‹ La Flotte de MisèneChapitre 130 sur 162 · Cf Marquardt, Dr. publ., t. II · texte numérisé non relu

Cf Marquardt, Dr. publ., t. II

vait-il rester fort au-dessous de ceux que nous venons de signaler.

Un châtiment très redouté des légionnaires consistait à les envoyer servir sur la flotte. Les classici faisant partie du corps militaire le plus méprisé de l’Empire, il ne pouvait être question pour eux d’une punition par mutation. Quelles étaient alors les peines en usage sur les flottes ? C’est un point assez obscur. Sous la République, on avait largement pratiqué la fustigation du coupable au pied du mât”, sans doute en présence du reste de l’équipage, pour accroître la honte et pour faire un exemple. Comme pour les troupes de terre, s'il était prouvé que quelqu'un avait fui le combat, cet homme subissait Pignominie qui atteignait aussi ses fils et interdisait à eux tous l’accès de toute fonction publique. Quelquefois, paraît-il *, à la proue ou à la poupe, on plongeait le délinquant dans l’eau jusqu’au cou, et on le maintenait quelque temps dans cette position, sous la risée des camarades. Les Grecs connaissaient aussi, pour les cas graves, lamputation de la main, l’exil dans une île éloignée. Ces châtiments existaient-ils chez les Romains ? Il n’en est du moins resté aucune trace ; en tous cas, s’ils avaient adopté le premier, les Empereurs du Ile siècle, plus humains que leurs prédécesseurs, l’ont vraisemblablement fait disparaitre.

Sur les récompenses accordées au mérite et aux longs services, nous avons plus de renseignements. L’honneur

4. Sallust., Æist., IV, in fine : quisquam malo dependens uerberatur.

2. Sallust., loc. cit. : in proris patibulo eminens affigebatur. Scheffer (op. laud., p.282) commente ainsi ces mots obscurs: « Existèmo. . ... sic fuisse ligatum, ut submersus caetera mari, uel aquis, solo extaret capite. » Peutêtre est-ce voir beaucoup de choses dans le texte de Salluste.

suprême, qui, du reste, était réservé au commandant en chef, consistait dans l’oblention du triomphe naval. Le triomphe était décrété par le Sénat en faveur de l’amiral qui avait remporté une grande victoire. Le vainqueur remontait le Tibre depuis Ostie, sur le plus beau des navires capturés ; il entrait dans l'arsenal, suivi des gens de son escadre chargés de dépouilles, et lui-même venait solliciter la gloire du triomphe ‘’. Quand le Sénat accédait à cette demande, l'amiral entrait dans Rome, entouré d’un cortège que les auteurs nous décrivent. En tête, les licteurs, les soldats, les marins, couronnés de lauriers * et accompagnés de musiciens qui sonnaient de la trompe ; derrière, le butin du vainqueur, les armes enlevées aux vaincus, les éperons et les ornements les plus précieux des navires ennemis, l'argent saisi pendant la bataille ; puis les couronnes d’or de ceux qui avaient mérité cette récompense. Enfin paraissait le char triomphal, traîné par quatre chevaux blancs, où l'on voyait le triomphateur debout, revêtu d’une robe de pourpre brodée d’or, la colonne rostrale sur la tête et le sceptre en main. À ses côtés se tenaient ses plus jeunes fils; ceux qui étaient déjà parvenus à l’âge viril chevauchaient tout auprès du char ‘. Le triomphe achevé, les vaisseaux capturés, dont on avait pu voir le nombre inscrit sur un tableau porté dans le cortège, entraient dans larsenal * ou étaient exposés au Champ de Mars *.

À mesure que le gouvernement monarchique s’affermit,

. Eiu., XXVIL, 58 ; Valer. Max., II, 3, De iure triumphund. . Liu., XLV, 39.

. Corazzini, op. cit., p. 382.

. Liu., VIII, 44.

. Liu., XLV, 42.

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l'usage de décerner le triomphe aux généraux rencontra moins de faveur, puis tomba en désuétude ; c’était trop d'honneur pour un homme, et l’orgueil du prince en prenait ombrage ; d’ailleurs on n’eut pas de victoire navale à l’époque impériale. Cette récompense extraordinaire fut remplacée par des ornamenta ou insignia triumphalia ; la colonne rostrale était aussi une invention du temps passé désormais oubliée.

Les officiers supérieurs, pour prix d’un fait d'armes, recevaient souvent des couronnes ; il y en avait que l'on ornait d’éperons de navires — à leur sujet on remarque le plus grand désaccord entre les auteurs ; c’étaient des coronae nauales, accordées aussi, à l’occasion, au simple classiarius, car elles devaient appartenir à ceux qui, les premiers, avaient sauté sur les navires ennemis : Naualis corona est qua solet donari maritimo proelio qui primus in hostilem nauem armatus transiliuit ; ea quasi nauium rostris insignita est ‘.

A l'égard des coronae classicae, il faudrait se garder d’une confusion facile à commettre. Sur les inscriptions de l’époque impériale, on trouve des mentions fréquentes de ces coronae classicae données par les Empereurs à des officiers supérieurs ; mais C'était devenu bien plutôt une

affaire d’apparat, et il n’va pluslieu d’y voir la récompense :

d’un exploit en mer. En effet, la corona classica fait partie des dona militaria maiora, c'est-à-dire des récompenses décernées aux officiers de haut grade dans les différents corps militaires ; ces dona comprenaient les coronae, les hastae purae et les uexilla. Les centurions, sous-officiers et soldats, de par leur rang, n'avaient jamais droit qu'aux

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