‹ La Flotte De CesarChapitre 2 sur 27 · PRÉFACÉ · texte numérisé non relu

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monuments écrits ou gravés qui auraient échappé aux recherches de l’ingénieur, et que, sous ce rapport; son travail, qui s’était proposé pour résultat de donner tous les éléments constitutifs d’un vaisseau ' véritablement antique, c’est-àdire d’un vaisseau fondé, si j’ose parler ainsi, sur les textes anciens, sur les médailles et les . bas-reliefs grecs et latins, qu’une saine critique peut considérer comme véritablement historiques, que son travail, dis-je, ne fût point inutile à l’architecte naval chargé par l’Empereur de faire revivre les trirèmes contemporaines de César.

J’eus l’honneur d’adresser mon manuscrit à ’ Sa Majesté le 29 juillet 1 800, et, le 2 août suivant, je reçus de M. Mocquard une lettre contenant un ordre de l’Empereur que Monsieur le chef du cabinet; de Sa Majesté me signifiait en ces termes : « L’Empereur, à qui je me suis em- « pressé de remettre votre Mémoire sur les tri - « reines des anciens, désire que vous commu- « niquiez vos idées à M. Dupuy de Lomé, et que « vous en confériez avec tui . Je lui en donne « avis. » . •

Sa Majesté fut obéie tout desuite. Nous eûmes, le 4 août, M. Dupuy de Lomé et moi, une longue

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conférence sur la construction des navires à rames de l’antiquité. M. Dupuy de Lôme ne connaissait encore de mon système que ce que lui en avait dit un ingénieur de mes amis à qui j’avais demandé des conseils pour la réalisation pratique de mes « idées », et qui avait bien voulu m’aider à les formuler; car il v avait là un travail d’ingénieur qui n’était pas de ma compétence et que je n’avais abordé qu’avec une juste défiance de mes forces. L’Empereur avait communiqué, la veille, àM. Dupuy mon travail, que celui-ci n’avait pu lire encore, mais qu’il me promit de lire bientôt. Je vis deux projets étudiés ; M. Dupuy de Lomé poursuivait l’exécution de l’un d’eux, Sa Majesté l’ayant approuvé. Dans ce projet, l’ingénieur plaçait sur un pont, et à

ciel ouvert, ses trois rangs de rameurs. L’autre,

enfermant les rameurs de l’étage inférieur dans un entre-pont, établissait sur le pont de la trirème lesdeux rangs supérieursde rames. Celui-ci, inspiré par mon système, dont les principales données, ainsi que je viens de le rapporter, avaient été connues de M. Dupuy de Lomé, qui me le dit lui-même comme pour me l’apprendre si je l’avais ignoré'; celui-ci se trouvait ainsi tout naturellement écarté , le' Constructeur de la

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future trirème n’ayant pour l'appuyer aucun des textes sur lesquels j’avais édiiié mon hypothèse, et qui étaient pour moi d’un prix inestrmable. Je n’eus pas de peine à lui faire comprendre que son projet , qui promettait d’ailleurs un navire' riche .de bonnes qualités, élégant dans sa forme et propre à une marehe rapide, aurait contre lui la critique des archéologues, qui n’y* trouveraient peint appliquées certaines règles ressortant de quelques textes dont il fallait absolument tenir compte. En homme supérieur, M. Dupuy de Lôme ht bien vite le sacrifice de ses vues, et me demanda d’.ailleurs le temps de se convaincre en étudiant les preuves que j’apporlais, dans mon Mémoire, à l’appui de ma solution; puis le 10 août il m’écrivit un billet que l’on me permettra de. citer ici:

« Monsieur,:’ . ^

. « J’ai achevé hier soir la • lecture attentive de votre Mémoire sur les navires 4 rames des anciens. Déjà, à la suite de notre première con- r vcrsation sur ce sujets j’étais décidé à adop-

ter, pour la trirème que I Etnpereur veut faire construire, la solution d ? un pont couvrant le rang inférieur des avirons. J’ai donc donné tout de suite des, ordres pour l’adoption de celui des deux qilans que je vous ai montrés, qui était conforme à cette solution que vous préconisez comme la plus justifiée par les textes.,'

« Ce que vous m’avez fait l’honneur de m’é* crirej depuis, -sur ta rentrée më parait aussi fort bien établi. Je n’ai doue plus aucun doute sur - la convenance d’adopter j comme plus conforme aux textes, la trirème avec un pont couvert et sans rentrée sensible. .j - , *

« Je suis heureux, Monsieur, de cette circonstance qui m’a procure le plaisir véritable de vous entendre discuter ces questions avec l’autonte que vous avez si justement acquise.

