‹ La foi d'Israel;Chapitre 9 sur 30 · LA LOI · texte numérisé non relu

LA LOI

L'authenticité de la loi Israélite, la preuve de son origine divine, se trouvent dans sa valeur intrinsèque, dans sa perfection , sa justice , sa sainteté , dans la satisfaction qu'elle donne à tous les besoins moraux et sociaux de l'humanité , dans sa parfaite conformité avec les plus

20 r* PARTIE. — LE DOGME.

nobles aspirations du cœur et de Tesprit. Elle prouve sa vérité , comme le soleil sa présence , par la chaleur, la lumière et la vie qu'elle répand sur la terre. Dieu a ap-* pelé lui-même sa loi témoignage — nn?. (Exode, XXV, 16.)

On peut ajouter qu'aucune vérité historique , admise sans contestation par le monde entier, n'a en sa faveur des caractères plus évidents de véracité et d'exactitude que la tradition Israélite concernant l'Écriture sainte.

Cependant lorsque nos pères, comme tous les hommes, plongés encore dans la matière, ne pouvaient s'élever par la pensée aux régions lumineuses des vérités éternelles , Dieu leur envoya des prophètes pour leur enseigner sa parole. C'étaient des hommes d'élite, qui, par leur vie d'une sainteté parfaite et leur âme illuminée par la foi , arrivaient à un haut degré de spiritualité où iea ténèbres se dissipent, où le voile tombe, où ils pouvaient approcher de la majesté divine (schechina) et en recevoir l'inspiration, la clarté, le rayonnement. La lumière de Dieu pénétrait et rendait voyante l'âme pure des prophètes comme la lumière des astres pénètre les pierres précieuses et s'y reflète — •^3» b» "tans vw^as amv

Le regard de l'homme ordinaire est trop faible pour supporter cette clarté. Moïse conduisit nos pères devant le Sinaï pour leur montrer la lumière qu'ils auraient pu voir s'ils en avaient eu les facultés comme lui. Alors il appela les soixante-dix anciens , les plus vertueux , les plus purs, les élus du peuple, et « ils virent le Dieu d'Israël. >. (Exode, XXIV, 10.) Puis, il réunit de nouveau soixante-dix anciens, sur lesquels descendit l'esprit prophétique (Nombres, XI, 25) et qui témoignèrent alow

de ce qu'ils avaient vu et entendu. (Kusari, IV, H .) Voilà la mission des prophètes : le témoignage de la vérité divine. Il faut les croire, parce qu'ils sont les envoyés du Très-Haut et les organes de sa parole.

C'est surtout Moïse à qui nous devons une vénération parfaite et une foi entière. Il fut le plus grand des hommes, le plus grand des prophètes avant et après lui. Il était arrivé à un degré de clarté spirituelle que nul mortel ne put jamais atteindre, à la région des anges, où le regard n'est plus troublé par les images de la terre , ni l'entendement par le tumulte des passions et le bruit du monde. Tous les autres prophètes, même au milieu de leurs contemplations divines, ne purent se dégager entièrement de leur nature terrestre , de leurs besoins matériels ; «( ils virent Dieu et mangèrent et burent. » (Exode, XXIV, H .) Moïse resta deux fois quarante jours et quarante nuits sur la montagne sans manger ni boire. Moïse, dit Maïmonide, se distingua des autres prophètes par quatre supériorités :

i* Les autres prophètes n'ont reçu la parole divine qu'indirectement , mais Moïse , par une communication directe, «( bouche à bouche » «a •na^ n» i« ns. 2* Tout autre prophète , pour recevoir l'esprit prophétique , devait se trouver dans un état particulier, quand il dor— mait , quand il était plongé dans le sommeil du corps , où , toutes les sensations physiques le quittant , il était livré à ses seules facultés spirituelles, à un songe, à une extase de l'âme , qui s'appelle vision ; tandis que la parole de Dieu vint à Moïse en plein jour, dans son état naturel , quand il était placé entre les deux chérubins , ainsi qu'il est dit : « Je m'y révélerai à lui et je lui parlerai i> û» ^i -«hwîn. (Exode, XXV, 22.) « S'il est parmi

22 !'• PARTIE. — LE DOGBIË.

