ISRAËL ET L'HUMANITÉ
Mais il ne suffit pas d'observer la loi littéralement, matériellement , de la pratiquer avec les mains ; il faut l'accomplir par l'esprit, par un sentiment pur et élevé, dans la pensée de sanctifier sa vie, de rendre publiquement hommage à Dieu, de propager par l'exemple et
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par la parole la divine vérité parmi les hommes, de contribuer et de travailler à l'harmonie spirituelle du rnoorde. Pratiquer la loi devant les hommes et la violer par Tincrédulité dans le cœur, la pratiquer dans un but intéressé, en vue d'un avantage matériel ou social, en faire un instrument de position ou de fortune , c'est commetrtre une profanation impie, c'est souiller le sanctuaire. On peut tromper les hommes par des apparences, par des hypocrisies, mais non « le Créateur (béni soit-il!), qui connaît toutes les œuvres et toutes les pensées des fils d'Adam. » (Article 10.)
Dans les sociétés humaines, le législateur doit se contenter de l'observation ostensible et littérale de la loi; il peut demander des actes, non des sentiments; son pouvoir s'arrête là où son œil ne pénètre pas. Mais dans le gouvernement de Dieu, chaque pensée est une œuvre , un bien ou un mal , une vertu ou un péché , un mérite ou un crime, un ange ou un démon. Dans le royaume du Très-Haut, « un œil voit, une oreille entend, et toutes les actions sont portées sur le livre. » (Aboth, II, i .) c( L'Éternel regarde du ciel et voit tout les humains.» (Psaumes, XXXIII, 13.) «Moi, l'Éternel, je visite le cœur et pénètre les entrailles.» (Jérémie, XVII, 10.) «Éternel, vous me pénétrez et vous savez tout! Vous connaissez mon repos et mon action ; vous observez ma pensée de loin. Vous connaissez mes mouvements, et vous êtes initié à toutes mes démarches. Il n'est point de parole sur ma langue que vous ne connaissiez déjà entièrement, ô Éternel!» (Psaumes, CXXXIX, 2-4.)
Ah ! si les mortels se rappelaient toujours cette omniscience du Très-Haut, ce témoin infaillible de leurs plus secrètes pensées , ce juge invisible de tous leurs actes ,
ce regard clairvoyant , plongeant dans tous les mystères de leur existence (tm^ •'sn ^^a^^ te is? ninp» ^^''rs?) , ils seraient sauvés du mal et s'élèveraient bien haut dans les régions de la lumière !
Le Dieu d'Israël abhorre l'apparence, l'ostentation mensongère, la hideuse fausseté couverte des splendides vêtements de la vérité. « Faites-moi un autel de terre pour m'y offrir vos sacrifices , car partout où vous vous souviendre% de mon nom, je viendrai et vous bénirai.» (Exode, XX, 21.) Que me font l'or, le pourpre, les pompes de vos temples , si votre âme est nue , si la vérité est absente de votre cœur, si votre vie entière n'est pas un sanctuaire du Dieu vivant!
Le Seigneur connaissant le mobile , l'intention de toutes les actions , ne peut donc pas se tromper dans ses jugements; il récompense ceux qui observent sa loi, et punît ceux qui la transgressent. (Article H.)
Il y a une rémunération certaine , immanquable , infaillible, pour les actions humaines : car Dieu est la justice suprême, et il a laissé à l'homme une liberté morale entière. «Je mets devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous écoutez les commandements de votre Dieu ; la malédiction , si vous ne les écoutez point.» (Deutéronome , XI, 26-28.) «Je place devant vous la vie et le bien, la mort et le mal. » (Ibidem, XXX, i^.)
Le monde n'est pas une vallée de larmes et de misère , où le mal triomphe nécessairement , où la vertu doit pleurer et gémir, et l'homme n'est pas souillé de crimes dès sa naissance , frappé par les fautes de ses pères , condamné par une fatalité aveugle, ou par un prétendu
péché originel, par une damnation primitive, u Celui qui a péché sera effacé de mon livre. » (Exode , XXII, 33.) « Le péché t'assiège à la porte , il veut t'atteindre , mais tu peux le maîtriser. » (Genèse, IV, 7.) «Dites : Bienheureux les justes! car ils jouiront des fruits de leurs œuvres ; malheur au méchant ! car il lui arrivera selon ses actes. » (Isaïe, III, 10-11.) «Tes yeux sont ouverts sur toutes les voies des humains pour donner à chacun selon sa conduite et ses actions. » (Jérémie, XXXII, 19.) «A toi, Éternel, est la grâce : tu récompenses chacun seloo ses œuvres.» (Psaumes, LXII, 13.) «Le juste vit par sa croyance » Tx^r\r^ inï-i^xn p-^^sc ; « chacun meurt pour ses fautes » (Jérémie, XXXI, 30) ; « l'âme qui a péché, elle seule mourra» ni«n ï^'^n n^^ûinn ^san (Ezéchiel, XVIII, 4). Ainsi la malédiction et la bénédiction, le bien et le mal , la vie et la m*ort , sont les résultats des œuvres de l'homme, et non d^une destinée fatale, implacable. Il est accessible à tous les bonheurs matériels et spirituels, au paradis planté par le Créateur, à l'arbre qui donne la vie éternelle ; mais le mal, le péché, n'est pas la loi du monde ! L'homme vient sans tache sur la terre ; il peut , par ses efforts , la quitter sans tache ; Dieu lui en a donné les moyens. « Le mal ne demeure pas chez Dieu » (Psaumes , V, 5) ; il vient de l'homme ; il en est responsable (*). M'^»'» ixara ©•»« « Chacun meurt pour ses fautes. » (Deut., XXIV, 16.)
La récompense et la punition sont quelquefois visi*blés, frappantes, dans cette vie déjà; le plus souvent, par la sagesse infinie de Dieu, elles ne viennent que dans la vie future. De là il arrive qu'on voit souvent des
(1) a Dieu donne la pluie; mais par les péchés des hommes elle -sa transforme en soufre. » {lalkut^ Psaumes, § 655.)
hommes vertueux, des justes, souffrir. tous les maux et toutes les calamités , et des hommes impies jouir de toutas les apparentes félicités, de la fortune, de la puissance, des grandeurs du monde. « L'insensé ne comprend pas que si les méchants croissent comme l'herbe , et que les auteurs du mal fleurissejit, e^e^l pour disparaître à tout jamais, yi (Psaumes, XCII, 7-8.) <( J'étais presque lébranlé; mes pas étaient sur le point de chanceler, quand j'enviais les heureux , quand je voyais la prospérité des impies ; ils n'ont point de douleurs jusqu'à la mort , et leur corps est gras ; ils n'ont point de part aux tribulations des humains , les plaies de l'humanité ne les frappent point... Voyez ces méchants, ces heureux du monde, ils arrivent à la puissance. C'est en vain que je conser^'ais innocent mon cœur, et que je lavais mes mains dans la pureté. Je fus tourmenté tous les jours, les souffrances me visitèrent tous les matins. Je méditais pour comprendre cela, mais c'était peine inutile, mon regard ne le pénétrait pas , jusqu'à ce que je vins dans le sanctuaire du Seigneur ; là j'ai appris la fin qui leur était réservée. Tu les plaças sur les hauteurs glissantes pour les précipiter dans le néant. Oh! comme ils sont devenus des ruines en un moment, comme l'épouvante les a détruits! Comme un rêve, tu anéantis leur image, ô Seigneur, en les réveillant! » (Psaumes, LXXIII.) La récompense et le châtiment réservés pour la vie future échappent à notre intelligence, à notre regard borné, voilé par la terre, n^rhy; d'Unix hn»^ vi» ip:^ vosn Dbi5>î> (Beracholh, 34 b.) Les docteurs parlent d'une félicité immortelle consistant dans la contemplation et la connaissance pure de la Divinité. « Dans la vie à venir, il n'y a rien des besoins de la terre; mais les justes sont
ornés de la couronne et jouissent de la contemplation du
Très-Haut » ia''p'»^2t «bn mr\ttj vb^ nVo» vb m "p» arf»
tiyfs^o wa d'^ihii wr»tt)«'Ta diT»ni'nû5>i d-'niïJi'' (Ibidem , 17 a). « Les sages brilleront comme la splendeur du ciel , et ceux qui ont amené la multitude à la justice, comme les étoiles à tout jamais » •^p'^ix^ai ^''p'nn ^ma r^^trt^ tsA^swam ^5>i tk'oh la'^aaias to-in^h (Daniel, XII, 3). Les méchants et' les impies seront privés de cette ineffable et immense félicité. Pouf les uns, la joie, la lumière, la béatitude; pour les autres, le deuil, les larmes et les ténèbres. «( Leur ver ne mourra pas et leur feu ne s'éteindra pas. » (Isaïe,LXVI,24.)
« Les hommes vertueux de toutes les nations ont part à la vie avenir. » (Sanhédrin ^ 105.) « Dieu ne retient à aucune créature sa récompense.» rT»'nnte*tDttjnBpara''p!Tp» (Baba-Kamma^ SS b; Soukka, 23a.) ((L'Éternel est bon à tous ; sa miséricorde s'étend sur toutes ses créatures. » (Psaumes, CXLV, 9.) «Nous ne contestons à aucun homme , de quelque nation qu'il soit , la rémunération de ses bonnes œuvres. Cependant nous croyons que la parfaite félicité n'est que pour le peuple qui , pendant sa vie, s'approche le plus de Dieu. » (Kusaru 1, 1 1 1 .)
Par le douzième article , l'Israélite déclare qu'il croit sincèrement à la venue du Messie.
Les destinées d'Israël ne sont-pas encore accomplies. Certes , ce n'est pas pour le laisser dispersé sur la terre, et lui donner un peu plus ou moins de repos et de liberté parmi les peuples, que Dieu l'acpnduit si miraculeusement à travers l'histoire , et l'a conservé , malgré tant de sanglantes persécutions, au milieu de tant de ruines sociales*
La parole infaillible de Dieu , proclamée par la bouche
des prophètes , depuis Moïse jusqu'à Malachie » annonce positivement qu'à la fin des jours, la dispersion, s'étendrait-elle aussi loin que les cieux (Deutéronome, XXX, 4), cessera, et Israël, récompensé pour ses souffrances et glorifié pour son martyre, sera réuni, en famille pontificale , parmi les nations de la terre , sauvées de Terreur, des ténèbres et du mal. Quiconque doute du Messie, dit Maïmonide , nie la Thorâ, la parole duTrès-Haut. «Voici ce que dit le Seigneur, qui a établi le soleil pour éclairer pendant le jour, la lune et les étoiles pour servir de lumières pendant la nuit ; celui qui agite la mer et soulève les vagues , dont le nom est Eternel Zebaoth : — Si ces lois disparaissent devant moi — telle est ma parole — la postérité d'Israël aussi cessera d'être un peuple devant moi dans toute l'éternité. » (Jérémie, XXXI, 35-36.)
