‹ La foi d'Israel;Chapitre 14 sur 30 · LA SORTIE DE MIZRAÏM · texte numérisé non relu

LA SORTIE DE MIZRAÏM

Malgré leur triste position en Egypte , nos pères ont dû être animés d'un grand courage , surtout d'une confiance illimitée en Dieu , pour partir ainsi sans ressources et sans moyens d'existence , ou au moins avec des ressources sans utilité à travers des Océans de sable, des solitodes habitées par les serpents et la mort, se dirigeant avec femmes , enfants, vieillards et malades vers le désert, vers l'inconnu, la misère et la désolation ! Ce fait est tellement important et constitue un mérite si grand , que Toracle divin a dit , par la bouche du prophète : « Va, annonce aux oreilles de Jérusalem ces paroles, voici ce que dit rÉternel : — « Je me souviens du dévouement de ta « jeunesse, de ton amour de fiancée lorsque tu m'as suivi « dans le désert, sur une terre inculte. » (Jérémie, I, 2.) Ah ! si nous devons nous rappeler tous les jours de notre existence la sortie d'Egypte pour remercier Dieu de cet immense et miraculeux bienfait, qui est la source de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous espérons devenir, nous devons aussi y songer sans cesse pour admirer, pour imiter l'héroïque piété de nos pères et l'abandon de leur vie dans la main de Dieu et aux desseins de sa Providence !

La grande nuit touchait à sa fin...; sur les villes et les campagnes planait un silence lugubre, interrompu seulement par les gémissements des hommes et les cris de joie dès corbeaux ; l'ange de la mort avait fait une moisson épouvantable, car son glaive était forgé avec

les crimes d'un roi barbare et d'un peuple impie , était trempé dans les larmes et le sang de milliers d*étres humains expirant sous Toppression et les tortures. Aucune maison n'avait été épargnée , ra bo y^vt iidk rv^a ^pK , la foudre avait frappé la cabane du pauvre comme le palais du prince : partout des mourants, des cadavres, des berceaux convertis en tombeaux, des temples transformés en cimetières...., et les persécuteurs d'Israël, loi acoo^ dant enfin la liberté matérielle et morale si longtemps refusée , crièrent dans une suprême agonie : <c Allez , et servez Dieu selon votre désir ! tû^^ 'n n« roj nsi. Allez, emportez et emmenez tout ce que vous voudrei, seulement bénissez nous ! » "«nfi^ u &ranan.

Et tandis que TÉgypte était ainsi ensevelie dans la désolation et dans la ruine , nos pères , c( les légions de rÉternel » ('n niMn^ ^â), sortirent d'un pays maudit et perdu par la tyrannie, reprenant les bénédictions venues avec leur arrivée , emportant les promesses faites par le ciel à leurs ancêtres , et marchant vers leurs splendides et immortelles destinées le cœur élevé et le front rayonnant, comme si jamais la chaîne de la servitude n'avait touché leurs pieds. Mais laissons l'Écriture sainte raconter cette grande page de notre histoire , dont nous célébrons tous les ans le souvenir.

usn tMK m'itt irkw:i *m*\ a Lorsque Pharaoa laissa partir le peuple, Dieu ne le conduisit point à travers le pays des Philistins, qu était voisin ; car Dieu disait : Le peuple, en voyant la guerre, poaiftit se repentir et retourner en Mizralm. »

Ici se montre dans tout son éclat le caractère distimh tif d'Israël, qui consiste à mettre la paix au-dessus de tous les biens, même au-dessus de la liberté. Il soufBre plutôt tous les maux que de recourir à la force bmtafaN à

la main d'Ésaiif ne voulant jamais se servir d^autres armes que de celles de la raison et de la persuasion , que de la poix de Jacob 9 dont la loi divine chante : irr^b xrp'^iDna ■«3p«i*«

Il II m'embrasse avec les baisers de sa bouche ,

c*est pourquoi les vérités pures et célestes , les pensées vierges et angéliques t'aiment , ô Israël! » yùrxtk rnA^ p ^y. La vérité israélite dit éternellement aux Goliaths de Terireur ces paroles de David : « Vous venez me combattre avec le glaive , la lance et la hache , et moi je viens à vons avec le nom de TÉternel Zébaoth ! » Le triomphe de cette vérité ne doit coûter ni un soupir ni une larme à l'humanité ; elle se détournera toujours du chemin sanglant des Philistins pour marcher lentement et doucement dans le sentier de la paix. Et lorsque le règne de la foi israélite doit arriver. Dieu enverra son prophète Élie , qui « unira le cœur des pères à celui des enfants , et le cœur des enfants à celui des pères», et proclamera ainsi une paix universelle et impérissable. Voilà le vrai précurseur du Messie israélite ! Fange de l'union et de la concorde du monde!

ir^ tp^"^ n*i»2C9 riK nt9^^ r\p^ « Et Moïse prit les ossements de Joseph avec lui, car celui-ci avait conjuré les entants dlsraël, disant : Dieu se souviendra de vous, et alors emportez d'ici mes ossements avec vous. »

Voilà un fait mémorable qui , placé à un jour de délivrance et d'afGranchissement , appelle nos plus sérieuses méditations.

Joseph avait conquis le titre de prince , de vice-roi d'Egypte. Il lui eût été facile de faire de ses enfants de glrands dignitaires de TËtat, d'assurer leur avenir par le trésor, les emplois et les honneurs publics : cependant son bonheur et son orgueil consistèrent à obtenir de son père

140 ir PARTIE. — LE CULTE.

mourant que ses deux fils, Éphraïm et Manassé, fussent élevés à la dignité de chefs de tribus d'Israël, fussent comptés parmi les enfants de Jacob ! (4> t*t« iwottyi pwrs) Joseph , au lieu de considérer son élévation comme la récompense de ses mérites et comme le fondement de sa fortune personnelle , n*y voyait qu'un moyen employé par la divine Providence pour venir en aide à ses frères. (w^ssî) d^rft» •^snî)» nr^nxh •^s) Ce but atteint , peu lui impo^ taient sa position , son avenir, son nom dans la société ; il ne voulait plus être qu'un simple et fidèle israélite. D n'ambitionnait aucune place dans l'histoire égyptiennCi aucune gloire en dehors de sa famille et de son Dieu. Le riche mausolée , l'obélisque formidable ou la pyramide colossale qu'on devait élever sur sa tombe, il voulait qu'on les brisât pour faire reposer ses restes mortels au milien de ses pères et sur le champ béni par notre religion. Voilà le grand et sublime exemple que ce prince d'Israël a légué à tous ceux d'entre nous qui peuvent arriver i quelque haute position dans l'État.

Et que dire de Moïse, qui, dans cette nuit terrible, plus réellement terrible que celle de Troie, oublia sa femme et ses enfants, son peuple et sa personne, pour ne s'occuper qu'à creuser le sol d'un cimetière , exhumer quelques ossements et remplir la dernière volonté d'un mourant ! Qu'on nous montre , dans l'histoire d'aucune autre religion, un pareil acte de piété et de dévouement 1 Mais aussi quelle grande leçon y voyons-nous de respecter et de vénérer, au jour de la liberté et de l'émancipation, les vœux, les traditions et les croyances de nos pères! Ce que Moïse a fait pour les ossements de Joseph, ne doiton pas le faire également pour la parole du Dieu vivant!

Les Hébreux étaient en route.

fitr^^b ^n 'rv\ a Et TËterael marcha devant eux le jour avec une colonne de nuée, et la nuit avec une colonne de feu, pour les guider dans leur chemin et les éclairer et le jour et la nuit. »

Dès le premier jour de sa constitution comme peuple , Israël reçut son drapeau : Dieu et sa lumière ! >oi 'n — Voilà la glorieuse bannière qui devait marcher devant nous dans tous les siècles , dans tous les combats , dans toutes les transformations de la société humaine. Dieu et sa lumière marchent toujours devant Israël , qu'il sorte de Mizraïm ou qu'il aille en exil ; qu'il vive heureux à Jérusalem ou enchaîné à Babylone. Seulement, aux jours de bonheur et de liberté y les jouissances de la prospérité se placent comme un corps étranger entre l'homme et le soleil , produisent une éclipse spirituelle , et la lumière divine ne lui apparaît plus que comme un nuage , que comme quelque chose de pâle et d'incertain dont il sent bien le charme et la beauté , la grandeur et la majesté, mais dont il ne saisit pas assez le mystérieux langage et la sublime signification pour en suivre les traces et s'élever sur ses ailes. Dans ces temps , où la joie est souvent sur la terre pendant qu'on afflige le ciel, la loi divine, cherchant autour d'elle le croyant et son amour, s'écrie avec douleur : d*»^n2fâ -pn^nn roiî< i»65 mnwo -^i nn^ « Dismoi, toi que mon cœur aime, où te trouverai-je à midij)> lorsque le soleil de la vie te sourit et te comble de ses biens?... « Pourquoi serai-je comme une exilée au milieu de troupeaux étrangers? )> Mais la nuit, aux époques de malheur et de persécution, la vérité israélite devient une colonne de feu , qui éclaire vivement la foi et l'héroïsme d'Israël , et lui montre le chemin du martyre et de la gloire , en même temps qu'elle fait voir aux générations aveuglées par l'erreur et conjurées contre nous, l'immor-

talité religieuse israélite sortir des bûchers et embraser le monde... On a beau faire» nous attaquer et nous persécuter, notre drapeau reste éternellement debout ; « jamaii la colonne de nuée pendant le jour, jamais la colonne de feu pendant la nuit , ne disparaissent devant le peuple du Très-Haut! »

tasn mn "^ ^^xi.'n ^Vtai na^i « Et il fut dit au roi d*Ëgypte quek peuple avait fui ; alors le cœur de Pharaon et de ses serviteurs dumgea , et ils dirent : Qu*avons-nous fait d'avoir affranchi Isra^ de h servitude?»

