‹ La Flotte De CesarChapitre 6 sur 27 · XII · texte numérisé non relu

XII

•' Ganÿmède ne perdit pas lé temps en de vaines plaintes. Battu; il aspirait à se venger. Alexandrie avait pei*du par le feu plus de cent dix -vaisseaux longs, et quëlques-uns par le combat; - il résolut de refaire une flotte. Il fit radouber d’abord quelques vieux navires qui pourrissaient au fond de l’arsenal, ensuite 11 se donna à des constructions nouvelles, et cela, avec tant d’ardeur, qu-’en peu de jours et contré l’opinion de tous ( paucis diebus, contra omnium opihionem),6n vit achevées vingtdeux quadrirèmes,- cinq quinquérèmes et un certain nombre de petits navires ( parvula navigia ) , dont en espérait tirer un bon parti.

Remarquons cette affirmation de l’auteur, Hirtius ou tout autre, qui continua les Mémoires de César: «Vingt quinquérèmes ou quadrirèmes fu- « rent faites en peu de jours, » et demandons-nous si les quadrirèmes étaient bien de ces vaisseaux énormes que l’imagination des commentateurs a créés. C’étaient sans doute des navires assez grands, mais bien moins assurément que les petits vaisseaux de ligne des temps modernes. Nous dirons plus loin ce que nous croyons de leur taille, en dehors de

toutes les poétiques suppositions des savants. « Paucis diebus » est bien vague, et il est fâcheux qu’Hirtlus n’ait pas été plus rigoureusement exact.

Ces bâtiments construits si vite et un peu à la légère, car, ainsi que le dit l’historien, ils n’étaient point faits pour une longue navigation, mais pour une nécessité du moment et .pour combattre dans le port; ces bâtiments furent couverts de soldats çt de toutes -les munitions nécessaires, après qu’on les eut essayés à la rame. On les essaya parce qu’il fallait bien s’assurer qu’ils pouvaient marcher-et évoluer passablement.

César s’apprêtait de son côté. Sa flotte n’était pas considérable : trente-quatre navires, dont cinq quinquérèraes et dix quadrifèmes; le reste,- vaisseaux plus petits et, pour la plupart, non pontés ( reliquœ infra hanc magnitudiném et plerœque apertœ):

La valeur des soldats compensait le petit nombre des navires, et César entrait çn campagne, sur des hommes qui le suivaient. Il avait leyé l’ancre , porté à l’est pour contourner. le Phare; et, faisant l’ouest, il allait, chacun de ses vaisseaux prenant dans l’ordre de marche qui devait bientôt passer â l’ordre de bataille, le rang qui lui avait été assigné avant de quitter le mouillage. Les Rhodiens faisaient l’avant-garde.; les vaisseaux longs armés au royaume de Pont les suivaient; mais leur escadre, future ailç gauche de l’armée, était séparée, de. L’au-

tre, désignée pour former l’aile droite, par. un intervalle de quatre cents pas, espace assea grand pour que > au moment voulu , les vaisseaux se déployas-, sçut aisément et formassent la ligne en croissant, ouvert, sur laquelle on devait se présenter à l’eipnemi. Une escadre de réserve marchait au nord ducorps principal'; elle était destinée à composer, pendant l’action, une seconde ligne , chacun de ses capitaines sachant quel navire de la première ligue il soutiendrait ou, rèmplacerait au besoin.. .

Lorsque César se présenta au large des passes, marchant au sud-est environ, après avoir tenu la ligne de l'ouest, les Alexandrins,, en arrière des bancs qui rendent difficile .l’accès de leur ville,, avaient formé leur front où. l’on voyait, sur une ligne, vingt-deux navires de guerre •.(!). Une seconde ligne, entre la. terre et. le front,, était conv posée de bâtiments auxiliaires. Sur les ailes, etdans lés r intervalles laissés entre les .vaisseaux , . se. tenaient; en grand ••nombçe, de, petits Dàvires remplis de joncjs,. de menu bois et de soufre. Le^ hommes, qui -montaient- ces brûlots portaient des torches ardentes; ils . avaient un double .rôle, promener l’incendie dans.. les rangs des Césariens et

chercher à les effçayer .parlés- cris sauvages.

(f) Ee traducteur de 1 837 dit : « Vingt-deuX galères à quatre NÙjgs; » ce.qui est contraire-au texte.:.» ïnfronle collocanl xxn.,,

LA FLOTTE DE CtfSAR.

