VAISSEAUX 'RONDS
Destiné au transportées marchandises, des vivres, de tout, ce qui était’ pesant et encombrant ; destiné . aussi à porter les approvisionnements de guerre, les machines et les soldats en grand -nombre-, le navire nommé par les Grecs jpopTaytoyoç vaî>; ou àTOoroXov itÀoipv l et par les Romains : navis onerària , navis frumentariui était court, plat, large, très-haut de la quille au pont supérieur. Il était pesant et médiocre marcheur. Ses dimensions étaient généralement dans le < rapport suivant’ : pour wn delargeur, trois ou quatre d,e longueur. Ainsi, le navire qui avait, par exemple; vingt coudées de longueur (9 m 74 e ) avait de largeur
98 MARINE ANÎIQl'E.
six -coudées et deux tiers -(3 m 24f) ou cinq coudées seulement (2 m 43 e ) (l).Bien assis sur l’eau, arrondi par devant, et un peu moins peut-être par l’arrière, saooupe, a la flottaison, était un ovale peu marqué; aussi ôtait-il appelé par les Grecs : «rpoyp^ov «>-oio »,
par les Romains nanis rotunda.
ACTUAIRES.
Une variété du vaisseau rond, propre à porter de certaines charges et surtout à transporter .en peu de tempsdes hommes de guerre et des chevaux, était,, à l’ovale plus allongé , au bord moins haut que la nfivis rbtunda. Intermédiaire entre -l’onéraire rond elle vaisseau long, procédant plus du premier que de l’autre,- ce navire -obéissait à l’impulsion de la voile, et, dans.Ies calmes, il allait à l’aviron.. Il pouvait être cinq fois plus long que large. Il était nommé par les Romains : actuaria nanis (du grec «yw, emporter^ conduire),’ et par les Grecs « îctioxo'»- , «oui (à mât ét à rames). » Actuariœ navessunt quœ vèlis simul aguntür et remis , dit Isidore au livre XIX de ses Origines (2). Les, dictionnaires latins les
■(I) Voir t. II, . p. I SO, de mon Archéologie navale, les dimensions du na\ ire l7iis, dont parle Lucien. ' ,
(2) Selon Nonius, les actuariat étaient nommées ainsi: « ab §gçndo, xjuu çilo. agtpos^uttt..»»:
'définissent fort mal quand ils les appellent des « bâtiments, légers à la course. » Dans la flotte dé César, les actuaires jouèrent un certain rôle, comme transports portant des hommés , et comme passechevaux. On a vu que le général, pour sa descente en Angleterre, en fit construire un très-grand nombre, sur un plan qui modifiait celui qu’on suivait généralement pour leur construction dans- la Méditerranée (1). Comme il y avait de grands, de moyens, de . petits vaisseaux de charge, il y avait de petits, de moyens et de grands actuaires. Cicéron , dans une lettre à Atticus (liv. XVI), parle de trois petits actuaires : « tribus aeluariolis decem scahnis » dit-il; ces actuaires, à dix scalme's ou avirons, devaient être, en effet, d’un bien petit modèle (2).
(1) Voir ci-dessus, p. 45.
(2) C’est, de cette espèce de petits navires, non pas pent-étre cependant d’actuaires à dix rames, qu’était l'actuaire monté’, selon Plutarque, par Marc-Antoine avant que la bataille s'en- gageât dans les eaux d'Actium, entre les vaisseaux de Cléopâtre et ceux d’Octave. a Aiitorne, porté par un actuaire autour -des navires qui composaient sa flotte, exhortait les chefs à bien faire leur devoir. » C’était un usage chez les anciens, que gardèrent les modernes. Diodore de Sicile dit (liv. XIII) que Nicias, général des Athéniens, voyant sa flotte entourée par celle des • ennemis, et considérant la grandeur du péril auquel elle était w exposée, monta sur un navire petit,— rapide et léger sans dbute,
— fit le four des tricres athéniennes, appelant, çhaciin.des tr\&rarques par son nom, les priant les mains jointes de faire tous leurs efforts pour inspirer à leurs gens l’audace et le cou rage, et pour leur donner la force, en leur montrant uile confiance'
Je n’ai pas besoin de dire comment étaient organisés à l’intérieur les actuaires qui portaient deS troupes. Couverts d’un pont sur lequel était établi l’appa- Feil des rames (en un seul rang) dont le nombre était proportionné à la grandeur du navire, ils offraient afrjf soldats passagers — les épibates — un abri contrôles intempéries. Un plancher construit audessus .dé la sentine ou cale formait , avec la couverte, un entre- pont sur le sol duquel chaque soldat avait une place , large d’éiiviron 0 m 64 c , longue de i ra ;^4 c à peu près. „ ••
Les navires porte-chevaux , ceux qu’en Fraîieô on nomme navires-écuries et que les anciens désignaient par le nom d 'Hippagogai, qu’ils fussent ou non actuaires, avaient ùn entre-pont, ménagé audessus de la sentine, et partagé en stalles pratiquées contre la muraille, de chaque côté. Entre ces dëux rangées de stalles régnait un corridor pour le service de'cette écurie, dont la hauteur était de 2™ 2CK,
sérieuse Sans le succès. A la bataille de Lépante (1571), quand l’action était au moment de s’engager entre l’armée chrétienne et la flotte turque, Don Juan d’Autriche, général des galères de la ligue catholique, descendit de sa galère Réale dans une frégate, — petit navire armé d’une douzaine d’avirons, — et fit le -tour du large croissant formé par lçs. escadres des princes chré-. tiens, encourageant les généraux, les capitaines et les soldats à bien- défendre leurs bannières et à demander à Dieu 1» victoire sur les infidèks. — Voy . Lépantfi, au 3* vol. des Soirées dû gaillard d'arrière, ouvrage sérieux sous la forme romanesque, que je publiai en 1840.
nécessaire au développement libre du cou du chdval,
La stalle de chaque animal était de 0 m 72 e . Un navire de 2o mètres de longueur et de S™ 75 e de largeur pouvait porter quarante-six ou quarante-huit chevaux. J'ai donné dans mon Glossaire nautique, page 616, le plan d’un navire passe-chevaux du moyen âge ; je crois que cette organisation ne diffère pas beaucoup de celle qui avait été adoptée pour les actuaires hippagogues de l’antiquité. Au moyen âge , une porte était ouverte à l’arrière du navire, pour l’embarquement des chevaux. Quand le chargement était achevé, cette porte , qui devait se trouver au-dessous de la flottaison du bâtiment » était fermée et calfatée. J’ignore si les. anciens em- . barquaient leurs chevaux an moyen de ce grand sabord; je pense qu’ils n’en usaient pas. Je ne vois, en effet, cet huis nommé dans aucun texte ancien. Probablement les chevaux montaient à bord à l’aide de planches [scalœ) poussées de terre. Avec des palans ( trocleœ ) ils étaient descendus par les écoutilles (!),•*. ...
VAISÇEAÜX LONGS. * '
Dans la seconde famille des vaisseaux , celle que les Latins désignaient par le nom générique : narres
(j) Voir ci-dessous: Virgilîus nauticûs. § 3 et dote L: - ‘ ' •*
longue y les grandeurs ne variaient pas moins que dans celle des vaisseaux ronds. On a vu César citer les birëmes ou dicrotes, les trirèmes ou trières , les qpadrirèmes et les pentères ou quinquérèmes ces deux dernières variétés, nommées, plus souvent que les trirèmes, étaient probablement les plus usitées pour Iq guerre , alors que. César, lit ses expéditions dans l’Adriatique, en Afrique et en Espagne. Il y avait déjà longtemps quela quinquérème était essentiellement le navire de guerre ; elle avait une importance — je ne dirai pas une grandeur — qu’on pourrait comparer à celle que , dans les flottes modernes, a le vaisseau de premier rang ou au moins
le grand vaisseau à deux ponts.
Polybe raconte que les Romains, quand ils eurent
résolu de classer les Carthaginois de la Sicile, comme ils n’avaient aucune marine, firent a cent quinquérèmes et vingt trirèmes , » œuvre difficile, assurémént, pour leurs charpentiers tout à fait novices dans l’art de construire les quiuquérèmes , cette espèce de navire étant jusqu’à ce moment restée inçonûue aux Latins. Polybe dit ailleurs (, llist ., liv. I er , § 63): « Dans une dés deux guerres, il y eut à la fois « spr le même ehamp de bataille plus de cinq. cents « quiuquérèmes, et, dans l’autre, environ sept cents. ^ Les Komains en perdirent sept ceqts, en comptant « celles qui périrent dans les naufrages, etlës'Car- « thaginois cinq cents. Si l’on compare, ajoute l’his-
.« torien, ces quinquérèmes aux trirèmés dont se « servirent les Perses, les Athéniens et les Lacédé- « monièns, on conviendra qu’il n’y eut jamais d’ar- « mée navale aussi puissante que celle dont il vient « d’être question. » '• * '• - •
Au liv. XVI, § 7 des Excerpta, Polyhe dit que Philippe, dans son combat- contre Attale, perdit, de ses vaisseaux, une décère , une entière, une heptère , une hexère , dix cataphractés , trois triemioiiese t vingt lembes. Il ajoute qu’ Attale regretta son propre navire, le vaisseau* qu'il montait et qui portait son insigne royal (p*ciXïw; axoèpo;), une trièmiolie et deux quinquérèmes coulés à fond. Les Rhodiens eurent-à déplorer la perte de deux pentérèmes.et d’une trière.
Qu’étaient tous, ces navires mentionnés par* Polybc? Notons d’abord que César no nomme ni la triémiolie, ni l’hexère, ni l’heptère, ni l’ennère, ni la décère ; et, de ce qu’il n’en parle point, concluons qu’apparemment il n’avait àucun bâtiment de cette importance dans ses nombreuses escadres. Les-vaisseâux qui portaient les noms qu’on vient de lire ne sont point une fantaisie de Polybe et des autres his* tôriens; ils existèrent sans aucun doute, et les critiques n’ont ppint hésité à les classer parmi 'ceuxdont se composait la liste très-longue- dés navires en usage chez les anciens, depuis là scapha modeste , à deux 'ou trois avirons ( scapha biremis , scapha
loi MARINE ANTIQUE.
/ri>mis) Jusqu’au gigantesque et incompréhensible vaisseau de Ptolémée Philopator, qui , au rapport d ? Athénée, était mû par des rames dans un ordre de quarante, dont les plus grandes étaient longues de trente-huit coudées ou environ (20 ,n 34 e ) ! (1). Au reste, tout ce que les érudits les plus habiles., les plus ingénieux ont pu faire dans cette grande question de l’organisation des rames nombreuses agissant sur les vaisseaux longs, n’a eu qu’un seul résultat, résultat utile, à la vérité : c’est de nous fournir une collection de textes grecs et latins, tirés des meilleurs auteurs, et de réunir en un faisceau, — un véritable fagot d’épines , malheureusement , et dont il est difficile de tirer quelques enseignements
(f) En supposant la rame de 20 mètres dans la position la plus favorable, c’est-à-dire agissant sous un angle de 45 degrés, elle devait avoir son Staline (sa cheville) dans un sabord ouvertà 10 mètres du niveau de la mer, et entrer dans l’eau à 10 mètres de la carène du navire. La partie qui sortait du vaisseau avait 14 métrés entre son point d’appui a la mer et son attache au sealme; elle était l'hypoténuse d'un triangle rectangle, dont les deux côtés renfermant l’angle droit étaient chacun de 10 mètres. 2 mètres environ de la pale étaient dans l’eau, au-dessous de la ligne de flottaison du bâtiment. Quant au manche, il avait dans cette.supjposition 4 mètres 34 centimètres de longueur. Quels hommes auraient pu manier une pareille rame?
Et puis, comment dans la hauteur.du navire, de sa ligned’eau en charge au sealme du quarantième aviron, comment dans çgs. 10 mètres arranger trente neuf étages de rameurs? J’avpue ne pas le savoir. Cè qui me consolé un peu de mon ignorance,
. c'est qu® personne -jniqu 'ici ne l’a su plus que moi. * .
certains, quelques mots de claires définitions, quelques explications précises, — de réunir, dis-je, en un faisceau tous les éléments écrits du problème que l’érudition, de son côté, et la science des constructeurs, du sien, n’ont pu résoudre. Ce n’est pas que les solutions hypothétiques aient : manqué ; chacun a offert la sienne, et toutes ont été rejetées par les hommes pratiques et par les érudits : les unes, pour n’avoir pas tenu compte de certains textes qüe je nommerais essentiels ; les autres, pour être en désaccord flagrant avec les exigences de l’art des constructions navales.
Isidore de Séville, Suidas, Scaliger, Lazare Baïf, Godeséal Slewechius , J. Scheffer, Marc Meibom, Paulmier de Grantemesnil, Yossius, le père Montfaucon, le père Languedoc, Fahretti, Bourreau- Deslandès, Charnock, Maizeroy, Le Roy, J. Rondelet, John Ilowel, Auguste Boeck, et le dernier venu ( 1860 ), M. Achille Laforestière, n’ont pu se trouver d’accord sur l’emplacement, la disposition , la longueur et le poids des rames; sur la forme extérieure des navires, enfin sur les proportions des Vaisseaux. C’est ce dernier côté de la. question qu’ils ont le plus négligé , parce qu’ils ignoraient tous quels rapports existèrent, de tout temps, entre les dimensions principales des vaisseaux : longueur, largeur et creux. Quand le discernement de ces hommes savants a été mis en défaut jiar les difficultés
que présente l’interprétation des textes et des monuments figurés (peints, sculptés ou gravés), peut-on espérer d’être plus heureux qu’eux? Pour moi, qui, jusqu’ici, m’étais récusé et avais franchement déclaré que mon intelligence ne s’élevait pasjusqü’à la compréhension de l’organisation des ramès en trois rangées, srtperposées Comme les trois étages dés canons d’un vaisseau de 74 ou de 90; appelé longtemps, d’ailleurs, par d’autres travaux qui avaient une importance pratique plus grande, une application plus immédiate qüe ceux sur lesquels la critique s’est savamment , longuement et vainement exercée , je viens de reprendre l’étude de la question avec une ardëur très-grande , je pourrais dire avec une véritable passion, et je crois être arrivé à un résultat digne de quelque attention.
Non que j’aie imaginé un système d après lequel
on pourrait faire, un navire comme celui de Ptolé-
mée Philopator,- comme le vaisseau du tyran de
Syracuse Iliéron, auquel Athénée prête des rames
en vingt ordres, comme les bâtiments à quinze et à » £ . * . • * seize ordres dé rames de Démétrius Poliorcètes ,
ou même comme l’octère citée par Memnon; mais je proposé une solution qui rend possible la construction de navires, de trois à sept combinaisons — je ne dis pas : « à sept rangs » — de rames.
pue l’on me permette , pour arriver sûrement à une restitution du ûavire à rames des anciens, de ne
pas marcher trop vite, de rechercher la clarté dans
la discussion, d’examiner avec attention les monu-
ments que j’ai pu connaître, de critiquer avec soin, les textes que je puis tenir pour acceptables, et surtout de remonter des temps modernes aux temps antiques, en mettant à profit quelques acquisitions que je fis dans le domaine de l’inconnu, lorsque autrefois j’étudiais les marines du- moyen âge et de la Renaissance.
Commençons par dire que, dans deux voyages faits en Italie et en Grèce (1) à la recherche des bas-reliefs, peintures et médailles, éléments du travail d’archéologie navale que j’avais entrepris, aucune figure de quadrirème ou de navire désigné par les noms quinquérème, hexère, etc., n’a pu m’être montrée. Je ne vois pas qu’aucun des archéologues •sérieux dont j’ai lu les dissertations ait allégué un monument offrant l’image d’un vaisseau ayant plus de trois files de rames, l’une au-dessus de l’autre. Le • parti. qu’avaient pris quelques graveurs de médailles, quelques sculpteurs, quelques peintres pour rendre sensible la superposition des avirons, leur permettait d’indiquer aisément un quatrième * un cinquième et même un sixième rang de rames. Ainsi, qui aurait empêché l’auteur du navire trirème, appartenant au musée Bourbon , de Naples (2), de
(2) Voir mon Archéologie navale, t, I", p.- 23’. ■ ‘
multiplier les étages des extrémités inférieures rames, qu’il montra par-dessous et de côté pour les faire bien comprendre? Il pouvait mettre quatre
épaisseurs de rames sous la carène de sa galère aussi aisément qu’il en mit trois. Le peintre décorateur qui peignit, dans une maison de Pompéi, un
LA FLOTTE DE CÉSAR. * ' - •*i«9?
navire dont lés rames superposées sont indiquées* par trois lignes de poiuts marquant le bout ^es*' rames allant à l’eau, pouvait fort bien ajouter une quatrième ligne aux trois qu’il dessinait d’un pinceau ïif pt spirituel (Museo Borbojiico, n° MCLXXI).
Qui empêchait le§ graveurs, de deux médailles d’Adrien, d’un médailluu de bronze de Gordien III (7’mjeetns Auj... (1), et d’un moyetg bronze -du mêrtie Gordien, de idopnei* quatre rangs de rames à des na- ' [|
vires qui en ont trois bi. ii visibles, lorsque ce qùà- *. trième raug auraitipu être rendu facilement eu marquant par Une quatrième ligne de points, inférieure à la troisième, les extrémités des quatrièmes avirons? (V.p. ilâ et! iô.-W-’insiste’sur. ctette obser-
vatioiqquelesiUonuments'iontvojrdesunirèmes^des. • birèmes, des trirèmes, bien clairement dessinée* bien évidentes, mais qu’aucun ne montre de navire
vu.n IiiéMes. - . ;' v .
