‹ La foi chrétienne au quatrième siècleChapitre 4 sur 8 · LE CIEL · texte numérisé non relu

LE CIEL

Nous pouvons , après avoir décrit la société du monde romain, nous représenter l'aspect des villes à cette époque. Brillantes encore, mais commençant à décroître, elles voient se fonder des églises qui, construites le plus souvent sur les tombeaux des martyrs (ce qui explique leur éloignement), vont devenir le centre de la vie religieuse. Pèlerinages, prières auprès du tombeau, guérisons que l'on va chercher dans leurs murs, tout se concentre dans ces lieux saints. Elles rivalisent en splendeur et en richesses avec les plus beaux temples du paganisme. Les Pères de l'Eglise eux-mêmes blâment leur luxe^. Dans les fêtes, dans les mots qu'on emploie pour désigner les dogmes de la nouvelle foi , dans le culte des saints et des martyrs , le paganisme triomphe ~. Il n'y a même pas eu un combat entre le paganisme et le catholicisme au point de vue des superstitions et du formalisme : le premier s'est introduit à la dérobée , faisant sans cesse de nouveaux progrès à mesure que les fidèles augmentaient, et à la fin de la conquête, il s'est trouvé que l'Eglise était transformée, qu'elle était devenue elle-même l'ancien culte. De là bien des hésitations, de là bien des erreurs. Le chrétien de la veille ne saura quel Dieu fêter. Il est hésitant, l'influence morale de l'Eglise n'a pu se faire sentir et il oublie quelquefois la doctrine chrétienne

pour retourner, comme la fiancée de Corinthe, aux anciens dieux. Il avait du reste à les nommer sans cesse : les quartiers, les carrefours portaient alors le nom des dieux.

Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement. On ne change pas un peuple aussi vite, et surtout un peuple comme cette société païenne, dont nous avons étudié l'essence. Son héritier, associé de la veille, croit tout et accepte tout. Partout il reconnaît aussi la main de Satan. Aucune religion n'a développé autant que l'Eglise catholique le pouvoir de celui-ci. L'enfer lui-même était peuplé. C'étaient les dieux du paganisme, les divinités vaincues, c'étaient les hommes pervers et mauvais, les empereurs persécuteurs. Lieu encore mal décrit, mal défini par les Pères, qui vomissait des flammes, souterrain profond fait de bitume et de soufre. Les âmes y souffraient des douleurs infinies. Mais encore l'appareil des tortures n'est pas développé ; il faudra la victoire complète de l'Eglise catholique sur le monde romain pour que l'imagination triomphante du nouveau maître des consciences s'ingénie à décrire avec un soin minutieux les différents supplices que Satan inflige à ses victimes.

Les chrétiens, dans les époques primitives de la nouvelle foi, ne pensaient pas à l'enfer, ils attendaient avec une trop grande impatience le jour béni de la résurrection et ils n'avaient que des idées empruntées au paganisme sur ces lieux de désolation. Satan seul les effraya. Ils virent partout son influence. C'est la même conception païenne. De là les exorcismes les plus grossiers pour chasser les démons , de là les prières les plus matérielles pour les mettre en fuite. Le signe de la croix fut employé généralement à cette époque, la relique apparaît, mais elle n'a pas dans ce monde l'importance qu'elle aura au vi^ siècle. Le chrétien se signe sans cesse, en mangeant, en sortant de sa maison, en se couchant. Le monogramme du Christ est à son anneau, à son costume; la croix se montre

sur sa maison, sur ses fourchettes. Il va même jusqu'à le tracer sur le pain avant de le manger.

Le baptême a pour lui des effets magiques; le pain de l'Eucharistie, des pouvoirs surnaturels 3. Qu'il est triste de voir cette société, sous l'influence des divinités malfaisantes, craintive, inculte, tremblante aux moindres perturbations de l'atmosphère. Le ciel va même avoir une importance très grande, car l'économie rurale triom^^liant avec les invasions germaniques, les agriculteurs seront sans cesse à attendre de lui les bienfaits qu'il peut procurer. De là la crainte de la foudre, de là les prières pour la pluie, de là les Rogations pour bénir les champs.

L'ancien et le nouveau Testament, avec les différentes solutions qu'il avait données, fut accepté par le christianisme. L'œuvre de la création était donc due à un Dieu unique. Hommes, animaux, plantes étaient le produit de sa toute puissance. L'antiquité occidentale n'avait pas connu le péché originel, la première faute. Ce dogme fut accepté et soutenu par les Pères de l'Eglise. L'histoire du premier homme, dès le triomphe de l'Eglise, fut développée : Adam et Eve tout d'abord dans le paradis, puis chassés pour leur faute, travaillant et labourant une terre aride, menant une vie misérable et pleine de douleurs jusqu'à ce que Dieu se montrât touché de tant d'efforts ^. Christ fut envoyé sur la terre pour sauver l'humanité entière. Son règne devait être le triomphe des simples et des croyants.

On l'avait vainement attendu. Le Seigneur n'était pas venu. Les apôtres, S. Pierre, S. Paul lui-même qui avait assuré l'arrivée prochaine de Jésus, étaient morts. De là des défaillances, de là un profond découragement. Christ n'avait pas tenu sa promesse. Avec le temps, cette idée du règne terrestre du Rédempteur se perdit, de nouvelles générations arrivèrent, et une grande incertitude sur le moment précis de l'arrivée du

Sauveur naquit. Les Pères de l'Eglise ne voulurent établir aucune date. Le contraire aurait été difficile. Mais de tous côtés on crut à une première résurrection qui devait avoir lieu mille ans avant la catastrophe finale, précédant le jugement dernier^. Le règne de l'Antéchrist marquait le moment final. La cérémonie de ce drame était en partie ébauchée par les Saintes Ecritures : les trompettes de sonner, les saints de se rassembler autour de Jésus, les morts de sortir de leurs tombes ouvertes. Mais, pour la description artistique, il faut attendre encore assez longtemps pour que les artistes la reproduisent. Ce n'est que vers le xii^ siècle que les traits principaux sont trouvés.

La procédure contemporaine donna ensuite la seconde partie. Christ était sur son trône comme le juge de cette époque, appelant chaque fidèle auprès de lui. Il y eut des interrogatoires, des contradictions. Le chrétien était obligé de se défendre. Mais encore ici on peut voir les idées flottantes de ce monde sur le jugement dernier^.

L'Eglise considéra cette vie comme un lieu de pèlerinage, comme une terre d'exil. Elle méprisa la vie présente et l'ét&rnité lui parut la chose principale ; faire son salut, avoir part au royaume des cieux, cela l'absorba tout entière. On pourra se rendre compte de l'influence funeste de cette conception à travers le moyen-âge. Elle put voir sans se sentir émue les inégalités sociales, les malheurs des classes inférieures, elle vécut dans une quiétude qui à beaucoup paraîtrait égoïste. On peut constater chez elle un grand élan pour les rêves chimériques, pour les croisades dont le résultat fut peu profitable à l'humanité, mais aucune ardeur pour les nobles causes qui intéressent le bonheur du plus grand nombre. Victorieuse dès ces siècles qui font le sujet de nos études, elle vécut en paix, après les invasions germaniques, et elle ne se préoccupa du présent qu'autant qu'il fallait pour ne pas perdre son crédit auprès des fidèles.

L'Église se vit donc obligée, après avoir vainement attendu l'arrivée de Jésus, de créer un lien particulier pour les âmes vraiment pures. Elles furent reçues dans le sein d'Abraham. Cette conception est très obscure et quelques Pères ne peuvent donner aucune description de ce lieu, qui fut accepté sans conteste par la société chrétienne d'après les témoignages des livres saints. Les martyrs et, au iv® siècle, les confesseurs allaient directement au ciel ^.

Nous verrons plus tard qu'aucun dogme ne fut représenté dans les catacombes et que l'Église avait besoin de travailler beaucoup à son iconographie pour faciliter la compréhension de ses doctrines aux classes inférieures. A cette époque, l'iconographie était toute populaire et il ne paraît, ni par les inscriptions funéraires, ni par les représentations figurées que l'on puisse avoir une idée exacte des pensées du peuple, car ni les unes ni les autres ne peuvent rien fournir au point de vue des subtilités dogmatiques, celles-ci ayant tenu très peu de place dans les préoccupations des chrétiens de cette époque. Ce n'est qu'au milieu du iv® siècle que nous voyons la représentation de Dieu le Père, le souverain maître de la patrie céleste ^. La Trinité était un dogme trop supérieur pour les masses, et les difficultés de la conception d'un Dieu pure essence étaient déjà fort grandes, même pour les illustres docteurs de l'Église. Les vraies divinités pour le peuple sont Dieu le Père et Jésus-Christ. Quand on représenta plus tard la Trinité on fut obligé de donner à Dieu la forme humaine, au Saint-Esprit celle d'une colombe, symbole tiré des Evangiles, et de considérer Jésus-Christ comme un homme. Ce qui fut populaire surtout, ce fut la naissance du Sauveur. On raconta avec un soin ingénu les premiers moments de sa vie. L'histoire des rois mages fit fortune au cours des siècles. La crèche fut représentée avec les animaux annoncés par les prophètes; à côté, on vit ensuite ces trois personnages de

l'Orient qui vinrent apporter leurs hommages respectueux au nouveau-né. Mentionnés seulement par S. Matthieu, ils vont prendre insensiblement une grande importance. Ils seront rois, et plus tard le moyen-âge pourra en dire les noms. Simples pèlerins sans escorte à l'origine, dès le iv® siècle ils recevront une suite assez nombreuse.

On commença à peupler la Jérusalem céleste. Le ciel acquit une grande importance dès cette époque. A côté de Dieu le Père, les anges furent considérés comme ses premiers serviteurs. Ce sont ses envoyés, et ils reçoivent des fonctions particulières. Ils secourent les saints, ils introduisent les martyrs dans le paradis, ils amènent les âmes dans le sein d'Abraham et assistent aux derniers moments des martyrs, comme autrefois à ceux de Jésus ^.

II n'y eut tout d'abord aucune différence entre les génies et les anges. La littérature donna le modèle aux artistes. Dans les vies des saints, les anges sont beaux, jeunes, étincelants de lumière, ils ont des habits blancs, comme les habitants du ciel. Ils portent le pallium, la tunique, le bâton du berger ou une verge pour veiller sur les protégés de Dieu ou pour châtier les coupables qui persécutent les saints. Leur regard est semblable à la foudre. Ils sont sans ailes, sans nimbe. Mais peu à peu un cérémonial fut imposé. Une hiérarchie se montre aussitôt. Il y eut des archanges, des séraphins, des anges. Les fonctions sont séparées, les uns sonnent de la trompette, les autres conduisent les saints. Ils sont ailés, emprunt fait aux génies antiques ; leurs ailes pleines d'yeux, détail donné par l'Apocalypse. Les peintures de S** Maria Maggiore peuvent fournir le germe de ce développement. Les anges ont déjà les ailes, mais n'ont pas encore reçu le nimbe, honneur qu'on leur accorda bientôt.

Les joies que Jésus-Christ avait promises aux apôtres furent par eux considérées comme prochaines, à la veille de

se réaliser sur la terre. Le ciel primitif fut donc terrestre, Jérusalem avait été choisie par le Christ. Les premiers chrétiens attendirent le Messie pour se réjouir. Quelques-uns ne devaient pas mourir. Mais peu à peu cette idée toute naturelle s'évanouit. Différentes questions furent posées. On voulut savoir ce qu'était le paradis. Diverses conceptions alors naquirent. La plus populaire consista à se représenter la patrie céleste comme un lieu de délices, où les martyrs allaient tout d'abord.

Déjà naît l'idée d'un jugement dernier reporté au grand réveil des âmes. Ce paradis à travers tout le moyen-âge subira, nous le verrons, différentes modifications, et nous suivrons son développement dans ces études jusqu'au xv® siècle. A mesure que l'Église se développe, que ses dogmes s'affirment, le paradis subit différents changements. Il faut ajouter aussi que les idées s'usent avec le temps, que les hommes, même au point de vue du culte, réclament de la nouveauté, qu'il faut sans cesse créer de nouveaux dogmes, de nouvelles adorations pour les conserver encore. Le développement du cérémonial dans la religion catholique en est la preuve.

Le paradis commença par être simple. On le conçut comme un jardin ^^. Les sources hagiographiques sont d'accord avec les représentations figurées. L'idée de cette conception est toute matérielle. Les saints habillés de blanc se promènent dans ce vaste jardin, après avoir été introduits par les anges dans la salle où Jésus est assis.

