MAKlNKANTlQLe
Pendant les quatre jours dont nous venons de parler, qu’avait fait César? Arrivé devant une plage unie et ouverte, et la serrant d'aussi près que le. permettait le tirant d'eau des vaisseaux ronds qui portaient ses troupes, il tenta de. débarquer. Mais lo terrain lui fut disputé par les Barbares. Ceux-ci, contre les soldats romains qui se jetaient à la nier cuirassés, portant leurs armes à la main, et ayant de l’eau jusqu’aux aisselles, lancèrent leurs chars de guerre et leur ça Valérie. Pour protéger ses troupes, César lit avancer les vaisseaux longs à droite et à gauche de la ligne des transports, et les chargea d'inquiéter les flancs découverts de l'ennemi. Les pierres lancées par les frondes, les traits jetés à la main, les flèches parties des arcs, mirent le désordre parmi les Bretons qu’avaient étonnés et troublés déjà le bruit des rames et la vue de navires de guerre dont l’espèce leur était inconnue. ■ . . .
C’était peu que ce secours envoyé par le général à ses gens. L’ennemi ne lâchait pas pied. Ses soldats le trouvaient encore ferme et fortement opposé au mouvement qui se produisait de la mer à terre ; César lit préparer les esquifs des vaisseaux longs — chacun avait le sien pour les communications avec la terre et pour le serviçe du bord — ainsi que les bâtiments légers qui servaient pour aller à la découverte et pour porter les ordres (sçaphas lonyarum iiavium, item speculutoria naciyia) x et les
■ LA FLOTTE ÜE EKSAR.
remplit de sbldàts envoyés pour balayer la plage et faciliter le. débarquement* Ces hommes , quand ils eurent touché le sol, firent une attaque d’ensemble, pendant laquelle les légionnaires purent descendre au rivage, se grouper, combattre, battre, chasser les Barbares et rester maîtres d’un champ de bataille vivement disputé. La paix fut le prix de cette journée difficile. (Bell. GaU . , 1. IV.)
César ne put se rembarquer immédiatement.
Pour mettre à l’abri des accidents ses vaisseaux longs, il les avait fait tirer à terre (ni aridum subduxerat ) ; mais on ne les avait pas- montés assez haut. La grande marée de la pleine lune qu’on n’avait point soupçonnée, et dont Bretons et Cau*lois, toujours secrètement hostiles, n’avaient point averti Brutus, apparemment, remplit d’eau ces navires. Le vent qui poussait cette marée était trèsfort et plusieurs des bâtiments de charge fixés par l’ancre au rivage eurent beaucoup à souffrir de sa violence inattendue. Quelques-uns furent portés sur lu “grève et brisés par le choc; d’autres perdirent leurs ancres, leurs agrès, et furent réduits à un tel état de délabrement qu’on les jugea désormais impropres au service qu’ils avaient rendu pour le passage du détroit. Cependant ou n’en avait pas d’autres, et ce n’était ni le temps ni le lieu d’entreprendre des constructions nouvelles. On manquait même de moyens de radoub. On manquait aussi
de blé pour un hivernage dans l'ile Britannique. César envoya des navires, en assez bon état, dans les ports de la Gaule, avec mission de rapporter des vivres et tout ce qu’il fallait pour réparer les bâtiments avariés, à la reconstruction . desquels on appliqua d’abord le bois et l’airain des vaisseaux défoncés qu’on ne pouvait relever. Tout le monde- se mit à l’œuvre, charpentiers, matelots, soldats, et bientôt la flotte rétablie fut en état de repasser la mer.. Douze navires seulement étaient perdus.
Après un certain temps rempli par des combats qui ne sont pas de notre sujet, l’équinoxe d’hiver approchant, César jugea. prudent de profiter du premier beau temps pour ramener son armée, sur le continent. Le voyage fut heureux et court; seulement deux bâtiments de charge ne purent suivre, les autres et allèrent chercher un port au pays des Morins. Ces navires portaient environ trois cents soldats ( milites circiter ccc., dit rhistorien de la campagne), ce qui, en moyenne, fait cent cinquante hommes par navire, nombre supérieur à celui que plus haut j’ai supposé être celui des combattants embarqués sur les encrai res.
César va passer l'hiver en Italie, suivant sa coutume. Avant de partir, il pourvoit au rétablissement
de son matériel naval dont il aura besoin pour reprendre sa guerre contre les Bretons. Ses lieutenants ont ordre de -faire réparer les navires que deux passages ont fatigués, et d’en construire d’autres dont il détermine la forme et les proportions.
11 veut, disent les Commentaires, qu’on les fasse — c’est de. navires de charge et de -transport qu’il s’agit seulement- — un peu moins hauts sur L’eau qu’on 11e les fait dans la Méditerranée, afin qu'on les puisse plus aisément charger et tirer à sec sur le rivage. Il veut qu’on les fasse un peu plus larges quo 11e le sont ceux de la même espèce dont on se sert sur l’océan romain, afin d’y pouvoir loger plus commodément les chevaux: Il entend surtout que tous soient navires actuaires , c’est-à-dire pouvant se .. servir de la rame aussi bien que de lu voile, ce que leur peu de hauteur doit rendre facile.
Ces. prescriptions de César sont fort sages, et l’on en comprend très-bien l’importance; mais il est, parmi les motifs qui déterminèrent le réformateur des navires actuaires usités dans la Méditerranée, une raison que j’avoue en toute humilité 11e pas 'comprendre. Les Commentaires disent : « Paul» facit hioni tiares >r (les navires qu’il prescrit de construire) « uleo guod , propter croîtras commu-* tationcs œstuum minus ma /j nos ibi » (dans l’Océan)
« fluctus færi cognouerat ; » «, parce qu’il avait reconnu que les fréquents changements des marées
ici MAH1NK AXTJQl ï.
