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sanes, est intermédiaire entre les S. fectorum et arachnoideum ; il a les feuilles finement glanduleuses, glabres, mais ciliées de longs poils laineux sur les bords, les supérieurs formant un flocon terminal; fleurs grandes, roses; juilletaoût. Le S. Funki a les feuilles des rosettes longuement ciliées, pubescentes-glanduleuses sur les deux faces et les cils beaucoup plus longs que les poils glandulifères. Rare; Grisons et Valais. Le S. alpinum a les feuilles épaisses et oblongues, les fleurs d’un beau rose vif, striées de pourpre avec les pétales étroits et ciliés sur les bords. Assez rare; Valais et Grisons.
Nous avons en Suisse deux Semperviva à fleurs jaunes qui sont le S. Wulfeni, des Alpes granitiques grisonnes, distinct par ses feuilles glabres en dessus, larges, d’un vert bleuâtre en grosse rosette plate et brune à son centre et ses belles fleurs jaune citron, et Gaudini, aux feuilles pubescentes-glanduleuses, à l'odeur résineuse, d’un brun roux à la pointe, aux fleurs jaune pâle éclatant, à pétales trois fois aussi Jongs que Île calice. Cette dernière espèce est italienne et fut trouvée sur le versant sud des Alpes du Valais à Zwischbergen, c’est-à-dire près de la frontière d'Italie; Madame Julia Correvon en découvrit en 1887 une abondante et superbe station sur Île versant nord des Alpes pennines, aux environs de Liddes en Valais, en sorte que Ja plante appartient bien au territoire suisse.
Les joubarbes sont d'excellentes plantes de rocailles qui aiment le grand soleil et ne sont point difficiles quant au sol. Leur feuillage si particulier, qui affecte des formes de bijoux parfois et offre toujours une grande régularité, en fait un élément de premier choix pour Ja
1 À Floraire nous en cultivons une grande collection et notre dernier catalogue en compte 117 espèces et varietes. Et, la ne sont comptées que les plantes dont nous possédons plusieurs exemplaires. 1] en existe un plus grand nombre encore.
FAMILLE DES CRASSULACÉES 3: 9
décoration des rochers, des murs, des jardins et même pour la culture en pots sur fenêtres et balcons. Le nombre des amateurs qui les collectionnent — le nombre de leurs variétés et formes est considérable — va sans cesse en augmentant, car, ainsi que leur nom indique, ces plantes sont sempervivantes et il est difficile de Îles tuer à cause de l'abondance d’eau contenue dans leurs feuilles. Dans les plus mauvais jardins du centre de Londres et de Paris nous en avons admiré de jolies col- Jections et nous en connaissons des pieds qui ont plus de cinquante ans de vie. La pharmacopée utilise leurs feuilles gorgées de sucs acides et astringents pour détruire les cors aux pieds. La Joubarbe des toits est réputée diurétique et antiscorbutique. Les anciens Danois Ja tenaient en haute estime, car elle était consacrée au dieu Thor et préservait les habitations contre les influences diaboliques. C’est pourquoi on la plaçait sur les toits où, d’ailleurs, elle vit parfaitement, sans autre sol que celui que Jui composent les détritus de ses feuilles. Chez les anciens Germains la plante ainsi placée sur le toit préservait Ja maison de Ja foudre. Les Latins la nommaient Jovis barba (Joubarbe), c'est-à-dire barbe de Jupiter, dieu de la foudre et du tonnerre, et il est plus que probable que chez eux déjà l’idée de protection des demeures était attachée à Ja plante tectorale.
Famille des Saxifragées
Herbes à feuilles alternes, quelquefois opposées, sans stipules ; fleurs en grappes ou en panicules, rarement solitaires; calice à cinq divisions; 5 pétales réguliers ou dimorphes; 5-10 étamines; ovaire à deux styles en becs; graines très petites. Plantes appartenant surtout aux hautes montagnes de l'hémisphère boréal.
Saxifraga Fr: = Saxifrace; all. Stenbrech;-ansl.:"Saxifrage.
Calice et corolle à $ divisions ; 10 étamines; 2 styles persistants ; capsule biloculaire à deux becs.
S. Cotyledon (fig. 66). C’est cette belle Saxifrage aux rosettes régulières, aux feuilles larges, vert foncé luisant que margine une ligne de fines dents argentées et qu'on voit surgir dans les fentes les plus infimes des rochers granitiques du Simplon, du massif du Mont-Bjanc et surtout des vallées de Ja Haute Italie. En juillet-août sa tige se développe et s'élève jusqu'à un demi-mètre de hauteur, portant une infinité de grandes fleurs blanches, tachetées de rose à la base des pétales et se dessinant nettement sur Je rouge foncé de Ja tige. C’est l’une des meilleures espèces à cultiver, soit en pots, soit en pleine terre, soit surtout en rocailles et dans les vieux murs. Elle craint seulement j’abondance de calcaire.
Dans les pentes terreuses un peu rocailleuses et humides on rencontre, ici et là dans nos Alpes, le S. mutata, dont les feuilles d’un vert foncé, ponctuées sur les bords et den-
FAMILLE DES SAXIFRAGÉES 321
tées, ciliées vers leur base, sont disposées en rosettes assez semblables à celles du Cotyledon. Quand Ja rosette a atteint un certain âge, elle s'élève en une tige de 20 à 50 cm., velue glanduleuse qui donne naissance à une pyramide de fleurs jaune orangé, après quoi la plante meurt. C’est une bonne plante d'ornement qui exige seulement un sol un peu jourd et humide et le demi-soleil.
Le S. aizoon (fig. 67), est plus réduit dans ses formes, plus modeste aussi dans son aspect. C'est la plus répandue des Saxifrages de Suisse, celle qu'on trouve sur tous nos rochers. Les feuilles, d'un vert gris, élégamment crénelées et bordées de points blancs forment des rosettes d'où s'élèvent des hampes portant des fleurs blanches ponctuées de pourpre et disposées en panicules pyramidales. Cette espèce est très polymorphe et se rencontre d'un bout de Ja chaîne alpine à l’autre, sous plusieurs formes. C'est pourquoi les collections de Saxifrages, en ce qui concerne ce groupe spécial surtout, sont très considérables et ne le cèdent en rien à celles des Joubarbes.
S. cuneifolia (fig. 68). Petite plante des lieux ombreux dont la souche forme de larges plaques de grandes et Jâches rosettes aux feuilles anguleuses, épaisses, coriaces, crénelées, rouges en dessous et d’où s’échappent les tiges grêles et nues portant de petites fleurs aux pétales blancs et oblongs, ponctués de rose, marqués à leur base d’une tache jaune. Bois et lieux ombragés des Alpes, entre 500 et 1000 m.; a été trouvée au nord de la Dôle par M. Romieux.
Culture assez difficile chez nous: il Jui faut Ja terre de bruyère ou le terreau de feuilles, et l'ombre.
S. stellaris (fig. 69). C’est une petite plante touffue qui croît sur le bord des eaux courantes, ou dans les mousses mouillées des Alpes, où elle forme des colonies; feuilles ovales, anguleuses, glabres, dentées supérieurement, for-
mant de jâches rosettes d’où s'élèvent de grêles tiges nues, portant un corymbe Jâche de fleurs blanches, à pétales allongés, marqués vers leur base de deux taches jaunes. Juillet-août.
Le S. Hirculus, qui croît dans les tourbières du Jura central, au Surenenpass et aux environs d’Einsiedeln, est une gracieuse Saxifrage aux grandes fleurs d’un jaune brillant, marquées de points orangés, et réunies par 2-3 au sommet des tiges de 20 à 30cm, glabres. en bas, velues-laineuses au sommet, et garnies de feuilles entières, Jlancéolées-étroites, glabres, ciliées à leur base. La plante forme de jolies petites touffes qui, de juin en septembre, se recouvrent de leurs belles fleurs d’or et font le plus gracieux effet dans les lieux humides du jardin alpin. À Ja Linnaea, où nous la cultivons dans de Ja mousse, au bord de notre fontaine, elle produit des fleurs de Ja grosseur d’une pièce de cinq centimes.
S. cæsia (fig. 70). Plante minuscule, à touffe dure et serrée, formée d’une infinité de petites rosettes pressées les unes contre les autres; feuilles petites, coriaces, recourbées au dehors, d’un vert bleuâtre et recouvertes de points blancs; fleurs blanches, disposées par 2.6 en petits corymbes.
Fleurit en juillet-août dans les fentes des rochers enso- Jeillés des Alpes calcaires, de 1300 à 2700 mètres. Dans nos jardins, il lui faut Ja fente d’un rocher calcaire, ou d’un mur, au levant ou au couchant. Le S. diapensioides s’en distingue par sa tige très poilue, glanduleuse, ses feuilles dressées, plus étroites, plus dures encore, plus serrées en cylindres pressés les uns contre les autres et formant une pelote plus compacte encore. C’est une plante rare de quelques sommets calcaires des Alpes Pennines.
S. Ændrosacea (fig. 71). Petite plante touffue, pubes-
cente et gazonnante, aux feuilles entières, ovales-oblon-
FAMILLE DES SAXIFRAGÉES 323
gues, serrées et dressées, formant des rosettes Jâches, aux fleurs blanc de Jait, portées par des tiges de 5 à 10 cmet qui hante les lieux humides et froids des Alpes entre 1800 et 2500 mètres.
S. bryoides (fig. 72). Petite plante touffue, aux rameaux serrés et courts, formant un gazon compact, aux feuilles étroites, très rapprochées et courtes, brièvement ciliées et d'un vert luisant; fleurs grandes, solitaires, d’un blanc jaunâtre, jaune d’or au centre. Hautes régions des Alpes entre 2000 et 3500 mètres, dans les lieux rocheux et arides.
S. aspera (fig. 73). Diffère de l'espèce précédente par Ja nature beaucoup plus lâche de ses touffes, formées de rameaux allongés, aux feuilles rigides, étroitement lancéo- Jées, hérissées de cils raides et longs, distantes et éta- Jées, par ses fleurs moins grandes, réunies par 2-5 en panicules Jâches. Fleurit en été sur les pentes rocheuses des
Alpes granitiques.
S. aizoides (fig. 74). C'est cette plante touffue et gazonnante qui garnit les abords des sources et des torrents dans toute ja chaîne des Alpes. Sa touffe est formée de très nombreux rameaux de 10 à 20 cm, couverts de feuilles étroites, vert clair, ciliées sur les côtés, et portant des panicules de fleurs jaune orangé, nombreuses, et qui se succèdent de juillet jusqu’en octobre. Sa variété atrorubens a des fleurs de couleur rouge brique foncé.
S. oppositifolia (fig. 75) est la plus aimée et la plus recherchée de nos Saxifrages suisses. Elle croît dans les lieux frais des Alpes et du Jura méridional, sur les moraines glaciaires, et va de 1400 à 2800 mètres. C’est une plante naine et gazonnante, aux rameaux couchés et étalés sur le sol, tout couverts de feuilles opposées, très serrées, sur quatre rangs, vert foncé, bordées de cils roides, et portant un point blanc à leur sommet ; fleurs grandes,
d’un carmin très vif, fixées à même la tige et solitaires. Elles sont parfois si nombreuses que l’on a de la peine à apercevoir le feuillage au travers des corolles qui se plaquent sur Ja touffe et forment une pelote carmin. Fleurit dès les premiers jours du printemps (mai-juillet dans Îles montagnes) et, dans nos jardins, où elle réclame Île nord d’une rocaille ou d’un mur, on a déjà ses fleurs en févriermars. Le S. Rudolphiana, indiqué par Gremli! dans Îles Alpes Valaisannes et Grisonnes, mais que nous n'avons nous-même jamais rencontré en Suisse, en diffère par ses feuilles plus courtes, ses rameaux plus serrés, son port plus compact et les cils des lobes du calice glandulifères.
S. biflora. C’est Ja plante des hauteurs glacées et des moraines élevées. Elle se distingue d’oppositifolia par la nature beaucoup plus lâche de sa touffe, par ses fleurs beaucoup plus grandes, réunies par 2-3, de teinte variable (depuis le blanc rosé jusqu'au rouge sang) et ses pétales une fois plus longs que les sépales. Le S. Kochi ou macropetala s’en distingue par ses pétales plus grands encore, de forme obovale et deux fois plus longs que les sépales et les étamines jaune roux. Le S. refusa, que Gremli? cite comme habitant les parois méridionales du Mont-Rose, mais que nous n'avons jamais trouvé que sur territoire italien, s’en distingue par ses feuilles à Ja pointe triangulaire marquée de 3-5 points, par le port beaucoup plus compact de ses touffes de verdure sombre, par ses fleurs petites, d’un carmin clair, réunies par 1-3 au sommet des rameaux.
S. rotundifolia (fig. 76) (Herbe aux cent coutures). Plante élevée (25 à 5o cm) à tige divisée ; feuilles à pourtour arrondi, profondément crénelées, légèrement velues et portées sur de longs pédoncules ; fleurs blanches, ponc-
1 Gremli, Flore analytique de la Suisse.
2? Gremli, Flore analytique de la Suisse.
FAMILLE DES SAXIFRAGÉES 325
tuées de pourpre et formant, par leur ensemble, une panicule Jâche. Croîit à l'ombre dans toutes nos montagnes, et se prête admirablement à la culture en rocailles ou en pleine terre, pourvu qu'elle ait de l'ombre et un peu de fraîcheur.
S. muscoides (S. varians). C’est le type de toute une section de Saxifrages, dont plusieurs habitent nos montagnes. Celui-ci est une plante naine et gazonnante, formant des coussinets serrés de feuilles d’un vert clair, divisées en 2-3 lanières étroites; fleurs verdâtres ou rougeâtres, par 3-7 en petits corymbes et apparaissant en juillet-août. Le S. moschata en diffère par ses feuilles pubescentes, glanduleuses, et ses fleurs jaunâtres, réunies par 2-10. Le S. exarata a des feuilles anguleuses devenant fortement nervées en se desséchant, et des fleurs blanches, aux pétales plus allongés, et fleurit en juinaoût sur nos Alpes. Le S. Seguieri, qui ne se rencontre que près des cols élevés et sur les arêtes neigeuses des Alpes granitiques, entre 2800 et 3500 mètres, forme de Jarges plaques de verdure sombre, formées de feuilles Jancéolées étroites, en forme de spatule, celles des années précédentes devenant brun foncé ; fleurs jaune verdâtre, juillet-août.
S. aphylla est une petite plante moussue, aux innombrables feuilles courtes, entières ou partagées en 3-5 divisions ovales-lancéolées, obtuses, d’un vert clair, et d'où s'échappe un léger et agréable parfum; tige courte, droite, uniflore, glanduleuse; fleurs d’un jaune citron. Juillet-août. Fissures des rochers ombragés des Hautes- Alpes. C’est la fameuse Saxifrage à feuilles planes à Jaquelle E. Rambert a voué quelques-unes de ses plus belles pages, la petite Saxifrage de l’Oldenhorn!.
