TRIRÈMES MOYENNES ET GRANDES
Au-dessus de la petite galère à trois rangs de rames,' dont j'ai essayé une restitution que je crois pratique, étaient des trirèmes moyennes et, de grandes trirèmes ; cela n’èst pas doutèux. Il ne serait pas difficile, en grandissant ma petites trirème, dé faire une trirème , des moyennes, ayant 50 m de longueur à la flottaison , 6 m ,25 de largeur, 3 m , 33 de creux, trente rames de zvgités, * trente-cinq de thranites et autant de thalamites, tribord et bâbord, c’est-à-dire, en tout, deux cent quatorze rames, au lieu des cent soixante-seize que, dans mon projet, aurait la petite trirème. Les rames supérieures, étant plus grandes que leurs correspondantes dans celle-ci, recevraient à leur manche, près de la poignée, une plus grande masse de plomb, qui en faciliterait l’évolution. Les anciens usaient de ce procédé ; il n’est rien de moins ignoré. ' Atliéiiée le dit positivement (liv. Y): La tradition du « plombement » des rames s’était conservée - - * dans les marines de la Méditerranée, jusqu’à la fin • de l’existenee des galères. On « emplonTbait » le
manche de la • rame, au moyen d’une plaque de plohib, nommée .Platine, qu’on fixait sous cette partie intérieure de l’aviron (!);• Aujourd’hui encore quelques avirons sont plombés au manche.
Quels seraient le déplacement etln marche de la trirème moyenne, . construite comme jé' la conçois ? C’est un calcul à faire , mais qui importe assez peu , ici, cç semble. Quant à la. grande, â la plus -grande des trirèmes que je puisse imaginer dans ma pensée, elle. pourrait atteindre la taille et les dimensions de la galéasse des seizième et dix-septième siècle, dont j’ai assez longuement parlé dans mon Arçhêologie navale ( t. I, p.' 386-410 ), et ; dans' .mon i j/ossaire nautique ( p. 738—39).
, La galéasse était le plus grand des" bâtiùients de la famille des galères: Selon Bartolomco Crescentio et le capitaine Pantcro-Pantera, qui résuma plus, d’un passage de la Nautica medilerranea. du Bartolomeo, la galéasse du seizième siècle était longue en quille de 4C ni ,31 , et;, d’un bout à l’autre, sur le pont, de 56!". Elle était' large, à la maîtresse latte, de 6 ,n ,65, ce qui, à la flottaison, la faisait large , de 7 m au moins. Crescentio ne dit pas quel était le creux de ce bâtiment ; il pouvait être, d'environ 3 m . Une galéasse vénitienne du dix-septième siècle, dont, en 1835, je vis dans l’arsenal de Venise, un
( I ) Vtty. .G loss. nautiq. , art. 'Emplombement des.ranies.
très-beau modèle,., était nu peu plug grande que celle de Crescentio voici ses dimensions, : longueur totale, £J9 m , \ 0 ; longueur, en quille, 4C m , 3b; logeur,- 9 m , 01 ; creux, à La 'maîtresse latte, 3"%35 ; hauteur, de la-quille au r.ebord supérieur du parapet, 6'", 32» Le tirant d’eau, en charge, do ce navire pouvait être de ; 3 m et un peu plus, .car far gajéasse portait une lourde artillerie, »un équipage de ramqars considérable , des rames très-longues et par conséquent très-lourdes ; et. puis les bois de chêne et de rouvre entraient pour beaucoup dans sa construction. La galéasse avait 3" 1 ,33 de hauteur au-dessus de l’eau» > .
Pourquoi La grande trirème n’aurait-elle pas cette hauteur au-dessus de la mer? Pourquoi rabaisser toujours par la pensée, les. bàtimeptsf à rames de l’antiquité? Comment ceux qui ne. veulent .reconnaître quelles navires peu plevés sur, l’eau, peu .allongésot peu larges, pour les vaisseaux longs des anciens, oxpliqueraientrils ce passage, où Cicéron, parlant-' de la quadrirème faite à Centorbe (Catane), pour .Cléomène, dit : « Erat ita magna, .ut si in pra i ~ • « douant pugna vendre tur, urhis instar hàberçt,
« inter il/us piraticQS myoparones videretur. » Sans doute uttrbis instar » est mie façon de parler fort exagérée. Cette hyperbole était assez ordinaire, et nous voyons que Virgile lier dédaigna pas de l’employer pour faire ep tendre quelle était la gran-
*92 MARINE ANtIQEE.
