TOM KIPOUR. — JOUR DE PARDON
onisan ov
Voilà un des plus précieux dons que la bonté et Tamour de Dieu aient fait descendre surIsraël, — le jour de Pardon ! Que n'a-t-on pas essayé , dans les écoles de la philosophie et dans les chaires de la théologie, pour expliquer et concilier la justice de Dieu avec sa miséricorde, la chute de l'homme par le péché et son rétablissement par la grâce ! Le. désespoir, la pensée de ne pouvoir apaiser la Divinité irritée par la transgression de sa loi , la croyance décourageante et lamentable de ne pouvoir sauver leur âme de la damnation éternelle , ont conduit des peuples entiers à des excès déplorables , à des égarements funestes , souvent à des cruautés contre euxmêmes, à la folie et au suicide. D'autre part, on est allé, pour trouver un sacrifice expiatoire suffisant et digne d'être offert comme une satisfaction à la Divinité , jusqu'à immoler des êtres humains , répandre le sang d'innocents enfants, jusqu'à proclamer la nécessité de la mort d'un dieu!... Le judaïsme a résolu cette grande difficulté par ces quelques mots :
«^ En ce jour il vous sera pardonné ; vous deviendrez purs de tous vos péchés devant l'Éternel. » (Lév., XVI , 30.)
Plongé dans l'erreur et dans la barbarie , le genre hu-
main avait un sentiment vague de ses misères , de ses destinées ; il sentait confusément qu'il avait besoin d'une protection supérieure , d'un rapprochement vers un Être suprême, pour arriver à une clarté dont il entrevoyait quelques faibles lueurs. 11 reconnaissait la faillibilité et la défaillance humaines, et désespérait de se relever, de retrouver la pureté et le repos de son cœur. Alors il eut recours aux sacrifices homicides et ne recula devant aucune monstruosité pour laver la conscience du pécheur, plaire à la Divinité et se larendrepropice. Jusqu'au jour à jamais béni où Israël vint lui enseigner: pm wn^ ivt *^*'' '^ <( L'Éternel est un Dieu miséricordieux et clément, plein de grâce et de longanimité , qui pardonne les péchés et remet les fautes. » Notre régénération morale et rettgieuse ne coûte ni une larme à l'humanité , ni une torture à son intelligence (*).
Les conditions de ce pardon sont : le repentir, le regret du mal qu'on a fait et sa réparation possible , la sincère et ferme résolution de lui résister désormais de toutes ses forces.
Le salut par la pénitence , qui relève l'homme de sa chute et le fait renaître à la vie , est ainsi exposé dans le Midrasch :
« On a demandé à la Sagesse : — Quel châtiment attend le pécheur? Elle a répondu : — Qu'il soit poursuivi par le malheur. (Proverbes , XIII , 21 .)
(*) « Pour le jeûne du seul jour du Kipour, il nous est accordé le pa^ don de nos péchés. Y a-t-il pour Tâme un moyen de salut plus facile? Que d'hommes s'imposent des voyages et des pèlerinages pénibles, des efforts et des fatigues, pour obtenir le pardon de leurs fautes! Et nooSi nous l'obtenons en peu d'heures, dans l'état de repos le plus agréable, dans la maison du Seigneur ! » (bl3)d in , 1 , 9 6.)
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« La Prophétie, interrogée à son tour, a dit : — L'âme qui a péché mourra. (Ezéchiel , XVIII, 4.)
H L'Écriture sainte, également interrogée, a répondu: — Qu'il offre des sacrifices !
H Le Dieu clément a dit enfin : — Que le pécheur revienne à moi par le repentir, et il lui sera pardonné ! w
Pour faciliter à l'homme le travail de sa régénération et lui faire trouver le chemin de la grâce , la Synagogue a institué les jours Je pénitence. (ri^wr\ '^•a^) , qui relient le jour du Jugement (Rosch Haschanâ) au jour de l'Expiatîon (Yom Kippour), et en font en quelque sorte une seule et même solennité. « La fête du nouvel an, dit Maïmonide, est consacrée à la conversion et au réveil de la léthargie à la vie; c'est pourquoi on y sonne du Schofar. C'est comme un passage , une introduction au our du Pardon tai^ ûi^^b nn^^nti n»^n «m *îoi (M or eh, III, 13). « Le but de ce jour de jeûne est clair ; il consacre e principe de la pénitence. C'est aussi le jour où le >rophète descendit de la montagne avec les deux tables le la loi , et annonça au peuple le pardon de son grand )éché (*). C'est pourquoi ce jour a été institué pour être i tout jamais un jour de conversion et de vénération lîvine ; par cette raison , toute jouissance sensuelle , ;oute occupation pour des intérêts matériels, c'est-àlire tout travail est interdit en ce jour. On doit le consacrer entièrement à la confession de ses péchés et les juitter. » (Ibid,)
(*) Exode, XXXI V, 28-29: inK iiix îT^'iai (Va '6) '^1^'^hiK S '^p-ift
itr»nn noïow obia? pni ix'nttî'^b nb'ironi d'i^iifi^n ts'î'^n '»5J'^att5n xù^ni
. tabw rprA toi nKt
i86 ir PARTIE. — LE CULTE.