1 Eugène Rambert, Les Plantes alpines, dans la première série des Apes suisses, D. 269:
Les Saxifrages n’ont pas de propriétés médicales, bien qu’on ait voulu voir, dans Jeur soit-disant propriété de briser les pierres (de saxum, rocher, et frangere, briser) une allusion à la maladie de Ja pierre, qui pouvait être guérie par eux. Mais beaucoup, surtout dans Je groupe des aizoon, sont d'excellentes plantes d'ornement pour Jes rochers, les murs et les jardins alpins. |
On ne saurait trop chanter la gloire de Ja Reine des Saxifrages, le S. longifolia des Pyrénées, qui forme d'énormes rosettes gris d'argent, beaucoup plus décoratives que celles du S. Cotyledon, et produit des panicules de fleurs d’une merveilleuse beauté. ]]s réussissent d’ailleurs avec une grande facilité dans jes fentes des murs et Jes fissures des rocailles calcaires.
Parnassia palustris (fig. 77)
C’est une plante bien connue qu’on rencontre dans les lieux humides de toutes nos montagnes, et même du plateau suisse. Ses feuilles ovales, cordiformes, ses grandes fleurs blanches, solitaires et veinées de verdâtre, en font l’une des jolies notes dans Ja décoration du paysage qu'elle anime pendant tout l'été, et souvent très tard dans j’automne. Culture facile, pourvu qu’on lui donne un lieu frais ou humide.
Famille des Ombellifères
SE
Famille importante, qui se distingue par la disposition de ses fleurs en ombelles. Tige presque toujours sillonnée, à nœuds toujours bien marqués; feuilles alternes, rarement entières (le Bupleurum excepté), le plus souvent très découpées; fleurs généralement blanches, quelquefois jaunes, rarement roses ou bleues, disposées en ombelles. Celles-ci sont le plus souvent composées d’autres ombelles ; quelquefois elles sont simples (Æsfrance), ou même en forme de capitule (Eryngium). Dents du calice et pétales au nombre de cinq; également cinq étamines alternant avec les pétales ; styles 2.
Le rôle que jouent ces plantes dans l’économie du pàturage est considérable. Quelques-unes sont préjudiciables au bon foin, mais la plupart lui donnent une grande valeur. Au point de vue artistique, tous ceux qui ont pu admirer les beaux panneaux de Paul Robert au musée de Neuchâtel, ces panneaux qui font la gloire de notre peinture romande et qu'on vient admirer des quatre coins du monde, se souviennent de l'impression de grâce charmante et d’exquise fraîcheur que de grandes Ombellifères blanches (probablement des Ligusticum et des Pimpinella magna) donnent au tableau du Val de Ruz.
Quelle note exquise les grandes ombelles des Angéliques, qui se dressent sur le bord des eaux, communiquent aux paysages enroidis par la ligne trop droite des roseaux et des saules, et que de grandeur dans les lignes régulières de l’Héraclée lorsqu'elle hante les lieux frais et om-
bragés ! Et notre Chardon bleu, qui n’a du chardon que le nom, que de noblesse dans son port et que de grâce dans ses détails !
Cette famille nous offre, à côté des aliments et des condiments, comme la carotte, le panais, le céleri, le cerfeuil, le persil, l’anis, le cumin, la coriandre, l’anette, l'angélique, des plantes dangereuses et vénéneuses au premier chef, telles que la Ciguëé, l'Oenanthe, etc. On obtient de Ja racine et de Ja tige de certaines ombellifères des sucs ou des résines très réputés : l'Asa fœtida (anti-spasmodique), le J hapsia (très irritant), le Dorema (stimulant et incisif), le Sumbul, racine fortement musquée et stimu- Jante qu'on préconise contre le choléra.
Eryngium Fr. : Panicaut ; all. : Mannstreue ; angl. : Sea-Holly.
Fleurs petites et insignifiantes, accompagnées de bractées formant un involucre au-dessous du capitule compacte que forme leur agglomération ; calice à dents épineuses ; fruit obovoïde écailleux.
E. alpinum (fig. 78). Chardon bleu, Reine de j'Alpe, Panicaut des Alpes, Chardon-Roland, Chardon béni. Tant de noms populaires pour une plante, et pour une plante très peu répandue chez nous, indiquent assez dans quelle estime elle est tenue chez le peuple. Sa grande tige robuste et dure, qui bleuit du sommet jusqu'à son milieu au moment de J’Anthèse: les feuilles cordiformes, larges, belles, d’un vert bien salubre, qui ornent Ja base, Ja perfection de sa grande coupe bleu violacé, coupe qui est là, nous disent les naturalistes, pour constituer des chevaux de frise, une barrière empêchant les insectes pil- Jards de voler le miel, réservé à des êtres supérieurs à eux, mais que l'artiste déclare formellement avoir été
créée pour porter Ja santé du Créateur, coupe merveilleuse de grâce et de noblesse, de calme majesté aussi, tout cela constitue un tableau de première valeur. Dans les taillis pierreux des Alpes vaudoises, grisonnes et bernoises où elle s’est réfugiée (la plante manque au Valais), cette merveille chante Ja gloire de l'Eternel Dieu et force J’'homme à entonner un hymne à son honneur.
Que fais-tu là, fleur merveilleuse ? qui t'a placée Jà et pour qui déploies-tu tous ces charmes? Reine de l’Alpe, qui donc a tissé ton majestueux manteau et qui l’a teint du bleu de la mer ligurienne? Tu sembles fuir l’homme et t’attacher aux parois perdues — du moins chez nous — te cacher loin du bruit, des vulgarités et des indiscrets. Restes-y, fleur des monts, et chantes-y la joie de vivre, le bonheur d’être sous le ciel bleu et de jouir du soleil des hauteurs.
J] est peu de plantes qui réussissent mieux et qui prospèrent aussi généreusement que Je Panicaut dans nos jardins. Celui des Alpes aime un sol profond, où il puisse enfoncer son long pivot, sain et plutôt sec, et une exposition au demi-soleil. 1] orne avec majesté les pelouses et les rocailles, le bord des massifs et les plates-bandes. Sa graine, pour germer, doit être semée de suite après la récolte ; c’est l'expérience qui a été faite à Floraire, où l’on élève pour la vente et l'exportation des milliers de pieds de Chardon bleu.
Le Panicaut offre d’autres espèces, belles également, suivant qu’on le récolte dans les Pyrénées (E. Bourgañi, de forme trapue et basse, d’un bleu violet curieux) ; dans Jes Alpes Occidentales (E. spino-alba, également bas et d’un bleu plus clair); dans les Alpes Orientales (E. amethystinum, à Ja feuille très divisée, et toute Ja partie supérieure de Ja plante se teintant en violet améthystiné); au Caucase (E. giganteum, très belle plante aux formes architecturales, d’un gris bleu curieux) ; au Turkestan et en
Orient (EË. cæruleum et creticum, aux rameaux étalés, plus ou moins spinescents, prenant jusqu'à leur base la teinte bleu foncé des petits involucres) ou en Sibérie (E. planum, plante élevée, aux involucres petits et bleu violet, aux tiges se colorant jusqu’à mi-hauteur).
Tous se cultivent avec la plus grande facilité et constituent l'une des meilleures décorations du jardin pittoresque ou alpin. Ï] leur faut le plein soleil (alpinum excepté) et un sol profond. On utilise leurs fleurs pour les bouquets d'hiver, ce qui est peu gracieux, mais très usité dans nos montagnes industrielles.
Aux jardins de la Linnaea (1700 mètres) et de la Rambertia (2000 mètres), le Panicaut des Alpes atteint des proportions considérables (1 m de haut et des ombelles de 10 cm de diamètre à l’état dressé). Nous avons pris cette fleur synthétisée et stylisée comme motif de décoration pour notre chalet de Floraire, ce que les amis du Beau approuvent hautement.
Bupleurum stellatum (fig. 79)
Fr. : Buplèvre; all. : Hasenohr; angl. : Hare’s ear.
C’est une curieuse plante, point commune, qui croît dans les rochers ensoleillés des Alpes Centrales et Orientales (1500 à 2300 mètres) et dont les fleurs, d’un jaune brun, sont entourées d'un involucre de grandes folioles vert jaunâtre, formant ainsi de petits bouquets qui sont, à leur tour, réunis en une ombelle entourée par 2-5 Jarges folioles de même couleur.
Pimpinella magna rosea (fig. 80)
Les Pimprenelles sont l’une des plus importantes herbes de Ja prairie alpine. La teinte de leurs fleurs varie du blanc jaune au rose le plus vif, et plus on monte, plus le rouge domine.
Astrantia
Fr. : Astrance, Etoile des prés, Radiaire ; all. : Thalstern ; angl. : Masterwort.
/À. major (fig. 81). Plante robuste à feuilles palmées, à tige dressée, de 20 à 25 cm, fleurs en ombelle serrée, entourée ou supportée par une sorte de coupe ou collerette à Ja Henri IV, qui lui donne un cachet très spécial. Elle croît dans toutes nos régions montagneuses entre 500 et 1800 mètres.
Rambert lui consacre de jolies pages dans Les Plantes alpines *. «C’est, dit-il, Ja plante des Sous-Alpes par excel- Jence, bonne fille robuste qui n’a, dans sa tenue, rien de roturier ni de vulgaire, mais qui ignore également les vaines délicatesses...»
Les prés où abondent Îles Astrances ont un air de gaieté, de propreté rustique et de beau luxe villageois. Ët Favrat, le type du botaniste vaudois joyeux et plein d'humour, s’écrie à son tour? : « Chose singulière, dès que j'ai aperçu J’Astrance, je dépouille l’homme soucieux, je m'allège de tout ce qui pourrait assombrir ma liberté, je jette tout mon lest, comme un aéronaute qui veut s é- Jever à tout prix. »
Sur les pentes des Avants et au-dessus de Caux, sur les parois de Naye et de Jaman, on la rencontre à fleurs rose foncé, tandis qu'habituellement, son involucre est d'un blanc verdâtre un peu rosé.
Culture très facile, s’accommode de tout sol sain et de toute position un peu ombragée, et fleurit abondamment de juillet en octobre.
L’/Æ. minor est une petite plante grêle et menue, aux feuilles profondément découpées, à divisions étroi-
Rambert, Les Alpes suisses, première série, p. 201. vrat, &« Au Grand Muveran », dans les Mélanges vaudois.
Le 2 Fa
tes et aiguës; à fleurs petites, blanches, entourées d'une collerette — encore une fraise à Ja Henri 1V — bjanche, à folioles étroites et veinées. Croît sur les pentes rocheuses des Alpes granitiques entre 1500 et 2000 mètres.
J] est beaucoup d’autres Ombellifères dans nos régions montagneuses qui mériteraient d’avoir leur place ici. Les Meum athamanticum et mutellinum méritent en tout cas une mention spéciale. Le premier forme, dans les sols siliceux des Alpes et de certaines vallées du Jura, d’immenses colonies (par places, il règne seul sur de vastes espaces) ; c'est Ja plus fine et la plus délicate verdure qui soit dans Ja nature, et son feuillage serait l’une des plus précieuses acquisitions pour l’art de Ja bouqueterie s’il était connu. Sa culture est d’ailleurs aisée, à Ja condition d’éviter le sol calcaire. Sa racine, nommée dans nos montagnes racine d'or, est stomachique et a guéri des phtisiques
ue Je médecin avait abandonnés'. Elle et sa congénère
mutellinum forment un fourrage excellent et donnent une grande valeur aux pâturages et aux prés où elles croissent.
Le Peucedanum ou Tmperatoria Ostruthium (Racine du guerrier) est une plante à grand feuillage ornemental, à belles ombelles de fleurs blanches, qui croît dans les Jieux humides des montagnes, et dont Ja racine est employée dans les Hautes-Alpes pour guérir le bétail; autrefois on l’utilisait contre la fièvre muqueuse, le cancer et le delirium tremens ; à l'heure qu'il est, elle est employée comme cordiale, stomachique et sudorifique. Dans le Haut-Valais, — ceci nous fut cité à Gruben (Turtmanthal) — on encense les troupeaux avant de les envoyer à la montagne, en brülant dans l’étable des racines d'Ostruthium sur des charbons ardents, et l’on croit
1 Voir H. Correvon, Le jardin de l'herboriste, p. 159.
que cela les préserve des malheurs, des maléfices et des serpents. Culture facile, réussit dans tous les lieux frais des jardins.
Les Laserpitium sont de grandes herbes robustes, aux feuilles parfois très divisées (L. panax) et toujours décoratives, aux grandes ombelles de fleurs blanches et au port majestueux, qui croissent dans Ja zone alpine et montagneuse. Les L. Siler et latifolium atteignent parfois un mètre de haut.
SEP
Famille des Valérianées
SE
Plantes à feuilles opposées, fleurs disposées en corymbes ou en glomérules terminaux. Corolle insérée sur l'ovaire, limbe à 3-5 lobes ; 1-3 étamines.
Valeriana
Er: Valériane ; all. : Baldrian ; angl. : Valerian.
Fleurs en corymbe, corolle en forme d’entonnoir, à 5 Jobes, calice se développant à la maturité en une arête plumeuse qui couronne le fruit ; 3 étamines. Plante à saveur amère, à odeur forte, qui agit puissamment sur Je système nerveux. La racine — qui a Ja propriété d’enivrer les chats, qui la recherchent beaucoup — est très utilisée comme antispasmodique ; passe également pour neutraliser l’épilepsie.
V. montana (fig. 82) et W. tripteris (fig. 83) sont voisines. La première a les feuilles de Ja tige d'un vert clair et Juisant, entières, ovales-lancéolées, superficiellement dentées, les fleurs roses en corymbe assez lâche tandis que le W. fripteris a des feuilles d’un vert cendré, grossièrement dentées, cordiformes, celles de la tige divisées en trois segments dentés, le terminal plus grand que Jes autres. On les rencontre toutes deux dans les pentes rocheuses, fraîches et humides de nos régions montagneuses.
Le W. Saliunca, qu'on rencontre ici et là dans nos Alpes centrales, forme des touffes naines et serrées et à
FAMILLE DES VALÉRIANÉES 335
les fleurs en petits capitules serrés. Dans nos jardins, on cultive surtout la Valériane des murs (Centranthus ruber) qui, sous ses trois couleurs (blanc pur, rouge ardent, rose), constitue l’un des plus riches ornements des rochers, murailles, lieux arides, pentes rocheuses et ensoleillées, et fleurit de juin jusqu’en hiver.
Famille des Caprifoliacées
Cette famille, qui contient surtout des arbrisseaux, nous offre pourtant une petite plante chère aux alpinistes, qui vont Ja cueillir dans Jl'Engadine et dans les vallées de Saas, d’Anniviers, de Tourtemagne et d’Arolla, où elle forme des tapis d’une verdure exquise. Le Linnaea borealis forme de longs sarments courant sur le sol et portant des feuilles rondes et opposées, émettant une multitude de petites hampes terminées par deux fleurs en clochettes blanches, rose carmin à l’intérieur et délicatement odorantes.
Le Sureau aux baies de corail, qu'on admire dans toute notre zone montagneuse (Sambucus racemosa), les Lonicera alpigena, cærulea et nigra, qui sont nos trois chèvrefeuilles montagnards, appartiennent à cette famille-]à. |
SE
FAMILLE DES DIPSACÉES 337
Famille des Dipsacées
S CB
Elle contient les Scabieuses, qui offrent peu de représentants dans les hautes montagnes et se distinguent par Jeur tige rameuse dichotome, leurs feuilles opposées, leurs fleurs sessiles ou presque sessiles, disposées en petits capitules ceints d’un involucre polyphylle. Corolle en entonnoir, à 4 ou 5 lobes ; 4 étamines, 1 style.