deur du navire nommé la Chimère (4); maïs, si éloignée que fût de la vérité cette comparaison , il reste toujours que la quadrirème centuripiiiiennë était gigantesque, si on la comparait au myoparpn, navire à rames dont les pirates faisaient un grand usage, et qui, pour remplir son office d’écumeur de mer, devait pouvoir porter des vivres , des armes,, .deux voiles -au moins, et un assez grand nombre de bandits résolus. Le myoparon devait être léger pour que les vaisseaux longs, unirèmes, agiles et lestement emportés par leurs avirons , ne pussent pas l’atteindre. •' '
Assurément, je reste au-dessous de la vérité, jeu prêtant à la grande trirème antique des dimensions très-voisines de celles qu’avait la galéasse, navire dofit l’existence ne .dépassa guère la longueur , de deux siècles. -Une avant-garde de galéasses rendit de bons services à l’armée chrétienne au- combat de Lépante, en 4574 ; indépendamment des grandes galères, quelques galéasses figurèrent dans' cette Invincible armada dont, eu 4588, les destins furent si malheureux. Les constructions navales se .perfectionnant, les vaisseaux de ligne grandissant, l’artillerie prenant une plus grande importance dans l’armement des bâtiments de guerre , les galères
(1) Ingenteruque Gyas ingeutimole Chimæram
Urbisopus...' • • * •••
{Énéid., liv.'V, v. 118.)
• LA, FLOTTE BE CÉSAR. m
n’eurewt plus qu'un rôle secondaire et la galéassç,,
très-coûteuse d'ailleurs, disparut.. Pour des raisons analogues et des causes différentes, les très-grands vaisseaux à rames disparurent des Hottes do l’antiquité. Ils coûtaient fort cher ; les longs pins, nécessaires à la confection de Leurs rames (on.. sait qu’itne rame doit être faite d’un seul brin de bois) devenaient de jour en jour plus rares et se payaient davantage : à l’abordage, les petits navires avaient raison dé ces éléphants de, la mer, quand les. Romains de César montaient ces navires petits ; enfin, ils avaient une marche lente et lourde , inconvénient inhérent à leur masse et que les galéasses gardèrent aussi.,, ce qui les perdit dans l’esprit des peuples marins modernes, Pantero-Pantera dit dans son Armata navale « La galéasse, étant pe- « santé et d’une grande masse, évolue lente- « ment. » . - ,
Qui sait si ce qui arriva aux bâtiments à rames superposées, des plus grandes dimensions, et, plus tard, aux galéasses, n’arrivera pas, dans un temps prochain, aux eolossea des armées navales actuelles ?
Qui peut assurer que, d’ici à dix ans, on 11’aUra pas renoncé à construire des vaisseaux portant trois ou . .. quatre rangées de canons ce n’est pas la
grande galère des Grecs et des Romains que noussommes appelés à voir restaurer, peut-être eSl-ce quelque chose d’analogue à celle du moyen âge,
104 STATUNE ÀNTlGl'E. * '
que aous lnsvérrons. grande frégate moderne, partant une scule batterie sur le côté $ armée d’uno batterie puissante à l’avant, front perpendiculaire au plan de la quille; mjjnieç à' l’arriéré, d’une batterie dft retraite .parallèle tV célle- de la proue; la frégate portant au bas de son étrave répèron antique à demi noyé,' et fendant- la mer de sa corne unique, ou de son trident redoutable; la. frégate allant droit à l'ennemi, “la poifrine èuirassé'e, et ne . présentant le flanc que le moins possible (1), ce qui lm serait plus facile avec- l’hélice , qu'à la 'galère avec ses rainés longues et embarrassantes; Cette frégate,' dis-je, propre au Combat," rapide, évoluant avec facilité, sera bientôt, je" le crois fermement; l’arme unique , le seul - Vaisseau long d’un usage , commun. '• " • - - ’’ :
Mais, ce n’est pas de l’avenir qtië nbus. avons à noüs préoccuper ici ; revenons au passé, dont, attristé,, selon mon opinion, l'avenir ne nous ta guère écarté. - ’ ’t
Ma grande trirème aurait’à peu près les dimensions de la galéasse vénitienne aux -59'" de -Ion- '
(I) La giande préoccupation de tout capitaine, -dans-un combat, sera certainement de défendre son hélice, dont la perte frapperait d’inertie et d’incapacité le navire, rédurt-à une voilure de fortune. Ainsi, les capitaines, dans l'antiquité, hvaoœu voient
toujours pour préserver leurs rames vies abordages qui les rompre. *» ->V • . ; . - • . *.
devaient
gueur. Les thalamites y seraient logés dans -un entre-pont qui pourrait avoir l m ,9i de hauteur, au lieu de l ,n ,80. Sur le pont, les. zygites et les thranites seraient installés, ainsi qu’on les a vus dans •
mon projet d’une petite trirème. Les thaï; imites conserveraient la rame de 4 m ,io ; . les zygites et les , ’ thranit'es manieraient des rames a em plombé es », celles des zygites longues de 8 m ,15 environ, celles des tfiranites, longues de lO^o ou à peu. près.
