DEUXIÈME PARTIE
LE CULIE
IiE OUIaTE
Le mot culte 9 dans le judaïsme , signifie non-seulement l'hommage public qu'on rend à Dieu dans les temples et les assemblées pieuses, la prière, mais toutes les manifestations du sentiment religieux , les pratiques , lea actes , les signes extérieurs et particuliers qui , prescrits par la loi écrite ou traditionnelle, constituent la vie religieuse Israélite. Ces actes, ces signes, sont encore plus: ils sont la garde, la défense et la garantie du dogme et de la vérité sinaïque au milieu de toutes les ténèbres et de toutes les idolâtries. Leur efficacité n'a pas besoin d*étre démontrée. Ils ont sauvé l'Israélite, comme homme, delà corruption du monde , et conservé dans la famille juive toutes les saintes et austères vertus; ils ont maintena dans l'israélite, comme être intelligent et spirituel, la vraie croyance du vrai Dieu. Ces pratiques, ces signes, ont fSût plus dans le judaïsme, privé de toute force matérielle, dispersé et persécuté dans toutes les contrées du globe,
que toutes les armées et toutes les puissances politiques et nationales n*ont pu faire dans d*autres religions.
On a quelquefois prétendu que beaucoup de lois pratiques du judaïsme avaient une cause purement humaine, une raison locale, géographique, surtout une utilité hygiénique, une nécessité transitoire ; et que, dans d*autres temps, d'autres circonstances, d'autres contrées, d'autres conditions sanitaires et sociales, ces lois n'avaient plus de but, c'est-à-dire de raison d'être. Cette argumentation est peu solide et trahit une singulière légèreté dans la recherche de la vérité.
Si les lois données à Israël n'avaient eu en vue que le bien-être personnel , la santé individuelle et publique , pourquoi auraient-elles été promulguées avec tant de solennité, tant d'éclat, au nom de l'Éternel? Pourquoi leur transgression aurait-elle entraîné des châtiments si sévères , des malédictions si terribles retentissant du haut du mont Hébal ? De simples ordonnances et recommandations de médecin accompagnées de menaces de maffidie et de mort eussent été mille fois mieux écoutées que des lois dont le vulgaire ne comprenait pas la cause, dont les penseurs les plus profonds de tous les siècles cherchaient en vain le mot. Justement les hommes les moins civilisés, supportant plus difficilement la soufft^ance physique et l'idée de la mort, se soumettent aux prescriptions médicales avec plus d'abandon et de ferveur. Ils se livrent tellement à quiconque leur parle de leur santé, qu'ils acceptent aveuglément le poison de l'officine d'un charlatan, des élixirs immondes des mains d'une vieille sorcière, et ne reculent devant aucune superstition , devant aucune folie. Moïse, qui jouissait de la confiance absolue de son peuple, aurait-il eu besoin de décréter la peine
sî grave de Koreih (retranchement) , la mort civile ou la mort éternelle, contre quiconque mange du sang, de certaines graisses, de certains animaux, etc.? En disant aux Hébreux que l'usage des ces choses était malsain dans leur climat et compromettait leur vie, cela n'aurait-il pas suffi, surtout cela n'eût-il pas été de son -honneur, de son devoir? Pourquoi faire intervenir la Divinité dans une simple question d'hygiène, et décréter des peines infamantes, temporelles ou spirituelles, pour un fait qui n'aurait rien de criminel, pour l'inobservation d'une ordonnance de médecin?
Et puis, les Hébreux, dans le désert, ne possédaient pas même la plupart des aliments que Moïse leur avait défendus , ils n'avaient que les animaux nécessaires an service du sanctuaire ; mais eux-mêmes manquaient de tout; ils n'avaient ni pain à manger ni eau à boire; les malheureux affamés tombaient avec frénésie sur les cailles apportées par le vent, et en mouraient ; ils voulaient ^etou^ ner aux cBaines de l'esclavage égyptien, rien que ponr apaiser leur faim. Et Moïse aurait eu la cruauté de lenr parler inutilement, au milieu de leur misère, d'une masse d'aliments qu'ils ne possédaient pas , qu'ils ne devaient jamais posséder, puisqu'ils étaient condamnés à monrir dans le désert ! Quelle coupable ironie d'interdire le nectar et l'ambroisie, les festins de la richesse et les jouissances du bonheur, au pauvre qui n'a pas de pain ! Moïse n'aurait-il pas abandonné à ses successeurs, aux hommes de l'art en Canaan, le soin d'apprendre aux Hébreux quelle nourriture et quelles habitudes de vie ils devront adopter dans leur pays pour ne pas compromettre leur santé? Enfin, Moïse était-il médecin, docteur en hygiène? lU consacré dans le Lévitique de longs chapitres à la lèpre
et à diverses maladies qui rendaient impur ; il a pu indiquer les signes extérieurs d*après lesquels le prêtre devait prononcer le pur ou l'impur , mais il n'a pu indiquer un seul remède pour toutes ces maladies ; il avait si peu de connaissance en médecine et en chimie, que c'est Dieu lui-même qui a dû lui faire connaître un certain bois ayant la vertu d'adoucir les eaux de Mara (Exode, XV, 24). Moïse n'était pas plus versé dans l'art de la médecine que dans la science de la jurisprudence pratique , puisque Jéthro , son beau-père , dut lui en apprendre les premières règles , la manière de rendre la justice au peuple (Exode, XVIII, 13-26). Dieu seul, dit l'Écriture, est le médecin de son peuple — ^ks^ 'n ^ix '^a. (Ibid.y XV, 26.) Donc, les lois pratiques du judaïsme ont une cause plus élevée, un but plus divin, cause et but qui s'étendent sur tous les siècles, tous les climats et toutes les générations.
Sans doute ces lois, comme tout ce qui émane de Dieu, ont une utilité matérielle incontestable ; celui qui les observe en éprouve les heureux effets dans sa personne et dans sa prospérité; elles sont, comme disent les rabbins, un fonds immortel dont l'homme a les intérêts dans cette vie déjà an*:>î) no^^p yiptry tn^s^n drrni^s te*!» d^i». Elles sont une branche de cette céleste foi d'Israël qui est un arbre de vie. Mais leur utilité matérielle n'est qu'un faible accessoire, un pâle reflet de leur valeur divine. Si une comparaison était permise ou possible, on pourrait dire qu'il en est presque de même de la loi humaine. En effet, la loi humaine ordonne à chacun de remplir ses engagements envers son prochain, de ne lui causer aucun dommage dans ses biens, dans son commerce, dans son honneur; elle prononce des peines sévères contre certains dé-
règlements de la vie, contre certaines passions et certains vices. Eh bien, Tobservation de ces lois produit les plus heureux résultats dans l'existence de l'observateur lui-même. -Celui qui remplit ses engagements acquiert l'estime et la considération du monde ; il s'attire la confiance générale , et augmente le crédit de sa maison, c'est-à-'dire sa fortune. Un dicton populaire dit : Celui qui paye ses dettes s'enrichit. L'observation des lois morales inscrites dans le Code pénal maintient dans la vie de chacun ce calme, cet ordre, cette dignité, qui sont la source et la garantie du bonheur domestique, la condition et la sauvegarde de l'honneur des familles; ces lois contribuent également à la santé physique et morale de celui qui les observe. Cependant ont-elles été faites dans des intérêts individuels , pour augmenter le crédit et la richesse de l'un , pour entretenir la santé et le bien-être de l'autre? Nullement. Elles ont en vue un but plus élevé, la société et son organisation, le sUut des États et leur avenir, le respect et le triomphe de la justice parmi les hommes, le maintien de l'humanité dans la voie du droit, du bien et du juste, et sa protection contre le mal et le crime. Le législateur humain permet plutôt à l'homme de se suicider que de dérober une obole à son prochain. Il en est de même de la loi divine israélite : elle produit dans la vie de chacun des effets matériels admirables, assure sa quiétude et sa prospérité sur la terre ; mais sa cause et son but ne sont pas de ce monde, ne sont pas dans l'individu et dans le temps, mais dans la société spirituelle tout entière et dans l'éternité.
Maîmonide, qui cherchait les motifs et Tutilité des lois
pratiques du mosaïsme , recherche qui semblerait avoir pour résultat la modification ou Tabolition des lois dont . les motifs cesseraient d*exister, ou l'utilité de se produire, a été cependant amené à dire {MorehNebouchim^ III, 34) : « Il faut que tu saches aussi que la loi (Thorâ) n'a pas égard aux choses qui arrivent rarement et exceptionnellement, mais aux choses fréquentes dont il résulte une connaissance, une vertu, une action utile. Elle n'a pas égard au dommage que peut en éprouver l'homme isolé. La loi est une œuvre de Dieu, et par la contemplation de la nature tu reconnaîtras que ses forces se montrent également salutaires et utiles pour la généralité, tandis qu'elles sont parfois nuisibles à l'individu. D'après ce point de vue , tu comprendras aussi que le but de la loi ne s'accomplisse pas dans chacun , et qu'il se trouve nécessairement des hommes qui ne jouissent pas entièrement des effets bienfaisants qu'elle a en vue. Tout individu n'obtient pas non plus tout ce qui lui appartient par la nature de son espèce. Toutes les deux, — loi et nature , — émanent d'un même Dieu , sont une même création produite par une seule Providence.... Par cette pensée on reconnaît aussi l'impossibilité que les commandements fussent réglés d'après la position changeante des hommes et la différence des temps , comme un remède calculé sur le tempérament physique de chaque individu en particulier. Mais la loi est générale et doit trouver son accomplissement dans le tout, qu'elle soit utile ou non à certaines personnes : car, par la considération individuelle, elle perdrait son principe et il en résulterait un dommage pour l'ensemble. C'est pourquoi les prescriptions de la loi qui ont un but direct ne pou- Taient être liées ni au temps ni au lieu, mais devaient
être générales, obligatoires pour tous et pour chacun, ainsi que le Très-Haut a dit : — L'assemblée aura une seule et même loi — Mb nn» trpn bnpn. (Nombres, XV,
Les considérations hygiéniques, locales, climatériques, le caractère temporaire et accidentel, une fois écartés des fondements du judaïsme pratique, on y découvre quatre pensées fondamentales, qui sont : l"" l'adoration de Dieu, â"" la sanctification de l'homme, S"" la charité et l'humanité, 4* la préservation de l'idolâtrie.
La forme de l'adoration de Dieu, qui était si splendide sur la terre bénie de nos aïeux , dans l'immortel sanctuaire de Jérusalem, a conservé en Israël une dignité, une simplicité touchante pleine de grandeur qu'on ne trouve peut-être dans aucun autre culte. Dans nos synagogues, aucune image, aucune statue, aucune œuvre humaine, ne détourne du Créateur la pensée et la prière du fidèle pour les porter sur la créature ; aucun pontife, s'entourant d'une auréole divine, ne vient se placer entre le cœur du croyant et l'amour du Très-Haut, comme un portier du ciel qui peut à son gré accorder ou refuser l'entrée aux soupirs et aux larmes de l'humanité. Dans nos synagogues , il n'y a d'autre Dieu que Dieu.