faisaient les vagues moins grandes diins la mer des Gaulés qu’elles ne le sont dans la Méditerranée. » 11 semble que le contraire serait plus vrai. D’ailleurs, comment accorder cette observation, en vertu de laquelle César prétend- qu’on fasse les actuaires relativement peu élevés, parce que lés lames d’un océan soumis à l’action du flux et du reflux sont moins hautes, moins dangereuses par conséquent pour le petit navire qu’elles battent, que celles d’un océan sans marée; comment accorder, dis-je^ cette observation, avec cette remarque inspirée à César par la vue des gigantesques vaisseaux véuétiéns :
« Leurs navires, un peu plus plats que les nôtres, et par là devant naviguer plus aisément sur une mer peu profonde et souffrir moins quand le' jusant venu les. laissait à sec, avaient des proues 'trèsélevées et des poupes très-hautes aussi pour supporter l’effort des grandes lames et des tempêtes [prurœ admoclum erectœ , atque item puppes ad inqgnitudinem /lue tu uni tempestat unique acconimodatœ) »? Les commentateurs n’ontpas été frappés de cette contradiction qui m’arrête et que je ne saurais expliquer. Mais passons. v
7 César est de retour au port Itius. L’auteur des Commentaires dit qife César, revenu d'Illyrie, a
' LA- FLOTTE DE CtfSXR. ' 4Î
trouvé vingt-huit vaisseaux longs et erivironrsix céntâ actuaires faits sur les données qu’il a laissées à ses lieutenants. Sos vaisseaux -sont rassemblés, sa Hotte est prête; il lui manque seulement quarante navires construits sur la Marne et venus de Meaux (?) par la Seine jusqu’à la mer, où une tempête les a contraints de chercher un refuge dans les petits ports voisinsde l'embouchure du fleuve. -On ne les attendra, point. On embarque cinq légions et deux mille cavaliers; on se hâte, mais ce n’est point l’ affaire d’un jour. Les hommes entrent assez vite dans les navires qui doivent les transporter; * les chevaux s'introduisent plus difficilement dans les actuaires dont les entre-ponts sont transformés en écuries où chaque animal doit avoir sa place justement mesurée. Il faut à l’infanterie deux cents navires de transport, aux chevaux deux cents actuaires, en admettant qu’en moyenne chaque actuaire recevra dix chevaux et chaque onéraire cent vingt-cinq hommes. Les actuaires porteront sur le pont les rations de deUx jours au moins pour les chevaux, et dix cavaliers qui aideront les rameùrs pendant la traversée (f). Le reste des approvisionnements, vivres; fourrages, armes, machines de guerre, est réparti sur les deux cents actuaires, dont le nombre considérable prouve la petitesse.
(I) Op verra plus, loin comment devaicut être armées de rames et emménagées les actuaires fiippagogues.
Le préteur avertit Gcsar que le dernier homme et le dernier cheval sont 'aux postes qui leur ont été assignés , et le chef de l’entreprise donne le signal , du départ. Au coucher du soleil, 1 Ancre levée, on ouvre la voile oblique à un petit vent du, sud-ouest {leni A frico) qui tombe pendant la nuit et livre sans défense, au courant de la marée montante, les navires écartés de là cote où ils tendaient. Au point du jour, la Hotte, à mi-canal, voit it sa gauche et loin d’elle la terre dé Bretagne dont le jusant va la rapprocher. La mer est calme et la marée etalc. Le reflux se dessine bientôt; ordre est donné aux équipages de prendre les rames et de nager vigoureusement. Tout le monde se met aux avirons, et les vaisseaux de transport ne le cèdent guère en vitesse aux Vaisseaux longs, bien plus légers et mieux faits pour la marche. On arrive sans trop de retard et l’on s’établit -sur la plage connue.
César marche tout de suite à l’ennemi et laisse^ C>. Atrius Je commandement, des navires mouillés près du rivage. Il était écrit au livre des destins que les vaisseaux de César ne pourraient trouver le repos sur une mer tranquille. La tempête s’élève comme au premier voyage; la mer s’enfle^ se soulève 4 rompt les câbles , brise les ancres et jette la flotte sur les roches et le sable de la côte. Les Romains sont, une fois encore, sans moyen de retraite immédiat, éi les chances dé la guerre les contraignent à la fuite.
JC ■-*!..
'wf . •Digîtiza
Averti du désastre qui vieut d’anéantir une grande partie de ses vaisseaux , César arrête l’élan de ses troupes et vient juger par ses yeux de l’état des choses sur la plage. 11 prend tout de suite son parti. S’il a perdu quarante navires, le reste, bien que fortement avarié, peut servir encore, après un intelligent radoub. D’abord il fait tirer à terre, établir sur des béquilles les vaisseaux qu’on devra réparer, et, tout autour de la place où sont montés ecs survivants du naufrage, il fait creuser un large fossé, dresser des palissades, organiser enfin un camp retranché qui servira à garder tout à la fois contre les surprises de rennemi le chantier de réparations et les troupes préposées à la garde de ce castrum navale ({}. [Bell. Gai/., 1. Y.).
Laissons César revenir de la Bretagne/ avec quelques prisonniers, seul fruit, pour le présent et l’af venir, de deux expéditions coûteuses.; laissons -le .continuer son œuvre, et, d’un pas, allons l’attendre devant Marseille, où Domitius est entré avec sept ac -
(1) Tite-Livc, 1. .XXX, nomme : « navalia castra » ces enceintes demi-circulaires dont 1rs deux extrémités venaient au rtvage de la mer, et que Cornélius Népos nomme « castra nautica », cbap. vu et xi. f • . ■ . • v - «•: •
tuaires (les traducteurs disent « sept galères » et se trompent)" qu’il a prises de force à leurs propriétaires habitants d'Jgilium et de Cosanum.
Marseille s ; est déclarée pour Pompée. Elle a appolé à son aide les Albiceg, montagnards grossiers, ses voisins et dès longtemps ses alliés. Elle munit ses remparts, et .se hâte d'armer ses navires. César, qui ne peut convaincre les Marseillais de l'intérêt qu'ils ont à servir sa cause, se dispose de son .côté ù la guerre. Il s’établit devant la ville; mais il lui faut une marine pour fermer le port et isoler la cité , investie de tous côtés, excepté de i celui de la mer.
Il envoie à Arles et demande qu’on lui fasse promptement des vaisseaux longs au nombre de vingt-deux. Les charpentiers se mettent à l’œuvre, et, trente jours après celui où le premier bois a été coupé pour là construction de ces navires, Marseille voit arriver, rostres, munis de leurs rames et de leurs mâtures, et armés de l’éperon pour la lutte qui va commencer, les vingt-deux bâtiments, que César met sous le commandement de Brutus.
Vingt-deux navires faits et gréés en trente jours! Ce résultat, qui dut satisfaire César et l’étonner peutêtre un peu, nbus semble" témoigner d’abord de l'excellente organisation des chantiers qui avaient réuni dans la ville d’Arles un nombre immense d'ouvriers; ensuite, des dimensions médiocres de ces navires si promptement achevés. L’événement
LA FLOTTE DE LÉSA li.
prouva que c était aux dépens de la perfection qu’on achetait cette promptitude qui avait pu frappef les Marseillais. Les conditions de vitesse et de légèreté avaient été négligées d’une manière bien fâcheuse, dans ces constructions si hâtées. D. Bru tus put s’en convaincre le jour où , sortant d’IIypæa (If), port de la flotte romaine, il marcha contre Marseille dont l’année navale s’était accrue, depuis quelques semaines, de dix-sept Vaisseaux longs:, onze desquels étaient pontés ■ (naves tcctœ) (1) , et d une multitude de petits navires, essaim plus incommode que dangereux, que Domitius avait imaginé de lancer en avant , autant pour embarrasser les Césariens que pour les effrayer.
