‹ La Flotte de MisèneChapitre 124 sur 162 · C'est ce qu'a fait M. Ferrero (/scriziont, p · texte numérisé non relu

C'est ce qu'a fait M. Ferrero (/scriziont, p

périaux ou des esclaves du prince ; le reste de l'équipage est recruté dans la familia imperatoris, très probablement, mais nous n'avons sur ce point aucune donnée positive. En tous cas, nulle organisation militaire.

La deuxième période s'étend entre les règnes de Claude — ou de Tibère — et d'Hadrien. Les flottes sont composées de pérégrins qui gardent cette qualité pendant toutes leurs années de service, et, en recevant l’honesta missio, deviennent citoyens par privilège impérial. Cette fois, ce sont de vrais milites.

Durant le deuxième siècle et la première moitié du troisième, rien n’est changé en ce qui concerne l’honesta missio et ses effets ; mais les classiari acquièrent Le droit latin par le seul fait de leur entrée au service.

Enfin, dès le milieu du troisième siècle, à la suite de la constitution de Caracalla, on ne trouve plus guère que des citoyens romains dans la flotte ; dès lors les Italiens en font partie,tandis qu'ils en étaient exclus auparavant, hormis les fils mêmes des classiarü, et dans des conditions spéciales.

Le mode de recrutement employé chez les Romains pour les équipages ne nous est nulle part rapporté par les textes, même d’une façon approximative. Comme le dit Robiou, le système des classes, que l’on aurait appliqué aux marins de profession, paraît exclu par la longueur même du temps de service. Il est probable que les engagements volontaires furent admis comme pour le recrutement des légions ; mais s'il eût été seul employé, ce procédé n'aurait jamais pu suffire : 1l y avait bien, pour quelques-uns, l’expectative du droit de cité qui était un aiguillon ; néanmoins le service de la marine se trouvait si peu considéré, encore pendant tout

l’Empire, et même, en dehors des rameurs et des matelots, en ce qui concerne les hommes armés et destinés seulement à la bataille et aux abordages, que le nombre de soldats ainsi réunis aurait été sûrement dérisoire. I faut bien qu'il ait existé un système d'inscription maritime ; selon toute apparence, on opérait périodiquement des levées : on choisissait dans les populations côtières, et les hommes qui, parmi elles, étaient astreinis au service militaire, s’en acquittaient sur les vaissseaux

Un point de vue intéressant est l’étude des formes employées sur les épitaphes des classiarii, Spécialement pour désigner leur origine et leur patrie.

Une particularité très notable de ces inscriptions, c’est que presque jamais le nom du père du défunt n’est exprimé.

M. Mommsen * en conclut que les équipages se composèrent longtemps en majeure partie d’affranchis qui, à leur entrée au service, laissaient se relâcher le lien qui les rattachaient à leur patron et,se donnant ainsi une in-

1. Il y a malheureusement peu de lumière à tirer des papyrus 142 et 143 (rapprochés du papyrus 113) du musée de Berlin. M. Mommsen les éludie au CIL, HI, suppl., p. 2007. Ils nous montrent le préfet de la flotte d'Alexandrie admettant comme classiarii deux hommes : l’un est présenté par son père, citoyen romain ou sûrement latin, et lui-même citoyen romain ou latin ; l'autre, présenté par un garant mal défini par le nom d'Isidore, était antérieurement soldat de la cohors II Ulpia. Pour M. Mommsen, le terme d’érizpuste, sous lequel est désignée l'opération accomplie par le préfet, indique un recensement, qui doit avoir un caractère militaire, car on n’y voit figurer aucune femme ; c’est sans doute un dilectus ou recrutement de soldats pour la flotte d'Alexandrie. La préposilion éri (en outre) laisserait à penser que des officiers inférieurs ont déjà donné une approbation provisoire à laquelle vient s'ajouter celle du préfet.

2. 11 a consacré à ces diverses questions quelques développements dans l'Hermes, XIX, 1884, p. 31 sqq. (Die Conscriptionsordnung der rümisehen Kaïserzeit).

génuité fictive, ne se souciaient guère d'indiquer les prénoms de ceux qui les avaient affranchis. L'hypothèse n’est pas sans avoir soulevé des objections ; M. Ferrero répond que beaucoup de classiarii pouvaient aussi bien ne pas tenir expressément à faire connaître les noms de leurs pères pérégrins. Il est certain pourtant qu’ils ne cachaient pas leur qualité mème de pérégrins ; dès lors à quoi bon cacher les noms de leurs pères? L'idée de M. Mommsen de la survivance d’un usage ancien, qui avait eu ses raisons d’être, est bien plus judicieuse.

