindre.
La même idée se trouve exprimée encore dans un de nos vieux proverbes, que y on peut regarder comme Finlerprétalion du premier:
Toute extrémité est vice.
On connaît aussi Taxiomede droit souvent cilé :
Summum jus, summa injuria.
Droit trop rigoureux, souveraine injustice.
■6 venz-tQ faire accroire de vessies, que ce sont lanternes T
Dicton un peu trivial et fort ancien qui trouve son application de nos jours comme autrefois. 11 n'a jamais manqué dans le monde de charlatans assez effron-
652 LA FLE€R
lés pour essayer de tromperies hommes, et de leur faire illusion sur la réalité des faits les plus simples et les moins faciles ^ dénaturer. 11 y a toujours quelques niais qui s'y laissent prendre; mais les gens plus avisés ne manquent pas de les avertir, parce dicton, qu'ils ne sont pas disposés à être dupes. -
Une vessie, quelque transparente qu'elle puisse être, ne saurait jamais être considérée comme une véritable lanterne.
Il faut faire vie qui dure.
Conseil plein de raison et de sagesse, que Ton peut considérer comme un excellent préservatif contre le dicton pernicieux que les débauchés de tout genre proclament comme leur devise . « Courte et bonne, » disent ces insensés, sans songer que sMIs parviennent, comme ils semblent le désirer, à rendre leurviecourle.ilsne réussissent jamais à la rendre bonne; car il n'y a point pour l'homme de bonheur réel sans la fidélité au devoir, sans une soumission constante aux lois de la raison et de la morale. L'homme sage est
DES PROYERBES FRANÇAIS. 653
mieux avisé: il ménage avec soin sa fortune ; il règle avec modération ses plaisirs, pour en jouir plus honnêtement, plus sûrement et plus longtemps. C'est là ce qu'on appelle faire vie qui dure.
Telle vie, telle Un.
On a dit plus anciennement :
BoQDe \ic, bonne fin.
Ces deux maximes sont rarement démenties par l'expérience ; car «on meurt d'ordinaire comme on a vécu.» L'homme le plus sage est donc celui qui vit de manière à ne point avoir à craindre une mauvaise fin, et qui emploie son présent à garantir son avenir. Il se trouve, dans la Fontaine, un vers délicieux qui peint très-heureusement la mort de l'homme vertueux:
Rien ne trouble sa fia: c'est le soir d'un beau jour.
6&4 LA rLCva
•■ M ▼Milllt f^t à faite.
Dicton gaslronomique dool je ne yobdrais pas garantir Texactilude; mais il ne faut pas se montrer trop sévère. Oa veut dire seulement par là qu'on s'aperçoit peu à table de la longnenr du temps, et que l'on yieillit alors sans 7 penser : un pareil axiome n'a punattreque dans l'imagination d'un gourmand.
U n'est dière «aa ds vilata.
Vilain est pris ici dans le sens d'à- Tare ; et Ton veut dire ici qu'un avare, qui se décide une fois en passant et par hasard à sortir de ses habitudes de lésinerie, fait quelquefois plus de dépense et d'étalage qu'un homme conslaoïment généreux.
Dans UD aulrê ordre de fails ou d'idées, il existe un autre proverbe qui me paratt.devoir être rapproché de celui-ci. On dit dans un sens tout à fait analogue :
Qu'il n'est rien tel qu'un poltron échauffé.
DES phovbmbs français. 655
Malgré rautorlté de ces deux aphorismes fréquemment répétés, je ne me âerais pas plus volontiers à la chère d'un avare qu'à la bravoure d*un potiron. Des vertus purement accidentelles ne sont jamais de bon aloi.
•igMt vOaiii, il v«u peindra; FotgBM vilain, il vmis oindra.
Ce diiton est fort vieux, comme le prouve la langue dans laquelle il est ex* primé. 11 xk*y a plus aujourd'hui de vilains,dans l'ancienne acception de ce mot, qui indiquait un paysan,un homme du vulgaire ; mais il existe encore de vilaines gens dont il est bon de savoir se Taire craindre, et auxquels il pourrait être fort dangereux de témoigner trop de bienveillance : car ils ne manqueraient pas de prendre la bonté pour de la faiblesse, et d'en abuser contre ceux dont Ils croiraient n'avoir rien ) craindre.
U nellleiir vin a sa lie.