VOUS un prophète de l'Éternel , je me révèle à lui dans une vision , et je lui parle dans un songe ; il n'en est pas ainsi de mon serviteur Moïse, etc. » (Nombres, XII, 6-8.) 3" Quand Tesprit prophétique vient sur un autre prophète , que ce soit par une vision ou par un ange , ses forces l'abandonnent , tout son organisme s'altère , une grande épouvante le saisit comme s'il allait mourir, ainsi que dit Daniel après que l'ange Gabriel lui eut parlé : « Nulle force ne restait en moi , les traits de mon visage s'altéraient, je tombais étourdi la face contre terre. » (Daniel, X, 8-9(*).) Moïse n'éprouvait aucun de ces accidents pendant ses visions divines ; l'Éternel lui parla face à face comme un homme parle à son prochain — TTO'n iK «iK •nan*» "ittjîo, sans que celui-ci en ressente une souffrance ou une altération. 4** Tous les autres pro* phètes ne pouvaient recevoir l'esprit prophétique à volonté, quand ils le voulaient, mais par la volonté de Dieu; il leur arriva d'en être privés pendant des jours et des mois ; alors ils priaient Dieu de les éclairer, ou cherchaient par des moyens extraordinaires à attirer sur eux la lumière d'en haut, comme Elisée qui fit venir un joueur d'instrument , dont les sons mélodieux )ui aidèrent à trouver la faculté prophétique. Moïse, à toutes les heures, était voyant; il dit : «( Attendez, et je veux savoir ce que l'Éternel ordonnera de vous. » (Nombres, IX, 8.) « Dis à Aaron, ton frère, qu'il n'entre pas en tout temps au sanctuaire. » (Lévitique, XVI, 2); Aaron,

{*) On peut également citer ce passage de la yision du patriarche : « Le soleil allait se coucher, un sommeil profond tomba sur Abraham , et une grande et sombre terreur s'empara de lui. i» (Genèse, XV, 12.) («•O» •'•ta tt i -aK'i^). Voyez aussi Job, IV, 12-16.

LES TREIZE ARTICLES DE FOI. iS

disent nos docteurs, ne devait pas toujours pénétrer dans le sanctuaire , mais Moïse le pouvait.

Et maintenant que nous croyons au caractère divin des prophètes , à f élévation et à l'autorité spirituelle de Moïse, le plus illustre d'entre eux, nous devons aussi croire que la loi qui se trouve entre nos mains est celle qui lui fut donnée d'en haut , que cette loi ne sera point changée, et que le Seigneur ne nous en donnera jamais d^autre. (Art. 8 et 9.)

Les prophètes étaient les envoyés du ciel; tout ce qu'ils annonçaient à Israël leur était communiqué par une inspiration ou une vision divine ; ils étaient les organes de la vérité inspirée par l'esprit saint ; c'est pourquoi ils s*appelaient hommes de Dieu. Et comme la vérité est une, les paroles des prophètes, puisées à la même source, étaient les mêmes et s'accordaient admirablement dans leur esprit, dans leur but, souventdans leur expression (*). Tout prophète qui tient un autre langage et prêche une autre loi est un faux prophète et mérite la mort , dût-il démontrer ses enseignements ou ses prédictions par des miracles. (Deutéronome, XIII, 2-4; XVIII, 20). Moïse étant le plus grand des prophètes avant et après lui , nul autre ne peut donc venir et prétendre à une supériorité, à une autorité sur lui , modifier ou renverser ce qu'il a enseigné et institué au nom de l'Eternel. Dieu lui-même a posé à cet égard un principe absolu, éternel, en disant à son serviteur :« J'instituerai pour eux un prophète, d'au milieu de leurs frères, comme toiy et je mettrai ma parole dans sa bouche et il leur dira tout ce que je lui ordonne-

(^) La coDformité dé cette expression est surtout frappante en IsaSe II «t Micha IV.

rai; » (Ihidetnf XVIII , 18) comme toi^ qui proclamera la même doctrine et les mêmes commandements qu'Israël possède sous le nom de loi de Moïse. C'est dans ce sens que Moïse exprima le vœu que tout le peuple du Seigneur fût composé de prophètes et que rEtèrnel fît descendre en eux son esprit (Nombres, XI, 29), l'esprit de la loi israélite et sa propagation dans le monde, l'esprit qu'un jour « Dieu répandra sur toute chair, afin que nos fils et nos filles soient voyants et que nos jeunes hommes et nos vieillards aient des visions prophétiques. »