c( En ce sublime jour de jeûne, Thomme se purifie de tous les péchés du passé , et son être spirituel rentre en tout ce qu'il a perdu pendant les jours , les semaines et les mois précédents. L'àme se purifie de toutes les idées fausses, de la colère et de la convoitise, ot s'éloigne d'elles , en pensée et en action , par une pénitence sincère. Si la conversion intérieure ne réussit pas à cause de la force des souvenirs de la vie et des plaisirs de la jeunesse, Tâme se purifie d'abord par les actions , confesse ses pensées qu'elle prend la résolution de ne point laisser passer sur les lèvres , et encore moins de réaliser. Par le jeûne de ce jour, il arrive presque à ressembler aux anges , puisqu'il le passe en humilité , en contrition , on se tenant debout et en se prosternant pour chanter des cantiques et des hymnes , et que toutes les forces de son corps, privées de leur activité de végétation, se consacrent à l'activité spirituelle, comme s'il n'y avait point de nature terrestre en elles.» (Kusari, III, 5.)
Ainsi la pénitence , les bonnes résolutions et le jeûne, voilà le sacrifice expiatoire que le Dieu d'Israël demande à ses enfants. Le jeûne , c'est-à-dire la privation des jouissances sensuelles, est non-seulement le moyen de donner à Tàme toute sa force et toute son élévation, mais aussi une punition pour ce corps dont les appétits grossiers produisent tous les égarements. Dieu a dit : « Que ce soit pour vous une loi éternelle : le septième mois, le dixième jour de ce mois, vous vous mortifierez et vous ne ferez aucun travail : car e» ce jour il vous sera pardonné , et vous deviendrez purs de tous vos péchés devant l'Éternel. C'est un repos des repos, mortifiez-vous, c'est une loi éternelle. » (Lév., XVI , 29-31.)
Mais si le Très-Haut , dans sa clémence et son amour infinis , accepte le sacrifice de Kipour pour les péchés que l'homme a commis contre la loi divine , il n'en est pas ainsi des transgressions de la loi humaine , des torts que nous avons commis envers notre prochain. La Mischna dit : « Vous serez purifiés de vos péchés devant V Étemel 9 — cela veut dire que le jour du Kipour
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amène le pardon des péchés de Thomme envers Dieu, maïs non des péchés de l'homme envers son prochain, avant qu'il lui ait donné satisfaction, w on» •j^^aw trr*>^ rr^'sn r« rcni© na^ "^tq 3n> *pv^ r^^:yrh (I orna y 8S b.) Abraham a prié pour Sodome , car les habitants de cette ville étaient , selon la lettre de l'Écriture , seulement « méchants et impies envers V Éternel w d'^Kom ta-^a^'i wno •'©ski TîK« n^i (Genèse, XIII, 13); mais Noé n'a pas prié pour les hommes de sa génération , car ils avaient « rempli la terre de violence » — b«n pxn Kian^i {Ibid.y VI, 1 1).
Le jeûne , les bonnes pensées et les bonnes résolutions doivent aussi être accompagnés de bonnes actions. En parlant des habitants de Ninive, l'Écriture dit : « Dieu vit à leurs œuvres , qu'ils étaient revenus de leur voie mauvaise.» (Jondy III, 10.) Un docteur de la Mischna fait remarquer : « Il n'est pas dit que Dieu a vu leurs cilices et leurs jeûnes , mais leurs œuvres , montrant qu'ils ont abandonné la mauvaise route. » (Taanith^ 15 a.) L'israélite ne saurait donc offrir son cœur à Dieu avant d'avoir présenté la main à son prochain ; son sacrifice est repoussé si une injustice demande satisfaction.
