‹ La Flotte De CesarChapitre 14 sur 27 · V.'' ’ K.oXXr,tôv pXr)Tpm<Tt, 6ut<jxai£ixoff£7rr ( yu · texte numérisé non relu

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(3) Moins fort et beaucoup plus Agé, car il avait alors près de quatre-vingts ans. Antonio daGanale fit, le 7 octobre 1571, à la

. bataille de Lépante , une action digne d’Ajax. Ghef d’une des escadres de Venise et capitaine d une galère qui avait vaillamment -soutenu l’effort des Tiircs, à la corne gauche de l’armée de don Juan d’Autriche, Canale, qui avait l’honneur detre provéditeur delà flotte vénitienne, et que touchait profondément la gloire de la bannière de Saint-Marc, apprenant que la capitane, montée par Agostino Barbarigo , venait d’être envahie par les soldats du corsaire Siroco, prit la résolution généreuse de la reconquérir. Il se fit aussitôt dépouiller de son armuré de fer, se Couvrit .d’un simple pourpoint de buffle, ôta ses bottes d’acier

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Ce bois long et armé d’airain a vainement exercé la patience et la sagacité des savants interprètes du poëte. Je devrais m’excuser peut-être de paraître aussi tranchant, quand il s’agit de la définition d’un objet désigné par quelques mots grecs — moi qui ne suis pas grec du tout; - — mais, au fait, ce n’est pas. ici une de ces questions dont les . hellénistes sont les seuls juges compétents ; c’est d’un détail technique qu’il s’agit, et aucun des traducteurs , ou des commentateurs de 17 / iode n’a . doqné à l’étude des choses de la marine une attention particulière et, si j’ose le dire, pratique; aucun n’a cherché, ou, du moins, n’est parvenu à connaître l’engin, assez minutieusement décrit par Homère, mais que celui-ci n’a pas montré à son poste de combat, bien qu’il l'ait mis aux mains de marins combattants.

Un traducteur latin de Y Iliade a vu dans le

qu’il remplaça par des souliers de corde , plus légers et qui ne devaient pas glisser dans le sang ; puis, prenant cette longue et lourde épée à deux mains, du seizième siècle, que nul d’entre nous ne pourrait soulever aujourd’hui , il fit diriger sa galère vers la poupe de celle de Barbarigo mortellement blessé , sauta surl’espale envahie par les Turcs, s’ouvrit un passage au milieu .de cette foule qu’il abattait autour de lui , et marchant le long de la coursie en faisant le moulinet avec l’épée géantqqui fauchait tout devant elle, ne s’arrêta à la proue que lorsque aucun ennemi vivant n’étant plus sur la galère recouvrée, il put la confier à un équipage vénitien. (Voir Pantero Pantera, Armate navale, p. 84.)

grand xyston naumachon que manie Ajajt, un « contum magnum navalem compactum clavis ferreis duorum et viyinti cubitorum » ; mais il ne dit pas ce qu’était cette perche, quelle placç.elle occupait à bord; comment, d’ordinaire, elle était mise en mouvement; enfin, quel était son rôle principal pendant la bataille. Les traducteurs français ne sont pas plüs précis. Madame Dacier fait de ces xystes, non pas des perches, mais des pieux. «Le magnanime Ajax... « allait sur tous les vaisseaux et portait à la, main un « pieu de 22 coudées , garni de fer. » Bitaubé , suivi par Dugas-Montbel , transforme les xystes du poëte en « longues massues du chêne le plus « dur, armes navales dont la tête est d’airain. » Pieu, perche, massue, ne traduisent pas mieux l’un que l’autre ta périphrase employée par Homère poür désigner l’arme formidable mise en jeu par les Brecs, ardents à défendre l’approche de leurs navires tirés sur le rivage. Le xyston grand, composé de plusieurs "pièces, unies par des clous d’airain, et terminé à l’une de ses extrémités par une pointe de

même métal, était une lance véritable (1), lance de

(1) Homère emploie le mot 4u<rcôv dans le sens de javelot ou de lance, — on ne saurait dire au juste lequel, — lorsqu’au iv* chant de l'Iliade , il montre Agénor blessant Éléphcnor qui relève le fiîsde Thalsias (Éçhcpolos) abattu par Antiloque:

OÛTr.'Tt Ç-joTi xoXxr,peï..\.

(Vers 469.)