La patrie du classiarius se trouve généralement indiquée à la suite du mot n(at(ion(e), mais il est très curieux de constater sous quelle forme cette indication se présente. Il arrive bien que l'inscription désigne le nom d’une province romaine sous forme adjectivale : telles sont les mentions : Corsus, Sardus, Dalmata; mais très souvent cette désignation ne cadre nullement avec les divisions administratives de l’Empire : on lit Pannonius, Germanus, et ily a plusieurs provinces portant chacune le nom de Pannonia ou celui de Germania ; on lit : Graecus, et non Achaïicus, el le personnage ainsi qualifié est, par exemple, de Nicomédie, en Bithynie; on trouve encore Italus, Bessus. Une observation générale se dégage de ces nombreuses constatations : c’est que les classiarii se soucient peu de noter les districts administratifs, appelés prouinciae, auxquels ils appartiennent ; ce qu’ils mentionnent d'habitude, c’est le groupe ethnique auquel ils se rattachent, caractérisé souvent, malgré son annexion à l’Empire, par des mœurs et coutumes où par un langage particuliers.

Dans ces mentions lapidaires, aucune règle n’est observée ; c’est le règne absolu de l’arbitraire; le fait est

frappant surtout au temps de la décadence de l'Empire, alors que, suivant l'expression typique de M. Mommsen, «toutes les couleurs se fondent dans une même grisaille ». On peut admettre évidemment des mentions comme domo Verona, ciuis Batauus, car il y a un municipium du nom de Verona, il existe une ciuitas Batauorum. Mais en revanche comment expliquer des formes telles que domo Afer, ciuis Italus? Et quelle corrélation réelle reconnaître entre des termes ainsi accouplés ?

D'où vient ce phénomène ? M. Mommsen le rattache à ce fait que les premiers classiarü furent des gens de condition servile.

Un esclave n’a pas de natio semblable à celle d’un ceitoyen. Les esclaves de la flotte d’Auguste, pour se donner l'air de soldats, indiquèrent, sinon la province d’où ils venaient, au moins la peuplade d’où ils élaient sortis. L'organisation de la flotte sans doute se modifia, mais même quand elle ne comprit plus que des individus de naissance libre, par la force de l’habitude on continua à s’en tenir aux désignations ethniques ; les noms de toutes petites peuplades figurent ainsi sur les inscriptions, à côté de ceux de grandes nations d’autrefois, comme la nation grecque. Néanmoins, ce ne fut pas un usage invariable, nous l’avons montré déjà par quelques exemples ; beaucoup de ces groupements particuliers, tenant en général à la race, se perdirent peu à peu; les rapports entre leurs divers membres finirent par se brouiller, s'éteindre, dans le commerce étroit et journalier de la vie des camps, où se trouvaient des gens de l'Orient et du Couchant, du Nord et du Midi. Les escadres en effet échappèrent à l'usage du recrutement régional, qui était bientôt devenu comme une règle pour les légions.

Il est intéressant aussi d'étudier de près dans quelles provinces principalement s'opérait le recrutement des classiari. La question ne se pose pas pour l’époque où les esclaves impériaux remplissaient les cadres des équipages; mais lorsque l’organisation militaire fut donnée aux escadres, il y eut lieu de se préoccuper de la grave question du dilectus. Or nous constaterons qu'il fut opéré dans la plus large mesure parmiles provinces impériales ; on le voit nettement pour l’Achaïe,la Macédoine, la Corse, la Crète, les provinces sénatoriales sont ici très peu représentées ; les immenses territoires d'Asie et d'Afrique fournissent un nombre de soldats relativement insignifiant. Quelques exceptions cependant méritent d’être notées, la Dalmatie, par exemple, mais on sait assez la place toute spéciale que ses habitants occupaient comme gens de mer ; il suffit de rappeler le nom de la Liburnie pour expliquer comment tant.de classiarii sont sortis de cette province. Quant à la Sardaigne,très féconde, elle aussi, en matelots, M. Mommsen fait observer ‘ qu’elle a été constamment traitée en province impériale au point de vue militaire, même lorsqu'elle fut sous le gouvernement des proconsuls ; et si l’on trouve également un grand nombre de marins originaires de la Bithynie et du Pont, c’est que, depuis Trajan, l’administration impériale s’est fait sentir dans ces provinces d’une façon particulièrement énergique.

M. Ferrero a dressé un tableau complet * des provinces de l’Empire et des classiarii qui en sont sortis, au témoignage des monuments conservés. M. Augustus Jüne-

Page 1