L'homme le plus sage a ses défauts, ou
656 LA FtEUR
du moins ses imperfeclipas. Il n*y a rieo d'absolument parfait suir la terre ; il serait donc souverainement ridicule de se montrer à cet égard trop exigeant pour les hommes aussi bien que pour les choses.
Puisque le vin est tiré, il faut le boire.
La résolution est souvent Tunique moyen de se tirer d'un mauvais pas et de sortir d'une situation embarrassante dans laquelle on s'est engagé imprudemment. Le courage est toujours de meilleur conseil que la peur.
A bon vin il ne fant point d'enseigne.
CedictonétailfamiUer aux Romains, de qui nous l'avons reçu. 11 énonce une vérité parfaitement reconnue, et, de plus, îl est susceptible d'uneapplication fort étendue. Les bonnes choses en tout genre se recommandent suffisamment par leur propre valeur et n'ont pas besoin d'èlre annoncées avec emphase.
A voir les pompeuses annonces qui rem-
plissent la dernière page de nos grands journaux et les alBches gigantesques qui couvrent nos murs, on serait tenté de croire que cet ancien proverbe a cessé d'être vrai, ou du moins que la plupart de nos nouveautés en tout genre ne sauraient obtenir de succès sans le secours du charlatanisme, ce qui ne donnerait pas une grande idée de leur mérite.
Vin versé n'est pas avalé.
Le proverbe espagnol dit dans le même sens:
Delà main à la bouche se perd souvent la soupe.
Des dictons analogues se trouvent chez les Grecs et les Romains, comme chez plu sieurs nations modernes. C'est qu'en tout temps et par tous pays, on a reconnu Tinstabilité des choses humaines, et que l'on sait qu'un court instant suffit pour réduire à néant les entreprises les plus habilement conduites et ruiner les espérances les mieux fondées.
Toat oe qnl est violent ne saurait être
durable.
Aphorisme emprunté aux Latins, et que l'on adresse, par manière de consolation, aux. malheureux qui fléchissent souslepoidsde leurs peines, et sont prêts à se laisser aller au désespoir.
C'est au milieu des grandes lourmeates politiques et dans les jours de révolution qu'on aimç surtout à répéter cet axiome, au fond duquel on croit voir luire un rayon d'espérance. Il est à peu près certain, en effet, qu'en pareille circonstance l'excès du mal amène quelquefois le bien, ou du moins en prépare le retour ; mais au prix de quelles misères, de quels crimes, de quels malheurs publics et privés achète-t-on ce bien si longtemps attendu, s'il est vrai, comme le dit un proverbe arabe, et comme je le crois, que*.
Une nuit d'anarchie est plus funeste que cent aos de tyrannie !
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Db pllole exffsrhDeiUë nçte ih dut Ile SDH vaisseau sur la uatiiTe «l i« direotiDn iJtoE vimte ; de nÊme nn iimiDiii; saee règle «a eoociutle «nr is cire»»slaM)» an miliea desiiiieU» i' « Vnmvt ^k^oL <Ge n'iïBt ià qu'une ffrudeiitt' tet onâaajpe ^ ioujouft â la |fBrtée 4a grafti «ustim:. Gummenl dum- «: liât-il qu^ T ait iii )ffiu de^Bffi gui i> jiiiHM»Araa et qai €*iiif8iiumil 2^ iujttar oBOtov Je Cest ^k: i^ tumm». )«i«rla suiveat i^^.w >uhrtCKirfc Jus^camabJe Icars paakwi •9Me ii» irrj» 4e: b raîsoa , et qu'ils fe |ff?M»t «..taï et %tmt gaide le plus sir ^ jt >4aB ftiièie*
4liii «B«>^«iafa a Wa
On 4^ <ntuM^, éA JtMmaat au not ma'tin urne ^mtfH! ywwawigiatioo et par conséquent m MM ilUéreat :
Qai a Im« voMia a bon mitia.
Ces deux manières d*énoiicer le pro-
660 LA FLBim
verbe signifient également qu'il est avantageux d'avoir un bon voi§iQ, que cet avantage contribue à rendre la vie trèsagréable, et rend moins nécessaire la surveillance que l'on est obligé d'exercersur ses propriétés. L'une et l'autre ferme me paraît donc admissible sans difficulté.
On dit aussi quelquefois :
Boa avocat, mauTUS voisin.