Les représentations de navires- ldngs unirèmes ’’
*jL • r * * ‘ ' •• *• •-.* . . jÉ
( 1 ) Ta RihliAlhômiO imnariilû n« (^ACciula • • . r
110^ + ' ■: MA kl NE ANTIQUE,
sont nombreuses sur les médailles et sur les basreliefs. M. Chabouillet, conservateur du cabinet des médailles à la Bibliothèque impériale, a bien voulu me communiquer toutes les pièces de cette riche collection où sont figurés des vaisseaux , etr j’ai pu voir beaucoup de ces unirèmes^ remarquables par des détails intéressants : emplacement des gouvernails (ou timons), emplacement, des rames et du rostre, voilure, etc. Une mounaie de bronze, à l’effigie de Marc-Antoine et de sa femme v Octavie, porte au revers une unirème marchant à droite, ayant neuf rames seulement, ce qu’explique le peu de champ de la pièce sur laquelle est liguré ce navire, le timon à bâbord, le rostre d’une seule pointe • aù/bas de’ la rode ou étrave, un mât debout, planté' • à peu près au milieu de la longueur du bâtiment, etee mât portant une voile carrée, oritmtefe. au plus v. : près du vent qui souffle de tribord, dette voile est amurée à tribord , en avant du premier banc des rameurs, et bordée, à bâbord, eu avant du poste du timonier. Ce détail x qui atteste l’intelligente attention du graveur, — trop peu d’artistes de 1 antiquité ont eu Un tel soin pour que je ne le signale
pas chez l’auteur, de la monnaie qui m’occupe,
ce détail vient à l’appui de ce que j’ai démontré dans mon Virgilius nauticus, touchant la -naviga- : tion au plus pçès du vent, connue et pratiquée par les anciens, quoi qu’en aient pensé des humanises
- JDigitizeâljyX&OOQle
qui, n’étant pas. un peu marins , n’avaient pas bien " compris lé sens de ces vers du cinquième livre de YÉnéide :
Una onfnes fecerc pedem : pariterque sinistros,
Nunc dextrps. solvere sinus : una ardua torquent <
Coruua detorqueutqué. (V. 828.)
Ni celui du suivant, v ....
Cornua velafarum obvertimus antcnnarum. - 1
. f . • / î.’ ■ (Liv. 111, v. $A8) (l.)..
«* ■ . 4 ' .0 •' ' ^ ’ . , fc ,
Une trirème , représentée sur ' un des grands bronzes d’Adrien (tête laurée à droite; Félicitât i Aügust.) marche à droite,’ à l’aviron et a la voile. Son vélum (ou carbasus) n’a point la formé - quadrangu-*
laire de la voile qu’on voit si bien orientée surl’unirème de Marc-Antoine. lia celle d’un guidon et ne peut servir que pour la marche, vent grand largue ou vent arrière. Son échancrure est très-grande et laissé au capitaine la possibilité de bien apercevoir ce qui se passe à la proue de son navire et
(1) Lucain loue, au troisième livrp-de sa Pharsale , un marin habile qui, mieux .qu’aucun autre, sait toujours disposer; ses voiles (les brasser , comme nous disons) ( pour recevoir le vent qui va souffler :
Semper venturis coraponere carbasa ventis. v , .
Ceci prouve qu’on ne prenait pas toujours lé vent en poupe, . et qu’on profitait de celui qui venait d’une direction ôblique'au plan vertical supposé passant par le milieu de la quille. — (V.'cbdessous, Vlrgil. nantie. ,§\V.)
ti? . c Marine antique.
' loin devant lui. Dans mon Gloss. nautiq p. 1553, j’ai donné, d’après une peinture de'Pompéf,, une
Trirèntf , d’après Une médaillé, grand broaie. d’Adrien.
unirème allant vent arrière.sous, une voile taillée en guidon. Je. la reproduirai plus loin,- .à propos du jrostrutn. Une trirème (moyen bronze .d’Adrien) (!) marche à gauche à la voilent à la rame, Sa -voile est orientée de telle sorte qu’on peùt dire que le navire va grand. -largue, le vent lui venant de gauche.. Elle est moins- échancrée que pelles- des navires d’Adrien et de Pompëi que-je citais à l’instant. Leç anciens avaient, ce qui était fort naturel, d’ailleurs, plusieurs espèces de Voiles ; voiles de plusieurs grandeurs pour les temps différents, voiles pour le plus près et voiles pour, le vent arrière. Ils savaient na-> viguer contre le vent, en louvoyant, comme on a navigué depuis eux. Ils usaient de cette allure, toutes les fois qu’elle leur était possible. Cqmme nous,
(1) Sur cette médaille et sur la précédente, ‘voir plus loin le Post-scriptum - * • •
là Flotte de césar. - irt
ils subissaient le malheur de certaines . situations. Quand le vent refusait , c’est-à-dire quand l’angle formé par la direction du vent et par la ligne de la ' quille du navire se rétrécissait ; quand le vent était trop fort, ils étaient obligés de changer leur route, de mouiller l’ancre, ou, s’ils étaient au large,' de fuir devant la tempêté. Lorsqu’on voit, parti de' Leptis,vet poursuivait Yarus qui a pu doubler le. cap derrière lequél est le golfe d’Àdrumète, César contraint de mouiller au -sud de ce cap, et d’abandonner la chasse jusqu’au lendemain (ci-dessus, p. 92), il ne faut accuser ni la conformation de ses vaisseaux longs, ni l’ignorance de sjes marins. Il obéit à que nécëssité-à laquelle- cèdent sbirvent les
meilleurs navires et les marins les plus hardis. •
• ' - ' ! «inÈMEs. • .
X<es monuments anciens qui montrent des vais-
seaiix à deax rangs de rames ne sont pas très-rares. Sans, parler de la colonûe Trajane (1), le musée du
(t) L'es denx ndvires tirés de la colonne Trajane que je repro- -duis ici spntçalquéssur le groupe publié par J. Roudelet; j’aicopéudant- corrigé le dessin de Rondelet, fautif en ce point que cct architecte fit, de la birème du second plan, upe trirème, ce qui est contraire à la vérité. AlfonsOChacon (Alf.Ciaconus), Espagnol , doçteuren théologie de l’ordre dcsl’récbeurs, danslesdcssinsdont il accompagna son « Bistoriu vtrhtsque belliLacici »(Rome, 1 . 576 , Dietro Santi Jlftrtoli, dans sa « Çolonna Trniana «, dédiée
à Louis XIV par de Rossi, s’accordent sur ce point, que les vaisseaux du premier et du second platr, sur la cplonne Trajanc, .
*• j . ■- vu
Vatican possède un bas-relief en marbre (1) représentant un navire à deux rangs de rames' superposées et alternées, sortant de sacs de cuir, qui semblent attachés au navire par des clous. Les deux rangs paraissent trèa-rapproohés Tonde l’autre. Un bas-relief - de la villa AJbani, cité par M. Anthony ltich, dans son Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques, pag. 82, porte la figure d’une birème dans les mêmes conditions (2^ Parmi les médailles Dariques,
' sont des biromes. Au troisième pian, est un navire (n° 236, de Chacon) qui est birème selon Piranesi et Pietro Santi Bartoli, et trirème, suivant le moine espagnol. D'assez grandes et nombreuses différences existent entre les images de 1576 et celles des deux autres reproducteurs de la côlonuc Trajanc, et je ne' suis pas en mesure de dire si Chacon est plus fidèle que ceux qui vinrent après lui : mais la trirème me yestedouteuse.
Dans les deux birèmes, les rames AA sont celles du rang supérieur ou rang des tbranites; lès rames BB sont celles du second rang ou des thalamites. (Y. p. 132, 133.) En C, est un rameur qui tient une ramedechaque main;c’est.une erreUrsingulièredusculpteür r auteur du monument Je n’ai pas besoin d’insister pour faire comprendre que ce rameur, comme tous ses camarades, maniait un seul aviron, et n’aurait pu en manœuvrer deux, la largeur de la birème étant telle que les rames auraient été d’un poids considérable, V la coursie, ouverte' entre les rameurs de droite et ceux de gauche, deVant d’ailleurs rester toujours libre pour le passage de l’avant à l’arrière du navire. J’ai reproduit le détail erroné échappé àd’artiste romain, afin de le faire remarquer aux antiquaires non marins qui pourraient s’en autoriser pour faire très^petites les birèmes. ' , * r
(1) Monument élevé par Auguste après la bataille d’Actium. Voir Bibl. imp., œuvre de'Piranési, vol. intitulé : Vases.
(2) L’anieur du Dictionnaire estimé que je cite n’a pas vu Je
gardées au cabinet de la Bibliothèque impériale, deux grandes pièces en argent ont à leur revers des birèines dont le rang inférieur des rames est marqué par une ligne inscrivant le premier aviron de Ta^ vant et les extrémités des rames du rang supérieur, lin grand bronze d’Adrien porte une birème marchant àgauche, les sept rames du premier rang sortant de dessous le rempart qui couvre les ramein’6, les sept du second rang sortant de trous inférieurs à ce parapet.
Le plus bel exemple que j ? aie vu d’une birème antique, et le plus ancien qui existe peut-être, m’est fourni par un peintre d’Etrurie qui exécuta — on
Birème tirée d’une médaille Dariqne.
médaillon de Gordien III, dont j’ai parlé tout à l’heure (p. 109) ; il a le tort de donner pour une qu^drirème la trirème qui y ligure ; la superposition des rames en trois étages est d’une évidence qui ne peut tromper un œil exercé. M. A. Ilich a reproduit la ligure étrange, donnée du médaillon de Gordien III, par Fabretti dans son ouvrage sur la colonne Trajane; il a néglige de comparer cette méchante image au bnmze que comprit si mal le dessinateur employé par Fabretti, etacoutribué par là à accréditer une, erreur contre laquelle proteste le monu- T nr < mie tirée d’un médaillon de Gordien III. ment dont, quant à moi, j’ai cherché à rendrb exactement ce qu’il a d’essenliel, la représentation de la trirème sur laquelle navigue l’empereur (lordien. ’.
Lft FtOTTE DE CÉSAR. - lit
croit que ce fut antérieurement à la fondation de Rome — la décoration d’un vase Tyrrhénien. Cettç çoupe fort curieuse appartient à la belle collection de M. le. duc de Blac&s, qui m’a gracieusement per- . mis de voir, d’étudier et de dessiner jen croquis quatre navires qui en sont le précieux ornement (4).
De ces quatre bâtiments, deux sont navires decharge; les deux autres sont vaisseaux longs. Les . deux onéraires marchent à droite; les birèmes vont • à gauche. Une des onéraires porte, gonflée par le vent, une voile large et peu haute ; la seconde navigue sous une voile à demi repliée par des cargués nombreuses. Quant. aux vaisseaux longs, ils vont à la rame et aussi à la voile, sous l’alluré du largue, les ailes ouvertes au vent qui leur vient de tribord. Leurs voiles sont de l’espèce de celles dont je parlais
il n’y a qu’un moment (p. 411). Echanerées parde
bas, mais non point par une échancrure angulaire,
— la leur est largement arrondie, — leurs écoutes [pedes) sont attachées aux extrémités des deux points ou cornes longuement pendantes. Les rames sont en action en même temps que la voile. Ces rames sont ainsi disposées : dans la première birème il y a douze
(1) La coupe de M. le duc de Glaças, au moins en ce qui touche, sa décoration nautique, a une grande analogie avec une large ■ coupe étrusque appartenant au cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale, et avec un vase de forme allongée dont je parlerai dans la seconde de ces études, le EueTèv vavp.ax<>v d’Homère..
1(1 marine antique.
rames au rang supérieur et six au rang de dessous.
Les rames ne sont point immédiatement les unes au-dessus des au- ^ tres.Lapremièredu second rang est plus voisine de l’étrave que celle du pre- 1 mier. Au milieu de l’interscalme (l’es- §
pace qui sépare les J chevilles auxquelles sontliéeslesrames),' f au milieu de l’in- I terscalme des avirons du second rang èstplaeéle scalmé de l’uviron supérieur; ainsi, lés trous où se meuvent les rames sont alternés - de la proue à la pou pe, comme dans vaisseau de moderne les sabords canons.
coude birème a douze rames en haut et neuf en bas. Notons, pour ne rien oublier, qu’elle remorque une petite galère non armée. - ' , -
Pourquoi les rames inférieures sont-elles moins
nombreuses que leurs supérieures? Probablement,
parce que le dernier tiers du navire, du côté de la poupe, très-allongé, plus étroit de beaucoup que la partie de la proue, et tout à fait hors de l’eau, eût été trop chargé et trop embarrassé par un double appareil de rames, par un double rang d’hommes maniant les avirons.
Pour expliquer le système de ces birèmes étrus^ ques, il y a deux hypothèses également admissibles. * -
D’abord, supposer que les rames du second rang sont appuyées sur le bordage qui fait la jonction de la muraille et du pont de la birème; imaginer ensuite qu’au-dessus de ce bordage — la gouttière moderne — est élevé ..un mur d’un mètre environ sur lequel on a' établi les rames du premier rang. -Daus cette hypothèse , tous les rameurs sont sur le pont-, ceux qui manient les avirons inférieurs, assis sur des bancs peu élevés , les autres sur dés bancs beaucoup plus hauts ; tous assis près de la muraille du navire, pour que le maniement de la rame soit , facile et que l’angle fait par l’aviron et la verticale abaissée du sommet de la muraille ne soit pas trop ouvert.- ■
La seconde hypothèse, supposera les rames d’en haut appuyées sur la gouttière et manœuvrées par des rameurs assis sur des bancs fixés au pont elle
ïio MARINE ÀNTÏQEE. '
fera. sortir les rames d’en bas, de sabords perces dans la muraille, au-dessous du pont, celles-ci maniées par dés rameurs logés dans un entrepont bas, mais assez haut pourtant pour quais puissent respirer à l'aise et agir un peu librement, ^
Je ne crois pas que de sérieuses Objections puissent s’élever- contre 'cette double explication du système des birèmes Tyrrhéniermes. La première peut servir à la restitution de l’ordre des rames des navires birèmes qu’on voit sur plusieurs médailles et sur la colonne Trajane, où l’on remarque des bâti—
• ments . ayant" un double rang de rameurs, les uns. assis aésezbâs pour que leur tête ne paraisse point, les- autres nageant debout ou assis sur des bancs élevés (1). Quant à la seconde, elle se présente avecdes avantages incontestables-; elle se -base sur un fait. ■ historique dont je suis, pôur moi, très-décidé à ne pas méconnaître l’importance. Ces deux expiica-" tiôns, disôns-le avant d’aller plus loin ^ me serviront' dans un instant, quand je voudrai fonder le systèmeen- vertu duquel j’essayerai de restaurer, de faire re- .
, Vivre l'antique navire à trois rangs de rames. • . •. • ' Je dis que la seconde hypothèse exposée phi s haut ’ a pour elle l’autorité dé l'histoire; je le démontre.
' Les Grecs du bas empire eurent une marine dans laquelle se conservèrent certainement plus d une
(l) . Voir plus lraut v p. U4
tradition des marines antérieures Pour la guerre , ils avaient des vaisseaux longs; chez lesquels la rapidité — ce mot ne doit pas être pris dans le sms où il peut et doit être entendu, aujourd’hui que leS moyens d’acqüérir la vitesse sont tout autres que ceux dont disposait l’homme réduit à son action personnelle ? produite! a l’aide d’une rame, — dès vaisseaux longs, dis-je, chez lesquels la rapidité était la condition essentielle, et quê, pour cette raison ,• F on nommait Dr ornons. Ces naviresuvaietit remplacé les antiques vaisseaux de-guerre domt les derniers qü'i eurent une grandé importance avaient trois rangs de Tàmes. Cohtinuateurs des trirèmes, seuleçaent par leur destination, les dromons , appelés encore Mères 'par quelques auteurs, leurs contemporains, n’avaient pas trois étagés de rameurs.
L’éôrivain qui nous a' laissé le plus de details siir les dromons; l’èntpererUr Léon VI , nommé : le philosophé et le' savant , à qui nous devons un très-curieux traité des Tactiques militaires, nous apprend <jüe de son temps (im neuvième siècle de l’ère chrétienne, 900 ans environ après la mort de Juléfe César) les plus grands dromons, ceux qui étaient le type deS vaisseaux de guerre, comme l’avait été plusieurs sièolès uuparàvant la galère trière (4), étaient
(l) Du temps de Zosime, qui écrivait au cinquième siècle de
l’èrejnoderne, il ne restait plus de la trirème que sou nom, venu de l'antiquité.
m marine antique .
des navires à dèux rangs de rames, superposées de bout en bout, ainsi que nous Venons der voir que, dans une portion de la' longueur de -la birème Tyrrhénienne, l’étaient les rames des deux étages. « Que •« tout dromen, » dit l’empereur Léon dont nous traduisons le texte de notre mieux, « soit long, « large en proportion de sa longueur, et porte deux « rangs de rames, l’un supérieur, l’aiitre inférieur. « Que chaque rangée ait au moins vingt-cinq bancs « pour asseoir les rameurs , l’une de cés rangées à « droite, l’autre à gauche. Que le nombre des sol- « dats et des rameurs, rameurs et soldats tout à la « fois, soit de cent en comprenant les deux rangs. » Voilà qui est formel : « deux rangs, l’un supérieur, l’autre inférieur. » Pour qu’il ne reste pas de douté sur la nature de cette superposition , l’auteur des Tactiques dit, art, xix de son chap. IIspV vauaaytcfc ; « Autant que tu le pourras, » — il écrit pour son ffls Constantin Porphyrogénète — « mets les sol- « dats les plus braves, les plus robustes, les plus ac- « tifs dans la partie supérieure du dromon » (sur le pont assurément) ; « car ce sont ceux-là qui doivent « en venir aux mains avec les ennemis. Si, parmi tes « soldats, tu découvres quelques hommes sans force « et sans courage , rejette-les dans le rang inférieur '■ « des rameurs. Si tes soldats d’en haut sont mis « hors de combat par des blessures , remplace-les « par des rameurs du rang d'en bas. »
Quoi de plus clair et de plus positif? Comment hésiter à reconnaître que les deux rangs de rameurs se recouvraient dans, toute leur longueur? Comment ne pas admettre que ces deux rangs étaient sépares par un pont ou plancher, et que l’inférieur était dans un entrepont, lorsque le supérieur était à ciel ouvert? Quant à moi, je. ne doute pas plus aujourd’hui de la réalité de la birèfeae à deux étages, le second couvert par l’autre, que je n’en doutais en 1840 et en 1850, quand je publiai mon Archéologie navale , et mon Glossaire nautique où je traitai longuement des dromons et de leur armement en guerre (1). Ce qui laissait alors dans mon esprit un doute sérieux, c’était la possibilité de la superposition des rames •au-dessus de deux étages, ainsi que l’entendirent Scaliger, Scheffer, Paulmier, Fabretti et d’autres critiques. Je ne pouvais admettre que le nombre des étages — j’hésitais, quant à la trirème-, et n’osais pas me prononcer — put grandir de trois à quarante, en accordant qu’ils se .couvrissent les uns les autres comme les deux du dromon-dicro te , si bien établis par Léon VI. Je n’admettais pas davantage que le côté d’un vaisseau long, fût comme un escalier sur chacune des marches duquel était assis un ou plusieurs rameurs. Aucun des autres systèmes proposés
(f) Voir Archéologie navale, 1. 1", Mémoire n° 4, et Glossaire nautique, p. 604-6. . * • • ,
par l’érudition ne me semblait plus acceptable, tous contredits par quelques textes dont il faut absolument accepter l’autorité, tous en opposition avec les lois de la construction navale, .
