AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE ÉDITION
exactement à celles qui, par exemple, leur sont attribuées par Dioscoride. Il y aura là, un jour, matière à d'intéressants travaux sur l'histoire de la médecine. Si notre plante médicinale, dont l'espèce nous est déjà indiquée par un dérivé copte, hébreu ou arabe, se trouve avoir les mêmes propriétés médicales dans les textes hiéroglyphiques que dans les traités gréco -latins, nous avons quelque chance d'être près de la vérité.
S'il s'agit d'autres plantes, d'autres procédés sont à employer. Parfois, les textes mêmes nous aident singulièrement. Des plantes y sont clairement décrites. D'autres fois, les usages pour lesquels on utilise les végétaux nous permettent de ne pas nous égarer.
Telle plante sert à teindre en rouge. A priori, ce peut être le Carthame. Un texte nous indique qu'on en faisait des couronnes ; or, certaines guirlandes de momies renferment des fleurs de Carthame. C'est là un argument presque décisif.
Le mot Habni désigne un bois. Ce nom se rapproche des noms sémitiques et gréco-latins de l'ébène. Le même mot se retrouve auprès d'une statue noire. Enfin, les propriétés médicinales de l'ébène et celles du Habni sont identiques.
Qu'en conclure, sinon que Habni est le plus ancien nom connu de l'Ebénier, et qu'il a donné naissance à celui dont nous nous servons encore ?
Un dernier exemple : Soushin est le nom égyptien d'une fleur. Sousan en arabe, Shoushan en hébreu, Shoshen en copte sont les noms du Lis. Mais certains textes nous apprennent que le Soushin était aquatique et poussait dans les canaux d'inondation. Ce peut être alors un lis d'eau ou Nénuphar, d'autant plus qu'Hérodote nomme le Lotus « lis du Nil ». D'autres documents nous enseignent que les pétales de cette fleur sont blancs, que ses feuilles sont arrondies et fendues. Il n'y a plus de doutes à avoir, le Soîishin est bien le Nénuphar ou Lotus blanc d'Egypte, soit le Nymphsea Lotus L., de sorte que notre prénom Suzanne, qui, on le sait, dérive du nom hébreu du Lis, a, en réalité, sa source primitive dans le nom égyptien du Lotus
s AVKRTISSKMENT DE LA PREMIER?: EDITION
blanc. Et même, chose assez curieuse, il se trouve que ce nom était porté, dans l'Egypte antique, par certains personnages. Je pourrais citer une chanteuse de temple et un chef militaire qui portent le nom de Soushin et qui, par conséquent, s'ils vivaient aujourd'hui et s'ils voulaient conserver la même signification h leur nom, se feraient nommer Suzanne.
Comme on le voit, si l'identification des plantes pharaoniques n'est pas une chose facile, elle est du moins possible. Je n'ai jusqu'ici identifié que cinquante noms de plantes environ. Ls raison en est que, d'une part, je n'ai pu consacrer tout mon temps à ce seul travail et que, d'autre part, il me manque, sur bien des plantes, des données suffisantes, que je ne pourrai réunir qu'à force de dépouiller des textes hiéroglyphiques. A mesure que les déterminations certaines se multiplieront, le nombre des plantes à trouver diminuera nécessairement par élimination, et la besogne ira alors de plus en plus vite.
En attendant, un travail me semble utile à entreprendre. C'est de réunir sur la flore ancienne de l'Egypte tous les documents étrangers à la philologie. Ces documents sont do trois sortes :
1° Les plantes trouvées dans les tombes, les fruits offerts en dons funéraires et desséchés dans les hypogées, les fragments de graminées découverts dans les briques antiques, les végétaux textiles reconnus au microscope dans les tissus, les bois dont on fabriquait les meubles et les cercueils, les chaumes dont jn formait des corbeilles, les feuilles dont on tressait des nattes, etc., etc. ;
2° Les renseignements fournis par les auteurs classiques, dont quelques-uns sont restés longtemps en Egypte.
3° Les plantes, fleurs et fruits représentés sur les bas-reliefs et parfois accompagnés de leurs noms hiéroglyphiques.
C'est au premier ordre de documents que je m'attache aujourd'hui. Traiter la question à fond me serait impossible pour le moment. D'abord un certain nombre d'ouvrages spéciaux me font défaut, soit par suite de leur rareté en librairie, soit par