Op. laud., p
Mais le problème se trouve étrangement compliqué par le fait d’une inscription célèbre qui, considérablement mutilée, tronquée dans sa partie de gauche, a donné lieu à diverses restitutions on ne peut plus dissemblables. Il est indispensable de la reproduire ici, accompagnée d’abord de la restitution la première en date, celle de Henzen :.
DIVi NErVAE ABNEPOTIB trierarchi : et : nau | ARCHI : CLASSIS - PRAETOR : MISEN
quod : ad : ornam : ce | NTVRIONATVS : QVIBVS - DIVVS : PIVS
ipsos : honor | AVERAT : ADIECTO : TERTIO : ORDINE optimum - princi | PEM AEQVAVERINT
L'année suivante, M. Mommsen donna une autre interprélation toute différente * :
centuriones : trierarchi:nau deucti:n:m:g:e:quod : ad : binos : ce naues : class - praet- Mis: orn
optimum : princi
Selon lui, Antonin le Pieux avait déjà accordé Île rang, ou tout au moins les honneurs du centurionat aux navarques et aux triérarques (binos centurionatus),etses successeurs, les diui Neruae abnepotes de l'inscription, Marc- Aurèle et L. Verus, étendirent cette faveur aux principes — nous parlerons plus loin de ces derniers — qui formèrent ainsi le fertius ordo, les trierarchi composant le premier, les nauarchi le second. Mais, remarquait déjà C. de la Berge, la formule deuoti numinibus maiestatibusque eorum est ici un anachronisme, car on ne la voit pas encore en usage au temps de Marc-Aurèle.
Ebranlé par les critiques qui furent faites de sa restitution, M. Mommsen en proposa une autre, en repro-
. Bull. dell’Instit. di corr. arch. 1854, p. 174 sqq. . 1.R, N., n°0 2653. |
duisant le document au Corpus ‘; elle diffère toujours notablement de celle de Henzen :
classer -suam -hono
nauarchi : et : trier
quod: ad: alteros: ce
optimum + princi
D'après cette nouvelle interprétation, Antonin le Pieux aurait créé un deuxième ordre de centurions pour les navarques et les triérarques ; Marc-Aurèle et L. Verus en établirent un troisième à cette image, pour ceux qui suivaient en dignité ces officiers de plus près, c’est-àdire, suivant M. Mommsen, peut-être les guhernatores. Devant une telle explication, M. Fiebiger s'étonne à Juste titre : si les navarques et les triérarques avaient déjà obtenu une telle faveur de l'Empereur Antonin le Pieux, comment adressent-ils leurs remerciements à ce sujet aux successeurs de ce prince qui n’y ont été pour rien ? Comment surtout rendent-ils grâces à Marc-Aurèle et à son associé au trône d’avoir étendu cette concession à un plus grand nombre ? Est-ce donc relever un titre ou une distinction que de les prodiguer ? Les triérarques et navarques de la flotte de Misène ne pouvaient ignorer ce qu'il en est, et on aurait tort de leur imputer gratuitement une telle naïveté. Il n’y a qu'un détail à approuver dans la deuxième restitution de M. Mommsen ; il place à juste titre les nauarchi avant les trierarchi sur l’inscription, contrairement à Henzen ; mais, à part ce détail, la restitution de ce dernier semble infiniment meilleure.
La difficulté gît évidemment dans l'interprétation à
donner aux mots : fertio ordine. Henzen adopte à cet égard la thèse très plausible de Giorgi : Marc-Aurèle et L. Verus décidèrent que navarques et triérarques deviendraient, à l'expiration de leur temps de service sur la flotte, décurions dans leurs municipes respectifs ; donc le fertius ordo serait l’ordre des décurions municipaux. Ce qui corrobore très fortement cette opinion, c’est qu'une semblable disposition n’aurait pas été sans précédents : Auguste avait promis la mème faveur aux centurions de son armée,quand il fit la guerre à Sextus Pompée. Ün auteur * nous le dit formellement : robs éxarovrze- AOU6 WE ka Es Ta PouAXs aurods Tac Év Tai marpior xaTukÉEUWV. Il est vrai, ajoute Henzen, qu’à l’époque des Antonins les décurions des municipes étaient dans une situation bien différente de celle qu'ils avaient occupée au temps d’Auguste ; néanmoins, au fond et juridiquement, la concession était la même, et il devait toujours appartenir à l'Empereur d'accorder à qui il voulait le cens ou les attributs de l’ordre décurional, laissant à l’ordre même le droit d’élire et de coopter, ou non, à son choix, la personne honorée. M. Fiebiger nous montre * que l'hypothèse de Giorgi est parfaitement acceptable.D'abord il est souvent fait mention de l’ordre des décurions. Suétone, énumérant les honneurs rendus à Auguste défunt * et ceux qui en prirent l’iniliative, cite successivement les trois ordres : sénatorial, équestre et décurional. Parmi les honneurs accessoires dévolus parfois aux navarques, nous avons signalé le titre de duumuir quinquennalis. En effet, une inscription * nous montre qu'il
. Dio Cass., XLIX, 14, 8.
. Op. laud., p. 373 sqq.
. Suet., Aug., 100.