*• ' Un des textes sur lesquels, se sont appuyés les partisans de la superposition des rangs de rames se couvrant par étages d’un bout à l’autre du' lia* vire, est cette phrase de Végpce : « Quod ad niay-^ « nitudinem nerf inet , m ininlæ liburnœ remorum « habefit singulos ordines ; paulo majores hiûos , « idoneœ mensurœ ternos vpl-quatemos , inter dum « f/uinos sortiuntur remigum grgdus.y» J. Rondelet conclut de cette phrase que les Lib urnes (1), vais-
(1) On ne sait point ce qui caractérisait la construction des navires faits d’après le système liburnien,ct enquoi ils différaient des anciens vaisseaux longs qu’ils remplacèrent én partie, quand les qualités qu’on reconnut en eux -les recommandèrent puissamment aux constructeurs et aux marins. Leur mérite principal parait avoir été dans une légèreté relative, tout à l’avantage de leur marche et de la précision dans leurs évolutions. Un antiquaire à qui l’on ne peut reprocher la timidité, et qui pousse peut-être un peu loin la hardiesse, M. -Anthony Rich, dit du navire nommé liburna: « IL était très-allongé et se terminait en une pointe mince à l’avant comme à l’arriére .... Quoique la construction de ces navires ne nous soit pas connue d!une manière précise et qu’on n’en ait point de représentation authentique; la ligure ci-jointe (\u’ on rencontre sur les médailles de Claude et de Domitien répond assez bien à la description quenous avons donnée, pour qu’on puisse l’offrir comme une image probablement fidèle d’une liburna d’un ordre inférieur et de" la plus petite dimension.... » La figure que joint à son article M. îtich ne se voit sur aucunedes médailles de Claude ou do
seaux faits par les Romains sur le modèle de ceux des Liburniens habiles constructeurs de navires
Domitien que possède la Bibliothèque impériale ; elle n’est don^ née par aucun auteur sérieux. M. Rich l'a empruntée, je suppose, à deux médailles imaginées par Onuphrius Panvinius, qui grava, dans son traité De îûdls circensibus, deux médaillons inconnus des numismatistes, composés sans doute par Panvi 1 nius lui-mème, etreprésentant des paumachies, Tune au revers d’une pièce supposée de Claude, l’autre sur une pièce de la famille de' Domitien , médaillons prétendus romains, qui ont des légendes grecques. M. Rich ne s’ est. point assez défié de Panvinius, antiquaire d’une témérité bien grande en ce qui touche aux restitutions des monuments anciens. Il s’est laissé persuader par Ce sâvant qoi, dans la seconde partie de son traité De Lüdis, a donné une grande planche représentant un combat naval, imagequ’il a intitulée: Naumaehlx , ld est navalis pügnx cxvetusteis lapidum nummorum monument eis deforntatio. Cette restitution hypothétique présente les tigures nombreuses de navires pris partout, et toujours mal copiés. Une de ces tigures, la première à gauche, ,ep ‘haut, dans les planches xlont je signale la grossière inlidélité, est celle d’un navire à rames ayant deux rostres, l’un à l avant, l’autre à l’arrière ; le dernier pourvu d’Hne seule pointe à coté de laquelle est peint un œil, le premier fait d'une tète de sanglier. Or aucune médaille connue ne porte une telle figure navale, que M. Rich a copiée religieusement, et dont il a illustré l’article Triremis, de son Dictionnaire. Panvinius traduisit sans doute à sa maniéré ■ — traduction singulièrement libre! — un des petits navires marchands qui se trouvent gravés sur les médailles représentant le port d'Ostre. Les navires que Panvinius croit dotés de deux proues n’en ont qu'une, en effet, et ce qujil prit pour une pointe n’est autre chose qu'un gouvernail tres-incliné vers l’arrière, dont le temps, dans les pièces devenues frustes, a effacé les formes essentielles. AI. A. Rich aurait dû ne pas s’y tromper A l'appui de sa définition de la liburnej l’antiquaire anglais cite Végèce, Lucain et Çilius Italiens. Le poète qui raconta les
propres à la course, avaient, les moindres, un seul
rang de rames et ceux qui étaient plus grands,
événements de la seconde guerre punique n’a pas uu vers, pas un mot dont on puisse inférer que les liburnes avaient à la proue une pointe comme elles en avaient une à la poupe. Uv'rc XIII, v. 240-43, à propos de Scipion dont il veut peindre la marche rapide, il dit, le comparant à la liburne :.
Quanta est vis agili per caerula summa liburnæ, *
Quœ, pariter quoties revocatæ ad peotora tonsàj
Percussere fretum, ventis fugit ocior, et se,
Quam longaest, uno remorum præterit ictu.
Ceci fait comprendre que la liburne était rapide, plus rapide que le vent, — expression poétique, — et que, sous l’influence de chacun des coups de ses rames, elle faisait un chemin plus long qu’elle n’était longue elle-même. Lucain, pas plus que Silius Italicus, ne parle des deux pointes de la liburne, dans sa nomenclature des navires Césariens qui combattirent contre les Marseillais. Apres avoir mentionné les navires à plusieurs ordres de rames (Voir ci-dessus, p. î>6), il cite les liburnes qui n’ont que deux ordres d’avirons : « Contentx gemino crevtsse liburnæ, » dit l’auteur de la Pharsale. Quand il a nommé les trirèmes, les quadrirémes et les navires qui ont un plus grand nombre de rames, et avant de désigner l’hexère de Brutus, le pocte nomme les liburnes, contentes d’avoir grandi jusqu’à avoir deux rangs d'avirons ; cela est très-clair. Il y avait des liburnes unirèmes, comme le dit Végèce; il y en avait de birèmes, et ce sont celles-là dont, après LuCain, parle. Appien dans son livre consacré à la guerre d'IUyrie, lorsqu’à propos' des Liburniens, pirates qui couraient la mer d’Ionie sur des navires légers et rapides, il dit : « C’est de là que les birèmes « légères et vîtes à la course sont nommées liburnes par les Ro- « mains. » Plutarque nomme Aiêvpvixi; les navires qui composaient la flotte d’Auguste à la bataille d’Aotium. Eutrope dit que les Romains se battirent pour la première fois sur mer, la cinquième année de la première guerre punique, avec des vais-
depuis trois jusqu’à quatre et cinq rangs de rames (ou de gradins), en raison de leur grandeur. Cette manière de traduire me semble un peu hardie. Pour bien faire comprendre la façon dont il entendait Végèce , Rondelet donna la coupe d’une quiuquêrème où les manches des avirons correspondent à un degré d’un gradin établi dans l’intérieur du navire (i). Je ne crois pas qu’il faille interpréter ainsi un texte que Stewechius ne comprimas mieux quand il dit : « Ces ordres de rames ( ordines ) ne doivent « pas être considérés comme établis en hauteur, mais « bien en largeur. S’ils étaient doubles, triples, qua- « druples, etc., les navires étaient nommés birèmes,
seaux armés d'éperons qu’on nomme liburnes (ÿMasZ/&Mm<M vocant).Végè ce(liv.IV, cliap. 33) raconte qu’à la bataille d’Actium, Auguste dut l’avantage qu’il remporta sur Antoine au secours des Liburniens, dont les navires étaient plus propres à une action navale que ne l’étaient tous les autres. 11 ajoute que, depuis ce temps- là, les Romains firent leurs vaisseaux à l'instar de ceux des Liburniens, et qu’à partir de cetle époque les navires de guerre prirent le nom de liburnes. Au cinquième siècle, selon Zosime , on voyait des liburnes aussi rapides que les unirèmes à cinquante rames (vingt-cinq de chaque côté), mais plus petites queles trirèmes qui déjà, depuis plusieursannées, avaient été abandonnées. Végèce dit que « la liburne est faite principalement de bois de cyprès, de pin domestique et de sapin ; et que, pour sa construction, il vaut mieux employer des clous d’airain que des clous de fer. » — Voilà bien des choses sur les liburnes, mais rien qui fasse connaître leur forme et l’organisation de leurs rames; rien non plus qui justifie l’assertiooTk M. Ricb, quant aux deux pointes qu’il leur suppose.
(f) Mémoire sur la marine des anciens. Paris, in-4*, 1820.
t< trirèmes,' quadrirèmes , etc. » Yégèce dit seulement : «Quant à ce qui touche'à leur grandeur,
Coupe au maître ban, (Tune quJrtquèrème à gradins, par Roftdelcl, d’après Végècc. •
« J lés moindres liburnes ont des ordres uniques de . « rames ; celles qui sont un peu plus grandes , des «.ordres doubles; pour celles d’une graudeur confr Tenable [id&neœ est bien vague ! j les, places des « rameurs sont tirées .au sprt (1) dans des ordres « triples, quadruples et quelquefois quintuples. » L'ordo .est, chez Végèce comme chez Léon VI , un rang, établi dans la longueur du navire ayant vingtcinq ou un plus grand nombre d’avirons. G radiis , que je traduis par : places, étaient, selon moi, les bancs où l’on asseyait les rameurs, les transira de Virgilé. Peu élevés, généralement, ils pouvaient, être comparés aux marches d’un escalier.
Mais ne nous arrêtons pas plus longtemps à dis-
(1) Voir Gloss, vaut,.: « Sorliri remos. »
LA. FLOTTE Dû. CÉSAR. 120
cuter les termes d’un texte qui a peu de valeur, car Végèce, qui écrivait au quatrième siècle, n’avait pas sous les yeux de navires plus grands que les birèmes.
Les trirèmes, les quadrirèmes et les peiitères n’étaient alors qu’une tradition lointaine, et Végèce la faisait revivre, par une hypothèse, pour relier le • • passé au présent. Il ne savait probablement pas plus ce qu’étaient les trirèmes antiques , que les historiens de notre temps rte savent ce qu’étaient à Lépan te (1571) les frégates,' les galio'tes , les galères , subtiles, les galères plus grandes que celles-ci et les galéasseSj géants de là famille des navires à rames. Venons au fait de la restitution „d’ une trirème antique.
TIUKÈMES. ' ' V .
•le pose d’abord en principe que je n’ai pas la prétention de faire un navire d’une marche supérieure, un navire qui puisse; pour sa vitesse, être comparé à; ceux qui reçoivent l’impulsion des roues ou de l’hélice, mues par la vapeur. Les vaisseaux longs vantés pour leur rapidité par les poètes et les historiens , étaient lents , si nous les comparons aux moins rapides de nos steamers ; véloces, si 011 les met en parallèle avec les navires de chaîne ( onerariœ ), dont la marche pesante et grave les exposait aux\ coups des galères et des piratés, montés sur des
MARINE ANTlQOE.
myoparons légers. Ne cherchons dope point la solution du problème que se proposerait de résoudre un ingénieur qui , voulant construire — abstraction faite de certains textes , à la lettre desquels il me faut satisfaire, moi — un bâtiment traîné par des rames dans un triple ordre, travaillerait à lui donner la plus grande vitesse possible. L’ingénieur qui ne serait pas tenu à vaincre les difficultés entrevues par l’archéologue marin serait fort à son aise; il disposerait ses rames, ou comme les a disposées Rondelet, dans sa coupe de la quinqiîérème de Végèce (ci-dessus, p. 1.28), ou de toute autre façon qui lui paraîtrait meilleure. J’ai,' quant à moi, des obligations auxquelles je ne puis me soustraire; je ne suis pas libre ; quelques textes me lient, et je dois subir leur étreinte. Ces textes, les voici :
« Agrippa au.temnavem Papiœ petebat maxime, « illamquc dira proram (1) et concussam perfregit
(1) Cetlc traduction de J. Scheffer, adoptée par le père Montfaucon, qui ne recourut pas au texte d’Appien, mqnque d’exactitude. Celle de 1840, donnée chez M. Firmin Didot, n’est pas plus près du mot à mot : « Ict unique sub prora et concussam « perp-egit ad carinam usque », dit cétte version. l’ietro Candido n’avait pas traduit, mais paraphrasé, expliqué le passage d’Appièn; il avait dit : « ad Tigna quæ extra proram eminebant (montrant ainsi qu’il savait bien ce qu’étaient les épotides) « magna impetit jactiis navein. perfregit. » (De Bellis civilibas Rovianorum, Venetris, 1472, in-f\) Appien s’exprime en ces termes : « K axa Tf|v h tamfia ègrceaùv », il l’attaqua (avec son rostre) prçs de l’épotide, c’est-à-dire au-dessous de la joue. On
« usque ad carJnçm : qui inejw turribus ad pr.opu- « gnandum consisteront , excussi mnt ; mark in na- « VEM ADMISSüM OliRUI'I' THALASIITAS OMNES , Veliqui « perfracto ta bulato notantes evaserunt. »(Appiau. r D& bell , cïvii. Bom. y lîv. Y, § 107.)
— Intrat diffuses pestis vulèania passini'
Atque iiuplet dispersa foros ; trepidatur omisse - • ■ ' ✓ . Summis remigio ; sed etiam lam rebus in arctis
- Famamali rtondum tanti penetrarat ad imos.
SUiu» It., Punie., 1. XIV,-v. 423.
Dans ôes vers; Silius Italicus peint l’effet de l’in- • cendie sur le navire que monte l’Africain Himilcon.
La flamme jetée par Corbulon du haut d’une tour construite sur des trirèmes liées ensemble (1), embrase le pin, le sapin, le Cyprès dont sont faites les ceuVres mortes du vaisseau carthaginois; élle se propage rapidement à droite 7 • à gauche , partout ,
. sur-ïe pont où nagent les rameurs d’en haut, sur lés ponts plus élevés de la poupe et de la proue ; le mal va si vite que, pendant que le feu s’attaque à tout , dévore tout aux étages supérieurs, la nouvelle dü désastre n’est pas encore arrivée ad imos foros, au pont d’en bas. (Ce mot fûros est incommode; il semble désigner à la fois les ponts ou planchers et les entre-ponts.) - '
verra plus loin ce que Cétait que 1 epotjd* et où elle était attat ehée, à la proue du navire.-
; (i)., . v Textam rohore turrim • •
i Appuierait nexâe ferri conjpage trirepus. (V. 3 & 2 .) . t .,
Du récit pittoresque de Siîi'us Italictis je ne pré-
tends tirer qu’une conclusion. Si lès rameurs d’én bas ignorent encore que lé feu ravage tout l’étage supérieur du navire, il faut admettre nécessairement que ces rameurs, le : plus bas logés, sont dans un entre-pont inférieur au pont que ruine la flamme lancée par Oorbulon. La même conclusion est à tirer du passago’ d’Appien dont j’ai cité là traduction latine. Le navire- de Papias qu'a frappé celui d’ Agrippa est ouvert par l’éperon d’airain, et la mei\ pénétrant, sous la joue, dans la partie du Bâtiment inférieur e à la flottaison, noie tous les 1 tualamiTes - .
Quand je composai mon Glossaire nautique , je n’osai point me prononcer sur le \éritable sens du mot tliala/nite que les savants ont interprété de deux façons différentes ; . deux scoliastes d’Aristophane ayant dit, l’un que le thalamite était le rameur
du rang inférieur d’un navire à plusieurs rangs,
l’autre qu’il était le rameur voisin delà proue. Le passage d’Appien que je viens d expliquer' m’avait échappé; il ne permet aucun doute: les thalàinites ramaient tout à fait en bas, à la hauteur du thala^ rnbs,. chambre dutriérarqùe ou du préteur, laquelle était sans doute à l’arriére et en bas , comme fut .toujours la chambre du capitaine , ce réduit étroit, éclairé par le haut et que Pétrone nomme diœta (1).
(1) Voir Gloss, nauliq., voc. Dixta.— V n des anciens édi- . teurs de Pétrone a cru que la dixta était le tabernacle, ' carrosse
Les thranites ranjaient en haut, sur le pont, à la hauteur du Opâvo;, siège du capitaine ou peut-être du timonier. Quant aux rameurs, qui, dans les na- • • vires plus grands que les birèmes, nageaient au- v .1 dessus des thalamites et au-dessous des thranites, ils avaient le. nom de zy gîtes. On ne sait pas bien quelle partie du navire, dans sa hauteur, était ap- , < • pelée Wyoç. Pollux dit seulement Tfc 5à | séG* vew<
Le joug était peut-être la poutre principale, qui, au maître couple, servait de liaison aux deux côtés du navire, la maîtresse ïatte de la galère moderne, le maître bau du vaisseau rond.
ou tehdciet élevé au-dessus de la proue, où se tenaient le préteur et le capitaine dù navire, pour s’abriter du froid, de la ' pluie ou du soleil ; habitaculum léger et mobile, composé d’une carcasse en bois recouverte d’une étoffe épaisse, de couleur plus ' -
ou moins éclatante, ou seulement U’une grosse toile, quand le navire ne revêtait pas ses habits de fête. La d'ueta était bien la . - • '
chambre du capitaine. Pétrone fait dire à Encolpe, qui s’est réfugié dans ce réduit : « Atidimus murtnuv insolitum, et sub dixta jnagistri, quasi cupientis exite, belluæ gemilum. » Ces cris de bête féroce se faisaient entendre dans lasentine, sous la chambre . * du maître, et non sous le tabernaculum. C’était le poète ' .