Le sublime voyant, Isaïe, fait entendre ces paroles de Dteu, qu'on répète dans les synagogues les jours de Kipour :
« Voici le jeûne qui m'est agréable : relâchez les chaînes de la méchanceté , brisez les liens de l'oppression, donnez la liberté aux opprimés et rompez tout joug ! «c Partagez votre pain avec celui qui a faim , et ouvrez votre maison aux pauvres qui souffrent ; si vous voyez quelqu'un nu , couvrez-le , et ne vous détournez pas de votre semblable.
H Alors votre lumière poindra comme l'aurore et votre
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guérison sera prompte; votre salut marchera devant vous, et la majesté de Dieu protégera votre route.
<( Alors, quand vous appellerez. Dieu vous répondra; vous l'invoquerez , et il dira : — « Me voici ! » ve^ x»
*^35n ^«ï<*>i ï'ittjn nsï'i 'm (Isaïe, LVIII, 6-9.)
Ces divines recommandations , sans l'obsepvation desquelles toute pénitence n'est qu'un mot ou un sentiment égoïste , ont toujours trouvé un puissant écho dans les âmes Israélites. A la veille de la sainte journée, de nobles actes de charité et d'amour sont accomplis au milieu de nous , bien des misères sont soulagées , bien des larmes sont séchées , bien des cœurs sont tournés vers Dieu et l'humanité , bien des frères en Israël donnent la main an pauvre avant d'élever le regard vers le Seigneur, font du réduit de l'indigence le vestibule de la maison du Très^ Haut, mettent dans la balance du jugement, des œuvres, des vertus , des croyances.
Car, phénomène sublime de l'âme israélite ! le retour annuel de ces jours augustes et précieux exerce sur elle une attraction , une puissance invincibles.
Aussi, jamais peut-être plus merveilleux spectacle n'est offert aux regards et à la méditation de l'homme que les solennités de Tischri. On sait que tous les ans, à l'approche du printemps , la sève qui coule dans les arbres et les plantes, glacée pendant le froid dTiiver, redevient limpide , reprend sa circulation vivifiante , anime chaque racine d'une existence vigoureuse et d'une jeunesse nouvelle.
Un phénomène analogue se montre annuellement au milieu de nous. A l'approche de Tischri, l'esprit israélite le plus engourdi , le cœur israélite le plus profondément
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endormi, le sang israélite le plus fortement glacé sous le souffle de la mort spirituelle, se réveillent et s'animent, et nous font retrouver des souvenirs et des croyances, et nous poussent vers le tenjple du Très-Haut, et rendent à notre bouche une prière et à nos yeux une larme... « Qu'avez-vous , Océan , à vous précipiter ainsi ; Jourdain , à couler en arrière ; montagnes, à sauter comme les jeunes troupeaux? — Devant le Dieu de Jacob ! »
Alors les hommes les plus séparés du judaïsme par leur vie de toute Tannée et leurs actes de tous les jours, éprouvent comme un mouvement électrique qui les agite, sentent qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire en eux, sentent qu'une grande et sainte heure va sonner; alors ils s'informent, se lèvent de grand matin, s'engagent dans des rues obscures , cherchent le chemin de la synagogue, la trace et la voix de l'assemblée du Seigneur, arrêtent l'ardente locomotive qui passe comme un ouragan sur les âmes et écrase tant de sentiments élevés dans les cœurs ; alors on voit même des déserteurs de la foi juive, des apostats, se diriger, malgré eu;^ et comme entraînés par une force irrésistible , vers les lieux habités par le Dieu qu'ils ont trahi et les frères qu'ils ont reniés. Les splendides demeures et les palais princiers cèdent la place au ghetto et à l'humble tente de Jacob, et les concerts les plus mélodieux et les plus enivrants sont abandonnés pour les sons mystérieux et plaintifs du Schofar... Prodige merveilleux et incompréhensible, qui dit aussi haut la vérité israélite que tous les rétablissements des paralytiques, que toutes les guérisons des aveugles y que toutes les résurrections des morts ! . . .