Les anges en effet attendaient les martyrs. On entendait bien souvent leurs voix les annoncer : Les voici, les voici qui arrivent. iVlors ils les revêtent d'habits blancs, ils les conduisent devant le trône de Jésus qui les embrasse. Ce trône même est élevé, il est nécessaire que les anges les soulèvent. Puis, le baiser de paix donné, les saints pouvaient se récréer.

Dans ce jardin, on entend sans cesse des chants d'allégresse. On y possède encore le même esprit, ce n'est pas la joie béate ;

quelques-uns même se tiennent k part, taciturnes. On se rappelle les actes passés, la conduite qu'on a tenue. Les arbres qui fleurissent là-haut sont grands, élevés ; leurs fruits sont dorés ; les fleurs, les roses surtout abondent. Les roses rouges et blanches sont fort aimées. Les odeurs les plus exquises sont répandues dans ce verger. Les saintes même s'y montrent dans un riche costume. Les pierreries, les bracelets d'or ne sont pas oubliés. On rêve ce qu'on ne peut avoir, on se figure une vie céleste qui nous donnera ce que nous ne pouvons attendre dans celle d'ici-bas. Les désirs des premiers chrétiens furent, comme on le voit, fort modestes. Peu à peu cependant naquit une autre conception. On se figura le paradis comme une ville; l'Eglise et son culte eurent sur cette conception une très grande influence. La messe fut célébrée sans cesse dans cette Jérusalem céleste ; les saints chantaient des cantiques, les louanges de Jésus. Ils veillaient aussi sur les âmes qui leur étaient confiées et chacun avait à porter devant le trône du Christ les demandes, les désirs des chrétiens qui lui célébraient son culte. Nous pouvons voir cette conception dans les œuvres de Grégoire de Tours. Notre étude ne nous permet pas d'aller au delà.

Le roi du paradis est Jésus ^i. Il y règne en maître. La première période n'avait aucun portrait de lui. L'iconographie va donc se modeler successivement sur les différentes conceptions des siècles. Le type de Jésus nous apparaît tout d'abord flottant. Nous pouvons voir les désirs de cette foule et l'idée qu'elle se fait du doux Maître. Le recrutement des chrétiens est encore tout plébéien ; ce sont les basses classes qui forment alors l'Eglise. Les images du Sauveur s'en ressentent. Il est considéré comme un enfant du peuple ; thaumaturge avant tout, ses miracles annoncent sa puissance. Il est jeune, sans barbe, vêtu très simplement comme les chrétiens contemporains de ces sculpteurs. Il tient à la main un volumen, marque de dignité chez les anciens, ou un bâton au pouvoir magique. De même

que ceux des apôtres qui sont considérés comme les pêcheurs de Galilée, les pieds du Christ sont nus ou pourvus de simples sandales. Son visage est d'un beau galbe, ses traits sont assez nobles, mais sans laisser une impression bien profonde. Nous ne croyons pas à un type transmis, et dans les sculptures, comme dans la peinture du cimetière de S. Calliste, nous remarquons le même ovale du contour que l'on donne aux apôtres. C'est l'ambition de l'artiste de ne pas faire les têtes toutes semblables, qui a seule créé quelques changements dans l'arrangement et dans les traits.

Peu h peu cette conception toute populaire a disparu ; l'Eglise n'est plus ce qu'elle était auparavant; dès la fin du IV® siècle nous voyons l'aristocratie pénétrer dans ses sanctuaires. Une transformation d'abord lente est en train de s'accomplir. Le type de Jésus en porte l'empreinte. Il a la barbe, un certain âge. Ce n'est plus le jeune homme qui accomplit sans cesse des miracles, que les sarcophages reproduisent encore. C'est le vrai roi du paradis. Il y eut lutte entre ces deux conceptions, mais de même que l'élément populaire devint de moins en moins important, h partir de l'édit de Milan, de même aussi la conception plus aristocratique de Jésus triompha. La poésie toute populaire de ces figures disparut avec la naïveté des représentations. A mesure que nous avancerons dans le moyen-âge, nous verrons un Christ maître du monde. Il a le globe à ses pieds, marque de sa puissance ; les cieux et la terre lui sont soumis ; il est assis sur un trône, orné de pierres précieuses. On s'éloigna donc de la douce image du Christ des évangiles pour arriver, avec la décadence de l'art et l'influence ascétique de l'aristocratie, à une troisième conception. Il est représenté sous l'aspect d'un vieillard, à la barbe longue et négligée, aux joues ridées, aux traits disgracieux et allongés. L'impression est lugubre ; on sent un christianisme très triste et très âpre. Aucun rayon de

soleil dans ces représentations, aucune poésie dans ces figures. Jésus est là, colossalement grand, dans toute sa gloire, mais la Jérusalem céleste, telle que ces mosaïques l'indiquent, serait loin de nous plaire. Que nous sommes éloignés de celle des Giotto et des Beato Angelico !

Déjà on connaissait sa vie ; des légendes avaient suppléé au récit des Evangiles, qui n'avaient donné aucun détail sur l'enfance de Jésus et sur le temps écoulé jusqu'à son baptême. Ces légendes, en harmonie avec l'idée du temps, l'ont représenté encore plus thaumaturge que l'évangile S. Marc. C'est le même esprit. Jésus accomplit des miracles dès sa première année. Il ressuscite des morts, il fait sortir de l'argile des oiseaux, il allonge des lits trop courts. Tout cela indique un degré de culture très rudimentaire et s'accorde bien avec les vies des saints et les récits de Grégoire de Tours. Il est utile de remarquer que ces vies ne sont pas populaires, elles naquirent du désir que l'on eut de suivre mot à mot les avertissements des plus grands prophètes de la Bible ; on rechercha avec soin s'ils n'avaient pas parlé de Jésus, de sa naissance, et après quelques recherches, leurs auteurs trouvèrent deux versets qui pouvaient permettre un développement assez long. Le germe est savant, le développement dénote aussi des préoccupations dogmatiques. Marie, qui était alors en butte aux railleries des sectes religieuses, dut être défendue. On s'ingénia à montrer au populaire tous les soins qu'on avait pria, dès le jour qu'elle fut choisie pour donner au monde le Sauveur. Joseph fut considéré par les écrivains ecclésiastiques comme le père nourricier i^. Les lieux saints avaient été trouvés : on voyait, au temps de S. Jérôme, la grotte où était né Jésus- Christ, car la légende orientale se séparait de celle de l'Occident qui faisait naître le Christ dans une étable. Cette légende de la naissance du Christ devint donc populaire, mais plus encore l'adoration des Mages.

L'Église n'avait possédé aucun portrait de la Vierge ^3, et dans les vies des saints elle n'occupe aucune place. Quand un légendaire veut parler de la fermeté d'âme d'une mère, en face du martyre de ses fils, il emprunte sa comparaison à la Bible, et prend pour type la mère des Macchabées. Aucune sainte n'a préoccupé aussi peu que Marie l'imagination des temps primitifs de l'Église. Ce qui aussi nous étonne, c'est qu'on trouve dans les catacombes une représentation figurée de la Sainte Famille. Nous ne pouvons l'admettre, malgré que la conception soit simple, sans aucune intention dogmatique. Les catacombes, c'est-à-dire les peintures qu'elles renferment, jusqu'aux premières années du iv® siècle ne donnent aucune vierge. Ce n'est que plus tard qu'on chercha à rehausser le culte de Marie et que celle-ci occupa une place importante. L'art s'accorde avec les sources écrites, non qu'il soit esclave de la littérature, mais parce qu'il représente à cette époque les idées que le petit noyau chrétien possédait.

La lutte de l'Église avec les hérésies, et surtout avec les manichéens, devait amener la religion orthodoxe à rehausser le culte de la Vierge. L'art la représente comme recevant avec le Christ les hommages des trois Rois^^. On ne savait pas trop bien quelle était leur patrie. Les Pères discutèrent. Les trois premiers siècles, après ledit de Milan, ne les considéraient pas comme des rois. La liturgie s'accorde ici avec les représentations figurées. En Occident, leur nombre n'est pas douze comme en Syrie, mais bien trois. Quelquefois, quand la symétrie l'ordonne, ils sont quatre. On a représenté les Mages au moment où ils donnent leurs présents à Jésus ; le moyen-âge connaîtra l'adoration de ces derniers. Ils sont debout, plus tard ils seront à genoux. Marie est assise sur un trône, l'enfant Jésus dans son giron. Il a un certain âge, trois ou quatre ans. Le réalisme se montre ici ; les présents se composent soit de poupées, soit de parfums. La position de Joseph est encore

humble. 11 tient un bâton et est placé à côté, en qualité de protecteur de la Sainte Famille. Le costume des Mages est celui des prêtres de Mithra. Ils ont le manteau large et la tunique. Leurs pieds sont pourvus de souliers.

L'adoration des bergers se montre beaucoup plus tard. Le IV® siècle préféra l'adoration des Mages. Quand ils se montrent h nous, les bergers sont jeunes, imberbes, tenant un rôle, revêtus d'une tunique et de longs manteaux.

La vie du Sauveur fut ensuite retracée, les miracles furent décrits. Nous parlerons plus tard de ces derniers.

Nous avons dit qu'on commençait à peupler la Jérusalem céleste. Les apôtres y occupèrent une place d'honneur. L'Eglise ne possédait aucun portrait de ces derniers, et en particulier de S. Pierre et S. Paul. Ils subirent la même influence que nous avons vue pour la figure du Christ. Le nombre des apôtres était donné par les Evangiles, mais l'artiste ne put souvent les reproduire tous, car la place lui manquait pour cette vaste scène. Il avait en effet besoin d'une surface assez développée pour pouvoir placer douze grandes figures. Aussi leur nombre fut-il tout d'abord flottant. Il y en a six, il y en a douze. S. Paul fut considéré comme un apôtre et il a presque toujours sa place à côté de S. Pierre. On commença par les représenter comme devrais pêcheurs qu'ils étaient, les pieds nus, ou revêtus de simples sandales, dont les cordons sont attachés autour de la jambe. Aucun attribut ne les distingue encore : quelques-uns ont la barbe, d'autres sont imberbes ; ils ont le volumeii, marque de dignité, qu'ils tiennent de la main gauche. Quelquefois on les rencontre aussi sous la forme d'agneaux. Jésus se trouve au milieu de ses brebis. Mais cette conception trop simple s'efface, et déjà on trouve les apôtres devenant les vrais compagnons du Christ en gloire. Le v® siècle leur donne le nimbe et une sorte de tiare. Les portraits de S. Pierre et de S. Paul sont particularisés ; les âges suivants les reproduiront toujours les

mêmes. S. Paul est chauve, mais les traits de sa figure sont fins. S. Pierre a aussi un âge avancé, la barbe assez épaisse, une chevelure assez abondante. La figure est plutôt vulgaire ^^.

Les évangélistes ne sont pas non plus oubliés. Il y eut deux manières de les représenter. L'Apocalypse eut encore ici une grande influence. Elle les avait décrits aux pieds du trône de Jésus avec les quatre symboles. Les v** et vi® siècles tendront de plus en plus à les représenter dans cette attitude, car la mosaïque permettait ce genre de composition. Ces quatre symboles formaient une symétrie, qui pouvait s'adapter facilement aux coins d'un carré ou d'une autre surface. Au iv® siècle, nous les voyons sous la figure humaine. Ils sont peu différents des apôtres, ils ont le volumen, ou des livres. Le livre ouvert porte souvent le nom de l'évangéliste. Luc et Marc paraissent avec la barbe, tandis que Matthieu et Jean sont imberbes. Ils sont représentés avec leurs symboles ou sous eux. Les Pères en cette matière ne furent pas tout de suite d'accord. Irénée avait donné le lion ^^ à Jean, le bœuf à Luc, l'homme à Matthieu, l'aigle à Marc. S. Jérôme donna le lion à Marc, le bœuf à Luc, l'aigle à Jean, l'homme à Matthieu. Grégoire le Grand et Alcuin acceptèrent cette dernière conception.

A côté d'eux, il y eut ensuite les saints et les martyrs. Ils habitèrent la Jérusalem céleste, revêtus d'habits royaux ^"^ . Mais désormais ils seront les divinités intermédiaires entre Jésus et les hommes. Ils pourront descendre sur la terre et venir y accomplir des miracles. C'est surtout dans l'étude du culte des saints que l'on mesure le degré de crédulité de cette foule grossière. Nous allons donc montrer, dans le chapitre suivant, les concessions faciles que la foi populaire (era à ces symboles grossiers.