(1) Les critiques ne sont pas d’accord sur le sens des mots tect.r, constratæ et cataphractæ appliques aux navires. Les bâtiments à rames, je parle seulement de ceux qui avaient un seul rang d’avirons de chaque côté, étaient pontés ou non pontés, ouverts ou couverts, suivant qu’ils étaient prandtou petits. Les grands avaient un pont de bout en bout, tes moindres en avaient quelquefois, les petits n’en avaient point d’ordinaire. Il en fut ainsi, depuis l’antiquitejusqu’au dix-huitieme siècle, dans les navires de la famille des galères. Les galeres, proprement dites, avaient un pont sur lequel étaient établis les bancs des rameurs ; les galiotes étaient pontées ou couvertes quand elles étaient un peu grandes, ouvertes quand elles étaient petites. Les brigantins et les frégates n'avaient pas de pont. Le nom de la frégate disait assez qu elle était sans couverture ou aphracte. La frégate s'est bien développée; grande à peine comme le grand canot d'un vaisseau de ligue au seizième siècle, clic est- aujourd hui de taille â porter soixante ca nous. • • ' ' • . ^
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Brutus avait contre lui le nombre, et il apprit bien vite que Domitfusr avait sur lui un autre avantage. Les navires de Marseille étaient d’uno rapidité qui, secondant l’habileté de leurs capitaines et de leurs timoniers, leur assurait, dans les évolutions, une action supérieure. Ils pouvaient éviter le choc des éperons romains , contourner les vaisseaux de Brutus en les accablant de traits et de projectiles , et, chose non moins importante, passer assez près de leurs rames pour les briser. Les bâtiments qui . combattaient pour César, montés par des rameurs et des timoniers qui n'avaient point l’éducation des timoniers et des rameurs élevés sur des navires de guerre, et qui, tirés à la hâte des vaisseaux ronds, né connaissaient même pas le vocabulaire de la marine à rames, ces bâtiments n’avaient pour eux que les chances de l’abordage. Les Albices étles pâtres féroces que Dorrtitius avait jetés sur ses navires étaient redoutables sans doute; mars Brutus avait mis sur les siens des soldats choisis dans les pre- * miers rangs des légions de César, soldats forts, habitués aux combats, bien armés d’ailleurs, et qui rendaient égale une partie que Domitius ne croyait pas douteuse. ’ 'a* Jfc *
Les Marseillais, jugeant, après le premier quart d’heure du mouvement en avant de l’une et de l'autre Hotte, que les vaisseaux de Brutus étaient inférieurs aux leurs à cause de leur poids et de leur mauvaise
nuirche (y ravi ta te et tarditate impcdiebantue )., prirent le parti cpie les Romains avaient pris dans leur conflit avec les Yénètes; mais cette tactique leur réussit beaucoup moins bien qu’aux adversaires des Gaulois. Plusieurs navires marseillais se réunirent contre un seul vaisseau de Bmtus , et ainsi se forma un certain nombre de groupes qui ne se désunirent plus qu après la victoire. Aussitôt qu'un des Phocéens accostait un Césarien,. celui-ci lui jetait ses grappins tenus par des chaînes de fer et se l’attachait si bien que la retraite devenait impossible (1).
(I) Les Grecs et les Latins appelaient les.grappins : « mains de fer,» comme on le voit chez Sextus Julius P cou tin, livre H, ch. 111 , des Stratagèmes ; chez Lucain, liv. 111, v. 035; chez p'iorus, liv. II, ch. 11 . Outre la manus ferrea et la tnànica , dont les noms semblent dire que ces espèces de grappin avaient quatre ou cinq doigts crochus, les anciens possédaient le harpon, « harpago, » qui était, peutêtre, un croc simple comme est celui d’une gaffe, peut-être aussi un système de quatre crocs , comme est le grappin moderne dont je donne ici deux figuras.
Dion, liv. XXIV, Pline, liv. VU, Tjte-Livc, liv. XXXV11, Quinle- Curcé, liv. IV, parlent de ces harpons, aussi bien que César, qui dit : « Mamis fer iras atquc harpagones paraverant. « Les harpons étaient emmanchés à des pièces de bois plus ou moins longues, et servaient comme servent aujourd’hui les gaffes dans les embarcations. Les mains de fer étaient attachées à des chaînes et lancées de loin sur les
S4 ; ' MARINE AXT1QIE.. -
Alors un champ de bataille flottant était constitué •
et la lutte devenait ce qu’elle aurait été à terré. Les légionnaires de César eurent partout l’avantage dans
navires qu’on voulait aborder; ainsi sont attachés aujourd’hui les grappins d’abordage. Luc&in dit, liv. III, v. 465: -
« Ast alias manicæqùe ligant, terctesque Catenæ ;
• ' « Seque tenent remis, tecto stetit æquore bellum. •
Le dernier de ces vers parait n’avoir pas été bien entendu par un des traducteurs de la Pbarsak, qui l a rendu ainsi :
«• Les rames s’embarrassent ; la Hier n’est plus qu’une surface où l’on combat de pied ferme. »
Voici ce que le poêle voulut faire comprendre à ses lecteurs : Quelques-uns des navires s’attachent à leurs adversaires par des grappins et des chaînes; les rameurs saisissent les avirons de leurs adversaires, s’y cramponnent et en font une sorte dep!an<cher allant d’un vaisseau à l’autre. Alors, sur la mer couverte par des ponts, la guerre a lieu, -non plus à la course; elleehntinuede navire ferme, si je puis- parler ainsi, en empruntant sa qualification au combat de pied fermé. ' - *• . '7 -/
Le corbeau (corvtis) était une machine de la famille desgrappins. Tout ce<iu’on peut tirer d’une longue et assez peu intelligible description donnée par Polybc de cet instrument, et aussi de quelques autres indications peu précises fournies par Plutarque et Florus, c’est que le corvus était fait d’un fer à trois angles et pointu, recourbé comme un bec de corbeau. Sa masse était sans doute considérable: A «la partie opposée à la pointe
était un anneau où se fixait une chaiuc t Une machine, batiste
ou autre, le lançait de haut et de loin sur le navire ennemi ; il y pénétrait par sa pointe, que le poids du fer enfonçait profondément dans le bois du ponf; et, quand il ne s’y piquait pas, ii produisait seulement l’effet d’un lingot et brisait le navire » l’endroit où il tombait. Duillilis inventa, dit-on, un corbeau les Tyrtens en imaginèrent un autre. En quoi dtfféraient-Hs? ll est difficile de-le savoir. . - v --... , . *'
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ces terribles mêlées; un grand nombre d’Albices et de pasteurs fut tué; plusieurs des navires de Dom kilts furent coulés ou pris , et Marseille perdit neuf vaisseaux , le reste ayant pu échapper, par la fuite et étant rentré dans le port. {Bell, civil., h l" r .)