J] existe, dans les Alpes calcaires et le Jura méridiona) une grande plante à poils rudes, aux formes architecturales, aux gros capitules de fleurs jaune d’ocre, avec les fleurs extérieures très grandes, qui frappe les yeux par la beauté de son port. C’est le Cephalaria alpina, qu’on cultive avec facilité dans Îles jardins, où il constitue un bel ornement et qui constitue Ja plus grande des Scabieuses.
SeBp
Famille des Composées
S CB
Plantes généralement herbacées, très rarement en arbrisseaux et plus rarement encore sous forme d'arbres; feuilles alternes (sauf chez l’Arnica), simples, ordinairement très découpées, sans stipules; fleurs en capitules serrés, réunies sur un réceptacle commun entouré d'un involucre appliqué contre ses parois ; calice généralement scarieux et membraneux; corolle gamopétale, insérée au sommet du tube du calice, tantôt tubuleuse, plus ou moins régulière, à 5 lobes ou à 5 dents, tantôt fendue dans la plus grande partie de sa longueur en une languette plane, dentée au sommet ; 5 étamines, rarement 4.1 style et 2 stygmates. Chez beaucoup d'espèces, la marguerite, par exemple, les fleurs se présentent sous forme de fleurons au centre où elles forment un disque jaune, et sous Ja forme de ligules blanches entourant le disque comme d’une couronne.
Les Composées, ou Synanthérées, renferment un suc Jaiteux, généralement amer et résineux, parfois narcotique. Les racines et les feuilles de beaucoup d’entre elles sont alimentaires dans le jeune âge (Scorsonère, Salsifis, Laitues, Chicorées, Dents-de-lion); chez le Cardon, on utilise les côtes étiolées des feuilles, et dans J’artichaut, le réceptacle de la fleur non encore formée. Les tubercules du Topinambour sont également alimentaires et se vendent comme légume d'hiver sur nos marchés. L’endive, qui nous vient de Belgique, est une chicorée forcée et étouffée dans Île sol.
Beaucoup sont utilisées en médecine. La racine de Ja chicorée sauvage est laxative et dépurative; sa variété à grosses racines est cultivée en grand en Allemagne, où elle est utilisée, une fois torréfiée, pour remplacer et, le plus souvent, pour falsifier le café : le suc de la laitue vireuse donne le fameux lactucarium, hypnotique et sédatif; plusieurs sont fébrifuges (Sylibum Marianum, Cnicus benedictus, les Centaurées); d’autres, comme Îa racine de Lappa, sont sudorifiques et ont la propriété d’apaiser le prurit dartreux ; le suc de J’Artichaut est un amer et un fébrifuge ; les graines de l’'Onopordon fournissent beaucoup d’huile amère ; les feuilles du Souci sont fondantes et ses fleurs emménagogues ; la racine, les feuilles et surtout les fleurs de l’Arnica sont stimulantes, émétiques et sternutatoires et leur infusion, comme aussi la teinture de leurs fleurs très usitées à l'extérieur contre les chutes, les coups, etc.; jes Arfemisia, la Santoline, sont de puissants vermifuges et des excitants. L’Absinthe (/rtemisia Absinthium) est un poison dont le peuple suisse vient de proscrire l'emploi chez lui par un vote populaire qui fait honneur à son bon sens. La racine de Pyrètre est un irritant énergique et Ja poudre des P. roseum et cinerariæfolium un insecticide bien connu; que ne peut-on dire des fleurs de Camomilles et de leurs parents, les Matricaires, comme stomachiques, antispasmodiques et carminatives ! Les Achillées sont astringentes, et les feuilles de Ja Ptarmique sternutatoires. La racine d'Aulnée, — et ici nous aurions un chapitre à écrire et à ajouter à notre vo- Jume Le Jardin de l'Herboriste, car nous ignorions ses propriétés à ce moment-là — est Je meilleur des stomachi-
ues connus et se vend comme tel au poids de l'or sur le marché de Genève. Le poète Horace dit qu’on s’en sert dans les sauces aromatiques pour les Jamproies, et qu'elle est un excellent stimulant pour les estomacs fatigués; les fleurs du Hieracium pilosella, infusées dans du cognac et
du vin blanc, dissolvent les calculs biliaires (nous tenons Ja chose du maidzo d'Orvins); les Inula dyssenterica et squarrosa sont astringentes et vulnéraires; Îles fleurs des Tussilages, et plus spécialement du 7. Farfara, sont béchiques ; la racine de J'Éupatoire est purgative, tandis que ses feuilles sont apéritives. Enfin, on affirme que les fleurs de bleuets, infusées en lotion sur les yeux fatigués, les guérissent immédiatement.
Adenostyles
Fr. : Adénostyle ; all. : Drusengriffel ; angl. : Adenostyle.
Plantes robustes et à grandes feuilles; petits capitules nombreux et pauciflores, disposés en corymbes, à corolles purpurines et en forme d'entonnoir, à 4 dents ; 4 étamines.
À. albifrons (fig. 84). Grande plante aux feuilles rondes, dentées, cendrées et légèrement cotonneuses en dessous, très amples ; tige de un mètre au moins, portant un large corymbe de fleurs en petits bouquets et disposées par 3-6 par capitules. Juin-septembre. Nous l'avons trouvée à fleurs blanches dans les environs de Bourg- Saint-Pierre. Croît dans les lieux humides des régions montagneuses et subalpines, de 1000 à 1800 mètres.
À. alpina s'en distingue par ses feuilles un peu triangulaires, plus allongées, glabres sur les deux faces, et par sa tige ne dépassant pas 50 centimètres. Fleurit en juilletaoût dans les rochers frais des Alpes et du Jura (région subalpine).
À. leucophylla à les feuilles blanches, cotonneuses sur les deux faces, 10-20 fleurs odorantes par capitule et formant un bouquet compacte, d’un violet rose; elle ne dépasse pas 40 à 50 cm de haut et forme des touffes serrées dans les éboulis pierreux des hautes altitudes.
Homogyne alpina (fig. 85) Fr. : Homogyne; all. : Alplattich; angl. : Coltsfoot.
Petite plante rampante, à feuilles orbiculaires, d’un vert foncé luisant en dessus, pâle en dessous ; fleurs rougeâtres, toutes tubuleuses, en capitule solitaire. Fleurit en juillet-août dans les pâturages frais des régions montagneuses et subalpines. Cultivée dans des rocailles, elle y réussit très bien, à la condition d’être placée au nord ou à mi-ombre.
Petasites
Fr. : Tussilage; all. : Pestwurz; angl. : Butterbur.
Plante à souche robuste et envahissante, à tige vide à l’intérieur, chargée d’écailles Jancéolées étroites; capitules nombreux formant une grappe oblongue; feuilles se développant après la floraison.
P. niveus (nommé dans nos montagnes Contre-peste ou Herbe aux teigneux, à cause de la réputation qu'elle a de guérir Ja teigne des enfants) est une plante robuste, aux feuilles larges, un peu triangulaires, dentées, blanches, cotonneuses en dessous, devenant très amples à Ja mâturité ; tiges de 20-50 cm, dressées avant, penchées après Ja floraison, et portant un épi de fleurs blanches, en nombreux capitules pressés les uns contre les autres. C'est la première fleur qui apparaît dans les lieux humides et près des torrents des Alpes après Ja fonte des neiges, en compagnie du petit Crocus et de la Soldanelle. Le P: albus en diffère par ses feuilles à pourtour arrondi, un peu an-
uleuses, blanches et grisâtres en dessous, et ses fleurs d’un blanc jaunâtre. 1] fleurit en avril-mai dans les bois humides de toutes nos montagnes. |
Aster
Fr.: Aster, Marguerite de montagne ou Chamois bleu ; all. : Sternblume ; angl. : Aster.
Involucre à folioles imbriquées comme les tuiles d’un toit ; fleurs du disque à cinq dents ; celles du bord Jigu- Jées et rayonnantes comme chez Ja Marguerite.
Aster alpinus (fig. 86). Plante touffue, d’un vert grisâtre, à feuilles entières, obtuses, poilues; tige de 10 à 20 cm, portant un seul capitule grand, à ligules d’un bleu violet, entourant un disque jaune d’or. Fleurit de juillet en septembre sur toutes les pentes ensoleillées de nos montagnes. Dans les rocailles de nos jardins et les platebandes, elle fait merveille: on Ja cultive avec la plus grande facilité dans un sol Jéger et au soleil. À Floraire, nous en cultivons plusieurs formes et variétés à fleurs blanches, roses ou rougeâtres, à grandes fleurs et même à tiges polycéphales.
L’A. amellus, des coteaux secs et calcaires, a Ja tige divisée, des capitules plus ou moins nombreux, petits, à Jigules violet vif entourant un disque d’or, et fleurit à l'automne. C’est une plante excellente pour Ja culture dans tous les jardins, où elle ne demande qu'une place au grand soleil.
L'Amérique septentrionale a fourni à nos jardins un très grand nombre d’Asters vivaces plus ou moins élevés, qui constituent l’une de leurs meilleures décorations automnales, et dont l’horticulture a obtenu de nombreuses formes et variétés.
Bellidiastrum Michelii (fig. 87)
Cest cette grosse pâquerette aux feuilles ovales dentées, aux fleurs blanches, à l'aspect de petites Marguerites penchées, devenant rose après J’anthèse, qui hante les pentes humides de toutes nos montagnes et que l'on nomme, dans nos pays romands, Ja fausse Pâquerette.
Érigeron Fr. : Vergerette ; all. : Berufungskraut ; angl. : Fleabane
Diffère du genre Aster par ses fleurs de pourtour plus nombreuses, formant plusieurs séries tantôt toute ligu- Jées, très étroites, tantôt formant de petits tubes filiformes sur le rang intérieur.
E. alpinus. (fig. 88). Plante le plus souvent velue, fleurs en capitules assez grands, les ligules d’un rose purpurin, très étroites, deux fois plus longues que le disque jaune pâle. Alpes et Jura, dans les pelouses sèches et rocheuses, entre 1000 et 2000 mètres d'altitude.
E. uniflorus, en diffère par son caractère plus velu, sa tige courte, rarement divisée, son involucre Jlaineux, et ses Jigules d’un lilas très clair. Fleurit en juillet-août dans les pâturages des Alpes, entre 1900 et 2500 mètres.
L'E. glabratus diffère d’alpinus par sa tige glabre dans toute sa longueur, ses feuilles seulement ciliées, et les fleurs femelles du disque en très petit nombre. L’'E. neglectus diffère d’uniflorus par ses ligules roses, les feuilles de sa base très courtes, sa tige grêle et plus longue, et l’enve- Joppe de son capitule rougeâtre ; Alpes orientales calcaires.
E. Villarsii est une plante robuste, visqueuse, à glandes abondantes et à gros capitules ; sa tige, très divisée, peut atteindre 40 centimètres et ses rameaux portent 1-3 capitules d’un rose violacé; fleurit en juillet-août dans Ja
région alpine des Alpes.
Gnaphalium
Fr. : Gnaphale, Immortelle, Cotonniere ; all. : Ruhrkraut ; angl. : Cat's ear.
Plante à feuillage blanc, tomenteuse, à feuilles entières ; involucre à folioles imbriquées, planes, scarieuses ; fleurs femelles sur 2-3 rangs.
G. dioicum (fig. 89) (.Æntennaria dioica). Forme de larges touffes de verdure rose et gris d'argent, qui produisent de nombreuses fleurs blanches, roses ou carmin, disposées en bouquets serrés, persistantes grâce à Ja scariosité des involucres et qu'on conserve, à cause de cela, à Ja façon des Immortelles. Chez les pieds mâles, le capitule est arrondi et court ; il est étroit et allongé chez les pieds femelles. Mai-juillet.
Cette plante est très répandue dans les jardins où elle est utilisée pour la confection des bordures et même de ces horreurs qu'on nomme les mosaïques de plantes. On Ja nomme Pied de chat dans nos montagnes où elle est récoltée comme vulnéraire et employée pour guérir la toux.
G. carpathicum. (Antennaria carpathica). C’est une plante non traçante, aux feuilles assez sembiables à celles de l’Edel- Weiss, mais vertes en dessus, tomenteuses en dessous ; tige de 5 à 15 centimètres, simple, cotonneuse, portant 3-6 capitules d’un blanc sale en bouquet serré. Escarpement des Alpes, 1800 à 2300 mètres dans les sols non calcaires.
Le G. supinum est cette toute petite herbe d’un vert gris qui forme des plaques naines et serrées, à fleurs d’un blanc sale en petite grappe courte et serrée, qui abonde dans les pâturages neigeux des Alpes granitiques entre 1500 et 2200 mètres d'altitude.
Leontopodium alpinum (fig. 90) Fr. : Etoile d'argent ou Etoile du glacier ! ; all. : Edelweiss ; angl. : Édelweiss ou Silver Star.
Inutile de décrire ici la plante la plus connue de nos Alpes ; disons seulement que ses fleurs sont insignifiantes
1] y a vingt ans que nous avions propose (Le Jardin, 1887, p. 16) le nom français d'Etoile d'argent ou du glacier pour cette fleur dont les Français estropient le nom allemand et l'usage de ce neologisme semble s'être introduit en France, I] serait à desirer que cela continuat. Nos montagnards la nomment Belle Etoile.
et jaunâtres, et que ce qui en fait tout l’ornement, c’est Ja collerette en forme d'étoile (involucre) qui soutient le tout à Ja façon d’une soucoupe d'argent. Grâce à la nature veloutée de cet involucre, la fleur ne se flétrit pas et constitue une immortelle alpine très appréciée des touristes.
Cette plante est considérée à tort comme particulière à ja Suisse et aux Alpes, car on la retrouve sur l'Himalaya, en Sibérie, au Japon et en Chine. On la cultive dans un sol calcaire, au soleil, et dans un lieu sec et bien drainé. 1] est peu pratique de la transporter de Ja montagne, car on la réussit difficilement. I] convient de l’élever de semis, ou de se Ja procurer toute acclimatée. Pour Jui conserver la teinte blanche de son involucre, nous avons fait l'expérience que rien ne vaut le plâtre mélangé au sol où elle croît. On voit parfois des Etoiles d'argent cultivées atteindre des dimensions extraordinaires ; mais cela n’est ni beau ni naturel, et il est préférable de Jui conserver son caractère et sa fraicheur ; pour cela, il faut Jui donner un sol maigre. À Floraire, nous l'avons eue très belle dans les fentes d’un mur calcaire, en plein midi, et nous l'avons même en pots où nous la cultivons pour l'exportation, toujours très blanche. Elle reste ainsi parce que nous Ja traitons avec du sol calcaire.
Artemisia
Fr. : Armoise, Artémise ; all. : Beifuss ; angl. : Wormwood.
Capitules petits, globuleux, en grappes ou en panicules ; fleurs toutes tubuleuses, celles du tour tridentées, celles du centre à 5 dents ; herbes ou sous-arbrisseaux à Ja verdure généralement divisée et blanchâtre, à saveur amère et très aromatique. Le poison dit Absinthe! est
1 Consulter le beau travail de feu le D" Baillon : Bofanique médicale phanérogamique, vol. 11, p. 1139, où le regrette savant parisien declare que l'Absinthe est un poison special du systeme nerveux.
extrait de l’Artemisia Absinthium qui croît sur toutes Îles pentes sèches de nos Alpes granitiques.
A. mutellina (fig. 91) Génipi. Plante fortement aromatique, d’un gris soyeux argenté, à feuilles profondément divisées en lanières étroitement lancéolées, à fleurs jaunàtres, disposées (moins de 20), dans un capitule dressé, oblong, formant par leur ensemble une grappe très lâche et interrompue. Fleurit dans les moraines glaciaires (1800 à 2200 mètres) en juillet-août.