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il à 12 mètres de long, bois cylindrique, d’un assez grand diamètre et qu’Ajax n’aurait pu soulever tout seul et manier comme une lance ordinaire, si ses forces doublées par la, colère ne s’étaient accrues encore du secours que lui prêtaient les dieux. Sur les vaisseaux où ne combattait pas le rival d’Hector, la lance lourde était mise en mouvement par plusieurs • hommes. C’est qu’en effet son poids devait être considérable , car elle n’était pas moins longue et devait être plus grosse que les rames des galéasses du seizième siècle qui, balancées au tiers de leur longueur, sur le bord du navire, avaient cependant besoin de huit hommespour être manœuvrées, . -

Les dimensions de cette grande lance et la vigueur surhumaine prêtée par le poète au héros qui s’en . sert pour repousser l’invasion des Troyens, font assez comprendre que ce' n’était pas une arme à main, et qu’un moyen mécanique devait aider à la soulever, à l’agiter en l’air, à la pousser en avant, à , la retirer en arrière ; enfin, à lui faire remplir aisément l’office qu’elle remplissait avec peine, mue par les bras du seul Ajax. Quel’ était le système dont on se servait pour rendre sa irianmuyre facile?

Sobre de détails, par nécessité et peut-être aussi parce que son œil plus artiste que marin ne voyait que la masse et la grande silhouette des navires, de décorateur du vase d’Agrigente ne l’a point indiqué. IL a seulement guindé la lance au sommet dû mât , et quand je n’aurais pas d’autres indications

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déjà. Ce -cordage, . qui fonctionnait comme une drisse, devait être attaché vers le milieu de la longueur du xyste, dont l'équilibre et les inclinaisons diverses pouvaient être obtenus au moyen de .cordages passant par des poulies latérales au sommet du màt et fonctionnant vers les extrémités de cette pièce de bois à la manière de lWpa ou balancine de l’antenne.

On conçoit aisément que ce moyen très-simple de suspension mettait la lance à la disposition de l’équipage, sans qu’il prit d’autre peine pour la faire agir en avant ou en arrière, que de la mouvoir à force de bras ou à l’aide de quelques cordes analogues à celles dont on se sert à bord des navires pour agiter le levier d’une pompe à épuisement.

§ iv. ‘ :

Le procédé que j’indique, Végèce nous apprend qu’-aii quatrième siècle de notre ère et aussi antérieurement à cette époque, les marins s’en servaient pour faire fonctionner un redoutable instrument de guerre. Les vaisseaux comptaient alors; — çt c’était certainement une tradition antique, — parmi leurs armes d’attaque et de défense, une pièce de bois ferrée aux deux bouts, longue, forte et cependant déliée,

MAR1NK ABTIQIE. . £2

qu’onpendaitaumâtcomme une vergue, etqu’aumoment de l’abordage on mettait en branle. Elle agissait comme un bélier, abattant, blessant, tuant les sol-

dats et les matelots, et souvent aussi perçant le corps du navire ennemi. Cette pièce de bois avait le nom d'ysscr. Dans la traies de Végèce, « trabcs subtilis ni oc longa, ad similitudinem antennce, pendens in «nialo , ntroque capite f errata, pro vice arietis vi « impulsa, » je reconnais, à n’en pas douter, le macron xyston naumachon d’Homère et la lance représentée par l’artiste grec au sommet des mâts des cinq navires qui courent autour de l’orifice du vase d’Agrigente. Cette lance, je la nommerai lance ou bélier d’abordage, et je proposerai très-humblement aux futurs commentateurs de Y Iliade , de donner ce nom au xyste de 22 coudées , manié par A jax dans sa lutte contre les compagnons d’Hector.

Me contestera-t-on le sens que je donne aux mots : xyston naumachon , et me faudra-t-il justifier la façon dont je les interprète? Me dira-t-on qu’IIomère ne fait point entendre qu’à l’occasion les lances étaient suspendues aux mâts; qu’il les « montre couchées sur les navires, » ou « gisant sur le pont « au moment où les Grecs,, assaillis par les Troyens montés sur leurs chars, s’en emparent pour repousser l’attaque de leurs ennemis? Je répondrai

qu’IIomère, ayant pris soin de dire que le xyste dont il parle, grand, gros, composé de plusieurs