NOTES

1. Ambroise, De off., II, 21. Ghrysostome , In Matth. Homel, 20.

2. Sacrificare. Voir notre étude sur le Culte des saints. La fête du Saint. La cérémonie de la messe. On peut poursuivre cette idée. Grégoire le Grand , Moralia , XXII, 26 : « Quotidianum immolationis sacrificium.» Autre chose ce qu'en pensent les Pères de l'Eg-lise, autre chose ce que voyait la plèbe dans les dogmes , trop philosophiques pour elle, et qu'elle a du reste peu connus. Cf., pour les mots savants, Darmesteter, Romania, V, p. 147, n° 1, et G. Paris, Etude sur le rôle de l'accent latin dans la langue française, p. 89. Les mots liturgiques sont savants : « ils ont reçu de très bonne heure l'accentuation savante. » Il en est ainsi de hostie, calice , catholique , esprit (on a espir régulier), idole, à côté de ic?/e populaire ; des noms hébraïques, Jacob, Rachel , Moyses , Jésus, Jacques {^Jakemes ancien: Jacobus). De même, Marie, Eue. Peut-être est-ce aussi vrai de Dieu, bien que cela ait été contesté. Faut-il dire, avec M. Flaschel, que le mot a été soustrait aux lois phonétiques, en vertu de son caractère sacré? (Die gelehrten Wocrter in der Chanson de Roland, 38.) Il est vrai que M. Flaschel fait la même concession au diable (p. 17). Cf. Romania, V, 376, et Giornale di fil. rom., 1878, 9, notes 1 et 2. En revanche. Christ est populaire, on l'a dans Eulalie , dans S. Léger, ainsi que sacrifice, messe , etc., tous les mots qui se rapportent au culte. Selon M. Keesebiter {^Archit^ de Herrig, 77 Band, 332), c'est aux iv* et v* siècles que les mots de l'Eglise pénétrèrent dans les masses, mais il y a dans son étude plus de conjectures que de faits. La même date est adoptée par Grœber. [Archiu f. lat. lex., I, 216.) Altar. L'autel était orné de fleurs, il contenait des reliques et était baisé dévotement.

3. Pour Y Eucharistie , Ambroise, De obitu fratris sui Satyri , c. 4, en parlant du pain de la Sainte Gène : « Non requirens de navis compage resolutam tabulam cui Supei*natans juvaretur, quoniam fidei soliis arma quœsierat. Itaque, ligari fecit in orario , et orarium involvit collo, atque ita se dejecit in mare , his se tectum atque munitum satis credens , alia auxilia non desideravit. » Cf. Augustin, Contra Julian, III, c. 162, parle d'un Arcatius qui était aveugle, il emploie le pain : « Neque hoc permisisse religiosam matrem suam, sed id effecisse imposito ex Eucharistia cataplasmate. » Le Baptême, il enlève tous les péchés. Le chrétien, au iv® siècle, en retardait le jour, s'amusait pendant longtemps, et puis, saturé de plaisir, revenait ensuite à l'église. Personne n'ignore les détails donnés par S. Augustin dans ses Confessions sur cette croyance.

4. Adam et Eve. — Nous ne pouvons ici voir qu'un sens historique et nous n'admettons pas les dififérentes interprétations données par Heuser dans Kraus , R. E., I, 16. Ces représentations sont du iv* siècle. De Rossi, Bull., 1865, p. 69. Sarcophage du V siècle. (Paolo fuori le mura), aujourd'hui dans le Musée de Latran. Nous possédons la collection Parker, dans laquelle il a le n" 2902. Le sarcophage que nous avons vu à Rome est sommairement dessiné, les traits sont gros, la mimique froide , quelques groupes ont encore du mouvement. On y voit Dieu le

Père assis sur un trône, les pieds sur un escabeau, marque de sa dignité; il oi'donne ; un ange à côté de lui pose la tète sur Eve ; Adam git aux pieds de Dieu. Presque tous les archéologues ont parlé de ce sarcophage. Schultze lui a consacré une petite monographie , Archeolog. Siudien ueber altchristl. Monumente. Wien., 1880, p. 145, dans laquelle il combat la conception des archéologues qui veulent y voir la Trinité. On ne peut y voir que des anges, serviteurs de Dieu le Père , ou peut-être , dans la personne qui est placée derrière le Seigneur, une figure dessinée par l'artiste pour l'œil. Il est habituel dans les sarcophages de placer derrière la cathedra une personne. C'est toujours un personnage secondaire, Joseph dans l'adoration des mages. On a ici suivi complètement le texte. Genès., 2, 21 : « Immisit ergo Dominus Deus soporem in Adam; cumque obdormisset, tulit unam de costis ejus, et replevit carnem pro ea, 23. » Quant à la création en particulier, la représentation de la création de l'homme, accomplie par Prométhée, a eu sur l'artiste une influence. Llibcke , Geschichte der Plasiik. Leipsig, 1863, p. 266. On les représente nus : « Erat autem uterque nudus , Adam scilicet et uxor ejus, 25. » Le réalisme, dans les figures et dans l'action, est fortement accusé. La faute. Genèse, III, I. L'artiste, tout en suivant le texte biblique, a arrangé la scène. La symétrie était donnée : Adam d'un côté, Eve de l'autre, et l'arbre au milieu, autour duquel est enroulé le serpent tenant la pomme. Il a la tête dirigée vers Eve. Ils sont nus, comme l'exige le texte, une feuille de figuier ou leurs mains cachent leur nudité, III, 7; «Et aperti sunt oculi amborum, cumque cognovissent se esse nudos, consuerunt folia ficus et fecerunt sibi perizomata. Kraus , Real Encyclopédie. Freiburg, 1886. fig. 13. Aringhi, R. S., I, 325, 331, II, 143, 395. Le serpent ne paraît pas ici. Garrucci , Storia deW arte Cristiana , tav. 351, f, 2. Adam mange la pomme, tav. 365, fig. 1. Eve la tient, fig. 2. L'artiste a représenté le serpent seul, car la place manquait. Il tient la pomme. Sarcophage de S. Paul hors les Murs. — Le serpent gisant aux pieds de l'arbre, Aringhi, R. S., II, 117. Dans les représentations qu'on trouve sur les verres, le réalisme apparaît encore plus fort. On voit Eve au moment de prendre le fruit, toute parée. Garrucci, Vetri ornati, Roma, 1864, tav. I, fig. 2; II, 1, 2. « Spinas et tribulos germinabit tibi et comedes herbam terrae , » a dit Dieu le Père. Les artistes ont traduit ainsi ces paroles : Ils ont donné une gerbe à Adam et un agneau à Eve pour fournir aux occupations journalières nécessitées par leur faute. Kraus, i?. £*., fig. 15. Schultze, A. S., Sarcophage de S. Paul hors les Murs, fig. 22. Nous ne pouvons y reconnaître, comme ce savant archéologue, la figure de Jésus considéré comme ange de Dieu, mais nous y voyons simplement un ange, car on ne peut croire à une erreur, puisque plusieurs sarcophages reproduisent la même scène : un ange tendant à Adam et à Eve les instruments de travail. Aringhi, R. S., I, 612-621. Des représentations bien postérieures, il est vrai, indiquent la même idée. V. Jameson , The History of Our Lord , p. 112. Un ange tend à Adam la bêche et à Eve le fuseau, xii" siècle, manuscrit du Brit. Muséum. Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, IV. Porte de bronze de la cathédrale de Monreale, xii° siècle. Une autre scène est représentée sur un sarcophage donné par Aringhi, R. S., II, 399 : Dieu est debout, nu-pieds, et touche de la main l'épaule d'Adam qui, par un geste, indique Eve. Celle-ci fait un signe de crainte. Tout est réaliste dans cette représentation. La figure donnée par Aringhi est très mauvaise et apporte à la scène une certaine trivia-

lité. De Rossi , Bull., 1871, p. 87, v" siècle (Cimetière Terni), indique une représentation de la fuite du paradis. Allegranza , Monum. Crist di Milano , tav. 5-6, en donne une autre sur un sarcophage à Milan. En corrigeant les épreuves de notre ouvi'age, nous avons lu le travail de Karl Kaufmann, Sens symbolique des tombeaux. [Reuue des Etudes Juives, janvier-mars 1887.) Il n'apporte rien de nouveau à nos propres recherches.

5. La conception du Millénarisme a sa source aussi dans TApocalypse, XX, 3. On crut alors que les justes jouissaient avec le Christ de mille années de délices avant le grand réveil. Presque tous les Pères de l'Eglise y ont cru. Tertullien la formule ainsi : « Enim vero et pro Anima ejus orat et refrigerium intérim adpostulat et in prima resurrectione consortium offert et annuis diebus dormitionis ejus. » De monogamia. Cf. Le Blant, Inscriptions de la Gaule, n" 419. Dissertation sur le Millénarisme , p. 82-89.

6. Les principaux traits sont déjà indiqués par les Evangiles. Matthieu , XXV-31. Apocalypse, XIX-XX. Une grande catastrophe devait se produire avant le jugement. Jésus se montrerait alors dans le ciel dans toute sa gloire, entouré de ses anges et de ses saints. Les impies seraient la proie du feu. I Thess., 1. 10, 11, 12, 16; III, 13; V, 23. II Thess., 1, 5, 6, 7. Mais l'idée du jour de la résurrection était flottante dans les esprits «hrétiens , rien de précis ne pouvait être donné par l'Eglise, et chacun put croire ce qu'il voulait. Nous avons vu que même la conception d'un paradis pour les âmes séparées du corps était discutée et mal comprise : « Et vidi mortuos magnos et pusillos , stantes in conspectu throni et libri sunt aperti; et alius liber apertus est, qui est vitse, et judicati sunt mortui ex bis, quae scripta erant in libris secundum opéra ipsorum. » Apocalypse, XX. S. Jérôme raconte son rêve, il décrit l'interrogatoire. S. Jérôme, ep. 22; il est mené vers le tribunal du juge. On lui demande quelle pi'ofession il a. Je réponds, dit-il, que j'étais chrétien. Vous mentez, dit le juge, vous êtes cicéronien et non chrétien, car votre cœur est là où est votre trésor. Il ordonne le fouet, etc.. Ce n'est pas un rêve, dit-il encore, j'en prends à témoin le tribunal où j'étais

prosterné Tillemont a décrit ce jugement pour un autre but. Mémoires pour

servir àl'histoire ecclés., XII, p. 24. Nous pourrons suivre cette idée au vi* siècle, dans Grégoire de Tours et Fortunat.

7. Le récit de Lazare donna l'indication, Luc, XVI, 22 : « Factum est autem ut mioreretur mendicus, et portaretur ab angelis in sinum Abrahae. Mortuus est autem et dives et sepultus est in inferno. Elevans autem oculos suos cum esset in tormentis, vidit Abraham a longe et Lazarum in sinu ejus. w On comprit alors que le sein d'Abraham était un lieu de repos où les âmes privées de leurs corps allaient attendre le jugement dernier. Tertullien, Adi'. Marc, IV, 34 : (( Eam itaque regionem, sinum dico Abrahae, etsi non celestem sublimiorem tamen inferis , intérim refrigerium praebituram anim.abus justorum donec consumimatio rerum resurrectionem omnium plenitudine mercedis expugnat. » On y recevait donc des rafraîchissements. Par les prières de S" Perpétue, son frère Dinocrate fut reçu dans ce lieu, elle put le voir : « Video Dinocratem refrigerantem. » Ruinart, Act. Sincera , p. 86. Nombreuses inscriptions mentionnent ce lieu. V. Martigny. Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, v. Refrigerium , les inscriptions données p. 691. Roller, Catacombes de Rome, I, ch. XXXII-III. Tous les

pères ont cherché la signification de ce mot , sans pouvoir la comprendre ; de là de nombreuses explications. Grég. de Naz., Orat., VII, n" 17, dit : « Que votre ami soit reçu dans le sein d'Abraham, quoi que l'on puisse entendre par ce mot. » Pour les différentes opinions des Pères de l'Eglise, cf. la dissertation de Le Blanc, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n° 594, p. 387, où toutes les sources sont citées chronologiquement. On peut suivre la trace de cette première résurrection dans la liturgie. Cf. Muratori , Liturgia rom., I, p. 749; II, p. 860.