Certes, ils sont grands, ils sont merveilleux, les progrès de l'humanité dans la voie de la justice , de la morale, du bien social et des vérités divines. Il est surtout des pays aimés de Dieu qui sont l'exemple , la gloire et la bénédiction de l'univers. Mais les temps messianiques ne sont pas encore venus , nous sommes encore loin de vivre dans l'âge d'or du sauveur. Une grande partie du monde est encore plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie, une autre partie se trouve dans un crépuscule qui n'est ni le jour ni la nuit ; l'agneau ne peut pas encore reposer à côté du loup ; l'épée et la lance ne sont pas encore transformées en instruments aratoires ; la guerre et le sang n'ont pas encore disparu atout jamais; le bien et le juste ne triomphent pas encore partout du mal et de l'in-
juste; la vérité, l'innocence et la faiblesse ne sont pas encore à l'abri du mensonge , du vice et de la violence ;
ITiumanité est encore loin de former une famille de frères, et Dieu de demeurer dans le cœur, dans la conscience et dans l'amour de tous les hommes. Le Messie est peutêtre moins nécessaire à Israël qu'à toutes les autres races du genre humain.
Quand viendra-t-il sauver la société ? C'est le secret de la Providence. Nos traditions indiquent quelques signes auxquels on reconnaîtra l'approche des temps messianiques. Ces signes précurseurs sont : une diminution croissante de piété et de respect de la loi et de ses organes ; augmentation d'audace, — v^x^^ 'fixin 'rrœa "opsn — {SotOf 49 b; Sanhédrin j 97 a); violation publique des commandements divins; des phénomènes extraordinaires de la nature , notamment des épidémies mortelles (Zacharîe , XIV) ; des troubles intérieurs , besoin de changements et de réformes dans le monde moral et politique , et même dans les régions spirituelles; apparition du prophète Elie (Malachie, III, 23). Voici un tableau de l'arrivée du Messie :
« Il arrivera alors que je répandrai mon esprit sur toute chair; vos fils et vos filles prophétiseront; vos vieillards auront des songes et vos jeunes hommes des visions.
<( En ces jours, je verserai aussi mon esprit sur les serviteurs et sur les servantes.
<( Et je donnerai des signes au ciel et sur la terre : du sang, du feu, des colonnes de nuages.
« Le soleil se transformera en ténèbres et la lune en sang, avant l'arrivée du grand et redoutable jour de l'Eternel.
« Et alors tous ceux qui invoqueront le nom de l'Eternel seront sauvés , car il y aura un refuge sur la mon-
tagne de Sion et à Jérusalem , ainsi que Dieu l'a dit ; et parmi les sauvés seront les élus du Seigneur. » (Joël, III.)
Le Messie inaugurera le règne de Dieu sur la terre , le règne de Tesprit divin a qui n'est pas dans la tempôte, ni dans le feu de la bataille , ni dans le bruit des armes, mais dans le souffle du cœur croyant, dans le doux murmure de l'âme. » (I Rois, XIX, 12-13.)
La présence du Messie sera annoncée par le bonheur matériel et spirituel du monde , par une paix universelle , par une soif ardente de religion et de connaissance sacrée , par le calme des passions , par une longévité miraculeuse , par une grande bénédiction en toutes choses , par la sagesse , approchement et contemplation de Dieu, révélation des secrets de la nature et de la vie , notamment des mystères des Écritures saintes, . vénération universelle d'Israël , reconnu comme peuple réservé par le Très-Haut pour les plus hautes destinées, ennoblissement national et reconstruction du temple.
Le Messie sera-t-il un être mortel ou immortel , un esprit ?
Il sera un être mortel , un descendant de David , un homme, mais un homme divin dans toute l'acception du mot, un grand prophète. Israël ne l'adorera pas, parce qu'il ne sera que l'envoyé de Dieu , l'instrument de la délivrance et du salut, comme Moïse était celui de la législation ; mais Dieu seul est notre sauveur — ybiàn «bn •'sk. Le Midrasch dit sur le Psaume CVII , 2 :
Isaïe , le sublime poète , déroule sous nos yeux de^ tableaux splendides , éblouissants, des temps messiani-
42 r* PARTIE. — LE DOGME.
ques. Aucune traduction ne saurait rendre ces merveilleuses images.
c( Il arrivera, dans des jours reculés, que la montagne du sanctuaire de l'Eternel sera la première des montagnes et s'élèvera sur toutes les hauteurs; tous les peuples accourront vers elle.
« Des multitudes de peuples iront en disant : — Allons ! montons sur la montagne de l'Eternel , à la demeure du Dieu de Jacob , afin que nous apprenions ses voies et que nous marchions dans ses sentiers: car la connaissance (Thorâ) émane de Sion , et la parole de Dieu de Jérusalem !
c( Alors , il jugera entre les peuples et exhortera des
nations nombreuses. Ils convertiront leurs épées en socs
et leurs lances en serpettes. Nul peuple ne tirera plus le
. glaive contre un autre peuple , et on n'apprendra plus la
guerre. » (Isaïe, II.)
« Qu'ils sont agréables sur la montagne , les pas du messager qui apporte la bonne nouvelle, proclame la paix , annonce le bien , fait entendre le salut , dit à Sion : — Ton Dieu règne !
i( Ecoute ! c'est la voix de tes voyants , ils chantent ensemble ; car leurs yeux voient clairement que l'Eternel retourne à Sion !
« Eclatez en allégresse , ruines de Jérusalem ! l'Éter^ nel a consolé son peuple, délivré la sainte cité !
<( L'Éternel a montré son bras sacré aux peuples , et les extrémités de la terre voient le secours de notre Dieu! » (Ibidem, LU.)
« Lève-toi , ma lumière ! ton éclat est venu , la gloire de l'Eternel rayonne sur toi !
« Les ténèbres couvrent la terre , le brouillard env^
loppe les nations ; mais sur toi brillera le Seigneur, et sa majesté apparaîtra sur toi !
« Les peuples marcheront vers ta clarté , des rois vers réclat de tes rayons.
« Lève tes yeux ! regarde comme tous se rassemblent et viennent à toi.! Tes enfants accourent de loin.
« On ne parlera plus de violence dans ton pays, de ruine et' de destruction sur la terre ; le salut te servira de murs et la gloire de remparts.
« Le soleil ne te servira plus de lumière du jour, ni la lune de clarté pendant la nuit : TEternel sera ta lumière et Dieu ta clarté à tout jamais.
« Ton soleil ne se couchera plus , ta lune ne disparaîtra plus, car Dieu sera ta lumière éternelle, et les jours de ton deuil seront expirés. » {Ibidem ^ LX.)
« Cieux, réjouissez-vous ! Terre, fais éclater ta joie! Océans, champs, tout ce qui vous anime, faites entendre votre allégresse ! Arbres de la forêt , chantez devant TEternel : car il vient pour juger la terre ; il jugera le monde par sa justice et les nations par sa droiture. » (Psaumes, XCVI, H-13.)
Après le Messie, la résurrection des morts. (Article 13.) Il n'est pas donné à Tintelligence humaine de comprendre cette renaissance de Thomme dont il est dit :
te Nul œil ne peut la voir , mais seulement Dieu >» •jnbit B^ni» nn«^ Kï 1*1» (Isaïe, LXIV, 3). Le prophète, dans une vision divine , se trouva au milieu d'un immense champ de morts , et entendit une voix d'en haut lui dire : « Fils de l'homme , ces ossements revivrontils ?» Et il répondit : « Seigneur Dieu , tu le sais ! » nrr» nr« . (Ézéchiel , XXXVII).
44 r* PARTIE. LE DOGME.
Cependant la croyance à la résurrection est basée sur des promesses positives. Dieu a dit : « Je fais mourir et je fais revivre » (Deutéronome , XXXII , 39) ; «< l'Éternel fait mourir et revivre, précipite dans la tombe et en tire » (I Samuel , II , 6) ; « les morts vivront , les cadavres se lèveront , la terre rendra les ombres » (Isaïe , XXVI , 9) ; « et beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront , les uns à la vie éternelle , les autres à Thiimiliation éternelle » (Daniel, XII, 2).
Cette croyance a une telle gravité dans le judaïsme , qu'elle a été introduite dans nos plus saintes prières , et que le Talmud refuse le salut éternel à ceux qui la nient
— rrrinn tq û'^nan n^^'^nn i^k ^«lï^n «an th^db phn ûnb •j'n*» lifitt. (Sandhédrin y 90 a.)
Nos docteurs disent : « Si quelque chose qui n'avait pas existé a pu naître , quelque chose qui a déjà existé peut d'autant plus revivre. » w^ xi «^r nwi ,i*in i'jîi «Vi (Ibidem y 91 a.)
La croyance à l'immortalité de l'âme est déjà indiquée dans le onzième article , où il est question de la récompense et de la punition.