Nos invocations à la Divinité sont d'une convenance, d'une élévation remarquables ; elles contiennent fort peu de prières proprement dites , c'est-à-dire des demandes et des sollicitations pour des biens matériels. L'Israélite demande à Dieu d'éloigner de lui la tentation, l'attrait et l'occasion du péché, de sanctifier son cœur et d'éclairer son esprit, pour comprendre et pour pratiquer, faire comprendre et faire pratiquer à d'autres la loi divine et
la vérité — n» o'ipbi inicj^ii *n»»î> nabbi nabi 5a»î» b^sttîîibi i^anî) ■pnin*rraî>n 'liante. Ses heures de recueillement sont principalement consacrées à la glorification et à l'exaltation du Très-Haut, au souvenir de ses bienfaits, de son amour, de sa tendresse infinie pour Israël , surtout au récit et à la méditation de la délivrance miraculeuse de Tesclavage égyptien, ce qui remplit notre cœur d'une vive gratitude , d'une adoration ardente pour le Protecteur d'Israël, et aussi d'une profonde humilité en rappelant les malheurs de nos pères , notre origine , une servitude barbare et humiliante. L'israélite, en élevant son âme vers le ciel , dépose de dignes sacrifices sur l'autel du Très-Haut.
Mais son culte ne cesse pas avec l'office divin dans le temple. De saintes et touchantes pratiques attendent l'israélite à toutes les heures de la journée , dans toutes les circonstances de la vie, faisant de toute son existence un service et une pensée consacrés à l'Éternel. Même la satisfaction de ses besoins et ses jouissances sensuelles deviennent, par les cérémonies et les méditations qui les accompagnent, des actes religieux, une adoration de Dieu. Par ces cérémonies et ces actes, par ces symboles et par ces pensées, la profanation ne peut entrer dans nos demeures, ni la souillure et la dégradation dans notre esprit, ni le mal et le péché dans nos œuvres.
Un penseur profond, qui n'appartient pas au judaïsme, a dit cette grande vérité :
« Certes, le meilleur moyen d'exprimer l'amour et la reconnaissance que Dieu nous inspire est de pratiquer le devoir ; mais on peut avoir plusieurs raisons de se bien conduire i et lors même qu'entre autres motifs on se propose d'honorer Dieu par sa conduite, il est nécessaire
qu'on en avertisse les autres hommes par des signes extérieurs qui ne leur permettent pas de s'y méprendre. Regardons-nous dans le monde comme un enfant dans la maison de son père. Témoignons d'abord notre respect et notre reconnaissance par une conduite exemplaire, par une soumission sans réserve; mais ne nous croyons pas quittes de tous nos devoirs si nous ne saisissons, si nous ne cherchons toutes les occasions d'exprimer nos sentiments par notre attitude et par nos paroles <*). »
Cette attitude et ces paroles, c'est le culte, l'adoration de Dieu par la prière, les cérémonies et les saintes pratiques instituées comme symboles et comme manifestation de notre foi. La première parole que le Créateur a adressée à Adam n'était pas un enseignement théorique et spéculatif, mais un commandement pratique. Pour faire d'Abraham un parfait croyant , digne de l'alliance divine, le Très-Haut ne lui a pas fait des discours théologîques, un cours de morale et de philosophie religieuse, mais lui a prescrit une œuvre, la circoncision. Pour fidre d'Israël un peuple élu, l'apôtre de la vérité sur la terre, Dieu a commencé par lui ordonner une cérémonie , la réunion en communauté autour de l'agneau pascal.
La deuxième pensée des lois pratiques du judaïsme est la sanctification de l'homme.
<( Soyez saints, car je suis saint, moi, l'Éternel, votre Dieu. » (Lévétique, XIX, 2.) Mais cette sanctification, qui est la dignité, l'honneur et la supériorité de l'homme, la condition de son élévation spirituelle et de sa ressemblance avec l'image divine , est difficile , sinon impos-
(*) Jules Simon, La Religion naturelle^ p. 319.
sible, 6n présence des entraînements, des passions et des éblouîssements de la vie. Les natures d'élite dont le cœur reste hermétiquement fermé à la tentation, au désir du mal, sont bien rares ; et le détachement anachorétique des satisfactions matérielles de l'existence , la fuite du monde et la compression violente des sens qui rend le corps humain semblable à ces idoles d'argile qui ont des yeux et ne voient point, des oreilles et n'entendent point, exilent l'homme de la société, altèrent sa nature, le rendent inutile à ses semblables, un fardeau pour luimême, une espèce de bête sauvage pour tous. L'assouvissement de tous les appétits sensuels produit des effets encore plus désastreux : il abrutit l'homme , le dégrade profondément, arrête l'essor de son âme, étouffe les plus nobles battements de son cœur, et éteint en lui l'étincelle divine.
La religion israélite a voulu donner à ses enfants , à côté d'une liberté morale entière , les moyens d'en faire le meilleur usage, le moyen de posséder la vie et ses jouissances, sans perdre leur âme ni compromettre leur grandeur parmi les êtres de la création , leurs destinées fiitures dans les régions du Très-Haut. « Le Très-Saint (béni soit-il ! ) , voulant assurer le salut d'Israël , lui a donné des lois et des commandements en grand nombre. » (Makothy 23 b.) Par ces commandements, l'israélite est continuellement, dans toutes ses actions, dans toutes ses jouissances , rappelé à son devoir^ à sa dignité , à sa position dans cette échelle de la création qui le conduit de la terre aux portes du ciel. Devant à chaque instant réciter une prière, une action de grâce, accomplir un acte religieux, comment pourrait-il s'oublier, s'abandonner an vice, souiller ses lèvres, profaner son cœur, où le nom
et la pensée de Dieu se placent sans cesse? Il ne peut pas s*oublier à table , s'abandonner à l'orgie , à une ivresse dégradante, car il sait qu'après le repas il doit élever la voix pour chanter un cantique au Dispensateur de tout bien. Il ne peut pas passer la nuit dans de folles et impures dissipations du corps et de l'esprit, car il doit, au soleil levant, réciter le divin Schéma et attacher à son bras et à son front les augustes symboles des Tephiln lin. Il ne peut pas se livrer à des prodigalités ruineuses, à la passion du jeii, du luxe immodéré ou des dépenses plus funestes encore , car il doit consacrer son superflu au soulagement de son frère malheureux , non pour accomplir un acte de charité généreuse et volontaire, mais pour obéir à une loi positive qui lui ordonne de venir en aide à son prochain. Il ne peut pas faire de mal, même dans le secret intérieur de sa maison, car cette maison, où il voit en entrant la divine mesousah attachée à la porte, est un sanctuaire inviolable où tout lui annonce la présence de l'Éternel. « L'Éternel marche dans ton camp; qu'il soit donc saint. » (Deut., XXXIII, 15.) Il ne peut pas se livrer à des lectures pernicieuses, car il doit employer ses loisirs à l'étude de la loi , étude qui est, non une simple recommandation , mais une prescription formelle, positive. Il ne peut pas non plus dépenser ses sabbaths et ses fêtes en promenades à cheval et en voitures, en danses et en débauches de toute sorte, car il doit les passer dans ia maison du Seigneur, dans la mé«' ditation et la prière, et au sein de sa famille réunie pour célébrer de touchantes cérémonies religieuses. Enfin sa vie entière doit être régulière, honnête, vertueuse. « J'ai lavé mes pieds, comment puis-je les souiller? » (Cantique, V, 3.) Le cœur et l'esprit de l'Israélite étant puri-
fiés, sanctifiés, ennoblis par tant de saintes et augustes pratiques, comment pourrait-il les profaner en y arrachant le blanc rideau de l'innocence, Tautel du feu sacré, le chandelier de la céleste lumière, les chérubins de la vertu et de la sainteté? « Que vos vêtements soient purs en tout temps, et que l'huile ne manque jamais à votre tète! » (Ecclésiaste, IX, 8.)
Mais n'y a-t-il pas d'autres moyens de sanctification? Et ne peut-on pas modifier, changer ces antiques pratiqués du judaïsme qui semblent si étranges et sont si gênantes au milieu de la société moderne? Pour soutenir une pareille thèse , il faudrait nier l'immutabilité de la loi et la nécessité de conserver au judaïsme, dispersé sur la terre, l'unité de la foi par l'unité du symbole; ei où est l'autorité qui pourrait décréter une nouvelle forme de notre vie religieuse, un nouveau symbole reconnu et adopté dans tout Israël? Mais ce que personne n'oserait nier , c'est la preuve de l'expérience , l'efficacité de nos observances pratiques et leur merveilleuse influence sur la moralisation de la famille israélite , famille où toutes les grandes et saintes vertus humaines se trouvent réunies, — nos ennemis eux-mêmes l'avouent, — malgré les persécutions et l'opprobre social dont elle était victime pendant dix-huit siècles , dont elle l'est encore en partie , et qui engendrent partout ailleurs la plus hideuse dégradation physique, morale et intellectuelle. Qu'on voie les mœurs d'une vraie famille juive, la conduite des parents et des enfants, leur fidélité inébranlable, leur amour filial, leur sobriété, leur éloignement de tout ce qui fait rougir l'innocence et blesse le regard ou le sentiment , leur délicatesse et leur quiétude même dans l'infortune, et qu'on ose encore mettre en doute la divinité et la nécessité
absolue du commandement pratique israélite pour le progrès moral » Thonneur et la sanctification de notre vie!
La charité et l'humanité sont le but d'un grand nombre de nos commandements. On connatt les nombreuses lois mosaïques relatives à l'abandon aux pauvres d'une partie des fi['uits et des moissons, à la restitution de leurs vêtements mis en gage, au payement immédiat du salaire de l'ouvrier, aux égards, à la protection et au soutien dus à l'étranger, à la veuve et à l'orphelin, etc. Il nous est ordonné de mettre les pauvres à même de célébrer avec bonheur les jours du Seigneur. « Tu te réjouiras devant l'Éternel ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante , et le lévite habitant tes portes , l'étranger, l'orphelin et la veuve vivant auprès de toi ; tu te rappelleras que tu as été esclave en Egypte : c'est pourquoi ta accompliras toutes ces prescriptions. » (Deut., XVI, 11,12-14.)
Nous devons appeler les pauvres , non pas dans nos antichambres pour leur faire remettre par les domestiques une aumône, mais à notre table pour célébrer avec nous la Pâque et toutes les fêtes du Très-Haut ; ils doivent être les égaux du riche dans le temple et les assemblées du Seigneur; la dixième partie de notre fortune leur revient de droit. « Les commandements relatifs aux offrandes à fai/e au temple , aux prêtres , etc., ont pour but d'exciter le sentiment de bienfaisance, d'habituer l'homme à la vertu de la libéralité , à la pensée que sa fortune appartient à Dieu et à l'humanité , à combattre l'avarice et la cupidité, qui sont la ruine de la société humaine.» {Moreh Neiouehimy III, 39.) On peut dire que
partout OjÙL le Dieu d'Israël demande un acte en son honneur, il y a aussi une pensée de bienfaisance et une œuvre d'humanité. Il n'y a point de culte en Israël sans charité.
