CHAPITRE IX
LES CZLASSIARIT ORDINAIRES. — LEUR RECRUTEMENT ET LEUR SITUATION JURIDIQUE
Sous l’Empire, le terme de socius naualis a disparu ; celui de remiges comprend à la fois rameurs, matelots et soldats de marine ; son équivalent, pituli, le remplace quelquefois. Dans un diplôme de Claude, la ciuitas est donnée {rierarchis et remigibus qui militauerunt, etc. L'opposition de sens flagrante entre remigibus et militauerunt indique assez que le premier de ces deux mots avait reçu de l’usage une signification très étendue. Le diplôme d’ailleurs appartient à un miles proprement dit. Le terme de praefectus remigum, qui équivaut à praefectus classis, est également bien caractéristique. Pourtant il n’est pas douteux que remiges a en même temps gardé son sens étroit et littéral ‘. Il arrivait aussi que, par exception, les noms des soldats changeassent avec celui du navire surlequel ilsétaient montés; c’est ainsi qu’on trouvait des liburnarü, despleromari, des lenuncular ü ; mais ces dénominations semblent appartenir surtout à la basse époque ”. On dit pareillement milites ou bien classici ou classiarü
1. En effet, on lit dans le Monument d'Ancyre, texte latin, IV, 47 : Quibus in classibus pugnauerunt praeter remiges millia hominum circiter. — CfTac., Hist., IV, 16.
2. On neles rencontre guëre en effet que dans la Notitia dignitatum.
pour désigner tous les hommes des équipages ; cette dernière expression est celle surtout des textes littéraires. Cette généralité des mots que nous venons d'employer peut du reste s'expliquer : malgré la diversité des fonctions exercées sur les navires, tous ceux qui les remplissaient étaient considérés comme des soldats ; Ulpien nous le dit : in classibus omnes remiges et nautae milites sunt *. Une seule expression pouvait donc en un sens suffire pour tous. Et comme ce titre de soldat ne peut être déshonoré ni avili, on ne trouvera plus parmi eux, au temps de l’Empire, de prisonniers de guerre ou d’esclaves. Rome, à celte époque, a un assezimmense empire pour être sûre d'effectuer toujours sans peine le recrutement ; désormais les condamnés seront soumis à d’autres châtiments, surtout au travail des mines. De ce jour, la durée du service de quiconque à fait partie d'un équipage s’indique par militauit suivi du chiffre d'années. On ne trouve jamais sur les tombeaux le titre de remex, mais celui de miles, miles ex classe, miles classis, ou plus encore celui de manipularis, maniplarius, manuclaris ; classiarius et classicus sont aussi des termes inconnus aux graveurs d’épitaphes.
Malgré ce relèvement de condition manifesté par le langage, ordinaire ou officiel, les classiarii restent, comme précédemment, des gens de très humble condition ou très pauvres, pendant toute la durée des flottes prétoriennes. Nous avons dit déjà que ce simple fait expliquait la négligence si grande avec laquelle sont gravées les inscriptions qu'on trouve sur leurs tombeaux : si misérable était souvent leur situation pécuniaire que l’on a connaissance