‹ La foi catholique dans ses relations avec la raison et la volonté [microforme]Chapitre 10 sur 15 · ———— EE · texte numérisé non relu

———— EE

aussi, avec moins d’ardeur juvénile mais avec sincérité, car il sent qu'il lui a donné quelque chose de lui-même ; il aime sa famille enfin, ses enfants, et aussi, j'allais dire surtout, ses petits enfants. N’est-on pas souvent témoin, messieurs, de ces épanchements d'affection vraie du septuagénaire ot de l’octogénaire pour les plus petits de ceux qui vont transmettre aux postérités avec l'héritage de leur nom, celui de leurs travaux et de leur vie. A n'importe quel âge, tous nous le savons, l’homme a besoin d'aimer et d’être aimé ; c'est la loi de la nature, et si on l’élude quelquefois, c’est une exception détestable et détestée de tous, elle confirme la règle générale.

20 Ce n’est pas tout de tendre à quelque chose et de le désirer, il faut y arriver et entrer en sa possession. Ce n’est pas tout d'aimer, il faut agir pour ce qu’on aime et pour ceux qu'on aime. C’est le même phénomène psychologique examiné sous un autre point de vue. J'ai parlé de l'amour de la science, de l'amour de la famille et de l’amour de la patrie. Mais qu'est-ce qu’aimer la science,si ce n’est chercher à l’acquérir et comment s’accomplit cette recherche, si Ge n’est au prix de veilles prolongées et de labeurs ardus ? Qu'est-ce qu’aimer ceux qui nous sont unis par les liens du sang ou les nœuds de l’amitié si ce n’est travailler à leur faire du bien, à leur procurer de la considération, de la gloire et du bonheur ? Dans le langage chrétien, mesdames et messieurs, l'amour s'appelle charité et la charité sans les œuvres ne se suppose même pas ; ainsi en est-il en psychologie : On aime pour se donner, sinon tout entier, au moins en partie, à ceux qu’on aime. Allez interroger ce brave laboureur, qui retourne avec peine le sillon que trace sa charrue, ensemence son champ, recueille son blé et l’engrange avec tant de soin ; allez interroger cet industriel intelligent, qui s'applique avec courage et assiduité à fabriquer les produits de son industrie ; montez encore plus haut, dans les rangs de l’ordre social, jusqu’à ceux qui dirigent les destinées publiques. Oh ! évidemment, en haut comme en bas, et en bas comme en haut, vous aurez

anne

Le

me: 9 À: rie car il peut-être des réponses variées, et parfois étonnantes, pour ne ime ea rien dire de plus, mais toujours la note d'ensemble chantera, at, ses à l’honnéur de l'humanité, qu’on ne travaille pas au hasard de ces et sans but, mais qu’on travaille pour ce qu'on aime et pour l'octo- -ceux qu'on aime !

re aux Il n'est peut-être pas de témoignage plus frappant de cette r'avaux 4 vérité que celui qui se peut tirer des annales de la vie miliaVONS, taire. Voyez ce jeuue conscrit qui vient de prendre rang à de la côté du vieux sergent. Comme il se plie aux dures exigences détes- du métier. Les longs exercices, les ennuis et les fatigues D des marches et des contremarches, l'éloignement de tous ï de le ceux qui lui furent chers, depuis la vieille mère jusqu'à la > n'est jeune fiancée, les rigueurs de la discipline, et souvent la mair ceux greur de la pitance, rien ne l’arrête, rien ne le rebute… aminé Bientôt, je suppose, la guerre va s'engager, il ira au feu pour de la la première fois, il tremble un peu peut-être, mais vienne patrie. l’action, que les canons grondent et que la poudre parle, et acqué- | vous verrez son front se relever fier, ses yeux lancer des u prix -éclairs. C'est pour la patrie, c est pour le drapeau ! Qu'importe ’aimer le danger ! Viva le drapeau et vive la patrie ! nœuds 30 Le cœur à besoin d'amour et d'action, d'amour et dévoueà leur ment, il a besoin aussi, mesdames et messieurs, quelqu'étrange heur ? que cela puisse paraître de prime abord, il & besoin de sacriamour fice. Oh je n’ignore pas que l’homme n’a jamais recherché la 1ppose souffrance pour elle-même, je sais bien qu’il ne lui est pas pur 8e agréable de voir souvent les caprices du sort se jouer de ses qu’on projets les plus chers et changer ses meilleures espérances en p avec de fugitives illusions ; mais je n’ignore pas con plus que la hamp, souffrance apporte au cœur sa part de consolation et je sais inter- aussi que les grands cœurs ont toujours aimé à se dévouer, à purage se sacrifier, et par conséquent à souffrir. J’entendais un jour, mon- à Reims, à l'occasion du quatorzième centenaire du baptême 1squ'’à de Clovis, l’un des plus brillants orateurs de la France conment, temporaine, le comte Albert de Mun, évoquer les gloires du aurez passé, parler des luttes du présent et saluer les victoires de