Souvent le cœur des Pharaons, anciens ou modemeei a tourné contre Israël et lui a enlevé les droits les phu solennellement, les plus saintement jurés. Plus d'une fois, quand dés guerres , des plaies sociales , de grandes calamités , la colère de Dieu , sont venues fondre sur des empires, les princes prononcèrent le mot d'émancipation et de liberté , d'égalité et de fraternité, disant aux jui6: « Servez librement l'Éternel votre Dieu » 'n n» ro» tjS. Alors ils voulurent bien reconnaître que le sang de nos coreligionnaires , versé à flots pour la délivrance de la patrie , méritait bien une place dans l'État , un peu d'air et de soleil — •^natyi'ï in^n nisa; alors aussi ce furent eux, les Égyptiens , qui empruntèrent aux Hébreux leur or et leur argent , et les appelèrent frères et chers concitoyens. Mais le jour où l'orage a cessé, où Jes plaies ont dispam, où le danger s'est éloigné, ils se sont écriés: « Qu'avonsnous fait d'affranchir Israël de la servitude ! »

Pharaon prépare une formidable expédition et marche à la poursuite des Hébreux.

n't'^pn ns^'ibl « Et Pharaon avança; alors les enfants disraël, élevant les yeux et voyant Hizralm arriver derrière eux, furent saisis de terreur et ils crièrent à rEtemel. Ils dirent à Moïse : a N'y avaitril donc

liîiii de sépulcres en Egypte pour que tu nous aies pris» et que nous Mmrions dans le désert? Que nous as-tu fait là de nous faire sortir de Gzralm ! Nous te le disions bien : Laisse-nous et servons les Ëgyptiens, iar il vaut mieux pour nous de servir Hlzralm que de mourir dans le lësert.»

Sans doute » ces paroles sont horribles , impies , sasriléges ; elles ne se justifient pas même par TeiTroi qu'a lu causer l'apparition soudaine de Pharaon et de son arnée. Mais rappelons-nous qu'il y avait parmi les hom- Q68 de bien , parmi les Israélites de cœur, une populace nélée — a^ ans — qui excitait aux troubles et donnait 'exemple de toutes les lâchetés. Elle se retrouve dans ons les siècles , cette funeste tribu du mal, plaie et gan* prène du judaïsme » tantôt en bas et tantôt en haut, pour conseiller l'abandon du Dieu vivant pour le culte du veau l'or et les jouissances du monde , l'échange de la sainte unique du pontife contre la livrée du courtisan , la nounitare céleste du Sinaï pour les oignons et les concomires d'Egypte ; des gens qui disent éternellement à Moïse : ^ssez-nous ! gêrdez pour vous vos prédications , vos laroles et vos écrits , car il vaut mieux pour nous de serrir Mizraïm que de nous enterrer dans la solitude israé- Ue...» Hommes aveugles et égarés, qui, mettant leur confiance dans leur fortune , — tjw rros) inics» , — et le bonheur de leur vie dans l'enivrement des sens, —

oriiTt row trm û^sn nîox *»tt5an d» •^'tp'» •^nbax, — oublient

que la vraie gloire de l'Israélite est sa liberté morale et intellectuelle y et qu'en Egypte il peut bien trouver la richesse du corps avec la servitude de l'âme , mais que , 4ans les seules régions d'Israël et de sa foi , il peut trriver à sa véritable grandeur, à sa véritable félicité. La vraie émancipation Israélite ne commence qu'au jour où nous adorons le Seigneur sur sa sainte mpntagne. —

nm virt î)5 d^ni^n rw it^n^n. Mais les biens conquis en Egypte doivent servir à la décoration du sanctuaire et non à l'entretien de l'idole...

nM^'^n bÀ ds^n i^ tvox^ ^x^vc^'\ «Et Moïse dit au peuple: Necraignei rien ! Demeurez et regardez le secours que TËtemel produira anjourd*hui en votre faveur... car. ceux que vous voyez aujourdliui. In Ëgyptiens , vous ne les reverrez plus jamais dans toute Tétemité. Le Seigneur combattra pour vous , gardez donc le silence ! »

Admirables et merveilleuses paroles que jamais général n'a pu adresser à son armée pour enflammer scm courage, car jamais mortel n'a pu avoir cette certitude de la victoire , cette foi en la toute-puissante interveiH tion du ciel, qui se montraient dans toute leur splendeur à l'esprit clairvoyant du prophète. Moïse savait queli race d'Abraham ne pouvait périr, qu'elle était la race prédestinée et choisie par le Seigneur, qui lui a dit : û'^ttjabiD d''5aio'^ nttba rran d^iott) — Il est des nations nombreuses, des royautés puissantes, des couronnes splendides; mais la communauté d'Israël est ma bie«-aimée, ma sainte épouse, ix^n r\nî< ^nan •^nan^ vc^n nn« , fille unique de samëre: la Vérité ! Les reines du monde la voient et proclameat

ses louanges — nibbnii d^ttîiib'^B n'ois ni^ttJH^n maa rwr\

Moïse dit aussi aux Israélites : Ceux qui ne veulent pas combattre, ceux qui trouvent plus commode l'inaction que la lutte, le repos du sommeil que le travail du jour, doivent se taire et ne pas désespérer ceux qui, dans b chaleur de leur foi et dans leur saint enthousiasme, veu* lent avancer la marche et les grandes destinées de leun frères. Mangez vos oignons d'Egypte offerts par unmaté* rialisme épais et abrutissant, mais ne déversez pas le wépris sur la manne céleste née dans les âmes ardentes et dans les esprits élevés.

iprii

LA FÊTE DE PESACH. f4S

twn ^K 'r\ *n73KM « Et Dieu dit à Moïse : Que cries-tu vers moi ? Dis XK enfants d'Israël qu'ils marchent ! Mais toi, lève ton bâton , étends i main sur la mer, et divise-la, et les enfants dlsraôl traverseront la lerà sec.»

La voix divine dit sans cesse à TisraéKte : Marchez ! Nie vous ayez devant vous la mer Rouge, ou les légions omaineSy ou la persécution ancienne , ou l'intolérance loderne.., marchez , progressez , avancez toujours! Ne dgardez pas en arrière, où sont couchés dans leurs ruies les Sodome et Gomorrhe du mal et du passé, mais reardez devant vous, où se déploient dans leur immortelle rondeur les magnifiques horizons de la Palestine îsraélite t de Tavenir de Thumanité! Regardez devant vous, et aus verrez Tidée Israélite, étoile du monde, aurore d'un mr sans fin, envahir de ses feux les générations et les (npîres! nïDrûn^n3atorifi*»^rn»i7tera)ptt53nr«tia. Marchez! \s flots de rOcéan ne sauront éteindre votre vie ni mon nour pour vous , — ronnn m» niMi itei*» vA d^n*^ d*^ ; — larchez! les fleuves de votre sang répandus par les arbares ne pourront anéantir votre nom ni noyer votre loire , — nifiûtts*» xb n'j'^st ; — marchez ! vous êtes auessus des éléments, au-dessus du temps, au-dessus de espace; — marchez, progressez, avancez toujours; narchez et ne reculez jamais!...

Moïse étend sa main sur la mer, un vent impétueux se ève et brise les vagues, les eaux se divisent pour laisser m passage solide aux Hébreux ; ils arrivent bientôt sur le bord opposé, tandis que les Égyptiens, voulant les Poursuivre par la même route, sont engloutis par les flots {ni se ferment sur eux comme les portes inexorables de k mort. Alors Moïse et Israël entonnent un cantique im- "ftortel.

feraël le répète tous les jours, dans la liberté comme dans Toppression^ d*un bout du monde à l'autre, cartons les jours et partout il peut dire :

ni n*nnti *^t5J Ma victoire et mon chant, c'est TÉternel, mon salut. Il est mon Dieu , je veux le glorifier ; le Dieu de mon père , je veux l'exalter.

rk^'n rD»3 ^tù Qui , parmi les dieux , te ressemble , ô Éternel? Qui, comme toi, est éclatant de sainteté, redoutable dans la gloire, auteur de merveilles ?

M ta nnbnn n*ina Tu conduis par ta grâce le peuple que tu as sau- , vé; tu le guides par ta puissance vers ta sainte demeure.

•jaswni ^mvon Tu le conduiras, et tu rétabliras sur la montagne de ton héritage, le lieu choisi pour ton trône, ô Éternel! dans lesanetuaire , ô Seigneur ! fondé par ta main.

n5>l ûteb ^b^"» 'n L'Étemel régnera à jamais î

Notre plume ne peut et ne doit rien ajouter à ces divins accents, qui versent dans le cœur du croyant des fleuves de lumière et de félicité, et qui font tressaillir les anges au milieu de leurs célestes ravissements... Prions et adorons : l'Éternel régnera à jamais et Israël vivra étemelI^ ment.

Il a chanté sur la mer Rouge son triomphe sur un ennemi mort; il chantera un jour, dans un second et encort plus sublime cantique, la résurrection de l'humanité.

Alors la colonne de feu qui marcha devant nos pères, et dont nous portons les étincelles à travers les âges, Ij s'allumera de nouveau dans le monde, dissipera les ténè* |s bres, séchera les larmes, éclairera les âmes, enflammert les cœurs pour le vrai et le bien, pour la justice et le sa*' crifice.

Mais il faut que l'idée Israélite triomphe parmi to hommes, il faut que la lumière Israélite accomplisse 8« course à travers la sphère des esprits, il faut que la mes

raélite revienne à sa mission et à sa primitive grandeur, fiiut « qu*il avance, ton peuple, ô Éternel ! il faut qu'il mnce , ce peuple que tu as choisi ! » 'n "^Dj; nnj;'' iy

LE PESACH ACTUEL.

Israël ne peut plus monter à Jérusalem pour offrir le icrifice pascal sur l'autel du Très-Haut, se réunir sous ts voûtes du temple pour célébrer le glorieux souvenir i: chanter avec une légion de lévites le cantique de la dénrance. Mais la fête de Nisan est toujours pour lui un 3UX et saint anniversaire , un rafraîchissement du corps ; une élévation de l'âme ; il fait disparaître de sa maison >ut levain, qui est le symbole du mal, et se nourrit de iîn azyme, image du bien et emblème de la pureté. Ce lin de sanctification lui rappelle non-seulement Tafïranlissemont matériel de nos pères, mais leur affranchis- Hnent moral et spirituel. La délivrance de la servitude ^yptienne devait les conduire à la vertu et à une vie Dble et sainte, à la liberté de l'esprit et à la foi. »twû ban»*» *»» ibxiia ns'joKn ^©a.