La loi israélite descendue du ciel sur la terre , proclamée sur la montagne sacrée au jour trois fois heureux de la Révélation, gravée par la main de l'Eternel sur les tables de l'Alliance , déposée dans l'arche du sanctuaire et gardée par les célestes chérubins ; cette loi, pour être comprise, respectée et pratiquée par les hommes, avait besoin d'un commentaire, d'une interprétation, afin d'intervenir dans toutes les circonstances de la vie religieuse et sociale. Le blé que le ciel donne aux champs a besoin de préparation pour servir de nourriture à l'humanité. Moïse lui-même, le plus sage et le plus instruit des mortels, a dû plusieurs fois consulter la Divinité pour décider certaines questions ; et, prévoyant ce besoin d'ex-plication et d'interprétation de la loi , il a institué , a au lieu qu'il plairait à l'Eternel de choisir, » un tribunal composé de pontifes , de lévites , de magistrats , pour éclairer les consciences, interpréter et appliquer le Code sacré. (Deutéronome, XVII, 8-13.)

Mais qui sera ce commentateur, cet interprète infail* lible de la loi? Un homme peut se tromper et transgresser )a loi lorsqu'il veut la sauvegarder et la maintenir, ou l'interpréter faussement dans la coupable intention de

la dénaturer et Tabolir peu à peu, pour la remplacer par une législation humaine, par une religion fausse. Dans tous les cas, il y aurait autant d'interprétations différentes, peut-être contradictoires , qu'il y aurait d'interprétateurs. C'est donc encore le Très-Haut lui-même qui a dû interpréter sa loi et révéler cette interprétation à Moïse, qui l'a transmise à ses successeurs, les prophètes, les pontifes, les docteurs de la Synagogue, les hommes de Dieu. L'Ecriture, en parlant de l'institution d*un prophète comme successeur de Moïse , dit : « Vous récouterez. » -jwiattjn i^î)«.(/fctdem, XVIII, 19.) Or, Moïse seul était un prophète législateur, tous les autres prophètes ne semblaient avoir eu pour mission que d'instruire et exhorter le peuple, lui prêcher les bonnes mœurs et annoncer Tavenir. Alors comment ces prophètes seraient-ils comparés à Moïse (*ians) dont l'Ecriture proclame la supériorité sur tous les autres, et comment la désobéissance à leurs prédications purement morales serait -elle punie d*une peine d'une gravité extrême nos» ^^inK •^àa»? (v. 19.) C'est qu*il s'agit ici, en vérité, d'autre chose que de simples exhortations à la morale et à la bonne conduite: îl s*agit de l'interprétation de la loi écrite, de la loi orale ^ que les prophètes avaient reçue de Moïse et du Sinaï et qui les rendait législateurs ^ juges, magistrats, comme leur maître. "^"^ "irra ^ap riKaanni y^i^t^ d'^x'^aîni» tm {Schemoth Rabba). Comme lui, ils étaient dépositaires et exécuteurs d'une révélation divine nécessaire à la connaissance et à l'application de la loi, et possédaient, par la grâce de Dieu, une autorité spirituelle et un pouvoir exécutif. C'est pourquoi nous devons croire (|[ue la loi qui se trouve actuellement entre nos mains , la loi écrite comme la loi orale, talmudique, qui en est la seule vraie

interprétation, « a été révélée à Moïse, notre mattre (quela paix soit sur lui!). »

Moïse recevait directement, par une révélation surnaturelle, la loi de TEternel et la transcrivit exactement» dît Maïmonide, comme un écrivain sous la dictée. Il écrivait non-seulement des lois, mais aussi l'histoire, la chronique des peuples et des rois, les événements depuis la création; c'est pourquoi il s'appelait pp'tna. Il n'y a aucune différence dans la valeur des diverses parties de l'Ecriture ; tout est d'origine divine depuis le premier verset Jusqu'au dernier; tout est d'une gravité extrême , instructif, utile, nécessaire, même les pages et les épisodes les moins importants en apparence ; tout est« loi parfaite de l'Eternel, pure, sainte, véridique » nax mainpi rrnrra rra^^on 'n n-run tem. Quiconque croit à toute l'Ecriture et en nie un seul passage, en prétendant que Moïse en est l'auteur, est un impie dont il est dit : a II outrage la parole de Dieu » ma 'n ysn.