Que la longueur de cette rame supérieure, n’é* tonne pas trop; il s’en faut do' 19 qu’elle soit aussi grande qu’étajt celle delà rame de. l'a galère ordinaire, laquelle avait*, nous l’avons dit plus haut, 11' 0 , 69, dont T'/SO hors du navire. La rame de la galéasse avait 1 3' n ,77 de longueur- ; il est Vrai qu’elle était manœuvré^ par six et quelquefois par ■sept hommes, Rien né nous empêche de mettre / deux ou trois rameurs à la rame thranite et doux à la rame zygite , car aucun texte ne dit formellement que, dans lès, grands navires. à rames, les avirons étaient maniés par un seul rameur (1). * '
(t?) Le seul texte q.u’on pourrait m’opposer, je crois, est cet extrait d’un passage de Memnon^ conservé i>ar Photius (je cite la traduction latine faite du grec, par Joseph Scheffer) ;
« Inter Plolenxai notes erat ma oCteris, Leonis nominc insignis, qux magnitudihe et elegantia in admirationem- veniebat. In hvjus enim unoquoque versu centuni erqnt remiffes, ut ex. una parte viri ftierint octintjeiiti , ex utraque mille et sexcenli... »
Si cecr devait être pris à la Jettre, l’octcre de Pt.olémée aurait
MÀRINE ANTIQUE.
Bartoiomefo Greacentio dit, qüe, dans -les galéasses, lesquelles avaient seulement vingt-cinq, vingtsix ou vingt-sept rames de chaque bord, l’intervalle entre chaque rame était plus grand que dans les galères communes ; or, T’intersealmé dés galères ordinaires était de l rn ,13 ou l m , 20, ainsi que je l’ai
été un navire à huit rangs de rames, ayant cent rameurs dans chaque rang ou file (pnoqitoqi te vcr.su ; "Exauvov crotyo'i dit le texte original); huit cents hommes d’un cété et 1,600 de l’un et de l’autre bords. Les savants qjui.ont connu' ce passage de Menanon et l’ont discuté, se sont tenus à cette explication : quel’octèFO en question avait à tribord et à bâbord, huit cents- rameurs etv huit files, ou étages. Il est vrai qu’il» n’ont pas su éohafauder c,es huit étages. La longueur de la rame du huitième étage les a . justement effrayés; mais comme ils ne pouvaient interpréter les paroles de Memnon autrement que ne .les r avait entendues Phatius, l’éditeur de V Histoire d’Jfér acide, ijs ont dit qu’il fallait bien croire aux rameurs sur seize, files, huit d'qn bord et huit det’autre;. ils se sont inclinés et ont passé outre. Quant à moi, je ne discuterai point l’impossible. grand, si fort, si adroit que nous le supposions, un.-homme maniant une rame descendant du huitième étage d'une galère, et grande au moins comme celle de la galéasse (13" environ), nous paraîtrait fine merveille. Hercule ne serait peut-être point vepu à. bout d’un, tel effort; et comment imaginer deux cents Hercule! Nous croyons, 'ou queMemnon fut induit en erreur par quelque rumeur populaire, ou qu’un fragment altéré de "Cette histoire abusa Photius qui, n’ayant qu’un manuscrit du passage dont.il voulait donner le texte, l’imprima sans le critiquer, vivant six cents ans après Péctivain qu’il allait éditer, n’ayant aucune idée des navires antiques, et .laissant à Memnon ou à son copiste infidèle la responsabilité des huititages et des seize cents rameurs de l'octêre de Ptolémée. — Je dirai plus loin comment j'entends qu’une galère octère pmivait-être organisée. -
déjà dit, p. 142. Les rames des galéasses de\aient être écartées l’une de l'autre de l ra ,75 ou environ.