La préservation de l'idolâtrie est la quatrième cause de beaucoup de nos pratiques religieuses. D'illustres docteurs de la Synagogue ont attribué aux sacrifices la pensée de détourner nos pères des autels des faux cultes, et de consacrer en l'honneur du vrai Dieu une coutume
profondément enracinée dans la vie et la croyance des
peuples. La défense de la magie, de la sorcellerie, de l'usage de certains fruits et de certains vêtements , la défense des mariages et des alliances avec certaines races , la prescription : « Ne marchez pas selon les lois des peuples » (Lév., XX, 23), etc., avaient pour but d'éloigner les Israélites des pratiques idolâtres. Le vin, les festins, les orgies de tant de nations, ont été sévèrement prohibés , non-seulement à cause de leur immoralité , mais parce qu'ils pouvaient amener à l'oubli de Dieu et à l'idolâtrie. On peut admettre qu'une foule de pratiques ont été introduites dans nos maisons pour consacrer à la vérité et à la lumière ce qui ailleurs a été fait pour honorer l'erreur, les ténèbres et toutes les superstitions grossières. Soyons convaincus que chaque cérémonie du judaïsme, chaque usage traditionnel, chaque tableau saint et chaque prière attachés aux murs de la maison Israélite sont des préservatifs contre des cérémonies et des usages analogues dans le monde idolâtre.
Sans doute l'idolâtrie , surtout la hideuse et grossière idolâtrie, a disparu d'une grande partie de la terre; mais elle existe encore sur une notable autre partie. Les
commandements pratiques destinés à la combattre doivent donc être maintenus : car on ne pourrait les modifier ou les abolir qu'au fur et à mesure de la disparition de l'idolâtrie d'au milieu de la société. Or, chacun de nous pourrait-il avoir le droit , a-t-il surtout le jugement nécessaire pour décider du plus ou moins d'idolâtrie existant autour de lui , et du degré des progrès faits par nos voisins vers la vérité Israélite ? Dans tous les cas , comme ce plus ou moins d'idolâtrie et ces progrès du bien varient dans chaque pays , dans chaque ville , souvent dans chaque famille et dans chaque homme, ne faudrait-, il pas observer ou abolir autant de commandements pratiques devenus nécessaires ou inutiles d'une famille à l'autre, d'une maison à l'autre, d'un jour à l'autre? Ne faudrait-il pas un code religieux particulier pour chaque israélite habitant un tel pays , un tel endroit , une telle partie d'une ville et ayant un tel homme pour voisin ? Quand la connaissance du vrai Dieu couvrira la terre entière comme les eaux couvrent l'Océan , alors seulement les lois contre l'idolâtrie n'auront plus de raison d'être.
Les commandements pratiques du judaïsme, loind'étre un produit du temps , des circonstances , de nécessités locales ou d'événements historiques , remontent aux âges primitifs de la création. On en trouve des traces nombreuses , évidentes , chez les patriarches et dans les premières pages de l'Histoire sainte , bien avant la révélation sinaïque, et c'est pour cela que Dieu dit d'Abraham : « Il a gardé mes observances , mes lois, mes prescriptions et mes enseignements. » (Genèse, XXVI, S.) W
Les fêtes semblent déjà être indiquées dans ce passage
(I) l'ib^ittjan ^yr^ lina^^ •u'inK tan^iax d'^'p •»»» ni »ffin*»Ki an nm
{I orna, 28 b].
de la Genèse : « Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel pour faire distinguer le jour de la nuit ; qu'ils servent de signes pour marquer les époques , les solennités (o'^^ittii), — les jours et les années. » (Ibid. , I, 14.) On sait , en effet , que les fêtes israélites sont fixées d'après la nouvelle lune , ce que Raschi dit : r^Ti^n û» te nxbn ^itoi û'^axa ûïii ni^5%h i» nYiasiii ixito*» d^^^'^ns?©. Aussi le Psalmiste chante : « Il a créé la lune pour marquer les fêtes » — û'^^ïtob ny^ htt55. (Psaumes, CIV, 19.)
Le sabbath est indiqué , on pourrait dire institué, dans le passage qui parle du repos du Seigneur après la création , et de la sanctification du septième jour. (Genèse, II, 1-3.) Il est commandé aux Hébreux à l'occasion de la récolte quotidienne de la manne. (Exode, XVI , 5 , 23-30.)
Le mariage est institué par ces paroles de la Genèse : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère , s'attachera à sa femme, et ils deviendront un seul être.» (Genèse, II, 24.) Les alliances prohibées se montrent dans la solennelle adjuration d'Abraham à son serviteur, de ne point faire épouser à son fils une femme étrangère (ib.9 XXIV). Les lois de chasteté et de fidélité conjugale et le devoir du beau-frère (tïor) se révèlent dans l'histoire de Sara et de Rébecca, dans le drame de Sichem, dans la mort subite d'Onan et dans cette exclamation de Joseph : « Comment pourrai-je faire ce grand mal et pécher contre Dieu! » (Ibid. y XXXIX, 9.)
Des sacrifices ont été offerts à Dieu par Abel , Caïn , Noé, par tous les patriarches et par Jéthro. (Exode, XVIII, 12.) (*) Moïse annonçait déjà à Pharaon le culte des sa-
(*) Isaac allant à Morïa dit à son père : a Voici le feu et le bois, mais où est donc Tagneau pour Tholocausie ? » (Genèse , XXII, 7.) Cela prouve bien que les sacrifices étaient une forme de culte habituelle chez les
palriarches.
98 ir PARTIE. LE CULTE.
crifices. (Ibid.^ X, 25-26.) La distinction des animaux purs et impurs se trouve déjà établie chez Noé. (Genèse, VII, 2-8.) Joseph n'a pas fait manger ses frères à la même table que les Égyptiens (7^/d., XLIII, 32); et, d'après la tradition , ses frères observèrent les prescriptions sur la Schechita — d^^tï n^5t) lan^'^i. (Ibid.f XXXVII, 31 .) L'usage du sang a déjà été défendu à Noé. {Ibid., IX, 4.)W Depuis Jacob (iéid., XXXII, 32), une partie de l'animal (îiattsn ^a) est défendue aux enfants d'Israël. L'arbre du bien et du mal interdit à Adam est le grand symbole des abstinences et des aliments prohibés.
La circoncision a été ordonnée à Abraham. LaPàque et ses cérémonies , le pain azyme et la consécration des premiers-nés, sont l'objet de deux longs chapitres de l'Exode. Les Tephillin y sont également indiqués dans deux versets. (Exode, XIII, 9, 16.)
La loi Israélite sur l'hospitalité (d'^n^i'i» nwsn) est accomplie par Abraham et Loth envers les anges. (Genèse, XVIII, 1-7; XIX, 1-8.) L'astucieux et cupide Laban lui-même dit à Jacob fugitif et pauvre : « En vérité, tu es mon os et ma chair! )> (Ibid.^ XXIX, 14.) Les usages sur le deuil sont tracés à la mort de Sara (/Wd., XXXIII, 1-19), d'Abraham et d'Isaac; Jacob et Joseph ne voulaient être enterrés qu'en terre sainte. Jacob, croyant son fils mort, déchire ses vêtements, s'eoveloppe d'un cilice, et le pleure longtemps. (Ibid.i XXXVII, 34'.) (2)
(*) D'après Rascbi à ce passage de la Genèse.
{*) Jacob, dit Rascbi, prépara un plat de lentilles (Genèse, XXV, 29), parce que c'est un mets de deuil, et quen ce jour Abraham était mort. Loth offrit des masoth aux étrangers, car c'était, dit la tradition, la fête de Pâque.
LE CULTK. 99
Abraham donne à Màlki-Zedek la dîme de ce qu'il avait conquis par son épée (Ibid.^ XIV, 20), et Jacob promet également au Seigneur la dîme de tout ce qu'il pourra acquérir. (Ibid. , XXVIII, 22.) Le culte divin par la prière est pratiqué parles patriarches, qui construisent au Très- Haut des autels partout où ils s'arrêtent. Abraham prie pour Sodome et pour Ébimelech. (Ibid.^ X, 17.) Le patriarche, dît Maïmonide, faisant sa dévotion sur la montagne de Morïa, s'est tourné vers le sanctuaire futur — «^psa y^ n'i'niTah ^na a^ï^i &<"« tx:t{Morehy 111,45); usage que la tradition a conservé dans notre culte. Eliézer invoque l'assistance de Dieu pour la réussite de sa mission enMésopotamie. (Genèse, XXIV, 12.) Isaac prie Dieu pour obtenir une postérité et appelle sur ses fils la bénédiction du ciel. Jacob implore le secours divin en partant de son pays et en y revenant {Ibid. , XXVIII , 20 ; XXXII, iO, 13); il bénit Pharaon, et, à l'heure de sa mort, il répand sur la tête de ses fils des bénédictions suprêmes. {Ibid. y XL VII, 10.) Le cantique chanté sur la mer Rouge est sublime ("*).
Les fils de Jacob , en voulant rendre l'argent trouvé dans les sacs de blé achetés en Egypte, montraient qu'ils pratiquaient la loi israélite d'après laquelle il est défendu de profiter de l'erreur d'un païen même. {Ibid.^ XLIII, 22.) Jacob flétrit en Siméon et Lévi la colère et la violence. {Ibid. y XLIX, 5-7.) Joseph donne un glorieux et
(*] Pharaon, résistant aux sollicitations de Moïse, dit : «Non, que les hommes seuls aillent servir TËternel, car c'est cela que vous demandez. » (Exode, X, 11.) Il semble résulter de ce passage que déjà en Egypte, et malgré le plus dur esclavage, nos pères avaient des réunions de prières où, comme dans nos temples d'aujourd'hui, les hommes ont plus de dç- ▼oirs îï remplir que les femmes et les enfants.
IfH) ir PARTIE. LE CULTE.
immortel exemple du pardon des offenses et de Toubli du mal, qui sont un commandement en Israël. Moïse apostrophe sévèrement un Hébreu qui violait la frater^ nilé israéiite. (Exode, II, 13.)
Il est inutile de pousser plus loin les recherches pour se convaincre que la loi pratique du judaïsme remonte aux temps les plus reculés, et que déjà les premiers hommes , aussitôt qu'ils ont connu Dieu , ont aussi trouvé dans cette loi la plus noble forme du culte et la plus forte garantie du bonheur dans cette vie et de la félicité dans réteniité. Des symboles qui brillent ainsi au frontispice do la (création , traversant les âges en étoiles lumineuses pour guider la race Israélite à travers toutes les ténèbres, lu soutenant et la rendant invincible, impérissable, connue une ftme immortelle et comme l'esprit vivant de Diou; (îos symboles augustes et protecteurs, pour le*- ({uols nos pères ont tant combattu, tant vaincu, tant soiittbrt de morts , remporté tant de victoires par des logions de héros et de martyrs , qui oserait y porter la main, faire pâlir leur éclat et leur majesté, les ravir au bonheur* à Tadoration et à l'amour d'Israël , dont ils sont à tout jamais la consolation et la force , la sanctificutiou et la consécration pontificale , le lien sacré et le divin drapeau?