H Quiconque mange en ces jours du pain levé sera Btranehé de la communauté d'Israël.» (Exode, XÏI, 19.) •e même châtiment (Koreth) est établi contre la violation ta sabbath et du commandement de la circoncision, lois pli sont un rv^^a ni« « un signe de l'alliance » . Celui qui 68 transgresse s'exclut lui-même de cette alliance et toit être retranché de la famille israélite. Le pain azyme, %iidant la fête de Pesach, est également un symbole de '^ance , un signe de la communion du fidèle dans Semblée de ses frères.

Nos ancêtres, pour n*avoîr rien changé à leur vie, pour n'avoir pas renié leur origine, ont mérité, dît la trtdition, leur délivrance. Au milieu de leur abaissement et de leurs malheurs , ils ont eu le noble courage de rester eux-mêmes, de ne point mettre dans leur poche la c(h carde de Juda, de rester fidèles au culte du souvenir, an devoir de la foi jurée, à l'honneur et au drapeau israéln tes ! Le premier acte de leur liberté, ce fut la céléblratioD de la sainte soirée de Pesach à la gloire de notre Dieu I

C'est en pensant à nos malheurs passés, à notre fM de misère d'autrefois, — «•^as» «art rm — que nous acquérons, nous aussi, le courage d'être libres, de nous aflBraiichir des préjugés du monde et des faiblesses de la vi6i d'être des hommes indépendants, des cœurs réellement émancipés, dignes du séjour de Dieu et de sa divine pensée. i*»^rï "^iia rtfccan hawi.

Israël offre encore au Seigneur le sacrifice pascal en versant les trésors de sa charité sur le pauvre «t le matheureux, pour qu'ils puissent aussi célébrer la fête de li délivrance, briser pour un instant les chaînes de leur ifr fortune, et chanter les cantiques du Très-Haut. IsraâM réunit encore en famille, dans la soirée pascale, antoorlg de cette sainte table du Seder^ pour accomplir d'aiugostes |r et touchantes cérémonies, qui illuminent nos demeorti des clartés du ciel et y font retentir les concerts des aé*

raphins Après avoir béni Dieu, le Libérateur de

pères, Israël se lève, ouvre largement sa porte eti âme, et dit à haute voix :

Que celui qui a faim vienne manger avec nous! I(

Que le pauvre qui a besoin de la nourriture du c(fl*

vienne prendre place à notre table et soit un membre 4* ^<

notre famille ! h<

Que le voyageur qui veut célébrer la Pâque au foyer Israélite vienne et soit un frère au milieu de frères !

Que Fétranger qui a faim et soif de la vérité d'Israël et de sa lumière vienne et reçoive de nos mains le pain de la vie , la coupe de la sanctification , le repas pascal de la fraternité des cœurs, de la communauté des élus du rrès-Haut !

QueTafQigé qui a besoin de consolation et d'espérance mtende la céleste promesse : Cette année esckve, l'ansée prochaine libre et heureux ! Cette année dans un cachot f Tannée prochaine dans le temple de Jérusalem !

Que Tisr^élite qui a besoin de régénération spirituelle M>iir sa personne , de garantie d'avenir et de bonheur lour les siens , vienne et contemple cette sainte réunion rik d'ineffables félicités animent et transfigurent la famille, ^ù la paix , la tendre affection et l'union des âmes pro- Inisent une harmonie du ciel entre le père et les enfants, mtre le frère et la sœur, le maître et le serviteur, le ffoyant et l'humanité tout entière , réunion adorable où Men dans sa gloire et sa majesté — i»2cni itiMa — dessend et donne sa bénédiction , et fait rayonner son image, Il où les anges et les élus répondent en chœur Àmen !

Que nos concitoyens de tous les cultes entrent dans los maisons , assistent à nos cérémonies , ouvrent nos Ivres sacrés et nos lois , et apprennent cette profession le foi Israélite : Nous sommes tous les enfants d'un même ^ère , et tous les hommes ont un seul et même Dieu régnant dans le ciel et sur la terre ! -pcii û*na»a» la'^ni» *Tn«.

Que l'homme injuste et cruel apprenne que le Sei'- Bneur voit , compte et pèse les larmes du malheureux |û*on persécute , du faible qu'on opprime , de l'innocent îû'on maltraite , du plus petit qu'on outrage ou qu'on

150 ir PARTIE. LE CULTE.

humilie y et punit par les plus terribles châtiments chaque mauvaise action, chaque abus de pouvoir et de force, chaque violence et chaque iniquité.

Que tout Israël vienne raconter de nouveau les grandes et merveilleuses choses accomplies en sa faveur par le Dieu de nos pères , et se réunisse de nouveau sous le drapeau de Juda et sur le sein de notre divine croyance, et entonne encore une fois un cantique nouveau, schtrû chedaschah, un céleste et immortel Hallel, alleluïahl

Cette grande fête de Pesach nécessite des préparatift nombreux , un renouvellement total de la maison et des choses de la vie matérielle. Ses préparatifs spiritoeb commencent par le D^bpB^ 'ô, le recensement de la famille des croyants. Dans ce dénombrement des légions de Zébaoth 9 il y a égalité parfaite ; le pauvre compte autant que le riche, le petit autant que le grand ; nul ne vaut plus que son prochain (ï3'»5?»*' vA hnttry na^*^ vA h^wn); chacun est représenté par un d^mi-sicle , c'es1r-à-dire que sa valear réelle consiste dans son union avec son frère , dans si fusion avec son drapeau , mais que seul il n*est rien et ne peut rien : il n'est qu'un membre isolé et impuissant d'ue corps et d'un ensemble parfait, qu'un grain de sable du grand édifice. L'armée du Seigneur ainsi constituée, ibrte par le concours de chacun et l'abnégation de tous , peut marcher sans crainte , peut renverser tous les obstaeleei et après la victoire personne ne .manquera à l'appel* un» ^fiia Cjaa tana »r»m «bi. .

Mais , pour qu'aucune désertion ne déshonore la phalange sacrée , pour que personne ne se 4ise : Je sais

riche , je suis puissant , j'ai une grande position , je peux me passer de mes coreligionnaires et de mon culte /je n'ai pas besoin de me soumettre aux lois de ma religion , faites pour les temps malheureux et bonnes pour les gens qui n'ont rien , — il y a le ni:3t 'fî, le sabbath du souvenir. « Souviens-toi de ce que t'a fait Amalec lorsque vous sortiez de l'Egypte ; il t'attaqua en chemin et frappa tous ceux qui se traînaient après toi , pendant que tu étais fatigué et épuisé ; et lorsque Dieu t'aura donné le repos et la prospérité , n'oublie pas Amalec ! » Souvent la persécution nous est venue au sein de la richesse et de la sécurité la plus profonde. Qu'on ne s'enorgueillisse donc pas de sa fortune et de sa considération ! C'est seulement quand Moïse lève sa main et que sa loi trône dans notre cœur, qu'Israël triomphe et prospère ; mais lorsque son bras n'est plus soutenu par notre amour et notre croyance, alors Amalec prend le dessus et frappe surtout les faibles en religion, les égarés et les traînards (û^^iwnah). Ne l'oubliez pas ! rown «b.

Aussi n'est-on pas soldat du Dieu d'Israël quand on se borne à acquérir quelques vertus sociales , à remplir ses devoirs envers son prochain et son pays, ou à donner un peu de son superflu au temple et aux pauvres. Non ; mais, dit mû 'fî, il faut une sanctification personnelle Israélite, rrvT^ hpn n^t , il faut une vie religieuse marquée par l'accomplissement des devoirs spéciaux révélés au peuplepontife, devoirs dont personne d'entre nous ne peut s'affranchir, quelles que soient sa position, sa science, sa grandeur, ix^uî*^ *^3:a M^i nnr^m ; autrement on profane le sanctuaire et on n'est plus digne de porter le nom d'israélite. iK*^©*^» «inn cjfisn nn^asi ««a 'n pwa rx. '

Pour mieux entretenir le patriotisme religieux dans le

cœur de ses enfants » la Synagogue a institué un quatrième sabbath, cmnn 'e, comme pour leur dire : Vous avez encore d'autres intérêts que ceux de la vie commune des hommes; vous avez encore une autre existence, d'autres jours , d'autres mois, d'autres saisons et d'autres dates, tout un ordre de choses antérieur et supérieur qui commence en Nisan , où s'ouvrent pour vous une ère nouvelle, un monde à part, un avenir immense de perfectionnement, de mérites et de grandeur. C'est de Nisan. que date votre élection comme peuple de Dieu , et c'est en ce mois que vous vous réunissez en famille sacerdotale autour de la sainte table de l'agneau pascal , autour du divin repas de la fraternité israélite et de l'alliance avee votre Dieu ! Et là, oubliant les préoccupations et les prévoyances de la vie ordinaire dont les soucis du lendemain augmentent les inquiétudes de la veille, vous consommerez tout ce qui vous sera offert , vous serez en habit de voyage, les reins ceints, le pied chaussé, le bâton à la main , prêts à quitter tout ici-bas pour vous diriger vers une patrie céleste et une nationalité spirituelle impérissable, qui vous est promise depuis le commencement des choses. Et alors viendra le sabbath hagadol^ le repos éternel , la félicité sans fin , la fête de la délivrance.

PÉTE DES SEMAINES. 153

nivuvn :in

/ 'rxai f» irai , i»:»a ^ix *rf«

La fête du six siwan a trois noms :

1* tns:im an Fi^/^ des semaines ^ puisque la loi ordonne ]e compter sept semaines » depuis le 16 nisanf jour de .'offrande de Vomert pour célébrer cette fête le cinquanième jour. (Lév., XXIII, 15-16.)

2* 'Vttpn an Fête de la moisson (Exode , XXXIII ,16), >u plutôt d'i'Toan di*» Fêle des prémices , jour où Ton a )ffert au Seigneur, dans le temple de Jérusalem , les preniers fruits de la terre.

