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appartint au navarque Numisius Primus qui fut duumuir à Sinope. Or ce fait prouve péremptoirement qu’il avait reçu le centurionat, car le jurisconsulte Paul nous dit au Digeste ! : 1s qui non sit decurio, duumuiratu..……. fungi non potest, quia decurionum ordinibus plebei fungi prohibentur. Nous possédons aussi un monument * dédié par les décurions de Misène à Domna où à Mammaea Augusta — peu importe laquelle pour l'instant —-, et dans la souscription on lit le nom du triérarque Lucius Vitalis ; par conséquent, au Ille siècle, les triérarques étaient décurions ; à plus forte raison les navarques, leurs supérieurs, l’étaient-ils aussi. Et cette faveur des Empereurs n’a rien qui puisse étonner : elle s’adressait à des subordonnés, à des aides des praefecti classis, personnages appartenant à cet ordre équestre qu'ils affectionnaient.
En résumé, Antonin le Pieux a accordé aux navarques et triérarques les insignes du centurionat ; ses successeurs, de plus, leur donnent entrée dans l’ordre municipal des décurions.
Et maintenant que nous avons adopté une conjecture très vraisemblable sur la nature de ces centuriones, il reste à voir s'il y a lieu de les confondre avec les centuriones classici qui figurent sur plusieurs autres inscriptions. Pour définir ces derniers, M. Ferrero, partant des prémisses que nous avons repoussées, reconnaît dans le navarque un commandant de grand navire et dans les triérarques des chefs de bâtiments moindres ; les uns et les autres auraient obtenu, suivant les restitutions, ou le grade, ou les ornements des centuriens ; voilà quels sont,
1. Dig., De decurionibus et fils eorum, L, 2, 1. 7. 2. CIL, X, 3342 a.
d’après lui, à dater du milieu du Il: siècle, les centuriones classici ; — quelques-uns néanmoins se seraient appelés principes. — Désormais les centurions sont confondus avec les navarques et les triérarques, au Bas-Empire avec les navarques seulement, le titre de triérarque étant tombé en désuétude.
Mais il y a à cela une éaorme difficulté dont M. Ferrero s’est aperçu lui-même du reste : dès avant Antonin le Pieux, il existait des centuriones classici. S'ils furent créés, c'est qu'ils avaient des fonctions à remplir ; est-il admissible qu'à un moment donné ils disparaissent, simplement parce que leur titre ou leurs insignes ont été décernés à des fonctionnaires d’à côté, chargés d’un tout autre service ? YŸ a-t-il donc eu désormais cumul d’attributions entre les mains de ces derniers ? Ou bien celles des anciens centurions étaient-elles si insignifiantes qu'on pût les supprimer sans nul inconvénient ? La seule étude des sources de cette histoire montre qu’il n’en est rien. En un mot, ce système est inacceptable pour cette double raison qu'avant Marc-Aurèle ‘ il y avait déjà des centuriones classici et qu'après ce même Empereur il existe encore des navarques, des triérarques et des centurions. La co-existence de ces trois litres, alors surtout qu'on n’en voit pas deux attribués à un même homme, atteste surabondamment qu’il s’agit de trois espèces distinctes de fonctionnaires.
M. Héron de Villefosse *, remarquant que la plupart des inscriptions relatives aux cenfuriones classici ont été trouvées loin de la station principale de la flotte, était
4” CfTac:, Ann, XIV, 8.
2. Dct. des antiq. gr. et rom. de Daremberg et Saglio, v° Centurio classicus.
d’avis que peut-être ces centurions commandaient des pelotons détachés de soldats de marine, soumis sur terre à quelque travail exceptionnel. Mais sa première observation, qui pouvait être plausible en son temps, a cessé de l'être, grâce aux découvertes épigraphiques postérieures, et la solution proposée perd ainsi son unique point d'appui ; nous aurons cependant à constater qu'elle contient une part de vérité.
M. Mommsen, très vraisemblablement mal inspiré dans les deux restitutions que nous avons reproduites, apporte ici une hypothèse bien plus satisfaisante. Il croit que, dans la flotte, une centurie était affectée au service de chaque navire, et que chaque navire— ou centurie — avait à sa tête, avec des attributions diverses, un triérarque et un centurion ; ces deux officiers étaient donc distincts l’un de l’autre, et bien qu’il faille entourer les témoignages de Tacite de beaucoup de circonspection, nous pouvons citer 101, à l'appui de notre thèse, le passage où 1l paraît faire soigneusement la distinction indiquée : respicit Anicetum trierarcho Herculeio et Obarito centurione classico comitatum
Mais quelle était l'utilité de ces centuriones classici ? Les classiari n'étaient pas toujours en mer ; nous avons fait voir les occupations qui leur étaient généralement réservées à terre ; on les avait donc divisés par centuries, afin que, sur le continent, ils pussent, s’il Le fallait, marcher centuriatim, tout comme dans les légions. Ils étaient compris de la sorte dans des cadres tout formés, et pouvaient plus rapidement se mettre à la tâche. Tous les ans, pendant que la mer était fermée, et elle l’était ordinai-