Eumolpe qui, dans la cale où il s’était caché, répétait, au milieu du transport poétique auquel il était en proie, les vers qu’il improvisait et mettait par écrit sur une gramde feuille de parche- ’ * .
min. Plus loin, à propos du Thalamus, je citerai, dans une note, un second passage de Pétrone, qui prouve jusqu’à l’évi- " dence que la dixta était la chambre du capitaine. On verra bientôt de quelles parties se composait la poupe de la galère . . . * et la consiructiou dans et sous laquelle s’établissait le tabernacle, où tendelet, comme op disait en. France au seizième et . au dix-septième siècje.. * ■’ ' • ” '
Polybe , racontant la perte du navire décère de Philippe, qui était le vaisseau prétorien (ou commandant), dit que ce bâtiment ayant été frappé par l’éperon d’une triérémio}ie (1), au milieu de sa longueur, et au-dessous du rang ifes thranites , la triérémiolie y resta fixée, ce qui gêna fort fes mouvements que le timonier voulait donner à la décère. Il y a là une faute étrange que n’ont remarquée ui les -éditeurs, ni les traducteurs, ni les commentateurs de Polybe , et que n’a relevée aucun des critiques qui ont entrepris d’expliquer les textes des
(1) On ne sait pas ce qu’était le navire qui portait ce nom composé de trière et d 'hémiùlie. L’hémiolié, mot auquel je ne donne point pour étymologie : -îjgt et 5>o; (la moitié et le tout, ou : plus grand de moitié), puisque aucun texte ne me fait connaître quel était le navire auquel on auraitcomparé l’hémiolie, plus grande de moitié; liémiolie me semble fait de fjg 1 » et âScoXta, bancs de rameurs, et, à mon sens, te nom désignait un navire qui n’avait que la moitié de sa longueur garnie de rameurs; l’arrière par exemple, l’avant restant libre pour les combattants. A cet égard, je me range à l'opinion de VEtymolorjus Syltmrgü. La triémiolie ou triérémiolie pouvait être une trirème participant de l'hémiolie, en ce que, sur le pont des rameurs d’en haut, l’appareil des rames occupait seulement l’espace compris entre le dernier banc de la poupe et le milieu de la longueur du navire en allant dé l’arrièfe à la proue. Ainsi, supposons une trière ayant trente rames de thranites et autant de zygites, dans son armement complet, elle serait devenue triérémiolie en perdant quinze rames, de la proue au milieu, dans les deux rangs des thranites et des zygites, et en gardant trente rames dé thalamitcs de chaque bord, ce qui lui aurait fait soixante rames de chaque côté, ou en tout cept vingt rames au lieu de cent quatre-vingts.
auteurs anciens où il est question de la marine. Au lieu de « ôpavïnv » dans le passage qui nous occupe, il faut de toute nécessité lire « QaXafmtv. » En ‘effet, l’éperon de la triérémiolie , comme celui de tous les vaisseaux longs, armés pour le combat, était fixé au bas de l’étrave, quelquefois en partie un peu au-dessus du niveau de la mer, mais le plus ordinairement au-dessous, et à demi immergé (f). Les blessures qu’il pouvait faire n’étaient dangereuses ou pour mieux dire mortelles qu’à la condition qu’il ouvrait un navire à sa flottaison ou un peu au-dessous. La triérémiolie qui s’attacha à la décère de Philippe ne put donc frapper le flanc du vaisseau qu’à la ligne d’eau, c’est-à-dire au-dessous des scalmes des thalamites, les rameurs du rang Je plus bas. Pour admettre le contraire, il faudrait croire que le navire abordeur se serait dressé sur sa poupe au moment où il touchait le navire abordé ; et comment accepter une opinion si manifestement contraire à la nature des choses? Il faut donc réformer le texte de Polybe et restituer à l’historien l’expression réelle de sa pensée qui ne saurait être douteuse pour les marins.
Les rames des thalamites étaient courtes. Arrien, parlant des birèmes, dit que« leurs rames inférieures « étaient rangées peu au-dessus des ondes »; c’est-à-
(1) Je parlerai plus loin de l’éperon on rostrum, de sa forme et de son emplacement.
dire que les trous ou sabords de nage par lesquels elles passaientpouralleràlamer .étaient fort rapprochés de la ligne de flottaison du navire (1). Ce n’est pas sans intèntion que je cité' ee détail donné par l’histo-» rien des expéditions d’Alexandre (liv. VI) (2). Je veux m’en autoriser dans la construction que' j’entreprendrai tout à l’heure d’une trirètne antique. Les thalamites occupaient, au-dessous de la cale, un espace entre deux ponts, où ils manœuvraient des v rames courtes, sortant de trous, voisins du niveau de l’eau, assez éloignés cependant de la mer pour que la lamé que 4e vent soulevait n’entrât pas dans le navire par cep Ouvertures qu’on avait soin de fermer, d’ailleurs, à 'tous les étages, par dés sacs de cuir cloués autour du petit sabord , entourant la hampe de la rame et la serrantj comme la braie de toile goudronnée serre
le mât, le piston d’une pompe ou la tète d’un gou-
vernail dans le vaisseau moderne. Ceci est hors de doute. 11 est probable que pendant le gros temps les rames des thalamites étaient rentrées dans le vaisseau, leur usage devenant très-difficile, et que les sabords de nage du rang inférieur étaient bouchés jusqu’au retour du calme. - • -
(1) Y. Glossaire nautique, art. Kiimi; p. 90t.
( 2 ) Un des scoliastes d’Aristophane dit, daûs les Grenouilles .- « Les thalamites recevaient moibs (de solde) que les autres rameurs, parce que leurs rames étaient plus courtes et plus voisines de la mer que celles de leurs camarades. »
Tous les Systèmes imaginés par les hommes qui ont cherché à restaurer les navires à rames de l’antiquité sans avoir égard à cès faits, incontestables selon moi, après l’explication que j’ai donnée des passages de Silius Italicus et d’Appien, peuvent être ingénieux, mais ils pèchent par l'inobservation d’un des points essentiels de la question. Ainsi, la restitution de la quinquérème par gradins, d’après Végèce, proposée par J. Rondelet est inadmissible , le rang des thalamites étant à ciel ouvert au lieu, d’être sous un pont (1). Il est bien clair que, si les thalamites de la décère de Philippe avaient été assis, ou debout sur le degré inférieur du gradin à cinq marches que suppose Rondelet , ils ri 1 auraient pas été noyés par l’eau, introduite dans le navire; .car ils auraient franchi bien Vite le second degré, le • troisième et >ainsi de suite. D’ailleurs, Rondelet plaçant la première marche de son gradin sur un pont établi au-dessus de la flottaison du navire, Je rang des thalamites n’aurait pu être atteint par l’eau qu’un bon moment après le choc du vaisseau de Papias par l’éperon de celui d’Agrippa. Il faut absolument, pour que le texte d’Appien ait un sens raisonnable, que le pont sur lequel rament les thalamites, plancher établi un peu au-dessus de la cale, le soit au-dessous du tirant d’eau en charge au vais-
(l) Yojr la figure* p. 128, .. . ; •
138 M/ffllNÉ ANTIQUE. • .
seau. Dans le cas du vaisseau d’IIimilcon brûlé par Corbulon , les thalamites de Rondelet auraient certainement connu l’incendie aussi tôt que les thranites, aucun pont ne les séparant de ceux-ci.
• ' Mè dira-t-on qu Appien et Silius Italicus sont des auteurs auxquels n’est pas due une foi aveugle? Je répondrai qu’en effet ce ne sont point deux écrivains qui se soient occupés particulièrement de la marine ; mais quels sont les écrivains antiques qui ont été spéciaux sur ce chapitre? • ■ . ' •
Quels sont, après Virgile, les historiens ou les poètes qui aient laissé des ouvrages qu’on puisse alléguer comme mieux . renseignés sur çe qui touche à la construction navale, à la manœuvre des vaisseaux, à lâ navigation ? Aucun traité spécial d’art nautique ri’est venu, des temps antiques à nous, et Léon VI se plaignait, il y a neuf cents ans, de, n’avoir trouvé, dans les écrivains de l’antiquité, aucun renseignement précis sur l’art de.la marine. Nous en sommes donc réduits à choisir, parmi les' auteurs anciens, ceüx qui parlent avec intélligence des choses de la marine, — intelligence que reconnaissent aisément les marins, — et je dois dire qu’Appien-et Silius ïtalicus, pour moi, -sont de ceux-là. Je les vois en général exaéts , et dans le cas présent, comme rien ne me paraît répugiîer à la raison dans leurs récits, comme il mé semble très-vraisemblable que les choses purent se passer ainsi qu’ils les racontent, je
tiens leurs textes pour fort respectables, et je les Invoque, convaincu que je suis qu’ils ne doivent pas me tromper.
Allons donc en avant , sans nous arrêter à une objection qui me paraît peu fondée.
Il est un pt’éjugé fortement établi parmi les savants, les marins et les gens du monde, à savoir : que les anciens avaient seulement de petits navires; par des exemples assez nombreux, j’ai démontré dans mon Archéologie navale , que le même préjugé qui existe à propos des navires du moyen âge est sans fondement. Tout ce qu’on lit dans les historiens dignes de foi sur les bâtiments à^ rames, de quelque manière qu’on entende l’organisation de leurs avirons, proirve assez qu’il y avait de grands vaisseaux longs. La rencontre de la décère de Philippe avec la triérémiolie témoigne de la grandeur de ce navire qui, attaqué par un bâtiment plus petit, resté attaché à ses flancs, écrasa l’équipage de la triérèmiolie et ne put être vaincu que par deux quinquérèmes qui, venues’ l'une d’un côté ,. l’autre, de l’autre, la percèrent de leurs éperons et finirent par la prendre d’assaut et la couler» Il est assez connu qu’à la bataille d’Actium les vaisseaux d’Antoine et de Cléopâtre, qui dépassaient de beaucoup en grandeur ceux d’Octave et par là étaient plus lourds et moins obéissants aux volontés de leurs capitaines, durent surtout à cette exagération de la masse la
défaite qui déshonora Marc-Antoine. Plutarque dit qu’Àntoine mit plus de vingt mille hommes, munis de lourdes armes, sur les meilleurs et les plus grands de ces vaisseaux, de dix à trois ordres de rames (.1). L’historien ajoute que les vaisseaux d’Octave-Âuguste , non-seulement avaient peur d’attaquer par l’avant ces navires qu’armaient dé puissants, éperons d’airain, mais encore qu'ils ne se hasardaient guère à les attaquer eu flanc; car, au choc, leurs rostres moins solides se brisaient dans le ventre de bâtiments revêtus de bordages très-épais qui recouvraient des membres d’un bois de fort échantillon,. liés ensemble par du fer, B arriva là à Octave ce qui était arrivé à’ia flotte de Jules César dans son combat contre les hauts et gros navirés dçs Yënètes,
Dans une restitution des vaisseaux longs des Latins, on ne doit .pas craindre de. paraître exagéré < n supposant’ des bâtiments de dimensions égales à celles de certains navires du moyen âge et des temps modernes.
Les galères ordinaires du dix-septième v siècle qui continuaient, à. quelques différences près,, iputi les à mentionner ici, les galères subtiles du seizième,
(1) « Il (Antoine) fit brusler toutes les autres nauires, fors que soixàte Egyptiennes , & ne retint que les meilleures & les plus grandes galères, depuis trois rangs.de rames iusques a dix, sur lesquelles il mit vingt et deux mille cùbatans, auee deux mille hommes de trait. » (Amyot , AtUouitts, p. 708, édit, de 1625 des Vies des hommes illustres .).
traditions elles-mêmes de celles qui les avaient précédées, avaient généralement cent pieds (32 m , 48) de longueur en quille, onze pieds six pouces (3“,73) d'élancement à la poupe, - et quatorze pieds et demi (4 m ,71) de quête à la proue; go qui faisait que la longueur totale de la galère, d’un bout à l’autre, sur le pont, étaitrde 40", 92, ou, en chiffres ronds, de .
41 mètres. Sa plus grande largeur était de dix-neuf pieds - (6",17);.le rapport de la. longueur à la largeur était donc de 7 à 1 environ. La galère, sur le pont, au point vertical correspondant au talon de la quille, . . était large de dix pieds environ{3 m , 24), et au point vertical, correspondant à l’attache de l’étrave à la quille, de quatorze pieds et demi (4 m ,71). Lç creux, mesuré de la quille au pont, était de sept pieds six • ■
pouces (2 m ,43). La hauteur du pont à la flottaison /
' était d’environ trois pieds (0 m , 97). L’appareil des railles, plus haut d^environ deux pieds, était à l to ,62 • environ de cette ligne d’eau. Il faut.remarquer que les rames étaient établies sur des pièces de bois latérales au navire quelles élargissaient, surtout vers la poupe et la proue , en l’encadrant dans un vaste rectangle dont ces apostis , comme ondes nommait, étaient les grands côtés, quand les petits côtés étaient • / formés par les jougs de poupe' et de proue, deux pièces de' bois qui portaient sur leurs extrémités extérieures les apostis de gauche et de droite.
Les médailles d’Adrien, les deniers d’argent dfe
défaite qui déshonora Marc-Antoine. Plutarque dit qu’Ântoine mit plus' de vingt mille hommes, munis de lourdes armes , sur les meilleurs et les plus
grands de ces vaisseaux, de dix à trois ordres de rames (1). L’historien ajoute que les vaisseaux ^Octave-Auguste , non-seulement avaient peur d’attaquer par l’avant .ces navires qu’armaient dé puissants éperons d’airain, mais encore qu’ils ne se hasardaient guère à les attaquer en flanc ; car, au choc, leurs rostres moins solides se brisaient dans le ventre .de bâtiments revêtus de bordages très-épais qui recouvraient des membres d’un bois de fort éohati* tille n. liés ensemble par du fer, Il arriva là à Octave, ce qui était arrivé à la flotte de Jules César dans son combat contre les hauts et gros navires des Yénètes;
Bans une restitution des vaisseaux longs des Latins, on ne doit .pas craindre de paraître exagéré en. supposant: des bâtiments dp dimensions égales à celles de certains navires du moyen âge et des temps modernes. . . . . ’ " ^ . . .. .. t . ^
Les galères ordinaires du dix-septième,, siècle qui continuaient, à. quelques différences près, inutiles à Mentionner ici, les galères subtiles du seiziènie,
(1) « Il (Aiitoioe) lit brusfer toutes les autres nauires, fors que soixâte Egyptiennes , & ne retint que tes meilleures & les plus grandes galères, depuis trois rangs de rames iusques a dix, sur lesquelles il mit vingt et deux 'mille côbalans,,auècdeux jnille hommes de trait. «'(Amyof, 2ft/o?ii«sv.p. 708, édit, de t6îl des Vies des tiomruès. illustres.)- ■ s *.
LA FLOTTE DE CÉSAR. 14 f
traditions elles-mêmes de colles qui les avaient précédées, avaient généralement cent pieds (32 m , 48) de longueur en quille, onze pieds six pouces (3” ,73) d r élancement à la poupe,- et quatorze pieds et demi {4 m vil) de quête à la proue; ce qui faisait que la longueur totale de la galère, d'un bout à l’autre, sur lé pont, était- de 40“, 92, ou, en chiffres ronds, de 41 mètres. Sa plus grande largeur était de dix-neuf pieds- (6 m , 17);. le rappgEt de la. longueur à la largeur était donc de 7 h 1 environ. La galère, sur le pont, au point vertical correspondant au talon de la quille, était large de dix pieds environ{3 m , 24), et au point vertical, correspondant à l’attache de l’étrave à la quille, de quatorze pieds et demi (4 m ,71). Lç creux, mesuré de la quille; au pont, était de sept pieds six pouces (2 m ,43). La hauteur du pont à la flottaison ‘était d’environ trois pieds . (O 81 , 97). L’appareil des ranles, plus haut d ? environ deux pieds, était à 1®,62 environ de cette ligne d’eau. Il faut.remarquer que les rames étaient établies sur des pièces de bois laté-' raies au navire qu’elles élargissaient, surtout vers la poupe et la proue , en l’encadrant dans un vaste rectangle dont, ces apostis , comme ondes nommait, étaient Jes grands côtés, quand les petits côtés étaient formés par les jougs de poupe- et de proue, deux pièces de- bois qui portaient sur leurs extrémités extérieures les apostis de gauche et de droite.
Les médailles d’Adrien, les deniers d’argent de;
iîi ' : Marine antique. - ;
Marc-Antoine et le médaillon de Gordien tlï, allégués plus haut (p. 109, 112, M6), mohtrént, en général, ati-dessus du premier rang des rames ou dü rang unique des avirons , une forte pièce de bôis d’où Semblent sortir les 1 rames. C’était quelque chose d’anàlôgue à TapoStis; les Romains le nommaient columbarium , parce que c’était de là que les rames descendaient pour aller plonger leurs pelles dans la mer'()toXufk6(lw, je plonge). Par extension, les trous Ou petits sabords d T où sortaient les rames à tous les étages, recevaient le nom de coliimbaria (1).
; Lés ràmés des galères modernes , à vingt-cinq ou vingt-six avirons de chaque côté, "étaient longues de 11*, 69.. Sur cette longueur, douze pieds (3 m ,^0) : étaient donnés à la partie de la rame comprise entré la poignée où s’appliquait la main du premier rameùr, ou vogue^avant, et le tolet où s’attachait l’aviron sur l’apostis. Lâ partie extérieure de la rame, celle qui, partant du tolet, allait à l’eau , était de vingt- quatre pïèds (7“,80). L’intervalle entre chaque tolet ou scaime était de quatre pieds (t nl ,30), ou quelquefois un peu moindre. ( Description d’une galère , Ms. in-fol. appartenant au Dépôt de la marine.)
(I) Les Grecs nommaient ces sabords vp^^aTa, trous. Le plat bord.du navire sur lequel était plantéé la série des tolets, seul mes ou chevilles auxquelles étaient attachées les rames daus les unirèmes, était nommé en grec : rpàmiL
LA f LOTTE DB CÉSAR.
Sur les données de, cette galère, qui diffèrent peu de celles que j’ai pu recueillir dans les manuscrits des treizième,' quatorzième et quinzième siècles, traitant de la construction des navires à rames, on pourrait très-bien, selon moi, restituer une galère unirème antique. En diminuant les dimensions de la galère du dix-septième siècle, "qui pouvait. être des moyennes au temps de César et d’Auguste , on obtiendrait une unirème pontée ( tecta ), ou non portée ( navis long a. aphractQ, non tecta) ; et je pensequ’on serait très-Yoisin de la vérité, si l’on ne tenait pas compte de quelques modifications dans les fa r . -
çons de la carène et dans celles des œuvres mortpsi * ■
La galère unirème, cataphractée ou couverte, grau- • • •
die dans .toutes ses parties, serait, à mon sens , la ; 1 •
base de la birème à vingt-cinq rames basses -et
vingt-cinq rames hautes, le dromon-dicrote ordi- •. •; naire de l’empereur Léon VI. ‘ A.