i 'Çf '~i
ArnUous-nmls ici un moment; Si l'auteur des Comment o ires parle du poids et de 1a marche lente des navires de lîrutus, s’il dit que leur défaut de légèreté et de vitesse tenait à ce qu’ils étaient faits de bois vert ( facUCenim snbito ex hvmidu mater ia ), il ue dit point que leur infériorité dans la manœuvre tint à leur grande dimension , à leur élévation sur l’eau. Comme, ailleurs, et nous le verrons bientôt , il cite des trirèmes, des quadrirèmes, des quinqué-' rèmes, et, plus humbles, des birèmes, il est bien évident qu’il n’y avait , an combat de Marseille, ni birèmes, ni vaisseaux longs plus importants ; tout se passa avec de simples navires unirèmes, les uns découverts et d’une longueur médiocre , les autres pontés et bastingués, et d'une grandeur qui était pro- ’ bablement à peu près eelle des galères du seizième et du dix-septième siècle, que tiraient vingt-cinq ou vingt-six rames de chaque côté. Il faut donc rejeter,
5fl MARINE ANTIQUE. •
on ce qui touche au combat de Brutus contre Dorai tros,-. le texte de Lucain au troisième livre do la Pharsale. L’auteur, abusant du droit qu’Horaee reconnaît aux pactes de tout oser, suppose que la Hotte césarienne était composée do navires à deux, trois, quatre et cinq combinaisons de rames, et, comme si ce n’était pas assez, il monte Brutus sur un navire qui avait une combinaison sextuple de rames, cel sioreunciis prœtoria puppis ver ber i bits seuis (acta). Ici j’aurais pu me servir du mot ratuj pour me conformer au langage reçu ; on verra plus loin ce qu’il faut entendre par les h valida: trirèmes, quasque quatuor surgens exstrueti remigis ordo tommovet » de Lucain, mal instruit certainement des faits et peu soucieux d’une vérité prosaïque; de Lucain, march;uit appuyé sur une tradition qui lui grandissait singulièrement les objets et plaisait au poète coloriste. Entre cet écrivain, qui recueille des souvenirs altérés déjà par le temps, et César, qui raconte sa propre histoire et dont la mémoire doit être fidèle, qui pourrait hésiter?
Mais revenons -à Marseille, où L. Nasidius, qui y arrive envoyé par Cn. Pompée, amène dix-sept
. LA FLOTTE DE CfiSAR. ST
navires, dont un petit nombre- seulement étaient armés du rostre d’airain, pointe de' cette flèche flottante qu’on appelait le vaisseau long. Pourquoi tous ne sont-ils pas munis de ectte arme d’attaque? G’est qu’appuremment ceux qu’on n’en a pas pourvus sont navires de transport. Les Marseillais, les Grecsi, comme les appelle l’auteur de. la Pharsale (Grait), ' ont réparé autant qu’ils l’ont pu les pertes faites dans le combat que lions avons raconté. ILs ont radoubé de vieux navires relégués au fond de leur arsenal maritime, et les ont armés avec le plus grand soin. Ils ont requis, tout le long de la céte, les barques des pécheurs, et les ont couvertes, autant pour en mettre les rameurs à l’abri des coups, que pour fournir un plancher aux archers et aux machi - ' „
nés à lancer des traits. L’escadre marseillaise sort par un bon vent et va rejoindre à Tauroenta (?), où elle attend Nasidius, qui a persuadé aux gens de Marseille de tirer vengeance de leur défaite.
Brutus quitte son mouillage avee sa flotte artésienne augmentée de six navires pris sur les Marseillais et récemment réparés; il va à l'ennemi qui le reçoit bravement. Les vaisseaux de Brutus manœuvrent moins bien que ceux de Marseille : au lieu de se tenir sur une ligne serrée et de s’avancer de front sans se désunir, ils s’écartent, par l’inhabileté des timoniers qui font de fausses routes ; ils ouvrent aux Domiticns des créneaux où les navires
•V8 MAHIN'È tVPrTJQUE. *■
légers se précipitent, criblant de traits les Romains qui ripostent de leur mieux. Quand un vaisseau marseillais est accroché par les mains de fer d’un romain, aussitôt plusieurs vaisseaux de Marseille accourent pour lui prêter aide et réduire l’abordeur. Un seul incident remarquable signale cette journée : Deux navires trirèmes* — c était sans doute deux vieux bâtiments qui inavaient point figuré dans la première affaire et que- Marseille avait ressuscités par un radoub, — deux navires trirèmes, ayant reconnu à son enseigne le vaisseau de Brutus, vont à lui, l'un d’un côté, I-atutre de l'autre, espérant le broyer entre leurs masses fortement lancées par leurs avirons. Ils courent sur la mer, présentant leurs rostres aux flancs sans défense de Brutus, qui, devinant leur intention, les laisse approcher jusqu’à une certaine distance, puis* excitant tout d'un coup ses rameurs obéissants, leur échappe par un mouvement forcé des rames et les voit bientôt se heurter l'un l’autre, et briser, celui-ci son éperon, celui-là l'œuvre morte de sa proue. Pendant qu’ils tâchent de se dégager, des navires césariens accourent et les. ont bientôt coulés bas.
Remarquons-le : dans son récit, César, qui nomme les trirèmes pour la première fois (1), dit que les-
(I) Au li.v. II, parng. 23 de la Guerre civile , le nom « (rireinis >. se trouve pour la seconde fois sous le style de César. L’auteur des Commentaires racoute que Q. Curion, passant de Sicile .
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‘LA. PtOTTE DE CÉSAR.
naves tri rentes duo qui ont remarqué le vaisseau de 1). Bru tus, l’ont reconnu, non à sa grandeur, h sa taille, à sa forme particulière, mais à son enseigne (cj ç. insigni facile (Hjnosci poterat), ce qui démontre bien que le préteur de la flotte romaine montait un vaisseau ordinaire, sans doute une unirème éperonnée.