Que la loi Israélite est descendue du ciel — diiawrrparnin, voilà, on l'a dit plus haut, ce qu'elle prouve par sa valeur intrinsèque et par l'incontestable autorité de ses organes, Moïse et ses successeurs ; surtout par nos traditions, dont l'authenticité historique ne laisse aucune place au doute. Il y a cependant encore d'autres témoignages auxquels la raison la plus sceptique doit se soumettre. En effet, la loi israélite ne craint pas l'examen le plus approfondi , le plus sévère ; elle le recommande, elle le provoque, sûre de son triomphe. Nos docteurs ont dit : « L'homme doit toujours s'occuper de l'étude de la loi, même sans l'intention de lui rendre hommage, car il y arrivera certainement » îq rm^h vbm Tnrnîo

Voici quelques preuves invoquées par un écrivain moderne :

1* Les turbulents contemporains de Moïse, qui lui avaient si souvent reproché la sortie de l'Egypte commeson œuvre à lui, n'auraient pas mamqué d'attaquer égale-^ ment la loi et d'en nier l'origine céleste, s'ils n'avaient pas été témoins oculaires de son apparition divine incon-^ testable.

2* La loi mosaïque renferme un certain nombre de prescriptions singulières , incompréhensibles à la raison humaine, et qui se dressent devant notre intelligence comme des lois despotiques absurdes W. Mais ce que les hommes ne peuvent pas comprendre et ce que personne n'a trouvé en dehors des lois mosaïques, nul être humain n'en a pu être certainement l'auteur.

3* L'Écriture, en indiquant les signes des animaux purs (Lévitique, XI; Deutéronome, XIV), divise le règne animal en quatre classes , dont trois ont l'un des signes de la pureté, et la quatrième classe l'autre. Or, comment Moïse pouvait-il savoir qu'il n'y avait sur la vaste surface du globe que ces quatre espèces d'animaux? Ne pouvàit-on découvrir une cinquième espèce ayant les deux signes de pureté ? Mais cette cinquième espèce n'est pas encore trouvée aujourd'hui. Le livre Sifri dit sur ce chapitre du Deutéronome : «Moïse étaitril

{*) La singularité des doctrines mosaïques est relevée avec méconten* lement par ce dignitaire d'Etat de Perse qui a dit : ta ^D» nia*ii!9 bSt^n'^l « Leors lois sont différentes de celles de tout autre peuple » (Esther, III, 8). LVistorien romain Tacite (livre V) dit à son tour : « Moïse leur a donné des lois qui répugnent à tous les autres mortels; chez eux, tout passe pour profane qui chez nous est sacré. »

donc un chasseur ou un maître veneur? Non; maïs il résulte de ceci que la loi est d'origine céleste » W.

4® Elle annonce des récompenses et des châtiments. Comme récompense, elle promet la pluie, la rosée (Deutéronome, XI, 14; Exode, XXIII, 25), un accroissement extraordinaire d'hommes, d'animaux, de plantes (Lévitique , XV, 20-22) ; comme châtiment , leur diminution ou leur manque absolu. Comment Moïse , le plus humble , le plus réservé des mortels , aurait-il eu la hardiesse de rendre des oracles si téméraires? La stérilité de la femme est annoncée pour quelques-uns des mariages prohibés (Lévitique , XX , 20-21) ; la même épreuve par l'eau doit donner la mort ou la vie , même une pos-^ térité , selon que la personne soupçonnée est coupable ou innocente (Nombres, V, 27-28) ; au sujet des trois pèlerinages annuels qui éloignent de la maisen toutes les personnes mâles , il est promis hardiment que pendant cette absence aucun ennemi n'aura Y envie ^arT» «bi de surprendre le pays. (Exode, XXXIV, 24.) Moïse aurait^ il de son propre mouvement oser proclamer toutes ces choses , exposer ainsi sa loi à la risée du monde , et la miner de ses propres mains W ?

(*) On peut ajouter à cette preuve la promesse faite à Noé (Genèse , YIII, 21-22), qu'il n*y aurait plus de renversement des lois physiques d« Tunivers, promesse qui s*est réalisée jusqu'à ce jour. Comment Moïse ou un autre homme aurait-il pu la donner ?

(*) On est frappé de ces paroles de Moïse adressées à Coré et à ses complices: a Par cela vous saurez que TEtemel m'a envoyé, et non ma volonté, pour accomplir toutes ces œuvres : si ces hommes meurent fomme tous les autres hommes, alors Dieu ne m'a pas envoyé; mais s, rËtemel crée un phénomène et que la terre ouvre sa bouche pour les engloutir vivants, alors vq.us saurez que ces hommes ont irrité le Seir gneur. » La prédiction s'est accomplie «lir^e-champ. {Nombres , XVI , 28-33.)