8. La Trinité. — Les premiers chrétiens étaient recrutés parmi les Juifs qui habitaient alors les grandes villes, et ceux-ci héritaient des idées du peuple d'Israël au sujet des représentations divines. Les carpocratiens , d'après Irénée, qui se montre scandalisé de cette coutume , possédaient quelques figures du Christ. Irénée, I-XXV, 6. Renan, Marc-Aurèle. Calmann Lévy, p. 541, n. 3. Cf. S. Augustin, Conf., VI, 3. De fide et symbolo, c. 7; Ep. GXX, 13. « Quidquid, cum ista cogitas, corporeae similitudinis occurrerit, abige , abnue, nega, respue, fuge. » Et, en outre, cf. Augustin, De Trinitate , VIII, 4 : « Qua fuerit ille facie , nos penitus ignoramus. » On peut suivre le développement de la représentation de Dieu le Père. L'artiste s'en tint tout d'abord aux textes bibliques où l'action de Dieu est toujours indiquée par sa main : manus fortis, manus robusta. Ps., XL. Dextra Domini fecit virtutem. Is., XL, 112. Les sarcophages montrent cette imitation. La main divine apparaît dans les principaux actes où Dieu le Père doit intervenir. Kraus , R. E., fig. 3. Aringhi, R. S., 1539, II, 67, 87, 277, 305, 309. Cette représentation se trouve reproduite presque partout. Garrucci, Stor. Art., tav. 43, I; tav. 67, 2. C'est généralement dans le sacrifice d'Isaac, dans la loi tranfmise à Moïse. Garrucci, 326, 2, 327, 3.

Au commencement du iv* siècle, le Concile d'Elvire , 36 : « Placuit picturas in ecclesia non esse debere, ne quod colitur et adoratur in parietibus depingatur. » Mais à mesure que les païens entrent dans l'Eglise, l'art dévie de cette doctrine et on trouve de plus en plus l'image de Dieu représentée comme un homme. Du reste, il était difficile aux Pères de l'Eglise de voir Dieu sans aucune forme, une simple essence divine, tant alors l'art avait eu d'influence sur les esprits supérieurs. Aug., Confes., VII, I : « Quod unde viderem cujus videre usque ad corpus erat oculis et animo usque ad phantasma. Et non noveram Deum esse spiritum , non cui membra essent per longum et latum , nec cui moles esset : quia moles in parte minor est quam in toto suo ; et si infinita sit minor est in aliqua parte certo spatio definita, quam per infinitum, et non est tota ubique sicut spiritus, sicut Deus. » Inutile de dire que la foule considérait Dieu sous la forme matérielle ; les éloges qu'on lui adressait, les remerciements pour sa bonté, entretenaient dans les esprits, du reste très grossiers, ce matérialisme. L'art au IV® siècle commença à représenter Dieu le Père sous la forme humaine. Tout d'abord très simple, il est assis sur une cathedra, il y a un tabouret à ses pieds. Cf. Sarcophage de S. Paul hors les Murs, édition Parker, 2902. Schultze, A. S., p. 145. Garrucci, 338, 2. Il est revêtu de la tunique et du palliura , il est d'un certain âge et porte une bai'be assez courte. Gomme les sarcophages qui le représentent appartiennent au w" et au v* siècle, le dessin a perdu son grand caractère et on ne peut voir la noblesse des traits, la profondeur de la pensée de l'artiste. Kraus, R.E., figure. Dieu assis sur un rocher. Il reçoit les dons d'Abel et de Caïn. Garruci, Storia A., 333, 2; 350, 2. Le Blant, Sarcophages d'Arles, pi. 6, sur un

rocher. La sculpture a beaucoup souffert. Schultze {die Catacomben, p. 149) croît voir le processus de la représentation de Dieu sous forme humaine dans un dipty<jue de Brescia. Odorici, Monum. crist. di Brescla , VII, 17. On y voit la tête de Dieu, seule indiquée, et sur un sarcophage publié par la Gazette archéol,, V* liv. , trouvé à Syracuse. Nous verrons plus tard si cette figure de Dieu le Père convenait à l'Eglise catholique et si l'art antique n'eut aucune influence sur celle-ci.

Le S. Esprit fut très peu représenté dans les premiers siècles de l'Eglise. L'évangile donna le symbole, et les artistes le copièrent. Mais nous n'avons que de rares exemples. C'est dans la représentation d'un baptême que son intervention est indiquée. Rossi, R. S. II, tav. XIV. A mesure que l'on s'avance dans le V* siècle , nous trouvons des indications précises. Elle était reproduite dans l'église de S. Félix à Noie. Paulin de ^o\e,Ep. XXXII. Migne, 336, tome LX. Les archéologues l'ont citée sans cesse :

7*0^0 coruscat Trinitas mysterio ,

Stat Christus agno , fox Patris cœlo tonat

Et per columbam Spiritus sanctus fuit.

Kraus, R. E., p. 379. Erreur de Martigny, D. A., p. 767, qui y voit le baptême du Christ. Dans la mosaïque de S. Gosme et Damien, ap. Giampini, Vetera Monumenta, II, tab. xvi, on ne peut dire que nous ayons une représentation de la Trinité. La mosaïque représente Jésus ayant à ses côtés les saints; au dessus de sa tête une maintient une couronne. D'après les représentations postérieures, on peut y reconnaître Dieu le Père. Vers la gauche du spectateur se montre un oiseau entouré d'un nimbe étoile. Ciampini, op. c, p. 61, y voit le Phénix. Martigny, p. 767, croit y reconnaître la colombe. Dans tous les cas, il est difficile de découvrir là le symbole de la Trinité tel qu'il est toujours représenté par l'art.

9. Les Anges. — Les sources écrites sont d'accord avec les représentations figurées. L'évangile créa une relation intime entre le monde céleste et le monde terrestre, cette conception s'accentua plus tard : dans les vies des saints nous rencontrons souvent la mention des anges, qui viennent porter secours au martyr. Déjà l'ancien Testament les connaissait comme ayant un corps. Jug., 13, 3, V, 6, ils étaient très nombreux. Ps. LXVIII, 17. Daniel, VII, 10. Matthieu , XXV, 15. On pourra plus tard les diviser en catégories nombreuses. Ils apparaissent, Matthieu, I, 20, 21 ; II, 13, etc. Actes , I, 10, XI, 5, 19. Hermas , liv. II. Clemeos Rom., Ilomel, XX, 7. Dans les vies des saints on retrouve la même idée. Prudence, S. Vincent, Ruinart, Acta sincera, Vérone, p. 133 (iv® siècle), vers 71. Prudence, S. Eulalie. Ruinart, /l . »S. , p. 198, vers 13; cf. S. Victor (v* siècle, fin) : « Ministrantibus angelis, natatu celerrimo sancta corpora in oppositum littus illaesa transponit. » XVII, p. 262. Ruinart, Montanus, V. VII, 202, il est parlé d'un ange : « Gujus fuit vultus perlucidus super splendorem inenarrabilem, qui nos deducebat per omnia loca ut exiremus, egredi tamen non potuimus. » Ils apportaient des mets, VIII, 202 : «Etposthunc introivit juvenis mirae magnitudinis, portans phialas duas singulis in manibus lacté plenas. » Voir aussi les vies des ermites, écrites par S. Jérôme. On retrouve encore les mêmes descriptions dans Y Evangile de V enfance et dans le Pseudo-Matthieu qui eurent une certaine influence sur l'art dans la moitié du IV" siècle. Mêmes fonctions. Pseudo Matthei ei^angelium. Tischendorf, Eu. Ap.,

c. III, p. 57. « Quidem juvenis inter montes apparuit » Cf. p. 76. On les voit

monter au ciel : « Angélus ad cœlum , etc., » p. 60. « Quotidie esca quam de manu angeli accipiebat, ipsa tantum reficiebatur, « VI, p. 71. Il est vêtu : « Industus veste splendida, » XIII, p. 76. Leur mission au ciel est de chanter de hymnes. Ils assuraient « se vidisse angelos in medio noctis hymnum dicentes. » Il est utile de connaître toutes ces idées populaires, car nous les retrouverons au Moyen-Age. De natiuitate Mariae. (Tisch., Eu. Ap.) Gabriel entre dans la chambre de Marie. Tout d'abord : « ingente lumine perfudit; » il la salue : « ipsam vero gratantissime salutans, » t. X, p. 119-120. L'art les considère comme étant jeunes , leur donne le pallium et la tunica. Nous ne pouvons reconnaître l'Annonciation dans les catacombes. Cimetière de S. Priscilla (m® siècle, fin). Avant nous, Schultze l'avait combattu. [A. S., p. 184.)Ily voit une scène de famille et, après avoir examiné l'original, il ajoute que l'impression est loin de donner l'idée d'une telle représentation. Comme nous savons du reste que les artistes n'ont jamais reproduit Marie sans l'enfant Jésus avant la fin du v® siècle, qu'elle n'avait en Occident qu'une fête comme sainte, il est nécessaire de rechercher une autre explication. Schultze y voit une scène d'adieu si fréquente dans l'art antique. Cette scène n'a certainement aucun caractère religieux. Garruci, tav. 75. Kraus, R. S., p. 306. Ils ne sont pas ailés et se distinguent tout d'abord des génies antiques. Kraus, R. E., p. 417, Engelbilder, mentionne une fresque du cimetière d'Hermas où l'ange aide les trois enfants dans la fournaise. Autre représentation. Perret, Les catacombes, III, pi. XXVI. Ils ont même la barbe. Le Blant, Reuue de l'art chrétien, 1875, II, 75, n. 2. Garrucci , tav. 318, fig. 3. Sarcophage de S. Paul hors les Murs. Collection Parker, 2902. L'ange donnant à Adam et à Eve la gerbe et Tagneau , les anges assistant dans la création Dieu le Père. Kraus, R. E., p. 417, combat cette conception, mais c'est la seule qu'on puisse admettre, la Trinité n'ayant jamais été représentée ainsi. Le serviteur qui est derrière le fauteuil , dans une position humble, ne peut jamais être pris pour le S. Esprit, et le Christ barbu n'est pas encore né. Nous venons de voir que nous avons des anges ayant la barbe. Nous devons ajouter qu'il faut aussi laisser dans la composition une certaine liberté à l'artiste , qu'il plaça deux personnes au lieu d'une parce que l'ordonnance de la scène l'exigeait, qu'il ne suivit pas toujours le dessin déjà fait. Il lui fallait un personnage derrière le siège de Dieu le Père, comme on rencontre Joseph derrière celui de Marie, toujours dans une position humble; il vaiûa aussi, quand le vide n'exigeait pas deux personnages. Dans Garrucci, op. c, tav, 366-3, il n'y en a qu'un, il a la barbe; 372-3, il y en a deux, ils sont imberbes; il était nécessaire de faire escorte à Dieu le Père. Nous pouvons voir le passage à une autre conception, qui nous indique une influence antique commençant déjà à se faire sentir. Dans les mosaïques si célèbres de S. Maria Maggiore que Sixte III fit élever en 435 (Ciampini, I, tav. xlix), ils ont des ailes et le nimbe, il y en a un qui vole dans les airs. Ils font encore les mêmes fonctions. De Rossi , Ballet., 1872., tav. II, I : Une lampe représentant deux anges volant comme de petits génies antiques à côté de Jésus triomphant, ayant à ses pieds le démon sous la forme d'un serpent. Il tient la croix. Kraus, R. E., fig. 135, v'' siècle. Paul Richter, Die Mosaiken von Ravenna, Wien, 1878, tav. iv : ils tiennent un médaillon. Dans le sacrifice d'Abraham, l'hospitalité donnée par lui aux anges. Nous aurons à suivre le développement dans notre seconde étude, ce mémoire ne devant pas dépasser le commencement du W siècle.