Tout le mosaïsme est basé sur ce dogme fondamental de l'immortalité. Dieu a donné à l'homme une âme vivante
— d*i*in nnffli (Genèse , II , 7) — et l'a créé à son image; or, cette image ne saurait être autre chose que la partie de notre être qui résiste à la destruction et survit à la mort, l'âme. <( Il est un esprit dans l'homme et le soufSe de Dieu le rend intelligent » (Job , XXXII , 8). Dieu a créé un arbre de vie ; il n'a pas laissé mourir Henoch et Elie. La punition du suicide (Genèse, IX, 5) implique nécessairement l'immortalité de l'âme. Les saintes Ecri-
tures sont remplies d'indications à ce sujet. Elles disent, par exemple :
« Il fiit réuni à ses pères » ; « quand l'âme de mon seigneur sera renfermée dans le lien de la vie » (I Samuel , XXV, 29); «il a sauvé mon âme de l'abîme, et elle verra la lumière » (Job , XXXIII , 28) ; « privé de ma chair, je verrai Dieu w (Ibidem , XIX , 26) ; « ta vertu marchera devant toi, et tu seras reçu dans la gloire de Dieu » (Isaïe, LVIII , 8) ; <( le juste s'appuie sur la mort » (Proverbes , XIV, 32) ; « elle se réjouira au jour dernier » (Ibidem^ XXXI, 25) ; <( tu me fais connaître le chemin de la vie , pour jouir à ta droite de la félicitééternelle de ta contemplation » (Psaumes, XVI, H); « tu marcheras au milieu des anges » (Zacharie , III, 7) ; « la poussière retourne k la terre d'où elle est venue , mais l'esprit remonte au Seigneur qui l'a donné» (Ecclésiaste , XII, 7); « tu n'abandonnes pas mon âme à l'abîme ; tu ne laisses pas voir à tes fidèles la destruction ; tu me révèles le sentier de la vie ; l'abondance de la félicité est devant ton image , à ta droite, une béatitude éternelle» (Psaumes, XVI, 9-H).
On a souvent demandé pourqupi Moïse a toujours annoncé à son peuple des récompenses et des punitions temporelles , sans leur parler du bonheur ou des châtiments qui attendent l'homme après sa mort, selon la conduite qu'il aura tenue sur la terre.
On a répondu justement qu'un peuple sorti à peine d'un esclavage de quatre siècles , et d'un pays où le matérialisme était un dieu , aurait difficilement compris le dogme de l'immortalité de l'âme , et ne pouvait être encouragé pour le bien et effrayé du mal que par des choses visibles , le protégeant ou le frappant dans sa vie terrestre , dans ses jouissances des biens de ce monde. Il
devait avoir d'autant plus de respect et d'amour pour la loi divine, qu'on 'lui en montrait l'influence immédiate ^ directe , sur ses intérêts matériels et sur toute son existence ; la foi en Moïse devait s'en accroître singulièrement. Comme législateur, c'est-à-dire régulateur des choses de ce monde , Moïse devait surtout parler de récompenses et de punitions temporelles. Mais, là encore, il ne manque jamais de renvoyer l'âme humaine devant le tribunal de l'Eternel.
Le bonheur de l'âme du juste , impénétrable aux regards 'du corps, sera immense, infini. « Qu'elle est grande la félicité que tu réserves à ceux qui te vénèrent ! » (Psaumes, XXXI, 20.) « Une heure de jouissance dans la vie future vaut mieux que toute la vie ici-bas. » (Abothj IV, 22.) <c Cette vie est comme le vestibule de la vie à venir: prépare-toi dans le vestibule pour être admis dans le palais ! w (Ibidem , 21 .)
Ce monde n'est que la nuit d'un jour immortel , le corps une enveloppe et un instrument de l'âme , la terre une école d'épreuves et de préparation pour le ciel , le temps un grain de poussière dans l'éternité !
Le grand docteur d'Israël , Maïmonide , dit à la fin des treize articles de la foi :
c( J'étais un peu long et me suis écarté du sujet de mon livre ; mais je l'ai fait parce que j'y ai trouvé un avantage pour la religion. J'ai réuni ici des choses utiles, dispersées dans des grands ouvrages ; c'est pourquoi apprendsles, répète-les souvent et médite-les bien. Si ton cœur veut te persuader de les avoir comprises après une ou
dix lectures , il te trompe , Dieu le sait ! Ne lis donc pas avec précipitation , car je n^ai pas composé au hasard , comme cela m'est tombé sous la main , mais après une étude longue et mûre. Et, après avoir découvert les opinions vraies , incontestables , et m'étre convaincu de ce qu'il fallait en croire , j'ai apporté à chaque sujet les preuves nécessaires. Puisse lé Seigneur soutenir mes intentions et me faire marcher dans la voie du bien ! »
48 I" PAKTIE. — LE DOGME.
LA RËVÉLATXOIff.
minn nbnp
nis ornai rnaio
« Le troisième mois de la sortie des enfants d'Israël du pays d'Egypte, en ce jour ils arrivèrent au désert de Sinaî.
<c Ils étaient partis de Rephidim , et , arrivés au désert de Sinal , ils y campèrent ; Israël s'établit en face de la montagne.
«c Moïse monta vers le Seigneur ; TËternel l'appela de la montagne et lui dit :
a Parle ainsi à la maison de Jacob , dis aux enfants d'Israël :
« — Vous avez vu ce que j'ai fait à Mizraïm , comment je vous ai ce portés sur des ailes d'aigle et vous ai amenés à moi.
« Si donc vous écoutez ma voix, si vous observez mon' alliance, «c vous serez mon bien de prédilection entre toutes les nations , car « toute la terre m'appartient.
« Vous serez pour moi un royaume de pontifes et un peuple saint. « Voilà les paroles que tu diras aux enfants d'Israël. »
ce Et Moïse vint , appela les anciens du peuple et Içur communiqua toutes les paroles que l'Ëtemel lui avait annoncées.
ce Alors tout le peuple répondit unanimement : Tout ce que VÉtemel a dit , nous le ferons.
<c Moïse rapporta à l'Éternel les paroles du peuple.
ce L'Ëtemel dit à Moïse : ce Je viendrai à toi dans une nuée épaisse , oc afin que le peuple entende quand je te parlerai et croie aussi en toi « à tout jamais. » (Exode , XIX.)
Le monde était plongé dans les ténèbres ; la nuit , le chaos, le désert et la désolation régnaient partout, et Tesprit de Dieu qui avait éclairé Noé et les patriarches ne projetait plus qu'un pâle rayon sur un peuple dégénéré
parFesclavage. Le matérialisme égyptien et ses appétits grossiers avaient altéré, corrompu, la nature morale des hommes et porté leurs ravages jusqu'au sein de la race spiritualiste d'Abraham , où même le sentiment de la liberté et de la dignité humaine semblait s'éteindre auprès des pots-au-feu des satisfactions sensuelles. Les Hébreux ne voulurent point quitter leur servitude, leurs chaînes, et durent, selon l'expression énergique de la Bible, être pousses hors de Mizraïm û'^^iato» w^^ '^'d.
Cependant l'humanité était déjà avancée j elle avait déjà une histoire , une expérience , une civilisation ; elle avait une organisation civile , politique , militaire , tout un ordre social parfaitement établi; l'agriculture était cultivée avec succès, les sciences avaient des interprètes, les arts étaient arrivés à des progrès incontestables. Et pourtant la barbarie était assise sur le trône , la démoralisation habitait les palais des grands , la dégradation se vautrait dans les demeures du peuple, et des temples étaient élevés à des cultes infâmes et à des croyances monstrueuses. C'est qu'en vérité l'histoire et tous les progrès , et toutes les civilisations , et tous les efforts , et tous les triomphes de l'esprit humain, ne suffisent pas pour sauver le monde et lui donner la lumière et la vie. Il a fallu une révélation divine , directe , qui montrât aux hommes leur chemin, leur enseignât la voie du salut, la loi de la vérité et les conditions du bonheur. Le peuple , comme l'individu, qui cherche ailleurs sa route et sa prospérité , périt dans la misère ou se noie dans la sauvagerie.
Mais, pour faire parvenir cette révélation au genre humain tout entier et la développer dans son sein dans la mesure de son entendement moral et intellectuel, un
homme lie suffisait pas : car on avait vu que la pi^opargande religieuse d* Abraham , d'Isaac et de Jacob laissait à peine quelques traces dans leur propre famille. Cette mission ne pouvait être confiée non plus à une nation attachée à son sol, à ses institutions » à sa puissance matérielle : car elle aurait fait du don céleste le monopole de sa race, un moyen de domination et peut-être de tyrannie contre le monde. N*a-t-on pas vu, en effet, ce que les prêtres égyptiens , ce que les souverains et les p<^ntifes du paganisme ancien et moderne, avaient fait des quelques étincelles de la vérité divine qu'ils pouv€deiit posséder? Un instrument de despotisme social et spirituel sur les âmes et sur les corps ! . . . Pour pontifes 'de l'humanité. Dieu a dû choisir une race d'hommes, qui, tombée par ses fautes en s'enivrant dans la prospérité et en oubliant sa loi, s'est noblement relevée dans les épreuves, les persécutions et le martyre; une race, désormais cosmopolite, qui, n'étant attachée forcément à aucun coin de la terre , ne cherchant pas sa force et sa vie dans des institutions locales et des richesses géographiques périssables, fût de tous les pays, de toutes les générations, de tous les siècles; une race qui se levât tous les jours, comme le soleil, sur le monde spirituel, pour l'éclaifêr et le vivifier, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident , sans jamais se coucher, sans jamais s'arrêter dans sa marche, sans jamais s'éteindre dans les ténèbres qui peuvent l'environner. « Je vous ai établis la lumière des nations afin que mon salut s'étendît aux confins de l'univers. » (Isaïe, XLIX, 6.) Cette race, c'est la famille israélite. L'Éternel seul connaît le jour où elle aura fourni toute sa carrière , parcouru toute sa sphère , rempli sa tâche — inscrite sur le frontispice de la création — d'indiquer à
LA RÉVÉLATION. JMi
lliùmaQUë sa fête, son sabbath» son ère nouvelle» la lumière et la clarté de sa vie û*i3tt5i D'»»'»ii b'^i^iobi rinnî» Tim.