« Recevez, Monsieur, etc.

. i. « Dipcy ite 'Lomé. » • •••.

Cette lettre, si loyale et si courtoise me fit un grand plaisir, moins parce qu’implicitement cité reconnaissait ce que je pouvais avoir de légitime prétention: à la propriété d’une- idée, déclarée applicable ■ — et appliquée en effet au-

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jourd’hui, — que parce quelle me cônfirmait dans la persuasion où j’étais, que j’avais eu le bonheur de trouver une solution pratique à une difficulté depuis bien longtemps envisagée par un grand nombre de savants critiques et de constructeurs ^habiles, et jamais résolue. •• «*

Je demande pardon au lecteur de me montrer moins modeste qu’il ne me conviendrait sans doute de le paraître ; mais qu’il veuille bien se mettre un moment à la place d’un homme, de lettres sans renommée, à qui arrivé l’heur si grand de trouver le mot d’une énigme que tant d’érudits, justement honorés pour leur savoir, la hauteur de leur intelligence, la finesse de leur esprit, cherchèrent en vain depuis la renais-, sauce, et peut-être sera-t-il indulgent pour la faiblesse vaniteuse dont je viens de me rendre * coupable. . . .

Je revis bientôt M. Dupuy de Lomé ; je le remerciai de oe qu’il m’avait fait la grâce' de m’écrire, et me mis complètement à sa disposition pour l’avenir. Je lui parlai d’une foule de détails qui pouvaient contribuer à donnei* à sa* trirème la physionomie antique dont il était si essentiel de la décorer ^ la critique des anti- ’ quaires devant, sans doute, quand cette trirèmé- *

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flotterait, s’exercer sur la poupe, sur la proue, sur le côté, sûr tout enfin. 11 fallait, à mou avis, ne rien négliger pour faire revivre complètement les navires des anciens, dans l’échan- ' tillon que UJEmpereur voulait en donner aux sa* vants de l’Europe. M. Dupuy de Lôme fut tout

à fait de cet avis et me pria de communiquer à M. Mangin* ingénieur chargé de suivre la construction de la galère qui allait s’édifier au chantier d’Asnières, tout ce que j,e pourrais réunir d’informations pour l’œuvre principale, aussi bien que pour la décoration extérieure et intérieure du navire, dont le plan définitif allait être arrêté. Je pe manquai pas de me conformer aux intentions de M. Dupuy de Lôme. J’eus avec M. Mangin une conversation à l’issue de laquelle je rédigeai un petit mémoire où je réunis toutes les notions dont je supposais que l’acquisition pouvait n’être pas indifférente à cet ingénieur.

Le 15 septembre 1860, je -reçus de lui le billet suivant : . ‘ - . ..

Vi l-- . *;• >

Monsieur, •• “ -.‘v • • '

« La lettre que vrous avez! bien voulu pren- . dre la péine de m’écrire contient des renseigne-

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nients pleins d’intérêt et. qui me seront d’une . grande utilité. Je les considère connue mon mdc . ' mm/rn pour les détails de la .construction dont .

je suis chargé., et je vous prie de vouloir bien agréer mes sincères remercîments. ,

« Monsieur votre fils a eu l'extrême obligeance de m’apporter un spécimen de décoration „ pour la maîtresse partie du navire; il s’y révèle un goût parfait et une grande habileté de dessinateur. Mais il est eiticore bien tôt pour son:- . ger à ces détails; d’ailleurs j’ai besoin de prendre à .ce sujet les ordres de M. le directeur du matériel (M. Dupuy de Lomé). Les formes générales sont arrêtées, et c’est déjà un grand point, car nous allons maintenant faii e mar^ cher la construction rapidement.

« Agréez, etc.’ ‘ v ' ;

« Am. VIaxgin »

Le point de départ que je crois vrai une fois admis, le système adopté dans ce qu’il a d’essentiel, à savoir l’emplacement des rameurs du rang inférieur, on peut faire dix plans de trirèmes se ressemblant beaucoup, et ne différant l’une de l’autre que par lés détails dçlongueur-, de largeur

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et de Creux. M. Dûpuy de Lôme a eu d’excellentes- raisons pour. : construire une galère à trois rangs de rames d’une petite’taille : d’abord, le navire qu’il avait à faire étant exécuté à titre d’essai, il importait d’en réduire les dimensions; la trirème devant d’ailleurs naviguer sur les eaux de Paris , il fallait n’en pas exagérer la longueur pour qu’elle pût évoluer sans difficulté p enfin, aù risque d’avoir une oouverte un peu étroité pour l’emplacement des- rames supérieures et le passage ifécessaire au service du navire, entre les deux rangs des rameurs maniant les plus longs avirons, il fallait rétrécir la galère, afin qu’elle pût aisément passer sous tous les ponts, d’Asnières à l’Institut. M. Dupuy s’est donc décidé à donner à son batiment ; • ,

De longueur à la flottaison 39", 25.

