LÀ PROMESSE
« Il fut dit à Abram : — Sache donc que ta postérité sera étrangère dans un pays qui ne lui appartient pas; on l'asservira et on Topprimera pendant quatre cents ans;
K Mais aussi le peuple à qui elle sera asservie sen jugé par moi ; elle sortira ensuite avec de grands biens. » (Genèse, XV, 13-14.)
L'histoire et les destinées d'Israël sont, en tous points» étranges, contraires à toutes les lois du monde, merveilleuses. Un peuple se forme ordinairement par la conquête , par la possession en commun d'un pays ou d'une croyance, par une nationalité politique ou religieuse, par une association autour d'un fonds social quelconque. Les conquérants imposent leur loi aux vaincus , mais en subissent , en retour, une influence inévitable quant snx mœurs , au langage, à l'organisation physique et morale*
Un travail de fusion et d'absorption commence , se pour^ sait et s'achève malgré tous les obstacles et toutes les oppositions* Après quelque temps, on ne s'aperçoit plus qui est vainqueur ou vaincu , et il se trouve souvent que le premier, devenu méconnaissable , a plus perdu que le second. Souvent aussi le guerrier étranger ou la religion étrangère, après la victoire sur le champ de bataille, pour se maintenir sur le sol conquis, fait des concessions importantes et consent à des capitulations qui changent son triomphe en défaite, en véritable désertion. Cette influence du vaincu , ces concessions du vainqueur, cet accommodement et cette transformation , produisent un nouveau peuple, un nouveau culte.
Cette marche constante et régulière de l'histoire est complètement renversée chez Israël. Il se forme en peuple , non par la conquête , non par la possession , mais dans l'esclavage , dans l'absence de tout bien matériel , dans l'absence même d'une religion solidement constituée qui puisse servir de lien et d'association. Il se forme en peuple dans des conditions qui , chez toute autre race humaine, eussent infailliblement amené une dissolution , une destruction complète. Cette formation du peuple 'Israélite au milieu de toutes les douleurs , de toutes les i entraves, de toutes les impossibilités , est peut-être plus ^^ miraculeuse que plus tard sa conservation dans la disper- 4 ^n et les persécutions , où sa croyance religieuse, ayant :i (es symboles , sa vie extérieure , son organisation et sou lyonnement, pouvait lui tenir lieu de patrie et de force, d'union et de moyen de résistance invincible. è. Aassi qu'arriva-t-il? Les Hébreux , n'étant attachés à if t^Ègypte que par la chaîne d'une horrible servitude, sé- ? 9^rés des habitants du pays par une haine mutuelle et
par la distance qui sépare Tesclave du mattre , n'étaient pas entraînés vers les mœurs et les croyances égyptiennes, qui leur devaient paraître odieuses, sauvages, abominables. Ils restaient éloignés de toute atteinte idolâtre, de toute fusion corruptrice, ne changeaient, selon la tradition , ni leur nom , ni leur langue , ni leurs vêtements , ni leur loi ; et Dieu , au jour de la délivrance, trouva, au milieu des loups, son saint troopeau ^n'ron «ri^a nihy^i ia5 i^sa aJû^Ji. (Ps., LXXVIII, 72.) Ils pouvaient ainsi, au sein d'une monstrueuse idolâtrie, conserver purs leurs souvenirs et leurs traditions du Dîea d'Âbrabam, d'Isaac et de Jacob, se préparer à leur glorieuse élection devant le Sinaï et à la conquête de Canaan , destiné à devenir le foyer de la vérité et la demeure du Très-Haut. Que serait-il arrivé si les Hébreia avaient vécu paisibles et libres enÉgypte comme les antres habitants, ou, selon la crainte de Pharaon (Exode, 1, 10), comme conquérants? Us y auraient, conformément à Thistoire de tous les peuples , donné aux Égyptiens quelque chose de leur loi , de leurs habitudes , de leur religion, encore si obscure dans leur esprit, et adopté d'eux des coutumes et des pratiques que le Dieu de nos pères abhorre. Que seraient devenues alors la vérité, laW divine , la mission d'Israël , les destinées du monde ?