Cependant Israël a dû être préparé à son œuvre » à sa grande et glorieuse mission. Il a dû voir d'abord Tin* justice f la corruption et la barbarie régner dans le pays le plus fameui alors par sa civilisation , sa science , ses mœurs , dans le pays appelé Jardin de V Eternel. Il a dû voir ensuite les lois naturelles, les phénomènes et tes apparitions du monde visible , qui avaient pris dans le respect et le culte des hommes la place du Créateur, s'effacer, se briser et s'anéantir, dans les plaies d'Egypte , par la volonté et le souffle du Très-Haut. Israël a dû enfin entendre Pharaon lui-même s'écrier : « Dieu est justQ, et moi et mon peuple nous sommes des méchants ! » JMaîs ce n'est pas au milieu du malheur, de la nécessité, d'une pression morale ou matérielle quelconque , qu'Israël dut accepter et recevoir la loi divine. Le Seigneur ne s'e§t pas adressé à des pauvres mourant de faim ou rongés par la lèpre , pour obtenir la croyance si facile du malheureux qui se cramponne convulsivement à toutes les branches de salut, métier ou religion. Dieu n'est pas venu consoler et attirer des misérables en leur criant : Heureux les pauvres ! heureux les persécutés ! heureux ceux qpi souffrent ! Non , c'est trois mois après leur sortie de Mizraïm , quand aucune crainte , aucun danger, ne tourmentait plus les Hébreux , quand Pharaon et son armée gisaient au fond de l'abîme , quand Âmalec était vaincu à Rephidim , quand le ciel faisait pleuvoir son pain çt toutes ses grâces divines , quand enfin Israël était libre , indépendant , riche et heureux , que Dieu lui offrit sa loi. ft( Je vous ai conduits à moi en vous portant sur des ailes ^d'aigles », non en vous faisant ramper dans la poussière
et dans Tindigence pour vous obliger à accepter Taumône d'un denier ou d'une parole. Ce ne sont pas de pauvres ilotes dont la misère a paralysé le cœur et affaibli l'esprit que j'ai choisis pour ministres de ma parole, mais des hommes au regard fier et à l'élan sublime de l'aigle , un peuple rayonnant dans sa liberté , dans sa force , dans son indépendance , un peuple osant contempler le soleil sansi pâlir, s'approcher même de moi sans trembler, et pouvant aimer la vérité pour la vérité ellemême.
Par le même motif, sans, doute , aucun miracle n'a été opéré devant le Sinaï. Pouvant être mis au service de l'erreur comme au service de la vérité , les miracles sont un moyen de persuasion pour des intelligences faibles, pour des peuples plongés encore dans l'enfance , dans l'ignorance et les ténèbres. Les miracles exercent sur les âmes une pression despotique , une violence brutale , et ne laissent aucune liberté à la raison et au jugement des hommes. Ils sont surtout mis en œuvre quand on veut imposer une croyance ou une doctrine contre lesquelles notre bon sens , notre conviction intime et le regard de notre esprit se soulèvent et se révoltent. Les miracles, c'est le droit du plus fort dans le domaine spirituel ; c'est la contrainte appliquée dans la jurisprudence des principes et des religions.
Mais Israël ne devait pas être influencé, subjugué, vaincu et aveuglé par des miracles , pour accepter la parole divine ; il devait conserver toute sa libre volonté , toute son indépendance d'action , toute la lucidité de son regard. « Vous avez entendu des paroles, mais vous n'avez vu aucune image » (Deut., IV, 12); vos sens n'ont pas été éblouis, voilés ou anéantis par des apparitions
fantasmagoriques ou des phénomènes ténébreux; vous avez conservé la plénitude de votre entendement et toute votre clairvoyance ; vous n'avez entendu qu'une voix — Vïp -«nbit. Israël devait recevoir une loi qtii ,. lumineuse comme la raison la plus limpide et la plus brillante, juste et bienfaisante comme l'éternelle justice et la céleste charité y pure et sainte comme Dieu, son divin auteur, n'avait pas tesoin de l'appui occulte des prodiges, de ta guérison d'un lépreux ou de la cure orthopédique d'un boiteux , pour se faire comprendre et s'ouvrir les cœurs et les intelligences. « Les commandements de l'Éternel, chante le Psalmiste, sont purs, ils éclairent les yeux; les ordonnances de l'Éternel sont parfaites, elles donnent la sagesse aux insensés » (Ps. XIX) wnî'iai wnnsn vtTi '^. La religion d'Israël ne devait pas rendre fouis les hommes raisonnables, ni frapper leur esprit de cécité. Les miracles n'avaient donc rien à faire devant l'Horeb; leur absence est le témoignage et la gloire de la révélation sinaîque.
Aussi le Très-Haut, rappelant seulement en deux mots, non les prodiges, mais les châtiments infligés aux Égyptiens pour amour des Hébreux (^), leur dit simplement : « Si vous écoutez ma voix , si vous observez mon alliance , vous serez ma propriété entre les nations , car toute la terre m'appartient. » Or, écouter la voix du Dieu d'Israël , c'est pratiquer toutes les vertus et accomplir tous les devoirs , c'est aimer son prochain comme soi-même , faire tout le bien possible autour de soi , à son semblable, à son pays et à son temps; c'est exercer la justice et la charité envers tous les hommes , indiquer
(*) tffusxh ^r^^^ 'nttJK dh^ix'n dnK «Vous avez vu ce que j'ai fait à Mizralm», non ce que jai fait en Mizraim.
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à chacun son chemin et lui montrer les pièges tendus' à sa fortune ou à son honneur; c'est, eb un mot, Tàmotlf; Tabnégation, le sacrifice et la fraternité. Mais obseWW Y alliance du Dieu d'Israël , c'est être non-seulement un hoiftme possédant toutes ces qualités , mais un israëlite sincère, fidèle, dévoué, qui observe les lois particulières de son apostolat dans le monde , le sabbath , les fêtes, la circoncision , les prescriptions sur le mariage , la nourriture , les jeûnes et les abstinences , et qui consacre tfu culte de ses pères , non-seulement un peu de son or, mais une partie de sa vie , une partie de son temps au sein de sa famille réunie pour la prière , et dans les assemblées de ses frères agenouillés au pied des autels du Seigneur ! . . .
« Toute la terre m'appartient. » Dieu trouve partout, dans les contrées les plus sauvages et au milieu des races les moins civilisées , des hommes d'une conduite honorable et d'une moralité austère; il trouve partout des ppuples qui l'adorent en esprit et lui élèvent des tem^ pies. c( En tout lieu l'on offre des sacrifices à mon nom. » Mais il a voulu faire d'Israël sa w propriété entre toutes les nations » , un royaume de pontifes. Alors Israël doit se distinguer non-seulement par une abondance de pureté et de sainteté dans ses mœurs et sa vie sociale, mais par les signes extérieurs et les symboles vivants prescrits par l'Éternel , comme vêtements à ses ministres , pour la manifestation de sa loi et de son alliance parmi les hommes. Celui d'entre nous qui se soustrait à ces devoirs publics du sacerdoce Israélite donne un démenti sacrilège au serment unanime prêté solennellement par nos pères , qui s'écriaient : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons! » Il viole toutes les
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grandes et saintes obligations contractées par<^hacttnc|e^ nous en naissant : a car ce n'est pas seulemei^t.ayee no^ pères que Dieu a conclu cette alliance , maiS' avec nous^ tous qui vivons aujourd'hui.» (Deut., V, 3.)(*) «Voua avez dit aujourd'hui à l'Éternel qu'il soit votre Dieu , lui promettant de marcher dans ses voies et d'observer s^Sî commandements; et l'Éternel vous a assuré aujourd'hui que vous serez son peuple choisi , comme il vous l'a promis. » (Ibid., XXVI, 17-18.)
Le doute, l'incrédulité et le prétendu esprit fort, tout en» niant l'inviolabité des troisième, quatrième et dixième commandements, et peut-être encore de quelques aurtres^ reconnaissent volontiers un caractère divin au Décalogue; mais ils contestent ce caractère aux autres lois mosaïques , qu'ils considèrent comme l'œuvre d'un grand législateur et dictées par les circonstances locales, les nécessités du moment, les mœurs et lés idées du temps , lés besoins et les intérêts civils et politiques du peuple qu'il gouvernait. La voix» de Dieu répond :
a Je viendrai à toi dans une nuée épaisse , afin que le peuple entende quand je te parlerai et croie aussi en toi éternellement. »
Ici encore , ce n'est pas par des miracles que Moïse devait prouver la divinité de sa mission et de ses doctrines , mais par le témoignage irréfragable de tout un peuple qui, réuni au pied du Sinaï, jouissant de toutes ses facultés intellectuelles et n'ayant aucun intérêt à se tromper soi-même ou à tromper ses descendants , a entendu clairement, positivement, par une conception qui nous écbappe, quand Dieu parlait à Moïse. « Vous avez vu que je vous ai parlé du haut du ciel » Dsi "^mm ts^wi ya -o.
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u L*Éternel a parlé face à face avec vous sur la montagne d'au milieu du feu. » (Deut., V, 4.) Moïse était donc le vrai et fidèle mandataire du Très-Haut en apportant à Israël les lois consignées dans les livres saints , ou enseignées verbalement de père en fils et devenues des traditions sacrées et inviolables. Une seule erreur de Moïse dans Texécution de la volonté divineT lui a attiré la mort! Tous les souverains et législateurs couronnés mettent en tête de leurs codes et constitutions, comme l'idole dans le temple idolâtre , leurs droits suprêmes , les privilèges de leur famille, les immunités et les profits de leur puissance et de leur domination. Moïse n'a rien dit et rien stipulé dans son intérêt personnel. « Je ne leur ai pas pris un âne , je n'ai fait de tort à personne » , s'écriet-il au milieu des révoltés. (Nombres, XVI, 15.) Toute la loi mosaïque est un hommage rendu à Dieu, un enseignement à Israël, un bienfait pour l'humanité. Cette loicomnïence par : « Je suis l'Éternel qui t'ai fait sortir d'Egypte », et se termine par ce cantique sublime : « Heureux Israël! qui est, comme toi, peuple aimé de Dieu? » ^i»:d ^ ix-nw*» T^'nttSK. (Deut., XXXIII, 29.) Voilà le testament de Moïse , l'héritage et les trésors qu'il a laissés à sa famille. Il ne demandait pas même au Seigneur de nommer un de ses fils pour son successeur au gouvernement du peuple. Tout ce qu'il a dit, tout ce qu'il a fait, était l'expression de la volonté de Dieu, une loi divine inviolable transmise par son intermédiaire à Israël de tous les siècles et de tous les empires. La révélation sur le Sinaï est le feu sacré immortel descendu du ciel sur l'autel de la vérité, de la sanctification et du salut , — la première lumière qui devait allumer tous le» flambeaux du sanctuaire de Sion, — la pierre fondamen-
taie du temple qui allait s'élever dans le cœur et dans l'esprit d'Israël , et durer éternellement , parce qu'il est construit de la main du Très-Haut !
c L*Éternel dit à Moïse: — Va auprès du peuple, qu'il se purifie « aujourd'hui et demain et lave ses vêtements ;
« Qu*iis soient prêts pour le troisième jour, car le troisième jour « l'Eternel descendra sur la montagne de Sinal sous les yeux de tout « le peuple.