10. Le Paradis. — V. Renan, les Apôtres, p. 92, pour le i" siècle. Le Seigneur allait venir. V. p. 97 l'effet étrange produit sur cette petite société par les premiers décès qui eurent lieu. I, Thess., IV, 13. I, Corint., XV, 12. S. Paul se considère comme devant être le témoin oculaire de la venue de Jésus , « puis , nous autres les vivants, les réservés, nous serons enlevés avec eux vers les nues pour aller au devant du Seigneur dans l'air.» Voir Renan, S. Paul, p. 250. I, Thess., IV, 12-17. La conception de l'Antéchrist naît à cette époque. Renan, op. c, p. 252, 3. On voit aussi que les idées sur le moment du jugement étaient très flottantes et incertaines. L'Apocalypse introduit une nouvelle doctrine. Les martyrs devaient ressusciter seuls au moment du règne de Jésus. Ce règne devait être terrestre. Où? Renan suppose à Jérusalem {JJ Antéchrist , p. 468). II durera mille ans. Après cette première royauté, il y aura le règne de l'Antéchrist, des guerres horribles , une catastrophe épouvantable qui mettra fin alors à la domination du démon; viendra la seconde résurrection où toutes les âmes verront Jésus pour être jugées. Ce sera la fin du monde. Pour la formation de cette conception, Renan, op. c, p. 469, 470. Un grand nombre de Pères de l'Eglise crurent à cette doctrine qui fut appelée le Millénarisme. On se demanda alors ce qu'était le Paradis où étaient Jésus et les saints. On le conçut, nous avons dit, comme un jardin : « Vidi etiam juxta scalam hortum ingentem copiosissimum et amenum et in medio horti sedenteni senem in habita pastoris, oves mulgentem et circumstantes candidates millia multa. » Aube, Les Persécutions de l'Eglise, II, 522. S. Perpétue : « hominem canum, » variante du texte de Ruinart, Act. Sincera, S. Perpétue. Cette passion a été remaniée et la vie que nous possédons appartient au IV* siècle, par la préface, la trinité exprimée. Peut-être même devons-nous voir ici une influence de l'art ; la description des première lignes nous indique une mosaïque. Ce type de bon berger, sous la figure d'un homme d'un certain âge, nous reporte au iv* siècle. Nous avons des exemples où la tête du Christ âgé, ayant la barbe, a été donnée au type du bon berger. Garrucci, Storia deU'Arte, tav. 298, 1, 3; 299, 1 ; 302, 2; 304, 3. Les arbres, les fleurs ne manquaient pas. Les roses abondaient : « Et dum gestamur ab ipsis quatuor Angelis, factum est nobis spatium grande, quod taie fuit quasi viridarium, arbores habens rosae et omne genus floris. Altitudo autem arborum erat in modum cypressi, quarum folia cadebant sine cessatione. » Ruinart, S. Perpétua, XI, p. 85. Cette description correspond avec les peintures. De Rossi, R. S., II, 312. Rossi, /?. S., I, 323, tav. xii, pour les les roses. Kraus, B. E., fig. 355. Allegranza, Monum. crist. di Mil., c. 35, 36, l'idée est ici toute matérielle. Des saints sous forme d'Orantes dans le paradis. Rossi, R, iS., III, tav. i. Les oiseaux ne sont pas oubliés. Les mosaïques ont reproduit ce hortus diuinus. Ciampini, V. M., tab. xlvi-lxxvi. Richter, M. R., Mausolée de Placidia, tab. ii. De Rossi, Les mosaïques chrétiennes. Mosaïque de l'abside de S. Cosme et Damien, de S. Clément. Il faut se tenir en garde contre la beauté des couleurs qui donnent parfois une impression trop favorable à ces mosaïques. Les anges annonçaient les saints : « Ibi autem in viridario, alii quatuor Angeli fuerunt clariores ceteris, qui ubi viderunt nos, honorem nobis dederunt, etdixerunl ceteris Angelis : Ecce sunt, ecce sunt : cum admiratione.» On les habillait : « Ante ostium loci illius quatuor Angeli stabant; qui introeuntes vestierunt stolas candidas. » Ruinart, S. Perpétue, XII, 85. Prudence dit aussi :

Non sordidati aut débiles Sicut videntur intérim ,'

Sed piirpurantibus stolis Clari et coronis aureis.

[S. Laurent, Ruinart, V, 273, p. 166.)

Même accord avec l'art. S. Agnès, Boldetti, fig-. 3. S. Cécile est revêtue d'habits mag-nifiques. Perret, Les catacombes , pi. xxxix. Kraus, R. E., fig. 359, Schultze , A. S., p. 273. Museo Kircheriano in Roma , n" 29. Buste d'une jeune femme avec un collier de perles, à droite, et à gauche 2 colonnes. Les colonnes représentent ici les portes du Paradis , la colombe avec la branche d'olivier, le symbole de la paix céleste. Cette manière de représenter le Paradis est de date assez postérieure, elle est simplement prise d'une partie de la basilique, de l'atrium de l'église qui aussi s'appela le Paradis, d'où le mot parvis. On y trouvait aussi des arbres. Kraus, R. E., p. 385. Il devint ensuite un petit cimetière pour les élus. A. Mai'ignan, La médecine dans l'Eglise, Picai'd, 1887. Les malades attendaient les songes. La représentation est dans Martigny, Dict. A. C, fig. 375.

On continuait la vie qu'on avait menée sur la terre , on se rappelait les faits antérieurs : « Ibi invenimus Jocundum et Saturninum et Artaxium qui eamdem persecutionem passi vivi arserunt , et Quintum , qui et ipse martyr in carcere exierat et quaerebamus ab illis ubi essent ceteri. {S. Perpétue, Ruinart, A. S., XII et XIII.) « Et exivimus et vidimus ante fores Optatum episcopum ad dexteram et Aspasium presbyterum doctorem ad sinistram separatos et tristes, et miserunt se ad pedes nobis et dixerunt nobis , etc. » Tout ce passage est très intéressant pour se rendre compte de la conception du Paradis en ce temps. Les saints entrent ensuite (XII) : « Et nos vestiti introivimus et vidimus lucem immensam et audivimus vocem unitam dicentium: Agios, Agios sine cessatione.» La cérémonie de la présentation commençait alors : « Et vidimus in medio loci illius sedcntem quasi hominem canum, niveos habentem capillos et vultu juvenili , cujus pedes non vidimus. Et in dextra, et in sinislra seniores viginti quatuor et post illos ceteri complures stabant. Introivimus cum magna admiratione, et stetimus ante thronum et quatuor Angeli sublevaverunt nos et osculati sumus illum, et de manu sua trajecit nobis in facie. Et ceteri seniores dixerunt nobis : Stetimus et pacem fecimus. Et dixerunt nobis seniores : Ite et ludite. Et dixi Perpétua : Habes quod vis. » Ruinart, A. S., p. 85, XII. Cette conception tendit à disparaître; déjà dans Grégoire de Tours nous voyons la Jérusalem céleste s'élever radieuse. Les saints célèbrent la messe, et quand le ciel s'entrouvre pour recevoir les âmes des bienheureux, les chants pieux se font entendre. V. notre chapitre sur la patrie céleste du saint dans Le culte des saints au vi* siècle. Toutefois on garda les principaux traits primitifs.

11. Le Christ. — Les Pères de l'Eglise du m* siècle s'étaient accordés sur la laideur du Christ, car les évangiles n'avaient pas parlé de la beauté de Jésus. Tertullien, Adt'. Jud., 14. De carne Christi, 9. Origènes, Contra Cels., VI, 75. Clément d'Alex., Pœdag., III, I. Dans la communauté on s'abstenait de toutes représentations, d'après les défenses de la Bible, Exod., 20, 4. Quelques-uns, et surtout les sectes, eurent pourtant des portraits de Jésus. Irénée, 1, 25. Des pa'iens, qui avaient l'habitude de réunir toutes les images des dieux, accueillirent aussi le Dieu Jésus (Sev. Alex., Lamprid, c. 29), dans le lararium. D'après les théories ici exposées, nous ne pouvons admettre le portrait de Jésus, que recon-

naissent plusieurs ai'chéologues sur une fresque du cimetière de S. Calliste. Nous devons voir lu le portrait d'un défunt. Nous trouvons un grand nombre de ces médaillons qui représentent des jeunes gens. V. Martigny, D. A. C, fig. Art. Jésus. C'est Bosio qui a ti'ansmis le type, R. S., p. 253. C'est un jeune homme aux longs cheveux, à la barbe assez fine; l'ovale est beau, les yeux doux. Ce type de Jésus ne peut pas avoir existé au m* siècle , car nous savons que le portrait de Jésus , dessiné avec la barbe , n'a commencé qu'au milieu du iv® siècle. Pour la même raison, nous ne pouvons voir dans les chapelles des Sacrements, à Saint-Callisto, la scène du baptême du Christ. (Schultze , A. S., p. 26, fig. 3.) C'est une simple représentation d'un baptême. Schultze, du reste, a raison de dire que jamais on n'aurait représenté, à cette époque, le Sauveur tout nu. Nous voyons déjà, au iv® siècle, que les Pères de l'Eglise commencent à croire que Jésus a été beau. On chercha dans les prophéties des indications sur ce point. On trouva aisément le ps. 45, 3. Jérôme, comm. in Matth., 9, 9: Tu es le plus beau des fils de l'homme. Ta grâce est répandue sur tes lèvres. Bible , traduction Segond. Les opinions ne sont pas toutes les mêmes. Augustin. De Trinitate , VIII, 4 : « Nam et ipsius Dominicae faciès carnis innumerabilium cogitationum diversitate variatur et fingitur; quae tamen una erat quaecumque erat. » On reconnaissait encore qu'on ne pouvait rien affirmer. De Trinitate, VIII, 5 : « Qua fuerit ille facie , nos penitus ignoramus.» Voir le passage de S.Jean Chrysostome, cité par Schultze, in Psaim, XLIV, tome V, p. 162, éd. Montfaucon. Z>«e Catacomben, p. 144. Nous avons encore une fois ici la preuve que l'art n'a pas subi la direction et qu'il s'est soustrait aux théories des Pères de l'Eglise, qu'il n'a pas pris part aux discussions théologiques, puisque nous ne trouvons pas le type laid et qu'il a toujours possédé, soit sous la forme du bon berger, soit sous la vraie figure du Christ, le portrait noble du Sauveur. Ce fut le peuple qui créa le premier type, ce fut l'aristocratie qui donna le second. Le premier, formé au iv^ siècle, est jeune, beau, il a la figure douce; il est vêtu simplement, il ne porte pas des habits riches et ornés , il n'est pas assis sur un trône orné de pierres précieuses, non, mais il parcourt le monde pieds nus ou simplement pourvus de sandales , tenant à la main un volumen, marque de dignité, en faisant des miracles que la sculpture reproduit. Quelques petits changements surviennent; il porte quelquefois de longs cheveux. De beaux sarcophages nous ont laissé une impression charmante de ce doux visage. Eusèbe nous a donné la plus ancienne représentation de Jésus. //. E., VIII, 18. Il nous raconte qu'à Cesarée Philippe les chrétiens montraient la maison de la femme que Jésus avait guérie du flux de sang et qu'on avait reproduit cette scène sur le mur de l'édifice. Une colonne de pierre soutient deux statues de bronze ; la première statue représente une femme qui supplie à genoux, les mains étendues, le personnage qui est debout à côté d'elle, lui tendant la main. Il ajoute aussi qu'il croit à ses pieds une plante inconnue qui s'élève jusqu'aux bords de sa robe et qui guérit les maladies. Il a pu voir, dit-il , la statue. Les représentations de cette scène, assez nombreuses sur les sarcophages, ne répondent pas à la description d'Eusèbe. La femme est toujours à genoux, tantôt la main touchant la tunique du Christ, tantôt lui baisant la main. Quant au Christ, il lui touche la tête ou le plus souvent ne fait pas attention à elle, étant occupé à ressusciter Lazare. On peut y voir aussi la femme qui implore pour sa fille. Il est très diflScile de les distinguer. Garrucci, tav. 312, 1, 3;

313, 3, 4 ; 314, 5, 6 ; 316, 3 ; 318, 4 ; 319, 3 ; 320, 1 ; 321, 3 ; 319, 1 ; 323, 6 ; 330, 5 ; 358, 3. Brockhaus, Aureliiis Prudentius Clemens {Lei^^sig, 1872), pense que c'est dans le geste du Seigneur qu'est la possibilité de les distinguer; pour la Cananéenne, Jésus retire la main de cette femme. (Aringhi, I, 185, 199), se fondant sur Mathieu , 25, 25, et la femme guérie est indiquée lorsque Jésus se retourne vers elle et la bénit. Aringhi, I, 183, 193, 347, 351. Dans ces sarcophages cités plus haut, on verra que ce n'est pas toujours le cas. Quant à la représentation décrite par Eusèbe, il est diflBcile de la trouver dans lart du iv* siècle : Jésus lui tendant la main, elle, les mains étendues. Différents archéologues n'ont pas voulu accepter la représentation comme chrétienne. Nous ne pouvons nous décider sur cette question qui est assez éloignée de nos études; les dernières recherches ont été faites par H. 'Q.ohAmdiwn. Entstehung des Christusbildes der Kunst. (Jahrbb. fur prot. Theolog.,1877) p. 189, où sont mentionnés les travaux de Hase, Beausobre.il y voit une représentation d'Esculapc, qui reçoit les remerciements d'une femme guérie, et il interprète la plante comme un remède. Schultze, qui a étudié cette question {Die Catacomben , p. 146), n'accepte pas cette donnée, mais, sans pouvoir la combattre efficacement; il se base : 1° sur le sentiment populaire qui n'aurait pas accepté une pareille représentation; 2" sur ce fait que le dieu de la médecine aurait eu la barbe , ce qui rendrait difficile cette acceptation , vu que le type barbu n'était pas né. Ces raisons nous paraissent justes , mais elles n'engendrent aucune conclusion. Nous avons vu que les poses des deux personnages n'ont pas été retrouvées dans l'art postérieur. Poursuivons donc.