Les deux flottes restèrent longtemps en présence,

chacune d’elles attendant que l’autre fît un mpuve-

ment en avant. Les pilotes de César -connaissaient mal les passes et les sondes de la mer où sont les bancs que les Alexandrins désignaient sous le nom « d’Africains»; les marins d’Alexandrie restaient tranquilles derrière ces bas-fonds, comme abrités par une. muraille. César hésitait à se hasarder dans des passages étroits dont les détours pouvaient être dangereux pour lui ; il n’osait se jeter à l’aventure sur une mer dont la profondeur variable mettait eu péril d’échouement les plus grands de ses Vaisseaux (l). • . ■ . •

Euphanor. triomphe de ses résolutions prudentes. Euphanor est un-Rhodien, par son courage et la grandeur de son intelligence, plus digne d’ètre Romain que Grec.— X’est l’éloge que fait de lui hauteur que nous étudions. — : R commande l’escadre de Rhodes, choisi pour ce poste par ses compatriotes. Il offre à César de marcher le premier, do

(l‘) Les cartes modernes d'Alexandrie semblent ne pas expliquer très-bien les appréhensions de César. Nous y voyons, en clret. que les plus faibles sondes dans les passes sont de 2 brasses ou 3 m. 24 c. Les plus, grands navires de-la -flotte Césarienne avaient-ils plus- de 3 mètres dé tirait d’eau? C’o6t plus que doyteuX; mais les profondeurs, très-diverses d’ailleurs, dans les passes et sur le banc (de l à 7 bràâses), n’étaient pas bien cou'-, rruès dèspilotes. romains,, et la raison voulait qu’on ne se- hasardât pas dans des paragçs qui passaient pmtr peinés de difficultés ét d’un très-dangereux accès! •. ' . ’ •*

franchir la passe et de porter. le défi aux Alexandrins immobiles. César le loue de cette détermina-, tionet donne le signal du départ à quatre Rhodiens qui s’élancent en forçant de rames, s’engagent dans lè canal étroit, arrivent sur le banc, le franchissent^ et bientôt sont entourés de -navires ennemis. Les Grecs sont adroits.; investis, ils manœuvrent si biçn qu’ils présentent toujours leurs proues armées d’airâin, et né perdent ni leurs rames ni leurs gouvernails, La flotte Césarienne a suivi log vaisseaux d’Euphaüor. Il ne peut plus s’agir alors de constituer une ligne régulière ; on se battra par groupes ou seul à seul; ce sera une mêlée, une succession, d’âbordages ; on combattra sur des îles .flottantes, et la victoire restera au courage individuel.

La lutte fut longue, aoharnée ; la fortune se déclara enfin pour les Romains, inférieurs en nombre, mais supérieurs par l’énergie et la persévérance dans l’action. Dans cette affaire une quinquérème et une birème avec leurs équipages furent .prises aux Alexandrins, dont trois vaisseaux furent coulés à fbnd sans que César eut perdu un navire. Alexandrie Se-mit.en retraite et s’abrita «sous ses tours % et ses remparts, dù on ; ne put l’atteindre.. . - • . •

* César fut moins heureux quelques jours après-, A* l’attaque d’un pont dont la possession lui importait. R «éprouva là.un échec douloureux ; obligé dé fuir pour ne pas tomber au pouvoir des Alexandrins,: ij

LA f LOTTE DE CÉSAft.

se jeta dans son embarcation (1). Le petit navire fut envahi bientôt par une multitude de soldats, et .César se vit obligé de gagner à la nage des bâtiments qui étaient à quelque distance. C’était un incident fâcheux; mais le gétiéral conjura par sa détermination un sort plus mauvais peut-être qui l’attendait : l’embarcation trop chargée coula, et l’on dut envoyer dés esquifs [scaphas) pour secourir les naufragés.

On en sauva quelques-uns seulement.

Les Alexandrins ayant entendu dire que de grands renforts devaient arriver à -César, par terre, de la ' Syrieet de la Cilicie, et pensant avec raison que des convois lui viendraient par mer, pour alimenter son armée grossie, se mirent en devoir de barrer le chemin que devaient suivre les navires de charge. Ils allèrent établir leurs croisières aux atterrages d’Alexandrie, à la hauteur de Canope (2). César ne voulut pas souffrir que ses mouvements fussent gênés du côté de la mer. Il confia une flotte à' Tibérius. Néron. Euphanor , acteur dans tous lès combats livrés sur mer, et jusque-là toujours heureux, y commandait ses Rhodiens. Quand-, devant Canope, les deux armées navales s’aborde-

. (I) Le traducteur de 1809 dit: « sur sa galère », quand le latin dit expressément : « in suum riavigium. »

( 2 ) César tirait probablement ses vivres des pays qu’arrose le .Nil. Chargés sur des barques qui descendaient les bras du fleuve, ils devaient passer devant Canope (Aboukir ? ) pour arriver à Alexandrie.

.8? ' MAPfKS’& ANT1QCE.

rent; il s’engagea le premier, perça dé l'éperOn de sa quadrirème une trirème ennemie, et en poursuivit trop • loin une autre qui fuyait. Seul alors,

abandonné des Césariens dont l’historien cherche à atténuer les torts, il fut ehtquré par les Alexandrins qui *l’ accablèrent, et périt dans une lutte inégale ét •désespérée, avec son glorieux navire à qui lés dieux devaient la victoire. La -flotté' de' César revint à son mouillage au Phare, "où elle fut probablement assez mal reçue par celui dont elle avait trompé .toutes les. espérantes (Bejl. Alexand.). *

Page 1