„ Ce que les anciens eurent principalement en vue, et, en ceci, les modernes les imitèrent, quand ils grandirent les vaisseaux de guerre jusqu’à faire le vaisseau à quatre batteries , qu’on nomme le vaisseau à trois ponts, bien qu’en effet, il ait. cinq planchers ou ponts, ce que, dis-je, les anciens eurent principalement en vue, lorsqu’ils grandirent leurs trirèmes, ce ne fut point assurément d’augmenter la vitesse de -ces navires; ils voulurent surtout élever le pont.supérieur, pour que les remparts, qui se superposaient- à cette ..couverte, tout autour du bâtiment, et les tours que l’on montait au moment du combat, dominassent les ponts et'les tours des vaisseaux moins hauts sur l’eau que les grandes trirèmes. Faisant application de cette observation que je crois vraie, et qui a pour elle le fait de la construction, depuis l’antiquité, de bâtiments pour la guerre plus grands que la galère ordinaire, je ne donnerais à ma grande trirème que les cent soixanteseize rames dont j’ai pourvu la petite, et j’écarterais ces avirons de 4 m , 50 ; ce quf supposerait le navire long eh quille de 45™. Il était de règle, en effet, au moins durant lemoyen âge, que tout le système des rames fut établi sur les membres du navire qui s’ajustaient dans les entailles faites à la quille.
Mais en -voilà assez, je pense, sur les trirèmes;
venons aux vaisseaux longs, qu’on appelait quadri-
rèmes et quitiquérèmes , et dont César cite plusieurs ,
fois les noms. ■ - •• - .
QUADRIRÈMES.- .
, Rappelons ce que j’ai dit . plus haut : aucun monument parmi ceux que j’ai pu connaître, parmi • ' ceux que je vois cités par les savants qui ont écrit sur la marine antique, ne montre la figure d’un navire à plus de trois étages superposés de rameurs. ^
Les bas-reliefs, lçs peintures, les médailles, ne sauraient donc être allégués en faveur de l’opinion » -
très-généralement établie que, dans la quadrirèmç,les rames se rangeaient comme, dans les batteries d’un. vaisseau à trois ponts, les canons sont rangés aux sabords en quatre étages : première 'batterie, deuxième batterie, - troisième- batterie, batterie des gaillards — celle-ci à -ciel ouvert, quand les autres sont dans des étages, formés, par des ponts suc- • cessifs; .' ;
Lqs textes ue sont d'aucun secours pour la solution du problème posé devant la critique par le nom tjuiulrircmis. De tous les auteurs anciens, - Cicéroir ’ est celyi qui donne le plus de détails, sur la qua- •drirème et voici tout ce qu’il en dit (je traduis) i a Cléomèue ordonna qu’on dressât le.-. mât de %a \
LA m>TTE DU CÉSAH. 100
<(. quadrirème de Ceutorbe, qu’on, levât les ancres .« et qu’on mit à la Voile. En -.même temps, il lit le « signal à tous les autres, navires de le suivre. Ce « navire de Ceutorbe. était d’une incroyable vitesse « à -la . voilé (erat AncredibiLi céleri tate velu) ; cqr « persoimo ne pouvait savoir ce que chacun des « autres navires eût pu faire à la rame contre ce .a vaisseau, commandant de la Hotte. La quadrirème « était couverte {cowtmta) et si grande que, coince parée aux autres bâtiments, elle ressemblait à une a fortoreêse ; et si elle avait dû combattre des pi-, « rates, elle aurait païUcomme une ville à coté des a myoparons corsaires. » (V. pi-dessus, p. 19 t.) . .
Aiusi, la quadrirème de CaUuic marchait trèsbien à la voile.; Cicéron ne dit pas quelle était sarapidité à l'aviron . Il parle de sa taille, qui lui donnait l'air d’tme forteresse^ à côté des autres vaisseaux longs de la flotte, et l'apparence d’une ville, à côté des myoparons, petits batiments -des pirates-;dè-sa longueur exacte, de sa hauteur, mesurée froidement à la eoudeé du charpentier et non au compas hyperbolique du poète, du nombre de sés ; étages, du nombre de-ses rameurs, delà quantité et de l’ arrange ment de ses rames, pas un mot.