L'esclavage égyptien était donc la plus sûre et la meilleure garantie du salut et de l'avenir spirituel de la th mille Israélite. Ceci nous explique une grande et impor* tante page de l'Écriture sainte. Abraham croyait parftitement à la promesse divine qu'il aurait une postérité nombreuse par Sara, arrivée déjà à un âge fort avand (Genèse, XV, 6) ; et cependant, immédiatement après» il
demanda à rÉternel un signe, une preuve que ses enfants posséderont la terre de Canaan ! nston'w ^s :pn» naa (Ibid.^ V., 8.) Le croyant devenu incrédule tout à coup! Et ce signe 9 que le ciel lui donna, consistait encore dans une prédiction de Tavenir! (lbid.,\.j 13-16.)
Certes , le père des fidèles , celui qui , pour obéir à la voix d'en haut , avait quitté tout , famille et patrie , pour aller sans savoir où, ne doutait point de la parole de Dieu. Mais il appréhendait les moyens par lesquels ses enfants conquerraient la terre promise , les conditUms dans lesquelles ils feraient cette conquête. Seraient-ils des conquérants ordinaires , imposant aux vaincus leur domination , leur loi , et adoptant d'eux des mœurs , des croyances, une vie contraires à la vérité, à la lumière et à la sainteté Israélites ? Oh ! alors cette conquête serait leur malheur, leur opprobre, leur mort!... « Comment, ô Seigneur, réconnaltrai-je que j'hériterai de. ce pays, tnoij avec ma foi en vous , avec mes eispérances et mon salut , avec le flambeau que vous avez allumé dans mon âme et la parole que vous avez mise dans ma bouche ? »
Dieu lui répond : — Ne crains rien, Israël ne sera pas ui conquérant ordinaire , il ne se mêlera pas aux idolâtres et à leur vie abominable , il ne deviendra pas une société mêlée de bien et de mal , de ténèbres et de clarté ; son organisation nationale ne recevra point d'éléments impurs par une fusion impure ; « car sache que tes enfants seront étrangers dans un pays qui ne leur appartient pas ; on les asservira et on les opprimera pendant quatre cents tus. » Ils ne se perdront donc pas dans un amalgame dangereux , mais se prépareront saintement à leur mis- •iÔDy à leurs conquêtes, à leur avenir. Voilà le signe et la preuve que Canaan appartiendra à la postérité d'Abra-
ham^ aux héritiers de sa foi et de sa lumière (<). Aussi le divin psalmiste pouvait-il chanter :
Quand Israël sortit de Mizraïm ,
La maison de Jacob du milieu d*un peuple barbare ,
Juda devint le sanctuaire du Seigneur,
Israël son royaume. (Ps. CXIV, 1-2.)
Soyons sûrs , israélites , que dans tous les pays oA Israël fut persécuté ou Test encore, il y avait danger pour la pureté de sa croyance , pour la vérité sinalque sur la terre ; tout contact, tout rapprochement était un péril, bb malheur mille fois plus grand que toutes les oppression et toutes les tortures. Soyons sûrs que plus un paysfle montre intolérant envers nos frères , et plus il y a dan ses mœurs, ses lois et son culte des choses mauvaises, impures , fatales à tous les progrès moralisateurs et qurituels de l'humanité. Dieu ne lui permet pas d'être tolérant pour Tempécher \l'étre corrupteur. Les Ghetti et les prisons où Ton enfermait nos frères étaient des citadellei pour leur vie religieuse et morale , des forteresses ooik tre ridolâtrie et Tabomination. Les cris poussés ptf les torturés firent chanceler les idoles et les renversèrent de leurs piédestaux, et le feu des bûchers purifia Fair autour de nous... Que seraient devenues la vérité al la foi Israélite dans une communauté et une firatemité sociale avec le paganisme et ses monstruosités , ou avae le moyen âge et ses ténébreuses superstitions W? Lai
(*) Le même signe a été annoncé dans ces divines paroles adreaési à Hotse: a Voici le signe montrant que je t'ai envoyé: quand lo taras M sortir le peuple de Mizraîm, vous servirez Dieu sur cette monUgBl»» (Exode, 111 ,12.) L*Ëgypte et ses ténèbres n'auront pas oorrompn huA
(*) Cela nous explique aussi le ro^ dk rK 'n pTItn c L'filerMl «adurcit le cœur de Pharaon. » Sa barbarie était plus salutaire aux IMiMf que sa- douceur.
pays tolérants et justes , auxquels le ciel sourit, sont ceux qui ouvrent leur sein à Tesprit et aux aspirations Israélites , et que Dieu nous permet d'aimer et de chérir, parce qu'il sait que nous pouvons le faire sans danger, avec toute la sincérité de notre cœur, avec toute Tardeur et toute Teffiision de notre âme.