A. spicata en diffère par ses feuilles moins profondément divisées, d’un gris plus argenté, par ses fleurs (12 à 15) en capitules plus arrondis, par son parfum moins amer et plus résineux, et surtout par la disposition de ses capitules en épis étroits et garnis de bractées jusqu’en haut. C’est le vrai Génipi des Alpes, celui dont les Valdôtains font une liqueur si renommée.
JA. glacialis (fig. 92). Ce sont ces touffes de verdure fine et argentée, qui, comme de grosses pelotes, s’étalent sur les pentes sèches des Alpes pennines, et se recouvrent, en juillet-août, de leurs beaux épis de capitules jaune d’or. Feuilles très finement divisées, velues, argentées ; tiges de 10-15 centimètres, dressées et portant leurs capitules d’un beau jaune en bouquet terminal et serré.
Ces trois Armoises sont recherchées des habitants des Alpes, à Chamonix, dans la vallée d'Aoste et aux Grisons, où l’on en fait la liqueur stomachique' et délicate qu'on nomme Genépi, Génipi, Ginapi (Iva dans J’Engadine). Elles entrent, dit-on, dans la composition de Ja Chartreuse. Ce sont d’ailleurs d’énergiques réactifs, et, si vous
1 Lire au sujet de ces differentes liqueurs faites avec les Armoises ou Genepis des Alpes les pages 58 à 60 de notre volume Le Jardin de l'Herboriste.
prenez froid sur les hauteurs des Alpes, faites bouillir quelques branches d’'Armoise et buvez chaud ; c’est souvérTain.
Dans le calme désert des Alpes souveraines, Au sein des rocs brisés, sur les hauteurs sereines, Près du sommet glace
Fleurit l'Armoise aux fins épis d'or pâle ; L'arome exquis que son feuillage exhale Ranime un cœur lasse.
G. BEAUVERD.
Achillea
Fr. : Achillée ; all. : Schafgarbe ; angl. : Yarrow.
Ce genre, dédié à Achille, a les fleurs du centre tubu- Jeuses, celles de la circonférence ligulées et sur un seul rang, les ligules à limbe arrondi, et les capitules petits, disposés en corymbes serrés ou Jâches. Elles renferment un principe amer répandant un parfum très pénétrant, et, prises à faible dose, sont stomachiques et fébrifuges.
Dans les régions alpines, on rencontre trois espèces naines, basses, gazonnantes et formant parfois de Jarges touffes de verdure. Ce sont : 7. moschata (qui entre, à cause de sa forte odeur d’'Armoise, dans la fabrication du Génipi) à verdure vert grisâtre, à feuilles finement divisées, à fleurs blanches, en capitules assez petits, mais bordés de larges ligules, et disposés par 5-7 en corymbe lâche, et qui croît dans les pâturages rocheux des Alpes granitiques, entre 1800 et 2500 mètres ; À. atrafa, qui s’en distingue par ses feuilles d'un vert foncé, à pourtour plus arrondi, à divisions plus larges et subdivisées en trois Janières (chez moschata, les segments sont généralement entiers) et par ses fleurs plus grandes, celles du disque d'un pourpre noirâtre ; croit dans les pâturages rocailleux des Alpes calcaires, de 1600 à 2200 mètres ; A. nana est
une plante velue, Jaineuse, fortement aromatique, aux feuilles étroites, finement divisées en lanières très minces et abondamment poilues ; fleurs d’un blanc sale en petit bouquet compact ; croît dans les moraines glaciaires et les très hauts pâturages des Albes, où elle forme, entre 1800 et 2500 mètres, de larges plaques naines et gazonnantes ; on Ja prend également en infusion contre les refroidissements et les malaises subits.
Dans les taillis humides, sur le bord des torrents de Ja région alpine et subalpine, croît |’/7. macrophylla, plante robuste, à grandes feuilles ovales dans leur pourtour, à Jimbe profondément incisé, à divisions lancéolées, inégalement dentées, d’un vert foncé ; tige de 50 à 80 centimètres, dressée, portant un Jarge bouquet de fleurs blan- | ches (juillet-septembre).
Leucanthemum (Chrysanthemum) alpinum (fig. 93)
C’est cette petite marguerite au feuillage profondément divisé, formant de petites touffes vert gai d’où s'élèvent des capitules assez grands sur une tige de 8-10 centimètres, et qu'on rencontre sur les moraines et parmi Jes
rochers des Alpes.
Aronicum Fr. : Arnica ; all. : Schwindelkraut ; angl. : Leopard s bane.
Involucre à folioles égales et sur deux rangs, étalées ; fleurs jaunes, à ligules grands et sur un seul rang.
A. scorpioides (fig. 94). Plante à racine noueuse, à tige (20-30 centimètres) bi ou tricéphale ; feuilles dentées, capitule grand, jaune, formant une belle marguerite d’or, juillet-septembre, dans les éboulis rocheux des Alpes, - surtout calcaires, entre 1500 et 2000 mètres. Les 7. Clusii et glaciale s'en distinguent, Île premier par ses feuilles
minces, ovales ou oblongues, sa tige uniflore portant un grand capitule d’un jaune très vif, le second, par ses feuilles roides et charnues, et sa tige creuse à l’intérieur. Is croissent dans les pentes rocheuses des plus hautes
Alpes.
Arnica montana (fig. 95) Fr. : Arnica ; all. : Wohlverleïh ; angl. : Arnica.
Plante aromatique, à feuilles opposées, ovales, oblongues, celles de Ja base en rosette sur Je sol ; fleurs en 1-3 capitules grands, d’un jaune orangé; juillet-août. Pâturages des Alpes, rares sur le Jura. C’est l’une des plus usitées des plantes officinales ; toutes ses parties renferment de J’Arnicine, et ses fleurs ou feuilles sèches s’emploient comme stimulantes, sudorifiques, vulnéraires et antirhumatismales. Dans certains pays, on les fume à la place de tabac.
Sa culture dans nos jardins, ainsi que celle des Aronicum, est difficile ; par contre, celle de l’Arnica d'Amérique (À. Chamissonis) est des plus aisées.
Senecio
Fr. : Seneçon ; all. : Kreuzkraut ; angl. : Groundsel.
Involucre à folioles disposées sur un seul rang, rarement toutes tubuleuses ; capitules en corymbe terminal, parfois solitaires.
S. Doronicum (fig. 96). Plante recouverte d'un léger duvet Jaineux devenant caduc à Ja maturité ; feuilles épaisses, dentées, ovales, oblongues ; tige de 30-50 centimètres, portant 1-3 capitules d’un jaune vif, juillet-août. Pâturages rocailleux des montagnes.
S. aurantiacus. Plante recouverte d’un duvet aranéeux ; feuilles inférieures ovales, oblongues, faiblement créne- Jées, les supérieures entières ; fleurs d’un jaune safrané
en 2-8 capitules formant un bouquet dressé sur une tige de 20-30 centimètres, juillet. Alpes calcaires, entre 1300 et 1600 mètres ; pas commune.
S. cordifolius. C’est cette belle plante robuste et haute en couleur qui anime de ses superbes panicules d’or les environs des chalets alpins entre 1300 et 1600 mètres. Elle a ses feuilles entières, ovales, arrondies en cœur, dentées et légèrement grises en dessous ; tige de 50 à 80 centimètres portant, d'août en octobre, un large panache de petits capitules jaune vif. Culture à mi-ombre, dans so] frais. Les S. Jacquinianum et Fuchsii sont de grandes plantes de plus de 1: mètre de haut, aux feuilles étroites, d’un vert clair et portant une infinité de petits capitules jaunes au panache étalé. Gorges et lieux frais des montagnes, en juin-septembre.
S. abrotanifolius. Feuilles glabres, d’un vert foncé, finement divisées en segments étroits et aljongés ; fleurs d’un bel orangé vif en capitules assez grands, disposés en bouquets Jàches. Alpes centrales calcaires et Grisons, de 1200 à 1600 mètres. Se cultive en rocaille dans un sol Jéger, bien drainé au mi-soleil.
S. incanus (fig. 97). Petite plante cotonneuse à feuilles dentées ovales, formant une touffe basse ; fleurs jaunes, peu nombreuses, en capitules réunis en bouquet peu compact. Alpes granitiques, dans les pâturages secs de la région supérieure.
Le S. uniflorus, qu’on rencontre dans les Hautes- Alpes pennines, en diffère par ses feuilles d’un blanc plus mat, moins profondément dentées, par sa tige monocéphale, et ses fleurs plus grandes et d’un jaune orangé. Le S. carniolicus, des Hautes-Alpes granitiques centrales et orientales, a les feuilles d’un vert foncé grisâtre, presque soyeuses, moins profondément dentées, alongées.
Ces trois espèces, d'aspect assez semblable, se cultivent dans une niche sèche et ensoleillée et dans un so! poreux et frais.
Carlina acaulis (fig. 98)
C’est le beau chardon d’argent qu’on voit briller l’automne sur toutes les pentes ensoleillées de nos montagnes, et dont nos dames se font des parures de chapeau qui leur siéent à merveille, ja couronne de ligules scarieuses qui le distinguent étant persistante et se conservant indéfiniment. La légende veut que Charlemagne, dont elle porte le nom, guérit son armée atteinte de Ja peste en Barbarie, par Jes vertus de cette plante. Nos Ormonands Ja nomment le chardon du beau temps parce qu’elle ferme son énorme capitule à l'approche de la pluie, et ne l’ouvre que lorsque Je beau revient. C’est une plante amère et tonique qui fut très utilisée comme excitant et sudorifique ; son réceptacle est comestible à Ja facon de celui des artichauts, et l'on prétend même qu’il est fort délicat. Haller raconte que les montagnards vaudois le mettent au nombre de Jeurs mets et qu'il ne l’a pas trouvé désagréable.
Dans la rocaille ou je jardin d'agrément le Carlina acaulis joue un rôle important. 1] réussit dans tout sol un peu profond, en plein soleil, et anime le jardin à l’automne de ses grandes fleurs d'argent qui durent jusqu’en hiver.
Centaurea
Fr. : Centaurée ; all. : Flockenblume ; angi. : Knapweed.
Involucre à folioles allongées en appendices tantôt scarieux, tantôt épineux ou foliacés ; fleurs de la circonférence ordinairement stériles, grandes, rayonnantes.
C. montana (fig. 99). (Bluet de montagnes.) Plante cotonneuse, à larges feuilles molles, à grandes fleurs de bluets, fleurissant en juin-septembre, dans tous les pâtu-
rages gras et rocailleux de nos montagnes. On en possède des variétés à fleurs blanches, roses, rouges ou jaunâtres qu’on cultive avec la plus grande facilité dans les jardins où elles deviennent rapidement encombrantes. Le C. axillaris, qu’on rencontre au lessin et à Belalp (Valais), en diffère par ses feuilles sinuées-dentées, ses fleurs moins grandes, et les folioles frangées de son involucre.
C. nervosa. Feuilles entières, les supérieures fortement dentées, d'un vert grisâtre ; tige presque jamais divisée, portant un capitule très grand, d'un rose pourpre. Juillet-août, dans les prairies alpines.
Crepis aurea (fig. 100). Plante voisine des Dents de lion, qu'on rencontre dans les prés frais de nos montagnes et dont les capitules orangé-brunâtre frappent Ja vue. Le C. grandiflora est une plante d’un vert sombre, à feuilles pubescentes, glanduleuses, à fleurs en gros capitules jaune vif disposés par 3-8 dans le haut des tiges de 10-50 centimètres, et qui fleurit en été dans les pâturages des Alpes.
Le C. montana à des feuilles inégalement dentées, des fleurs jaune clair en très gros capitule sur une tige de 40 centimètres, épaissie vers son sommet, juillet-août, et se rencontre dans les pentes herbeuses de Ja zone alpine. Le C. alpestris en diffère par ses capitules plus petits, ses tiges plus grèles très peu épaissies au sommet, et ses feuilles plus régulièrement dentées. Alpes et sous Alpes. Mentionnons enfin les C. pygmæa, petite plante rampante à feuilles en forme de cœur, blanc gris luisant en dessus, brunâtres en dessous ; fleurs jaune clair en capitules, vio- Jacées à l’involucre, qui croît dans les éboulis des hauts sommets, et jubala, petite plante rare chez nous, aux feuilles entières ou peu dentées, aux fleurs jaune d’or, en capitule à enveloppe très velue porté sur une tige de 2 à 5 centimètres, et qui croît sur quelques arêtes déso- Jées des Hautes-Alpes.
Aposeris fœtida (fig. 101)
Cette plante a l'aspect de la Dent de lion, mais ses feuilles sont plus profondément découpées en Jobes réguliers triangulaires ; tige dressée, puis penchée après Ja floraison. Elle croît dans les lieux ombreux des montagnes calcaires.
Saussurea alpina
Plante légèrement aranéuse, à souche traçante, à feuilles grises, blanchâtres en dessous, dentelée, à tige simple, coriace, de 10 à 25 centimètres, portant un bouquet compact de petites fleurs d'un bleu purpurin, et croissant, ici et là, dans les prés humides des Alpes entre 2080 et 2800 mètres d'altitude.
Mulgedium alpinum (fig. 102) Fri: Laitron ; all. : Mülchlattich ; angl. : Sowthistle.
Plante robuste, à tige dressée, poilue, glanduleuse et vide, terminée par une grappe oblongue de capitules serrés, visqueux et d’un bleu violet. Fleurit en juillet-septembre, dans les lieux frais des régions montagneuses jusqu'à 1700 mètres. Le M. Plumieri, qui croît dans les pentes fraîches des montagnes calcaires de la Suisse occidentale, en diffère par ses feuilles glabres, légèrement glauques, par sa tige tout à fait glabre, et divisée en large corymbe portant de grands capitules de fleurs bleu-rougeâtre d’une grande beauté.
Cette espèce est une plante décorative de grande valeur pour le jardin alpin où elle réclame une situation non pas ombragée, mais fraîche et ensoleillée.
Lactuca perennis (Laitue vivace)
Plante très glabre, bleuâtre, à feuilles découpées en Jobes dentés ; tige courte et très rameuse portant en un
bouquet lâche des capitules d’un bleu rougeâtre, grands, nombreux et ne s’ouvrant qu'au soleil. Nous f’avons rencontrée à fl. blanc pur dans le Haut-Queyras. Avrilseptembre, dans les lieux secs, pierreux et ensoleillés des montagnes.
Les Hypochæris sont des fleurs jaunes en capitules très gros, qu'on rencontre ici et là, dans les Alpes sous deux formes différentes, l’H. uniflora (H. Helvetica), avec feuilles oblongues, dentées, plus larges que celles de Ja Dent de lion, moins profondément incisées, pubescentes, à tige poilue, feuillée inférieurement, un très gros capitule jaune (pâturages supérieurs des Alpes granitiques) et l'H. maculata ou Porcelle, qui en diffère par ses feuilles souvent tachetées de violet, sa tige plus élevée, portant un ou plusieurs capitules gros, à folioles de l’involucre très brièvement frangées et qui croît dans Îles prairies des régions montagneuses.
Hieracium Fr. : Eperviere; all. : Habichtkraut ; angl. : Hawkweed.
