‹ La Flotte De CesarChapitre 3 sur 27 · NAPOLÉON III · texte numérisé non relu

NAPOLÉON III

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De quels éléments était composée la flotte de Gésar? J • .

Quelle importance, quelle forme, quelle organisation avaient les navires dont sé servit ce grand homme pour le transport de ses troupes, pour ses voyages et pour ses luttes sur mer contre les Armoricains, puis contre sou antagoniste Pompée?

A la première de ces questions, la réponse est Etoile ; elle l’est moins à la seconde.

Longtemps, pour ma part, , j’ai cru sans solution possible le problème qui à occupé sérieusement, depuis le seizième siècle, des savants très-distinguéS,

mais par malheur ignorants des choses de la marine; des marins très-habiles, mais qui n’ont pu donner à l’érudition aucun moment de leur vie, remplie par les obligations de leur métier. Je n’avaisguère eu le temps de m’appliquer à une étude, trèsintéressante sans doute, mais hérissée de difficultés. Mère de la marine moderne, la marine du moyen âge avait réclamé mes premiers soins ; et, bien malgré moi assurément, j’avais du ajourner, sans terme prévu, l’époque où je pourrais m’occuper de la marine antique, aïeule de la marine actuelle, qui, plus qu’on ne le croit, ressemble à sa grand’ mère, et à ce point même qu’il est impossible de méconnaître leur étroite parenté, quand on regarde attentivement l’une et l’autre.

D’autres travaux m’avaient éloigné de la voie où ma destinée semblait être de n’entrer jamais, huit les obstacles s’étaient multipliés autour de mon désir : une circonstance bien heureuse pour moi. * un hasard singulier qui m’a valu le plus grand honneur que, pût ambitionner un homme de lettres obscur, une bonne fortune inespérée, enfin, m’y ramène et m’impose, — douce contrainte, — le devoir de chercher à deviner l’énigme posée devant la science depuis plus de mille ans, par quelques mots incompris jusqu ici.

Sans préambule, marchons droit au but que j’entrevois.

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jQui, mieux que César lui-même, pourrait ïious parler de la flotte de César? Suivons donc pas à pas l’auteur des Commentaires; écoutons ses récits; rendons-nous compte des faits qu’il rappelle, sans se préoccuper des détails qu’il connaissait parfaitement, et que Cormaissaiënt aussi ses contemporains, pour qui il écrivait ; expliquons certaines choses qui ont besoin d’être analysées pour être suffisamment entendues ; corrigeons les versions inexactes des traducteurs qui mentent au texte de César dans le plus grand nombre des- passages où il est question de la navigation et des vaisseaux * r et notons en passant les noms des navires que mentionne ^historien .

Ce premier travail rapidement fait, venons à un autre plus ardu.- Celui-ci veut une marche lente pour être sûre ; il appelle une critique clairvoyante, minutieuse, sévère des textes et des images qu’ont allégués les savants; il me conduit à un essai de restitution des navires romains propres à la guerre, restitution que. je tâcherai d’élever au-dessus de la. condition douteuse de l’hypothèse, en la faisant pratique autant qu’il sera en moi d’y parvenir.

i Ainsi, deux parties dans cette Etude : l’Histoire et les Navires. . , ' • ** • : V

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L’fllSTOIBE.

César est en Iltyrie ; un message de Crassus lai arrive: les Vénètes retiennent Silius et Vélaniüs qui sont allés demander des vivres pour l’armée romaine à ce peuple, fier de sa position derrière une mer dangereuse, fier de ses vaisseaux, les meilleurs de cet océan, fort de ses allianees avec les petites nations voisines qui le défendent du côté de la terre. César conçoit le dessein de punir l’audace des gens de la Vénétie ; il veut les attaquer sur cette mer par laquelle ils se croient bien protégés. Il envoie l’ordre au jeune P. CrassUs de faire construire sur le rivage de la Loire un certain nombre de vaisseaux longs [naves longm ), de lever, dans le pays, des rameurs qu’on exercera promptement, dé réunir un corps de matelots pour le service des voiles, des timoniers faits à;la manœuvré du gouvernail, enfin-des pilotes

que des navigations fréquentes lé long de la côte oocidentale de la Gaule ont familiarisés avec le Mor Bihan (1) et les écueils qui en rendent l’abord redoutable à, ceux qui le tentent, pour la première fois et sans guides sûrs.