Nasidius, qui commandait l'aile gauche de la flotte marseillaise, ne donna que faiblement et se retira promptement du champ de bataille sans y laisser même blessé un de ses bâtiments. Marseille perdit dix vaisseaux: cinq coulés, quatre pris, et un qui, avec Nasidius, alla chercher la côte d’Espagne.
Ainsi linjt la seconde bataille des Césariens cou-
en Afrique avec deux légions et cinq cents chevaux, n’aborda à Aquilaria (le cap Bon?) qu’après deux jours et trois nuits de navigation ; ce qui, pour le dire en passant, prouve ou qu'il fut contrarié par les vents, ou que son convoi était composé de navires de charge d une marche bien lente. L'historien ajoute que L. César le fils, qui était à Clvpæa avec dix vaisseaux longs, effrayé à la vue de la flotte de Curion, gagna la terre avec la trircma constrata qu’il montait et s’enfuit à Adrumète, à pied, après avoir abandonné son navire qu’il avait échoué sur le rivage. Le reste de ses vaisseaux gagna le port d’Adrumète, et lorsque M. Rufus, questeur de l’escadre de Curion, qui l’avait poursuivi à la tête de douze navires de guerre depuis leur départ delà Sicile, vit celte trirème abandonnée, il la fit attacher à une remorque et retourna avec celte prise aisément faite au port d’Aquilaria. La triremis constrata était non-seulement pontée, mais elle portait encore un parapet qui mettait ses rameurs d’en haut à l’abri des coups de l’ennemi et servait de théâtre aux soldats.
tre les partisans de Pompée, qui ne furent plus tentés de courir la chance des combats sur mer, et Se décidèrent à se donner à Gésar. Domitius, honteux, et ne voulant pas entrer dans la capitulation qu’on préparait, choisit un jour de gros temps, sortit de Marseille suivi de deux navires chargés de quelques amis, et se fit chasser par les vaisseaux romains qui gardaient ù l’ancre l’entrée du port. Un de ces gardiens s’attacha au petit navire qui portait Domitius, mais ne put l’atteindre. Les familiers du général pompéien, pressés par les autres, revinrent au port et firent leur soumission avec la ville qui, livra ses trésors, ses armes et ses vaisseaux. ( llell . civil . , 1. IL)
César a quitté Marseille, que le courage de ses habitants n’a pu sauver du malheur d’une défaite. Il a franchi le Rubicon , et devant lui s’enfuit Rome à la suite de Pompée, qui s’arrête un moment à Brindes. César l’y aura bientôt rejoint ; bientôt aussi il aura traversé l’Adriatique pour chercher son rival qui, avec une flotte immense, aux ordres de Marcus Bibulus, a porté sur le rivage macédonien ce qui reste de la République romaine. Gésar n’a qu’un petit nombre de navires de charge,
à peine ce qu’il en faut pour embarquer sept -légions. De navires faits pour la guerre, il n’a que douze vaisseaux longs, dont quatre seulement sont munis de renlparts et couverts d’un pont (duodecim nqves lorigas in qui bit s erant. comtr atm quatuor). 11 n’hésite cependant point, au risque de se voir la route interceptée par Bihulus; il compte sur sa fortune, et, le 4 janvier, lève l’ancre. Le surlendemain, sans avoir perdu un navire, il touche la côte de l’Epire, près des monts Cérauniens. Il renvoie ses vaisseaux à Bl indes pour y prendre la partie de l’armée qu'il attendra avant d’entrer en campagne. Mais^Fusius Calenus, qu'il à commis au soin de ce passage, part trop tard, ne met point à profit une brise de nuit qui, soufflant de l’est, devait le pousser rapidement à la côte d'Italie, et rencontre une division navale conduite par Bibulus. Celui-ci lui enlève qunraute onéraires qu’il croyait chargées : elles étaient vides. Cette déception jette le préfet de la flotte de Pompée dans un accès de colère puéril et barbare. Au lieu d’emmener ces bâtiments à Corcyre, il les brûle en pleine mer, et, avec eux, les matelots et les capitaines qui lés montent, espérant par cet acte violent inspirer aux Césariens une terreur Salutaire. Ce n’est pas la seule action de ce genre qu’on doit reprocher à Bibulus.Un vaisseau parti de Brindes avec Fusius, qui, lui, était rentré au port, ayant reçu de César
«2 ' mamne ANTIQUE,
l'avis que les uavires Pompéiens couraient les eaux de la mer Adriatique ; uiv yaisseau qui, .ne portant peint de troupes, et, appartenant à un particulier, devait être traité comme un bâtiment neutre et maître de sa navigation, fut pris par Bibulus et brûlé sans pitié aussi, bien que les hommes libres, les esclaves et les eufants qu’il portait ; voyageurs malheureux qui avaient d’abord recherché l’escorte de Calenus et s’étaient fiés, malgré ses ordres, an privilège qui les devait protéger.
Maître de la mer, Bibulus était pourtant dans une position difficile : César lui fermait la terre. Bien gardés , tous les points de la côte étaient interdits aux navires, dont les équipages souffraient par le manque de bois et d’eau potable. Aucun. vaisseau ne pouvait approcher des rivages-et s’y ancrer. Les choses en vinrent à ce point, pour les marins pres r sés par la soif, qu’on fut obligé de recueillir la rosée des nuits dans les peaux qui couvraient les navires « ex peliibus quibus erant textœ napes (1); »
(1) Cescuirs mjnccs et souples servaient de tentes aux hommes
qui couchaient sur les bancs des rameurs et sur le pont ; ris abritaient du froid et de l'humidité ceux que leurs vêtements ne garantissaient guère des intempéries, pendant le temps du repos. Les tentes étaient établies toutes les fois que les vaisseau* à l'ancre ne devaient pas appareiller bientôt. Au moyen âge, les tentes de cuir furent remplacées par des abris faitsd’un gros drap de couleur brune nommé arbasHs dans le bas latin, .et, en vieux fiançais, erbage au herbage. V. Gloss, nautiq., arts. J fermage et Tente, et, à la fin de celte étude, le Post-Schiptoii. . 1
LA FLOTTÉ DE ŒÿÂR. '•• 03
BibuluS» mourût de l-’excês de la fatigue et du froid. Un de ses lieutenants partit d'Orique avec cinquante vaisseaux, et fit toile pour Brindes où il s'empara d’une île voisine de ce port (T île du Lazaret et -du Fort dé mer, dont le nom antique noys ' est inconnu); il voulait se trouver suV la route que devaient prendre nécessairement les navires de César et leur couper le chemin. Ceci valait nrieùx que lé blocus de la Côte d’Epire et de Thessalie. Arrive à F improviste, il surprit et. brilla quelques transports, et' prit un bâtiment chargé, de blé : bonne •aubaine pour lui, perte sensible pour César.