3** n^in yrm pt Anniversaire de la promulgation de la

Les sacrifices de Vomer et des prémices ayant cessé stvec la destruction du temple, et l'époque de la moisson surrivant d'ailleurs bien plus tard dans les pays d'Occident qu'en Orient, cette fête a conservé sa troisième si- ^ification , jour anniversaire de la promulgation de la loi sur le Sinaï. (Sabbath^ 86 b.) Elle a également con- ^rvé son nom de Schabouoth a fête des semaines )> ; car, lit Maïmonide « à cause de sa grande importance , on compte les jours depuis la première fête (Pesach) jusqu'à :eUe-ci ; comme quelqu'un qui attend son plus cher ami 3t compte les jours et les heures. Voilà pourquoi nous

154 ir PARTIE. LE CULTE.

comptons Vomer depuis la sortie d'Egypte jusqu'au jour de la loi, qui était le vrai but de la délivrance, w {Moreh,

C'est un grand et immortel anniversaire , le jour où Dieu acheva la création de l'homme et du monde» en faisant descendre du ciel la vérité qui nourrit et la lumière qui éclaire. Pendant cette grande et auguste scène sur la montagne enflammée, la nature entière tremblait d'épouvante et poussait des lamentations , des cris de terreur, sachant bien que désormais son règne , le règne du matérialisme et de la force brutale, était à jamais brisé par le pouvoir surnaturel de l'idée et de la foi , qui venait envahir la terre au son de la trompette céleste et au bruit des éléments en fureur. Dans cette commotimi redoutable du 6 Sivan, les peuples, surpris et consternés, s'écrièrent : Le Seigneur veut-il nous replonger dans le chaos du néant et faire passer sur tout ce qui vit un noaveau déluge (a©*^ ii^i 'n) ? Non , répondit une voix d'en haut : •jpi*' ia5?Î5 ti? 'r\ « L'Éternel donne la force à son peuple !»

\\ venait révéler aux enfants des Hébreux De ses préceptes saints la lumière immortelle ;

Il venait à ce peuple heureux Ordonner de Taimer d'une amour étemelle.

Rabbi lochanan , fondateur du Talmud de Jérusalem et chef de l'école de Tibériade, dit :

« Lorsque le Très-Haut (béni soit-il!) voulut révéler la Thorâ, aucun oiseau ne chanta , aucun plumage ne remua , aucun animal ne fit entendre un son ; la mer s't^ réta dans sa course, la voix de l'homme resta muette, les anges étaient plongés dans le silence , les Séraphis* interrompaient leur trois fois saint, l'univers attendait..*

Alors résonna du haut du ciel la parole : « Je suis l'Éternel ton Dieu ! »

L'homme était déchu; il avait été chassé du paradis par le glaive flamboyant de la justice divine ; l'Éden lui était à jamais fermé, le verrou du péché placé lourdement sur la porte du temple. Alors Dieu lui ouvrit le sanctuaire d'Israël , orné des Tables de la vie , et le rendît maître du mal, comme il l'avait fait, aux jours de la création , souverain de la nature et des êtres vivants. Et ce sanctuaire , confié à notre garde et à notre fidélité , éclairé par ces deux grands flambeaux du ciel : le Pardon et la Rédemption , ce sanctuaire devait recevoir le genre humain tout entier. Il n'y avait pas là, comme ailleurs , des exclus et des admis , une distinction entre les a appelés )> et les a élus » ; mais tous étaient appelés , tous étaient élus, tous étaient égaux devant une religion qui n'était pas faite pour des saints et des anges , pour des solitaires et des misanthrophes , mais pour des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses , vivant ensemble dans une paix parfaite , et remplissant tous les devoirs sacrés de la fraternité humaine. Aussi la proclamation de cette religion n'excita-t-elle aucun doute , aucune hésitation, aucune division; on ne demanda point de prodiges pour croire au sermon de la montagne du 6 Sivan. Un oui immense, une acclamation unanime, répondirent à la parole de Moïse ; chacun sentit qu'il y avait là la vérité et le salut , la condition vitale de la société et l'avenir de l'humanité; et chacun dit dans le fond de sa consciences « Sans tes commandements, ô mon Dieu, les lois du ciel et delà terre ne pourraient pas subsister! »

mont de Sînaï ! conserve la mémoire De ce jour à jamais auguste et renommé ,

Quand , sur ion sommet enflammé , Dans un nuage épais le Seigneur enfermé Fit luire aux yeux mortels un rayon de sa gloire.

Les temps ont marché» des générations ont succédé à des générations, l'humanité a grandi et est devenue fière de sa virilité , de sa civilisation , du progrès toujours croissant de sa puissance et de son génie. Or, qui t donné à l'humanité cette civilisation y cette puissance et ce génie? Qui a fait de la société actuelle ce qu'elle est avec l'auréole de lumière autour de son front , ce qu*elb espère devenir avec l'auréole de sainteté autour de 8t conscience? Quelle est la base de notre état social ri avancé et si splendide ? Quelle est l'idée qui germe dans son cerveau 9 quel est le sang qui circule dans ses veines, quel est l'écho du passé qui fait tressaillir tous ses nobles instincts , quelle est la voix de l'avenir qui fait vibrer et battre son cœur? C'est le judaïsme.

C'est le judaïsme qui a enseigné aux hommes l'existence d'un Être Suprême, c'est-à-^dire l'encouragement à tout ce qui est bien et vertu , l'amour de tout ce qui est beau et juste , noble et grand ; c'est-à-dire aussi It sainte ambition et le devoir de monter si haut sur l'échelle de la perfection , de marcher si droit dans la clarté morale et intellectuelle , qu'on devienne réellement l'image du Créateur, le reflet de son âme , l'étincelle de sa lumière, le souffle de son immortalité.

C'est le judaïsme qui a donné aux hommes les lois so* ciales , la pureté de la vie de famille, l'amour du prochain , le respect du bien d'autrui , les dix Commande ments, et toutes les mœurs polies et honnêtes qui coiH

stituent la civilisation. Les peuples les plus civilisés et les plus avancés en toutes grandes choses ne sont-ils pas ceux qui se sont le plus et le mieux approprié l'esprit, la pensée et les aspirations Israélites?

Aussi que de puissantes sensations, que de douces et saintes émotions le souvenir de la Révélation fait-il naître dans toute âme israélite! Cette montagne enflammée, ces éclairs qui sillonnent la nue, ce tonnerre qui gronde dans Tespace, ces éléments en fureur, ces trompettes invisibles qui portent au loin la terreur et l'épouvante , ce ciel ouvert et ces anges en prière et en adoration , ce peuple prosterné, silencieux et tremblant au pied du Sinaï, cette attente et ce frémissement, et enfin, — ô mystère auguste et inexprimable ! — cette apparition de Dieu à quelques faibles mortels , cette voix divine qui dit à Israël en peu de mots toute la loi de l'humanité dans le présent et dans l'éternité, et toute cette grande scène lorsque, a 6 Seigneur, tu marchas devant ton peuple, et que la terre fut ébranlée et que les cieux fondirent devant le Dieu de Sinaï, devant le Dieu d'Israël » (Ps. 68, 8) : n'est-ce pas là un spectacle qu'aucune autre religion ne peut montrer, un poëme qu'aucune imagination ne peut concevoir, une gloire que rien ne peut égaler, une lumière que nulle société n'a vue , une vérité que tous les siècles réunis , que tous les esprits en travail , que tous les génies dans leur plus sublime essor n'auraient su découvrir, et dont ils n'auraient pu supporter réclat!

Voyez ce peuple d'esclaves affranchis. Les plus mauvais instincts doivent germer en lui ; il a faim et il a soif, il n'a ni gîte ni asile , il est brûlé par le soleil du Jour et glacé par le froid de la nuit. Privé depuis si longtemps

de tous les besoins et de toutes les satisfactions de la vie, il doit avoir hâte de sortir du désert, de quitter cette misère et cette désolation , de conquérir un peu de pain et un peu de repos, de jouir avec liberté ou de se plonger dans le désordre. Eh bien! il va à la conquête de quelques paroles ! Son expédition et ses souffrances ont pour but la possession d'un rocher !

Mais ces paroles sont la nourriture , la richesse et la force de l'humanité ; mais ce rocher est le monument impérissable , le sanctuaire illustre où Dieu , en y reposant un instant sa majesté et ses rayons (ina^ji û^^nix nan '«r), a gravé ces mots immortels : « Vous serez à moi un peuple choisi entre tous les peuples, un royaume de pontifes et une sainte nation. » De ce rocher datent la régénération du monde et son salut ; de ces paroles découlent i» source de notre vie et le feu de notre âme. Ce rocher et ces paroles sont le temple et la Divinité invisibles à la société jusqu'au jour mémorable où Israël, inaugurant sa mission sacerdotale , a offert à la vérité , au pied de l'Horeb, le premier sacrifice de foi, d'amour et d'adoration. Dès ce moment et à jamais, l'homme, comme Adam après le péché , voit qu'il est nu tant qu'il se dérobe à rÉternel , au Dieu et à la croyance de nos pères !

L'anniversaire de la Révélation fut célébré par nos pères avec une grande magnificence. Déjà, trois jours auparavant, toute maison israélite prenait un air de fête, et une sainte joie remplissait le cœur du plus pauvre d'entre nous. Les jeunes gens couraient en chantant dans les bois et les jardins couper des feuillages et des fleurs pour orner le temple et la maison paternelle ; et pendant que lés jeunes filles tressaient des guirlandes et des cou-

ronnes, les mères de famille préparaient le repas, les lumières et les vêtements de fête. Une pieuse et charmante émulation animait toutes les âmes et activait toutes les mains ; les préparatifs se continuaient jusqu'à l'heure solennelle de l'offièe divin. Le soir, des groupes de fidèles de dix à trente personnes se réunissaient au siège des confréries , dans la maison du rabbin et des Israélites les plus honorés , pour réciter jusqu'à l'aube des prières , des psaumes , des chapitres de l'Écriture et de la Mischna. Personne ne voulait dormir pendant cette nuit sacrée ; chacun voulait saluer le soleil du Sinaï et le Dieu se révélant à son peuple ; chacun croyait entendre les trompettes célestes, la voix du Très-Haut et ce serment de nos pères : « Tout ce que le Seigneur dira, nousl'accomplirons ; » chacun se rendait avec empressement au sanctuaire , se disant :

Oui, je viens dans son temple adorer TËtemel; Je viens, selon Tusage antique et solennel, Célébrer «vec vous la fameuse journée Où sur le mont Sinaï la loi nous fut donnée.