RU Ce A RS RE NN en A

nt eh et et Éd dote den 2 à Ml an et 2, LS, D,

l'avenir, devant près de trois mille jeunes gens, accourus de: toutes les parties de la France au glorieux baptistère de la cité Rhémoise. Voulant mettre en garde ses jeunes compatriotes contre ce dégoût de la lutte qui provient souvent de la crainte ou de l'habitude de l’insuccès, il leur disait : « Contre cet état d'âme, je voudrais, messieurs, jusqu’au bout « vous défendre de toutes mes forces, car la vie c'est la lutte et «non pas la victoire. Je me souviens qu’au jour de Gravelotte, » (Gravelotte vous le savez, est une des journées terribles de la guerre franco-prussienne, pendant laquelle l’orateur a servi sous les drapeaux) « je me souviens qu'au jour de Gravelotte « et sous la pluie des obus, un de mes chefs se tournant vers « moi, me dit, le visage souriant : « Ah quelle beiie fête ! » « Ce n’était par la vaine fanfaronnade d'un calme affecté, « mais dans le noble orgueil du métier, la joie sincère du « devoir accompli. Depuis, j'ai souvent pensé, sur d’autres « champs de bataille, à cette parole du soldat, et j'ai connu que ‘ le sacrifice était une fête, même quand il fait couler le sang « par les blessures du cœur. Ce sont, messieurs, les joies que «je vous souhaite comme le cortège de votre vie. Il en est « peut-être de plus douces : Il n’y en a pas de plus nobles ni « de plus fécondes. » La vie c'est la lutte et non pas la victoire ! Retenez bien cette parole, mesdames et messieurs ; mais sachezle bien aussi, pour lutter il faut souffrir. Puisque donc le cœur a besoin de vie ila besoin de lutte, et puisqu'il a besoin de lutte il a besoin de souffrance. Ce besoin de souffrance n’est au reste qu’une conséquence naturelle du besoin d'aimer et du besoin de se dévouer pour ceux qu’on aime. N'avez-vous pas lu souvent dans les récits d'histoire ou dans les légendes populaires ces beaux traits de sacrifice qui vous transportaient d’admiration ? Depuis le jeune David, allant combattre pour son peuple, son roi et son Dieu, le géant Philistin qui répondait au nom de Goliath, jusqu’à cet humble et héroïque Dollard, qui sauva en 1660 notre colonie. naissante de l'orage dont elle était menacée par l'invasion

RATS MNMUNRALIPT NPA SCAN PIRNRERTRTE Er NE

Iroquoise ; depuis le Léonidas Lacédemonien des Thermopyles jusqu’au Léonidas Canadien de Châteauguay, combien de héros ont bravé la mort pour sauver, avec le drapeau, l'honneur de la patrie.

Et sur un champ plus restreint, qui n’en reste pas moins un' champ d'honneur, combien d’amis fidèles n’ont-ils pas offert à l’ami de leur âme, ce témoignage d'amour, que le Christ à appelé le plus grand qui soit au monde, le sacrifice de leur vie ?

