Sic C. de la Berge, op. laud
une figure fort usuelle, pris le tout pour la partie. Comment admettre qu’en 214 il n'ait été levé que des nautae ? Ces gens-là formaient une des moindres parties de l’équipage. Si l’on demandait au peuple romain six à sept mille matelots, un compte approximatif nous permet de fixer à quarante ou cinquante mille le nombre de soc nauales à fournir, et cela dans l'intervalle de cinq ans : on comprend les clameurs de la plèbe. Ces esclaves étaient affranchis avant de recevoir les armes, comme ceux que, plus tard, Octave enrôla dans les guerres civiles. Leurs maîtres n'avaient donc aucun droit de les reprendre à la fin de la campagne, comme leur propriété; la République les leur achetait à vrai dire, mais en réalité, les citoyens, vendeurs malgré eux, ne recevaient qu’une bien faible indemnité, et de plus il fallait amener ces hommes tout équipés, et consigner le montant de leur solde pour six mois ; on voit que c'était une lourde charge pour ceux qui s'y trouvaient assujettis ‘. La raison d'état, à Rome, a toujours été des plus tyranniques ; Tite-Live cite un fait plus extraordinaire encore : Carthagène prise, Scipion n'hésita pas, dans un moment d'embarras, et bien qu'il n'y eût pas de précédent, à enrôler comme remiges des habitants et des esclaves de cette ville *.
1. Après le désastre de Drépane, la réfection de la flotte romaine eut lieu aux frais des particuliers. Cet acle est considéré d'ordinaire comme un don volontaire de patriotes désintéressés, ou bien comme une contribution imposée par le pouvoir. Seul, M, Wilhelm Ihne y voit une liturgie à la mode athénienne, un impôt provisoire levé sur les riches ou, comme il dit, «un emprunt que l'Etat faisait à ceux qui avaientle moins souffert de la défaite ». Cette solution, déjà admise dans la première édition (t. II, 1868, p. 92) de sa Aümische Geschichte, a été maintenue dans la deuxième (L. Il, 1896, p. 101) ; l’auteur en a seulement atténué l'expression un peu tranchante (Cf A. Bouché-Leclereq, Rev.Crit.,
20 juillet 1896).