Cicéron, connue Tite-Livé, Polybe, Thucydide; César, Florus et le§ autres historiens, parlent des navires de leur temps, sans en dire autre chose que leurs noms qui les faisaient, très-bien reconnaître
200 • TtfAWNfi ANTIQUE. *
de leurs contemporains. Quelquefois ils ajoutent
que tel navire était grand, rapide ou tardif, bon • voilier ou lourd à la rame ; mais c’est tout. Des navires antérieurs à eux, ils disent seulement les noms* ou parcé que' ces-bâtiments sont encore traditionnellement connus des marins,, ou plutôt parte ‘ qu’ils n’en savent rien de plus. Nos modernes historiens n’én font pas d’àutres; ils disent-:; «..Un « vaisseau dé ligne, un soixante-quatorze, un vàis- « seau à trois ponts ou simplement un trois-ponts,» -et, s’ils se comprennent bien eux-mèmesys’iïs sont compris des marins, ils né le sônt pas des' gens du monde, qui ne connaissent guèré la marine. Us seront complètement inintelligibles pour tous dans cent ans d’ici, comme le sont pour eux-mêmes, je n’en excepterai pas les historiens dé la mariné qui se croient le plus autorisés,, comme le sont v dis-je, lés écrivains qui Ont raconté lés campagnes navales du moyen âge , lés combats rendus au quinzième siècle et au seizième , les grandes luttes des vaisseaux de Louis XIV contre ceux de la- Hollande et de l’Espagne, •' • '
/ Lucaîn (liv. III, v. 528-31), parlant de la flotte Césarienne, dit : • ' ’ - ‘ • *
Cornua romanæ classis, vaHJæque triremps,
Quasque quater surgens exstrqcti repaigis -ordo Commovet, etpluresquæ mergunt æqtrore pirius Multipliées cinxere rates.
eC lès-érudits, les traducteurs, les commentateurs se Sont entendus pour reconnaître, dans ces vaisseaux, des galères que mettaient en mouvement quatre rangées de rameurs, s’élevant les unes au-dessus des autres. Est-ce bjen ainsi qu’il faut entendre le texte- de Lucain ? Faut-il voir aussi une galère à six rangs de rames, montant l’un au-dessus de l’autre, dans ce vaisseau prétorien (le vaisseau amiral , comme on dit en Europe depuis les croisades) (1) que montait D. Brutus au combat de Marseille et que Lucain décrit dans ces trois vers, très-bien tournés d’ailleurs :
Celsior accunctis Bruti prætoHa puppis*
. Vérberibus senis agitur, molemque profundo Invehit, et summfs longe petit æquora remis.
Un des traducteurs de la' Pharsale, un excellenfhumaniste, M. Philarète Chasles, a-rendu ainsi ce passage et le précédent : « Aux deux extrémités (de « la flotte romaine), les galères aux triples avirons, ’
« celles dont les rameurs sont étagés sur quatre •
« rangs mais au-dessus de tous les autres, le
« vaisseau de Brutus élève sa poupe prétorienne ;
« dirigé par une chiourme à six rangs, il s’avance « comme une tour sur la mer profonde, et ses plus .« hautes rames s’étendent au loin sur les eaux. » Ail
• (1) Al Emir.
202 • TâbRlSü ÀNTHiUfi..
lieu de cela, voyous ce qu’il y a réellement, dans les ligues sonores du poëte, qui voulut frapper le lec-teur.par la recherche curieuse de la précision, dans le détail ; « Les deux cornes (ailes) de. la flotte ro- ' moine et les solides trirèmes, enveloppèrent et les navires que met en mouvement l’arrangemént quadruple des rameurs, placés dans la hauteur (du . bâtiment) et plusieurs (autres vaisseaux); qui plongent dans l’eau des rames plus nombreuses. » (Nul tiplices signiüe tout à la fois, ce me semble, qui croissent en nombre et qui sont rangées en plusieurs et diverses combinaisons. Ce mot est intraduisible, si on veut le rendre par un mot français unique). v..
« Mais plus liant que tous les autres, le navire prétorien, sur la poupe duquel se montre Brutus, est entraîné par les six fcoups simultanés des rames; il meut sa masse (énorme) dans la mer, où elle s’enfonce profondément, et, de ses rames les plus hautes, va chercher, loin de ses flancs, les eaux (où sera- leur point d’appui), » .*• «Vf..
11 n’est, point question de tour dans les .vers de Lucain. L’auteur de la Pharsale, qui, qn peignant , la « poupe prétorienne » de Brutus plus haute que celle des autres vaisseaux longs : birèmes, trirèmes, quadrirèmes et quinquérèmes, a donné une suffisante idée de l’élévation de ïhexère montée par le préteur de la flotte romaine, veut faire comprendre qu’elle causait un grand déplacement d’eau et que sa