■; restitution ü’une petite trirème. .v . - •
• Quant à la galère trirème, après bjæn des essais,
des doutes, -des tâtonnements, voici ce -què je pro- -
poserais si j’étais appelé à donner mou avis sur le'
parti à prendre pour la construction, d’une trirème
à, l’antique $ et sur la restitution de galères plue
grandes, celles qui ont porté les noms de quadri- . v * ..
rème, qiwnquérèrae, lievère, lieptèTe et octère. ;
, •* ; •; j • vi.
Je supposerais un navire, large à sa flottaison, de- 5^,80 et long de 42 mètres, dans lé -rapport', par c&nséquentr, de t à 8, ou uû peu rhoins,. rapport plus 'favorable à la marche que celui de 1 à 7, et qui n’est pas sans exemplè-dans ce que je connais du passé des galères. Ainsi Marino .San"uto:(liv. II, partié 4, èji.-ii), indiquante Jean XXI I les proportions-des gà; . lères de Son temps (quatorzième siècle)-,-, lui disait . qu’elles avaient vingt-trois pas et deux pieds véni- . tiens, (40 m ,63) de longueur totale, et o m ,27 de largeur in ore (à son ouverture), c’est-à-dire, àla hauteur oh 'était établi -le. pont ou la coù verte. Cette hauteur, mesurée au milieu du navire, de la quille au pont sur lequel étaient placés les bancs .de la chiour me, 'était de 2 m ,49. Dans mon projetVcette hauteur le creux nleèuré de planche en planche — serait dè2 ,n , 90. On
• voit qhe je n’invente guère et que si je suis un peu
plus grànd dans toutes les' dimensions qùe je suppose, je garde, entré ces dimensions, les mêmes rapports que pour des galères, réputées bonnes ma rocheuses, prescrivaient les ; charpentiers du moyen âge, cofitiuuàteurs assurément de leurs devanciers.
Tout le systènïe d’apostis, de jougs, de parapets,
pour asseoir les raïnes; mettre à couvert lés rameur fet fouraîraux soldats des lieux de combats munis de' remparts, ajoutait un assez. grand’ poids à celui de In coque ; je voudrais que les hauts de la trirème fussent moi us lourds. -t'élèverais la mutfaîlle: du ftn-
LA FLOTTE DE CÉSAR, vire d’un mètre seulement: cette muraille aurait à' échantillon (épaisseur) 0 m ,20.
Ma trirème aurait i m , 80 ds tirant d’eau, en charge.
A vingt centimètres au moins au-dessous de la lifjne de flottaison, je construirais un plancher ou pont, couvrant la sentine, avec laquelle il communiquerait par des écoutilles toujours ouvertes, afin de laisser l’air se renouveler dans cette cale. Là seraient placées deux des pompes destinées à vider les eaux, qui , sans cette précaution , croupiraient sur le lest de pierre et empesteraient les rameurs de l’étage le plus bas.
Sur le pont dont je viens de parier, et dans un entre-pont que je suppose borné par un second pont, construit à la hauteur de l m ,60, je placerais mes rameurs thalamites. Je pourrais donner à cet entrepont un peu plus d’élévation pour laisser plus de liberté aux rameurs ; mais 1 m ,60 est la hauteur de l’entre-pont dans quelques brigs de guerre, à voiles, et j’ai pensé qu’en asseyant le rameur sur un banc haut de 0 m ,45, hauteur d’une chaise ordinaire, cet homme ne serait point gêné dans son action, qui consisterait à faire mouvoir une rame longiuyseulement d’environ 4 ln ,lo (1). Cette rame sortirait d’un petit
(1) Il ne faut pas oublier que les thalamites, comme les autres rameurs, pour faire, à un moment donne, les plus grands efforts possibles avec leurs avirons et obtenir les meilleurs effets, se levaient de leur banc afin de porter le plus loin qu’ils pouvaient MARINE ANTIQUE. 13
14fi MARINE ANTIQUE.
sabord, rond ou carré, incliné à l’horizon, et dans lequel serait planté le scalme auquel devrait être attaché l’aviron. Arrien, comme on Ta vu plus haut (p. 135), dit que la rame inférieure d’une birème était très-voisine de l’eau ; dans ma supposition, le point où la rame du thalamite reposerait dans le sabord de nage serait au-dessus de la ligne de flottaison de 0”,70. Cette rame assez légère, dont le manche aurait 1 mètre environ de longueur, serait d’un maniement très-facile, allant chercher son point d’appui dans la mer à 2 m ,10 du flanc du navire.
Logés comme je viens de le dire, les thalamites seraient dans les conditions où les placent les textes d’Appien et de Silius Italicus que j’ai rapportés plus haut(p. 130-31), et dont j’ai dit que tout ingénieur, tout archéologue, tout critique, devrait ne pas négliger les termes, sous peine de ne point satisfaire aux données essentielles du problème à résoudre. Mes
àrarrièredu navire la poignée de leur rame, d’enfoncer leur leviér dans l’eau, et, en retombant sur leurs sièges, de l’attirer à eux jusqu’à ce que le manche touchât leur poitripe. Lucain a trèsbien décrit les deux derniers mouvements delà nage allongée, quaud il a dit, liv. 111, v. 541 :
Tum cærula verrunt
Atque in transtra cadunt, et remis pectora puisant.
La hauteur que je donnerais à l’entre-pont des thalamites n’aurait rien que de raisonnable en la portant à l“,G0, ce qui permettrait aux rameursde l’ordre hasdese lever, en s’inclinant, pour le premier temps de la nage,, et de respirer un peu à l’aise pepdant leur séjour dans le faux pont. '■ , >
thalamites seraient d ailleurs dans cet entre-pont que l’empereur Léon YI donnait aux rameurs du rang inférieur de son dromon à deux étages (voÿ. ci-desèus, p. 122). Mon hypothèse, sous ce dernier point de vue, a donc pour elle trois textes qu’on m’aurait opposés certainement, et avec beaucoup de raison, si je les avais négligés ainsi que l’ont fait tous les savants ingénieurs et aussi tous les érudits qui, étrangers à la construction navale , ont tenté la restitution des vaisseaux longs antiques. Ne sachant qu’en tirer, ils ont pris le parti facile de paraître les ignorer ou de les rejeter sans les discuter, procédés également indignes de la science.
Venons aux rameurs du deuxième rang, à ceùx que , selon le scoliaste d’Aristophane, on nommait les zÿgites.
Rien n’est mieux établi que l’inégalité des rames dans les navireè à deux ou trois rangs d’avirons superposés. La raison est contraire à leur égalité :• à quoi servirait, èn effet, que la rame du thalamite fût égale â celle du thranite? Cette longueur, loin d’être un avantage, serait un obstacle pour les rameursdu rang d’en bas. Les médailles ne laissent aucun doute sur l’inégalité des rames. Toutes celles que j’ai alléguées ci-dessus montrent bien la rame la plus haute plus grande que celle qui lui est immédiatement inférieure, et celle-ci plus longue que la dernière, très-voisine de la mer. Les bas-reliefs du mu-
MARINE ANTIQÜE. •
sée deJNaples (ci-dessus, p. 108 ), la trirème peinte, • empruntée à là décoration d’une maison de Pompéi, confirment le Tait attesté par les médailles, fait nécessaire et qui est affirmé d’ailleurs par Galien. Cet auteur dit, au chap. xxiv du livre I er de son traité De mu partium corporis humani (j’emprunte le texte latin de Kühn) : Quètnadmodum , opinor , et in triremibus remorum extremitàtes ad unam œqualitatem perveniunt , quum tamen itisi orqtics non sint œqiîales. . ' ' -
Ceci est très-juste et fort bien observé : quand elles sont dans l’eau , les rames paraissent égales. Elles s’introduisent, en effet, dans la mer autant lune que l’autre ; mais, descendant de hauteurs inégales, elles ne sont point également longues. Ce qui me semble moins bon, c’est la comparaison que fait le docte Galien de la main de l’homme avec les rames de la trirème. Quelle analogie put-il remarquer .entre nos doigts et les rames placées sur des plans différents, leviers inflexibles qui, plongeant .de hauteurs inégales dans l’eau ôù elles entraient à peu près l’une autant que les deux autres, remplissaient un office qui n’avait aucun rapport avec celui que remplissent les doigts de la main humaine, dont Galien admirait, avec raison. assurément, l’intellr— gente- composition, qui les rend propres à saisir les objets^ grands ou petits, plats ou sphériques, minces ou gros? J’avoue, pour moi, que ce qu’il peut y avoir
de' rapports entre le doigt le plus long de la main et là plus longue rame de la galère à trois rangs, entre l’auriculaire et la rame du thalamite, ne me frappe aucunement. Mais enfin , si je passe condamnation sur une. comparaison qui m’étonne et que je sais empruntée par le médecin de Bergame au philosophe de Stagire qu’il copie souvent, et que, cette fois, il reproduit sans critique, chose surprenante de la part d’un .esprit fine*, délicat, d’un observateur ordinairement exact et scrupuleux ; si, dans le texte de Galien, je ne veux voir autre chose que cette affirmation qui m’intéresse « Les rames de la a galère à trois rangs étaient inégales , » je ne puis cependant pas ne. point m’arrêter à une phrase complémentaire de Galien, qu’ Aristote écrivit aussi, à . en croire toutes les éditions de ses "œuvres, phrase étrange qu’il faut citer ici.
Voici ce que dit Aristote : « Kaî ô&r^a-roç.Si puxpô;
6p6w;, xal ô piéno; jxaxpô;, oiuxep xwtir\ fj.îaov veto;. » (1)
Voyons maintenant ce que Galien a fait de cette observation : « K a 6 ira p, oTuat, xàv Ta t; Tpi^piai xi rapata
twv . xonrôiv eiç ïoov tçxiveÏTat, xaiTOiy’oùx ïcwv a7Ta<rû>v oùawv , TOiyapouv xxxei Ta; piaa; peyiaTa; arapay^ovrai oià tr ( v aùx^v aiTiav. b (2)
(1) Aristote, De par tibus animalium, liv. III, p. 633, édit, de Casaubon, in-fol. Lyon, t590.
( 2 ) Galien, De usu partium corporis humani, 1. I, cbap. xxiv, p. 85, édit. deKübn, 1822.
150 MARIEE ANTIQUE;.
M. Ch. Dareraberg, exact «t savant traducteur de Galien (1), rend ainsi ce passage : « Il en est de même,
«. je pense , sur les trirèmes où les extrémités des « rames arrivent sur. la même, ligne, bien qu’en : « réalité les rames elles-mêmes ne soient pas égav, les. C’est pour la même raison qu’on fait les ra- <c mes du milieu les plus longues. ». Rapprochant, comme il le devait, la brève affirmation d’Aristote, de la paraphrase de Galien, M. Daremberg a traduit ainsi les quelques mots d’Aristote quej’ai rapportés:
« C’est avec raison que le dernier doigt est petit , et « que le doigt du milieu est grand , de la même « manière' que la rame du milieu dans un vais- « seau . ,» . .
Ainsi, selon Aristote et Galien, et du -consentement de Casaubon , de Kühn et. de M. Charles Daremberg, les doigts de la main humaine, faits pour se ployer et saisir, peuvent être comparés aux rames d’une trirème, parce qu’ils paraissent égaux en longueur quand la main est fermée , comme les le.- .viers qui poussent le navire, inégaux d’ailleurs, «ont .égaux en arrivant à l’eau; bien plus, et c’est là ce qu’il y a de tout à fait singulier, « la rame du milieu » fut faite la plus longue , par analogie avec /e plus long doigt ou médius. C’est à n’y pas croire !
Comment -Aristote , qui avait dû voir des trirè-
(1) Œuvres de Galien , in-8°, t. I er , p. 1Ç5.
mes, comment Galien, qui, dans ses nombreux .voyages sur mer, put étudier la formé et l’organisation des navires à rames, en vinrent-ils à prétendre que la rame du milieu dans la trirème était la plus grande? Les monuments, d’accord avec les textes, nous font voir la rame du milieu moins grande que la rame qui descend de l’étage le plus élevé r plus grande que la rame du rang le plus bas;* et il y a, de bonnes raisons pour qu’il en soit ainsi. Quand- les auteurs anciens ne nous auraient pas appris que la rame du thranite, partant du rang le. plus élevé, était la plus longue, par conséquent la plus lourde et la plus difficile à manier, ce qui valait qu thranite une paye plus forte que celle des rameurs des rangs inférieurs (1), le bon sens nous avertirait que la rame du milieu, celle du zy- . gîte, devait être moins longue que celle du thranite : car pourquoi aurait-elle été plus . longue , quel profit aurait rapporté au navire cét aviron qui aurait ' été chercher la mer plus loin que l’aviron thranite et la rame thalamite? Cette grandeur de l’aviron zygite est contraire à la logique autant qu’au fait,
(lj Thucydide (VI) dit qu’on donnait aux thranites, indépendamment de la solde ordinaire, une solde extraordinaire ; et son sceliastc dit clairement que, si les thranites recevaient une solde plus grande que leg autres rameurs, c’est qu’ils maniaient •des rames plus difticiles à manœuvrer que celles de. leurs camarades, ces rames étant plus longues..(Voy., quant à la paye des thalamiles, la note 2, p. 436.)
et il est aussi impossible de l’admettre qu’il l’est de comprendre par quelle singulière inadvertance Ans- . >to te la supposa. ' .
v tJne faute dans les premiers manuscrits d’Aristote, toujours reproduite pendant trois siècles, aura- . abusé .Galien , qui l’aura acceptée sans la remarquer ôü sans oser la signaler : je ne saurais expliquer autrement l’étrangeté des assertions que je reproche .à Galion et à son prédécesseur, assertions qui préconisent une chose incroyable et qui n’a jamais été vraie, de quelque combinaison qu’aient fait usage les constructeurs de trirèmes , trois cents ans avant notre ère. * : .
J’en demande bien pardon aux traducteurs d’A- - , > ' f ristote et de Galien,' mais’ ils se sont laissé tromper
par des paroles qui n’ont pas de sens raisonnable,
ou, .pour mieux dire, qui présentent le plus fâcheux
contre-sens. . • • .• - •' ; . . ..
‘Quant à la comparaison du système des doigts de , l’hoinme avec P appareil des rames de la galère trière,, si l’on voulait absolument' l’établn*- on ne pourrait le faire qu’en regardant la main ouverte et non fermée (comme le dit Galien) , en voyant complaisamment , dans le doigt médius la rame du (hranite , dans V annulaire la rame du zygite , dans X auriculaire la rame, du thalamitè ; en supposant, enfin, que les extrémités de ces doigts correspondent aux sabords d’oùsortaient les avirons de
lîi galère, et que la partie de la main où s’attachent lés phalanges représente la mer, où arrivaient égales les rames , inégales, en longueur. Mais à quoi bon une pareille comparaison, qui n’a rien de frappant ni d’utile? Laissons à Galien ce qu’il a dit d’excellent sur la conformation de la main; retranchons de son traité, comme de celui d’Aristote, ce que tous deux Ont dit de la rame du milieu, faite à l’image du doigt médial, et comme lui plus longue que les autres avirons (1).
Revenons aux rames du second rang de matn-r .
rème. Je nie garderais bien de les faire plus longues que celles du premier, et je les placerais sur le pont, limite supérieure de l’entre-pont des thalamites. Les zygites y seraient assis sur des bancs peu çlevés, de
(1) Dans une note attachée au passage de Galien, qui vient de m’arrêter un peu trop longtemps peut-être, — mais je ne pouvais fuir cette discussion sans m’exposer à m’entendre accuser d’avoir ignoré les passages d’Aristote et de Galien, ou d’avoir craint de m’expliquer à leur égard, — M. Ch. Daremberg, qui me fait l’honneur de me nommer et renvoie son lecteur à l’art. XpirjpTiç dç mou Glossaire nautique, s’exprime ainsi, quant aax trirèmes : « Le mode de construction de ces espèces de vaisseaux et la disposition des trois rangs de rames est encore un problème pour les gens du métier. Peut-être le texte de Galien et celui d’Aristote pourraient-ils servir à en préparer la solution. » Hélas ! ces textes ne peuvent servir qu’à égarer les érudits qui n’ont que des notions incertaines de l’art des constructions navales chez les anciens. Si la question est, pour moi, plus avancée aujourd'hui qu’au moment où j’écrivais, plein de doutes et de regrets, les quelques lignes consacrées aux trirèmes dans mon Glossaire, on vient de voir qu’Aristote et’ Galien n’ont pu aider à ce progrès.
0 m ,20 par exemple, — c’est bien la moindre hauteur qu’on pourrait donner à ces sièges, — et feraient mouvoir des rames de 6®, 40, dont la partie, antérieure (garnie de plomb) aurait de longueur i m ,40. La partie extérieure, longue de 5 mètres, irait chercher son point d’appui dans l’eau à 3 m ,f>0 du flanc de la trirème. La'rame du zygitc passerait par un sabord ou le tolet serait fixé à un point distant, en hauteur, de l œ ,0o de la ligne des scalmes thalamites. Disons que cette rame, balancée sur le seuillet de son sabord, ne serait pas lourde et pourrait être aisément -manœuvrée par un seul homme. Ajoutons que notre navire aurait une rentrée.de 0 m ,f S au plus, à la hauteur du pont supérieur; cette rentrée serait de 0 m ,20 à la hauteur du plat-bord. La hautçur totale de la trirème, mesurée sur son côté, de la flottaison au sommet du plat-bord, serait de 2 m ,55. On remarquera que je veux rester dans des limites étroites pour construire un navire qui, en respectant les textes que je regarde comme sacramentels, serait dans de bonnes conditions d’existence. J’ai d’ailleurs un motif pour me tenir, en construisant cette petite tri- „ rème, fort au-dessous des dimensions que j’aurais pu proposer pour la construction d’une trirème aussi grande que le furent les galéaSses des quinzième et seizième siècles. Ce motif, le voici : la grandeur desgaléasses sera celle à laquelle j’ arriverai pour la- restitution de l’hexèrc, comme j’entends qii’elle devai t'être.