Le jour de Kipour on récite dans nos temples des
lîK) iV PARTIE. LE CULTE.
prières pour les trépassés. Puissions-nous, en priant pour nos parents qui ne sont plus , songer qu'ils sont morts en confessant la foi israélite , en nous bénissant au nom du Dieu d'Israël , en nous laissant devant les hommes et devant TÉternel un héritage sacré de croyances et de vie religieuse israélite, et que notre heure sonnera à son tour; et alors, ô douleur ! si Tâme de notre père — Isaac rayonnant d'une céleste clairvoyance au milieu des élus du Seigneur — doit dire à notre âme : Tu es mon fils Esaû... tu exhales l'odeur de la chasse à toutes les jouissances corruptrices de la terre , tu as vécu de l'épée des injustices ; ce sont les mains d'Esaû , ce n'est point la voix de Jacob !.... Je ne te reconnais pas !....
La Synagogue est en deuil , elle est pauvre , elle tf a qu'une petite et modeste place sous le soleil de la dispersion. Cependant elle est touchante de grâce, elle a un éclat céleste, elle resplendit d'une majesté divine, en cette auguste soirée de Kol nidreh , en cette lumineuse journée deiKipour, où l'âme du croyant se réveille et s'écrie comme le patriarche : « En vérité , l'Éternel est en cet endroit ! »
La communauté du Seigneur confesse ses péchés et implore le pardon de Dieu ; elle raconte les vertus et les mérites de nos patriarches et de nos martyrs ; elle dit avec des larmes aux yeux le récit des cérémonies acconplies , le jour du Kipour, dans le sanctuaire de Jérusar lem , où le Très-Haut demeurait et se révélait au miliea de son peuple. La grandeur et la gloire de ces souvenirs immortels , en nous inspirant un légitime orgueil , doivent nous inspirer aussi la conduite que nous avons i tenir pour faire revivre ces splendeurs du judaïsme, pour
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faire cesser le deuil de Sion , pour conquérir dans l'humanité la place et les bénédictions qui nous appartiennent par notre passé , par notre avenir, par notre mission sur la terre , par notre signification au milieu des hommes!
Voici comment fut célébrée à Jérusalem la fête du Pardon :
4. Sept jours avant Yom Kipour, on éloigna le grand prêtre de sa maison pour le conduire au temple , dans la salle des fonctionnaires du roi , où se trouvait encore un autre prêtre qui pût le remplacer dans le cas* où il lui arriverait quelque accident dans l'exercice de son ministère.
2. Gomme le grand prêtre devait, le jour solennel, procéder lui-même à tout le service du Tabernacle, on le laissa, pendant ces sept jours, répandre le sang des sacrifices , brûler l'encens , entretenir les lampes, offrir sur Tautel la tête et les pieds des holocaustes quotidiens , afin que , familiarisé avec toutes les fonctions , elles ne lui fussent pas trop pénibles au jour consacré.
3. On lui donna pour société les plus anciens des juges, qui lui firent lecture du programme de Yom Kipour ; la veille de ce jour, on le plaça à la porte de l'Orient et on fit passer devant lui des taureaux, des béliers et des brebis, afin qu'il s'habituât au service de l'autel.
4. Pendant les sept jours , on ne lui refusa aucune nourriture; mais la veille de la fête on ne lui permit pas de manger beaucoup vers le soir, : car cela pouvait exci-
192 ir PARTIE. — LE CULTE.
ter au sommeil , et il devait passer la nuit à lire ou à expliquer des textes sacrés.
5. Les anciens de la magistrature le remirent entre les mains des anciens du sacerdoce ; mais avant de se séparer de lui y ils le conduisirent dans la salle à^Abtina et le conjurèrent en ces termes: <( Seigneur grand prêtre, nous sommes les envoyés de la justice, tu es aussi son envoyé et le nôtre ; nous te conjurons par Celui dont le nom repose sur cette maison , de ne rien changer de tout ce que nous t'avons communiqué. » C'est-à-dire que le souverain pontife ne devait pas se permettre de modifier quelque chose dans le service , notamment en ce qui concerne la cérémonie de l'encens , gravement altérée par les Saducéens. Les délégués du tribunal, pleins d'inquiétude à cet égard, s'en allèrent en pleurant, et le grand prêtre aussi versa des larmes.
6. S'il était lettré , il prononçait des discours pendant la nuit et lisait dans l'Écriture sainte ; autrement d'autres docteurs prononçaient des discours et lisaient devant lui.
7. Si pourtant le sommeil voulait le gagner, les jeunes lévites faisaient du brait en se frappant les doigts, et disaient : « Seigneur grand prêtre , debout ! rafratchissez-vous un peu sur le pavé de marbre. » C'est ainsi qu'on l'occupa jusqu'à l'heure des sacrifices.