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pièces de bois assemblées et fortement attachées les unes aux autres, était fait pour les combats livrés ou soutenus par les navires, laisse bien entendre au lecteur que l’arme qu’il met aux mains des Grecs' attaqués, est une arme particulière et non une lance commune, line lance de 22 coudées de longueur ne pouvait être d’un usage ordinaire. Quand Homère parle de la lance dont étaient armés tous les guerriers, il la nomme simplement xyston et ne lui prête pas les proportions qu'il donne au « grand xystc en usage à bord des vaisseaux pour le combat, au moment de l’abordage. » Il n’y a donc pas à douter que sur leurs navires, les Grecs n’eussent de grands et gros xystes, lances d'assemblage (comme on dit des mâts composés de plusieurs morceaux) et qui n’avaient de commun avec la lance ordinaire que leur forme générale et leur pointe d’airain. 11 n’y a pas'à douter davantage, que lorsque les vaisseaux étaient tirés au sec sur le rivage, lès grands xystes ne fussent couchés sur le pont, comme les mâts et les antennes, et qu’on ne les hissât kTistos que quand, les navires étant à la mer, on les disposait pour le combat.

J’ai dit que le décorateur du vase grec - sicilien , a placé la lance d’abordage au sommet du mât, dans une direction parallèle à la quille , et sans la fixer par aucun lien apparent; la position donnée à cette arme témoigne de la préoccupation de l’artiste, plus

touche de produire des figures pittoresques et architecturales, que de' rendre fidèlement des détails . nautiques. Quant à l’absenoe des liens qui devaient retenir l’arme au mât, elle est la conséquence du principe de simplicité adopté par le peintre. Nous voyons, en effet, qu’il a supprimé presque tous les cordages : ainsi, il n’a donné à l’Wç qu’un appui latéral de chaque côté, un seul «pÔTovos ou hauban; et, assurément, une unirème de trente-deux avirons (1) deyait avoir au moins trois haubans de chaque bord. Pour né pas compliquer sa figure, dont lé développement était peu considérable, il n’a pas tenu compte du cordage qui, partant du mrchesion allait à la proue du navire, soutien du mût contre les mouvements du tangage ,• et le tépepov ou étai a été négligé par l’artiste aussi bien que tout l’appareil qui soutenait le gouvernail.

Et à propos du gouvernail, cet instrument indispensable à la navigation, M. Raphaël Politi dit que ce qui doit le plus surprendre dans la représentation des bâtiments peints autour du col intérieur du vase d’Àgrigente « è il timone dello istessissimo taglio

(1) Des cinq galères, une est à 28 rames, trois sont à 30 rames, une seule a if> rames de chaque hord-

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e forma de nostri. » En effet, le timon ou gouvernail a la forme générale des gouvernails modernes ; mais ce que M. Politi a oublié de faire remarquer, c’est qu’au lieu d'être placé à l’extrémité arrière de la poupe, le timon des navire? antiques était appliqué à la hanche du navire. Une barre de bois perpendiculairement implantée à la pelle du gouvernail, servait à le mouvoir dans une anse de bois ou dans une estropc de cuir tressé où il tournait , suspendu par des cordes.

A l’article Barre du gouvernail de mon Glossaire nautique, j’ai donné une figure du gouvernail antique muni de tout son appareil, et j’ai fait remarquer que cette machine, traditionnellement conservée à bord des navires de la Méditerranée pendant le moyen âge, fut en usage dans la marine des Normands, et qu’aujourd’hui encore elle fonctionne au côté de quelques bâtiments du Japon, de la Chine et de la Malaisie, qu’on la voit au côté droit.de certaines barques de Vérone, qui font la navigation de l’Adige et vont à Venise, porter du vin ou du bois,* et qu’on la retrouve dans toute sa naïveté primitive, excellente d’ailleurs et d’un très-grand effet, au flanc des barques, qui, à Polesella, servent à traverser le Pô. J’ai reproduit cette figure ci-dessus,

Voici la partie supérieure d’un gouvernail à l’antique emprunté à la navicclla de Giotto, placée

au-dessus de la porte principale de l’église de Saint-Pierre à Rome ; on y voit la barre ou clavus qui traverse la tête du gouvernail , et au-dessous, l’estrope de cuir et le croissant ou anse de bois dont je viens de parler , page 257 , lignes 6-10.

Je terminerai cette courte étude en disant que les navires du vase agrigentin sont de trèscurieux documents pour l’histoire de l’art des constructions navales, et qu’on doit les compter, bien qu’incomplets, parmi les meilleures représentations des bâtiments unirèmes des anciens, que nous aient fait connaître les monuments figurés ; monuments dont, en ce qui regarde la marine, il faut trop souvent rejeter le témoignage.

FIN DE LA DLUXIÈMK ÉTLDK.

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