LA KLOTTE DE ÇÉSAR. li.S
Les zygites placés ainsi que je viens de le supposer, je placerais les thranites sur le pont des zygites, et sur des bancs, élevés à la hauteur du siège du capitaine, le thranos. Le banc du thranite serait élevé de 0 m ,50 environ.; sa rame, dont le manche serait garni de plomb, comme celui de l'aviron du zygite, traverserait un sabord percé dans le platbord à 0 ra ,T0 au-dessus du pont ; elle aurait de longueur 8”, 7o.et irait chercher son point d’appui dans
l’eau à 5 mètres du flanc de la trirème. La ligne des scalmes des thranites serait à 0 m ,40 au-dessus de celle des scalmes des. zygites, celle-ci étant audessus des scalmes des thalamites de 4 “05.
Je pourrais assigner un autre emplacement à la. rame du thranite. J’ai dit ci-dessus (p. 1 42) que plusieurs des trirèmes gravées .sur les médailles paraissent avoir une pièce de bois d’où semblent sortir les rames des. galères unirèmes et les rames thranites des galères trières. Cette pièce est une sorte d’apostis que je pourrais établir en dehors du navire, au moyen de consoles ou corbeaux qui s’éloigneraient de la muraille de cinquante centimètres environ. Un petit plancher la relierait à la muraille ; une balustrade . s’élèverait sur son rebord extérieur, les pieds de ce parapet s’appuyant sur la tète des corbeaux. C’est . sur cette pièce extérieure que je placerais les scalmes des rames maniées par les thranites. Ces rames auraient, dans ce cas., de longueur totale 9"‘,25, au
» rX- •»'v
8 m ,7o, cette différence étant au bénéfice du
LA FLOTTE DE CtSAtt.
manche,- qui , en grandissant ainsi,' rendrait plus aisée la manœuvre de l’aviron. Ajoutons que le petit balcon dont je viens de parler devrait être attaché à 4a muraille de la galerie à oO centirtiètres au-dessus de la rangée des sabords de nage des zygites.
Le», sabords des thranites, ceux des zygites et des thalamites, n’étaient point, chez les anciens, placés immédiatement au-dessous les uns des autres ♦
comme sont les fenêtres d’une maison : ils étaient' dans un ordre oblique, ainsi que, dans un vaisseau moderne à plusieurs batteries, sont les sabords, ouverts en échiquier aux canons. Les sabords de nage, que j’aurais pu écarter les uns des autres de l m ,13 fri?, 29, — et c’est de ces quantités qu’étaient distants les' scalmes des rames sur les galères du moyen âge et des siècles plus rapprochés de nous, — je les écarterais seulement d’un mètre, afin de multiplier les- rames et d’augmenter la vitesse de la trirème. Quant à la position respective des tolets, élle serait marquée, par des distances de 0 m ,5U ; ainsi, en admettant que le premier aviron dé l’avant fût celui d’un zygite, au-dessus de lui et en arrière serait l’aviron d’un thranite à 0 m ,50 de distance, et audessous, à 0 m jo0 delà rame de celui-ci, serait l’aviron du thaüamite.
' Les rames seraient au nombre de cent soixante-
seize, maniées chacune par un homme d’une force moyenne, dont le travail équivaudrait au huitième de
tîelui d’nù cheval de-vapeur ( 1 ) . L’ensemble des foroes
de ces rameurs serait donc représenté, selon la ma-
i Fragment du c&lé. de la piri'me. A, rame thaï, imite ; B, rfuié tyijitc ; C, rime’thrànite.
nière actuelle de compter, par vingt-deux chevaux. Ce n’est pas beaucoup sans doute, mais c’est à peu près ee qu’obtenait une galère ordinaire du dix-
(I) Dans les navigations ortlinair.es, c’est-à-dire lorsque, ne faisant point usage de là voile, à cause du calme, les navires marchaient à l’aviron, maissans être très-pressés par le temps, tous les rameufs ne fonctionnaient pas à la fois. On. divisait “l’équipage des rames en deux ou, trois groupes, dont un ou deux nageaient pendant que l’autre se reposait. Ainsi étaient ménagées les forces des hommes, qu’aurait épuisées un exercice continu pendant quelques heures ou pendant de longues journées. La chiourme tout entière faisait effort sur les rames lorsqu'il fallait se hâter pour entrer dans un port ou pour marcher à l’ennemi. Au moyen âge et plus tard, les équipages des galères furent divisés en trois parties, dont chacune nageait seule à son tour, ou avec un autre groupe , de manière â laisser reposer un ou deux tiers des esclaves rameurs, (Voyei, à. ce sujet, Archéol, nav.ile, t. T 1 , p. 313) V ' * .
septième siècle, mtie par vingt-cinq rames dechaqiie bord, Ghaque rame maniée par cinq hommes, qui tous ne donnaient pas toutes leurs forces dans le labeur pénible de la nage,, les uns par paresse, les autres parce qu’ils se fatiguaient vite, ceux d’ailleurs qui étaient les plus voisins du scalme produisant naturellement moins d’effet que leurs camarades. Mes cent soixante-seize rames seraient ainsi réparties : de chaque côté, vingt-neuf thranites,' trente zygites et vingt-neuf thalamités. Ce nombre de rames pourrait être augmenté en grandissant un peu la trirème dans sa longueur.
Pour la poupe, où devaient être les timoniers, — je suppose4eux gouvernails suspendus aux flancs de. la trirème, près' de l’arrière, un de chaque côté (1),. — 'où' devait être aussi le thranos, siège du capi-
(1) Tous les navires n’avaient pas deux gouvernails. Quelques médailles montrentdes galères ayant un seul deces instruments: celles-ci à bâbord (gauche), celles-là à tribord (droite). Que les gouvernails fussent suspendus aux côtés des vaisseaux antiques, c’est ce qae tous les monuments attestent; c’est aussi ce que prouvent un passage de Pétrone et une phrase de Végcce. Gyas, si je ne me trompe,' voulant fuir le vaisseau de Lyca's, dit a sou compagnon : <> Nunc per puppim, per ipsa gubernacuta dilatjendum estr » 11 est évident que les deux fugitifs ne devaient pouvoir se laisser couler, de la poupe à la mer, par les gouvernails, qu’à la condition que ces deux grandes rames latérales fussent -attachées aux côtés du navire comme l’épée et la dague aux deux flancs d’un homme d’armes. Végcce dit, à proposée la hache à deux tranchapts : Bipcnnis est securis Jiabejis ex utraque parle làlissimunï et aculisslmum ferrum. Per lias in tnedio ar-
taine, je réserverais une langueur de 5 - mètres,-, qui permettrait de placer des soldats pendant le 'Combat
dore pugnandi, peritissimi nautæ tel milites , eum minorïbm scaphulis, secreto incidunt fîmes, jjuibus adversariorum u- GAÏA SÜNT GUBERNACULA. (L. V, chap. XV.) r '
Si les gouvernails n’avaient pas été suspendus en dehors duvaisseau, s’ils avaient traversé le navire et fonctionné dans un trou oblique, né laissant voir que leur pelle entre le bord et la mer, comment les matelots ou les soldats auraient-ils pu coupér les cordes qui liaient les gouvernails au bâtiment? De quelle manière étaient attachés dès gouvernails aux côtés du. vaisseau? Les médailles, les bas-reliefs que j’ai vus, ne portent aucune trace dii système d'attache de cette rame en arriére des derniers avirons de la poupe; tous font voir que la hampe passe derrière h une pièce de bois fixée extérieurement, et qu’au dessus de l’angle où se mouvait verticalement le gouvernail était implantée la barre ou c(ai)us. (Voyez ci-dessus, p. 112, la-trirème d’Adrien, où" cette piècedebois, dontle nom m’est inconnu, est très- visible. > Dans l’angle dont je parle devait exister un -amarrage fait pour • empêcher que le gouvernail ne descendit, màis insuffisant sans doute pour le maintenir dans une position convenable et ' pour le défendre contre les efforts de la nier.
Probablement des cordes s’attachaient au milieu de la pelle, en allant.-Punéà l’avant,- l’autre à l’arrière, du gouvernail, etservaient de guides et de retenue. Ce sont ces cordes qu'on cherchait à couper pendant le combat, pour rendre im- •possibleou du moins trèsdifficile l’action du gouvérnail. J? Scheffer s’est étrangement alnisé quami il a dit
Cette figure d’un gouvernail latéral attacÜé aux bateaux en usage sur te Pô. à Polesella, où je Ifs; -vis* en 18$5, peut- aider à faire, comprendre le * •a ÿstème flès gouvernails antiques. AK , pièce de bois verticale sur laquelle ./appuie la tête D du -gouvernail DE ; C, estrope- qui lie, sans le serre? trop , la gouvernail à son support; IB, croissant en bois, second appui du gouvernail ; B, barre du* gouvernail; KG, corde qui retient le gouvernail,
- • et l’empéchè de quitter sa position en B. *
et quelques matelots pour manœuvrer les écoutes de la'Yoile. A la proue serait un espace, plus arrondi
que les cordes dont parle Végèce étaient des estropes analogues à celles des rames horizontales. 11 n’a pas réfléchi que cette estrôpe, si estrope il y avait eu, aurait du être autour d-u col du gouvernail à la hauteur du plat-bord, et que des hommes montés dans une petite embarcation n’auraient pas pu atteindre avec leurs haches ce. cercle de corde. L’amarrage qui retenait le. gouvernail à la hauteur.de l’aù^v était protégé par la pièce de bois derrière laquelletournait la hampe, et, dans tous les cas, il eut été difficile de le couper.
Les vaisseaüx longs qui figurent sur la colonne Trajane ont des gouvernails attachés aux flancs des navires , et fixé*; au plat-bord par des plates-bandes de fer, courbées comme celles desdourillons des canons, qui maintiennent les pièces sur leurs affûts. Quelquefois une seule plate-bande retient la hampe .du gouvernail; quelquefois la hampe tourne dans deux plates-bandes. On voit ces deux systèmes ci -derrière, p. 162., Les barques qui servent au soutien d’un pont- que ‘ . traversent les soldats de Trajan ont des gouvernails retenus au bord par un double tour d’une large et forte courroie dont le nœud était fait' à l’intérieur du bateau. Je reproduis cette attache dans Ja figure ci-jointe, où E représehle la: hampe du gouvernail et D la double courroie. Le gouvernail était ou urte pelle'à deux ailes (on en-toit un en B'), Ou une pelle n’ayant qu’une aile (ou en voit un en F). Une barre était im-plantée dans la hampe, perpéndiculairementau plan de la rame,' et servait à mouvoir lo gouvernail et à lui faire prendre des positions. plus ou moins inclinées au plan vertical passant parle milieu de la quille. Les Grecs donnaient au gouvernail le nom de wrjSd&tov ; les Latins, celui de gubernàçulum. La barre du gouvernail, nommée jelavus par les Romains, recevait des Grecs le nom de ofa$. Isidore de Séville dit quelque part : Glavub est quo regitut gnhernaeuhm. La hampe à laquelle était atta--. chce l’aile du gouvernail, nommée <pOeîp par les marins de la Grèce, était pour lcè Latins une pertica. Chacune des ailes pre-
que triangulaire, ayant 7 métrés de longueur, élevé au-dessus du pont de 1 mètre environ*. théâtre pour les soldats et plate-forme sur laquelle devrait s’ériger une tour de bois, construite avant le combat, et dbnt les pièces, pendantles navigations ordinaires, et quand aucune apparence de lutte ne nécessiterait la construction dfr la tour, sèraient cachées. sous cette teugue de l’avant, à l’extrémité de laquelle on gâr-, derait une place pour les ancres, les grappins d’abordage et les- machines à lancer dès pierres et des flèches. Il est bien entendu que la partie de la poupe.
naît en Grèce le nom de it«pvYtov, et, dans les navires romains,
celui de pïnna. (Voyez plus \aio ( yirgil. Nantie., § 5, et Gloss. Mut., art '. Barre du gouvernail eï Gouvernail-l
laissée au capitaine serait élevée aussi et plus haute que la teugue de l’avant (l), car il faudrait, que, de cette dunette (2), le triéparque put tout voir aisément pour veiller sur toutes choses, stnns celsa inpuppi , .comme Virgile le dit d’Anchise.
Sur le pont des thranites et des zygites , je tracerais une coursie , allant de l’avant à l’arrière, dans toute la longueur des 30 ,n occupés par les rameurs. Ce passage ( aditus , agea, TtâpoSo? ) (3) serait large de 4 B ',2Û. Dans la coursie , je percerais les écoutilles, ouvertes pour la communication de la cale et de l’entre-pont avec le pont supérieur, écoutilles*
(f) La partie du pont comprise entre le dernier banode l'avant et l’étrave était nommée par les Grecs rçapeÇeipecria (en dpliors, du côté de l’appareil des rames). Le même nom était donné à lapartie du pont comprise entre le premier banc des rameurs et l’étambot. • .• ;
(2) Dans ma pensée, le pont de la poupe ne serait- pas horizontal, mais montant comme uu plan incliné et se recourbant de l’avant à l'arricre : Slantemque m puppe recurva. (Ovide, J»/«- <am./liv. XI, v. 464.) ...
(Zylnque aditu obsisto. (Ovide, Mét, liv. 111, v.,623.) — Agearia-Sunt loca in navi,pcr qitxad reMiges hortalor accedit. (Isidore, Origines.) L’espace laissé vide dans l’entre-pont„entre les rangs de gauche et de droite des rameurs tbalamites, était noifuné agea, comme la coursie du pont supérieur. — Depl tob; fipavÉTa; 56 oî, isapôSo;, itapâôpavo;. (Le chemin qui est prés des thranites est 1 eparodos ou parat/iratios. Pollux, liv. l« r , ch. ix.) Pollux dit : « prés des thranites », parce que, sur le pont, les sièges des.thranites, qui maniaient les- plus ldngs avirons, étaient plus voisins de la coursie que ceui des zygites, ce que j’rfi eu soin * d’ôbserver dans mon projet
pouvant être couvertes par des panneaux à clairevoie ( caitlebotis ). Dans la coursie encore serait pra- . tiquée une ouverture longue pour le mâtage et le démâtage de l’arbre ou mât (ïo-côç, malus), enlevé quelquefois pendant le combat, et rangé, ainsi que les antennes, le long de la coursie, laquelle serait limitée à droite et à gauche par une petite muraille en . bois, comme l’était celle des galères modernes. (V. ci- ' dessus, p. 84.) ■ ■ i
En avant du modius , conduit demi-rcirculaire qui descendrait du pont à la quille et recevrait le mât* # fixé dans cet étambrai par un cercle de fer, et implanté dans une pièce de bois creusée , fixée à la quille, je placerais une pompe allant du pont à la sentine ( sentina , <?vtXoç.). J’ai dit plus haut que deux pompes seraient établies dans l’entre-pont ; cette troisième serait un utile auxiliaire pour elles (1).
(1) Sur ta coursie (le corridorium des Latins des bas âgés) se promenaient deux officiers, le hortator remigum et le symphoniacus : le premier exhortant les rameurs à donner toute leur force pendant la navigation à l’aviron, les encourageant et, par un certain cri mesuré, leur indiquant lés mouvements de la. nage large et de la mge allongée. Ce cri ou chant était nomme jussio, d’où le hortator prenait le nom de jussor tànt qu’il’le faisait entendre ; les Grecs nommaient cette espece de mélopée xeXeuaga, d’où lesLatins avaient fuit le cefeusmd.. Le céleusmc et l'encouragement étaient souvent insuffisants pour exciter les rameprs, aisément fatigués; le hortator avait recours alors au portisculils, bâton qui était l’insigné de sa charge, et. dont il frappait le rameur paresseux ou le maladroit qui n’entrait pas bien dans l'ensemble, si nécessaire à garder pour la. nage. Quel-
Entre les bancs des zy gîtes et le plat-bord, serait un espace d’un demi mètre environ ; j’y mettrais en réserve, à tribord et à bâbord, une douzaine de rames de rechange pour les thrauites et les zygites. J’en voudrais autant dans l’entre-poûfc des thalamites. , Cet ei^re-pont servirait de dortoir pour les soldats pendant la nuit, et d’entrepôt pour les voiles, les oûbles*’ les armes et les piècès des machines dp guerre, montées seulement alors qu’on croirait àùné rencontre hostila ■ : *
Les parties de Centre-pont , placées sous la poupe et sons la proue, devraient être occupées par les, logements du capitaine et des officiers de la trirème. A la poupe, 1 e. thalamus, contenant la potite niche recevant les images des- dieux protecteurs du navire (1), le lit et la table à manger ; à la proue*
quefois les rameurs nommaient leur hortator: portisçulus, du nom de son gourdin. Les rameurs, au moyen âge, appelèrent par antiphrase comité (de comis, doux) l'officier qui, toujours armé du nerf de bœuf, présidait à l’action de la chiourme. ~ .Age !
• était le mot que jetait le plus ordinairement à son équipage Le hortator, nommé souvent ageator, tant parce qu’il prononçait à tout moment l'impératif agc, que’ parce que spn poste était Yagea. ' -,•.*•’* - ' '
Quant au symphoniaam, c'était un homme qui, pour délasser les rameurs, jouait ’sur'la flûte de certains'airs bien rhythmés,
"bu chantait sans accompagnement de certaines chansons vives et gaies, qui avaient le pouvoir de faire oublier, jusqu’à- un certaïh point, à 'ces pauvres gens et le rude métier qu’ils faisaient et le- bàton du portiscule. - ■ , ■ - , •
> (l) Dans sa chambre, le capitaine gardait une représentation
quelques petites chambres pour le second triéraqùe, les centurions des troupes embarquées, et le pilote, fl est mutile de dire que la sentine contiendrait, outre le lest ( arma, saburra, Ipt**), les vivres eh petite quantité, l’eau et lés cordages pour faire des haubans, des drisses de voiles, etc. .