« Entoure le peuple de barrières , et dis-lui : — Gardez-vous de « monter sur la montagne ou d'en toucher une partie : quiconque tou- « chera la montagne mourra.
« Nulle main ne se portera sur lui , mais il sera lapidé ou percé de « traits ; que ce soit un homme ou un animal , il ne vivra point. Quand « le cor du jubilé retentira, ils pourront monter sur la montagne. »
« Et Moïse descendit de la montagne vers le peuple, le sanctifia, et ils lavèrent leurs vêtements.
« Il dit au peuple : — Soyez prêts pour le troisième jour ; n'approchez d'aucune femme.
« Le troisième jour, à l'aube , il y eut sur la montagne des tonnerres, des éclairs et de lourds nuages. La voix de la trompette retentit avec force ; alors tout le peuple trembla dans le camp.
«c Et Moïse fit sortir le peuple pour le conduire vers le Seigneur; ils se placèrent au pied de la montagne.
a Toute la montagne de Sinal était enveloppée de fumée, parce que l'Éternel y était descendu dans le feu ; la fumée s'élevait comme celle d*ane fournaise ; toute la montagne en fut ébranlée.
a La voix de la trompette retentit de plus en plus fortement. Moïse paria, et le Seigneur lui répondit hautement. »
Cette scène est sublime, indicible, au-<lessus de toute conception humaine; elle est grandiose comme la majesté et la gloire de Dieu , et pourtant simple comme la vérité et la raison. Jamais imagination de poète ou de peintre n'a pu tracer un pareil tableau. Le silence du désert, le Sinaï s'élevant comme un autel gigantesque
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vers le ciel, sanctuaire immense et merveilleux, où le. Seigneur, en pontife suprême , célèbre lui-même le pre^mier office divin de la foi Israélite, Tinauguration éâ! notre culte ; où les éclairs et tous les feux célestes illuminent le temple d'une clarté qui éblouit le regard des mortels; où les tonnerres et les trompettes invisibles des anges chantent les cantiques du Très-Haut; où un nuage étoile descend sur le Sinaï comme un splendide rideau devant Tarche sainte du tabernacle ; où la fiimée s'élève de la montagne enflammée comme d'un encensoir incommensurable;... et trois millions d'âmes, saisies de frayeur et d'espérance, émues, tremblantes, touchées par la grâce d'en haut , voyant toutes ces divines grandeurs, frappées de toutes ces prodigieuses. magnificences , qui ne sont qu'un rayon du Tout-PuisflanA., et entendant au milieu de ce concert du ciel et dé la terre la voix qui proclame la vérité, la loi et la justice... Âh! que nous sentons encore aujourd'hui battre notre cœur quand nous pensons à ces merveilles , à ce spectacle lumineux et immortel , dont nos pères furent les heureux témoins!
Moïse lui-même et tous les prophètes qui racontèrent plus tard la révélation sinaïque ne purent qu'en donner une faible idée , tellement la langue humaine est impuissante pour retracer la grande journée du sixsiwan. Moïse dit : <( Gardez-vous et gardez bien votre âme d'oublier les choses que vos yeux ont vues , de les ôter de votre cœur pendant tous les jours de votre vie. Faites-les con»nattre à vos enfants et aux enfants de vos enfants.
« Le jour où vous vous trouvâtes devant l'Éternel, à l'Horeb , lorsque l'Éternel me dit : -r- Réunis le peuple , afin que je lui fasse entendre mes paroles, afin qu'ils ap«
prennent à me vénérer pendant tous les jours qu'ils vivront sur la terre , et l'apprennent aussi à leurs enfants.
«Vous approchâtes du pied de la montagne, et la montagne était en flammes jusqu'au cœur du ciel, au milieu de ténèbres, de nuages et de brouillard.
i( Et l'Éternel vous parla d'au milieu du feu ; vous entendîtes le son des paroles, mais vous ne vttes point d'image ; il n'y eut qu'une voix.
« Il vous annonça son alliance , qu'il vous commanda d'observer, les dix Paroles , et il les écrivit sur deux tables de pierre. » (Deut. IV.)
Avant de mourir. Moïse chanta encore une fois le souvenir de la révélation :
« L'Éternel vint du Sinaï, leur apparut de Séir, rayonna de la montagne de Paran , sortant d'au milieu de myriades d'élus, portant dans sa droite la loi de feu.
<c II aime le peuple , sa main repose sur tous les vertueux; ils sont étendus à tes pieds, reçoivent tes paroles.
<c La loi que Moïse nous a donnée est le patrimoine de la communauté de Jacob.
« C'est ainsi qu'il devint le souverain de Yeschurun , lorsque s'assemblèrent les chefs du peuple avec toutes les tribus d'Israël. » (Ibid.^ XXXIII.)
Déborah chante :
« Éternel , quand tu sortis de Séir, quand tu marchas dans les champs d'Édom, la terre trembla, les cieux s'ouvrirent, les nuages se fondirent en eaux.
<( Les montagnes se fondirent devant l'Éternel ; le Sinaï devant le Seigneur, le Dieu d'Israël. » (Juges, V.)
Le psalmiste répète :
<c Dieu , quand tu marchas devant ton peuplé , quand tes pas foulèrent le désert (Selah)',
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« La terre trembla , les cîeux se fondirent devant le Seigneur, le Sinaï devant le Dieu d'Israël. » (Psaumes, LXVIII.)
u Quand Dieu vint de Teman, le Très-Saint de la montagne de Paran, sa majesté couvrait le ciel, et la terre était remplie de sa gloire.
<c Une lumière , éclatante comme le ciel plongé dans une mer de rayons , était le voile de sa toute-puissance.
« Il s'arrête , la terre oscille ; il regarde , des nations tremblent , des montagnes séculaires se brisent ; les hauteurs éternelles s'abaissent quand tu marches dans ce bas monde. » {Habakuk, III.)
Le Païtan de Schabouoth chante :
« Le troisième jour, à l'aube , apparut le Roi, rayonnant dans sa majesté ; des myriades d'anges chantaient sa gloire, les tonnerres éclataient, les éclairs brillaient et illuminaient l'horizon; une voix forte et douce se fit entendre , la voix de l'ouragan exécuta les ordres du Seigneur, d'épais nuages couvrirent la montagne , les rochers se fendirent et s'affaissèrent , les sons du Schofar retentirent avec force, la foudre éclata et déracina les cèdres, la voix de l'Éternel fit trembler le désert, et dans son temple majestueux tout proclama sa gloire. »
Ce qui nous frappe dans ces divers morceaux , c'est la ressemblance, l'identité des images et des expressions. Il y a chez les écrivains et les poètes une grande diversité de style et de langage , surtout chez ceux de l'Écriture sainte , où il est facile de reconnaître chaque auteur à sa manière particulière d'exprimer ses pensées. Cependant, nous voyons ici, chez Moïse comme chez David , Déborah et Habakuk , chez des poètes vivant et
écrivant à plusieurs siècles de distance, presque les mêmes mots pour rappeler le souvenir de la révélation sinaîque. N'est-ce pas là une preuve évidente qu'il ne s'agit pas ici d'une légende , d'un mythe , que chaque auteur raconte et embellit selon sa fantaisie et la faculté plus ou moins grande , plus ou moins heureuse , de son imagination ; mais d'un fait historique positif, qui a eu pour témoins trois millions d'hommes , et qui ne laisse à l'imagination , à l'invention , aucune place et aucune latitude; d'un fait que les générations se sont transmis dans son intégrité, dans sa rigoureuse exactitude, et sur lequel les inspirations et la licence poétique n'ont pas plus de prise que sur une date, une page d'histoire ou un article de loi?
Tout le peuple a vu , dit l'Écriture, ces voix, ces éclairs, cette montagne enflammée. Le doute n'est plus possible ; il serait aussi absurde et insensé qu'impie et sacrilège.
Des négateurs quand même ont parlé d'éruptions volcaniques pour expliquer les apparitions sur le Sinaï. Cette explication , qui ne pourrait d'ailleurs s'appliquer qu'à une seule partie de ces apparitions , — le feu et la fomée , — est inadmissible , par la raison que , suivant des expériences géologiques faites dans les temps anciens et modernes , le Sinaï ne renferme point d'éléments volcaniques. En outre. Moïse n'aurait pu indiquer à l'avance le jour et l'heure d'une éruption, l'apparition d'un phénomène qui , s'il avait eu des précédents ou s'il s'était renouvelé dans la suite, aurait jeté de profonds et légitimes doutes dans l'esprit du peuple. Or, le peuple, enclin à l'idolâtrie, aurait justifié sa désertion du vrai Dieu en niant le fait de la révélation, en accusant Moïse
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et les prêtres d'avoir arrangé eux-mêmes tout ce qui s'était passé sur le Sinaï, ou inventé tout ce qu'ils en avaient écrit. Des révoltes ont éclaté contre Moïse, des émeutiers hardis et des mécontents nombreux se .sont soulevés contre lui et son autorité ; mais ontr-ils osé dire un mot au sujet de la journée sinaïque , en suspecter ifi véracité , accuser l'homme de Dieu de fraude et de tromperie? Les prophètes 9 qui tonnaient avec tant de foroe contre toutes les superstitions , fussent-elles revêtues de tous les caractères de la sainteté de la divinité » ont ûependant rappelé sans cesse la révélation du Sinaï comme un fait irréfragable , et le dernier des prophètes, Malftchie 9 termine ses exhortations sublimes par cette parole que Dieu lui avait inspirée :
<( Souvenez-vous de l'enseignement de Moïse , mon serviteur, à qui j'ai remis sur THoreb des lois et des or^ donnances pour tout Israël. »
Ces lois, dit un théologien Israélite, si elles n'étaient pas descendues du ciel , n'auraient pu traverser déjà plus de trente siècles, et contribuer si puissamment à la mo*raiisation , au progrès et à l'ennoblissement d'une ^anr de partie de l'humanité.
