‹ La Flotte de MisèneChapitre 143 sur 162 · Op. cit · texte numérisé non relu

Op. cit

changeant de quartiers, les Romains, comme des peuples nomades, emmenassent avec eux femmes et enfants sur de longues files de voitures à bœufs ? On peut penser d'autre part que le défaut de cohabitation de mari et femme n’est point avantageux à l'institution même du mariage, et Auguste a bien pu s’arrêter à ce détail. — Jusqu'à présent, M. Mispoulet nous fait valoir des raisons plutôt qu’il ne nous apporte des preuves. Aussi M. Vittore Scialoia a-t-il laissé ces arguments de côté, quand il a repris la thèse de M. Mispoulet ‘; celui-ci en avait d’autres encore queM. Scialoia s’est appropriés en y ajoutant les siens. Il nous reste à examiner ces nouveaux éléments de la controverse.

Sous la République, dit M. Scialoia, il n’y a pas de difficulté : les citoyens pouvaient se marier au service, mais leurs femmes ne pouvaient pas suivre les campements; beaucoup de textes * font preuve de ces deux points. Nous les laissons de côté, ils n'intéressent en rien la flotte de Misène. — Arrivant à l’Empire, M. Scialoia écarte tout d’abord les textes de Tacite et de Tertullien; ils ne prouvent rien, selon lui: la vie militaire est peu compatible avec la vie conjugale, de là vient que le célibat fut si répandu parmi les soldats; ces auteurs ne font qu’une constatation de fait. — Il nous semble bien voir pourtant dans la conduite des soldats romains la preuve qu’il n’y avait généralement pas chez eux de répugnance pour le mariage, malgré les difficultés particulières que suscitait l’état militaire ; la plupart nouaïent volontiers des liaisons qu’ils étaient très heureux de voir transformer en iustae nupliae au jour de leur congé ;

4. Bulletino dell’ Instituto di diritlo romano, 1895, p. 161. 2. Ils sont cités par M. Scialoia; cf loc. cit., p. 162.

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les enfants qui en étaient nés devenaient légitimes ; voilà qui ne ressemble guère aux liaisons ordinaires,que l'on rompt à la première occasion. {l est fort admissible que beaucoup eussent préféré un genre de vie moins irrégulier que le seul auquel ils pussent se soumettre, vu les prohibitions de la loi.

Nous avons du reste d’autres renseignements plus explieites : c’est d’abord un texte de Suétone : Auguste, dit-il, disciplinam seuerissime rexit, ne legatorum quidem cuiquam nisi grauate hibernis demum mensibus permisit uxorem intermisere ‘ ; c'est aussi le passage déjà cité de Dion Cassius; c’est enfin un témoignage d’un tout autre ordre, de découverte assez récente et qui semble justifier pleinement, après plusieurs années, laffirmation de M. Mommsen : nous voulons parler des papyrus égyptiens du musée de Berlin ”. Ces documents prouvent, à notre avis, que les unions contractées par les soldats n'étaient pas reconnues par la loi; « en conséquence la femme ne pouvait agir en justice pour demander une restitution de dot. On essayait de tourner la loi en dissimulant la constitution de dot sous la forme d’un dépôt ou d’un prêt; mais le gouverneur d'Egypte ne s’y trompait pas. En l’an 4117, Lucia Macrina se présente devant lui; son avocat Phaneius demande la restitution d’un dépôt fait par elle entre les mains du soldat Antonius Germanus et conclut à être renvoyé devant un juge. « Nous savons, répond Lupus, que les dépôts dont il s’agit sont des dots. Je ne

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