Je n’ai point encore tout dit ; mais il mé reste peü dp chose à dire. Jé ne veux parler ni de la quille (. carina , Tptreiç), ni de l’étrave, ni de l’étambot, ni des couples (. stàtumina ), — côtes du ua vire, membres arrondis comme des U-, largément ouverts ou un .peu plus resserrés, mais: non pas jusqu’à devenir anguleux comme le V, — 1 ni des planches qui serviraient à couvrir la carcasse.de la trirème, à faire son bordage : il me suffira de dire que tout ce qui serait pièce principale et fondamentale de l’édffice ' devrait être en chêne ou rouvre , et tout le reste de la construction, en pin, sapin, cèdre ou -aulne (1); Je
. figurée du dieu ou des dieux sous l’invocation desquels était placé le navire. Encolpe, dans la Satire de Pétrone , dit: Stibrepsi in puppim , uhi Isidis simulâcrüm erat, quod veste preciosa sistroque àrgenlèo spoliavi, et allas mamtbias è diæt a ■ maqistrisustuti. Le navire de G vas où Encolpe commettait ce vol sacrilège, se nommait : '/iis. Ou voit,' par le passage de Pétrone, que lesimages desdieux étaient de petites statués que la piété des marins revêtait de costumes et d’ornements précieux.
. ‘ (1) • ’ — ... Natal uncta carina,
Frondéntesque ferunl remos, et rotrora silvis , ; *.
. - Infabricata... ’f . *
(Virg., Én., 1 iv.i IV, v; 398.)
• (Les. carmes, de la flottaison à la quille, sont enduites de poix
LA FLDtTE de césar.
mentionnerai, comme importantes et ne devant pas être oubliées, des ceintures- ou.pré ceintes, au nombre
et de suif avant d'étre lancées à la mer où elles flottent.) Cette onction, sebatio, qu'on nomma en France Vespalmage (friction faite sur la darène avec la paume de la main, pal ma), était Souvent renouvelée et d'autant plus aisément qu’on tirait fréquemment les navires à terre. Les anciens ne recouvrirent point de métal les parties immergées de leurs vaisseaux ; si-M. Du Puy de Lôme a crû "devoir doubler en cuivre sa trirème, ce n’est point pour se conformer à un usage antique, mais pour augmenter la vitesse de ce Intiment, préoccupation bien grande, à mon avjs.
— ... Udp sub robore vivft ’
Stupa..*. • • „ ■ •
(Virg., Én., liv. Y, v. 631.) — ... Semiusta madescunt
Robora... . <■
(Virg., Én., liv. V, v. 697.)
— Ipsitranstranovantflammisque ambesa teponrünt Robora navigiis... - .
(Virg.,£n.;iiv. V, v. 757.>
— Bis denas itâlo texamus robôre naves.
(Virg., Én., liv. XI, v. ; 325. Voyer plus loin, Yirgilius mutions, |^6.) . .
— Fundatura citas flectuntur robora naves...
■ ' (Ovide.)
Furit... Vulcanus...
Transtra per et remos, et pietas abiete puppes.
(Virg., Én., liv. V, v. 662.)
— Lâbitur uncta vadis abus—
(Virg., Én., liv. VIII. v. 91.)
(Onvoitqne la surface des navires, leurs bordagès, étaient faits de sapin, aussi bien que lès travaux élevés de la poupe.)
Nascitur et casus abies visurà mariuos. . . 'J "
(Viçg., Gcorg., II, v. 68.)
— Alnus arnica frctis... **
. - ' (Stace, liv. YI.)
— ... EFfluclibus aptior alnus. : ■
■ : • . (I.ucain^liv. III, v. 440.)
de doux ou de trois. Peut-être que deux suffiraient à Qotre petite trirème ; plus grande,; elle en aurait . Voulu, certainement trois'. -Chacune de ces ceintures serait en chêne et aurait une épaisseur peu considérable. Je les placerais sous les sabords des rames .des zygites, et sons ceux des rames thalamiteà. .Si j’en supposais une troisième, elle-se placerait entre ces dôux-là (1). ' . . - >
Les anciens, toujours ét partout* préoccupés aies choses de l’art, ne laissaient pas plus sans ornements les détails de l'architecture navale que ceux de l'architecture civile; je voudrais donc que ces pFéceintes fussent décorées d’un ornement léger, mais visible, et produisant un certain effet. Ge goût delà décoration, les Grecs et le&dlomains le portaient loin dans la fabrication de leurs navires; aussi, au-dessus de la proue -et de la poupe, faisaient-ils des constructions légères qui affectaient des formes agréables, émbrassant dans leur contour extérieur la poupe et la proue, qu’elles continuaient en s’élevant, se rétrécissant, et se recourbant
(1) Les Grecs nommaient la -préceinte îworr^p. Les dictionnaires diseut à tort que le Çaemip était : « certaine partie éle- «véé dans un vaisseau. «-Il ÿ avait des préceintes en haut des navires, mais il y en avait aussi en bas, non loin de la flottaison. Héüodore, liv. F r , dit : « La charge enfonçait le navire dans l’eau jusqu’à la troi iéme préceinte. » (Tô 5x8 oc , «xpt xal , lui Tptxov Çoiorripa rrjç ve<1>;, to uÀtop àvé&Àtô^v.j — L^préceinte était nommée zona par lçs Latins. . .
quelquefois 1 en dehors ef le phis souvent en dedans (1), comme nous le montrent tes médailles. Ces constructions, dont la forme générale était celle dela- moitié- postérieure du bonnet phrygien, étaient nommées (tu nom générique gtôXo; (ornemeni). Celle de la poupe recevait pour acrostole , ou décoration placée à son extrémité, Hnc sorte, de panache nommé àtpXowTov par les Grecs et aphisfrum ou amplmtrum par les Latins. Ce panaché, analogue àlaquéue d’un coq, ét que montrent un grand nombre de médailles,' . . était fait de planches d’un bois mince ; il' pouvait s’adapter au stèle et s’en retirer a volonté. l)àns les combats on défendait l’aplustre , comme on aurait ' défendu son enseigne. On emportait l’aplûsfre d’Un navire vaincu et l’on en parait son navire vainqueur; J uvénal a dit quelque part 1 Victai-
que triremis aphistre (2). L’aplustre était toujours
(1) — Stantemquc in puppé recurva. (Ovide, Mélam., liv. XI,
( 2 ) Invenit arma furor : remum contorsit in bostem Aller: at hi totum validis aplustre lacertis
■ ... rotant... ' *. .
(Lucain, lîv. III, v. 671.) ,•
— Dum pugnat ab alta
Puppe Caius, Graiumque audax aplustre retentât,
Terga simul pariter missis et pectora telis v
Transigitur... . . ■
{Pendant que Caîus combat sur la partie la plus élevée de sa poupe, et s’attache,' intrépide, à prendre l’aplustre du navire "des Marseillais, des fléchés, etc.)
doré ou peint de couleurs éclatantes; L’a6rostole de la proue se terminait à sa partie recourbée par im bouolier, une spirale, une boule, une volute, que les, Romains, après les Grecs (1) , nommèrent corymbe. Quelquefois un casque {2) était mis à l’extrémité -de l’acrostule . de 'proue ; quelquefois l’un des deux acrostoles se recourbait en dehors: et se façonnait en col d’oie, ornement’ qui prenait le noin à' amercidus (3). La .« petite oie » figurait plus souvent à la poupe qu’à l’avant. Je voudrais qu’on ne négligeât aucun de ces détails; je voudrais aussi qu’on établit à la poupe, dans le stolos, un tabernacle, ou autrement, une tente sous laquelle devrait être placé le siège du patron ou du capitaine. J’en ai dit quelques mots plus haut, page 160. Les Grecs nommaient ce tabernacle ««H ( tente , pavillon , • hutte). Àrrien dit: Quand le navire qui portait
« le roi fut près du camp, ce prince ordonna qu’ôn « enlevât la tente de la poupe de son vaisseau,, vou- « lant. être bien vu de tous (4). » Ce pavillon était donc mobile et facile à démonter.'
Je n’oublierais pas la figure placée à la proue,
(1) Kôpyjiga, de x6pv(i6o;, extrémité, pointe.
(2) Une médaille rapportée par J. Scheffer, p. 156, porte à son revers une galere unirème dont l'acrostolc de proue est tenninée par une tele casquée.
(3) Les, Grecs nommaient cet ornement x*ivi<rxot, de x^ v > oie. (Voy. plus loin, Yirgilius nuuticus, note D,) «
(4) Liv. VI, Expédit. d’Alex. .
l’image du dieu ou des dieux peinte a la jotipe, «C plus indispensable encore, l’arme de la galère, le'
Restitution hypothétique de la poupe d’une trirème. A , «irroslole de l'arrière B, aplu»tre; C, bouclier ou corymbe; D, tabernacle ou tente; K* intérieur de Facrostole ; F, gouvernail ; G, barre du gouvernail (cia t uj)*, H, rame du thranite ; I ,* rame de zÿgile K, rame de thalimite. %
rostre ou éperon. A (a poupe je peindrais (1) Castor et Pollux, Minerve, Apollon, Isis, Neptune ou le père des dieux (2). Si le navire était consacré à
(1) Disons en passant que le corps du navire devrait être peint de couleur rouge. Quant aux rames, je les voudrais rouges aussi, ou, ce qui serait plus élégant, si la trirème était destinée à un préteur, à un prince, à un empereur, je les peindrais en Liane , rehaussant leurs pales d’ornements rouges ou dorés. (Voÿ. plus loin Virgilfiis nau tiens, notes A et II.)
(2) L’endroit où étaient représentés les dieux protecteurs du navire §c ut mmait tuteln , comme les dieux eux-mêmes. Long-
Digitizeà 6y
Jupiter et .portait son nom au front de ta trirème, au-dessus du massif de bois que terminerait l’éperon ,• et le dos appuyé a l’étravê , je mettrais l’Aigle aux ailes- éployées et tenant la foudre dans ses serres. Au-dessus de cette ligure ou Trowaur^ov , et au-dessous du arôXoç, je ferais écrire le nom du navire : «Jupiter, Minerve, Apollon,- etc. », dans un cadre rond ou ovale , le scutulwn des Romains. Ce cadre serait noblement orné -Quelques galères portaient a l’avant, à la place où sont les écübiers modernes., yne paire d’yeux peints,, mais non percés, qui ne servaient point au passage des cables. Je ne négligerais pas cette- décoration, qui me paraît avoir ' été assez générale pour que- j’en tinsse copipte (1).
temps, en France, il y eut â la poupe une image du Christ,' de la Vierge ou d’uu saint patron, qu’on appelait, ainsi qup'la place où on la voyait, le Dieu-conduit . s
— ... Auralo fulgebat Apolline puppis.
*. (Yirg., jÉn„ liv. X, v. 1 7 1 .->
— ... Tutelæque deorum fluitant...
(Silius Italie.)
— Est mihi, sitque precor, îlavæ tutela Minervœ, ?
Navis et a picta casside nomen hal>et.
. • (Ovide, Trist. \ liv. 1 er , Eglog. IX, V. 1.)
Mônte nec inferior proræ puppique recurvæ • I/isilit et pictos verberat unda-deos.
• (Ovide, TVisL, liv. 1 er , tlglog. 111, V.' 109.) ■.
(1) Les monuments qui montrent des vaisseaux portant^I’ceil, ou, pour dircmioux, les yeux à leur proue, sont nombreux. Voici, d’après une peinture de Pompéi, lavant d’une galère unirème, où les yeux 1 soot'largement ouverts de chaque côté -de
Dlqiiized'by
LA FEOTTE DE CÉSAR. i73
, v L’arme offéjisive qui, scion . Pline, fut imaginée par. Pisée et attachée par lui à l’étrave du vaisseau
l’étrave. J. Schcffer(p. 85 et 129) reproduit un navire entier et la proue d’une galère, où l’œil est très-bien indiqué. Il grave, p. i 75,
d’après Goltzius, une de ces médailles que ce savant seul parait avoir connues ét qu on l’accuse d’avoir imaginées, médaille qu’il a donnée parmi celles d'Auguste; sur cètte pièce est la proue • d’une galère dont on voit rôÿQaXgôîà sa partie antérieure. Des monuments plus authentiques peuvent être allégués ici ; et, pour n’en citer que quelques-uns, une des hircines de la colonne Trajane {voy. ci-dessus, p. 1 1 4) porte l’œil vers son éperon ; sur une médaille de la famille Foutéia, dont je parlerai plus 'loin, (voy. p. 176, note), les deux yeux sont très-visibles. §ur touffes ai romains d'une date ancienne, l’œil est grossièrement dessiné près -de l’étrave. Moins incorrectement, mais. assez mal fait encore, se voit l’œil, sur des médaitles des familles Servilià, 'Curia lia, Trébania, Vibra, Ogùluià et Miirtia, et sur un petit bronzede M. Métellus. Une dés médaillés de là famille Mastia, qui appartient à là Bibliothèque impériale et. qui n’a pas été . ’ gravée, que je s&ehe, montre cette slngularitéd’une proue su* '
de guerre (1), Féperon, nommé rostrum par Içs Ro mains et spêoXov par. les Grecs, fut d’abord , comme ce derniér nom le dit, une sorte d’épieu greffé sur . la pièce de bois courbe dont était formée l’étrave' dé la galère, que les Italiens appelaient au moyen âge la rota di proa , et les Provençaux, la rode (roue) de proue. Cette pointe eut, à une certaine époque, la forme d’une pyramide ou d’un cône ; faite ’ d’airain, elle s’enfonça dans un massif de bois destiné à fortifier le bas de l’étrave et- à recevoir cette pièce de métal, qui devait être assez solidement tenue dans l’espèce d’encastrement où elle entrait* pour ne £as être ébranlée ou démontée par le choc, dans le conflit où elle jouait un grand rôle (2). .
perposée à une poupe. Cette pièce est intéressante par quelques • détails de construction navale qu’elle fait connaître. Sur une autre médaille de la même famille, On voit unfe proue de navire sous la voûte d’un chantier couvert ou navale; sous une se*- ■ponde voûte est une ligure de la Victoire.
-(1) Rostra Davibus Piseus addidit. ' :
. ..(Pline, liv. VII, cb. Lvn.)
1,2) Si grande que fût la précaution prise pour rendre inébrau- - labié l’éperon-, les navires étaient quelquefois désarmés de leur , rostre. Nous ayons vu plus haut (p. 85) que la quadrirème ' d’Octave perdit son éperon dans l’abqrdagé qu’elle fit- avec la quinquérème de Vatinius, rostre cqntre rostre. Plutarque,
dans la Vie d’Antoine, dit que les vaisseaux de César-Auguste craignaient non-seulement d’aborder ceuxd’Antoine par l’avant, ceux-ci étant armés d’éperons d’airain plus forts que ceux-là; mais encore qu’ils redoutaient de les aborder par le flanç, car ils Voyaient se.briser facilement leurs rostres, relativement faibles, dans les murailles de navires faites de planches très-épaisses et
LA FLOTTE DE tîÉEAR. 115
LîépoVon fut façonné quelquefois en forme de corne, d'ergot, ou de bec d’oiseau de proie (rastrum) ; certaines médailles et la colonne Trajaoe montrent des proues de galères munies d’un éperon, dont la pointe relevée devait être d’ùn médiocre effet, et -devait d’ailleurs empêcher le navire abordeur de se détacher aisément du navire abordé, quand il lui avait porté un coup de sa corne. L’épêron droit, fait d’une tête d’animal, — de porc surtout, comme on le voit dans la birème que j’ai donnée ci-dessus, page 118, et dans l’unirème qui ligure ci-après au. commencement de la seconde de ces Études ; comme on le voit encore à l’extrémité d’un rostre de bronze, trouvé dans le port de Gênes, dont parle Misson dans son Nouveau Voyage en Italie (1717), tome 111, page 41 , et qu’ont gravé le P. Montfaucon et d’après lui, M. Rich; — l’éperon droit, fait à deux ou à trois dents, le dernier surtout, fut longtemps en usage sur les navires antiques. Un grand nombre de mé- * . • » . 1 *
consolidées par des liens de fer. — Quand, dans un abordage, on avait entré son éperon, on s’éloignait de son ennemi, en faisant effort sur les rames et en nageant à culer, c’est-à-dire en ramant de manière à faire aller son navire, non plus par la proue, mais par la poupe.
Lucain, parlant de deux vaisseaux longs qui, après s’ètre abordés par l’avaut, s’éloignent l’un de l’àutre, dit, liv. 111,
.Inhibent remis puppes, ac rosira rcducuut...
(Avec les rames, ils ramènent leurs poupes en arrière et reilrent leurs éperons.)
m -, ftïABIP® ANTIQUE.'
dailles publiées par différents auteurs-,. un bas-relief reproduit par Scheffer, la trirème du musée Bourbon, quej’ai donnée ici, page 1 08, la birème publiée par Piranesi (l), la galère unirème-de Pômpéi, que j ’ai gra- ' vée dans mon Archéologie navale (t. I er , p. 24, et ici, p. 173), les médailles de la famille Lollia,. représentant les rostres de la tribune aux harangues, les petites médailles-de Marc- Antoine , un grand nombre d’as romains, montrent l’éperon à trois dents (2) , si d’autres as représentent des , proues aux rostres à une et à deux dents, si toutes les médailles d’Adrien, grand? et moyens bronzes, portent l’image de la proue arméè de l’épèrpn à une seule pointe conique ou pyramidale, plus ou moins longue. Comme, au temps de Marc -Antoine et de Virgile, l’éperon était .à trois dents, ç’est l’éperpn7rr<ieny (3) que j’établirais sousle
(1) Winckelmann et J. D. Le lloy. l’ont prise pour une trirème. Singulière erreur, assurcmenti •
(2) . — Volât irnmisiscàva I'inus habenis Inlinditque solum, etspumas voratu;re tridenti.
, (fi. Bal b us, Argon.)* \
• • — . Totumqtle debiscit . . -, -
. . Conv.ulsum remis, roïdrisque tridentibussequor.
(Virgile, Iiv. Y, v. 143.)
