‹ La foi catholique dans ses relations avec la raison et la volonté [microforme]Chapitre 13 sur 15 · TE RS I UNITÉ VA SEE LAPS EURE FRERNER RME ROUTE TEE EE KES · texte numérisé non relu

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Ah ! c'est que la foi demande à la volonté de ne pas s'occuper aux seuls soucis de la vie matérielle, mais de regarder plus haut,

Elle demande de n'aimer pas ses amis simplement à cause de leurs qualités physiques mais aussi et surtout à cause des beautés morales qui impriment sur leurs figures je ne sais quel cachet de distinction et de dignité ; de les aimer, ces amis, non seulement sur la terre et pour la terre, mais de les suivre au delà des portes du tombeau, jusque dans la poussière de la mort, parceque cette mort, aux yeux du chrétien n'est en définitive qu'un passage à une vie meilleure. Et n'est-il pas vrai, disons-le par parenthèse, que ce droit que la foi donne à nos cœurs de rester fidèles au souvenir de ceux qui nous furent chers, et de leur garder jusque dans la mort une impérissable amitié, est l’une des plus fortes et des plus douces consolations que nous puissions éprouver ?

Pour celui, en qui l’acuité d’une grande douleur a réveillé le sentiment du néant des choses de cette vie, je ne sais rien de plus réconfortant en effet que d'aller s’agenouiller là-bas sur la pierre d’un tombeau, au pied d’une croix, pour y répandre, selon l'expression consacrée, « des larmes avec des « prières, »

Dans l’ordre social, si la foi enseigne à la volonté le respect de l'autorité constituée parceque cette autorité est fondée sur celle de Dieu lui-même ; et si elle lui enseigne le respect de la propriété, parceque la propriété est pour un individu le fruit légitime de son application, de son travail et de son industrie, et qu’il a naturellement le droit de disposer du bien qu’il a acquis au profit de ses enfants ou de ses héritiers ; si elle enseigne encore au citoyen de faire valoir son droit et de le défendre, de rendre à César ce qui est à César après avoir rendu à Dieu ce qui est à Dieu, elle fait beaucoup plus encore, mesdames et messieurs. Oui ! elle fait beaucoup plus la foi catholique ! Ne conseille-t-elle pas en effet à quelquesuns de se dévouer au bien de leurs frères ? Quelques-uns

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seulement sont ainsi distingués, par une vocation spéciale, au milieu de la foule chrétienne ; mais tous ceux qui croient au Christ sentent leur cœur doucement remué au souvenir des exploits qui n’ont coûté de la peine, des fatigues et du sang qu'aux seuls vainqueurs des combats pour le Christ, ces vainqueurs souvent humiliés, qui s'appellent, dans l’histoire, des missionnaires et des martyrs. Qui pourra jamais raconter tout ce qu'ils ont fait, ces chevaliers de Dieu, héritiers de la mission apostolique dans tous les temps et dans tous les lieux, pour le bien de la civilisation et de la morale ? ÆEcoutez ce qu'écrivait naguère un membre de l'Académie Française, revenu récemment à la foi de son enfance, Monsieur François Coppée : « Le missionnaire accepte dans toute sa sévérité « la règle imposée aux prêtres et aux religieux ; il renonce, «sans espoir de les revoir jamais, à son pays, à ses parents, à « tous ceux qu'il chérit. Il s’en va, pour toujours, vivre dans « des climats funestes, parmi des peuples barbares et cruels, « Il se présente à eux, seul et sans défense, n'ayant pour «escorte que son Ange Gardien, uniquement armé de son «courage et de l'Evangile. À ces sauvages tremblants de «terreur devant des idoles menaçantes, il parle d'un Dieu « d'amour, qui veut qu'on l'adore en esprit et en vérité. A ces « êtres gouvernés par leurs seuls appétits, il prétend ensei- « gner la morale chrétienne, qui dompte les mauvais instincts, «et inculquer &:3s vertus nouvelles, dont il donne, d’ailleurs, « l'exemple. L'esprit de guerre et de haine est l’état normal « de ces malheureux ; le missionnaire exige qu’ils pardonnent « à leurs ennemis et il leur dit d'abord : La paix soit avec « vous. Leur premier geste est celui du vol et de la rapine ; « le missionnaire leur ordonne de faire la charité et de mé- « priser les biens de ce monde. Ils vivent dans une promis- « cuité presque bestiale ; le missionnaire les invite aux « chastes joies de la famille. Ils réduisent les vaincus en « esclavage et trafiquent de la chair humaine ; le missionnaire « leur déclare que tous les hommes sont frères en Jésus-Christ « et leur enjoint de briser les chaînes et les entraves.

« Que de périls pour ce prêtre plein de douceur, qui ne « peut opposer que son crucifix aux armes hideuses, levées à «chaque pas sur son front ! Souvent il tombe frappé dès la « première étape de son voyage apostolique, avant même « d’avoir pu opérer une seule conversion. Mais, depuis loag- « temps, il a fait le cacrifice de sa vie, il est résigné aux sup- « plices et à la mort. Que dis-je ? Il la désire, il l’espère, « cette mort glorieuse, et il l'accepte avec ivresse, convaincu « que le sang du martyre féconde encore plus une terre impie « que l’eau même du baptême, et que le nom de ce Dieu, dont « il confesse la foi dans les tortures, ne sera pas oublié par « les bourreaux que son héroïsme épouvante et qu’il bénit en « expirant !

« Oui, même le négateur de toute vie future, même celui « qui n’a point d'espérance, s’il garde en soi du moins le sen- « timent de la grandeur, ne peut refuser au missionnaire son « émotion et son respect (6). »

C'est ainsi, mesdames et messieurs, que la foi catholique au point de vue social aussi bien qu’au point de vue individuel fournit un vaste champ à l’activité humaine. La volonté tend à agir, à se dévouer. Les combats pour Dieu et pour son Eglise, les luttes contre les passions qu'il faut dompter, autant d'occasions pour un noble cœur de faire le bien pour lui, pour ses frères et pour la gloire de son Dieu.

30. Mais ce n’est pas assez et, vous l'avez compris déjà en écoutant la belle prose de M. Coppée, avec l’action pour Dieu et pour le bien, la foi demarde à la volonté l’abnégation et le sacrifice. S'il est vrai, et je le crois, que le cœur a besoin de souffrir pour ceux qu’il aime, la foi catholique lui en donne une foule de sujets. Au reste en pourrait-il être autrement ? A qui étudie sans préjugés et sans parti pris, la vie et la doctrine du divin fondateur du christianisme, n'apparaît-il pas évident que la souffrance est à la base de toute

(6) Extrait de la Semaine Religieuse de Montréal, (6 nov. 1897.)

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