Combien de mères n’ont-elles pas donné de leur sang et de leur vie au cher objet de leur maternelle affection, semblables à ce sublime pélican, qui revenait « lassé d’un long voyage, vers ces petits affamés, » et dont le poète disait :

Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ; En vain il a des mers fouillé la profondeur : L’océan était vide et la plage déserte ;

Pour toute nourriture, il apporte «on cœur (3).

D'ailleurs il est nullement besoin de ces témoins ni de leurs témoignages. Quiconque sent palpiter un cœur dans sa poitrine, se rend parfaitement compte que l’une des meilleures joies d’une affection sincère, c’est de se dévouer et de sacrifier pour l’objet aimé.

Aimer, se dévouer et se sacrifier, ai-je raison de penser et de dire que ce sont là les plus nobles et les meilleures tendances de notre volonté, les plus chers besoins de nos cœurs et par conséquent les moyens les plus en harmonie avec notre nature aimante de tendre à notre fin et de nous orienter dans la vie ? Je laisse à de plus savants et à de plus autorisés que moi à décider si cette modeste étude des aspirations du cœur humain est justement fondée, et je me hâte de passer à la deuxième partie de ma conférence dans laquelle j'ai dessein de vous faire voir, mesdames et messieurs, que la doctrine du Christ Jésus apporte précisément à l'homme ce qui est le plus

digne de son amour, de son dévouement et de ses sacrifices.

(8) Musset. Nuit de mai.

20 La foi catholique satisfait aux exigences du cœur humain

Le pivot sur lequel tourne tout le système de notre argumentation vous l’avez compris dès longtemps, mesdames et messieurs, ne manque pas de solidité. Il s’appuie sur les vérités que voici: L'acte de foi est un acte libre en même temps qu’un acte raisonnable. Pour que cet acte soit posé par l’homme, sous l'influence de la grâce divine, qui lui donne son caractère surnaturel, il faut que sa raison appréhende la : doctrine de la foi comme vraie et que sa volonté se meuve vers cetts doctrine "1mme vers ce que saint Thomas appelle le bien désrable : Bonum appetibile. Or, étant donné le triple besoin du cœur humain d'aimer, de se dévouer et de se sacrifier, nous at ons | Îémontrer que la foi catholique demande au chrétien de pratiquer des vertus qui répondent à ce triple besoin, satisfont le cœur de l’homme autant qu'il peut l'être ici-bas, et sont par conséquent à la volonté le bien le plus désirable. Il en résulte donc que la volonté humaine guidée par la droite raison, s’estimera heureuse et à bon droit, de tendre vers ce bien désirable qui s'appelle la doctrine catholique. C’est dans cette harmonie entre les tendances du cœur humain et les vertus chrétiennes que se trouve, à ce qu’il me paraît, pour une bonne partie, la beauté morale et intrinsèque du christianisme, cette beauté morale, sur laquelle les tenants de la méthode moderne d’apologétique établissent leur base d’argumentation pour prouver la vérité de la doctrine catholique, alléguant avec raison qu’une doctrine qui répond si bien aux besoins moraux de l'homme porte en elle-même un cachet de vérité très caractéristique. D'où il sera permis de conclure en faveur de cette méthode moderne, qu’elle apporte un solide appoint à la démonstration rationnelle, nous souvenant au reste que cette preuve morale n’était pas inconnue aux apologistes d’autre-

Trgueg et vériemps par onne le la euve pelle né le de se lique ent à qu'il lonté e Jla heu- Be qui monie ennes ie, la sauté d'apoouver aison x de racté-

cette à la cette autre-

F D A int AAC À

PORN PRE ARR NRA RSS EE 2 CERN er RE AGDE LACS

Si 49)

fois, et qu’en tout cas elle ne peut seule, démontrer la vérité de la foi catholique, puisqu'on ne croit pas jt et par ce qu'on veut croire |