Plantes vivaces, le plus souvent pourvues de poils, de forme très variable ; à fleurs généralement jaunes, à involucre imbriqué sur deux ou plusieurs rangs ; plantes très polymorphes et variables, en sorte que leur nomenclature est difficile.
H. aurantiacum (fig. 103). Plante rampante, à nombreux rejetons courant sur le sol ; feuilles velues, fleurs d’un orangé vif, parfois safran foncé, réunies en plusieurs capitules serrés, agglomérés en bouquet terminal. Juilletaoût dans les pâturages frais des Alpes ; pas fréquent. C’est l’une des bonnes plantes à cultiver dans les grands rochers, les jardins alpins et les lieux pittoresques où elle forme de larges touffes gazonnantes se couvrant de fleurs pendant la plus grande partie de l’année.
H. villosum (fig. 104) en est bien différente ; toute recouverte de longs poils laineux, elle a des feuilles bleuätres, oblongues, ondulées, de grands capitules de fleurs jaune vif. Êlle croît dans les lieux rocheux des Alpes calcaires et du Jura et fleurit de juin en septembre. I] est plusieurs autres Épervières dans les Alpes, mais nous ne pouvons Jes passer en revue ick, disons seulement que pour l’ornementation des jardins sauvages et des grands rochers, ce sont les espèces gazonnantes telles que FH. Pelleterianum, Pilosella, Auricula, qui sont les plus recommandables. Ce sont des plantes solides et à croissance rapide.
On rencontre ici et là, dans les pentes abruptes et rocheuses des Alpes, une plante très volumineuse, à J'aspect de centaurée aux tiges roides, atteignant plus de j mètre, aux feuilles entières, grisâtres, à fleurs rose carmin, en capitule très gros entouré d'un énorme invo- Jucre scarieux. C’est le Rhaponticum Scariosum ou Centaurea Rhaponticum, qu’on cultive dans nos jardins en sol profond et au soleil.
Mentionnons encore les Chardons qui, Cirsium ou Carduus, sont dotés de formes pittoresques et souvent belles. Le Cirsium spinosissimum est cette plante vert pâle, jaunâtre, à feuilles très nombreuses et épiñnéuses, Serrées, et dont les tiges de 25 à 50 centimètres se terminent par un bouquet serré de capitules jaune pâle entourés d'involucres vert jaune épineux. Le C. Eriophorum est ce beau grand Chardon aux capitules très gros, rose foncé, entourés d’involucres aranéeux-laineux qu'on rencontre sur les pâturages du Jura et des Alpes calcaires.
S cb
Famille des Campanulacées
SE
Plantes herbacées, rarement sous-frutescentes, à feuil- Jes simples, alternes, rarement opposées, sans stipules ; fleurs régulières, en grappes, épis, glomérules, parfois en panicules ; calice persistant à cinq parties; corolle en cloche, en entonnoir ou tubuleuse, à Jlimbe plus ou moins divisé ; 5 étamines libres, rarement soudées à la corolle par leur base : style nu ; stigmates, 2 à 5.
Beaucoup de Campanulées ont un suc laiteux qui renferme un abondant mucilage qui en neutralise les princi-
es âcres et rend alimentaires les racines de plusieurs d’entre elles. (Raiponce.)
Phyteuma
Fr. : Raiponce ; all. : Rapunzel ; angl. : Rampion.
Corolle d’abord tubuleuse, puis divisée de haut en bas en 5 segments linéaires ; stigmates, 2-3, filiformes ; capsule courte s'ouvrant latéralement par 2-3 trous ; tige simple, fleurs petites, réunies en un seul capitule ou en épi compact.
P. betonicæfolium (fig. 105). Feuilles inférieures Jancéo- Jées ou cordiformes sur de longs pétioles, tige florale dressée, roide, portant en un épi court, puis ovale, puis allongé, des fleurs bleues avec, souvent 1-2 bractées à Ja base.
Fleurit en juillet-août, sur les pentes sèches et rocheuses des Alpes. Le P. scorzoneræfolium en diffère par ses feui]- Jes glabres ou seulement ciliées, les inférieures allongées, étroites, insensiblement atténuées en tige.
FAMILLE DES CAMPANULACÉES 407
P. spicatum. C’est une plante très répandue dans toutes nos régions boisées et montagneuses, aux feuilles de Ja base ovales triangulaires, échancrées en cœur, crénelées, dentées, souvent marquées d’une tache brune au centre, les supérieures plus étroites ; aux fleurs en épi serré, pyramidal ou cylindrique, d’un blanc jaunâtre, et parfois bleues.
Le P. Halleri, qu'on rencontre dans les Alpes et sous Alpes, a les feuilles inférieures arrondies, sciées deux fois sur les bords et portées sur de longs pétioles grêles ; fleurs d’un bleu très foncé en long épi serré avec deux bractées à sa base.
P. orbiculare (fig. 106). Tiges de 40-50 centimètres, dressées, roides, feuilles crénelées, dentées, un peu pubescentes ; fleurs bleu-violet, en capitules globuleux, avec des bractées arrondies-ovales à sa base. Elle abonde dans les prairies de toutes nos régions montagneuses et fleurit de mai en juillet. Bonne plante pour la culture en rocailles ou en plates-bandes ; mi-soleil, sol léger et plutôt frais. Nous en avons cultivé une variété à fleurs blanches que nous avons perdue.
P. Scheuchzeri est une plante glabre, à feuilles ovales oblongues, sciées sur les bords, les supérieures étroites, allongées ; tige dressée, portant un capitule rond de fleurs serrées, d’un bleu-violet foncé, supporté par une collerette de bractées étroites, étalées ou retombantes, plus longues que les fleurs. Fleurit en juillet-août, dans les fentes de rochers des Alpes centrales et orientales, entre 1000 et 2200 mètres.
P. hemisphæricum (fig. 107). Petite plante gazonnante, aux feuilles graminiformes, longues, étroites, nombreuses, aux tiges grêles, de 5 à 15 centimètres nombreuses, et portant un capitule de fleurs bleu-violacé muni à sa
base de bractées ovales Jancéolées. Fleurit l'été, dans Îles gazons maigres des Alpes granitiques, entre 1500 et 2200 mètres d'altitude. Le P. humile en diffère par ses feuilles Jarges, ses fleurs plus grandes, et les bractées de Ja Jongueur des fleurs qu'elles dépassent souvent. Juillet-août, dans les Alpes orientales, entre 2000 et 2700 mètres.
P. pauciflorum (fig. 108). Plante tout à fait naine et formant de petits tapis ras à feuilles glabres, au limbe élargi dans sa partie supérieure, fleurs bleues réunies par 5-7 en petits capitules. Juillet-août ; hauts pâturages secs et rocheux des Alpes, entre 1800 et 2500 mètres.
Ces deux dernières espèces sont de culture difficile ; elles exigent la niche ensoleillée d’un rocher, un sol rocheux et caillouteux, ou Ja fente d’un mur.
Campanula Fr.: Campanule; all. : Glockenblume; angl. : Hare bell, Bellflower.
Calice court à 5 lobes étroits, lancéolés ou ovales ; corolle en cloche, à $ lobes ;: étamines libres à filets dilatés à leur base ; 3 stigmates filiformes.
C. pusilla (fig. 109). Plante gazonnante, aux feuilles ovales-arrondies et dentées, aux fleurs bleu clair, lilacé, en clochettes bien formées, disposées en grappes sur une tige grêle de 10 à 20 centimètres. Fleurit de juin en octobre, sur les pentes des régions montagneuses (surtout calcaires) jusqu'à 2000 mètres d'altitude. On en possède une belle variété à fleurs blanc pur.
C’est l’une des meilleures plantes de rocailles ; on en garnit les jardins, les fentes des murs, les jardins alpins, Jes lieux arides et frais des jardins pittoresques ; et l’on en fait même des bordures d’une grande beauté. La variété à fleurs blanches est une vraie merveille.
FAMILLE DES CAMPANULACÉES 359
C. rotundifolia. C'est la campanule de toutes nos prairies qui n’a de feuilles rondes que celles de sa base, et a ses nombreux rameaux dressés garnis de feuilles linéaires ou oblongues, lancéolées et non dentées ; fleurs très nombreuses, en belles clochettes violet-bleu ; juin-septembre. On en possède dans les jardins, où sa place est marquée dans tous les lieux pittoresques, des variétés à fleurs blanc pur, à fleurs pleines, à fleurs doubles, à grandes et à petites fleurs.
Le C. Scheuchzeri (C. linifolia) en diffère par ses tiges moins élevées, portant des feuilles étroites dentelées, et seulement une ou deux fleurs très grandes en larges cloches bleu violet foncé. Croît dans les pâturages élevés des régions alpines. Le C. Valdensis diffère de Ja précédente par la pubescence grisâtre qui le recouvre.
C. rhomboidalis (fig. 110). Plante assez vigoureuse qui hante les prairies et les pâturages gras et ensoleillés de Ja région montagneuse. Feuilles de Ja base ovales-arrondies, crénelées, légèrement pubescentes, les supérieures plus allongées, dentées ; fleurs bleu foncé, en panicules étroites. Juin-août. On en possède une variété à fleurs blanches. Bonne plante pour le jardin d'agrément.
C. barbata (fig. 111). Plante poilue, à feuilles oblongues, étalées en Jarges rosettes sur le sol ; fleurs grandes, penchées, barbues à l'intérieur, bleu clair, lilas ou blanches, qui croît dans tous les pâturages secs des Alpes entre 800 et 2000 m.
Le C. latifolia est une grande plante à suc Jaiteux, à feuilles ovales-lancéolées, inégalement dentées, pubescentes, à tige creuse et roide, simple et robuste, de 1 m. à 1 m. 50 de haut, portant un Jong épis de fleurs grandes, dressées, d’un bleu lilas pâle, à divisions ciliées, à calice glabre, qui croît dans les bois de la région montagneuse,
(juin-août) et qu'on cultive avec succès dans nos jardins où elle fait grand effet, surtout dans sa variété à fleurs blanches.
C. persicifolia. C’est cette belle Campanule de près d’un mètre de haut, aux très grandes fleurs bleu foncé, Juisantes, aux corolles largement ouvertes, disposées par 2-6 sur des tiges longues et minces, aux feuilles oblongues crénelées, finement dentées, qui hante les pentes des régions boisées dans les parties plutôt chaudes de notre pays, et constitue une décoration merveilleuse du paysage entier. Elles sont belles et solennelles, et attirent J’attention du plus indifférent des passants. Dans les jardins, où l’on en cultive plusieurs variétés, dont l’une à fleurs blanc pur, une autre à fleurs semi-doubles, une troisième à collerette, elle est très appréciée pour la décoration des lieux pittoresques et des plates-bandes où elle réussit dans tout sol pas trop lourd et au demi-soleil.
Dans les régions élevées de nos Alpes, sur les moraines glaciaires, dans les éboulis terreux et ensoleillés, on rencontre, entre 1800 et 2500 m., une petite Campanule basse et traînante, formant de gracieuses touffes de verdure claire, aux feuilles ovales, ciliées, disposées en rosettes; aux fleurs de grandeur moyenne, bleu grisâtre, ou bleu de Venise, appelé aussi bleu électrique, à corolle Jargement ouverte et regardant le ciel, profondément échancrée en cinq divisions. Ces fleurs sont solitaires et portées sur des tiges de 2 à $ cm. C’est la Campanule du Mont- Cenis (C. cenisia). Madame Julia Correvon en a trouvé en 1889 une belle forme à fleurs blanc pur sur la moraine
du Valsoray.
Dans le massif du Simplon et près de Belalp on trouve une petite Campanule gazonnante et délicate, rappelant un peu comme aspect le C. pusilla, mais plus Jégère et d’ailleurs très différente par sa feuille étroite
FAMILLE DES CAMPANULACÉES 361
linéaire, et surtout par sa fleur dont Ja corolle est découpée comme à l'emporte-pièce et dont les lobes sont séparés entre eux par un trou parfaitement rond. ll] s'agit du C. excisa qui croît dans les rocailles granitiques entre 2000 et 2800 m. d'altitude.
C. thyrsoidaea (fi. 112). C’est l’une des belles espèces de notre pays; ses feuilles velues sont disposées en grosses rosettes, du centre desquelles s'élève, autour d’une tige roide, creuse et épaisse, un thyrse de fleurs jaunes, odorantes, très nombreuses et à la corolle velue. Fleurit en juillet-août dans les lieux rocheux des Alpes calcaires et du Jura.
Se cultive au soleil et dans un sol riche en humus et profond, au plein soleil; elle meurt après Ja floraison, mais se ressème avec facilité. Les personnes qui s'intéressent aux campanules trouveront dans Île journal anglais The Garden une étude monographique de ce genre que nous y avons faite au point de vue cultural.
1 The Garden, n* de juin à octobre 1901, 10. Tavistockstr. London.
WC
Sp
Famille des Vacciniées
SE
Petits arbrisseaux à peu près glabres, à racines très rameuses, longuement rampantes et drageonnantes; fleurs régulières ; calice à 4-5 dents; corolle monopétale à 4-5 Jobes alternant avec les dents du calice; 8-10 étamines; 1 style à stigmate en tête; fruit charnu en forme de baie.
Vaccinium
Fr. : Airelle, Myrtille, etc. ; all. : Moorbeere, etc. ; angl. : Whortleberry, etc.
Sous arbrisseaux dressés, formant des buissons bas et étalés; fleurs penchées, brièvement pédonculées; corolle en grelot ou en cloche.
F. Moyrtillus (fig. 115). Fr. : Mwyrtille, Embrune, Embresaille, Raisin du pauvre, Airelle noire, Vigne de montagne, Vaciet, Brimbelle, etc.; all. : Heïdelbeere; angl. : Bilberry, Blackberry.
Arbrisseau bien connu, aux rameaux couchés dans Ja mousse ou Îles gazons légers, à Ja tige anguleuse, aux fleurs rougeâtres et à la baie noire, comestible et très estimée. On cueille ce fruit dans toutes nos régions montagneuses et nos ménagères en font des compotes, des sirops, des boissons fermentées, des conserves dont on ne saurait dire trop de bien. !
La Myrtille est un fruit rafraîchissant et antidiarrhétique; sa conserve est utilisée contre Îles dysenteries, etc.
1 Lire dans H. Correvon : Le Jardin de l'Herboriste, p. 246 et 247.
FAMILLE DES VACCINÉES 363
Ve uliginosum (fig. 114). Fr. : Airelle bleue ou des marais, Orcette ; all. : Moorbeere ; angl. : Wortleberry.
Petit arbuste aux rameaux gris et durs, feuillés dans Je haut, le bas restant nu; feuilles ovales, ridées et bleuâtres en dessous; fleurs d’un rose clair, petites, en grappes penchées auxquelles succèdent des baies bleuâtres comestibles, mais qui deviennent nuisibles si elles sont absorbées en grandes quantités. !
V”. Vitis Idaea (fig. 115}: Fr. : Airelle rouge, Vigne du Mont Jda; all. : Preiselbeere; angl. : Red Whortleberry, Cowberry.
Petit arbrisseau touffu, ressemblant à un buis traînant; feuilles persistantes, ovales, d’un beau vert Juisant ; fleurs petites, d'un rose clair, en grappes penchées, auxquelles succèdent des baies dures, rouge vif, comestibles. Juin-août ; lieux ombragés et tourbeux des montagnes.
Ses baies sont fréquemment utilisées, surtout en Âllemagne, pour des compotes, des sirops et tartres; on en fait même du vin.