Trois jours furent assignés à nos pères pour se pi^ parer à la réception de la loi divine. N'est-ce pas là la première base de l'institution du culte , la pensée et l'i-nauguration des cérémonies religieuses? Le Très-Htot semblait dire à nos aïeux : Pour vous approcher de Dieu et recevoir en vous la vérité, il faut, à côté de la purification du cœur et de l'âme par une vie honorable , vei^ tueuse et morale , la sanctification du corps par l'obseï^ vation d'usages pieux et l'accomplissement de devoifs
sacrés ^i sont à la religion ee que la nourriture est à k vie matérielle. Aussi Moïse avait-il élevé au pied de la •sainte montagne un autel et douze pyramides, d'après les douze tribus d'Israël (Exode, XXIY, 4), montrant ainsi, par un symbole admirable, que la loi et la parole de Dieu ont besoin du culte extérieur pour vivre et agir parmi lés hommes ; que le Sinaï ne saurait se passer de la Synagogue; que toutes les tribus d'Israël sont obligées de vivre de la vie spirituelle de la communauté , de s'agenouiller dans le temple, de prendre part à la prière danB l'assemblée des fidèles, et que nul d'entre nous, quelles que soient sa fortune , ses dignités , ses richesses matérielles ou intellectuelles, n'a le droit de se soustraire à ces préparatifs devant la montagne du Seigneur, à ees coutumes sacrées qui constituent la vie religieuse israélite et élèvent nos sentiments vers les hauteurs et les feux de l'Horeb , où le Dieu de nos pères se révèle à ses enfants tous les jours et à tout jamais.
Mais il faut faire des bamères autour du peuple ; il fttut se garder de touchera la montagne sainte, à l'édifice religieux , qui , pour n'être pas la religion et la vérité eltesHaGièmes , en est la protection , la garantie , l'enveloppe nécessaire , indispensable. Nul n'aie droit de leHeher à cette montagne, de violer les barrières qui entourât la loi , sous aucun prétexte et dans aucune cireenstance, que ce soit par orgueil humain, par fierté kiteUeetuelle ou par appétit bestial — xi tnv^ û» mara û» ir^. « Gardez-vous de monter sur la montagne et de toucher à une seule de ses parties » , le peuple comme les piètres et les chefs spirituels — ntoi iid'w î»k wni ty^anarrï 'fi i», — aussi longtemps que vous ne pourrez voir Dieu à^^vers^ies ténèbres, les brouillards et les nuages qui
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enveloppent votre regard...; aussi longtemps que vous vous trouverez dans le désert visité par les serpents, ei>touré d'Amalecs, ravagé par les crimes et les tempêtes.. •; aussi longtemps que le chaos et la désolation régneront sur la terre, ou qu'il n'y aura que des intermittences de civilisation et de sauvagerie , de haine et d'amour, de liberté et d'esclavage, de persécution religieuse et de tolérance... Mais, quand retentira le cor du jubilé f la trompette de la délivrance sociale et spirituelle ; quand sa voix se fera entendre chez toutes les races du genre humain , et se prolongera ^ sans interruption et sans réaction baih ^tt5aa , au milieu de tous les peuples et de tous les empires, alors vous pourrez ouvrir les barrières, monter sur la montagne , voir Dieu et la vérité dans une sainte et universelle fraternité, dans une communauté de foi et de bonheur qui n'aura plus qu'un temple, un culte , une lumière et une espérance ici-bas , une joie , une récompense et une béatitude dans le ciel !
« Le peuple, dit le Kusari (I, 87), après avoir vu tant de miracles, crut bien à la mission de Moïse; cepeBdant il restait dans son esprit le doute qu'il fût possible que Dieu parlât à un homme. Il voulait être convaincu que la loi divine (Thorâ) n'était pas une œuvre humaine qui aurait reçu plus tard l'approbation et l'appui, de Dieu; il lui parut difficile d'attribuer le langage humain à un autre qu'à un être humain. Pour faire disparaître ce doute de son cœur. Dieu lui ordonna de se sanctifier intérieurement et extérieurement , afin de se préparer à entendre les paroles divines. Par cette sanctification, le peuple devait s'élever au degré prophétique et recevoir la voi« de Dieu face à face. Cela fut après
trois jours , après des phénomènes extraordinaires , des tonnerres , des éclairs , des tremblements de terre , pendant que les flammes enveloppèrent le Sinaï quarante jours. Le peuple vit Moïse entrer dans ces flammes, et en sortir ; et il entendit une voix claire proclamer les Dix Commandements , les colonnes et les fondements de la Thorâ. Le peuple ne les recevait pas par l'intermédiaire de quelques élus ou d'un prophète , mais par le Seigneur directement; seulement il n'avait pas, comme Moïse, la force de contempler cet acte sublime. Dès ce jour, il crut que les paroles de Moïse étaient d'origine divine , et non de sa propre inspiration. »
Dieu prononça alors toutes ces paroles , et dit :
« Je suis l'Éternel ton Dieu, qyà Vsi tiré du pays d'Egypte, de la a maison des esclaves.
a Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face.
a Tu ne te feras aucune idole, aucune image de ce qui est au ciel en a haut, ni de ce qui est sur la terre en bas , ni de ce qui est dans les <c eaux sous la terre.
a Tu ne te prosterneras pas devant eux , et tu ne les serviras pas : «c car moi rËtemel ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, rappelant la faute a des pères dans les enfants , dans la troisième et la quatrième génécc ration de ceux qui me haïssent ;
a Mais exerçant la miséricorde à la millième génération envers ceux <K qui m'aiment et observent mes lois.
« Tu ne prononceras pas le nom de l'Étemel ton Dieu en vain : car « rËternel ne laissera pas impuni quiconque profère son nom vainec ment.
« Souviens-toi du jour du sabbath pour le sanctifier.
«c Travaille pendant six jours, et fais tout ton ouvi^ge ;
a Mais le septième jour est un repos consacré à rËtemel ton Dieu ; « tu n*y feras aucune œuvre, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton ser- <K yiteur, ni ta servante , ni ton bétail , ni l'étranger qui réside daiis c tes portes :
« Car l'Étemel a créé en six jours le ciel et la terre , la mer et tout ce
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<c qu'elle renferme , et il s*est reposé le septième jour ; c'est pourquoi « rËternel a béni le jour du sabbath et Ta sanctifié.
« Honore ton père et ta mère , aGn que tes jours se prolongent sur a la terre que TÉtemel ton Dieu te donnera.
« Tu ne tueras pas. — Tu ne commettras pas d'adultère. — Tu ne « voleras pas. — Tu ne déposeras pas contre ton prochain en £biux <c témoin.
<c Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras n pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, m c son bœuf, ni son âne , rien de ce qui lui appartient. »
(Exode, XX, 1-17.) '
Voilà , en quelques lignes , en quelques mots , le fonr dement de l'édifice social , la loi par laquelle l'humanité peut vivre et atteindre la perfection , l'enseignement que toutes les races et toutes les intelligences comprennent, l'arche sainte devant laquelle tous les peuples et tous les temps se prosternent , le flambeau dont aucune civilisation ne peut se passer pour régner et pour grandir, Tâme du monde et la condition de son existence, le temple rayonnant de lumière et d'immortalité qu'aucune barbarie n'a pu renverser entièrement dans la conscience des humains , et qu'aucun progrès n'a rendu inutile dans la vie la plus avancée et la plus élevée des nations... En vérité , s'il fallait une preuve de la divinité du Décalogue, on la trouverait dans cette concision merveilleuse qui dit en quelques mots ce que les plus fameux législateurs ne savent dire sur les milliers de pages de leurs codes laborieux , confus , souvent contradictoires ; on la trouverait dans cette clarté admirable , qui , semblable à la lumière du jour inondant soudainement une chambre obscure , envahit les cœurs , perce les ténèbres et apprend en un instant , aux enfants comme aux esprits les plus cultivés , le droit et la justice , les devoirs envers
Dieu et les obligations envers les hommes » les choses de la terre et les secrets du Ciel.
Je mx^ V Étemel ton Dieu , qui t'ai tiré au pays d*È^ gypte , de la maison des esclaves.
Voilà le lumineux frontispice de notre divin Code , la grande et solennelle proclamation de Tunité de Dieu — •oax — ; de son incorporéité — 'n — l'Eternel qui fat, est et sera à tout jamais , sans être soumis à la dissolution et à la lâort des êtres composés ; de son amour pour les hommes — y^rbv^ — ton Dieûf sans exclusion de personne , sans préférence de qui que ce soit , sans privilège en faveur de quiconque voudrait se dire le vicaire ou le représentant de Dieu ayant pleins pouvoirs sur les hommes, leur âme et leur salut; de sa justice et de sa toutepuissance , qui ont condamné et frappé l'Egypte et délivré Israël de l'oppression ; de son amour de l^iberté qui nous a tirés de Mizraïm , de la maison des esclaves.
Le Dieu de notre foi veut l'égalité et l'indépendance des hommes , et lui seul a le pouvoir de les donner et de les faire triompher sur la terre. Aussi ne dit-il pas à nos ancêtres: Je suis le Dieu qui ai créé l'univers et vous ai donné la vie ; mais « qui vous ai tirés de la servitude » • Le Très-Haut place en tête de tous ses titres à notre gratitade et à notre adoration, celui d'avoir brisé nos feris. Ce n'est pas seulement pour indiquer, par un fait touchant exclusivement Israël , qu'il a daigné nous choisir pour être les missionnaires de sa connaissance et de sa parole ; mais pour montrer que toute la loi divine et humaine , tout l'ordre social , moral et spirituel , et la vé-
rite tout entière , sont basés sur la liberté de rhomme et son libre arbitre de choisir, de juger, de penser et de croire. Israël n'était pas digne de recevoir la révélation avant d'avoir recouvré sa liberté , qui est le fondement , rhonneur et le mérite de toute vraie croyance en Dieu, de tout véritable amour de la vertu , de tout sincère amour des hommes. Le prophète , pour mieux faire comprendre à son peuple le devoir d*affiranchir les esclaves , lui dît : « Voici les paroles du Dieu d'Israël : — J'ai contracté une alliance avec vos pères le jour où je les fis sortir dn pays d'Egypte , de la maison des esclaves , leur disant que chacun , au bout de sept années , renvoie son firère
qui lui a été vendu, et lui donne la liberté Mais tous
avez profané mon nom en reprenant chacun son serviteur et sa servante, et en les forçant d'être vos esclaves. » (Jérémie, XXXIV, 13-16.) La première loi que l'Écriture enregistre après le Déoalogue concerne l'affranchissement des esclaves. Dans nos prières et dans beaucoup de nos act^ religieux , nous rappelons la sortie d'Egypte, non-seulement pour remercier Dieu de ce bienfait immortel , mais aussi et surtout pour nous élever à nos propres yeux en nous montrant combien il serait indigne de nous , enfants de la divine liberté , citoyens des régions de la lumière, de nous prosterner devant les idoles, de plier le front et l'âme au joug des passions mauvaises et du péché, de nous enchaîner aux faux dieux de n'importe quelle espèce , de nous livrer à la servitude de Satan. Et, puisque le Dieu d'Israël seul peut donner la liberté , comme chante le Psalmiste : i^is^ nnr« <c Tu as brisé mes liens » , c'est pourquoi
LA RËYÉLATiON. 69
Tu n'auras point d^ autres dieux devant ma face... Tu neteprostemeras pas devant eux, et tu ne les serviras pas: car moi l'Etemel ton Dieu y je suis un Dieu jaloux y rappelant la faute des pères dans les enfants^ dans la troisième et la quatrième génération deceux qui me haïssent.