Et pendant le service divin du matin , quel frémissement parcourait le rang des croyants et comme battaient leurs cœurs lorsque l'officiant entonnait le nœa 'ii'^i pai drn i» %in •)» , ou qu'il chantait l'auguste cantique de nna^Tp» , ou récitait avec une voix émue et tremblante le grand chapitre du Décalogue , ou qu'on ouvrait l'Arche

sainte pour dire : his^ n^tt35> usbwi niK^a w© tK Ah! que

tout cela était beau , grandiose , sublime !

La solennité du siwan a inspiré à une pieuse fille d'Is-

raël (^) les pensées suivantes^ qui sont dignes d'être accueillies et méditées par tout cœur vraiment israélite :

Nous venons de célébrer la'fête de Schabouoth , la fête de la Révélation , où Israël reçut au pied du Sinai la loi divine qui est la vie et la lumière du monde ; — la fête des Prémices , où nos pères apportèrent sur Tautel du Très-Haut les premières fleurs et les premiers firuits de leur terre fortunée ; — la fête de Ruth , où la charité israélite montra dans les champs de Booz un spectacle touchant et ravissant. Dans cette triple solennité du six siwauy nous voyons encore, comme dans les pains azymes de la soirée de Pesach, les trois colonnes fondamentales sur lesquelles, suivant un docteur de la Synagogue, repose le salut de l'univers : la loi sur la sainte montagne, le culte dans les offrandes de Jérusalem , la charité chei les moissonneurs de Beth-Lechem. C'est ainsi que l'unité et la présence de notre foi se retrouvent dans les paroles de nos sages comme dans les pratiques de notre culte, paroles et pratiques qui ont partout leur utile application, leur signification profonde, leur lumineuse et immortelle vérité.

Le souvenir des scènes grandioses du Sinaî, scènes qui laissent infiniment derrière elles toutes les conceptions poétiques anciennes et modernes, ce souvenir a de quoi enorgueillir Israël et l'élever au-dessus de toutes les misères et de toutes les grandeurs de la terre : « Vous me serez un royaume de pontifes et une sainte nation ! » Voilà l'élévation d'Israël proclamée , au milieu du tonnerre et des éclairs, par la même Divinité qui avait dit:

{*) Mi^« Julienne Bloch. Ce qui suit a été écrit au mois de juin M17 (1857).

Que la lumière soit ! Voilà les titres de noblesse de notre race, qui font bien pâlir toutes les qualités et dignités sociales que Tinjustice et la barbarie des siècles nous avaient révisées, que beaucoup de pays intolérants refusent encore à nos frères ! Voilà les lettres de noblesse qui , en nous imposant beaucoup d'obligations , de devoirs » de sacrifices » de soufiBrances , nous donnent aussi des droits à un grand et brillant avenir dans les destinées de l'humanité.

Le souvenir de l'offirande des Prémices au sanctuaire de Jérusalem nous retrace les beaux et bienheureux jours de notre histoire religieuse. Un immense mouvement se produisit dans la Judée » les habitants se réunirent dans les villes principales, passèrent la nuit sur les places publiques en chantant et en priant; le matin, le chef de la communauté leur dit : <( Allons , montons à Sion, au temple de l'Étemel notre Dieu! » Le cortège des croyants se forme , des bœufs aux cornes dorées, et la tête ornée d'une couronne de branches d'olivier, marchent devant ; les flûtes et les tambourins retentissent, l'air résonne de ôris de joie et d'allégresse ; le bonheur et la félicité éclatent sur tous les visages. Arrivés aux portes de Jérusalem, les pèlerins sont reçus par les officiers et les administrateurs du temple; les corps d'artisans, en habits de fête et déployant la bannière de Juda, viennent au de- ^vant d'eux, et de mille bouches sort ce salut: «Frères, «oyez lefs bienvenus ! » La musique et la procession marchent à travers les rues jonchées de fleurs, tendues de Bplendides étoffes , animées par un peuple heureux et Mige. Arrivé à la sainte montagne, chacun, même le roi Agrippa, prit sa corbeille d'offrandes sur l'épaule et

tnarcha vers le parvis du sanctuaire , où un chœur de

162 ir PARTIE, — LE CULTE.

milliers de lévites entonna le cantique: «Je te chante, Éternel , toi qui m'as sauvé et n'as pas permis que mes ennemis triomphassent de moi. » Et après que les o^ firandés furent déposées par le pontife sur l'autel du Seigneur, les fidèles firent monter au ciel des actions de grâces en racontant la servitude d'Egypte , la délivrance miraculeuse de nos pères et la conquête du pays de Canaan , où coulent des ruisseaux de lait et de miel... Mais pouvons-nous raconter sans une vive émotion , sans larmes et sans douleurs , ces splendeurs de notre culte antique 9 ces grandes et augustes cérémonies » où prince et peuple étaient confondus dans une seule et même adoration , dans un seul et même amour pour notre Dieu et notre foi, où tous les cœurs battaient, où tous les yeux rayonnaient , où la renommée et la gloire d'Israël remplissaient l'univers ! ... Et combien ne devons-nous pas chercher à ramener ces temps glorieux , ces triomphes de notre culte, cette élévation de notre race, à fiedre cesser le deuil de la Synagogue , à enlever l'arche sacrée du modeste abri que l'exil lui a réservé , pour la recoBduire puissante et victorieuse dans la cité du Seigneur, à rendre enfin au judaïsme sa place dans le monde, à notre croyance son trône dans les esprits, et à notre Dieu ses hommages parmi les nations!...

L'histoire de Ruth, cette ravissante idylle que le Par* nasse nous envie , montre comment , au milieu des idtf grandes afflictions, les espérances messianiques penveot naître et s'accomplir ; comment surtout il faut agir, lut* 1 1 ter, vivre et croire, pour amener et mériter cet accoar m plissement. La famine était en Palestine et força une ft^ I i mille de Beth-Lechem-Jehuda d'aller s'établir dans qd» |;

FÊTE DES SEMAINES. i63

contrée de Moab. Déjà, au temps de Jacob ^ la famine avait conduit les enfants du patriarche vers l'Egypte pour chercher du pain. Hélas! la famine, les besoins du corps, les convoitises des yeux et du cœur, le matérialisme enfin, ont souvent fait déserter à l'Hébreu son Canaan céleste pour courir, en dehors de sa sphère divine , de sa destinée et de sa mission spirituelles, après des satisfactions , de Tor et des jouissances qui souvent lui apportent Tesclavage, la misère et la mort...

La famille d'Elimelech fut cruellement éprouvée ; le père et les fils,- la colonne et l'espérance de la maison , périrent, et alors la pauvre veuve, Noémie, se leva, accompagnée de ses deux belles-filles, pour retourner dans le pays de Juda , «( où Dieu s'était ressouvenu de son peuple pour lui donner du pain » . Ici nous assistons à une scène admirable , à une lutte sainte et sublime entre la malheureuse mère et ses deux brus, auxquelles elle ne veut pas permettre de partager son triste sort. Orpa fut ébranlée et retourna à ses dieux ; Ruth , sortant victorieuse du combat, marcha vers son radieux avenir.

Je ne puis m'empécher de voir dans ces trois femmes, placées sur la route de la terre promise, trois grandes et poétiques images dont l'éclat me frappe vivement. La vénérable et douce figure de Noémie me semble représenter la religion Israélite qui, errant dans l'exil, a tout perdu, patrie , richesse , puissance , famille , ayant ses enfants dispersés dans les tombes et dans les chaînes , devenue elle-même un objet de pitié, de mépris, souvent en butte aux cruautés des passants. Orpa, c'est V incrédulité avec ses aspirations matérialistes, qui se laisse facilement détourner d'une religion qui n'a à lui offrir ni fortune , ni grandeurs , ni plaisirs du monde ; l'incrédulité , qui ne

croit point à l'avenir de cette fille du ciel» qui, en haillons aujourd'hui ^ sera demain la reine de l'humanité ! ••. Mais Ruth f voilà la foi^ la croyance forte et inébranlable qiû accepte le sacrifice et le martyre, au-dessus desquels elk voit la palme de la victoire ; la croyance qui aime mieui glaner quelques pauvres épis sur le sol sacré du Judaïsme que de jouir de toutes les délices éphémères dans les palais du paganisme. Aussi dit-elle à la religion d'Israël : Où tu iras j'irai , où tu t'arrêteras je m'arrêterai; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu mon Dieu; même si tu pouvais mourir, je voudrais mourir avec toi et partager ta tombe plutôt que de vivre en dehors de tos sanctuaire , étrangère à ta vérité , éloignée de ta lumière!... Aussi David est-il né de Ruth, comme le Mes* sie naîtra de la Foi...

Nous voilà dans les champs de Booz, où la Providence a conduit les pas de la jeune et vaillante Moabite, dev^ nue une pieuse fille d'Israël. Le maître arrive*. •; mais, au lieu de jeter à ses ouvriers un regard d'orgueil ou une parole de commandement hautain, il les salue avec bonté, et leur dit: «Que l'Étemel soit avec vous!» Voilà les gracieuses et nobles mœurs de la civilisati(» Israélite , où la servitude est abolie , où la pauvreté a perdu ses douleurs et ses désespoirs , où l'égalité morale et spirituelle efface toute autre distinction que celle du mérite et de la vertu. Et, en apercevant la mendiante étrangère ramassant les épis oubliés par les moissonneurs, rougit-il de cette parente malheureuse comme tant de familles opulentes , et lui offire-t-il avec dédain une aumône humiliante? Non , il lui adresse les paroles les plus encourageantes et les plus consolantes , Tinvite

à prendre part au repas, l'engage à revenir souvent chercher tout ce dont elle aurait besoin pour vivre , lui fait des éloges sur son attachement à sa belle-mère , et lui donne cette belle bénédiction : « Que TÉternel te récompense pour ta conduite , et puisse cette récompense être complète de la part du Dieu d'Israël , sous les ailes duquel tu es venue Vabriter! w Voilà comment le vrai Hébreu, le véritable homme de bien, accueille le pauvre et lui cache son infortune sous les fleurs de la divine charité et de l'amour du prochain le plus délicat et le plus affectueux. Au lieu de recommander à ses gens de fermer la porte aux malheureux, Booz leur dit de laisser Ruth cueillir du blé partout où elle voudrait, de lui abandonner môme des gerbes déjà attachées, et de ne point la rudoyer ni l'humilier. Voilà comment la bienfaisance d'Israël ne cherchait pas seulement à satisfaire les besoins matériels du pauvre , mais s'efforçait aussi de relever son esprit abattu par des paroles douces et bienveillantes , par des procédés qui embellissaient et rehaussaient les vertus de nos pères. Aussi Booz , pour avoir permis à une pauvre femme de cueillir du blé dans ses moissons et de s'asseoir à sa table, eut-il la gloire de donner le jour à David, qui cueillit des lauriers dans les champs de bataille des Philistins et s'assit sur le plus brillant trône de Tantiquité.