LA PRISRE
nbs:n
L*Éternel est proche de tons ceux qni l'appellent , de tons ceox qui l'invognent avec vérité. (Pg. CXLV, 18.)
La religion Israélite, dans son abondance de tendresse et d'amour pour ses enfants, a fait de la prière un devoir et un mérite, bien qu'elle soit déjà un des plus grands bienfaits que le Ciel ait accordés aux humains.
Car elle adoucit toutes les souffrances , soulage tous les malheurs, verse un baume céleste sur toutes les blessures ; elle soutient ceux qui chancellent, relève ceux qui sont tombés , ranime l'espérance couchée dans la poussière ; elle fait oublier les maux de la terre , les misères de la vie, les angoisses du passé, les craintes de l'avenir; elle brise les chaînes de la pauvreté , la servitude de la fortune , et transporte l'homme , libre et invincible , dans les divines régions.
Oni, les anges, les saints, les sphères étoilées,
Et les âmes des morts devant toi rassemblées ,
Dieu ! font de ta gloire un concert solennel ;
Et tu yeux bien que l'homme , être humble et périssable ,
Marchant dans la nuit sur le sable, Mêle un chant éphémère à cet hymne étemel !
Un philosophe non Israélite, cité déjà plus haut, qui a fait de la société une étude aussi approfondie que consciencieuse, et en a exposé les effroyables misères si habilement simulées sous le masque dangereux du men-
t02 ir PARTIE. — LE CULTE.
songe, dit, après une analyse qui fait désespérer de l'homme et de l'humanité :
a Quelle ressource à tant de maux? La gloire? Il ne faut pas s*en flatter. Elle suit le succès. La gloire n^est qu'une courtisane. La gloire est pour les Alexandre et les César, bourreaux couronnés, que la police de tous les peuples aurait fait attacher à une potence , s'ils axaient exercé leurs talents sur les grands chemins. Quelques bataillons de plus, et Cartouche serait de leur compagnie. Cette vaine fumée ne mérite pas qu'on s'en repaisse par avance. Le plaisir d'être inscrit après sa mort dans les recueils de faits mémorables et de servir de sujet de dissertation aux rhétoriciens est une pauvre compensation pour les déboires et les injustices de la vie. Il n'y a qu'une force vraie , c'est le sentiment de la vertu ; mais où est Tâme à laquelle il suffit? Unetdle âme se rencontre de siècle en siècle pour les délices du genre humain-; mais ne mesurons pas les hommes à la taille des héros !
a Que foire alors ? A quoi nous rattacher, à qui recourir quand Ift monde nous manque ? Où adresser nos soupirs , sur les bords d\m tombeau? A qui nous fier, quand notre amour est repoussé, quand notre vertu est calomniée , quand notre honneur est flétri ? Vers qui crier contre le dédain impitoyable , contre les cœurs fermés qui rejettent le sacrifice? Quelque chose en nous nous excite à lever les yeux au ciel , et à appeler Dieu à notre aide. C'est pour cela que tant dilemmes étrangers à la science écoutent avidement ceux qui leur parient de l'avenir. C'est pour pouvoir aimer et prier que tant d'âmes désh^ ritées en ce monde rêvent le monde invisible, lors même que lesbimières de la philosophie leur sont refusées. Si notre nature est faite pour souffrir, elle est faite aussi pour se plaindre à Dieu de sa soufifrance, et pour trouver dans cette plainte un soulagement , un encouragement. Par la prière, la solitude est adoucie, ou plutôt elle est détruite. Au moment où le monde nous abandonne et nous fuit, nous nous retrouvons en présence du seul ami qui ne trompe jamais , de Celui dont le nom est la Justice !
ce La prière n'est pas seulement une ressource dans la souffrance; elle est un préservatif contre la fauta. Un homme se laisse a]ler an courant de la passion ; au lieu de se rappeler les enseignements reçus dans sa jeunesse , il ne songe qu'au plaisir et à l'intérêt. La violence des sensations qu'il se procure produit un tel bruit dans son âme, qu'il n'entend plus et ne connaît plus qu'elles seules. II tend toutes les forces de son intelligence vers la fin de ses appétits, et pendant qu*ii les assouvit, il ne rêve qu'aux moyens de les faire renaître pour les-ai^
soavir de nouveau. Dans cette subordination de tout son être au plaisir et â la recherche du plaisir, il perd le sens de ce qui est beau et droit; sa volonté , sans cesse entraînée du même côté , s'étiole et devient incapable de résistance. Son intelligence mal cultivée, servie par des organes détériorés, pleine des plus honteux sophismes, affaiblie, dévoyée, ne sait plus discerner et suivre le vrai ; elle use tout ce qui lui reste de force au service d'appétits ignobles , et n'arrive pas peut-être à égaler Tinstinct de la brute. Ainsi s'affaisse de jour en jour cette noble créature , faite pour régner sur le monde et sur elle-même , quand , au lieu de se tourner vers le ciel et de commencer la vie du ciel sur la terre, elle prend le monde pour son tout, s'y attache de toute sa force, et fait sa gloire d'oublier le reste. Qui pourra la tirer de ces abîmes où elle roule? Peut-être ne lui fallait-il qu'un signe qui vint lui rappeler Dieu. Cette seule pensée l'aurait aidée à se vaincre. Ce nom amène avec soi le cortège de tout ce qui est grand et noble. Il signifie la vérité et la vertu, il fait entrevoir des plaisirs dont l'âme est enivrée, et auprès desquels tous les autres ne sont rien. C'est une lumière qui montre la pourriture des passions honteuses sous son aspect véritable. Quelque abattue que soit une âme , il y a quelque part en elle tout un ensemble de souvenirs touchants et vivifiants que ce grand nom de Dieu réveille, et tout médecin des âmes sait que la guérison est possible dès que le malade a consenti à prier.
« Ainsi , consolation ou remède , la prière a une grande place dans la vie. Nous ne rechercherons pas , comme les philosophes du XVII* siècle, si un peuple d'athées pourrait subsister ; nous nous bornerons à dire que le sentiment religieux est peutrêtre le plus puissant de tous les liens sociaux. Il ne faut pas dire que la famille est plus puissante encore : car la piété filiale n'est qu'une forme de la piété. C'est la pensée de Dieu qui achève de sanctifier le foyer domestique, ce centre béni de toutes les affections douces et sociables. Otez cette pensée du milieu d'un peuple, il n'est plus réuni en corps de nation que par l'intérêt et par la crainte. La loi civile n'est plus pour lui qu'un contrat social où il donne à condition de recevoir ; s'il donne toujours et ne reçoit jamais, il devient une dupe à ses propres yeux. Ce qu'on appelle pompeusement le sentiment de la fraternité, ou la religion de la patrie, n*a pour lui aucune signification. Les citoyens ne sont que des associés, et non des firères. Jamais le dévouement et le sacrifice n'auront de place dans un Ëtat ainsi conçu; jamais ce lien, fondé sur de telles bases, ne sera regardé comme indissoluble par celui qui en soiiffire. Si Ton veut créer une grande famille qui ait son unité morale, ses traditions, son honneur, dont tous les membres se reconnaissent soti-
daires les uns des autres, dont la loi soit comprise et aimée, môme lorsqu'elle frappe, il faut que le nom de la patrie réveille des idées religieuses , que chaque citoyen se croie attaché à aile par une volonté divine , que la transmission d'une morale reçue de père en ûls établisse une parenté entre tous ceux qui foulent le même sol et parlent la môme langue , que les lois s'appuient non sur la balance des intérêts , mais sur rétemel idéal de la justice , et qu'en signe de cette origine elles soient promulguées au nom de Dieu. s> (*)
Un philosophe Israélite dit de la prière spéciale de notre culte :
H L'heure du service divin forme le noyau et la fleur du temps ; les autres heures ne sont que des sentiers conduisant à cette heure. Le croyant en désire rapproche, parce qu'alors il devient comme spirituel en s'éloignant de la matière. C'est ainsi que les trois heures quotidiennes de la prière sont la fleur du jour et de la nuit, comme la fleur de la semaine est le sabbath, pendant lequel on s'attache à l'esprit de Dieu et à son culte. La prière est pour l'âme ce que la nourriture est pour le corps; la bénédiction d'une prière s'étend jusqu'à l'heure de la prière prochaine, comme le repas du jour suffit jusqu'au repas du soir. Plus l'heure de la prière s'éloigne de l'âme, et plus elle est absorbée et obscurcie par les préoccupations mondaines ; surtout si l'homme est forcé de se mettre aa contact du mal , d'entendre des choses qui troublent la pureté de son âme et auxquelles elle incline sans qu'il puisse l'en arracher. Mais à l'heure de la prière , il la purifie du passé et la prépare pour l'avenir, de sorte qu'il ne se passe pas une semaine sans un parfait rétablissement de l'âme et du corps. » [Kusari, III, 5.)
Le devoir de prier est exprimé par ces paroles de l'Écriture : « Vous servirez l'Éternel votre Dieu (Exode , .
(*) Jules Simon, La Religion naturelle^ p. 325-328.
LA PRIÈRE. i05
XXIII, S5)... vous le servirez de tout votre cœur.» (Deut., XI, 13.) Ce service de Dieu et ce culte du cœur (aiaw rrosj) , disent nos docteurs , constituent la prière et en font « un commandement positif» (m)5.m2ca). « Quiconque m'offre en sacrifice une action de grâce m'honore. » (Ps. L, 23.)
La Bible contient peu de détails sur l'exécution de ce commandement, dont nos sages ont dit: «Quand vous priez , ne considérez pas la prière comme une obligation lourde et à heure fixe, mais que ce soit un acte de dévotion permanente pour implorer la grâce et la miséricorde de votre Créateur. » (Abothy II, 18.) « Mon esprit et mon cœur chantent sans cesse le Dieu de la vie » , dit le Psalmiste. «^n bx ix ^^^^ '^•nttsa" ^^A (Ps. LXXXIV, 3.) Le code sacré n'a point de règlement explicite sur la forme , le contenu et les heures de la prière. Moïse abandonne la prière au sentiment individuel et à l'inspiration du moment. Dans certaines circonstances, il prescrit la confession des péchés devant Dieu, sans en fixer les termes. (Lév., V, 5; XVI, 21.) Le Pentateuque ne renferme que trois formules de prières : la bénédiction que lès prêtres prononçaient sur le peuple (Nombres, VI, 24-26) , les actions de grâces que chaque Hébreu devait réciter en offrant les prémices (Deut., XXVI, 5-10), et la prière qu'il devait prononcer en présentant la seconde dlme (Ib.y v. 13-15). La loi ordonne aussi de se prosterner devant Dieu. (Ib.y v. 10.)
Cependant, d'après la tradition Israélite, l'institution de nos prières quotidiennes remonte aux patriarches: Abraham a institué la prière du matin (n'^'int)) ; Isaac , la prière de l'après-midi (nrm) ; et Jacob, la prière du soir (a-n^o). Le Psalmiste dit en effet (Ps. LV, 18) : a Le soir.