Çaîus est obéi. Sans doute,, en même temps qu’il écrivait à Crassus, il expédiait à Rome un officier chargé d’enrôler quelques bons charpentiers de navires pour diriger l'édification des vaisseaux longs, dont la forme devait être inconnue aux riverains dé la BasserLoire. Quoi qu’il en soit, l’œuvre de la construction marcha vite.; la levée des équipages ne souffrit pas de grandes difficultés, et tout était prêt dans l’escàdre romaine, lorsqu’au printemps César arriva aux lieux où était réuni cet appareil natal.

De leur côté, les Yinètes s’étaient préparés à la guerre; ils" avaient muni leur y navires de tout ce qui pouvait leur être nécessaire, et les avaient réunis en une seule flotte* dans les eaux de Vannes.

. Le commandement des vaisseaux romains , auxquels étaient venus se joindre des navires qu’avaient pu fournir les Poitevins, et les autres petites nations maritimes qui vivaient en paix alors avec les conquérants, fut confié à D. Brutus, malgré son jeune ' âge, ou peut-être ù cause de sa jeunesse qui le rendait propre aux entreprises aventureuses. Brutus

(1) Mer petite (celto-bretoti).

monta le vaisseau qui portait l’enseigne, marque de son commandement, pendant que César allait aux Vénètes avec les gens de pied qu’il menait par terre. Contrarié par les vents d’ouest et de nordouest, par une mer agitée et dure qui venait du large, par des marées fortes qui le portaient tantôt dans l’Océan, tantôt sur un rivage dénué de ports où se réfugier au besoin, Brutus lutta durant quelques mois d’été contre la nature, plus terrible que ne pouvaient l’étre les hommes qu’il cherchait sans les pouvoir rejoindre. . . - ,

A la fin, cependant, la flotte armoricaine fut aperçue par les bâtiments légers que Je préteur avait lancés à la découverte. Cette vue produisit une surprise indicible aux Romains, qui ne connaissaient encore que par ouï-dire les navires vénétiens. On leur avait bien appris que ces navires , très-élevés au-dessus de l’eau, étaient entièrement construits en bois de chêne et liés par tjes baux (1), d’un pied

(I) Transtra, poutres allant d’un côté à l’autre du navire pour en retenir les murailles. Les constructeurs français leur donnent le nom de baux, d’après les Allemands qui les nomment baxnnen (angl. bcarns, angl.-sax. bycma). Dans les premiers navires ii rames non pontés, les transtra furent à la fois baux et bancs pour les rameurs ; quand les navires furent couverts d’un pont, les transtra ou baux servirent d’appuis à cette couverture, et les bancs qu’on établit sur le pont conservèrent lè nom qu ils avaient de transtra. C’est dans le sens de francs que Virgile a employé six fois ce terme (1. III, v. 289; I. IV, v. 573; I. V, v. 136, 663, 752 ; 1. X, v. 306). Certains traducteurs des

LA FLOTTE DE CÉSAR. u

tl équarri&sage , tenus aux membres latéraux par des clous en fer gros d’un pouce ; mais ce qu’ils voyaient était bien au-dessus de l’idée qu’ils s’étaient faite de ces masses flottantes.

Que pourrait, sur les flancs épais de ces bâtiments, l’éperon d’airain dont était armée la proue du vaisseau long, relativement si faible, si fragile, si peu hors de l’eau, et dont la tour, dressée à l’avant, sur le pont antérieur au premier banc des rameurs, n’arrivait pas au niveau du plat bord du vénète, si étrangement enhuché (1)? Si les navires élevés avaient l’avantage de la hauteur et de la solidité, les vaisseaux romains avaient ceux de la légèreté, de la vitesse; et puis, quand les armoricains ne pouvaient aller qu’à la faveur du vent, les navires de Brutus pouvaient se servir, suivant l’occurrence, de la voile ou de la rame : ; de la voile, pour aller à l’ennemi si .le vent ne leur était pas contraire ; de la rame, pendant l’action, pour manœuvrer entre les vénètes, qui ne marchaient, eux, qu’au mojen de peaux de bœufs amincies par un instru- .. •

( ommentaires se sont trompés en supposant que César voulait pailer ici des bancs des navires vendes : ces vaisseaux n’étaient point batiments à rames; leurs transira étaient des baux. Le mot transira, — je ne vois point que Iranstrum, très-naturel et trcs-necessaire cependant, ail été employé par les auteurs, -

vient du verbe « transite, traverser,» j’ai à peine besoin de le aire.

(0 l” ch, è leyé* en cello-breton. . " . .

MARINE ANTIQUE, ment de silex ou dé fer (1), surfaces lourdes et solides, tenant lieu aux Gaulois de la toile de lin (< carba sus) (2) que les navigateurs de la Méditerranée ouvraient au souffle de Favonius ou'd’Auster.

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