Ruth , pour laquelle le temps des épreuves était terminé, célébra son union avec son bienfaiteur, et bientôt son bonheur fut au comble par la naissance d'un fils. A cette occasion , les femmes de Beth-Lechem félicitèrent Noémie en ces termes : « Béni soit l'Éternel qui t'a accordé aujourd'hui un appui ; puisse son nom devenir ce-

lèbre en Israël » puisse-t-il soutenir ton âme et nourrir ta vieillesse ! »

Je dis à mon tour : Puisse cette histoire de Ruth soutenir l'âme d'Israël et nourrir sa vieillesse par les grandes leçons qui en découlent » par les sublimes vertus qu'elle enseigne et fait admirer, par les divines consolations qu'elle fait naître dans notre cœur, par la grâce et l'amour de Dieu qu'elle montre avec éclat sur chacune de ses pages! Puisse cette histoire fermer à jamaîsnotre esprit au doute et au désespoir, en nous montrant la misère, l'exil, le malheur, mais aussi la foi et l'espérance dans le premier chapitre ; la lutte, le travail, le courage et la persévérance dans le suivant; la récompense et le triomphe dans les demi ers ! Et répétons avec une in^ branlable et sainte conviction :

Béni soit l'Éternel qui ne nous laissera pas manquer de gôëlf de libérateur à Israël !

ROSGH HÂSGHANA. 167

aOSOH H ASOHAM A. — MOUVSZi AN.

Le nouvel an Israélite, le 1" Tischri, est le jour auguste et redoutable où, d'après nos croyances traditionnelles, Dieu juge les hommes et fixe leurs destinées selon leurs œuvres (*). Pour préparer ses enfants à ce jour

(*) L'Ëcriture sainte , qui indique la cause et le but do toutes les autres fêtes , dit seulement du 1" Tischri : a Que ce jour soit pour vous un repos, un souvenir de Trouàh (trompette), une sainte manifestation » (Léyitique, XXIII, 24). Ce silence sur la signification de cette fête annoncée si lolennellement , est un indice des plus graves en faveur de la tradition. L*opimon émise par certsûns écrivains que le septième mois devait avoir son importance comme le septième jour et la septième année, ne suffit pas pour expliquer et motiver celte grande solennité, cette ce manifestation sainte v, d'autant moins que le repos agricole de la septième année n^étdt pas célébré par une fête comme le premier jour du septième mois. Dans tous les cas il n'y aurût là qu'une analogie sans cause réelle. Le septième jour {aahbath) est un repos pour Thomme ; la septième année {êchemita) , un repos pour la terre ; la cinquantième année — sept fois sept — {yohel) , un repos pour Tesclave qui recouvre sa liberté , un rétablissement pour le champ aliéné qui retourne à son ancien propriétaire ; le cinquantième jour — sept semaines — après le 16 Nisan , est la fête des Prémices. Mais Tanniversûre du septième mois, quel souvenir rappelle-t-il , quelle idée représente- 1- il , si ce n'est le souvenir et l'idée du jugement de Dieu , révélés par la tradition ?

Au retour de l'exil de Babylone, Néhémias, Esdras et les docteurs de la loi, ont invité le peuple à célébrer le premier et le deuxième jours de Tischri, et lui ont dit trois fois : a Ce jour est sacré à l'Ëternel. » (Néhémias , YIII , 9-13.) 11 n'y est pas question d'un a souvenir de trompette », On connaissait donc d'autres causes traditionnelles pour la gravité et la sainteté de cette fête.

sacré et les mettre à même de se recueillir, de se corriger, de se convertir au bien , de se présenter repentis et améliorés devant le tribunal suprême , la Synagogue a institué les jours des Selichoth , Jours de prières , d'examen de conscience et de réparation. Elle semble nous dire :

Bientôt la terre aura achevé son année de travail et de production ; elle aura donné à Thomme tout ce qu'elle pouvait lui donner ' ses fleurs, ses fruits, ses riches moissons, tous les biens qu'elle a portés et fécondés dans son sein maternel , déchiré par le fer de la charrue et foulé par le pied vigoureux du bœuf de labour. La terre aura tout donné à l'homme ; mais l'homme , qu'aura-t-il donné à Dieu ?

Cependant lui aussi a reçu d'en haut les rayons d'un soleil éclatant, — son âme immortelle, — la chaleur vivifiante du sentiment et de la foi , la rosée fécondante et consolatrice des larmes du repentir, les brises célestes et le souffle divin de toutes les nobles inspirations. Le divin Laboureur lui a prodigué tous les soins et toutes les affections, l'a gardé jour et nuit des atteintes du mal, a veillé à sa culture avec l'amour d'un père et la tendresse d'une mère , a mis sa science et son bonheur à produire en lui des fruits plus suaves que ceux du Paradis et une abondance d'impérissables bénédictions; mais l'homme, qu'a-t-il donné à Dieu? Où est sa moissont où sont les produits de la semence répandue par le suprême Semeur dans son esprit et dans son cœur?

Et pendant que l'homme récolte les trésors de la terre, compte ses gerbes, mesure son vin, jette un regard de contentement et de joie sur les richesses qui entrent dans sa maison et y apportent le bonheur et la vie , faut-il que

ROSGH HASGHAIU. 169

le Cultivateur divin se contente de compter pour toute moisson les jouissances sensuelles auxquelles l'homme s'est livré , durant la I)elle saison , dans les voyages par terre et par mer, dans le séjour enivrant des sourcea thermales , sur le bord des fleuves visités par les chants et dans les vallées parftimées de fleurs , et qu'il contem* pie sans cesse les ravages douloureux que les tempêtes des passions et toutes les épidémies morales font sur son domaine , sur l'homme , dont l'àme devrait être l'Ëden des anges et la demeure du Très^Haut !

La religion israélite , admirable en toutes choses , op* posant parti^ut le remède au mal , la lumière aux ténèbres , a porté sur cette époque de l'année sa plus puissante sollicitude. Elle s'est dit, comme Job après le festin de ses fils : ce Peut-être mes enfants ont-ils péché et blasphémé Dieu dans leur cœur. )>

Et alors elle a institué» à côté de la moisson de la terre, une moisson spirituelle de pénitence, de rénovation et de sanctification , où l'homme doit offrir à son Créateur tout ce que son amour et sa foi , tout ce que son es* prit et son cœur peuvent produire de fiiiits célestes et de biens immortels. Mais l'herbe sèche, la fleur tombe , le moment approche où le champ sera dépouillé de sa parure , le ciel privé de son splendide astre , où toute la nature deviendra silencieuse et muette et descendra dana la tombe. Alors l'Israélite, le premier jour d'Eloul, se lève et dit : ce L'Eternel est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je peur? L'Eternel est le bouclier de ma vie: devant qui tremblerais-je ? » (Ps. XXVIL)

Tout redevient désert et solitude. La prairie émaillée de fleurs sera bientôt couverte d'un linceul de neige ; Tarbre chargé de pommes d'or et brillant d'une jeunesse

splendide ressemblera à un squelette sans chair et sans vie ; au ciel même auront disparu Taznr du jour et les riantes étoiles de la nuit » pour ne montrer qu'une voûte sépulcrale pleine de tristesse et de deuil. (( C'est pourquoi je demande à l'Etemel avec instance de demeurer dans la maison de mon Dieu tous les jours de ma vie » de contempler la grâce du Seigneur en séjournant dans son sanctuaire. » Là sont un étemel printemps et une éternelle moisson ; là le soleil ne se couche point et la nuit est inconnue ; là les tempêtes se taisent et les haines s'arrêtent , la glace se fond et l'amour renatt , et les chœurs séraphiques chantent la paix de la terre et l'harmonie des cieux ! . . .

Le premier jour des Selkhothj Israël se lève comme un seul homme 9 bien longtemps avant l'aube du jour» pour offrir sur l'autel du Très-Haut le pur sacrifice de son amour et de son adoration. Ces dévotions matinales exercent sur la vie religieuse israélite la plus puissante et la plus heureuse influence. Elles produisent une régénération merveilleuse dans le cœur du croyant ^ une sanctification dans la maison , une élévation dans la ftmille 9 une espérance et une félicité dans l'âme des vieillards 9 des femmes et des enfants » un céleste ennobli^ sèment de toutes les pensées et de tous les actes. Chacun en Israël, observant ces saintes et vivifiantes traditions t peut se dire : '»n'npn w'm pi m^i te^rhiK •'b «•la "imo ai « Dieu a créé en moi un cœur pur et a renouvelé en moi un esprit de droiture. )> En répétant si souvent tous les matins les sublimes attributs du Seigneur, sa miséricorde , sa longanimité , son indulgence pour le pécheur et le coupable, etc., l'Israélite ne peut manquer de de-

ROSGH HASGHÂNÂ. 171

venir lui-même bon envers son frère , charitable envers le pauvre , indulgent pour les fautes de son prochain. Aussi ces prières de Selîchoth étaient-elles toujours accompagnées d'aumônes, de jeûnes, de pénitence» de saintes résolutions , de nombreux actes de piété et de bienfaisance 9 qui préparaient dignement l'Israélite au grand jour du Jugement. Heureuse époque de Tannée où la force morale , la vie spirituelle , Tardeur et la lumière de la foi inondent la communauté du Seigneur!