A côté des nombreux sarcophages qui représentent le Christ imberbe, jeune, plébéien, nous avons aussi une fresque du cimetière de S. Pretestat. (Schultze, Die Catacomben , fig. 38.) La scène est simple , Jésus a un maintien noble et élégant; le dessin est large, les plis des vêtements simplement indiqués. La tête du Christ n'a aucun caractère d'individualité, elle ressemble à celle des apôtres. On peut voir ici qu'on n'est pas en possession d'un portrait, que l'imagination de l'artiste a seule créé la scène. Il nous reste maintenant à savoir comment, de ce type simple, les artistes ont conçu un autre Jésus plus âgé, portant la barbe, et que nous retrouverons dans notre seconde étude de plus en plus vieux. En effet, vers le milieu du IV* siècle , on observe une tendance à représenter Jésus comme un homme d'un certain âge. Nous ne voyons pas ici vine séparation entre l'art des temps antérieurs et celui de la fin du iv^ siècle, époque où, nous l'avons dit déjà, le flot des païens, toujours croissant, envahit 1 Eglise et transforma à sa guise les anciennes cérémonies et la simplicité du culte. Nous voyons au contraire que l'art décoratif de l'époque antérieure ne pouvait plus satisfaire et que l'on commença, dès le IV* siècle, à donner des scènes où le réalisme triompha. Dès ce moment nous avons un art qui est en communion d'idées avec le peuple, qui représente la synthèse des pensées de cette époque, tandis que l'autre, au contraire , n'était pas fait pour le but didactique auquel il a toujours servi. Nous ne pensons pas qu'il faille voir ici le type du Christ que les gnostiques avaient créé et qui ressemblait à Serapis , comme le veut llolztmann , oj). c. Nous pensons au contraire que Jupiter a servi de modèle aux artistes qui , comme Hermogènes , étaient toujours sous l'influence de l'instruction artistique reçue dans les ateliers païens. Cela se fit sans transition brusque. Pour la caractéristique de Zeus, 0. Millier, Handbuch der Archœologie der Kunst. Stuttgart, 1878, p. 513. Lubke, Geschichte der Plastik. Leipsig, 1880, fig. 93, les belles têtes d'Asclepios, p. 154,

fig. 84. Baumeister, Denkmseler des klassischen Alterthums, I, fig. 147, 151, 148. Glarac, op. c, pi. 397, n° 666; pi. 401, n» 678, A cette époque, les dieux les plus puissants avaient la barbe, il se peut que cette idée ait influé sur le type du Christ. Piper [Mythologie der ChristUchen Kunst. Weimar, 1847, I, p. 115) rapporte une gemme qui représente Jupiter, Apollon , Diane avec le monogramme du Christ. Schultze [A. S., p. 265), mentionne un fragment de sarcophage où se trouve un portrait du Christ ayant une grande ressemblance avec Zeus. Albert Hauck [Die Entstehung des Christustypus , conférence éditée par Frommel, III, 2, Heidelberg, 1880) n'apporte aucune preuve, mais fait cette remarque, que nous avons aussi observée, que le second type de Jésus a eu une influence sur le Bon Pasteur qu'on représente souvent avec toute la barbe. De Gi'imouard de S. Laurent [Guide de l'art chrétien, VI, Paris, 1873), qui n'a pas suivi l'ordre chronologique, acceptant toutes les légendes, attribue aussi, sans aucune preuve, le second type de Jésus à l'influence païenne, II, p. 245. Kraus l'admet, R. E., II, p. xi. Il peut se faire, dit-il, que l'art antique ait eu une certaine influence. Ce que l'on peut dire, c'est qu'à cette époque les dieux les plus puissants et pleins de majesté avaient la barbe, et que les artistes chrétiens, habitués à représenter la toute puissance par ces procédés, n'y manquèrent pas. On donna à Jésus le sérieux, la gravité exigée maintenant par son rôle de Triomphateur céleste. Le premier exemple que nous trouvons de ce second type est le Christ de la mosaïque de S. Pudentienne, à Rome, IV. Nous sommes arrivé à la limite de notre étude, au V* siècle. Nous verrons ailleurs le développement de ce second type et la naissance du troisième. Au iv* siècle et pas avant, on imagina, sous l'influence païenne, de donner aux personnages puissants le nimbe que les anciens avaient accordé aussi bien aux divinités qu'aux grands personnages. V. Virgile, jEn., IV, p. 589. Wieselcr, Denhmœler der Alten Kunst, I, 359. Didron , Iconographie chrétienne, le nimbe de Mercure, p. 43, 136. Ce nimbe a tout un développement artistique. Il est tout d'abord simple , accordé à Jésus, aux empereurs, aux rois, puis aux anges. Marie et les saints le recevront au vi® siècle. V. Garrucci, H. A., tav. 60, nimbe accordé auxEros, courant, portant des fruits. Pour Elie. V. Garrucci, tav. 56, 5; pour Jésus, Egl. Constance à Rome, mosaïque du iv® siècle. Christ nimbé, et les apôtres sans nimbe. (Ciampini, op., tab. xxxii, 12. Garrucci, 207, I. S. Pudentienne, iv* siècle.) Christ seul nimbé. (Garrucci, tav. 208. S. Sabine , v® siècle) ; apôtres et anges dépourvus de nimbe , Christ seul. Maria Maggiore , les anges et le Christ ont seuls le nimbe. Marie et les apôtres ne l'ont pas. Dans Garrucci , 211, 212, 213, 214, 215. S. Cosme et Damien , même conception, les apôtres n'en ont pas. Garrucci, tav. 253. Au vi* siècle, tous les saints en reçoivent, ainsi que Marie et les apôtres. Pour le développement intérieur du nimbe, nous voyons qu'il est un simple cercle au début (iv® siècle), puis on y introduit une croix et on y ajoute des lettres, même des pierres précieuses [Mosaïque de S. Agathe, dans Kraus, R. E., fig. 326. Croix à S. Sabina, à S. André et Barbara, à S. Cosme et Damien). Il va se compliquant et se transformant sans cesse, mais notre étude ne peut le suivre jusqu'au bout.V. Kraus, R.E., art. Nimbe.

12. Joseph. — Pseudo Matth.,XIV. Euangelia Apocrypha. Tischendorf, Leipsig, 1876, p. 80 : « Tertia autem die nativitatis domini egressa est Maria de spelunca et ingressa stabulum et posuit pucrum in praesepio et bos et asinus adoraverunt eum. Tune adimpletum est quod dictum est per Isaiam prophetam dicentem : Cognovit bos possessorem suum et asinus praesepe domini sui. Ipsa autem animalia in

medio eum habentes incessanter adorabant eum. Tune adimpletum est quod dictum est per Abacuc prophetam dicentem : In medio duorum animalium innotesceris. In eodem loco autem moratus est Joseph et Maria eum infante tribus diebus. » S. Chrysostôme pour Joseph, Homélie sur la Nativité : « Joseph enim non audebat eum attingere, quem sciebat de se generatum et natum, non audebat eum. attingere. Et reclinavit eum in prœsepio; quare in praesepio ? Ut compleretur vaticinium Isaiae prophetae : cognovit bos possessorem suum et

asinus praesepium domini sui et tamen non nascitur inter aurum et divitias

sed in stercore nascitur, hoc est in stabulo. » Les pasteurs « invenerunt Mariam matrem; invenerunt Joseph nutricium et infantem positum in praesepio.» V. aussi Jérôme, ep. CVIII, p. 10, Joseph fut tout d'abord représenté jeune, sans barbe. V. aussi Jérôme, Ep. cviii, p. 10, Le Blant, Sarcophage d'Arles, pi. xxvixviii, 1; Bottari, tab. 85. Schultze, A. S., p. 158, Roller, Catacombes de Rome, Morel, Paris, 1881, pi. lvvii. Quelquefois aussi il ne paraît pas (pi. Lxix). A partir des commencements du y" siècle, on voit alors l'influence dogmatique. Joseph est représenté sous les traits d'un vieillard , il est humble , toujours derrière la cathedra de Marie. Bottari, tab. 86. Allegranza, Monum. sac. di Mil., tav. IV. Il est représenté comme un charpentier. Bugati, Memor. di S. Celso, p. 288. Sarcophage de S. Paul hors les Murs. Schultze, A. S., fig. 22. Garrucci , tav. 317, 4; 365, 2. Joseph deviendra de plus en plus humble et le moyen-âge en fera un personnage comique. Agincourt, Sculpt., pi. viii, 3.

13. La Vierge. — Marie occupe, dans les Evangiles synoptiques, une place très inférieure. Elle ne reconnaît pas la haute mission de son fils. Jean, II, 4. Marc, III, 21, 31. Les disciples eurent soin d'elle et il semble que Jean l'ait reçue. Jean, XIX, 25, 27. Voir Renan, Les Apôtres , 49. Elle dut mourir bientôt [Ibidem). Aucune mention de Marie après cette époque. Les Pères de l'Eglise des ii° et iii^ siècles lui donnent très peu d'importance. Sa sainteté n'était pas reconnue. Maints défauts lui sont attribués. Tertullien, De Carne Christi, 4, 17. De Virgin, vel., 6. Roller, Les Catacombes de Rome, I,p. 207. Il y eut des discussions assez vives. Epiphane affirmait qu'elle avait eu des enfants. Hser., 78. Elle ne tient non plus aucune place dans la littérature hagiographique , et quand on a à peindre la grandeur d'âme d'une mère voyant ses enfants se sacrifier pour la vraie foi, on prend toujours la mère des Machabées. Nous allons voir maintenant si l'art s'accorde avec la littérature. Disons tout d'abord qu'on n'avait d'elle aucun portrait. Aug.,i)e trinitate , VIII, 5, p. Lviii. 952. Migne : « Neque enim novimus faciem virginis Mariae. » Quelques peintures des catacombes sont assez difiBciles à expliquer, parce qu'elles ne représentent pas des sujets religieux bien définis, ayant déjà le conventionnel de ces sortes de figurations, mais des tableaux empruntés à des scènes de famille. On a voulu y voir des reproductions de la vie de Marie. 1° La plus intéressante est dans Roller, Catacombes de Rome, I, pi. XV, p. 85. Un grand nombre d'archéologues. De Rossi, Schultze, Garrucci, etc., y ont reconnu une sainte famille. On est d'accord pour la mère et l'enfant. Les opinions sont divisées quant au personnage qui a l'air de parler à la mère. Qu'il nous soit permis de le dire, nous ne pensons pas qu'on doive reconnaître ici une sainte famille. Au point de vue de la représentation, elle ne se trouve pas isolée, elle n'occupe pas la place principale que méi'iterait un sujet aussi important, elle est là dans une situation assez humble, au milieu d'autres

scènes. La pose de l'enfant nous paraît étrange pour être celle du Sauveur, jamais les temps postérieurs ne l'ont représenté ainsi vu de dos, le visage tourné vers le spectateur. Il y a même dans l'ensemble des lignes , dans le dessin libre , un sentiment qui ressort et indique une scène de famille. V. Garrucci, o. p , tab. 78 : c'est la même pose, et nous savons aussi que c'est encore une scène de famille. Quand l'art représenta la Vierge , il lui donna une autre pose , l'enfant fut placé par les artistes en face des mages, tenu humblement par sa mère. V. Schultze, op. c, ûg. 24, 25, Rossi, Imagines selectx deiparœ Virginis , 1863, fig. V.

Après avoir lu les textes antérieurs , les passions des martyrs , on arrive à comprendre que la Vierge est née avec la légende des rois Mages. Elle fit tout d'abord partie de ce groupe, de celui de la Nativité qui se développa peu de temps après , et enfin elle devint une divinité particulière, et son culte grandit de plus en plus. On sait l'importance qu'il obtint au moyen-âge. Mais revenons à Marie.