5* Les vicissitudes et les destinées d'Israël sont prédites dans le livre de la loi » comme elles se sont littéralement accomplies dans l'histoire. Aucun pressentiment, aucun regard pénétrant de l'homme n'est en état de voir et de fixer ainsi l'avenir. Aussi le plus sage des mortels, Salomon, au jour solennel d'Israël, à la vue du temple qui allait être inauguré, ce but suprême de la pensée divine, ne pouvait-il s'empêcher de s'écrier devant toute la communauté : a Béni soit le Seigneur qui a donné le repos à son peuple d'Israël, tel qu'il l'a promis; pas une des bonnes promesses qu'il a- faites à Moïse , son serviteur, n'est restée inaccomplie. » (I Rois, VIII, 55-56.)

6* A l'origine divine de la loi peuvent seules être attribuées sa force et sa miraculeuse durée au milieu des malheurs inouïs d'Israël , durant tant de siècles , tandis que des peuples contemporains, ou plus jeunes , ont depuis longtemps disparu de la terre. S'il n'y avait pas là une base divine , comment eût-il été possible que la loi de Moïse , attaquée éternellement , eût pu résister ainsi à toutes les entraves (*) ?

7* Une Révélation qui dure pendant de longs siècles , et entièrement dans l'esprit du mosaïsme, est une preuve remarquable de la source divine de la loi. Ainsi que Moïse l'avait prédit (Deutéronome, XVIII, 18), que Dieu

(^) Un historien célèbre, Louis Holberg, dit à la fin de son ouvrage : «Certes, il est incompréhensible qu'un peuple dispersé, méprisé, persécuté par le fer et le feu , ait pu s'accroître à quelques millions dliommes, et, malgré tous les obstacles, conserver jusqu'à ce jour son antique idiome, ses lois, ses mœurs et ses coutumes. Les causes que Ton cite ordinairement pour l'expliquer suffisent aussi peu que d'autres exemptes historiques; mais on est forcé de dire : C'est le doigt de Dieu ! »-

80 r* PARTIE. — LE DOGME.

suscitera d'Israël des prophètes comme lui , et selon son esprit, Thistoire Ta confirmé (Amos, II, H). Un tel don prophétique est un sûr garant de la divinité de la religion. (Isaïe, XLVI, 10; XLVIII, 3-7.) Quiconque aurait douté des communications faites à Moïse, mort depuis longtemps , aurait appris à croire à la divinité du mosaïsme , par la continuation , pendant longtemps encore après sa mort, de la révélation de Dieu dans Israël. Après la cessation de la prophétie , cette croyance dut trouver un nouvel appui en devenant le fondement des religions postérieures.

8® Moïse aurait sans doute nommé pour son successeur un de ses fils, et non un étranger, Josué, s*il n'avait pas été lié par le législateur céleste. Et s'il les avait trouvés incapables pour une si haute fonction , il aurait pu leur adjoindre Josué, comme son frère Aaron lui avait été donné , à lui-même , pour assistant , lorsqu'il opposait son incapacité à l'accomplissement de sa mission. Dans tous les cas, s'il avait été indépendant, il

aurait hâté le passage du Jourdain pour voir le pays après

lequel il soupirait tant. (Deutéronome , III , 23.)

9* Moïse était embarrassé dans plusieurs questions qu'on lui adressait, et il était obligé d'en chercher la solution chez le législateur suprême. (Lévitique, XXIV, 12; Nombres, IX, 8; XV, 34; XXVII, 5.) S'il avait été lui-même le législateur, il ne se serait pas exposé à la honte de montrer à tous son ignorance.

10* L'extrême modestie de Moïse peut nous servir de preuve certaine qu'il n'aurait pas fait passer pour lois divines des lois qu'il eût élaborées lui-môme , ou em-

LES TREIZE ARTICLES DE iPOI. 31

pruntées.aux Égyptiens. Une telle déloyauté est contraire à tout le caractère de Moïse,

La divinité de la loi israélite gravée dans Tâme croyante et démontrée par des témoignages irrécusables, son immutabilité (article 9) en est une conséquence naturelle, nécessaire. Les œuvres de Dieu sont parfaites et n'ont pas besoin, comme les œuvres humaines, de se modifier par l'expérience, de se changer selon les mœurs , de se transformer selon les temps et les hommes. La création spirituelle du Très-Haut, sa loi religieuse et morale, est aussi immuable, aussi salutaire, pour tous les siècles et toutes les générations, aussi éternelle que sa création physique , la loi organique de Tunivers. L'une et l'autre sont indispensables à la vie de l'humanité.