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le matin et à midiy je gémis et je supplie, et il écoute ma voix.» (maniai iim^a^ d'^'imi "ipsi a'ny) Les trois prières journalières sont également indiquées dans Daniel (VI, H): •^ms-na Î5» ^•na «"in KToi^^a rmin i^^siûti «Aussitôt qu*îl apprit que le décret était signé , il alla à sa maison , où il y avril des fenêtres ouvertes sur Jérusalem, et trois fois le jùw il tomba à genoux, pria et rendit grâce à Dieu. »
La haute antiquité des trois prières semble aussi résulter de l'institution postérieure des trois sacrificeB quotidiens, venant s'ajouter et s'adapter aux dévotions traditionnelles du matin , du midi et du soir ; de même que plus tard , après la destruction du temple , les prières ont été organisées de manière à rappeler et à remplacer les sacrifices (i5pn T^^'^wn ^ms nisn). Ainsi, si TÉcriture sainte ne mentionne que les cantiques des lévites (I Chr., XVI, 4; XXIII, 30) et les prières de circonstance dont nous trouvons beaucoup d'exemples dans les psaumes ('1, dans la grande prière deSalomon(I Rois,VIII, 23-53),etc., il ne faut pas moins admettre l'existence antique des prières régulières et quotidiennes récitées, aux trois plus importantes heures de la journée, dans le sein de la famille ou dans l'assemblée des croyants. Le silence que gardera l'histoire moderne du judaïsme sur les offices ordinaires de tous les jours célébrés dans nos synago- *gues , tandis qu'elle fera connaître les cérémonies et solennités extraordinaires , ce silence pourra-tr-îl être, pour les générations futures , une preuve que nous n'avons pas prié trois fois par jour ?
Le devoir de la prière Israélite ressort particulièrement de cette circonstance, qu'elle ne consiste pas à de-
(<) Le psaume XCII, ainsi que le prouve sa suscription, a été spécialemcDl composé pour le sabbath.
mander au ciel des bienfaits matériels et des faveurs de ce monde , mais à servir Dieu y à le proclamer, à le glorifier devant les hommes. Le Très-Haut a dit : «ïnttjipïi iBnttr''»»Tiro «Je veux être sanctifié au milieu des enfants d'Israël» (Lév., XXII, 32), et nous avons l'ineffable et auguste bonheur de lui répondre matin et soir : « Nous sanctifions ton nom ici-bas comme il est sanctifié au haut des cieux (taliirn ya^ mk tt)itp3) ; saint , saint , saint , est rÉternel Zébaoth , toute la terre est remplie de sa gloire ! » Et notre principale prière , la plus obligatoire avant toutes les autres, celle pour laquelle la religion a établi les plus sévères prescriptions — le Schéma — est la grande et immortelle profession de foi israélite , la suprême confession du Dieu-Un, et l'engagement d'aimer ce Dieu de toute notre âme et de toutes nos facultés (dto« rvoba i*» nbsp) , de graver sa loi dans notre cœur, d'en parler constamment , de l'inculquer à nos enfants , de la porter sur notre front et de l'écrire sur les portes
de notre maison N'est-ce pas là un encens divin, un
sacrifice digne de l'Éternel , un culte dont le Psalmiste chante avec une céleste inspiration : « toi , Saint des saints , tu trônes sur les louanges d'Israël ! » ©iip rm^i \9rm^ n*nn mi'i (Ps. XXII, 4.)
La seconde grande prière israélite , celle des « dixhuit bénédictions )> , a le même caractère de grandeur et d'universalité. Le croyant n'y demande rien pour ses intérêts personnels, pas même son pain quotidien. Les trois premières bénédictions glorifient Dieu pour les grâces qu'il accorde aux descendants des patriarches, pour les bienfaits qu'il distribue aux vivants et aux morts, et pour la sainteté dont il est la source, le foyer et le rayonnement. Les deux dernières bénédictions sont éga-
108 ir PARTIE. LE CULTE.
lement des actions de grâces pour la protection dont le Seigneur entoure visiblement Israël , les miracles qu'il a opérés et qu'il opère tous les jours en sa faveur, la lumière, la loi de vie, la miséricorde, l'amour et la paix qu'il fait descendre sur lui. Les autres bénédictions contiennent des invocations relatives à Jérusalem, où toute la famille humaine doit un jour se réunir sous une même foi et dans une paix universelle; une manifestation de gratitude pour l'intelligence que le Très-Haut a donnée . aux mortels, des prières pour le supplier de nous soutenir dans notre retour vers le bien, de porter un remède à nos misères morales et sociales, de bénir les hommes justes et les vrais fidèles, de bénir aussi les fruits de cette terre sur laquelle Israël est presque partout malheureux
et proscrit N'est-il pas une sainte obligation et une
gloire impérissable de dire ces prières qui font oublier à l'homme les intérêts et les besoins de ce monde, pour ne penser qu'à l'humanité sur la terre et à Dieu dans le ciel ! Toutes nos autres prières sont du même genre. Ce sont des psaumes pour chanter Dieu et ses œuvres, des morceaux de notre histoire où le doigt de l'Éternel est marqué à chaque pas, la délivrance miraculeuse de l'Egypte, le cantique de Moïse, le Hallel deDavid, les poésies des Païtanim, des pages glorieuses et tristes retraçant le martyre et l'héroïsme de nos pères, leurs immenses victoires sur toutes les forces brutales et toutes les ténèbres de l'enfer, — divins et impérissables souvenirs qui portent dans nos cœurs l'ardeur de la foi , le courage de la vérité, l'inspiration de la vertu, l'enthousiasme du beau et du bien, l'orgueil du nom Israélite!... Et si nous demandons à Dieu une faveur quelconque ou si nous loi rendons grâce pour les bienfaits reçus, nous voulons ifi-
LA PRIÈRE. i09
diquer par là que nous n'avons point la coupable pensée qu*an destin inflexible et fatal règne sur le monde, ou que notre bonheur comme notre malheur dépende d'autres causes que du Très-Haut lui-même ; nous voulons montrer que nous sommes convaincus de la manière la plus vive et la plus inébranlable, que tout ce qui arrive à rhomme ici-bas est l'œuvre de Dieu, l'acte de sa justice, la révélation de sa volonté infinie et impénétrable. Nous rendons grâce au Seigneur pour tous les dons et toutes les jouissances de la vie. « Celui qui jouit de quelque chose de ce monde sans en bénir Dieu est comme s'il volait le ciel. » {Berachothy 35 b.) Nous bénissons Dieu pour le mal comme pour le bien (w^rt to ^^ab tan» a*''»n roian i:? y\2Xi KTit> dttss) , indiquant ainsi que nous ne croyons pas avoir conquis le bien par notre force ou notre habileté, mais par la seule bonté divine, et que nous ne murmurons pas contre le mal , dont le Juge suprême a laissé nous atteindre pour nous punir avec amour, nous ouvrir les yeux sur nos actes, nous éprouver et nous purifier, et nous sauver dans l'éternité. Cette bénédiction du bien et du mal est la reconnaissance publique de la toute-puissance de Dieu et de sa suprême domination sur le genre humain. Il n'a pas besoin de nos louanges ni de nos prières pour savoir ce qui nous manque: «Avant qu'ils m'invoquent, je les exauce; ils parlent encore, et je sais déjà. » ms?» ^^^^^ •w'np'i d'no im\ »DO« ''M^i d^*ia*TQ tan ni3> (Isaïe , LXV, 24.) « Il n'y a point de paroles sur ma langue , tu les connais parfaitement , 6 Éternel ! » nte n^^ 'n *»ai«ba .nia i^^x ^^s (Ps. CXXXIX, 4.) Mais risraélite prie pour confesser son Dieu, pour montrer à tous que c'est de lui seul qu'il attend son bonheur, son salut, le soulagement et la consolation. «Quand
j'invoque le nom de l'Éternel, rendez hommage à notre Seigneur ! » is-^nixi b^a lan «•npx 'n a» «o (Deut., XXXIII, 3.) Par l'adoration divine, l'israélite proclame hautement cet article de la foi : « Je crois avec une croyance parfaite que c'est au Créateur seul (béni soît^il !) que nous devons adresser nos prières, et à nul autre. »
Cette manière de comprendre le devoir de la prière Israélite inspire au croyant le courage, l'indépendance, la dignité personnelle. N'attendant point son salut des hommes, dont les meilleurs et les plus généreux à son égard ne sont à ses yeux que des instruments de la bonté divine, il ne s'abaissera jamais à de honteuses adulations, ni n'agira contre la voix de sa conscience dans l'espoir de plaire à l'un ou dans la crainte de déplaire à l'autre. Sans inquiétude et sans peur, il marche tranquillement dans le chemin de sa vie, se disant : a Je me re^ présente sans cesse l'Éternel devant mes yeux, il est à ma droite et je ne chancelle point; c'est pourquoi mon cœur se réjouit, mon honneur se relève, et ma personne demeure en sûreté. » taiox ia '^s'^o^a '^a "ran -^lisb 'n vmd (Ps. XVI, 8,9.) Voilà le fruit de la prière : un sentiment de force et de liberté. Les puissants de tous les empires et de tous les siècles n'ont pu subjuguer Israël , parce que son esprit demeurait toujours dans les célestes régions, au-dessus des faveurs et au-dessus de l'injustice des hommes. Celui qui, en s'abstenant de prier, ne reconnaît pas Dieu, rencontre à chaque pas de sa vie mille maîtres, mille esclavages, mille humiliations. Il ne se prosterne pas dans le sanctuaire du Très-Haut au milieu de la communauté du Seigneur ; mais il usera ses genoux sur l'autel d'un veau d'or au milieu d'un troupeau de valets... Aussi, le roi d'Israël, dans un saint élan de
LA PRIÈRE. m
gratitude pour ce bienfait du Ciel, s'écrie-t-il : « Béni soit le Seigneur qui n'a point retiré de moi ni ma prière Bii sa nâséricorde ! » *^nKi3 inDrri "^rten '^t:^ ta •mox u^rhv^ ^na (Ps. LXVI, 20.)
Que de grandes et sublimes impressions la prière et le lieu consacré au service de Dieu ne laissent-ils pas dans r&me du croyant ! Jacob s'écrie dans une céleste vision : « Que cet endroit est formidable ! En vérité c'est la maison du Seigneur et c'est la porte du ciel! » (Genèse, XXVIII, 17.) David chante : « Je me réjouis quand ils me disent : Allons dans la maison de l'Éternel. » (Ps. CXXII, i .) « Je demande une chose à l'Eternel, une chose que je désire ardemment : c'est de demeurer dans la maison du Seigneur, pendant tous les jours de ma vie, pour contempler la majesté de Dieu et jouir de la vue de son sanctuaire. » {Ihid.j XXVII, 4.) Une coutume séculaire écrit sur les frontons de nos synagogues : ^iù ^^sfib »n no*» ïTrt* « Sachez devant qui vous vous trouvez ! »
Aussi, que de recommandations et de prescriptions nos traditions et nos chefs religieux ne nous ont-ils pas laissées sur la tenue respectueuse et les pensées saintes que nous devons garder pendant la prière! Ils disent:
« Celui qui prie ne doit point s'interrompre : quand môme le roi d'Israël le salue, il ne doit pas répondre; quand même un serpent enlace son talon, il ne doit pas s'arrêter. »
c( Il est défendu à l'homme de rien goûter et de faire aucun travail depuis la levée de l'étoile du matin jusqu'à ce qu'il ait fait sa prière. Il est défendu de se rendre chez son ami pour demander de ses nouvelles avant qu'on ait prié. )>
112 ir PARTIE. LE CULTE.