De largeur au matlre bau . .7 5", 51).

De creux. ».* . . 2",i8, • '

Il a muni sa trirème de 130 rames et a taillé aux rameurs thranites des avirons longs de 7 mètres 20 centimètres environ. ' ■

Désireux de créer un navire bon marcheur, — on verra dans mqj) projet, que cette pensée ne

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m’a point préoccupé, et que je me suis contenté de supposer ma trirème ne marchant pas mieux . que les galères unirèmes du moyen âge et du dix-septième siècle, — M. Dupuy deLôme àvouluque son bâtiment eût des façons fines ; il n’en est que plus élégant. Ma irirème serait un peu plus largement assise sur l’eau , 'moins gracieuse, par conséquent ; mais je n’ai connu aucun monument qui m’autorisât à prêter aux vaisseaux longs antiques les façons étroites qu’avaient à l’arrière les galères contemporaines de Louis XIV , dont M. Dupuy de Lomé s’est rapproché.

Au moment où j’écris, la construction de la trirème commandée par FEmpepeur n’est pas ■ encore bien avancée; mais ce qui de sa membrure est déjà monté fait connaître que ce vaisseau long sera d’une belle apparence. Tout porte à croire que ce sera un bon navire, et que M. Dupuy de Lomé aura réussi à produire un curieux, noble et complet modèle des vaisseaux

antiques faits pour la guerre.

Voilà connus du lecteur l’histoire du petit ouvrage que je place sous ses yeux, et le premier chapitre de celle delà trirèniC faite par M. Dupuy

cfe Lôuie., deux œuvres qui out d’intimes rapports. Lorsque, pour rendre compte à Sa Majesté de ce que j’avais fait, en exécution de ses ordres, qu’elle m’avait fait connaître Je 2 août, j’eus l’honneur de lui écrire le29 septembre 1 860, je disais *:

« Je suis heureux, Sire, de voir le système que m’a suggéré une étude laborieuse, patiente et faite avec l’ardeur que j ’ai toujours apportée . à mes travaux sérieux, approuvé par un des maîtres de son art, et mis en pratique dans la construction de la trirème qui s’édifie pour Votre Ma*jesté. C’est une bonne fortune bien grande pour un humble archéologue d’assister à la réalisation, materielle de ses idées; cette bonne fortune,, ce sera ma gloire de la devoir à l’Empereur, dont un désir m’a fait surmonter des obstacles qu’on pouvait croire invincibles. Je tremblais d’échouer dans ma tentative; aujourd’hui je crois avoir réussi à faire faire un pas à la question de la restitution des navires antiques, sinon à avoir résolu tous les problèmes qui s’y rattachent. Sans Votre Majesté, je n’aurais. pas osé entreprendre une tâche qui longtemps avait effrayé ma faiblesse; l’Empereur a paru souhaiter que je fisse un effort , je le remercie très-humblement

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(le m’avoir laissé deviner une pensée qui m’a . soutenu et inspiré dans 1’exécütion d’un travail, le dernier sans doute de son espèce que mon âge et surtout ma santé me permettront do • faire. » • • ; .

• Sa Majesté a pensé que la publication de mon Étude sur la marine Contemporaine de Jules César ne serait pas Sans utilité pour les marins, Içs érudits, les traducteurs des historiens et des poëtes anciens , les professeurs des lycées et leurs élèves. Elle a trouvé juste qu’au moment . où, la trirème de M. Dupuy dè Lomé étant mise •à Peau , une discussion naîtra probablement entre les antiquaires français et étrangers sur le système qui a prévalu dans sa construction , je ne perdisse pas mes droits à la priorité de l’idée, et que j’acceptasse en conséquence la plus grande part dans les critiques qu’il pourra soulever. Ellea donc bien voulu permettre qu’un Mémoire, fait seulement pour elle, fut imprimé et livré au public. L’Empereur a daigné faire plus encore : il *a ordonné que l’édition .en fut donnée à ses frais. Je ne saurais dire combien

je suis profondément. reconnaissant et touché de cette marque de harute protection., accordée par

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Sa Majesté à des essais, bien peu dignes assurément d’une telle faveur, et dont le- sujet, qu’ils ont pour but de faire connaître constitue seul l’intérêt. *

Paris, 30 octobre 18G0.

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