L'étoile effacée, dont il ne reste que de faibles traces, si étoile il y a, ne se trouve jamais ainsi dans les catacombes ; dans les peintures que nous connaissons avant le iv* siècle, on trouve la colombe qui plane apportant la branche d'olivier, mais jamais l'étoile ainsi représentée, car l'étoile comporte et exige la naissance de tout un cycle, elle ne peut être née qu'avec les scènes des bergers, de la nativité et des rois Mages, et nous savons que cette représentation n'appartient qu'au iV siècle. On ne peut admettre d'un autre côté cette date pour la peinture ici mentionnée; la largeur du dessin, la pondération des lignes en fait au contraire une œuvre du m'' siècle. M. Von Duhn , après des recherches sérieuses, la place aussi au iii^ siècle. Schultze, A. S., p. 198, la croit de la fin du ii° siècle. Roller est hésitant, mais ses préférences sont pour le m® siècle. Pour le caractère de la construction et des inscriptions trouvées là, l'espace nous manque ici. Cf. Roller, op. c, 86. Schultze, 193. Nous croyons donc avoir affaire une scène de famille, les jeunes mères avec leurs enfants sont aussi représentées par les païens, et il faut peut-être y voir la réminiscence à autre scène de l'ancien culte , car nous possédons une série de peintures sur la naissance de Jupiter et sur celle des autres dieux, qui nous rappellent celle-là. Plusieurs autres ont été signalées par les archéologues sans aucun succès. Schultze avant nous a déjà combattu cette opinion.

2° Garrucci, tav. 78. Cimetière S. Priscilla, autre scène de famille, la mère tenant l'enfant à la manière de la première fresque est une parente de l'Orante, principal personnage de cette représentation. Elle domine ici toutes les autres. La jeune mère a les cheveux courts, coiffure qui n'est jamais donnée à la Vierge.

Quant à la scène à côté, on ne peut y chercher la représentation d'une prise de voile, puisque c'est un parchemin que la jeune fille tient à la main, ni voir à côté d'elle un archidiacre, fonction du iV siècle. Schultze, op. c, p. 183.

3° On ne peut non plus accepter la fresque du cimetière Ostrianum. Gai*rucci, 66, tab. I. Ce sont trois crantes, représentant des défunts. Déjà Bottari avait donné l'explication, III, 83. Schultze la redonne, p. 185, et combat les explications un peu Irop savantes et subtiles de M. De Rossi sur le monogramme du Christ. Nous pouvons ajouter que la parure, le collier à perles, le vêtement sont semblables à ceux de la jeune orante qui est à côté de celle-ci. Schultze parle aussi

du peu de respect que les chrétiens ont eu pour cette fresque, indication qui n'est pas à négliger; il remarque avec raison que jamais la Vierge n'a été représentée avec un costume aussi riche. L'artiste ayant manqué de place pour représenter l'enfant, il l'a dessiné dans la position qu'il occupe de face, placé devant le spectateur.

4° Même opinion pour la fresque reproduite par Garrucci, tav. 35, 2. Cubiculum de S. Priscilla. On ne peut y voir que des défunts : 1° Jésus n'a jamais été représenté comme orant; 2° Joseph a été tout d'abord conçu comme un jeune homme. Rossi, Bull.. 1865, p. 25-32; ici nous avons un Joseph portant la barbe; 3° Marie n'a jamais été représentée seule , comme orante , sans l'enfant Jésus , avant le milieu du iv® siècle. Garrucci ne peut y voir Jésus, op. c, p. 40. Schultze fait remarquer aussi que cette scène ne pouvait représenter aucun moment de la vie de Jésus. Schultze, op. c, p. 191.

5° Même opinion pour la fresque de S. Priscilla. Garrucci, tav. 75, i. Les archéologues y voient une Annonciation. D'après les sources écrites, cette interprétation est impossible, la fête de Marie commence au milieu du iv* siècle, mais elle fut regardée comme une sainte et les principaux moments de sa vie ne reçurent aucune mention particulière. La vie de Marie, sa légende, ne commencent à s'accréditer qu'au milieu du iv® siècle et la fresque que nous avons sous les yeux ne peut représenter ce moment de la Vierge. Bosio et Aringhi ne savaient donner aucun sens à cette fresque. Nous sommes obligé d'avouer qu'il y a dans les catacombes des reproductions inexplicables pour nous, car elles font mention de faits particuliers concernant la vie des défunts que nous ne pouvons connaître. Vouloir donner un sens à toutes ces scènes , c'est risquer, pour des époques si éloignées , de se tromper. V. Schultze, Die Darstellungen der Verkundigung Mariée in christlichen Alterthum. Lit. Cen tralblatt, 1881, n« 42, et Hack, même sujet, in Luthardt Zeitschr. f. Kirchl Wissenchaft. Leipsig, 1885. Nous sommes éloigné des opinions de Hack, mais elles s'accordent avec les noires quant aux premiers siècles. La première représentation de l'Annonciation se voit sur un sarcophage à S. Franccsco, à Ravenne. Garrucci, 34, 3. Schultze, A. 5., n" 28 de son Verzeichn iss der altchrislichen Marienbilder. Cet archéologue y voit une scène de départ, p. 185. Nous ne pouvons donner une explication; mais ce qu'il est permis d'aflBrmer, c'est que ce n'est pas l'Annonciation.

6° Quant à ce qui concerne les orantes, on ne peut non plus y reconnaître Marie. Les orantes , hommes, femmes ou enfants, se divisent en deux classes, la première qui est toute décorative , et dans laquelle ces figures sont employées comme éléments décoratifs. Garruci, op. c, tav. 42, 1; 46, 2; 49, 2; 50, 1 ; 54, 1; 16, 1, la deuxième, qui nous offre les portraits des défunts, car certaines chambres appartenaient à des pai'ticuliers, et les cubicula recevaient les portraits des défunts. Garrucci, op. c, tav. 74, 2; 73, 1; 69, 2, les fresques mentionnées plus haut. Pour les orantes, à côté du bon Berger, nous possédons un certain nombre de ces représentations avec les inscriptions des défunts, hommes ou femmes, qui ne nous permettent aucun doute pour les autres. De Rossi, R. S., I, tav. 39, 49, 10. Boldetti, op. c, 363, 299, orante entre deux agneaux. De Rossi, III, tav. 30, 39. Schultze en indique d'autres, ^. 5., p. 181. Nous voyons donc que les sources écrites s'accordent complètement avec les représentations figurées et que ce n'est qu'à partir du iv* siècle que Marie occupe une place aussi bien dans l'art que dans la littérature.

Nous allons voir dans la légende des rois Mages qu'elle prend une importance

particulière sur les verres dorés. Au point de vue de la date de ces verres, nous montrerons dans l'un des chapitres suivants qu'ils doivent avoir été fabriqués au milieu du iv^ siècle , à une époque où le culte des saints commençait à acquérir une grande importance. C'est du reste la manière de dater de Garrucci, de Schultze ; les fabriques en produisent encore au commencement du v* siècle. Or, dans les représentations de ces verres, bien que le nom de Marie ait été porté à cette époque de pi'éférence par les chrétiens et surtout par des vierges , car nous avons vu le mouvement ascétique se produire , il est toutefois difficile de méconnaître certains dessins qui nous la donnent au milieu des apôtres, à côté des saintes les plus célèbres. Garrucci, Vetri ornati di figure in oro , tavole IX, II, IX, 6, 7, 10. Ces représentations s'accordent en tous points avec ce que nous savons La Vierge a une fête particulière comme la S. Agnès et, sur ces verres, elle n'occupe pas une autre place ; ce n'est que dans la première partie du moyen-âge que nous verrons son influence triompher.

14. Les Mages. — Tertullien pense qu'ils viennent de l'Arabie. Origènes choisit la Chaldée. D'autres désignent la Perse. Ils portent un costume qui est loin d'être royal. Ce n'est que vers le viir siècle qu'on les représentera avec les insignes des rois. Le sujet est né au iv® et non au m® siècle, comme le veut Schultze {Die Catacomben , p. 153). Le premier exemple, qui indique encore une certaine indécision , est la fresque conservée dans le Cimetière S. Pietro et MarcelUno, Via Labicana. Garrucci, 58, 2. Kraus, R. E., art. Mages , p. 349. De Waale y voit une œuvre de la fin du m* siècle. Nous ne le pensons pas ; les Mages restent dans l'ombre pendant la première période de l'Eglise , et ce n'est qu'au iv« siècle que nous trouvons des homélies, des fêtes instituées, nous montrant qu'un certain intérêt leur est voué par l'Eglise. Quant au dessin, il n"est pas aussi beau que le veut Schultze; la position de Marie est gênée, les contours de sa tunique sont durs , l'enfant n'a pas le naturel qu'il prétend. Les Mages ont un certain mouvement et surtout une expression assez agréable. Le iV siècle a pu produire une telle œuvre, et il n'est pas nécessaire de la reporter si haut, seulement à cause de son dessin. Nous avons dit que la représentation n'était pas complètement formée; la Viei'ge est assise, sans voile, revêtue d'un simple costume, la tunique assez courte, qui laisse voir ses pieds nus. On sent encore une certaine vie sous ce léger vêtement. Les Mages ne sont pas tous les trois ici, nous n'en avons que deux et dans une position particulière , l'un est devant l'enfant Jésus, l'autre derrière; il y a symétrie parfaite. Ils apportent, au lieu de parfums, de petits jouets enfantins, et ce n'est pas encore ce que décrit Prudence : Ditt. XVII.

Hic pretiosa magi sub virginis ubere Christo

Dona ferunt puero myrrhseque et turis et auri :

Miratur genetrix tôt casti ventris honores

Seque DeuTti genuisse hominem regern quoque summum.

Ils ne sont pas prosternés : « Procedentes adoraverunt eum, » mais l'artiste a préféré les peindre : « Apertis thesauris suis obtulerunt ei munera. » Peut-être la composition aurait-elle exigé une main trop habile. Les Mages ont le costume phrygien, le manteau flottant, la tunique courte et serrée, la tête nue; Marie est assise sur un trône, tête nue , tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Celui-ci est habillé. — 2* Fresque de S. Domitilla, Garrucci, op. c., tav. 30. On ne voit que la

Vierge avec l'enfant. Elle est assise sur une cathedra; elle est toujours pieds nus, sans voile, dans un simple costume. Son vêtement est la. Palla et la Tunica. — 3° Fresque in SS. Pietro e Marcellino. Garrucci, op. c, tav. 55, 2. Lehner, Die Marieni^erehrung in den ersten Jahrhunderten. Stuttgardt, 1881, n° 10. (Il a rassemblé les monuments et on peut suivre le développement des représentations. Lire avec une grande précaution cet ouvrage qui manque de critique dans les premières parties.) — Le costume de Mai'ie est plus riche; elle a la tunique à longues manches, ornée des claui. On ne peut pas voir si ses pieds sont nus, sa longue robe les couvre. L'enfant Jésus est ici nu. Les trois Mages paraissent: ils ont l'habit phrygien, mais sans manteau. — 4» Fresque à S. Doniitilla. Garrucci, op. c, 35, 2. Lehner, op. c, 8. Marie assise sur la cathedra, portant la tunique et le pallium , tête nue ; elle tend pour ainsi dire l'enfant en avant vers les trois Mages qui , en costume phrygien , mais sans le manteau flottant , s'avancent vers lui. — 5° Fresque à SS. Trasone et Saturnino. Garrucci, op. c, tav. 73, 2. Schultze, Marienbilder der altchristlicher Kunst , n° 6. Lehner, op. c, n° 10. Des changements sont apportés : on a bien le même nombre de Mages , mais ils ont le costume phrygien avec le manteau ; ils s'avancent vers Marie qui est assise , la tunique à manches serrée à la taille, la tête recouverte d'un voile, tendant la main pour prendre les dons ; ce sont des parfums qu'on lui apporte sur des plateaux. L^enfant Jésus est revêtu de la tunica. — 6° Fresque à S. Domitilla. Schultze, op. c., n° 7, fig. 25. Garrucci, op. c., tav. 36, L Lehner, op. c, n° 11. Autre changement pour la symétrie. Le costume des Mages est resté le même. Marie a une importance plus grande; elle est revêtue de la dalmatique, décorée de larges raies, la tête couverte d'un voile, tenant l'enfant Jésus d'une main et étendant l'autre. — 7° Fresque à S. Sotère. Rossi, R. S., t. III, tav. 8. Schultze, n^S. Lehner, op. c, n° 11. D'un dessin très lâché, décadence fort sensible. Même scène. Le dernier Mage tend les dons sur un seul plateau. Sur les sarcophages, la scène est loin d'avoir le même charme ; la sculpture se trouve inférieure. Cf. Lehner, taf. IV, V, VI. Les Mages sont toujours trois, ils font partie de la scène de la Nativité, le bœuf et l'âne sont à côté; quelquefois leurs chameaux sont représentés. Lehner, taf. vi, n" 54; taf. v, n»' 39, 36, 38, 40, 41. La composition se trouve alors modifiée. On voit d'un côté les trois Mages, au milieu l'enfant Jésus dans l'étable , placé dans son berceau, ayant à côté de lui le bœuf et l'âne, et de l'autre Joseph et Marie. Lehner, vi, n"" 54, 53, 52.