1 Voir dans H. Savoy : Essai de Flore romande. p. 94.
SC
Famille des Ericacées
Sci
Arbrisseaux ou sous-arbrisseaux abondamment feuillés, feuilles simples, alternes, opposées ou verticillées, petites, presque toujours persistantes ; fleurs régulières ou à peu près; calice persistant à 4-5 lobes; corolle monopétale à 4-5 lobes ou dents; 5, 8 ou 10 étamines munies de 2 cornes; 1 style filiforme.
Erica Fr. = Bruyére: all”: Feide:; angl: Fleath.
Calice à 4 segments colorés, corolle tubuleuse quadrifide ; 8 étamines.
Nous avons en Suisse deux Bruyères, dont l'une, l'Erica ou Calluna vulgaris, est ce petit arbrisseau touffu, aux rameaux nombreux, garnis de très petites feuilles persistantes et dont les épis de fleurs roses, à calice scarieux et persistant, sont le plus bel ornement de nos montagnes en automne. Juillet-octobre.
L'autre est ce qu’on nomme, en Suisse romande, Ja Bruyère d'Ollon; c'est un petit buisson traînant aux rameaux redressés, garnis dans Jeur partie supérieure de feuilles étroites, petites, persistantes, en forme de petites aiguilles et d’un vert foncé; fleurs d'un rose vif, nombreuses, allongées et formant des épis au sommet des rameaux. Fleurit au premier printemps, après la fonte des neiges. Dans nos jardins, où elle est cultivée avec prédilection, elle et sa variété à fleurs blanches, cette délicieuse plante fleurit déjà en janvier. 1] Jui faut le plein soleil et un sol léger.
FAMILLE DES ÉRICACÉES 365
Azalea (Loiseleuria) procumbens.
C'est un minuscule arbuste traînant, aux rameaux aplatis sur le sol, et qui recouvre, dans les zones éjevées des Alpes, entre 1500 et 2700 m., des territoires entiers de sa verdure claire et rougeûtre; feuilles nombreuses, petites, ovales, recourbées en dehors sur les bords, persistant l’hiver ; fleurs petites, d’un rose vif, réunies par 2-4 en petits bouquets. Juillet-août.
Arctostaphylos
Fr. : Arbousier ; all. : Bærentraube ; angl. : Bear berry.
Calice à 5 parties; corolle ovoïde à 5 lobes réfléchis ; 10 étamines; baie globuleuse.
À. Uva Ursi (fig. 116). (Raïsin d'ours, Vérussi,
Péreillon).
Arbuste couché, à longs rameau divisés, étalés sur le sol et pouvant atteindre plus d'un mètre; feuilles ovales, épaisses, coriaces, d’un vert foncé luisant; fleurs petites, d'un rose chair, en grappe courte; baie ronde, d’un rouge vif. Répandu sur les Alpes et le jura, dans les lieux rocheux et ensoleillés.
Bel arbuste pour les rochers et le jardin alpin, propre à garnir les talus secs et les jieux arides. On j'utilise en médecine comme astringent.
71. alpina en diffère par ses feuilles non persistantes, rougissant à J’automne, puis se desséchant, dentées, veinées, pâles en dessous, ciliées à leur base, par ses petites fleurs blanches et surtout par ses grosses baies d’un noir de jais. Régions alpines des montagnes de 1 500
DA
Rhododendron
Fr. : Rhododendron, Rosage, ou Laurier des Alpes ; all. : Alpenrose ; angl. : Rhododendron.
Arbustes aux rameaux feuillés au sommet, aux feuilles coriaces, entières, persistantes, aux fleurs en grappes très courtes; calice à 5 parties ou à 5 dents, quelquefois très petites; corolle en entonnoir à 5 dents; 10 étamines.
R. ferrugineum (fig. 117) Arbuste de 50 à 100 cm. avec rameaux nombreux, durs, tordus, d’un brun noir ; feuilles ovales, d’un vert foncé en dessus, brun de rouille en dessous ; fleurs d’un carmin très vif, en grappes courtes.
On le rencontre quelquefois à fleurs blanches.
Alpes et Jura méridional, de 800 à 2000 m. juillet-août.
Le R. birsutum, qui croît dans les Alpes septentrionales et orientales (des Alpes vaudoises au Sentis), a les feuilles d’un vert clair, ciliées sur les bords, ses fleurs plus grandes, mais d’un rose plus clair et croît de 700 à 2500 m.
Le Rhododendron, dit Rambert, est la plante alpine par excellence; non seulement il n'existe pas dans les plaines environnantes, mais encore on n'y voit rien qui Jui ressemble. Ce n'est pas l'espèce, c’est le genre luimême qui est alpin. Aussi le premier buisson que l’on en rencontre fait-il événement dans chaque excursion, et se voit-il bientôt dépouillé pour orner boutonnières, chapeaux et corsages... Libre sur sa montagne, il boit par tous les pores cet air tonique et fortifiant qui stimule Ja vie et chasse au loin les pensers rongeurs. N'y a-t-il pas une harmonie secrète entre cet arbuste fleuri, tout rayonnant de santé et de Jumière, et ce cri d'appel, ce Jouh—eh sonore, que les pâtres se renvoient de colline en colline, et que ne sauraient pousser ni les poitrines faibles, ni les cœurs abattus ?!
Dans son remarquable travail sur Ja Flore de la Suisse,
1 Les Alpes suisses, série 1, p. 205.
FAMILLE DES ÉRICACÉES 367
M. le D' Hermann Christ nous a donné une belle étude sur nos deux Rhododendrons suisses.'!' On ne peut parler du Rhododendron sans songer aux beaux vers de notre poète vaudois H. Durand sous le titre de : « La rose sans épines D.
Sur nos rochers se cache un doux trésor,
Qu'en vain ailleurs cherchent les hommes ;
Plus haut en prix que l'argent et que l'or,
1] ne se vend pas pour des sommes.
Est-ce une mine, un puits à découvrir,
De diamants, de perles fines ?
Non ! le soleil la voit croître et fleurir,
C'est une rose sans épines. *?
La culture chez nous des Rhododendrons n'est point aisée ; très facile en Angleterre et dans les pays à l’atmosphère humide, elle est presque impossible chez nous. Les R. birsutum à fleurs roses et à fleurs blanches, ferrugineum à fleurs roses et à fleurs blanches, qu'on cultive dans les jardins et dont nous avons une plate-bande à Floraire, sont élevés en Angleterre où le climat leur est propice. Une fois bien acclimatés là-bas, ils vont très bien chez nous et s’y établissent rapidement. Nous en avons planté, il y a plus de vingt ans, plusieurs centaines de pieds dans le jardin alpin de Me Ja baronne de Rothschild, à Pregny, et ils y ont non seulement fleuri chaque année, mais si bien prospéré qu'ils sont devenus encombrants dans certains rochers.
Au point de vue médical, les Rhododendrons sont recherchés des montagnards qui prennent leurs feuilles et leurs fleurs en infusions contre les rhumatismes, Îles dartres et les maladies de la peau. Ils entrent aussi dans la composition du fhé suisse ou de Glaris.
1 La Flore de la Suisse et ses Origines, p. 382-387. ? H. Durand, poésies, p. 155.
SEP
Famille des Pyrolacées
SE
Pjantes croissant dans les bois moussus ; leur souche est stolonifère ; fleurs régulières, à calice persistant, à 5 sépales soudés à Ja base ; 5 pétales libres; 10 étamines sur deux rangs, 1 style.
Pyrola Fr.: Pycoles all Bienkraut, angl. : Wintergreen.
Les caractères du genre sont ceux de la famille.
P. unifiora (fig. 118.) (Pyrole uniflore ou Blanche des bois.) Plante basse à tige traçante et souterraine, à feuilles d’un vert clair, faiblement crénelées, à fleur unique, grande, blanc de cire, à parfum d'oranger très délicat. Juillet-août.
Dans la mousse et sous les sapins Ou se cache ta fleur de cire,
Bien souvent j'accorde ma lyre Pour chanter tes charmes divins.
De ta grande corolle blanche,
Le parfum grise mon cerveau;
Et je lis un chant tout nouveau Dans le sein de ta fleur qui penche,
Dans le fond du bois protecteur Vis en paix, Pyrole uniflore,
Et que jamais nul ne déflore Ton innocence et ta candeur.
P. rotundifolia (fig. 119.) Faux muguet. Forme, dans
les bois ou sur les talus ombragés, de larges touffes de
FAMILLE DES PYROLACÉES 369
verdure noble et sévère, que rehaussent, en juillet-août, les belles grappes de fleurs blanc rosé, légèrement odorantes qui rappellent un peu celles du muguet. Le P. secunda (fig. 120) en diffère par ses feuilles ovales aiguës, ses fleurs petites, verdâtres, et hante les mêmes lieux.
Famille des Primulacées
SE
Plantes herbacées, à feuilles simples, rarement découpées, sans stipules ; fleurs ordinairement régulières, calice persistant à 4 ou 5 divisions, corolle monopétale à 4 ou 5 Jobes ; étamines insérées sur la corolle, en nombre égal à ses divisions, style 1. Les racines des Primulacées répandent un fort parfum d’anis et renferment un principe spécial.
Primula
Fr.: Primevere; all.: Hiramelschlüssel, Schlüsselblume : angl.: Primrose, Primula.!
Calice à 5 dents, corolle à long tube, à limbe divisé en 5 Jobes, ordinairement échancrés.
P. elatior (fig. 121). C’est cette belle Primevère jaune pâle, aux grandes fleurs en ombelles, qu'on rencontre sur les pentes humides et ombragées des régions montagneuses où elle fleurit dans les premiers jours qui suivent Ja disparition des neiges.
Le P. officinalis (fig. 122) (Herbe à la paralysie) en diffère par ses fleurs plus petites, odorantes, portant 5 taches orangées au centre de la corolle, par son calice renflé, blanchâtre-tomenteux, et croît dans les prés des régions inférieures où il] fleurit en mars-mai.
1 Le journal anglais The Garden, a publié dans ses numéros du prin-
temps et de l'été 1902, une étude complète de ce beau genre, par H. Correvon.
FAMILLE DES PRIMULACÉES 371
Le P. acaulis (P. grandiflora ou vulgaris) est la grande et belle Primevère de notre Suisse romande (chose curieuse, cette espèce semble redouter Ja Jangue allemande et suit à peu près les frontières de Ja Suisse romande du côté suisse), où elle étale ses grandes fleurs jaune citron dans tous Îles lieux frais de nos plaines et vallées abritées. |
Ces trois primevères ont donné, par la culture, une foule de formes diverses dont les fleurs multicolores sont l’un des plus beaux ornements de nos jardins au printemps. C’est surtout en Angleterre qu'on est parvenu à perfectionner Ja Primevère ; elle est devenue, comme Île Rhododendron, l’une des nécessités de la vie anglaise. Le type acaulis, fleur aimée de Beaconsfield, joue d’ailleurs un rôle politique considérable, puisqu'il est Pemblème de la «Primrose league ». La fleur du P. officinalis est récoltée par nos montagnards qui J’'emploient en infusion contre Ja toux, ou bien comme stimulant et sudorifique '; sa racine est utilisée contre la paralysie.
P. auricula (fig. 123). (Auricule, Oreille-d'ours.) L'une des belles fleurs des rochers calcaires des Alpes, entre 1200 et 2200 m.; elle y fleurit de juin en juillet. La belle fleur d’or très odorante qui s’échappe du sein d’une rosette de feuilles saupoudrée de farine l'ont rendue de tout temps populaire car elle était déjà introduite dans les cultures hollandaises et anglaises en 1596°. C'est le type d’où sont sorties les Auricules de nos jardins dont on possède une foule de formes et de variétés. Leur nombre est même si considérable qu’on a dû les sectionner. 11 y a les /luricules pures, les A. ombrées, les À. anglaises et les 4. doubles.
1 Lire sur les emplois pharmaceutiques et comestibles : le Jardin de l’Herboriste, p. 191 et 192.
2 Paxton’'s Botanical Dictionary.
En Angleterre où elles jouissent, surtout dans Îles milieux ouvriers et industriels, d’une grande popularité, il existe une Société des Auriculistes comme il y en a de Chrysanthémistes. Excellentes pour la culture en pots, elles n’en sont pas moins de bonnes plantes à bordures et à plates-bandes et réussissent dans une bonne terre franche, saine et légère, au soleil.
P. minima (fig. 124). Petite plante naine et touffue, aux feuilles glabres, d’un vert gai, profondément dentées au sommet ; fleurs presque sans tige, grandes, d’un beau lilas, apparaissant en juin-juillet dans les Alpes calcaires orientales, entre 1700 et 2200 m. Se cultive en rocailles, dans une niche bien drainée, au mi-soleil.
P. birsuta (P. vwiscosa) (fig. 125). C’est la Primevère rose bien connue qui hante les rochers granitiques de notre chaîne alpine, depuis les vallées jusqu'aux limites de Ja région nivale, et qui produit des effets merveilleux dans le paysage alpin au moment du réveil de la nature. On la rencontre ici et Jà à fleurs blanches, mais elle est ordinairement d’un carmin vif. Elle s’est naturellement hybridée avec le P. auricula et a donné naissance, dans les Alpes vaudoises et bas-valaisanes, ainsi qu'au Tyrol, à de nombreux hybrides qu’on cultive dans nos rochers alpins. À Ja Linnaea, nous en possédons une belle collection que l’on peut visiter.
Le P. latifolia (P. graveolens) qui croît dans les rochers des Alpes grisonnes, a les feuilles plus grandes et plus Jarges, une souche robuste dressée comme celle d’un petit arbuste et pouvant atteindre 10 à 25 centimètres, et de grandes ombelles de fleurs violet lilas de 2 à 15 fleurs. Le P. integrifolia, est une petite espèce aux feuilles elliptiques-oblongues, d’un vert grisâtre, ciliéesglanduleuses sur leur pourtour, aux fleurs assez grandes, d'un rose lilacé, portées sur une tige de 3 à 8 cm., et
FAMILLE DES PRIMULACÉES 373
au calice coloré, cilié et très apparent. Forme de vrais tapis sur les pentes rocheuses des Alpes calcaires de Ja Suisse orientale, entre 800 et 2000 m. et se cultive avec facilité sur nos rochers, au demi-soleil. Ces trois dernières espèces s’accommodent fort bien de Ja culture en murailles, si l'exposition est au nord, au nord-est ou au nord-ouest.
P. farinosa (fig. 126). Petite plante des marécages alpins, aux racines très fortement anisées, aux feuilles recouvertes, en dessous, d’une poussière blanche ou jaunâtre, aux fleurs d’un rose plus ou moins vif, en ombelle dressée. Fleurit de mai en juillet dans les prairies humides des régions montagneuses. On en possède, dans les jardins, où sa culture est très recommandable, une belle variété à fleurs blanc pur. Le P. longiflora, des prairies humides élevées dans les Alpes pennines, se distingue par ses feuilles très peu dentées, ses ombelles pauciflores, sa fleur plus grande, portée sur un tube trois fois aussi long que le calice. Elle se cultive avec facilité et constitue une belle décoration des rocailles. (Sol poreux et humide, soleil.)
Cortusa Matthioli (fig. 127)
Plante à feuilles molles, arrondies en cœur, élégamment dentées; tige grêle, pubescente, nue, portant à son sommet une petite grappe de fleurs penchées, à corolle en cloche, d’un carmin très vif. Fleurit en juillet sur le bord des torrents et dans les lieux frais des Alpes grisonnes. Cette plante, dont on possède une belle variété à grandes fleurs et une autre à feuilles grisâtres (C. pubens) fleurit bien dans les jardins à Ja condition d’avoir un sol poreux et frais et une situation au misoleil.