Notre tradition dit :

€c Les mots du Cantique: •^i ^yn^ •tii'iî) "ts» (« Je suis à mon ami et mon ami est à moi ») ont pour initiales h)bi^ (Elloul)f et les lettres finales produisent le nombre de quarante, qui rappelle les quarante jours qu'on compte depuis le premier jour du mois d'EUoul jusqu'au Yom Kippour. Le verset ysix aa^ n«i «Tan^ mk ynhv^ 'n bai a également des initiales qui forment le mot Elloul , car ce mois est propice à la pénitence. Et puisque c'est le dernier mois de l'année , il convient de l'employer à réparer le mal qu'on a pu faire pendant l'année entière, afin qu'on n'arrive pas à Rosch Haschanà, jour de justice, chargé de mauvaises actions. Heureux l'homme qui en ce mois pleure ses péchés et les confesse ! car ces jours sont sacrés en eux-mêmes , jours de grâce pendant lesquels Moïse était sur le Sinaï et obtenait le divin pardon pour les péchés de son peuple. Aussi quiconque fait pénitence dans le mois d'EUoul peut espérer les faveurs de Dieu et la vie. éternelle. »

L'heure de la grande convocation sonne. Le sanctuaire est paré de ses splendides vêtements de fête , un

172 11' PARTIE. — LE CUi-TE.

rideau de drap d'argent couvert de riches broderies descend sur Tarche sainte » mille lumières inondent les parvis sacrés de. leurs feux éblouissants , les officiants et les lévites vêtus de blanc sont à leur place, un frémissement d'en haut parcourt le temple et les rangs des fidèles: tout s'anime d'un souffle divin » tout annonce Tapprodie du Seigneur.

Et le nombre des croyants ne cesse d'augmenter , les hommes les plus éloignés de la maison de Dieu et de toute vie Israélite se rappellent » en ce jour du souoemry les pieuses habitudes de leur enfance » les saintes coutumes de la maison paternelle » les douces paroles de leur mère » les dernières exhortations de leur père sur le lit de mort ; et ils viennent » au milieu de leurs frères, écouter avec bonheur des accents qui les reportent as ciel de leur vie d'enfant, s'enivrer avec ravissement de mélodies qui leur semblent venir d'un monde meilleur, entrevu à l'aube de leur existence, verser des larmes de regret , de repentir , d'attendrissement , se prosterner avec amour devant cette divine religion qui les a fidts si grands parmi les grands de la terre , ou les a si teiH drement consolés et soutenus au milieu des épreuves et des douleurs. Le soldat décoré de l'étoile de ITionneur ou orné des insignes du commandement vient s'humilier devant le Dieu des armées et déposer sur son autel le signe de gloire qu'il a conquis sur le champ de iMh taille. Le riche capitaliste, l'homme du monde, le savant , le magistrat , le dignitaire de l'Etat , tous viennent à cet auguste rendez-vous de Rosch Haschanâ, vers lequel les poussent la voix de leur conscience , le besoin de leur âme, une puissance invisible qui descend du ciel et sort de la tombe de mille générations mortes

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dans la vérité et pour la vérité. La religion d'Israël célèbre le retour de ses enfants et les presse sur son cœur divin. 9.

On a souvent démontré le caractère universel et la pensée sociale du judaïsme, non-seulement de ses dogmes et principes fondamentaux , mais aussi de ses cérémonies et pratiques religieuses ; la grande solennité du jour de Tan israélite est l'anniversaire de la création du monde et de rhumanité.

Seulement, comme la race d'Abraham représente les principes éternels qui sont la base de ce monde , et doit représenter la perfection morale de cette humanité, créée à l'image du Seigneur, la fête du premier Tischri est «( une loi pour Israël , un décret du Dieu de Jacob » apan ^ivA tsM» «nn hvo^'^i pn "^a. Mais tout le genre humain y est intéressé : les sons du Schofar s'étendent au delà des murs de la Synagogue.

La fête du premier Tischri s'appelle :

1* Wissti tt)M'n Commencement de Tannée ;

2* ii-ûtn ûT» Jour du souvenir ;

S* nTors di*» Jour de la trompette.

Le mois de Tischri s'appelle dans l'Écriture sainte crwwn rm « mois des forts» (I,Rois, VIII, 2)(*); ces mots signifient aussi naissance des éléments (Voy. Wessely à Lev. XXIII , 24), c'est-à-dire commencement du monde. Au milieu de tous les travaux et progrès accomplis par les hommes, des merveilles créées par leur main et leur génie, et des enivrements qui en sont la suite , l'israélite

(•) Le Targum dit : TOanp «nn*» tri i-ï^pi «•^p'^n»'» «m*^, et le Tahnnd ajoute : \&\9 «^^n*^» *ia T-^*i3tt) n^^ « le mois où forent nés les forts da inonde , les patriarches. » (n"*t , p. il a.)

célèbre la création du ciel et de la terre , et rend hommage à TAuteur de tout ce qui est et de tout ce que les hommes peuvent produire par sa volonté et les lumièreè qu'il daigne leur dispenser.

Célébrer Tanniversaire de la création , c'est reconnaître et proclamer Dieu , c'est briser l'idole de l'orgueil et de la déification humaine, c'est oflRrir un sacrifice d'amour et de gratitude à Celui de qui nous tenons tout bien et toute intelligence, c'est sanctifier même les œuvres de l'homme en les rattachant aux œuvres du Très-Hant, comme un reflet de sa lumière, comme une étincelle de sa pensée , comme un rayon de sa puissance ; en on mot , c'est restituer au ciel la gloire si souvent usurpée par la terre.

Comme anniversaire de la création , la fête du nouvel an a pour but de nous replacer dans l'état primitif du monde , dans l'état de la pureté , de la simplicité et de l'innocence. Le Rosch Haschanâ est le premier jour de pénitence , et la pénitence c'est le. retour au premier état de la vie. Aussi le jour du Pardon , le Kippour, esfr41 appelé par le prophète , nouvel an m^rrh «rw^a rown «ro (Ézéchiel, XL, 1), parce que l'homme, par Texpiatioii et le divin pardon , renaît en quelque sorte à la vie , et reçoit comme un nouveau cœur et une nouvelle âme, •^n^n w'm p5 myy. La solennité du premier Tischrî doit donc être la fête , non-seulement du commencement de l'année , mais surtout du commencement de l'homme.

Jour du souvenir, le Rosh Haschanâ nous rappelle que Dieu se souvient delà conduite et des actions de l'homme, et les juge. Le livre de la vie et le livre de la mort sont ouverts sous son divin regard, et les mortels et leurs œuvres comparaissent devant son tribunal , et reçoivent

ROSCH HASCHANA. 1 75

leur récompense ou leur châtiment. Le fils d'Adam a beau se cacher et s'oublier au milieu des fleurs de son existence : la voix de rÉternel se fait entendre , forte et redoutable , à travers TÉden de toutes les jouissances , et lui dit : « Ayekâ où es-tu ? As-tu mangé de Tarbre que je t'ai ordonné de ne point goûter? » Mais si le Juge suprême se souvient de nos fautes » il se souvient aussi de notre bonne volonté , de nos efforts pour le bien , des vertus de nos pères » de notre grand et glorieux passé , des souffrances et des persécutions que nous avons endurées pour la gloire de son nom et la défense de sa parole.

Jour de la trompette^ le Rosch Haschanâ. réveille l'homme de son sommeil et de ses rêves, et lui dit : « Réveillez-vous , sortez de votre léthargie ! Examinez vos œuvres , faites pénitence et pensez à votre Créateur ! vous tous qui oubliez la vérité au milieu des frivolités de la vie, et qui errez toute l'année avec des pensées vaines et futiles , ne produisant aucun bien, ayez pitié de votre âme (taa'^nittMDaî» •©•^an) ! Changez votre voie et améliorez votre conduite ; que chacun abandonne la mauvaise route et les mauvaises pensées ! » (Maïmdnide , III , naicn 'n) Et le Prophète s'écrie : imrv^ v& ^\yv$^ «nfiH» s^prr» bK H Quand le Schofar retentit dans la ville , le peuple ne tremblerâi1>-il pias ! » (Amos, III, 6.)

Ces trois significations de la fête sont exprimées par ces trois termes : nin»iw , ma-^^t , try^Aia , qui répondent aux trois principes fondamentaux du judaïsme, savoir :

i • nroin, le principe de l'existence de Dieu — rmi» nw»:»;

2* rviii^t , le principe de la récompense et du châtiment (immortalité de l'âme) — W5wi ^o» ;

3* r.i^rw, le principe de la Révélation — tanownpmnn-*).

Par le cantique de isn irwb re»b vte, dont les premiers mots proclament déjà que Dieu est le souverain de tout ce qui est dans le ciel et sur la terre , commencent les rrro}m , la reconnaissance envers l'Être suprême. Nous y exprimons notre gratitude d'avoir le bonheur d'être Israélites, adorateurs du Dieu-Un , appelés , par la conservation et la pratique de sa sainte loi , à répandre la lumière et la connaissance , le salut et la bénédiction parmi tous les peuples delà terre, afin que4e règne de Dieu devienne universel.

Or, de même que les serviteurs d'un roi terrestre se réunissent le jour de l'an autour de leur maître pour im témoigner de nouveau leur fidélité et leur dévouement* les Israélites s'assemblent le Rosch Haschanà dans la maison de leur Seigneur et Roi , pour lui rendre hoioamage et pousser ce cri de joie : « L'Éternel régnera à jamais! « 'isi th*\slb ^to*» "^^ — A ce sentiment de bonhenr de posséder la croyance du Dieu-Un et unique , s'ajoute la douce espérance que cette foi deviendra un jour le par tage de toutes les nations , ainsi que l'annoncent ces paroles du psalmiste : « Le règne appartient à rÉtemel , il domine sur tous les peuples. » d'^iia iwiai n^'ixin rrt -o— <c Et l'Étemel sera roi de toute la terre ; alors l'Étemel sera un et son nom sera un . » *mx latt}"? nrw "^^ mm awin wra mti. — C'est ainsi quel'israélite, tous les ans au jour de Rosch Haschanà , confesse Dieu et puise dans cette cûnfession

(•) Voyez m'nan «nan par M. H. J. Schûtx, p. 115.