. (3) Y. avait-il des éperons ayant plus de trois dents? La représentation d’une médaille de la famille Fonteia,. donnée par Uorlæusfpl. 18, n° 1) et reproduite par. J. Scheffer {De militia navall, p. 125) pourrait le faire croire. Cette médaille qaontre une galère à un seul rang dp raines,, dont la. proue très-saillante se termine par un rostre à cinq pointes. Un éperouà»cinq dents était tout aussi possible qu’uu éperon à trois dents; mais -aucun
paraséinon, en. l’introduisant dans un massif , composé : i° de deux courbes de boiSj fortes, tendant à
auteur ne mentionne de rostre de cette espèce, et les médailles de la famille Fontéia n’autorisent point à penser que les anciens armassent quelquefois leurs navires de rostres à cinq pointes. Probablement Abraham dëGoorle eut sous les yeux uiie épreuve 1 usée delà médaille Fontéia; il la confiai son dessinateur, qui ne put pas y reconnaître ce que l'artiste romain y avait-mis en effet; de là une copie étrangement fautive et la propagation d’une erreur fâcheuse. Le graveur des médailles de la famille Fontéia, par une dérogation à la coutumela plus ordinaire, qui consistait à représenter en profil, sur les médailles, les navires dont on voulait charger leur revers, a essayé de montrer en raccourci, au revers des pièces où il mettait, sur le droit, les têtes de Castor et de Pollux, une unirème voguant à l’aviron, son capitaine assis au haut de là poupe. 11 a donc fait, de trois quarts, la proue de son vaisseau long, dont il a dessiné; du resle, assez maladroitementle corps en profil. Sa proue, dont l’ensemble rappelle celle de Tunirèmc quë je joins à cette note, montre son acrostole recourbé et incliné un peu à gaache, son étrave que termine un éperon, vu presque de face, et, de chaque côté de l’étrave, un œil ouvert. Les rames, du côté droit du navire, sortent d’un columbarium qui se répète gu côté gauche; et de ce columbarium de bâbord s’élancent cinq ou six rames, qui, au lieu d’être dessinées en perspective, comme les rames de droite de l’unirême dont je place l’image sous les yeux du lecteur, s’épanouissent en éventail. Ce sont ces raines qu’on a prises pour les dents d'un rostre. La Bibliothèque impériale possède trois exemplaires très-bien conservésdes médailles de,la famille Fontéia, singulièrement copiées par Gorlæus ; les personnes qui savent un peu les choses de la marine y reconnaissent aisément les détails de la proue que je viens de décrire. Une de ces médailles a six rames à bâbord; les autres n’en ont que cinq. Réformons donc Gorlæus etScheffer: de Goorlc, qui ne connut sans doute qü’une médaille fruste, Scheffer, qui négligea de vérifier le dessin donné par de Goorle, et ne put se. procurer peut-être une des
sc rejoindre à angle aigu, et s’appliquant 'à l’étrave, de telle sorte que l’angle fût un peu audessous du tirant d’eau du navire ; 2° de deux pièces, fortes aussi, venant, des flancs du bâtiment-, à la pointe dont je parle , et composant, avec les
deux, premières, un corps pyramidal, dont le sommet ouvert recevrait l’éperou (1). Quant ù la cons- Ÿ truction de ce corps, il n’est pas un maître charpentier qui ne trouvât le moyen d’y parvenir, et de couvrir convenablement ce squelette du itpoÉi/.6oXov d’un bordage se mariant d’une manière agréable,;* la proue et à la partie du vaisseau inférieure aux joues. • , . •
Il était deux armes de guerre, particulières aux vaisseaux longs, que je ne dois pas oublier r l’une — elle était double, celle-ci — adhérente au na- 'vire, ainsi qu’y adhérait le roslrum;' l’autre, que l’on suspendait au mât, quand le combat était imminent, et dont on se servait, comme d’un bélier, au moment de l’abordage. La première avait le nom grec imurk, dont l’équivalent latin n’est mentionné dans aucun document antique. ; la seconde , nommée par Homère vaupia^ov, est désignée par le nom latin asser , dans le traité De re militari de Flave René Végéce. Cette dernière est le sujet d’une courte Étude qu’on trou-
(1) je suppose que les anciens ajoutaient le massif de l’éperon à l’étrave, et ne traçaient pas tout d’abord l’étrave et le prolongement de la quille, de manière à leur donner la figure que je décris ici, parce que je vois qu’on munissait du rostre des navires destinés d’abord à un autre office que celui de la guerre. Ainsi Vatinius , comme on l'a vu plus haut (p. 82 ), imposait rostra aux actuaires qu’il était obligé d’arnjer pour le combat. , . - -
vera à la suite de eelle que le lecteur a maintenant sous les yeux (1); quant à l’autre, voici ce que nous en apprennent les textes anciens et les me- - dailles qui nous sont venues de l’antiquité.
L’épotide était une pièce de bois, forte, pointue par une de ses extrémités, taillée en biseau par l’autre, hiquelle était solidement attachée à la joue (7tap £ ia) du navire, au moyen de longues et solides chevilles d’airain. L’épotide, faite pour défendre le vaisseau long de l’abordage, si son éperon était brisé ou démonté , dans le conflit entre lui et un vaisseau ennemi, dépassait le front du navire, mais sa saillie était moins grande que celle du • rostre. Il y avait, de chaque coté de la trirème, une épotide, dont' la pointe était probablement garnie du bandes de fer ou d’airain. Toutes les galères n’avaient pas d’épotidés ( 2 ), et l’on voit sur les médailles des représentations d’unirèmes, de bîrèmes et de trirèmes, qui ne montrent point l’épotide; mais le plus grand nombre eh étaient munies. Suidas dit
(1) Voy. plus loin le Suct èv vaup-a/ov d'Homère.
(2) Leur nom leur venait de leur position. Elles étaient comme deux oreilles (ênt cZ$ dressées en avant, un peu au-., dessus et en arrière de l’un et l’autre œil (ô?0a).u.ô;) ouvert -au front du navire. — M. Du Puy de Lomé, dans la construction de sa trircme, faite pour l'Empereur, n’a pas cru devoir munir d’épotides la proue de son navire, de peur de n’étre pas compris du public, et aussi peut-être dans la crainte d’çnlaidir l avant __ de sa galere, qui est d’uuc forme cléganle etgracieuse. Je n’aurais pas eu, qpantà’moi, dç telles appréhensions.
quelque part : « l)e navire» de charge, ou lit de robustes navires de guerre, en leur attachant des épotides. » Nous avons vu (ci-dessus, p. 82), Vatinkis transformer en bâtiments de combat des actuaires, eu les munissant d'éperons. Thucydide raconte (-liv. VI), que les Syracusains, pour rendre plus propres à la guerre les navires de leur flotte*. fortifiaient leurs proues avec des pièces. de bois enlacées à l’intérieur, et leur attachaient d’épaisses épotides. Dion, parlant (liv. XLIX) de deux armées navales, qu’il compare entre elles, dit que dans l’une étaient des vaisseaux imposants par leur hauteur, par leurs tours et la grosseur de. leurs épotides, et dans l’autre des vaisseaux ayant l'avau- • .* •? *“ ’ * »■ ,
tage de l’agilité. Appieu raconte mi co'mbat où des
navires attaquèrent- leurs adversaires , lés uns aux flancs , -d’autres aux épotides, d’autres encore de
front et rostre-contre rostre. Scbeffer a mal compris Appien, car il a dit : a Çirca has. épotides impettis plerumqlie ficburit à vont ris, uti videmiis apud Ajpionmn De bello civ. » L’éperon ne pouvait point frapper . qytàur des épotides, mais a la flottaison, à 1 l’endroit que dominaient la joue et l’épotide. Appien :
. dit j a un coup que reçut ce navire sous l : épotidè le brisa; » un. historien de ce temps-ci pourrait dire dans le môme sens : « un boidot que reçut ce vaisseau à la flottaison, sous la joue, lui lit Une grande trouée. » Un historien futur pourra dire - •
. . -ntt % * *.
MARUSE ANTIQUE. (6
san? doute, en parlant dos. navires modernes, comme Appien ; un- coiip d’éperon donné au bâtiment ennemi, sous la joue, lui fit un» large .blessure.
Je voudrais qu’on mît à ma trirème., pour , qu'elle (ùt tout à l'ait romaine, deux épo.tides, diit- . . |
op prouver étrange cet accessoire, qui se présente- J
rait à l'avant comme deux lances en arrêt, dé- •
féuses du vaisseau, au cas où le rostre viendrait à lui manquer. • .. k - • .
*^4. ' ' mm •* mm. m « ' j» -W . ..A
la flotte .de' césar. ' • ' ufo
poserais ; on sait comment j’imagine que pût être construite Une petite~tYirème- grecque ou latine ; et l’on a vu quel usage j’ai fait de textes que je tiens pour très-sérieux, et sans l’application desquels, si Ton peut créer une trirème marchant peut-être fort bien, on ne refera pas une galère optique. Moll hypothèse n’est point d’un savant hasardeux, mil, v sans connaître la marine et les conditions d’existence d’un vaisseau long, se livre à un travail arbitraire, cherche une solution ingénieuse et, des ’tèrmos du problème posé, néglige ceux qui l’embarrassent. J’ai abordé de front toutes les difficultés.
Me fondant sur le dromon grec du neuvième siècle ; - '
enfermant, avec Appién, Silius Italiens et l'émpe- •" reur Léon VI, les thalâmitès dans un eptre-pont, en partie au-dessous du tirant d'eaü de la galère ; plaçant avec' Aerien, la rame du, thdlamite à trèspeu de' distance de -la mer et la faisant courte, par conséquent; donnant à mon navire justement les proportions et la grandeur de la galère commune du moyen âge, recommandée au pape Jean XXII, je couronne mon édifice par un arrangement de rames en deux rangs, l’un plus élevé que l’autre, arrangement qui, selon nioi, explique très-convenablement l’ordre, indiqué par le sculpteur de la colonne Trajane, et par les graveurs de quelques médailles qui font voir', au-dessus du plat-bord des ; * trirèmes, deux rangées d'hommes, dont, les uns -ne
184 ■ .MABiNE ANTIQUE,
montrent, que leurs tètes et les autres leurs bustes entiers; combinaison que. j'ai indiquée d’ailleurs, en décrivant la birème de‘ la belle coupe tyrrhénienné qui -appartient à M. le duc de Blacas.
Toute raisonnable que me parut la solution proposée ici pour le problème de la restitution des trirèmes antiques, elle ne pouvait me satisfaire qu’à, la condition de recevoir la sanction de la science. Il mç fallait savoir si mes données étaient bonnes, si. la trirème que j’entrevoyais, au travers des textes grecs et latins et des documents du moyen âge, mar- •chèrait.Un peu, évoluerait sans trop de peine, serait enfin un vaisseau long réalisable dans la pratique dans le doute où j’étais, j’ai invoqué le secours d’un homme spécial qu'une curiosité intelligente- a poussé à connaître, des marines anciennes, bien des choses que ne savent pas tous les constructeurs, et que plusieurs môme regardent en pitié, comme des vieilleries sans utilité, persuadés qu’ils sont qu’hier ne peut rien pour demain. Cet ami dévoué (1) a bien voulu relire avec moi les textes et entendre mon interprétation des passages difficiles
(t)M. Pastoureau-Labesse, ingénicur-constructeurde l ,e classe •de la marine impériale. Je le nomme ici un peu malgré lui ; mais il me semble que je ne pouvais point ne pas lui témoigner publiquement ina reconnaissance pour ses conseils, bien utiles assurément, carsanseuxje n’aurais peut-être point touché le but que de loin j’apercevais, où tendaient mes effgrts.et que je crois avoir atteint par leur secours.
qu’ils contiennent ; il a critiqué ensuite mes chiffres, et en a substitué quelquefois d’autres aux miens pour arriver à un résultat acceptable par les marins et les constructeurs de navires. Je dois beaucoup à son obligeance. Sans lui, mon travail serait resté fort imparfait et je n’aurais pas osé le produire. Je le donne avec quelque confiance, en insistant toutefois sur ce point capital, qu’un ingénieur aurait certainement projeté un navire à trois rangs •• de rames, dans des conditions meilleures, au point de vue de la marche, que celui dont on vient - de lire la description ; mais que je n’étais pas libre de faire mieux, renfermé, comme on m’a vu, dans un cercle de documents écrits ou figurés, dont je ne pouvais pas me dégager. . . . -
Je ne prévois pas, au reste, quelles puissantes objections on pourrait opposer à mon système ; car, pour la rapidité, nous obtenons celle que recherchaient les meilleurs maîtres de hache ( constructeurs des galères, maestri d’axia) dans la fabrication des navires à rames. Selon nos calculs, ma petite trirème, qui aurait cent soixante-seize rames, maniées chacune par un homme, cent vingt-quatre hommes d’état-major, de timoniers, de soldats , et dont par conséquent l’équipage complet serait de trois cents hommes, aurait un déplacement total de 220 tonneaux’, construite qu’elle devrait être, partie en bois de chêne et partie, en bois dp sapin v et
■ . . ic.
ses rames étant de sapin et non de hêtre; comme lefurent t dans les derniers siècles de P existence des • galères, les avirons des bâtiments de cette famille îiavale. ’ . • - -
. (Voici le détail de ce déplacement de 220 ton- , Beaux :• « Poids de' la coque (-xâïoç, corpus na~- ■vis), 110 tonneaux; œuvres mortes de la poupe et de la proue, tour, machines dé guerre, etc., 24 tonneaux.;. matériel d’armement, mâture, rames, gréœ . ment, ancres, voiles, rechanges, etc., 40 tonneaux ;équipage, effets d’habillement$, 3 tonneaux; vivres et eau pour quinze jours-, 25 tonneaux ; eniin', armes, 'Ustensiles, objets divers, 18 tonneaux.
Nous estimons que la trirème, construite suivant les proportions et dimensions que j’ai dites, et ayant un déplacement de 220 toijneaux, aurait une vitesse approximative,- en calme, de 4 milles marins ' et demi, c’est-à-dire quelle ferait, à la raine, 8,1 3-3 m par hepre, ou. une lieue marine (5, 555 m ) et- 2,578™ (un peu moins d’une démir-lieue) (1.).
.{I). Silius ltalicus dit d’un grand vaisseau entraîné -pUr. 400 rameurs, qa’il « marchait Superbe spus une large voile , quand Borce rapide l'enflait et qu’on recueillait tout lesouflled u vent entre les deux extréniités de son antenne, mais qu’il allait lentement s’il était tiré sur les flots par les Seuls bras des rameurs:
Veldqùo-superba capaci ' " . •'
, Cum rapidum hauriret JBoreftm et cornibus omnes Golligeiet llatus, lento se corpore agebat Intraret.iluctussolis si putsaf lacertis. »' t Florps , parlaifl de la flotte dë Marc-Anloipe, au combat
LA FLOTTE bÉ CÉSAR. j 8T
iJh bien, c «Hait ;i peu près fè. ce que faisait une galère du seizième ou du dix-septième siècle. Armée de bons rameurs, une galère bien construite parcourait dans une heure l’espace de 3,520 toises, dit 1 auteur d un ailoien Traité des galères. Or, 5j32t) toises sont .représentées par ] 0,758'", qui font
- 6 milles marins, moins 38i ,n . Le résultat auquel
nous sommes parvenus, dans cette restauration d’une petite trirème antique, n’a dorlc rien qui doive étonner ; les galères modernes ne marchaient' pas mieux que ma trirème hypothétique (1). » ■ ‘ •
d’Actium, ditqu’ello était composée de vingt vaisseaux, de si$ à neuf raugs'de rames, munis dé tours, dé châteaux, été., et si grands que « les vents avaient ppine à les remuer, » Quelle tâche était donc celle des ramcünf? et quelle.était donc leur vitesse à l’aviron? Faut-il, après cela, lorsqu’on veut refaire de toutes
• pièces un vaisseau antique, se préoccuper tant de la vitesse qu’il ' devra avoir?
'(1) Voici comment, au seizième, au dix-septième et au dix* ' huitième siècle, et probahlement avant le seizième, on estimait la vitesse des galères. On comptait pat yalnde, comme dans la marine à voiles on comptait et l’on compte encore par nœuds.
Une paladc faisait-supposer un mille à l’heure. La palade élalt
• le plus longxhemin que' parcourait le navire entre deux coups d’avirôn, c'est-à-dire entre le moment où }a pale de la rame (la pelle, la partic plate) entrait dans l’eau pour y chercherson point-d’appui et celui où elle en sprtait. Ce çheminouerre dû
- navire était de 23 pieds (7 “, 4 6),’ distance comprise entre la
• première rame et la septième. Quand la première rame, poussée fortement On avant par les rameurs, allait de son extrémité inférieure chercher en arrière la mer, au droit dü septième scalme, la paladc qui en résultait était la mciHence poSsibfe. "Les scalmes, étaient distants de 1"',24, et sis iulcrscalmes mesuraient
Quatre, nœuds cinq- dixièmes de vitesse à l’heure! qu’est-ce que cela aujourd’hui? C’est de quoi faire sourire de pitié un ingénieur et im marin, que l’application de la vapeur aux navires- a dû habituer à l’idée des longues courses , promptement accomplies ; mais la marine . des Romains, contemporaine de César, est antérieure de plus de dix - neuf cents ans à la marine à feu,. Quand nous nous occupons des trirèmes césariennes, ne nous souvenons pas des pyroscaphes ; admirons le navire à hélice, sans mépriser son père, le navire à rames, dont la longue histoire, depuis le siège de Troie, jusqu’à la fin du dix-Jiuitième siècle, est pleine de hauts faits, et qui, no servît-il que de remorqueur au vaisseau de guerre, dans des combats
ou sa part fut moins belle, mérita encore que l’on
7 m ,46. Des rameurs vigoureux, dans une vogue forcée (voga arrancatcLf proprement: nage arrachée), pouvaient obtenir '24 palades par minute, qui donnaient pendant ce temps-là 92 toises (l79 m ,30) d’erre. Une heure de cette vitësse, en sup* posant que les rameurs eussent pu soutenir un pareir effort et donner 1,440 coups d’aviton égaux dans cet espace de temps, produisait une vitesse de 5,520 toises (10, 758“), représentés par 5 milles (9,260 m ) , et 1,498™, ou 1 mille, moins 354™. Mais les hommes se fatiguaient et mollissaient malgré les exhortations du comile et les avertissements du nerf de bœuf; dans les meilleures galères, la vitesse à 6 milles environ n’était donc 'que momentanée la marche ordinaire devait être d’environ 5 milles. Dans les galères mal dotées en rameurs, la vitesse tombait à une lieue. H en avait été sansdoirtede meme dans les temps antiques, ^ • •. •
reconnût sa puissante utilité. (Yoy. Mémoires de Villette sur Vannée ilûi. ) . * '