Mais comme , dans la création physique du monde , il est des peuples peu favorisés qui vivent dans des contrées inhospitalières , sombres , froides , où le soleil est toujours pâle , où le jour est toujours triste , où la terre glacée ne produit aucune fleur ; il y a aussi , dans la création spirituelle, des peuples et des races qui ne jouissent pas encore du climat céleste d'Israël , de sa chaleur et de sa lumière, des fruits divins de son arbre de vie, de son air vivifiant et de ses splendides horizons. Ils resteront dans leurs ténèbres et leurs déserts jusqu'au jour de l'émigration messianique, où a toute chair viendra se prosterner devant l'Éternel. »

L'immutabilité de la loi israélite est indiquée dans C0 commandement positif : <( Vous n'y ajouterez rien et vous n'en retrancherez rien. » (Deutéronome , IV, 2.) Aucun homme , aucune autorité , aucun pouvoilr de la

terre 9 ne peut donc y toucher sans se rendre coupable du crime de lèse-Divinité. Mais Dieu lui-même s'est fait de cette immutabilité une loi inviolable , en disant : « Quant à moi , voici mon alliance avec eux, dit rÉtemel : mon esprit qui est en toi et les paroles que j*ai mises dans ta bouche ne te quitteront pas , ni toi ni tes enfants, ni les enfants de tes enfants, d'ici à toute éternité.»

(Isaîe 9 LIX , 21 .) n Je sais , s'écrie le psalmiste inspiré , que, dès le commencement, tes lois sont instituées pour tous les temps.» (Psaume CXIX, 152.) «Ne dites pas , un autre Moïse pourra venir et nous apporter une autre loi du ciel; je vous ai dit depuis longtemps qu'elle n'était pas au ciel , et qu'il n'en est rien resté au ciel. » •»» naa . d^wi *p n*in)« min xh vt'^y&y lav ^(rmt mma vna»n ^» d^»a Tvmyn 'vi'^nca «i» , ««^ fnroa vb ton» s^nna (Debarim Rabba.Yllï.)

Dieu ne changera pas sa loi qu'il a reôonnue nécessaire au salut d'Israël et des générations de tous les siècles; il la confirmera de nouveau, au jour de la nouvelle alliance y en la gravant dans notre cœur, en la propageant parmi tous lés humains , « lorsque personne n'aura plus besoin de dire à son prochain et à son frère : Reconnaissez l'Éternfsl! puisque tous, les petits et les grands, le connaîtront. » (Jérémîe, XXXI, 31-34.) Jour de sanctification, de conversion et de lumière, où de nouvelles flammes sînaïques éclaireront l'humanité, où le Seigneur nous donnera un cœur nouveau et un esprit nouvjeau , « afin que nous marchions d'après ses lois , et que nous observions ses commandements. » (Ezéchiel, XXXVI, 26-27.) «Ce n'est pas avec vous seuls que je contracte cette alliance et que je confirme ce serment; ce n'est pas seulement avec ceux qui se trouvent aujour-

d'hui devant TÉternel, mais aussi avec ceux qui ne sont point avec nous. » (Deutéronome , XXIX, 13-14.)

L'Éternel a prévu tous les événements , toutes les circonstances , toutes les vicissitudes d'Israël , et pourtant il a ajouté à ses lois l'obligation de daw'ni^b <( pour toutes vos générations, » th^^h <( éternellement. » Les lois dont la pratique est devenue impossible par force majeure, comme celles qui s'appliquent particulièrement à la Terre Sainte, à Jérusalem, au Temple, etc., ces lois sont suspendues, non abolies. Toutes les autres lois sont obligatoires , inviolables , au-dessus de toutes les conditions et de toutes les exigences du monde. «Je ne vois réellement pas , dit un illustre philosophe Israélite , comment ceux qui sont nés dans la maison de Jacob puissent s'affranchir consciencieusement du respect de la loi.» (Mendelssohn, Jérusalem^ II, 127-131.) La loi Israélite , promulguée il y a plus de quarante siècles, est encore aujourd'hui la plus pure, la plus sainte, la

pilus digne de l'humanité, celle qui sert encore aujourd'hui de fondement à la société , de condition et de garantie à la vie morale et spirituelle des hommes. Si elle était ébranlée , abolie , le monde n'aurait plus ni âme , ni esprit , ni force , ni élévation ; la lumière de ses yeux s'éteindrait et son cœur cesserait de battre.

Page 1