Tous les faux dieux , n'étant rien par eux-mêmes, exigent l'humiliation de Thomme , sa dégradation morale , le sacrifice de son esprit, Fimmolatiori de sa raison, pour s'élever eux-mêmes sur la ruine de notre âme. Le Dieu d'Israël est jaloux de l'intelligence , de la dignité et de la liberté spirituelle de ses enfants , les pontifes et les propagateurs de sa loi ; c'est pourquoi ils doivent chasser l'idolâtrie de leur maison , la superstition de leur âme. Il est vùp ix , ce qui veut dire , selon un commentateur célèbre <*^ un Dieu ardent à l'action, un Dieu qui ne cesse d'agir, de réaliser ses volontés , d'exécuter ses arrêts , tandis que les faux dieux sont incapables de rien produire, ou au moins de faire sentir leur action aux âges les plus reculés. Si donc les enfants imitent les fautes de leurs pères n-OK y^ , ils seront punis , malgré l'excuse du mauvais exemple , et les parents peuvent avoir la douleur de voir la punition et le malheur atteindre leurs descendants de la troisième ou de la quatrième génération ; ils seront donc châtiés pour les péchés qu'ils auront montrés et appris à leurs fils. Mais les vertus des pères, leur fidélité à Dieu et à sa loi , leur exemple et leur vie , seront à tout jamais l'honneur et la bénédiction des enfants et la cause
(i) Reggio, Bikare Eatltim y 1845.
de la grâce divine descendant sur eux jusqu'à la millième génération.
Nous avons jusqu'ici la révélation de la connaissance de Dieu , de ses droits à notre fidélité et à notre amour, dé son horreur de toute idolâtrie , de tout culte rendu à de faux dieux, à de fausses croyances, à de fausses images de ,1a vérité , à de fausses idées du salut. Dieu peut donc descendre dans la demeure et Tâme des hommes , entrer dans leur vie où il est connu , adoré, aimé ; il peut présider à leurs actes, intervenir et rayonner dans leur existence sociale. Mais, pour que son sanctuaire ne soit pas profané au milieu de nous , pour que sa vérité et sa lumière, devant lesquelles le monde se prosterne, ne soient pas exposées à servir la cause du mensonge et de la fraude , vient le troisième commandement :
iir
Tu ne prononceras pas le nom de l Éternel ton Dieu en vain: car V Étemel ne laissera pas impuni quiconque pro^ fère son nom vainement.
Invoquer le nom de Dieu , qui est la source de la siivcérité et de la droiture, pour affirmer un mensonge et tromper son prochain , c'est pire que l'idolâtrie, où Dieu est méconnu , ignoré , oublié ; c'est rendre le Très-Haut complice d'un crime , c'est souiller son nom trois fois saint et commettre un sacrilège abominable, c'est un abus et une profanation que toute la miséricorde du Ciel ne saurait pardonner, c'est attirer la haine et le mépris sur la religion au nom de laquelle le parjure a été consommé. Aussi le judaïsme renferme-t-il , à côté des plus sévères prescriptions concernant le serment , des exem-
pies glorieux de fidélité à la parole donnée ou jurée même envers des idolâtres , ou surprise par erreur et par ruse. L'Écriture appelle Taffirmation judiciaire 'n na^Tnttï. serment de Dieu , Dieu qui est le foyer de la vérité et qui voit la fraude et le crime là où aucun œil humain ne peut pénétrer. Malheur à celui qui l'oublie un instant !
Pour que l'homme s'élève vers le Ciel et échappe à toute tentation du mal ; pour que ses pensées comme ses actes soient imprégnés de la pensée de Dieu , empruntent le plus possible de sa pureté et de sa sainteté , le moyen le plus efficace et le plus puissant, c'est le culte. C'est pourquoi
Souviens-toi du jour du sabbath pour le sanctifier.
Enlever aux préoccupations et aux exigences tyranniques de la vie un jour de la semaine et le consacrer à l'Eternel, c'est s'émanciper du matérialisme, s'affranchir des appétits grossiers de la terre , rendre à son cœur toute son élévation, à son âme toute sa lumineuse clarté, se prouver à soi-même que la vie est possible sans les luttes non interrompues de la matière , et que nos instincts profanes , nos passions et notre servitude terrestre doivent cesser à l'heure solennelle de l'émancipation sabbathique. Dieu lui-même daigna nous donner l'exemple du sabbath en se reposant le septième jour de la création , qu'il a béni et sanctifié , comme pour montrer que le but de tout travail est la sanctification de la vie par le repos matériel et l'élévation spirituelle de la pensée vers Dieu et la perfection. Aussi Moïse, dans la répétition de ce commandement (Deutéronome , V, 15), rappelle-t-il la sortie d'Egypte pour indiquer que l'af&anchissement
de Tesclavage , qui était le commencement et la première condition de notre titre à la révélation divine , doit encore aujourd'hui et à tout jamais se répéter les jours de sabbath et de fête , pour nous rendre dignes de nous élever vers Dieu et capables d'accomplir sur la terre toutes les vertus et tous les devoirs. « Le sabbath , ditTÉcriture (Exode, XXXI, 13), est un signe entre moi et vous et vos générations à venir, afin de montrer que c'est moi rÉternel qui vous sanctifie. » L'esclavage du péché et la tyrannie des exigences matérielles ne pourront donc plus souiller votre âme et Tenchaîner dans des fers indignes.
Maintenant que Dieu est reconnu et vénéré parmi les hommes , qu'il a un sanctuaire et un culte au milieu d'eux, et que l'ordre religieux et spirituel est solidement assis dans la vie de l'individu et des nations , le Très-Haut veut fonder l'ordre social , dont la base est la famille , et il dit :
Honore ton père et ta mère , afin que tes jours se prolongent sur la terre que F Étemel ton Dieu te donnera.
Le respect des parents est la condition et la garantie de toutes les vertus sociales. On ne saurait aimer son pays, son souverain, son prochain, on ne saurait respecter aucune loi et aucun devoir, si l'on est assez dénaturé de ne pas aimer ses père et mère , de ne pas respecter ceux dont la vénération et l'amour sont gravés dans la cœur de l'homme , sont un instinct naturel dans tous les êtres créés. Aussi la loi israélite considère comme un danger pour la société entière le fils coupable d'outrages envers ses parents , et elle le condamne à la mort. La loi
israélite met au même rang le respect de Dieu et le respect des parents, et punit comme une horrible idolâtrie sociale la désobéissance d'un enfant rebelle. Du respect filial découlent les plus précieuses et les plus salutaires vertus : le respect des traditions religieuses , la pureté des mœurs , l'honneur de la famille , la sainteté du foyer domestique , l'exemple d'une conduite loyale et honorable , l'amour de l'humanité qui est la grande famille des enfants de Dieu, tous les sentiments de tendresse, de douceur, de sympathie, de délicatesse, de bonté et de miséricorde. Alors les jours du genre humain se prolongent sur la terre , dans la prospérité et les bénédictions , que l'accomplissement de la loi sainte de la famille appelle du Ciel sur la vie de chaque mortel comme la main d'Isaac sur la tête de Jacob.
Après le respect de Dieu et des parents vient le respect de notre prochain , de sa vie , de son bien , de son honneur :
Tu ne tueras 'pas.
Les jours de notre semblable doivent nous être sacrés comme sa fortune, sa réputation, sa place dans la famille et sa position dans la société. Nous ne devons y porter atteinte ni par le glaive , ni par la parole , ni par l'agression ouverte et brutale, ni par la ruse cachée et l'attaque ténébreuse. Celui qui cherche à détruire le bonheur et la prospérité de son prochain, en l'égarant par des conseils perfides , en l'entraînant dans une vie répréhensible ou dans des affaires ruineuses, en propageant contre lui des paroles calomnieuses pour lui faire perdre l'estime et la confiance des hommes, en creusant sous ses pas un
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abîme pour l'y faire tomber, celui-là est un assassin qui mérite la mort.
Mais il est un meurtre dont se rend coupable celui qui porte le désordre et la honte dans la famille, et y détruit à jamais la paix et le bonheur. Aussi Dieu dit-il :
Tu ne commettras pas d* adultère .
Choisi par la divine Providence pour être un peuple pontife dans l'humanité , Israël devait , comme le grand prêtre, porter sur son front le signe de Saint à l'Étemel, sanctifier sa vie par les mœurs pures et austères qui sont l'honneur et la force des nations. Une religieuse chasteté devait régner dans ses pensées comme dans ses demeures, et les rendre dignes les unes et les autres à servir de temple au Très-Haut dont les anges chantent en chœur : Saint, saint, saint est l'Éternel Zébaoth! La désertion du vrai Dieu, l'idolâtrie, l'Écriture la qualifie d'adultère, tellement la religion Israélite abhorre-t-elle l'idée que ce mot exprime. Aussi, c'est à la sainteté de ses mœurs et de son foyer domestique qu'Israël doit en grande par^ tie son existence immortelle , lorsque des peuples puissants et illustres, livrés aux passions fatales des sens, ont disparu de la surface du globe. C'est par son institiition divine du mariage, par les mille actes et devoirs religieux qui remplissent sa vie et éloignent la tentation» que notre race a conservé sa vitalité si vigoureuse , une perfection physique incontestable, des facultés intelle^ tuelles d'une finesse extraordinaire, un pur et noble sefrtiment pour tout ce qui est beau et bien, une supériorité de cœur et d'esprit que rien n'a pu faire décliner. Ce que
toutes les autres religions du monde , toutes les législations des empires et tous les progrès de la civilisation la plus avancée n'ont pu donner à la société , la pureté des mœurs , la foi juive nous Ta donné par deux mots du Décalogue ! . . . tjïcn vb.