« Il faut se recueillir avant et après la prière, qui ne doit pas paraître comme une charge dont on désire se débarrasser. Il ne faut pas se mettre à prier en sortant de jeux, d'entretiens frivoles ou au milieu de la colère, mais dans une sainte joie, avec respect et humilité. »
c( En récitant dans le Schéma les mots : Les commandéments que je vous ai prescrits aujourd'hui^ il faut s'imaginer que Dieu nous donne sa loi aujourd'hui même, afin que nous Taimions comme un trésor qui éblouit nos yeux pour la première fois. »
(( Il faut tout espérer de la miséricorde divine et se dire dans son cœur : Quisuis-je, moi, pauvre et misérable être, pour demander quelque chose au Roi des rois (béni soit-il !), si ce n'est par l'abondance de grâce et de bonté qu'il témoigne à ses créatures ? »
a Celui qui prie doit penser qu'il est en présence de la majesté de Dieu; aussi doit-il éloigner toute préoccupation étrangère, se rappeler que s'il parlait devant un souverain de la terre il préparerait bien ses paroles et les dirait avec une attention extrême : que ne doit-il donc pas faire devant le Roi des rois qui pénètre les plus secrètes pensées ! A*ussi les hommes pieux ont-ils tellement médité pendant leurs prières, qu'ils sont parvenus à se dépouiller de leur nature matérielle et à fortifier leurs facultés spirituelles, jusqu'à ce qu'ils se fussent élevés aux régions de la prophétie. » rii'»»tt5!in niiaiDfinnb d*i»*iatt *\*vm *9 îiK'ûin nis^QÎ) yrp tr^^^'^yn l'orna n» «^tettîn rû ni'nniinnbi.
<( Il est bon de faire l'aumône avant la prière. »
« Il convient d'avoir de beaux vêtements spécialement destinés à la prière, comme les habits du pontife dans le temple. »
Voilà comment notre religion comprend <( la dignité du
LA PRIÈRE. lis
culte », et voilà comment nos pères Font pratiquée. La synagogue était un sanctuaire où chacun était appelé à prier et à faire entendre sa voix dans l'assemblée des fidèles (îïK'ntt)'' ^ipoîQ -^s^K d'Unix tt-na n^tipaa) , et non une salle de spectacle où l'on entend des chants d'opéra et des chœurs de théâtre. Le reproche du Prophète : « Ils m'honorent avec la bouche et les lèvres, mais leur cœur est loin de moi » (Isaïe, XXIX, 13) retentit encore aujourd'hui. Le Seigneur a dit : « Faites-moi un sanctuaire pour que je demeure au milieu de vous. » Hélas! combien de fois ne construit-on pas des temples à la vanité, à la satisfaction de quelques hommes venant y étaler leur foste, leur suffisance et souvent leur impiété!
Cependant la prière Israélite , outre qu'elle nous est imposée par la gratitude envers notre Père au ciel , par le respect , l'amour et l'adoration que nous lui devons , outre qu'elle nous est si nécessaire par nos misères dans ce monde, par les difficultés que nous avons à vaincre et les dangers qui nous menacent sans cesse , la prière Israélite est aussi le dernier lien qui unisse Israël dans la dispersion , le banquet divin où nous nous asseyons par la pensée et le cœur, nous tous, les descendants de la dynastie royale et pontificale dispersés sur la surface de la terre ; une patrie spirituelle , vivante et visible , où nous pouvons encore nous réunir, parler la sainte et poétique langue de nos pères, chanter les cantiques de nos pontifes et de nos poètes sacrés , raconter les glorieuses choses accomplies par nos héroïques ancêtres, enflammer le cœur de notre jeunesse pour tout ce qui est noble , juste et vrai , et perpétuer cette forte et invincible race de Juda que l'Étemel a choisie pour l'organe de sa parole , pour l'apôtre de ses enseignements , pour le type de l'homme.
H 4 ir PARTIE. LE CULTE.
et au milieu de laquelle les nations les plus illustres ont cherché leurs lumières , leurs guides , leurs dieux ! C'est de notre synagogue , de notre ï3»a ©ipa que doit sortir le grand temple de l'humanité. C'est sur la montagne sacrée que Moïse a vu le modèle du Tabernacle ; c'est encore sur le Sinaï , sur les hauteurs d'Israël (b»^»'' ^i^) que la famille humaine doit trouver l'image, le fondement et l'auréole du sanctuaire de l'avenir. Les tables de la loi sont toujours au milieu de nous , tantôt complètes et tantôt brisées; nous les portons éternellement, en fidèles lévites , à travers le désert des âges et les combats des peuples ; mais nas prières quotidiennes sont les chérubins aux ailes d'or et au souffle divin qui ornent la sainte tfche , illuminent le temple d'une céleste clarté, et portent notre âme croyante au milieu des anges et devant le trône de la divine majesté!... Les espérances de l'humamté sontu plantées dans la maison de l'Eternel, fleurissent dans le parvis de notre Dieu. » irr^'nfi'i •o'^nix ni-ttÉTo. Les fidèles Israélites qui s'y réunissent matin et soir « por* teront encore des fruits* dans leur vieillesse , seront toujours verts et pleins de sève, pour apprendre à tom que le Seigneur, mon proteeteWj esi juste et parfait, »
Dieu , dit l'Écriture , avait terminé le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment; il se reposa le septième jour des œuvres qu'il avait faites ; il bénit le septième jour et le sanctifia. (Genèse^ II, 1-^.)
Le jour rendu saint, inviolaMe, par le Créateur luimteie, comment un mortel oseraiWl le profaner?
Au milieu d'un brûlant désert et de toutes les pénibles privations, il Ait dit aux Hébreux : <( Considérez que le Seigneur vous a donné le sabbath , c'est pourquoi il voEs fournit le sixième jour une double nourriture ; que chacun rfeste donc chez soi, et que nul ne sorte de sMi endroit le septième jour. » (Exode, XVI, 29.) Si donc, en présence d'une mort quotidienne par la faim et la soi^ à la vue des souffrances de l'enfant qui venait de naître et du vieillard qui allait mourir , Dieu ne voulait pfts que l'homme se préoccupât, le sabbath, des besoins matérieb les plus absolus ^ comment nous serait-il pennis, au milieu de l'abondance la plus étendue et au sein de la vie qui inonde de toutes parts la terre et ses habitants, de violer la sainteté du jour de l'Éternel pour courir après cette manne terrestre , que les uns possèdent en superflu et que les autres peuvent trouver doublement et triplement, la veille, dans la main de la Providence ?
Le Créateur, après avoir créé la terre et donné au monde physique les lois naturelles qui devaient le diriger à jamais, voulait aussi donner au monde intellectuel les lois morales qui devaient fixer la conduite et les devoirs de l'homme envers Dieu et de Thomme envers la société. L'Éternel descend sur le Sinaï, la nature frémit, le soleil se voile , les tonnerres éclatent , et du sein de la nue enflammée le Législateur suprême promulgue le Code inviolable et immortel qui est désormais la base et la condition de tout ordre social. Ce Code sacré, gravé non-seulement sur les tables de l'Horeb, mais encore dans le cœur et la conscience de l'homme, renferme
une seule loi de pratique religieuse proprement dite, un seul hommage public que le souverain maître de l'humar nité réclame des mortels : le repos et la sanctification du sabbath. Comment pourrions-nous violer cette loi sans ébranler le fondement du monde, qui est le Décalogae, sans nous rendre coupables envers Dieu au même degré qu'en nous chargeant des autres crimes énoncés dans les dix commandements? Le denier du prochain qu'il ne faut pas dérober, son âne qu'il ne faut pas convoiter, sont-ils donc plus sacrés et%lus inviolables que la par rôle et la volonté du Seigneur !
Gardien et organe de la divine charte donnée par son intermédiaire au genre humain tout entier, Israël a surtout reçu le dépôt de la sainteté du sabbath, que* Moïse, dans sa répétition du Décalogue, attache', non au fait général de la création et au repos du Créateur, mais au souvenir d'un fait particulier de l'histoire Israélite, à la délivrance de l'Egypte. « Tu te souviendras, dit-il, que tu as été esclave dans le pays de Mizraïm, et que TÉternel ton Dieu t'en a tiré avec une main forte et un bras
puissant; c'est pourquoi l'Éternel ton Dieu t'a ordonné de célébrer le jour du sabbath. » (Deut., V, 15.) Aussi, dans sa première édition, le Décalogue s'adressant à la société entière, proclamant des lois universelles, dit-il seulement : « SouveneTir-vous du sabbath pour le sanctifier)) (^st) (*) ; tandis que dans sa seconde édition , s'adressant exclusivement aux israélites et leur donnant une loi dont l'observation est plus rigoureusement exigée de leur part , le Code sacré dit : « Observer le sabbath pour le sanctifier » (^iûï?), et indique une cause puisée dans notre histoire nationale. (y\'nm ^taii^ mm^i "nw Vfintj* — Pedkta Rabbatiy ch. 25.) C'est donc la loi israélite par excellence , dont noua portons une responsabilité particulière , et dont il est dit : u C'est une alliance étemelle entre le Seigneur et les enfants d'Israël >» ifintyi ^53 y^y\ «ïj^a tabi» nn^a ; loi de confiance et d'amour que Dieu nous a accordée dans sa grâce spéciale et intime, ainsi que le dit le Talmud : cnl) •)«« niaso te •^''attï'n»
Vfintr -^sa l'^ai {Be%aj 16 a). Moïse, heureux de porter à son peuple les tables des divins commandements, rayonnait d'un bonheur ineffable en y voyant gravée la loi du septième jour, ipbn rohaa m» natt5*i.
En sanctifiant le septième jour, la septième partie de sa vie, l'israélite proclame le Créateur et reconnaît son œuvre. La peine de mort est prononcée dans la Bible
(<) La loi du sabbath, d'après la tradition, avait été donnée àHara, le 25 nisan (Exode , XV, 25). C'est peut-être pour cela que le premier Décalogue dit êouvienB-toi , parce qu'il s'agissait de se rappeler un commandement déjà promulgué. Dans le deuxième Décalogue, les paroles: •p*» 'h yn «tcéO « Ainsi que l'Étemel te l'a ordonné » (Deut. V, 15) peuvent également s'appliquer au faut de Mara. {Sabbaih , 87 b ; San- Mârin^Kb.)
pour la violation publique et préméditée du salibath, parce que cette violation est la négation de Dieu et de la création du monde.