15. Les Apôtres et surtout S. Pierre et S. Paul. — Sommes-nous en présence d'un portrait véritable de Paul et de Pierre ? Les artistes ont-ils suivi une tradition lointaine en représentant les deux apôtres ? Si nous consultons les sources écrites, nous voyons que, dès Irénée, les Carpocratiens avaient des statues de Paul. Inutile de dire que nous ne pouvons nous représenter ces statues. Le portrait était-il dessiné d'une manière réaliste ou idéale, nous l'ignorons. Irénée, I, 26, 5. Au iV siècle, l'Orient en possédait. Eusèbe dit en avoir vu. Eusèbe , H. E., VII, 18. Il raconte aussi que Jésus, Pierre et Paul avaient été reproduits. Sont-ce des portraits? Sont-ce de simples figures que le vulgaire donnait pour les images réelles des apôtres et du Christ.' Nous ne pouvons encore le dire. Nous avons vu que cela était faux pour Jésus. Ce que l'on peut aflBrmcr, c'est qu'ils ont été représentés par les artistes non d'après une image réelle , mais sous une forme assez idéale. .

Peut-être l'idée qu'on se faisait d'eux les a-t-elle fait assimiler au portrait des philosophes que l'antiquité avait créé. Nous avons un bronze, aujourd'hui dans la bibliothèque du Vatican, qui représente, paraît-il, les deux apôtres. S, Pierre et S. Paul. Il serait, d'après M. De Rossi, de la fin du ii* siècle. [Ballet., 1864, nov. et déc.) Les apôtres sont bien vieux. S. Paul est ici chauve. Les traits sont fins, le ciseau de l'artiste délicat, avec une cei^taine énergie. Il porte une long-ue barbe. S. Pierre est aussi d'un âge avancé. Il a une chevelure abondante, une barbe courte et épaisse, un cou assez vulgaire, petit et trapu. Ne sont-ce pas là des portraits de défunts ? Il est assez difiBcile d'admettre des représentations aussi réalistes, des apôtres aussi vieux. Ces portraits correspondraient aux anciennes traditions écrites. Nous hésitons à admettre les portraits donnés par M. De Rossi comme ceux des apôtres. L'art ne nous indique pas une tradition aussi précise , et nous pensons plutôt que ceux-ci ont subi l'influence des idées contemporaines , qu'ils ont été représentés comme des philosophes et qu'ils ont un développement iconographique semblable à celui des autres personnages divins. De là les fluctuations que nous voyons. Paul est jeune et beau. Garrucci, Vetri ornati, tav. xi, n" 3; xvi, n" 5. Il a une abondante chevelure, S. Pierre, au contraire, est plus vieux. S. Pudentienne à Rome. (Garrucci, Storia délie arte , IV, tav. 208; II, 29. Bottari, op. c, cLviii. ) Ce sont des types différents. On ne voit pas un canon. Sarcophages dans Garrucci, op. c, 331, n" 2, n° 3, 324, n° 4. Voir Garrucci, op. c, tav. 211, 226, 273, n° 4, n° 3, tav. 259. Pierre subit l'idée du temps , il a la tonsure, tav. 240, n° 1. Il est représenté aussi chauve. (Roller, op. c, pi. Lxxx, fig. 6.) Peu à peu cette conception trop simple se perdit et nous voyons que les apôtres subissent la même influence que le Christ; leur costume devient plus riche, une sorte de tiare leur est donnée. Cf. Ciampini, Vet. Mon., I, 224. Mosaïque à S. Giouanni in Fonte, àRavenne, V, la mosaïque de S.Agata in Snburra. Ciampini, op. c, 271. Pierre l'a seul. Ils reçoivent au v® siècle aussi le nimbe. Ciampini, op. c. Arc de triomphe de S. Paul, 441. Cf. pour la description de l'ancienne mosaïque de l'église, détruite en 1592, de S. Agathe à Rome, Kraus, R. E., 224. Les préoccupations dogmatiques et les prétentions de l'église de Rome commencent alors à se montrer. Le culte de S. Paul à Rome fut peu à peu éclipsé par celui de S. Pierre. Ce dernier devint de plus en plus puissant. La cérémonie de la fête des apôtres commence à l'église S. Paul et finit à S. Pierre. Les fidèles attendaient le jour à S. Paul et allaient en procession jusqu'au Tibre, où une barque recevait l'évêque de Rome. Les fidèles de chaque rive accompagnaient l'évêque qui venait, suivi de la procession, à l'église S. Pierre, où la fête revêtait un caractère de solennité. Nous trouvons dans l'art les mêmes préoccupations , les mêmes désirs à faire triompher. On donne des clefs à S. Pierre, on assimile celui-ci à Moïse. Il frappe le rocher et l'eau jaillit : « Petrus virga percussit , fontes caeperunt currere. » Schultze , Die Catacomben , loi. Deux verres de la collection du Vatican. Kraus, R. E., 340; le même, R. E., fig. 267. De Rossi, Bulletino, 1877, tav. v.

La pensée dogmatique est tout d'abord absente. Ce n'est qu'au v* siècle qu'elle s'affirme. Le processus s'accorde ici avec ce que nous savons des prétentions de l'évêque de Rome. V. A. Marignan, le Triomphe de l'Eglise , noie 1,

On les a représentés jeunes avec les autres disciples, qui ont suivi le maître, qui ont assisté à ses miracles. Ils forment sur les sarcophages sa véritable cour. Leur costume est simple, ils portent le pallium et la

tunica y leurs pieds sont nus ou pourvus de sandales; les uns ont la barbe, les autres sont imberbes. Paul a pris place auprès d'eux, usurpant la place de Mathias qui ne paraît pas tout d'abord, n'ayant été choisi que par le sort des disciples et non par Jésus. Giampini , Vet. Mon., I, tab. 71. Le triumvirat apostolique est le plus souvent dessiné, c'est Jésus, Pierre, Paul, ou ils sont seulement six. Mosaïque de S. Andréas in Barbara. Cimetière de S. Agnès. Giampini , Vet. Mon., tab. 76. Bottari, 148. Leurs attributs varient, c'est parfois le volumen, le livre ouvert ou fermé. Il arrive aussi que sur les sarcophages on puisse reconnaître, quand ils sont en nombre, l'influence de la mosaïque sur la sculpture. Toutes les branches de l'art les ont reproduits. Les verres aussi. Kraus, R. E., II, fig-. 39. L'ivoire, Musée de Berlin. Kraus, R. E., I, fig. 40. Généralement Jésus occupe le centre de la composition; à ses pieds coulent les quatre fleuves du Paradis; Paul paraît incliné l'espectueusement à côté du Sauveur. Pierre porte la croix ou prend le livre que lui tend Jésus. Il lui donne la loi. Gf. Kraus, R. E. Petriis, II, p. 609. V. Garrucci, op. c, tav. 324. 1; 325, 1, 2, 3; 327, 2 ; 329, 1, 2; 339, 5, 1; 343, 1. Sur les verres, Pierre et Paul sont représentés à côté de Jésus ou d'autres saints. Garrucci, Vetri ornati, x, n° 5 ; xiv, n° 3; vu, n° 5; xv, n° 2, 1, 4, le monogramme au milieu; xv, n" 5. Ils peuvent être debout ou assis , xi-xiv, 6, 8, I, XIII. Jésus leur tend la couronne, xiii, n° 1. A côté des autres saints, Garrucci, op c, xxv, n° 6; xxiii, n° 2.

16. Les Evangélistes. — L'Apocalypse donna le symbole des Evangélistes , IV, 6 : « Et animal primum simile leoni et secundum animal simile vitulo et tertium animal habens faciem hominis et quartum animal simile aquilse volanti. » Tout d'abord on ne se préoccupa pas du verset suivant (7) : « Et quatuor animalia , singula eorum habebant alas senas et in circuitu et intus plena sunt oculis. » On ne donnait pas l'indication précise du symbole de chaque évangéliste. De là des hésitations. Les attributions paraissent fixées vers la fin du iv'' siècle. Grégoire le Grand, Alcuin, suivront la division de S. Jérôme qui donna à Matthieu l'homme ; à Marc, le lion; à Lucas, le bœuf; à Jean, l'aigle. A partir du iV siècle, ils furent assez souvent représentés sous leurs symboles. Mosaïque de S. Pudenziana (iv* siècle, fin). Garrucci, tav. ccviii. Mosaïque de S. Sabina, V» siècle, tav. ccx. S. Maria Maggiore, v° siècle, tav. ccxi. Richter, op. c. Ravenna, Mausolée de Galla Placidia , p. 25. Garrucci, ccxxix. Ils reçoivent le nimbe, fin V siècle. Mosaïque de S. Paolo fuori le Muro. Garrucci, tav. ccxxxyii. Ils tiennent des livres. Mosaïque de S. Gosme et Damien , vi° siècle. Garrucci, ccLiii. La plastique les connaît aussi sous la forme humaine. Ils ne diffèrent en rien des autres apôtres. Ils tiennent à la main des livres ou le volumen. Le Blant, Sarcophages d'Arles , pi. 6. Garrucci, op. c tav. cggxliii. Quelquefois les noms sont inscrits. Ils sont aussi assimilés aux autres apôtres , les uns imberbes , les autres portent la barbe. Le Blant, op. c, pi. 8. Rossi , Bull., 1867, 97. Pour certaines particularités, cf. Kraus, R. E., art. Evangélistes. Ge n'est pas ici le lieu de donner tout le développement iconographique; dans ces études nous avons voulu exposer quelques vues générales, les idées populaires de cette époque, la cité céleste qui commence à se peupler et les procédés par lesquels on fut conduit à cette nouvelle conception sensible.

17. Les Martyrs. — Les martyrs commencent à apparaître au iV siècle dans l'art. La Jérusalem céleste devient leur patrie. L'art nous a donné quelques noms.

s. Laurent dans Garrucci, Vetri,iay. xx, n"7. DeRossi, Bullei., \S&k,p, 43. Bottari, cxxviii ; S. Agnès, elle paraît à côté de Marie, Garrucci, op. c, xxii, n" 8; entre Vincentius et Hippolyte, n" 5; entre Christ et Laurent, n° 6; seule comme orante dans le paradis, n° 3; entre deux colombes portant la couronne, n° 1. Cf. aussi tav. XXI. Nous avons nommé Hippolyte, Yincentius, les verres donnent aussi Marcellinus , Timotheus , Sixtus, S. Cécile, viV siècle. Sébastien et Garinus. S. Cyprien, Cornélius, Optatus, Abdon et Senne. Kraus, R. E., fig*. i, vii° siècle. Quant aux représentations des supplices infligés aux martyrs, ce n'est qu'au milieu du vi^ siècle que les artistes les ont reproduits. Les sources écrites nous en donnent quelques exemples. Prudence nous décrit les peintures représentant les martyres de Laurent, de Cassien, de S. Hippolyte. Elles étaient très réalistes. Peristeph. , XI, 124 v.; IX, v. 19. Ruinart nous a donné la vie de S. Euphemia où la peinture de son martyre est reproduite. Acta sincera , p. 432. L'art nous a conservé quelques scènes. La première est celle de Jesaï, Garrucci, Vetri ornati, I, n° 3. Il est représenté en orante subissant le supplice de la scie. Pour Achille, De Rossi, Bull., 1875, tav. iv, il est représenté sur une colonne de l'église souterraine de S. Domitilla. De Rossi, R. S., II, tav. xxi, indique, p. 219, comme reproduisant une scène de jugement des martyrs Parthénius et Calocerus. Elle serait, selon lui, de la fin du iii° siècle. Schultze [Christl. Kunstbl., 1879, p. 180) indique une scène apostolique : S. Paul devant le proconsul. Nous verrons ailleurs si nous devons l'accepter. Nons ne parlons pas des autres habitants du ciel, de S. Jean-Baptiste, d'Elie, d'Abraham; ceux-ci ne peuvent tenir place que dans une histoire générale de l'archéologie. Ces représentations ne soulèvent aucun problème.

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