Androsace Fr.: Androsace, all.: Mannschild; angl. : Androsace.
Petites plantes à feuilles disposées en rosaces plus ou moins serrées ; calice en cloche, à 5 dents ; corolle à tube court, étranglé à Ja gorge ; limbe à 5 lobes.
À. lactea (fig. 128.) Plante glabre, à feuilles lancéolées étroites, d'un vert foncé, luisantes, en rosettes lâches d’où s'élèvent les hampes florales, grêles, simples ou peu rameuses; portant de 1-4 fleurs grandes, d’un blanc pur, à divisions échancrées. Fleurit en juin-juillet dans Îles lieux rocailleux du Jura et de quelques sommets des Alpes calcaires (Stockhorn). Excellente pour la culture en rocailles où en pots, et même pour la plate-bande ; il suffit de Jui donner un sol poreux et une exposition au mi-soleil; prend un beau développement par la culture.
A. carnea (fig. 129.) Diffère de la précédente par ses feuilles tout à fait étroites, aiguës, d’un vert bleuâtre ou rougeûtre, en rosettes plus petites, par ses fleurs d’un rose vif. Fleurit en juin-août sur les pentes rocheuses et sèches des Alpes granitiques, entre 1500 et 2300 m. La variété Laggeri, des Pyrénées, a de plus grandes fleurs et forme des tapis de verdure plus serrée; on les cultive dans un sol léger, au soleil.
A. obtusifolia. C’est l'espèce la plus répandue dans les pâturages alpins ; elle forme de petites touffes de feuilles oblongues Jancéolées, d’un vert grisâtre, munies de cils courts; fleurs blanches, plutôt petites, en ombelle serrée au sommet d'une tige de 5 à 10 cm. Fleurit en juinaoût.
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Æ. villosa (fig. 130). Petite plante velue, traçante, feuilles soyeuses, blanchâtres, en petites rosettes glandu- Jeuses et serrées ; fleurs blanches, rose vif à l’état de boutons. Jura méridional, où elle fleurit en mai-juillet.
A. Chamaejasme, en diffère par ses feuilles non velues — soyeuses, mais seulement poilues en dessous, ciliées sur les bords et formant des rosettes ouvertes et planes ; fleurs blanches avec, au centre, un œil jaune passant au rose vif après la fécondation. Juillet-août. Pentes herbeuses et rocailleuses des Alpes calcaires, de 1500 à 2500 m. Ces deux espèces se cultivent avec succès dans Ja poche bien drainée et ensoleillée d’une rocaille calcaire.
ÂÆ. Helvetica (/Aretia Helvetica). C’est ce joli coussin serré à feuilles petites et grisâtres, très serrées les unes contre les autres, et formant, par leur réunion autour des rameaux pressés ensemble, comme de petits cylindres, Jes anciennes se conservant à l’intérieur de la touffe et Ja maintenant compacte ; l’ensemble forme parfois de vrais petits hémisphères serrés qui se recouvrent absolument de fleurs blanc pur, attachées à Ja surface et ne Ja dépassant pas; parfois Ja masse des fleurs est si considérable qu'elle recouvre entièrement le feuillage, et qu’on n’aperçoit qu'une surface de corolles appliquées contre la pelote. Elle fleurit l'été dans les fentes des rochers élevés des Alpes calcaires, entre 2000 et 2500 m.
L’/Æ. pubescens en diffère par ses feuilles plus longues et plus étroites, tres pubescentes, non disposées en colonnes cylindriques, mais formant une rosette au bout des rameaux ce qui Jui donne un port moins compact ; fleurs blanches avec un œil jaune au centre. Pentes rocheuses et fentes des rochers calcaires des Alpes de Ja Suisse occidentale et d’Appenzell,entre 2000 et 3000 m. L'Æ. imbricata (1. argentea, A. tomentosa), se rapproche
par son aspect de J’Helvetica, mais s'en distingue par ses feuilles d’un blanc d'argent, son port encore plus compact et plus réduit, ses feuilles plus courtes, arquées, très serrées et ses fleurs plus petites, d’un blanc vif, portant un œil jaune au centre. Fleurit en juillet-août dans les rochers des Hautes Alpes granitiques, où eile croît dans les lieux abrités de Ja pluie, à l'abri des corniches avancées, s’insinuant dans les fentes les plus imperceptibles.
A. glacialis (ZA. pennina, À. alpina). C'est cette délicieuse touffe rose tendre qu'on voit surgir du sol dans les lieux élevés des Alpes (surtout granitiques) entre 2200 et 3000 m. d'altitude, et qui, toujours, est J’avantcoureur de Ja limite supérieure de la végétation; elle annonce Je sommet du col ou le voisinage du glacier. Plus encore que chez l’Androsace helvétique Ja fleur de l'A. des glaciers applique ses corolles aux confins de Ja touffe, y étale ses fleurs, et la recouvre entièrement de ses riches eouleurs qui passent, suivant les pieds, du blanc pur au carmin vif. Ce sont des coussinets roses, carnés ou blancs qui saluent l’ascensionniste grimpant au sommet et Jui rendent courage et vigueur. Élle voisine avec les fleurs Îles plus délicates de l’Alpe et chante avec elles l'hymne au Créateur.
Que de fleurs, de parfums, sur la montagne en fête, Que de concerts joyeux s’élevent au Seigneur ;
Et combien de bonheurs qui montent de l’arête Vers le trône de Dieu pour chanter sa grandeur |
Les Androsaces de ce groupe ÂAretia, c'est-à-dire toutes les espèces décrites depuis |’. Helvetica, sont de culture plutôt difficile et exigent la pente sèche et ensoleillée d’un mur ou d’un rocher.
L’/A. (/retia Vitaliana) (Douglasia, Primula ou Gregoria
V'italiana) est une petite plante aux touffes étalées, for-
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mant d’épais gazons grisâtres, aux feuilles Jancéolées, étroites, marquées d'une raie claire sur les bords, aux fleurs relativement grandes d’un jaune brillant, solitaires et disposées en verticilles parmi les feuilles, dans le haut des rameaux. Fleurit en juin-juillet sur les pentes sèches et arides des Alpes non calcaires. C’est l’une des meilleures d’entre les plantes de rochers, et l’une de celles qui s'accommodent Je mieux de la culture. Dans les murs, les rochers, ou même en plate-bande, elle arrive à former des touffes superbes qui, en mars-avril, se recouvrent Jittéra- Jement de fleurs jaune vif très brillantes.
Soldanella
Fr.: Soldanelle; all. : Alpenglôckchen; angl. : Soldanelle.
Petites plantes vivaces à la racine fortement anisée, aux feuilles orbiculaires; calice à 5 parties, corolle en cloche, finement incisée sur les bords.
S. alpina (fig. 131). Plante bien connue, aux feuilles épaisses, arrondies ; aux fleurs en cloche violette, recourbée vers le sol, et qui croît toujours près des neiges fondantes. On la rencontre dans toute Ja chaîne alpine et dans une partie du Jura, dont elle anime Îles gazons des lieux frais dès la disparition du tapis blanc. Le S. rusilla, qui hante les régions nivales des Alpes de Ja Suisse orientale, entre 2000 et 2800 m., en diffère par ses dimensions plus petites, ses feuilles échancrées à Ja base, sa tige ne dépassant pas 5 cm. généralement, sa corolle lilas clair, en cloche allongée, peu profondément frangée (à peine jusqu'aux tiers).
S. minima (fig. 132), a les feuilles encore plus petites, sans échancrure à leur base, la corolle relativement plus grande, plus étroite, en forme de cloche cylindrique, d'un lilas pâle, striée de violet foncé en dedans. Alpes calcaires orientales, entre 2000 et 2500 m.
Saluez sur nos monts la douce Soldanelle, Cueillez avec amour la fleur des champs neigeux ; Admirez sa corolle au rebord de dentelle, Sa robe d'améthyste et ses reflets soyeux.
Vers le sol tout glacé la clochette se penche,
Le blanc néve qui fond la retient sur son seuil ; Elle paraît trembler aux bruits de l’avalanche,
Et des bonheurs défunts porter un sombre deuil.
La culture de la Soldanelle est moins aisée que celle des plantes alpines ordinaires. 1] Jui faut une niche bien drainée, un sol poreux, si possible tourbeux et une grande humidité de l'air au premier printemps, soit au moment où elle développe ses fleurs. Si l’on peut, au moyen d’une cloche de verre, concentrer l'humidité autour de ses boutons, on les voit s'épanouir merveilleusement. Dans les
ays où J'air est humide, en Angleterre, par exemple, elle fleurit avec facilité. On en cultive des variétés des trois espèces à fleurs bianches.
Cyclamen europaeum (fig. 133)
Fr.: Cyclamen, Pain de Pourceau, Violette des Alpes; all.: Erdscheïbe, Alpenveilchen ; angl. : Cyclamen.
Cette plante est bien connue; elle hante les pentes pierreuses et mi-boisées de nos montagnes calcaires, et Jes parfume en automne de son arome délicieux. Son tubercule se cache entre les pierres, sous les buissons, et ses feuilles déjà très belles par elles-mêmes, ses fleurs d'un carmin très vif, quelquefois blanches, animent le paysage dans les mois d'août et de septembre.
C’est l’une des meilleures d’entre les plantes à cultiver dans nos jardins où elle réussit pleinement dans tous les lieux sains et légèrement ombragés. — Le nom de pain de pourceau, bien que peu en harmonie avec sa franche beauté, lui vient de ce que les porcs raffolent de ses tubercules qui sont réputés, d'autre part, comme vomitif et
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purgatif grâce à un principe spécial nommé Ja Cyclamine. Certains drôles l'utilisent pour empoisonner les rivières. Le C. hederaefolium (C. neapolitanum) qu'on rencontre aux environs de Villeneuve et de Port-Valais, en diffère par ses feuilles anguleuses, crénelées, disparaissant en été et ses fleurs grandes, inodores, d'un rose pâle, naissant avant les feuilles. I] forme des tubercules énormes, et constitue un excellent élément de décoration pour les lieux mi-ombragés de nos jardins, car il est de toute solidité. On en possède une très belle variété à fleurs blanc pur.
S CB
Famille des Gentianées
S CB
Plantes herbacées, généralement glabres, aux feuilles simples ou trifoliolées, ordinairement opposées, sans stipules. Fleurs régulières; calice persistant ; corolle monopétale à 4-10 lobes ; étamines en nombre égal à celui des divisions de Ja corolle et alternant avec elles; 1-2 styles. Plantes à suc amer, la plupart toniques et fébrifuges.
Gentiana
Fr.: Gentiane; all. : Enzian ; angl. : Gentian.
Calice tubuleux ou en cloche, à 4-10 lobes; corolle en entonnoir, en cloche ou en roue, à 4-10 lobes; 4-10 étamines, insérées sur le tube de la corolle ; style nul ou très court, à deux stigmates persistant sur Ja capsule.
G. acaulis (fig. 134). L'ancien G. acaulis de Linné ne saurait être maintenu dans Ja nomenclature actuelle, car il se compose de quatre types qui sont bien différents entre eux. Tous ont, sans doute, des feuilles sessiles, de grandes fleurs bleu foncé en forme de coupe allongée ; mais, suivant qu'on Ja rencontre sur les montagnes calcaires ou granitiques, sur les hauts pâturages alpins ou sur ceux du Jura, la plante varie.
Le G. Clusii (fig. 135) forme une touffe naine et serrée, à feuilles coriaces, épaisses, entières, Jancéolées-aigués, vert foncé, veinées au centre ; Ja tige florale a 7 ou 8 cm. au plus; sa fleur est grande, dressée, d’un beau bleu foncé à corolle découpée en 5 lobes courts; dents du calice aiguës, appliquées contre Ja corolle et séparées
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entre elles par des angles aigus. Hauts pâturages maigres et rocailleux des Alpes calcaires et du Jura, entre 1200 et 2000 M.
Le G. Kochiana (fig. 134 bis) a les feuilles grandes, planes, étalées, multinervées, et d’un vert jaunâtre ; les fleurs d’un bleu violacé, marquées à la gorge de cinq taches d’un vert noirâtre ; les dents du calice Jâches, oblongues, plus ou moins contractées à leur base et séparées par des angles tronqués. Fleurit en juillet-août sur les Alpes granitiques, entre 1400 et 2000 m. d'altitude et sur certains sommets du Jura septentrional. Le G. alpina en diffère par sa souche traçante, ses feuilles plus petites, d'un vert presque bleuâtre, en rosettes incurvées en forme de boules, par ses fleurs plus petites, d’un bleu intense et toujours portées sur des tiges très courtes, souvent nulles. Fleurit en été dans les pâturages maigres des Hautes Alpes, entre 2200 et 3000 m.
Dans les Alpes du Dauphiné et de Ja Savoie, on rencontre en outre le G. angustifolia, qui est le plus beau de tous, et celui que, depuis 300 ans, on cultive en Angleterre sous le nom de Gentfianella; c’est une plante stolonifère, aux feuilles étroites et d’un beau vert Juisant, à grandes fleurs d’un bleu superbe, portées sur une tige de 10 à 25 cm., et qui se cultive aisément dans un soi plutôt compacte et au mi-soleil. En Angleterre et dans certaines contrées de l'Allemagne on en fait des bordures solides et de toute beauté.
G.verna (fig. 136). C'est le plus délicieuse/dettnes Gentianes suisses et la vraie étoile de nos monts, bien que nos Jurassiens l’appellent du nom absurde d’œil-dechat. Elle hante les prés frais de toutes nos montagnes, de Ja plaine jusqu’à la région glacée, mais elle est plus belle et plus brillante sur le calcaire que dans les régions granitiques.
Belle étoile, en ta fleur où le ciel se reflète, J'ai lu comme en un livre un chapitre nouveau, Et dans l'intensité de ta grace discrète
J'ai trouve du bonheur le récit le plus beau !
C'est Dieu qui te sema sur le haut pâturage,
Pour charmer nos printemps, pour égayer nos jours, C'est Lui qui te plaça comme un divin mirage
Pour étoiler des monts le tapis de velours.
C'est vers Lui que ton hymne, au nom des créatures Monte chaque matin sous les feux du soleil;
C'est pour Lui que scintille en riches emaillures Ton merveilleux saphir qui n’a pas son pareil.
Divin être d'azur au cœur pur qui scintille,
Vis tranquille et joyeux sur le riant coteau,
Car partout, fleur du ciel, où ta couronne brille Elle enfante la joie et luit comme un flambeau.
Nous l'avons trouvée à fleurs blanc pur sur le Jura et dans les Alpes (fig. 137), et cultivons cette forme albinos à Floraire où elle fait merveille!. Le G. verna, d’ailleurs, est une plante excellente pour le jardin alpin où elle exige un sol un peu ferme et le soleil.
Le G. brachyphylla (fig. 138) est plus petit que le G. verna dont il paraît être la forme des hauteurs; ses feuilles sont plus courtes, plus épaisses, et son calice est plus Jong, plus effilé, plus grêle et dépourvu de côtes ; le tube de sa corolle est aussi plus mince et plus allongé. Fleurit en juillet-août dans les hautes altitudes, entre 1900 et 3000 m.