Mais, à côté de la sanctification des sens et de la pensée, il faut la pureté des actes. C'est pourquoi
Tu ne déroberas pas.
Non-seulement le vol grossier, avec violence et eflBraction, est un crime honteux qui flétrit la vie de l'homme ; mais aussi chaque tromperie, chaque fraude, chaque dissimulation de la vérité, par lesquelles on cause un dommage quelconque à son prochain , est un vol coupable aux yeux de la religion Israélite. Israël doit au monde l'exemple d'une probité austère, rigoureuse, soit dans ses rapports entre coreligionnaires, soit dans ses relations avec des personnes d'un autre culte. Le bénéfice obtenu par la fraude est une tache ineffaçable sur l'honneur des familles , une semence infernale qui produit infailliblement le malheur des générations. Le vol moral et intellectuel, comme le vol matériel, est devant le Dieu de nos pères un crime infamant qui imprime à l'âme du coupable un stigmate terrible. Par sa loyauté et sa droiture dans les affaires du monde , Israël reçut le nom de Teschurun^ juste, droit, loyal. Puisse-t-il le méritera tout jamais!
Pour assurer à chacun ce qui lui appartient et le pro-
76 r* PARTIE. — LE DOGME.
téger contre la mauvaise foi et la cupidité d*un homme sans Dieu et sans conscience , la parole divine nous dit :
Tu ne déposeras pas contre ton prochain en faux témoin.
Le témoin se rend coupable , selon les circonstances, de meurtre, de vol, etc., lorsqu*il affirme faussement devant la justice d'avoir vu commettre ces crimes par un accusé , ou lorsqu'il aide par son témoignage un homme déloyal à nier une dette ou à se soustraire à une obligation légitime. On se rend également coupable de faux témoignage en calomniant son prochain , en attribuant à ses actes un motif ou un but incompatible avec l'honneur et la délicatesse, en lui contestant des sentiments pieux, honnêtes, désintéressés, en cherchant, dans tout ce qu'il fait ou tout ce qu'il ne fait pas , un moyen de suspecter sa loyauté et de flétrir sa conduite. Tout cela sont de faux témoignages que le tribunal de Dieu saura atteindre et punir.
Pour extirper le péché et le crime parmi les hommes, le Très-Haut dit enfin :
Tu ne convoiteras pas ce qui appartient à ton prochain.
C'est dans la convoitise, dans l'envie, dans la jalousie, que se trouve le siège de tout mal, la source de toutes les fautes, de tous les crimes, de presque tous les malheurs. Pour combattre cette lèpre qui ronge le cœur humain , — la convoitise , — le divin Législateur a fait des biens de Canaan une distribution égale parmi les
tribus, de sorte que personne ne pût s'élever outre mesure par ses richesses et exciter la jalousie de son prochain, et personne ne put, d*un autre côté, s'appauvrir par une aliénation perpétuelle de son patrimoine, et se trouver entrdné à envier, à dérober le bien d'autrui. C'est pourquoi, après la chute du royaume d'Israël, nos docteurs n'ont cessé de recommander la modestie et la réserve dans la fortune, la résignation et le contentement dans la pauvreté. C'est pourquoi, enfin, tout luxe exagéré est proscrit par la religion israélite comme une provocation criminelle à tous les désordres et à tous les péchés. Le dixième commandement seul, s'il était respecté partout, ferait à tout jamais le bonheur de l'humanité.
Voilà, la loi sainte et immortelle descendue du Ciel dans le cœur de nos ancêtres, dépôt inviolable et sacré, pour y fleurir et fructifier, et se propager de ce foyer lumineux de la foi sur tout le genre humain. Voilà le Code divin qui renferme en peu de mots le dogme, le culte, la loi sociale, les devoirs de l'homme envers Dieu, envers la famille, envers le prochain, toutes les règles de la vie, tous les moyens de la. perfection et du salut. Voilà les dix Paroles que le Très-Haut a confiées à l'honneur et à la fidélité d'Israël, et qui sont, après la Genèse du monde matériel, la création du monde spirituel. Aussi le Paîtan de la seconde soirée de Schabouoth met-il en rapport les paroles prononcées à la création de l'univers avec les paroles du Décalogue. Ce rapport aussi remarquable qu'instructif, le voici :
Je mis l'Éternel ton Dieu. Cette première révélation,
78 r* PARTIE. — LE DOGME.
base de toutes les vérités, répandit une lumière éclatante au jour de la promulgation de la loi; elle répond à ces paroles de la Genèse : « Que la lumière soit ! »
Tu fC auras pas d'autres dieuXy répond à la deuxième parole de la création : u Qu'il y ait une séparation entre les eaux d'en bas et les eaux d'en haut ! )> Reconnaissez la différence immense entre les eaux d'un réservoir artificiel et celles d'une source vivante, intarissable, — l'Eternel votre Dieu !
Par la troisième parole du Créateur, les eaux se réunirent dans l'espace qu'il leur avait indiqué, sans en franchir les limites et déisobéir à la volonté du Seigneur. Le troisième commandement aussi défend de prononcer en vain le nom de l'Eternel et renverser les bornes du respect et de la vénération que nous devons à ce nom adoré.
Souviens-toi du sabbathpour le sanctifier. Dieu, par sa quatrième parole, a ordonné à la terre de produire des arbres , des fruits et toutes sortes de plantes ; il a tout fait à sa gloire et établi le paradis, où reposent dans une éternelle béatitude ceux qui ont observé ici-bas la loi du sabbath.
Honore ton père et ta mère, voilà qui répond à la cinquième parole : « Qu'il y ait des lumières dans l'étendue du Ciel. » Les parents sont les flambeaux et la clarté des enfants.
Tu ne tueras pas , loi de vie qui rappelle la sixième parole de la création : « Que les eaux fourmillent d'êtres vivants et que des oiseaux volent sur la surface de la terre vers l'étendue du ciel. )> Ne soyez pas comme les poissons et les monstres, dont les grands dévorent les petits.
Tu ne commettras pas d'adultère^ commandement dont le but est de fonder une noble et pure nation. La septième parole de la Genèse dit, par analogie : « Que la terre produise des êtres animés, le bétail et les animaux sauvages, chacun selon son espèce, w La multiplication dans le règne animal est pure, chaque espèce reste dans sa famille : que chaque homme reste donc aussi dans sa maison, auprès de la compagne que Dieu lui a donnée.
Tu ne déroberas pa^. Par la huitième parole, le Créateur a abandonné aux hommes les plantes et les fruits de la terre pour leur nourriture, pourvu que chacun jouisse de ce qui lui appartient, le produit de son travail et de son industrie, ce que Dieu donne par sa bénédiction et sa grâce, non ce qu'on prend par le vol et par la violence.
Tu ne déposeras pas contre ton prochain en faux témoin. Dieu, par la neuvième parole, a créé l'homme à sa ressemblance; il faut donc respecter dans notre prochain l'image divine, et non l'outrager par la calomnie ou le mensonge.
Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain répond à la dixième parole : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul, je veux lui créer une compagne, w Ne convoitez donc pas la femme d'autrui, et que la chasteté et la pureté du cœur soient la couronne de votre vie !
On a fait un autre rapprochement. Les dix commandements, formant deux rangs sur les tables de pierre, ont donné lieu aux observations que voici :
Le premier commandement était en face du sixième. La connaissance et la crainte.de Dieu impliquent le respect et l'inviolabilité de la vie de l'homme, qui a une
âme divine, une partie de TÉternel. Celui qui reconnaît et craint Dieu ne commettra pas un meurtre , même dans le secret, lorsque nul œil humain n*est témoin du crime.
Le deuxième commandement répond au septième. L'îdolâtrie dans le temple et l'adultère dans la famille sont placés au même degré du mal ; ils viennent de la même source qui empoisonne le cœur : l'inconstance, l'infidélité, le parjure.
Le troisième commandement prévient et arrête le crime indiqué dans le huitième commandement : Celui qui n'ose pas faire un faux serment ne se rendra pas coupable de vol ; il ne s'exposera pas à être forcé d'avouer publiquement sa honte et sa dégradation.
Le quatrième commandement, le sabbath, est untémoi* gnage solennel et véridique à la gloire de Dieu , qui a créé le monde et nous a délivrés de l'esclavage. Le fkux témoin nie le Créateur, qui connaît nos pensées les plus secrètes; et le violateur du septième jour nie la vérité.
Le cinquième commandement, qui était en face du dixième, veut que nous cherchions tout notre bonheur dans notre famille, dans notre amour envers nos parents et notre tendresse envers nos enfants ; nous ne convoiterons donc pas le bien de notre prochain, nous ne chercherons pas en dehors du sanctuaire domestique les jouissances et les satisfactions que tout cœur israélite doit y trouver et y trouve réellement. Le patrimoine et le souvenir de nos parents nous seront plus chers et plus sacrés que toutes les richesses de la terre.
Voilà les voix, les éclairs, les sons de la trompette et la montagne enflammée que nos pères ont vus devant le
Sinaï; voilà les paroles qu'ils ont reçues dans leur âme comme une seconde vie immortelle et divine qui ne connaîtra pas de défaillance 9 comme un jour impérissable et lumineux dont le soleil ne se couchera jamais, dont les splendeurs ne verront pas les ombres de la nuit , dont les célestes harmonies chanteront éternellement dans le temple et dans l'esprit Israélite ! . . .
Et Israël, prosterné au pied de la sainte montagne, s'écria: « Tout ce que l'Eternel a ordonné, nous le ferons!))
Et le Seigneur, au haut du ciel, répondit :
H Puissent-ils avoir toujours ce cœur pour m'aimer et remplir mes commandements ! Qu'ils seraient heureux alors, eux et leurs enfants, à tout jamais! )) fitoi drr»5abn wii aa'»^ pni ••• "^n» mcri wib m ^oaA rrni yr^ ^^tq
82 ir PARTIE. — LE CULTE.