Antoine était à Brindes. A soixante esquifs appartenant aux plus grands navires, il fit adapter des* parapets et des claies pour les fortifier , puis leur' donna de petites garnisons d’hommes d'élite et les envoya faire le guet près de la côte. «Ensuite,- sous le prétexte apparent d’un, exercice pour les rameurs, il lit sortir de Brindes deux trirèmes (nares tri renies duas ), auxquelles Libon opposa tout de suite cinq quadrirèmes. Les trirèmes se retirèrent,
se firent suivre en nageant modérément, et atti- < rèrent près de l’entrée du port les quadrirèmes * . .
imprudemment emportées par la fotig.ue de. Leurs rameurs. A ce moment,- les esquifs armés arrivèrent âu signal fait par Antoine, attaquèrent une des quadrirèmes, l’enlevèrent à l’abordage et l’emmenèrent à Brindes pendant que les autres prenaient
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honteusement la fuite. Brindes fut débloquée par cette victoire do quelques barques sur des navires beaucoup plus forts qu’elles. Liban se retira humilié de l’échec qu’il venait d’éprouver, et plein de mépris sans doute pour les équipages de ses vaisseaux, dont avait si aisément triomphé une poignée d’héroïques vétérans, ' . • • '
Voilà les Quadrirèmes nommées pour la première fois par César v nous les retrouverons bientôt et' les examinerons de plus près pour les faire connaître mieux que par quelques phrases des Commentaires, qui n’ont pas la prétention de les décrire.
César attendait depuis plusieurs mois le corps que devaient lui ramener lès vaisseaux de F usiusCalenus.
Il l’appelait par de fréquentes lettres. L’hiver avançait, et les légions désirées restaient toujours à Brindes. Un message impératif arriva enfin à Calenus, qui en tint compte au risque de ce qui pourrait ar- •
river d’une rencontre entre ses vaisseaux et les es-
cadres de Pompée. Il partit, Auster (le vent du sud) le favorisant et le poussant grand largue. Les voiles, qui recevaient le vent par la droite, ètnportèrent ses navires assez vite pour que le lendemain ils se trouvassent dans les eaux de Dyrrachium et d’Apollouia. Aussitôt qu’ils furent en vue de terre, un despréteurs de la flotte de Pompée, C. Coponius, qui, à Dyrrachium , commandait l’escadre des vaisseaux rhodiens,' sortit du port, et, les rames aidant les
LA FLOTTÉ DE CÉSAR. fl»
voiles, donna la chasse au convoi césarién compose; en grande partie de navires de charge et de bâtiments-écuries: pour cette raison, d’une marche plus lente que F escadre dès vaisseaux longs de Rhodes. Coponius gagnait, visiblement Calenus. Le vent tombait et la voile se dégonflait. Si la brise mollit encore, un combat, que Calenus serait heureux d’éviter, va s’engager et peut-être coûter cher à César. La brise se refait; les voiles s’enflent de nouveau; le sillage des navires romains s’augmente : les légions sont sauvées. Le port de Nymphée, à trois milles au nord-ouest de Lissus, s’ouvre pour les recevoir. La rade est exposée au vent du sud qui souffle avec violence. On affronte la tempête sur des ancres solides, et, par un bonheur inespéré, une saute de vent a lieu; Africus (vent d’ouest) succède subitement à Auster. Mais Africus, qui sauve les Césariens, rend la manœuvre de Coponius diflicile. Comment revenir à Dyrrachium avec le*vent debout? L’état de la mer est tel. que louvoyer est impossible; il faut donc céder et aller à la mort qui attend sur le rivage. Seize navires rhodiens pontés sont jetés au plain et brisés; la plus grande partie des hommes de leurs équipages est écrasée sur les roches; le reste est recueilli par les soldats de César et renvoyé généreusement dans ses foyers. . .
66 MARINE A8TI0ÜE.
§ ix.
Antoine était à tissus (Alessie, en Albanie) où il avait amené quatre légion? et huit cents chevaux.
Il renvoya presque toute sa flotte en Italie, pour y prendre d’autres troupes, et garda seulement les pontons, espèce dé navire gaulois, comme le dit
-• Gésàr. C’étaient des bâtiments de charge, gros et lourds, qui, sans doute, dans leur forme extérieure, avaient gardé quelque chose de leur origine, et ùe s’étaient point romanisé s-, si je puis parler ainsi. 'Ils notaient pas, apparemment, dépourvus de bonnes qualités , puisqu’on les destinait à porter César lui-même, qui devait suivre de 'près Pompée, si celui-ci , ' comme le bruit en courait, rentrait en Italie. #
César avait laissé à Oricura trois cohortes, troupe * suffisante, pensait-il, pour défendre la Aille- et les vaisseaux longs qu’il avait emmenés de ürindes. Atilius, son lieutenant, resta pour garder ce poste . .
* Il retira au fond du port ses bâtiments désarmés et v dégréés ; et, pour obstruer l’entrée de la ville v du côté de la mer, coula dans lu passe un navire de charge, écueil contre lequel devait venir se briser tout vaisseau qui tenterait la voie, du port. En ar-
LÀ SfcOTTE -bjft OÉSAH. w
ricre de celui-là, il établit un autre navire grand' et fort, sur lequel fut édifiée une tour qui devait être toujours remplie de soldats. Le fils de Pompée* commandant l’escadre égyptienne, averti du départ de César, vint à Oricum, attacha de nombreuses cordes au vaisseau coulé, et, tous ses vaisseauv à rames attelés à ces remorques faisant effort ensemble, déplaça le navire Submergé qu’on avait assurément négligé de remplir de pierres. Muant au Second navire, il le fit attaquer avec des bâtiments munis de tours, aussi hautes que celle du vaisseau qu’ils allaient combattre { t arreu ad /ibrani, au niveau de 1 autre, et lion «. à cuntrc-jjoida » comme le vent un traducteur, qui a omis dé dire ce qu’il entendait par des Jours à contre-poids). L’action fut . favorable aux soldats de Pompée. Les Césariens furent contraints do fuir dans les embarcations du •navire vaincu. . *•- • • - -a.