Mais le monde n'est pas un lieu de repos et de liberté pour l'homme ; par ses exigences , ses besoins , sGovent sa tyrannie , il impose une contrainte rigoureuse , une servitude, un esclavage de tous les jours et de tous les instants. C'est pourquoi nous célébrons aussi le sabbath en commémoration de la sortie d'Egypte , de cet immor^ tel bienfait , qui nous prouve et nous rappelle éteraellement que Dieu seul nous donne la vraie liberté et la Traie indépendance W. <( Tes enfants, disons-nous dans u&e prière de samedi , reconnaissent et savent que «'eat à toi qu'ils doivent leur repos. » k^m -jrwo «^a wt^i -p» tto^ Dnroïtt.
Les peuples les plus dévots de la terre ont chercbë à imiter le sabbath israélite; mais aucun d'eux n'a pu y parvenir, malgré l'appui des lois civiles et de la force brutale; aucun d'eux n'a pu lui donner la consécration, la sainteté, l'élévation et la transfiguration, les effets et les bénédictions du sabbath céleste d'Israël.
<( Au lieu du sabbath ils ont fixé un jour de repos; ont-ils pu nous égaler? Tout au plus comme l'image d*unc statue ressemble à l'image d'un homme vivant. » (Kusari, m, 9.) Le philosophe continue (ibid., 10) :
ce J'ai médité sur votre situation, et j'ai vu que Dieu avait employé pour votre conservation des moyens parliculiers. G est ainsi que le sabMh et les fêtes sont une des causes principales de votre maintien et de votre considération. Car les peuples vous eussent partagés entre eux»
(^) Le 15 nisan, jour de la sortie de Mizraïm, était un Tendredi; It lendemain , jour de la délivrance , était donc un vrai sabbath , un repoi
•de la fatigue et une adoration du Seigneur. {Sabbath , 88 a.)
LE sabbath: 119
pris pour esclaves , à cause de Totre intelliget>ce et de votre sagacité. Ils eussent même fait de vous des hommes de guerre , sans ces époques que vous observez si rigoureusement, parce qu'elles sont instituées par Dieu et reposent sur des motifs si puissants , comme le souvenir de la création, de la sortie d'Egypte, de la Révélation, toutes choses divines que vous êtes obligés de vénérer. Sans ces époques, nul de vous ne serait vêtu d'un habit pur, et vous n'auriez pas de point de ralliement pour le souvenir de votre loi , à cause de la compression de votre esprit dans le long exil. Sans ces époques, vous n*auriez pas eu un seul jour d'agrément dans toute votre existence , tandis que vous consacrez maintenant une sixième partie de votre vie au repos matériel et spirituel. Voilà ce que même des rois ne peuvent pas, attendu que leur esprit n'a pas de repos pendant leurs fêtes, puisque en ces jours, s'ils ont besoin de se fatiguer et de se mouvoir, ils se fatiguent et se meuvent, et leur âme ne jouit point d'un repos complet. Sans ces époques , tout ce que vous pouvez acquérir appartiendrait à d'autres, puisqu'il est constamment exposé au pillage; mais vos dépenses pour ces jours sont un profit pour vous dans ce monde et dans le monde à venir, puisqu'elles se font en l'honneur de Dieu. »
Il dit encore :
«c Ces prescriptions sont bien calculées, afin que la joie pendant les sabbaths et les jours de fête n'ait pas le résultat que produisent le jeu, le plaisir et la paresse , et fasse négliger les prières aux heures vouhes.» (Ibid., m, ii.)
La sainteté et Tîn-violabilîté du satbath israélite sont même reconnues par les pontifes d'autres croyances. Luther dît :
ce Bien que le sabbath soit aboli chez les chrétiens, il est cependant nécessaire qu'on observe un jour particulier de la semaine. La nature aussi lexige qu'on s'arrête pendant un jour de la semaine et qu'on s'abstienne du travail, hommes et bêtes. Mais celui qui veut faire du sabbath une loi positive, une œuvre de Dieu, doit obser-ver le samedi et non le dimanche j car c'est le samedi qui
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a été prescrit aux juifs, et non le dimanche. )> (Luther, t. m, 643.)
Le Dieu des israélites a élevé le sabbath si haut» qu'il Ta placé au-dessus de son temple et de son saint tabernacle , en répétant deux fois : « Vous observerez mes sabbaths et vous respecterez mes sanctuaires. » rtom wt iK^'^n ittî^oi i^o©n (Lév., XIX, 30; XXVI, 2.) Et en ordonnant aux Hébreux de lui construire une demeure, le Seigneur commence par leur rappeler de nouveau la loi du repos (Exode, XXXV, 2-3), comme pour leur dire : Ne croyez pas que pour élever cet édifice sacré , il vous soit permis de violer le sabbath. Non, rien ne saurait justifier la profanation de ce jour auguste, pas plus les intérêts de la terre que les intérêts du ciel! Respectez, en les imitant, vos pères, qui pratiquaient avec tant de sainteté ce divin commandement ; observez mes sabbaths, et ne les sacrifiez pas aux idoles de l'or et de la perdition!
tûi nttjaJh vA roba (Lév., XIX, 3-4.)
Le Talmud dit : « Quiconque observe exactement le sabbath est comme s'il accomplissait toute la loi. » rviT\n te b^i^p ibifâ Tùirxs ratt) *nott5an bs.Nos docteurs disent aussi : <( Celui qui viole publiquement le sabbath est comme s'il se livrait à l'idolâtrie *»'nn K^brinsa m© iVmon nibta b^aa-û irrys:^ ^laiï^a Kin. Cette grande et mystérieuse importance du repos sabbathique se révèle à chaque page de l'Écriture sainte. Lorsque les plus terribles châtirments sont annoncés aux violateurs des commandements du Seigneur, la voix divine n'indique spécialement que la transgression d'une seule loi, celle du repos, en disant : (( Alors la terre reposera pendant les sabbaths
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elle reposera durant les jours de la désolation , n'ayant pas eu de repos pendant vos sabbaths et lorsque vous Thabîtiez. » (Lév., XXVI, 34-3S.)
Ce fait remarquable se reproduit également chez les prophètes. Ces sublimes organes de la pensée de Dieu exhortent constamment le peuple à la morale, à la pureté des mœurs, à la droiture du cœur, à la justice, à la charité, etc., et en parlant des devoirs religieux, ils ne désignent nominativement que la loi du septième jour. Ainsi nous lisons dans Isaïe (LVI, 2-6) : « Heureux l'homme qui accomplit ceci, le fils d'Adam qui suit cette règle; qui se garde de profaner le sabbath et empêche sa main de faire le mal... Et les fils de l'étranger qui s'attachent à l'Éternel pour l'adorer, pour aimer le nom du Seigneur et se dévouer à son service, tous ceux qui se gardent de violer le sabbath et restent fidèles à mon alliance, je les amènerai à ma sainte montagne et les réjouirai dans ma maison de prière. » Plus loin (LVIII, 12-14), le même prophète dit encore : « Si tes pieds reposent le sabbath , si tu laisses tes occupations pendant mon jour saint , si tu appelles le sabbath délices de l'âme, consacré à la glorification de l'Éternel , honoré par l'abstention des affaires, des pensées et des paroles vaines : alors tu trouveras ta félicité en Dieu , il t'élèvera au-dessus des grandeurs de la terre, et te fera jouir de l'héritage de Jacob tojoi père. » Enfin , Isaïe termine son divin poëme par cette promesse faite à Israël converti au Seigneur : <c Et tous les mois et tous les sabbaths, toutes les créatures viendront se prosterner devant l'Éternel. » (LXVI, 23.) VoUà ce que la bonté divine réserve à l'humanité régénérée : le sabbath !
Jérémie, voulant arrêter son peuple au bord de l'abîme
qui s'élargissait de plus en plus sous ses pas, s'eflferça de le ramener au bien par Tobservation du septième joiflr, et il dit (XVII, 21-27) : « Voici les paroles de l'Éternel: Veillez sur vos âmes , ne portez point de fardeau le jour du sabbath , n'en faites point entrer dans les portes de Jérusalem, n'en sortez pas de vos maisons et ne faites ath cune œuvre le jour du sabbath ; mais sanctifiez-le , ainsi que je Tai ordonné à vos pères... Et si vous m'écoutez en sanctifiant le sabbath et en vous abstenant de tont travail, alors cette ville sera le séjour de rois et de princes qui s'asseyeront sur le trône de David, puissants par des armées et des chariots, eux, leurs ministres, tous les hommes de Juda, tous les habitants de Jérusalem, ti cette ville subsistera éternellement... Mais sî vous ne . m'écoutez pas pour sanctifier le jour du sabbath, alors j'allumerai un incendie dans les portes de Jérusalem; il dévorera ses palais et ne s'éteindra point. »
Et le prophète Ézéchiel , ce voyant merveilleux dont le regard découvrait les mystères du ciel et les horizons les plus cachés de l'avenir, en portant aux Anciens d'Israël (î>&n»*i ^^apt) la parole de Dieu .qui leur rappelait les bienfaits que les Hébreux avaient reçus d'en haut, dit (XX, 12-14) : « Je leur ai donné aussi mes sabbaths comme une alliance entre eux et moi, afin qu'ils sachent que c'est moi, l'Éternel, qui les sanctifie. Mais la maison d'Israël m'a irrité dans le désert; ils n'ont point snîvî mes ordonnances ; ils ont rejeté mes jugements, par Tw* complissement desquels l'homme vit ; ils ont gravettiéût profané (*n»o ibbn) mes sabbaths. C'est pourquoi j*ai versé ma colère sur eux pour les anéantir dans le désert. J'ai fait cela pour l'honneur de mon nom , afin qu'il ne fôt point déshonoré devant les peuples sous les yeux
desquels je les avais délivrés... » Dieu proclame donc luimême que la violation du sabbath est une profanation publique de son nom trois fois saint. Qui oserait charger sa conscience d'un si grand péché? Plus loin (XXII, 26) le prophète reproche encore aux habitants de la Palestine de n^avoir pas fait de distinction entre le sacré et le profane, entre ce qui est pur et ce qui est impur, et d'avoir détourné leurs yeux du sabbath û}t»5*i» isr^ten ^inurûistti, ce qui a déshonoré le Seigneur au milieu d'eux (tûira î)mi). S'adressant ensuite à OoUa et Ooliba (personnifiant les deux royautés de Juda et d'Ephraïm si souvent adonnées à rîdolâtrie) et énumérant leurs vices et leurs crimes, le Juge suprême dit : « Mais voici ce qu'elles ont encore fidt : elles ont profané mon sanctuaire et violé mes sabbaths. » (XXIII, 38.) Enfin, traçant dans l'esprit les fondements du temple futur et indiquant aux prêtres et aux lévites leurs saints devoirs , . l'envoyé de Dieu dit (XLIV, 24) : <( Ils s'établiront juges dans les conflits , ils jugeront selon mes lois , ils observeront mes ordonnances et mes prescriptions dans toutes mes fêtes, et ils sanctifieront mes sabbaths. »
Le prophète Amos, exprimant sa vive indignation contre les gens qui foulent aux pieds la religion pour ne pas enlever un moment à leurs affaires et à leurs spéculations , leur met dans la bouche ces paroles, qui ont un si triste écho encore de nos jours : « Quand sera donc passée la Néoménie (ou le mois des solennités religieuses «nnn) pour que nous puissions vendre nos marchandises ? le sabbath, pour que nous puissions ouvrir nos greniers ?» (VIII, 5,) Mais, leur répond le Ciel dans sa colère : T!inn ti& rsant h:m « En présence d'une pareille con-
124 ir PARTIE. LE CULTE.