Pardonnez-moi, mesdames et messieurs, cette forme didactique un peu sèche, qui paraîtra peut-être à quelques-uns légitimement issue des argumentations du moyen-âge. Je vous en fais gaiement l’aveu, j'ai tenté vainement de l’éluder ; il faut bien comme disait le poète moraliste «qu’un chat s'appelle un chat », et, vous avez beau vouloir le tourner gentiment, un syllogisme reste toujours un syllogisme.

lo J’ai dit que le cœur humain a besoin d'aimer. Or, qu'est-ce que la foi catholique présente à son affection ? Un Dieu, souverainement parfait et infiniment bon ; un Dieu, qui non content d’avoir créé l’homme à son image et à sa ressemblance, de l’avoir fait intelligent et libre, a voulu aussi sortir du néant, pour son usage, ce merveilleux univers qui enchante et ravit tout ses sens ; un Dieu, qui après les dons de la nature, lui a octroyé encore ceux de la grâce ; un Dieu, à qui il doit tout ce qu'il a et tout ce qu’il est ; un Dieu magnanime, qui voyant l’homme déchu de son état originel de perfection, a eu pitié de sa misère et de sa faiblesse, a tendu vers lui une main secourable et lui a envoyé son propre Fils, objet de ses éternelles complaisances, pour être son médiateur et son Sauveur.

Qu'est-ce que la foi présente encore à l’affection de l’homme ? La personne adorable du Christ Jésus : ce Dieu fait Homme, qui a élevé notre nature jusqu’à la faire subsister dans sa personne divine, qui est né pauvre et a vécu pauvre, a travaillé, a souffert, est mort sur une croix, et tout cela par amour pour notre pauvre humanité. O Christ ! Qu'ils sont à plaindre ceux qui vivent sans toi et se proclament « venus trop tard « dans un monde trop vieux. » Comme leurs cœurs me sem-

blent vides et comme leur vie doit être froide ! Ah! le poète äincrédule, qui n’était pas

‘ AE RSR ARE Res Ro NE CAEN EE SA A

tonte

as: AE me

PAPA ...de ceux que la prière Dans tes temples muets amène à pas tremblants : iavess de ceux qui vont à ton Calvaire,

En se frappant le cœur, baiser tes pieds sanglants...…. avait bien raison de regretter

PAT TO Et le temps où nos vieilles romances Ouvraient leurs ailes d’or vers le monde enchanté ; Où tous nos monuments et toutes nos croyances Portaient le manteau blanc de leur virginité (4).

Qu'est-ce encore, mesdames et messieurs, que la foi présente au cœur de l’homme ? Une vierge-mère, incomparablement pure et incomparablement belle, que l'amour de son Fils a gardée de toutes nos corruptions et de toutes nos fanges ; une vierge-mère, bonne autant qu’aimante, toujours prête à plaider notre cause auprès du trône de son divin Fils. Et encore ? Des légions de saints et de saintes, d'apôtres et de martyrs, de confesseurs et de vierges, qui ont rendu témoiguage à Dieu, et à qui Dieu rend témoignage, qui nous invitent à suivre leur exemple et à pratiquer les vertus chrétiennes avec courage et constance, afin de mériter comme eux la gloire promise aux bons et fidèles serviteurs.

Mais, ne voyons-nous pas que cette félicité de l’autre vie, réservée à ceux qui sont honnêtes et droits, est le plus puissant motif qui porte à pratiquer les vertus sociales et domestiques. On «tenté en notre siècle, on y a hélas que trop réussi, de subtituer un nouveau credo au vieux symbole des chrétiens, on a voulu, a dit une parole célèbre en France, ‘“ étouffer la vieille chanson chrétienne qui berçait le peuple “ en le moralisant,” on a prétendu ‘c:muler une morale indépendante, basée au reste, dans ce qu'elle a d’acceptable sur les pierres qu’on a enlevées à l'édifice magnifique que la civilisation chrétienne avait jeté dans le monde, mais à quels

(4) Musset. Rolla.

sente ment ils a ges ; ête à . Et et de smoiitent nnes loire

») vie,

de D NET PTE TT FETE EEE

Page 1