11 ne faut voir dans ce dicton qu'une épigramme un peu hasardée contre les avocats, que l'on suppose toujours prêts à tracasser leurs voisins pour la moindre chose. Les avocats ne valent ni plus ni moins que les autres hommes, et sont probablement d'aussi bons voisins que qui que ce soit, quand ce sont de bonnes gens, ce qui arrive.
Avec de la voleaté ea vient à bout de tant.
Maxime précieuse et d'une grande vérité, qui a été la devise des grands hommes de tous les pays et de tous les siècles , et qui mériterait bien de rester gravée
en caraclères ineffaçables dans la mévoire et dans le cœur de tous les hommes. C'est layolonlé, en effet, qui constitue le plus noble apanage de notre nature; car ce mot, entendu dans son véritable sens , indique à la fois et la ferme résolution de vivre conformément aux lois éternelles de la justice et delà morale, et le courage de se montrer, au moment d'agir, fidèle à celte vertueuse résolution. La meilleure éducation est donc relie qui apprend d'avance h Tliomme à rectifier sa volonté, et à en assurer ainsi la force et l^énergie; car, comme l'a très-bien dit un poète ancien : ^
La pratique du bien fortifie Vâme.
Il est très-rare, en effet, qu'un homme Tortueux manque de courage et de volonté.
On a du aussi dans le même sens :
Vouloir, c'est pouToir.
Et quoique cette maxime semble peutêtre un peu absolue, on ne peut nier.
qu'a part certains faits placés hors du domaine de l'homme, une volonté persévérante et énergique n'obtienne à peu près tout ce qu'elle désire, et ne réussisse dans presque tout ce qu'elle entreprend.
Il faut vouloir' oe qu'on ne peut empèolier.
Accepter, sans trop se plaindre, lés tourments inséparables de la vie, est déjà un acte de raison et de résignation dont il faut tenir compte à ceux qui sont capables de l'accomplir. 11 n'e faut pas se montrer trop exigeant; mais il n'y a que les hommes tout à fait éminents qui sachent tirer de l'adversité un moyen de fortifier leur âme, et de perfectionner leurs vertus, en acceptant avec une sorte de joie el de bonne volonté les épreuves auxquelles b Providence a jugé à propos de les soumettre.
Loin des yeux, loin du cœur.
Variante de cet autre proverbe :
Les absents ont tort.
On ne sauraitnier, en effet, que l'absence
DES PEOTERBES FRANÇAIS. GOli
etréloigoemeotD'exercenl en général une assez fâcheuse influence sur la plupart des affections de toute nature; mais cette règle n'est pas non plus tellement absolue qu^elle n'admette un certain nombre d'exceptions; et Ton a remarqué plus d'une fois que, dans quelques cœurs mieux organisés ou plus délicats que les autres, l'attachement s'accroissait à raison même des inquiétudes et des regrets que faisait naître l'absence.
Le mal d'yeux se guérit avec le conde.
C'est-à-dire, en n'y louchant pas; car il est cerlainemeol impossible de loucher ses yeux avec son coude. Celle recommandation n'est pas à dédaigner, malgré sa forme un peu singulière.
Les yenx sont le miroir de l'âme.
Cela est vrai ; aussi faut-il se défier des gens qui ne nous regardent jamais eu face; parce qu'on peut croire qu'ils ont peur que leurs yeux ne trahissent leurs mauvaises pensées ou les mauvais senlimenls de leur âme.
664 LA FLEUR frE8 PROVERBES FRANÇAIS.
SoiTent trop de lèle gftte tout.
Maxime qui reyient à p^u près à ceile-ci :
L'excès en tout est ua défaat
C*esl là vérilablement ce qu'il faat entendre |>ar cel aphorisme un peu paradoxal en apparence. L^excès du zèle suppose toujours une ardeur et un emportement qui laissent peu de place à la réflexion et à la prudence dans Tàme qui en est possédée. Au moyen de celte simple explication, on comprend parfaitement comment un diplomate célèbre de notre temps recommandait aux jeunes débutants dans la carrière des ambassades «de se garder bien de trop de zèle ; » c*est qu'il savait que l'impétuosité de la jeunesse a besoin d^élre tempérée par la prudence, et que ce que des esprits inexpérimentés prennent pour du zèle n'est souvent que le résultat d'un entraînement irréfléchi qui peut compromettre le succès des plus sages combinaisons.