Pendant que Pompée s’oirvrait ainsi le port, il préparait une. attaque contre les vaisseaux longs attachés à terre dans l'arrière-port. Derrière la ville, -était, en forme d’ilg-, uue éminence naturelle qu’-il fallait franchir pour arriver au refuge où s’abritaient les navires d'Atilius. A l’aide de rouleaux de bois Çshitulœ) et de leviers, on lit marcher quatre, birèines jusqu’à la partie intérieure du port (1).. Ces
,(0 ■« Quatuor bi renies sûbjectis scululis impulsas vectibus
08 ‘ MARIEE ANTIQUE.' ‘
bûtimeufes — Gesar ne les avait pas encore' nommés — attaquèrent les vaisseaux longs qu’ils prirent ou brûlèrent aisément. Cependant Pompée était entré
« interiorem port uni transduxit. ** Yitruve nomme scu/ulx les rouleaux qu’on plaçait sous les corps graves pour les faire marcher «l'un lieu a un autre. H donne aussi à ces bois cylindriques, aujourd’hui encore en usage sur tout le littoral des deux océans, le nom de palangcs. Nonius Marccllus leur donne le même nom. Quant à Isidore de Séville, il dit : « Pulvini sunt iuachinæ, quibus navès dcducuntur et subducuutur in portum.» Les tirées nommaient le rouleau : <pâ).aü, d'où le mot latin • palangx . » On ne sait pas comment était fait le puloinus, que les dictionnaires nomment poulain, et qu’ils définissent : <* assemblage de charpente pour traîner les fardeaux les plus lourds. » Je suis tenté de croire que les coussins ou matelas dont on se Servait pour la deductio et la subductio navium étaient des planches d’une certaine grandeur, qu’on mettait à terre les unes au boqt des autres pour foire un chemin solide, sur lequel les rouleaux étaient placés successivement et à mesure quele navire avançait, supporté de chaque côté par un certain nombre d’hommes, et que, tiré par d’autres hommes, il marchait sans le secours du cabestan. Quelquefois, sur les pulvini, on étendait des cuirs graissés; dans ce cas, ou supprimait les rouleaux.
— «... Et litorecelsas • . ,
« Deducunt loto naves... •». . ’ v‘
(Virg., Æn., 1. IV, v. 397.)
«Ils font descendrcdu rivage qu’ils occupaient tout entier les vaisseaux qu’on y avait montés hauts, » c’est-à-dire assez loin du bord de l’eau. C’est bien à tort que certaius interprètes de Virgile, et le P. do la Rue le premier, ont pensé que le poêle, eu joignant l’épithète ce/sas à naves, voulut dire que les navires étaient grands et élevés; il ne s’agit point évidemment ici de la masse des bâtiments, mais de la place, loin de l'eau, qu’ils occupaient sur le plan incliné du rivage.— V. plus loin, Yirgilins nauticus, § 2, et note X." 1 • ;
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LA FLOTTE DE CÉSAR. ft
dans le port de Lissus, y avait combattu les trente vaisseaux de charge, les pontons de. tout, à l’heure que Marc -Antoine y avait mis en réserve, et les avait incendiés [qus.{BcIL civil., \i III). -
Faisons un grand pas. La bataille de Pharsale est gagnée et César est à Larisse. D. Lælius, commandant une partie de l’eScadre d’Asie, qui appar*tenait à Pompée, ignorait encore lés événements accomplis dans la Thessalie, et avait repris te dessein que Libon n’avait pu faire réussir. Ji s’étaitempàrc dc‘ File qui garde l’entrée de Brindcst/et surveillait Vatinius, détaché dans cette ville pour tenir libres, au moyen d’une escadre, les communications entre l'rtalie et César. Vatinius suivit l’éxemple donné par Marc-Antoine ; il fit ponter et blinder toutes les grandes embarcations, les arma de parapets et y mit garnison. Il fit avancer alors ces petits navires vers l’île où stationnait la marine de Lælius ; ' celle-ci courut aux esquifs qui prirent chasse, feignant une fuite qui devait tromper l'ennemi. Un vaisseau quinquérème et d’autres moindres se laissèrent abuser par cette manœuvre ; ils donnèrent dans l’entrée étroite du port de Brindes, et les es-
MARINE ANTlQl'l;.
quifs, changeant de rôle, virèrent de 'Bord, firent front aux vaisseaux longs qn’ils eurent' bientôt rejoints, entourés, combattus et pris, en 'grande partie. Lælius perdit là une quinquérème et deux bâtiments moins grandi, que les Gonmnen foires ne désignent pas autrement que par ces mots : « minores duas navës. » Malgré cettè perte et toute ta gène que lui causait Vatinius, Lælius n’âbandonnâ point son poste. "•
Un événement maritime plus important que celui dont vous, venons de parler eut lieu, vers le même temps, sur la côte de Sicil.-. Cassius — celuilà même qui devait être au nombre des meurtriers de César — Cassius commandait, pour Pompée, uite escadre fournie par la Ciiicie, la ; Syrie et la Phénicie. Il lit voile pour le Phare où se tenait, partagée en deux escadres, La. Hotte de César. L'une d’elles était sur la côte de Calabre, près de Vibo (Bivona?); Publius Sulpiçius, préteur, la régissait.; l’autre, mouillée à Messhie,- obéissait a M. Pomponius. Cassius donna d’abord coütre celle-ci. Il 11e chercha point le combat, bien qu’elle 11e fut pas en bon ordre ; mais, profitant d’un veut qui portait sur elle, il lança des navires de charge remplis de matières incendiaires qui répandirent autour d’eux la flamme et là destruction. Pomponius perdit son escadre tout entière, c’est-à-dire trente-cinq navires, dont vingt étaient pontés [constratcë), Sulpi-
-tins ne fut pas. aussi malheureux. Le vent, toujours propice à Cassius, passa de l’est à l’ouest, et quarante, brûlots donnèrent sur les côtes de l’escadre de \ ibo que son commandant avait rangée tout , près du rivage et presque à terre. Ils ne brûlèrent que cinq vaisseaux, les vétérans commis à la garde des bâtiments ayant pris, bien que malades ou convalescents pour la plupart- la généreuse résolution de chasser un insolent agresseur. Ces braves hommes poussèrent les vaisseaux de Sulpicius au large, y montèrent, mirent à la voile, se jetèrent sur les rames, et, manœuvrant avec habileté, gagnèrent le vent a Cassin§, làissèiie7it ar.rivçr sur la flotte Pompéienne, et firent si bien le devoir auquel la fureur les portait, que la victoire leur resta. Deux trirèmes furent prises et, de plus, deux qtiinquérèmes, sur 1 une desquelles Cassius avait son enseigne de com- ' mandement. Cassius, au moment où l’abordage devenait imminent, jugeant qu’il allait être fait prisonnier, s’embarqua furtivement dans l’esquif (. scap/ia ) de son navire prétorien, et gagna comme il put un de «es vaisseaux- fugitifs.