duite , la terre ne doît--elle pas se soulever et plonger ses habitants dans le deuil! »
A leur retour de l'exil de Babylone , la première chose que firent les israélites fut la répudiation d'alliances inn pures et le rétablissement du jour du repos , en s'engageant , par un sermen); solennel^ « de ne rien acheter do peuple qui venait le samedi vendre toute sorte d'objets alimentaires. )> (Néhémias, X, 34.) Aussi le prophète prie-t-il le Seigneur de lui tenir compte (^rivt ^h mat) du mérite d'avoir empêché la profanation du jour consacré, en adressant aux princes de Juda cette sévère répri* mande : « Que c'est mal ce que vous faites de violer le jour du sabbath! C'est ainsi qu'ont agi vos ancêtres, en suite de quoi Dieu a attiré sur nous et sur cette ville tons les malheurs ; et vous , vous augmentez encore la colère divine en profanant le sabbath ! w (Ibid, , XIII , 17-18.) Revenus sur le sol de leur patrie , les fils d'Israël se rappelaient si vivement les bienfaits et les bénédictions do repos hebdomadaire que, dans un cantique admirable adressé en actions de grâce à l'Éternel, les lévites chantèrent : <( Et tu as fait connaître à nos pères ton saint sabbath, et tu leur as donné des lois et des prescriptions par Moïse, ton serviteur, w (Ibid. 9 IX, 14.) David a consacré un de ses plus sublimes poëmes à cette religieuse journée pendant laquelle a il est bon de louer le Seigneur et de chanter le nom du Très-Haut. » (Ps. XCU.) <( Le psaume du sabbath , l'hymne de l'avenir, du joar qui est tout sabbath, un repos pour la vie éternelle! » b'nabipn ^'^nh nnîiïaîi nauj iis^ di'ii) ,Kni ^ir\A ■n'ittî «riet».
On a souvent admiré la conduite des israélites qui, an temps des Macchabées, ont préféré mourir que de violer
LE SABBATH. i25
le jour du Seigneur, même pour la défense de leur vie. La rigide observation de ce commandement se trouve encore mentionnée* dans de nombreux passages de TÉvangile. Il faudrait écrire des volumes entiers pour citer tout ce que le Talmud et les Midraschîm renferment de beau et de merveilleux sur la sanctification du sabbath. « Je possède dans mes trésors un don précieux qui s'appelle sabbath , et je vais le donner à Israël, » wi }ny\t> nsra tvao tao\ ^taa n'ina ^i. {Bex>a, 16a.) Ces paroles de la divine miséricorde se sont profondément gravées dans Fftme de nos pères , où les gémissements du corps ont été étouflFés par le chant séraphique de la foi et de l'espérance. Aussi , que pouvaient les persécutions et toutes les souffrances sur des hommes qui se sont transformés tous les sept jours en êtres supérieurs, invulnérables comme l'esprit , inaccessibles comme les habitants d'un antre monde , quittant la vie des douleurs et des larmes pour s'élever vers Dieu et recevoir une nouvelle âme (m'^T^rrocî) dans la céleste contemplation! Le soir du sabbath, leurs sombres cachots s'étaient convertis en palais majestueux , éblouissants de lumières et de clarté, habités par la grâce et le bonheur, visités par les anges du Seigneur, auxquels le croyant a dit : « Paix sur vous, messagers du Très-Haut ! » ir^^n ^i^bo to^to a*».
Dieu des israélites , jamais nos pères n'ont éprouvé plus puissamment ta présence au milieu d'eux que pendant ces saintes et poétiques soirées de vendredi , où la plus miraculeuse transfiguration s'opérait dans les personnes et dans les choses. De même que la création du monde commençait par la naissance de la lumière , de même le sabbath , qui est un hommage public au Créateur et un souvenir de ses œuvres , est inauguré par la
lampe aux vives clartés , symbole de la foi d'Israël et de son immortalité, brillant comme Tastre du firmament dans la nuit de Terreur et de la barbarie. Et , comme le dernier acte du Créateur fut la formation de Thomme mo^ tej et périssable , de même la dernière cérémonie du sabbath consiste à éteindre la lumière et à dire à TÉternel : <( Nous sommes de Targile dans ta main y pardonne-nous nos péchés 9 que le jour raconte au jour et la nuit à la nuit. » "Tsm î>p b3> éo nto ^oro ^T»a «oro.
Le s£J>bath est aussi un puissant lien de ikmille » aa moyen énergique pour exciter et maintenir toutes les vertus domestiques. Les enfants se pressent autour de leurs père et mère pour recevoir leurs bénédictions et leurs emJH*assements ; Us s'asseyent ensuite à cette tabk Israélite , véritable autel du Seigneur, où le chef de la maison , pontife et patriarche , bénit le vin et le pain , ^ les distribue à tous comme une manne céleste, comme «a don de la tendresse infinie du Très-Haut. La crainte d'étte privés de ces bénédictions et de cette part du festin sacré est 9 pour les enfants , un stimulant infaillible pour Taccomplissement de tous les devoir3. Le inonde a béas les tenter, le mai a beau leur souffler des idées d'insoumission et de révolte, vient Theure du sabbath, ils sont heureux d'incliner le front sous la main paternelle et d'entendre une bouche aimée et vénérée leur annoncer des peyroles de salut et de bonàour, au nom d'un Dieu de clémence et d'amour... Cette adorable et solennelle heure du sabbath réalise dans la famille israélite la promesse messianique dont le divin prophète dit : <( Il ramènect le cœur des pères vers les enfants et le cœur des enfieuita vers leurs pères.)) (Malachie, III, 24.) Le sabbath, c'est l'union d'Israël, la paix et la sanctification de toute la
maison de Jacob ; c'est le foyer de la sainteté et la source de toutea les bénédictions — ro'nan «Tjpa vc^ •<&• La famille Israélite y. pense et s'y prépare toute la semaine, — ^uviens-toi ! — comme la vie entière est une préparation pQur le Ciel l
Nous ne voulons pas entrer dans die longs détails sur iootes^ les> pratiquer éveillant, d^s^ penséets^ si élevées, sur toutes les cérémonies, faisant, battre si délicieusement le cœur, qui font du sabbatb Israélite un jour de céleste béatitude. NouS: en appelons au témoignage de tous ceux qui ont eu le bonbeur de voir célébrer et de célébrer euxméfioes cette fête des ang^s et des hommes, et qu'ils nous dis^ot si aucune satisfaction d'ici-bas peut nous donner cette sérénité de l'âme, cette élévation de l'esprit, cette j^ia. et cette lumière intérieures que nous trouvons dans cetjte auguste nuit du vendredi au samedi , où Dieu daigne ^'asseoir à notre table , bénir notre pain , sanctifier notre- coupe > rendre notre repos si plein de délices , faire ray^onne? d'une beauté surhumaine la figure de nos enfim&^f calmer nos douleurs par une brise du ciel , et embaumer d'un parfum divin les plu$ sombres demeures de soQ peuple !
MiU4 si nous 9e nous arrêtons pas aux firuits précieux que le fidèle , comme individu , tire de l'observation de ce MHuaanden^ent,. nous devons insister sur l'importance eajj^itale attachée au sabbath comme signe extérieur de notre foi et comme lien viable entre la grande famille israâite. Nos mœurs , nos habitudes , nos rapports sociaux, rien ne révèle plus en nous les fils de Jacob; l'unité de langage n'existe plus , l'Unité du culte subit de graves atteintes ; notre vie dans le monde ne porte plus
cette empreinte sacrée du judaïsme , adoration publique du Dieu d'Israël par laquelle il veut être glorifié devant les peuples de la terre. Le sabbath seul est encore cette unité de la foi, cette empreinte sacrée de notre croyance, cette glorification éclatante du Dieu de nos pères* Sans le sabbath, le judaïsme n'a point de place sous le soleil, et risraélite n'a plus de Dieu parmi les nations. « Jérusalem n'a été détruite , dit le Talmud , que parce que ses habitants ont violé le sabbath. » V»a»a «i» ^^}m'"^.nrtr vb
La profanation du jour du Seigneur ruinera toujours Jérusalem , Israël et son culte ; car elle détruit en nous la sainte consécration que Dieu a voulu donner à toute notre vie (*); elle nous sépare à jamais des croyances et des souvenirs qui constituent la foi juive; elle est la négation manifeste de tout ce qui est renfermé dans nos monuments sacrés, dans la Bible, dans les livres canoniques des Pères de la Synagogue, dans nos cérémonies et dans nos prières. Dans nos offices de samedi, nous remercions Dieu de nous avoir donné ce jour de repos physique et d'élévation spirituelle pendant lequel nous oublions la terre et ses maux, pendant lequel les damnés même dans l'enfer sont délivrés dç leurs souffrances , lamaa tatwn rû«a i^'iaio wk; nous rendons grâce à l'Être suprême de nous émanciper en ce jour des fatigues et de Tesclavage de notre pauvre existence ici-bas , pour nous donner on avant-goût de nos heureuses destinées dans un monde meilleur, et nous élever à la perfection dans celui-ci. Et nous oserions, au sortir du temple, la lèvre encore
(^) a Observez mes sabbaths, car il est un signe entre moi et vous et toi générations futures, afin qu*on sache que c'est moi, TËtemel, qui tous sanctifie.» (Exode, XXXI, 13.)
LE SÀBBATH. : i39
chaude de la parole du Sinaï , reprendre volontairement la servitude terrestre et mentir à Dieu et à notre prière ! Non , et nos docteurs disent : <( Celui qui profane les choses saintes et viole les fêtes de la religion , flt-il un. homme rempli de science et de bonnes œuvres , n'aura point de part à la vie ftiture. » (Aboth^ III, 15,)
Sans doute de graves intérêts matériels se trouvent en conflit avec Tobservation du sabbath : on craint de compromettre sa fortune en fermant sa maison le septième jour aux agitations' du monde et aux luttes de ses intérêts Mais le Seigneur a promis « une double nourriture » le sixième jour, et il a dit : uA '«na'na r« *»n'iisi « J'ordonnerai à ma bénédiction de descendre sur vous. » Les talmudistes ont ajouté : a Celui qui honore le sabbath recevra un héritage sans limites. » f ania rawn )n« a»an te ernwî »ia nbna *i. Et puis : « Si on observait rigoureusement deux sabbaths , la délivrance viendrait immédiatement. » û^iKas T^'n ijrùim nimatt) 'a b^'niaioo «bob». •
Adam , d'après nos traditions , fut banni du paradis le soir du sixième jour, à la veille du sabbath. (Sanhédrin ^ 38 b.) C'est par le sabbath que l'humanité régénérée rentrera dans l'Éden !
PS8AOH. — FftTS DS LA DÉLZ VRANOB.
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