G. bavarica (fig. 139). Nous avons, dans la Gentiane de Bavière, la fleur du bleu le plus beau, le plus profond et le plus velouté qui se puisse concevoir. Les feuilles sont ovales, obtuses, luisantes, d’un vert clair, très rapprochées à Ja base des tiges. Fleurit d'août en octobre au bord des torrents alpins et dans les prés humides,
1 M. Reginald Farrer, dans son volume N'y Rock-Garden propose de nommer cette variéte : G. verna chionodoxa (gloire des neiges).
FAMILLE DES GENTIANÉES 383
entre 1400 et 2800 m. Nous l'avons rencontrée à fleurs blanc pur dans les Alpes de Bourg-Saint-Pierre.
G. asclepiadaea (fig. 140). C’est la belle Gentiane d’automne des Alpes calcaires, celle dont les hampes merveilleuses se baissent sous le poids des fleurs à Ja façon des feuilles d’acanthes sous celui du palais corinthien. Plante forte et vigoureuse, à tiges de 50 à 80 cm., garnies de bas en haut de feuilles opposées et portant à leur sommet un épi de fleurs bleu foncé, ponctuées de vert. Dans certaines vallées des Alpes, à Ja Via Mala, par exemple, ces fleurs sont d’un blanc très pur. On cultive le Gentiana asclepiadaea et sa forme albinos dans un sol profond et frais, et à l'ombre.
G. cruciata. Sur les collines pierreuses et ensoleillées de nos montagnes calcaires, on rencontre une Gentiane touffue, aux feuilles luisantes, veinées, opposées en croix, de forme oblongue lancéolée, aux fleurs dépourvues de pédoncules, formant un bouquet serré, à la corolle bleu céleste, découpée en quatre lobes opposés, que l’on admire à cause de la belle teinte de ses fleurs. C’est le G. cruciata, qui se cultive avec facilité dans les lieux ensoleillés de nos jardins.
G. lutea (fig. 141). Belle plante aux formes architecturales qui donne à tous nos pâturages calcaires, mais spécialement au Jura, un cachet de beauté que ne Jui contestent que peu de personnes. M. Farrer° n’est pas de cet avis, mais il est peu d'artistes qui ne se joindront à notre admiration pour cette belle fille de nos monts. Rambert n’en paraît point entiché non plus. 1] se contente de décrire son port militaire, ses faux airs de grenadier, et de rappeler qu’on fait de ses racines une eau-de-vie d'un goût et d’un parfum étrange, d’ailleurs saine, res-
1 Farrer : My Rock Garden, p. 219.
taurante et faite pour être bue sur le glacier, à 3000 ou 4000 m. au-dessus de Ja mer.! Dans ses vers À Moléson, il cite encore cette propriété de la Gentiane :
Mais une herbe des monts distillée au chalet, Herbe que le troupeau dédaigne pour son lait, La Gentiane jaune, ou bleue, ou purpurine, Recèle ce nectar en sa forte racine :
Elixir du chasseur, trésor des montagnards,
J] ramène la vie aux levres des vieillards.
E. Rambert.
Nous avons donné ailleurs” des indications puisées aux bonnes sources, au sujet de ses propriétés médicicinales et rappelé que Pline la tenait en haute estime, et en préparait un vin qui ne devait pas être très différent de la liqueur que font nos montagnards et qu’on considérait déjà alors comme un excellent stomachique, digestif et apéritif. À la montagne, si vous avez grand’soif, coupez un infiniment petit morceau de sa racine et portez-le à la bouche ; vous serez désaltéré, si tant est que vous puissiez supporter l’amertume extrême de Ja Gentiane.
La culture du G. lutea n’est point aisée, et pourtant, en Autriche, on la pratique en grand dans les champs et même sur les talus de chemins de fer pour l'exploitation de sa racine. Elle aime un sol profond, calcaire, meuble, et au-dessus de tout, elle redoute l’arrachage, la transplantation. Semée à l’état frais, sa graine germe rapidement; il faut repiquer quand la plantule a cinq ou six feuilles, planter en place; à Floraire, nous l’élevons en pots pour l'exportation et elle réussit assez généralement.
ee RE CE
G. purpurea (fig. 142). Plante beaucoup moins élevée et robuste que Ja précédente, ne dépassant guère 40 à 5o cm.; feuilles luisantes, vert foncé, fortement nervées ;
1 Les Alpes Suisses, série 1, p. 241.
2? Le Jardin de l'Herboriste, p. 124 à 125.
FAMILLE DES GENTIANÉES 385
fleurs grandes, en coupe étroite, serrées en bouquets terminaux, agréablement odorantes; corolle d'un rouge brun, ne s’ouvrant que sous l'influence d’un fort soleil et jamais complètement ; calice fendu sur un côté jusqu’à Ja base. Pâturages frais des Alpes, entre 1500 et 2200 m. Le G. punctata en diffère par son calice court, le plus souvent non fendu, à 6 dents inégales, Jacéolées, étroites, par sa corolle jaune pâle, ponctuée de pourpre noir, à 6 lobes obtus, dressés. I] fleurit en juillet-août dans les pâturages des Alpes. Enfin le G. pannonica, qui appartient encore au groupe du lutea, se distingue par ses fleurs d’un rouge foncé violacé, ponctuées de noir, et par les lobes de son calice retombants; Alpes de Saint-Gall.
La culture de ces trois belles espèces est plutôt difficile et ce n’est guère qu'en Angleterre, sous un climat humide, qu’on les voit très bien acclimatées. I] leur faut un sol poreux, profond, pas trop humide, le mi-soleil, et cependant une certaine fraicheur de l'air.
Les G. Gaudiniana, Charpentieri et Thomasii sont des hybrides entre les types du groupe Jutea. Ces espèces s’hybrident même dans les jardins, au dire de Kuznetzow qui cite un cas d’hybridation produit à St-Pétersbourg, dans les belles cultures de M. Kesselring”’.
G. Pneumonanthe. C’est une plante des marais de Ja région inférieure, presque des plaines, si la Gentiane pouvait être une plante de la plaine. Sa tige est raide, de 20 à 50 cm., ses feuilles nombreuses, opposées, les supérieures étroites, lancéolées, les inférieures réduites à de. simples écailles ; et ses fleurs sont de grandes belles coupes d'indigo, disposées en bouquets serrés dans le haut des tiges; corolle à 5 Jobes triangulaires. Fleurit en aoûtseptembre dans les marais du pied du Jura, de Divonne
1! Kuznetzow : Eugentiana, p. 179. (Saint-Petersbourg, 1898.)
à Bâle, dans ceux de Ja vallée du Rhône, et plus spécialement près de son embouchure dans le Léman, etc. !
G. ciliata (fig, 143). Petite plante d'automne dont on voit les fleurs grandes, d’un bleu d'azur lilacé, frangées sur les bords, s'élever par 1 à 7 sur une tige grêle et courte. On Ja trouve ici et là à fleurs blanches, et sa culture est difficile. Comme sa graine müûrit très tard, il n’est pas facile de se la procurer ; de Îà sa rareté dans les jardins.
J] est un groupe de Gentianes annuelles qu’on rencontre dans les prairies et les pâturages de nos montagnes. Ce sont des plantes basses et très fleuries, aux corolles bleu d'azur ou violettes. La plus connue est le G. germanica (fig. 144) à la tige de 20 à 30 cm., divisée en bouquet, à Ja corolle à S lobes, de couleur violet foncé tirant sur le brun et fleurissant en août-septembre. Le G. campestris s’en distingue par sa taille plus basse, ses fleurs violet clair, à 4 lobes, et par son calice divisé jusqu'à sa base en 4 lobes inégaux. Fleurit en juinoctobre dans toutes nos montagnes où on le rencontre parfois à fleurs blanches.
Le G. nivalis est une petite plante qu’on n’aperçoit que lorsque, sous les rayons du soleil, sa gente corolle d'azur intense, du plus beau bleu qui se puisse rêver, est ouverte. Ses rameaux sont grêles, dressés, rameux dès leur base, ses fleurs nombreuses, très petites, solitaires au sommet des rameaux, et se succédant de juillet en août sur Ja plante. G. fenella a les tiges très grêles, à peine hautes de 10 à 15 cm., nues, divisées dès leur base, jamais dans le haut, portant chacune une fleur violette, petite, généralement penchée sur sa tige. Juillet-août. Alpes, de 1900 à 2600 m., dans les lieux sableux et humides.
1M. le Baron Charles de Rothschild, de Londres, vient de m'envoyer des fleurs de Gentiane Pneumonanthe qu'il a cueillies en Hongrie et qui
sont plus grandes et légèrement plus évasées que dans la forme de nos marais.
FAMILLE DES BORAGINÉES 387
Famille des Boraginées So
Plantes poilues, à tiges arrondies ou jrrégulièrement anguleuses, à feuilles alternes, indivisées, rarement dentées; fleurs disposées en grappes ou en épis généralement enroulés avant l’anthèse, ce qui donne à beaucoup la forme scorpioïde; calice persistant à 5 divisions; corolle monopétale à 5 lobes; 5 étamines insérées sur le tube de Ja corolle, alternant avec ses lobes; style 1. La plupart — et la Bourrache plus spécialement — contiennent un suc mucilagineux qui leur donne des propriétés émollientes!.
Myosotis
Fr.: Ne m'oubliez pas; all.: Vergissmeinnicht; angl.: Forget me not.
Myosotis alpestris (fig. 145). C’est ce joli Myosotis aux fleurs bleu d'azur intense avec un œil jaune à la gorge, qui hante Îles prairies des Alpes et du Jura et monte jusqu'aux cols de 2500 m. parfois. On le rencontre à fleurs blanches et à fleurs roses, et, depuis près d’un siècle ?, on le cultive dans les jardins. L’horticulture l’a développé et modifié — à lire les catalogues des marchands grainiers il aurait été amélioré !Î — et on en fabrique des tapis vivants, des corbeilles, des mosaïcultures même, ce qui l’a fait déchoir de sa splendeur naturelle. Nous sommes de ceux qui ont toujours protesté contre cette manière d'utiliser Ja flore alpine et de Ja prostituer aux goûts erronés du jour, et nous protesterons encore contre cette vilaine méthode de comprendre
l'H. Correvon, Le Jardin de l'Herboriste, p- 69. 2 Voir Paxton's Botanical Dictionary.
le jardinage. Le Myosotis des Alpes a sa place dans Île jardin alpin et dans la verdure d’un parc ou d’un coin pittoresque, mais sa nafure suave et délicate ne permet pas de l'utiliser comme simple matériel de construction, comme couleur destinée à produire de l'effet.
Très haut dans nos Alpes désolées, sur les arêtes exposées aux plus violents assauts de la tempête, un bijou merveilleux brille au soleil des grands sommets. Nos montagnards l'ont nommé le Roi de J'Alpe, ou Mousse bleue; à Saas, ils l’appellent aussi der Alpenkônig, tandis que les Tyroliens lui ont donné Je nom de Himmelsherold.
Les botanistes l’ont nommé WMyosolis nana ou Eritrichium nanum (fig. 146.) C'est une plante gazonnante, aux feuilles petites, couvertes de poils grisâtres et soyeux ; sa touffe serrée se couvre littéralement, en juillet-août, de fleurs très courtement pédonculées, à Ja corolle d'azur superbe. Quand cette touffe est fleurie elle représente absolument une pelote d'azur vif car on n’aperçoit plus, au travers de la brillante étoffe bleue, le feuillage que Îles corolles recouvrent. C’est la plante alpine et nivale par excellence et nul ne l’oublie qui l’a rencontrée un jour sur son chemin.
Sa culture exige certains soins. Ï] Jui faut le sec et le mi-soleil, un sol poreux et léger; à Floraire, nous Ja cultivons dans le Sphagnum, au grand soleil.
Sur le rocher bruni que battent les orages,
Au sommet de nos monts un bijou d'un bleu pur Resplendit au soleil et sourit aux nuages,
C'est le Myosotis nain dont la fleur est d'azur.
Petite fleur des cieux sur la terre oubliée,
Bijou que pour Lui seul semble avoir creé Dieu, Nul ne peut te cueillir sans porter sa pensee Vers l'éternel Auteur de ton vêtement bleu.
SE
FAMILLE DES SCROPHULARINÉES 389
Famille des Scrophularinées
Plantes généralement herbacées, à feuilles alternes, opposées ou verticillées, sans stipules; fleurs plus ou moins irrégulières ; calice persistant, à 4-5 divisions; corolle monopétale à 4-5 lobes inégaux, plans ou à 2 lèvres ; 2 étamines égales ou 4-5 inégales ; 1 style. Plantes à suc amer ou àcre ; plusieurs espèces sont utilisées en médecine.
Linaria alpina (fig. 147) Fr. : Linaire des Alpes; all. : Alpenleinkraut ; angl.: Alpine Toadflax.
Plante glabre et glauque, à tiges courtes et nombreuses formant une petite touffe serrée ; feuilles opposées pour Ja plupart ou formant des collerettes (verticillées) le long des tiges ; fleurs d’un beau violet, avec une tache safran vif à la lèvre, disposées en grappes courtes. Fleurit dans tous les sols pierreux, sableux et morainiques des Alpes. On la rencontre parfois à fleurs blanc pur, ou rose ou encore rouge carminé. Une variété concolor a les fleurs dépourvues de la tache safranée.
Dans le Jura méridional on trouve le Linaria petraea qui diffère du type alpin par son port érigé, ses feuilles plus étroites, les éperons de ses fleurs plus longs et plus grêles et par sa corolle plus étroite et plus allongée.
Excellentes plantes pour Ja culture en pots ou en rocailles dans un sol fraîchement remué, meuble et pierreux, au soleil. Elle fait également bien dans les fentes des vieux murs.
Veronica Fr. : Véronique ; all. : Ehrenpreis ; angl. : Speedwell.
Fleurs petites, tantôt disposées en grappes, tantôt axil- Jaires ; feuilles opposées sur les tiges, mais alternes dans Je haut, où elles forment souvent bractée; calice à 4, rarement à 5 divisions ; corolle en roue, à tube court, à 4 lobes dont le supérieur plus large que les autres ; 2 étamines.
V. saxatilis (fig. 148). Petite plante aux rameaux durs et diffus, émettant des tiges garnies de feuilles ovales, glabres et légèrement dentelées ; fleurs d'un bleu intense, à corolle très caduque avec 2 étamines jaunes très sail- Jantes ; fleurit en juillet-août sur les rochers des Alpes et du Jura, de 1000 à 2500 m. Le V. fruticulosa en diffère par ses tiges plus hautes, plus dressées, ses feuilles plus allongées, d’un vert plus clair, sa fleur rougeâtre ou blanchâtre, en grappe allongée, pubescente, glanduleuse. Juillet-septembre ; lieux rocheux des Alpes et du Jura.
Ces deux espèces voisines sont une excellente décoration pour les rocailles, le jardin alpin ou Îles vieux murs; so] sain et plutôt pierreux ; soleil.
V. spicata. C'est la plante aux jolis épis bleus, serrés, dressés, qui anime les pentes herbeuses et sèches, qu'elle décore à Jl’automne de ses belles touffes indigo ; feuilles oblongues, crénelées, d’un vert gris, pubescentes, les inférieures opposées, Îles supérieures éparses ; fleurs petites, très nombreuses, bleu foncé — rarement blanches ou roses — en épis serrés et étroits. Se cultive très aisément et se prête même à la confection de tapis ou de bordures.