. La nouvelle de la défaite de Pompée à Pharsale arrivant sqr ces entrefaites, Cassius se hâta de quit- <
vMARhNE ANTIQUE. v
Ici- les parages de la Sicile. Pompée s’était éloignée la Thessalie, et, après avoir traversé la Matédoine, après’ avoir passé deux jours à Mitylène, tgiic.Ué eu CilicieTet em Chypre, renonçant, au projet qui l'avait tenté d'abord d’aller en Syrie avec, quelques vaisseaux, affrétés à des particuliers,, et -environ qleux mille hommes levés un peu au. hasard et un peu par force, se dirigea vers la ville.de Pèlnse. O 11 sait qu’il trouva la mort où il espérait trouver lesalut. Adiillas et Sep.tmy.is- le tuèrent traîtreusement dans une petite embarcation {nuvkulam parvulam ) qui le transportait de son vaisseau à Alexandrie, où il devait avoir une entrevue avec le jeune •roi Ptolémée, alors armé contre sa sœur Cléopâtre.
Gésar ne pouvait manquer de suivre Pompée ù la trace. AyanLappris que son gendre avait été vu .eji •Chypre, et soupçonnant qu'il se dirigerait vers l’Egypte où il avait des partisans, il embarqua deux légions décimées par la fatigue, et qui formaient un corps de trois mille deux cents hommes environ; il mit sur des navires-écuries huit cents chevaux, et partit pour Alexandrie avec une flotte - militaire composée de dix vaisseaux longs de Rhodes et d'un petit nombre de bâtiments aruvés' en Asie. 11. Rétablit dans une partie de la. ville et dans le port Où ^étaient cinquante, vaisseaux longs, secours envoyé à Pompée qui n’était paysans importance* par il se composait de quiiupiérèpies et de trirèmes fort bien
armées et équipées. Outre cela, étaient mouillés dans le port vingt-deux navires pontés, commis à la garde d’Alexandrie, et y demeurant d’ordinaire en station.
L’arrivée de César causa une émotion qui sè traduisit bientôt en rixes et en un véritable combat où il resta triomphant. Pendant la lutte, le peuple fit tous ses efforts afin de s’emparer de la flotte qui aurait rendu la mer libre pour lui. César n’attendit pas que la victoire se fût décidée. Jugeant que cette grande quantité de vaisseaux lui serait une gêne plus qu’un avantage, parce qu’il avait trop peu de troupes — quelques légions étaient venues grossir le faible noyau de son armée — pour défendre le port, l’arsenal et le quartier qui les environnait* il fit mettre le feu aux escadres de Pompée et d’Alexandrie, aux vaisseaux qui étaient retirés dans l’arsenal de mer (in napalibus ), et embarqua sur ses propres vaisseaux une partie de son monde.
Ce fut au Phare qu’il alla s’établir, assuré que là rien ne lui manquerait, la mer lui appartenant désor- * mais, et des approvisionnements de tous genres pouvant lui arriver des lieux où il les enverrait chercher.
L’escadre que César avait avec lui était trop peu considérable pour être une arme suffisante d’attaque ou de défense, dans toutes les occasions où il allait se trou vêr engagé. Il fit donc venir pour l’augmen-
MAr.INE ANTIQUE. 7
ter ce qu’il- avait de vaisseaux à Rhodes, en Cilici'e et en Syrie. C’est dans la rade appelée le Port neuf, qu’il réunit sa flotte. Elle y était, attendant la 37 e légion qu’amenait Domitius Calvin us, retenu par lèvent d’ést sur un point de la côte à l’ouest d’Alexandrie. Eurus persistant à souffler et Calvinus commençant à manquer d’eau , cet officier dépêcha un petit actuaire {na viÿium actuariwn ) pour avertir qu’il était au mouillage sous le vent du port d’Alexandrie," et dans l’impossibilité de sortir de la baie où il était mouillé. César, pour bien juger de ce qu’il convenait de faire dans cette circonstance, monta sur un vaisseau et se fit suivre de toute sa flotte, laissant les soldats à la garde des retranchements dont il avait entouré la partie de la ville où il tenait contre tes Alexandrins. Ceux-ci ayant été avertis par quelques rameurs, pris, comme ils allaient faire de l’eau; à Ghersonèse, que César avait mis à la mer sans avoir embarqué de soldats, Ganymède, commandant les troupes de Ptolémée depuis la môrt d’Achillas, conçut la -pensée de combattre des navires sans défenseurs. Il arma tout ce qui de l'incendie avait échappé et qu’on avait pu réparer à la hâte, et ordonna qu’on allât au-devant de César revenant d’une reconnaissance qu’il avait poussée jusqu’au lieu où
était D. Calvinus.', •
César n’accepta point le combat qu’on lui offrait. R était trop tard, et la nuit venant laissait trop- dé
chances à uh ennemi qui connaissait très-diien les parages où les pilotes romains- pouvaient être em- 1 barrasses; et puis, César n’aVait pas les légionnaires pour soutenir vaillamment le choc, qui devait être furieux. Il rangea la cote le plus qu’il put, résolu, l’obscurité devant le protéger plus tard; à' gagner la haute mer, et ensuite son. mouillage dû Phare.
La fortune en décida autrement.- Un Rhodieii S'était éloigné des autres vaisseaux Césarieps ; les Alexandrins, l’ayant remarqué, ne purent résister ail désir de l’aller capturer. Ils envoyèrent à lui quatre navires pontés et des bâtiments légers non .pontés ( apertœ ). La partie était trop inégale; César accourut au secours du capitaine imprudent et désq^ . béissant, et le' combat, s’engagea malgré lui. Les Rhodiens, braves gens, familiers avec les luttes navales, et désireux d’obtenirrle pardon d’une faute qui leur faisait encourir une grave responsabilité, se battirent en héros. Partout on fit de même; - la journée fut bonne. On prit aux Alexandrins une quadrirème , une autre fut coulée à fond , enfin deux * autres perdirent tous leurs soldats embarqués ( duœ omnibus epibatis nudatœ ). Sans la nuit, César-aurait- pris la flôtte entière. Le vent s’étant calmé, il entra dans le port d’Alexandrie, ses vaisseaux victorieux traînant à la remorque les bâtiments de charge qu’amenait Domitius Calvin us.