ROSCII HASCHANA. 177

la vive espérance que les divines promesses s*accompliront. En entrant dans une nouvelle période, il espère et il attend l'époque du règne de Dieu sur la terre , pour la prochaine arrivée de laquelle il élève son cœur et son âme vers le Très-Haut en disant : •^'r© niDian ûin» ipni « Par le règne du Tout-Puissant , le monde sera sauvé ! »

Les nw'TDt, qui répondent au principe de la récompense et du châtiment, commencent par cette prière : ûbw m»»» ^*M nnK « Tu penses à toutes les œuvres de Tunivers et tu te souviens de toutes les créatures des âges passés ; tous les secrets te sont connus , ainsi que les mystères , depuis le commencement, » Dieu sait tout. « Il est grand dans le conseil , dit le prophète , puissant dans l'action ; il voit le chemin de tous les enfants de l'homme, et il donne à chacun selon sa voie, selon le fruit de ses œuvres. » wnp6 'T'r» ^itt)» ni^^i^n n^n n^n irra T»btox3 '«'«3'\ ^3*1^ lO'^bA hrà ûiK "^sn 'on'i ïd te (Jérémîe, XXXII, 19.) Ces pensées sont au fond du jour du Souvenir ii-TDtn û'i't. A l'examen de notre passé , au souvenir de nos fautes, le premier jour de l'an doit nous rappeler que Dieu sait tout, qu'il juge, récompense et punit les humains , mais qu'il est aussi plein d'amour et de bonté, ainsi qu'il est dit (Ps. 89, 15) : « Le juste et la justice sont les fondements de ton trône ; la grâce et la vérité précèdent ta face. » y^^t *yjû^^ noxi ^ton syxo^ p» aswQi p^ Nos docteurs disent aussi : « Le Saint (béni soit-il) réunit la miséricorde à la justice, w"}*»*!» mxh d'namn nnntp» t%2rpn. — Ce jour doit donc nous rappeler encore que cette hÛt séricorde et cet amour de Dieu ne veulent pas la perte

i78 II* PARTIE. LE CULTE.

et le malheur des humains , mais qu'ils vivent , qu'ils soient heureux, et que nous profitions de cette sainte solennité pour revenir à lui , afin qu'il se souvienne de nous avec bonté , et ait pitié de nous comme un père a pitié de ses enfants ; car le Seigneur dit : « Faites-moi entendre des paroles de souvenir, afin que votre souvenir monte à moi en bien. » ^^y^ winat "liti i^a» : ro^pn *«»

Les versets de niai'nat expriment la promesse que Dieu ne nous oubliera jamais ; ils nous montrent , par l'histoire de nos ancêtres , l'action d'une Providence pleine de sollicitude et de tendresse ; ils nous font voir cette sollicitude entourant Noé et planant sur l'arche au milieu du déluge destructeur, et entendant plus tard les gémissements des enfants d'Israël sous l'oppression de la tyrannie égyptienne ; ils nous rappellent la promesse de Dieu de se souvenir toujours de l'alliance avec Abraham , Isaac et Jacob , promesse qui a été remplie dans le passé et le sera à l'avenir, ainsi qu'il est dit : « Je me souviendrai de mon alliance avec toi aux jours de ta jeunesse, et je la garderai comme une alliance étemelle. »» (Ezéchiel, XVI, 60.) ^'i^iri •'«•^a ^nix ^^n*!^ r« •»« inrw

Les T\rm'\'^ répondent au principe de la Révélation. Ils commencent ainsi : a Tu apparus dans un nuage majestueux à ton peuple saint , pour parler avec lui ; tu loi fis entendre ta voix du haut du ciel. )> De cette révélation céleste, l'Écriture raconte: n Le troisième jour, au matin , il y eut du tonnerre et des éclairs , et un lourd nuage sur la montagne, et une voix de Schofar très forte. •

ROSCH HASCHANA. 179

(Exode, XIX, 16.) C'est au milieu des sons de la trompette que le Seigneur a donné la loi sur le Sinaï , les Dix paroles qui sont le fondement de toute la divine doctrine; et pour rappeler ce grand souvenir, nous sonnons du Schofar pour constater ce fait glorieux que , comme israélites , nous avons eu le bonheur d'être choisis pour recevoir, garder et répandre .dans le monde les enseignements de cette doctrine. Au son du Schofar, nos pères répondirent , pour eux et pour nous : <( Nous accomplirons la loi, nous voulons observer et écouter. » yiaoai m3»3. — La loi doit donc être remplie et l'alliance du Sinaï respectée. Voilà ce que la voix du Schofar nous dît avec force et puissance , afin que la lumière et la connaissance , le salut et la bénédiction de cette loi sacrée se répandent de nous sur toute l'humanité , et que le règne de Dieu s'établissant sur la terre , « toutes les âmes louent le Seigneur. Alléluia ! » tr^'ibn rri iinn matosn te.

Les n^i^fiiiï) nous rappellent, en outre, cette grande époque annoncée par le prophète : « En ce jour, le grand Schofar se fera entendre , et alors accourront les égarés dans le pays d'Aschur et les dispersés dans le pays de Mizraïm , et ils adoreront l'Éternel sur la sainte montagne à Jérusalem. » (Isaïe, XXVII, 13.) Le Très-Haut dit : « J'ai donné ma loi au milieu des sons du Schofar ; un jour, je recueillerai vos exilés également par la voix du Schofar. » niai T^roi ^^^^ ipa ^^n^in *inin5 t^nsa na'pïTiTaK

Cette triple pensée de Rosch Haschanâ est renfermée dans cette parole de l'Écriture: « Le septième mois, le premier du mois , vous aurez un repos , un souvenir de Trouah, une sainte manifestation. » (Liv. xxiii, 24.)

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Le repos , c'est le sabbath de la création , la proclamation du Créateur, Thommage rendu à Dieu- — nT»abn.

Le souvenir de Trouah , c'est la croyance du Jugement, la foi dans la Providence qui sait tout, qui voit tout, qui se souvient de tout — niii^at.

La sainte manifestation , c'est le son du Schofar, l'écho du Sinaï , la voix du Messie , le signal de la résurrection, le réveil de l'humanité... m'ititt).

A côté de ces saintes et augustes significations de la première fête de Tischri , quelle immense influence n'exerce-t-elle pas sur l'homme et son perfectionnement moral et spirituel ! « Heureux le peuple qui comprend cette solennité du Schofar ; il marche dans la lumière de l'Éternel ! » yoin^^ y^^t iisa *^"'» roi^n ^^^ti d5h ^^itt)».

En célébrant un nouvel an en dehors de Tannée vulgaire, l'Israélite se rappelle, comme au 1" Nisan, qu'il y a pour lui d'autres dates, d'autres jours, d'autres mois, un ordre de temps supérieurs et antérieurs am dates et aux temps de ce monde , des intérêts qui ne sont pas de cette vie , des jours et des années qui ne se règlent point d'après les planètes de la terre , mais d'après les astres de la divine Jérusalem et les lumières dans le ciel.

L'israélite ne commence pas l'année par des joies frivoles ou de vaines louanges adressées aux grands delà terre , mais par l'examen de sa conduite , par le repentir de ses fautes , par l'interrogation de son passé , par la méditation de son avenir. Le premier jour de Tan, con* sacré ailleurs à toutes les vanités et faiblesses du monde, il le donne à son âme et il en fait hommage à son Diea.

Il sait qu'en ce jour le <( Roi qui est assis sur le trône

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de la miséricorde )> descend dans la communauté des croyants , dans le cœur de chacun de ses enfants , pour recueillir leurs vœux , entendre leurs prières , applaudir à leurs louables résolutions. Qui oserait alors ne pas se préparer dignement et saintement à cette apparition du Très-Haut !

Aussi , que de nobles et belles pensées , que de grandes et sublimes croyances naissent en ce jour, comme des fleurs splendides sous le souffle du printemps, dans Tâme du vrai israélite ! La lecture de l'épreuve surhumaine subie par Abraham lui inspirera le sentiment de tous les dévouements, la force de tous les sacrifices. Désormais il mettra au service de son Pieu et de sa foi sa^fortune et sa vie.

La conviction que sa conduite est soumise au jugement du suprême Tribunal le rendra bon et modeste envers son prochain , indulgent envers les égarés , charitable envers les malades d'âme et d'esprit, humain envers les pauvres et les faibles , compatissant envers ceux qui pleurent et .qui souffrent, dévoué à ses amis, généreux à ses ennemis.

En entendant les sons du Schofar, qui lui rappellent tant de saintes et divines choses du passé et de l'avenir de son peuple, qui lui apportent tant de souvenirs sacrés et d'avertissements du ciel n^iin iiiat, il ne voudra plus profaner, souiller ses oreilles, en écoutant des paroles impies , des doctrines irréligieuses , des insinuations malveillantes , des calomnies contre son frère , des blasphèmes contre sa foi.

En récitant ces mots de la prière du tjpin nsnîi : « Au Rosch Haschanâ sera décidé qui vivra et qui mourra, qui périra par le fer ou par le feu a^na •^ni wks '»a » , il pensera

avec une douleur plus profonde aux sanglantes discordes qui plongent Thumanité dans le deuil et les larmes , et il suppliera avec plus de ferveur le Dieu des armées de faire que tous les hommes , s'unissant dans sa crainte et dans sa loi 9 s'assemblant sous sa bannière de charité et de miséricorde , « forment une alliance pour remplir sa volonté, et réaliser ses pensées d'amour, d'affection et de fraternité )» th^o aain y\sr\ n*itt>»i nnn ma» ois •noyn.

Et dans cette paix messianique des nations , due un jour aux idées et aux croyances Israélites , le fidèle ne manquera pas de demander à Dieu , pour la famille d'Israël, la place et le rang qui lui appartiennent par ses longs combats, ses héroïque efforts» ses sublimes martyres. Il priera avec transport et avec àme : •

ys9i *^"'^ *i*iaD )T\ iDsi « Seigneur , donne à ton peuple l'honneur, la gloire à ceux qui t'adorent , l'espérance à ceux qui te recherchent, la libre parole à ceux qui se confient en toi. Donne la joie à ton pays, l'allégresse à ta cité , l'élévation à David , ton serviteur, et rallume le flambeau du fils de Jessé , ton oint , bientôt , de nos jours I )»

Inaugurer ainsi le premier jour de l'an, c'est faire de toute l'année un sanctuaire où Dieu demeurera , un temple où l'humanité cherchera son repos et trouvera sa consolation.

YOM KIPOUR. 183

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