8. Alors un employé cria : « Sortez , et voyez si le moment des sacrifices est arrivé. » Celui qui s'en aperprt répondit : « Tout l'Orient se couvre de clarté. — Jusqu'à Hébron? — Oui ! )> Aussitôt on conduisit le graiMl prêtre au bain , il déposa ses vêtements ordinaires et descendit dans l'eau.
9. On lui apporte des vêtements d'or; il s'en revéti i0 lave les mains et les pieds , et sort pour sacrifier. On lii
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amène la victime du matin, il lui porte un coup, et un assistant l'achève. II en reçoit le sang et le répand sur Tautel d'Old ; il entre dans le Tabernacle (hechal) extérieur pour brûler l'encens sur l'autel d'or , arranger la lampe et offrir les morceaux du sacrifice , la mm^Aa(oblatîon de fleur de farine et d'huile) et le vin.
iO. Il sacrifie ensuite une partie des holocaustes de Musaf, savoir : le taureau , les sept brebis , et , si c'est un sabbathy deux autres brebis avec la Mincha et la libation.
1 1 . Il se lave de nouveau les mains et les pieds » dépose les splendides vêtements d'or, se baigne et met des habits blancs , faits de lin égyptien et indien d'une grande valeur et destinés exclusivement ^u service de cette journée.
12. Il procède à une nouvelle ablution , s'approche du taureau destiné à lui et à sa maison, lui impose les mains, et confesse ses péchés et ceux de sa famille.
13. Il se rend dans l'enceinte dite rr^w, se place du côté d'Orient, au nord de l'autel ; un administrateur (ijib) vient à sa droite, un autre (a« rv^a wïn) à sa gauche. Ici se trouvent les deux boucs destinés à l'expiation de la communauté , dont l'un doit être immolé et l'autre envoyé au désert (asasel). A cet effet il y avait là une urne renfermant deux bulletins , dont l'un portait les mots : pour l'Etemel^ H l'autre : pour Asasel. Le grand prêtre tira les bulletins <le l'urne , les mit sur les deux boucs , et à celui qui eut '^ sort pour V Etemel , il noua un fil de pourpre autour ^u cou ; à l'autre il attacha également un signe ei le plaça ^^rs la porte par laquelle il devait sortir. Il retourna au ^ bureau , mit les deux mains sur sa tête, confessa ses I^^chés , le sacrifia , recueillit dans un vase d'or le sang
49i II* PARTIE. — LE CULTE.
destiné aux aspersions , et le remit entre les mains d'un prêtre assistant.
14. On lui apporte ensuite un encensoir d'or, il y met du feu recueilli sur Tautel extérieur ; on lui apporte aussi une cuiller d'or et un vase rempli de Tencens le plus fin; il en prend une cuillerée , tient l'encensoir de la main droite, la cuiller de la main gauche, et traverse le temple jusqu'à ce qu'il arrive entre les deux rideaux qui séparent le sanctuaire an saint des saints.
15. Le grand prêtre entre dans le saint des saints, M place devant l'arche d'alliance ou devant la pierre qui, dans le second temple , en marqua l'endroit ; il saisit li cuiller, verse l'encens sur les charbons et attend qne tout le sanctiysiire soit rempli de fumée ; il marche ensuite à reculons , le visage tourné vers la sainte arche, jusqs'i ce qu'il soit sorti tout à fait.
16. Arrivé au temple extérieur, il fit cette pri^: <( Puisse-tr-il être dans la volonté de l'Eternel, mon Diesi que si une grande chaleur doit régner cette année , h pluie ne manque pas ; que le règne ne s'éteigne point l| dans la tribu de Juda ; que ton peuple Israël n'ait be- || soin l'un de l'autre , ni d'un peuple étranger, pour trov* Iji ver sa subsistance , et que la prière des voyageurs de* li mandant une sécheresse continuelle ne puisse arriier l( devant toi ! » |l
Cette invocation a dû être courte , pour ne pas inqoié- M^ ter la multitude qui attendait au dehors , car le moindie ||^ changement apporté dans le sanctuaire au senriee de l'encens pouvait amener la mort du grand prêtre. I(
17. Il prit ensuite le sang des mains de l'assistanti mQ rentra dans le saint des saints, se plaça au même endroitf 1^ et aspergea avec le doigt une fois vers en haut ets^t 1^
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fois vers en bas» en comptant : un et deux, un et trois, etc. Il se retira et plaça le sang sur un piédestal d'or, dans le temple extérieur.
18 .«On lui amena le bouc destiné au sacrifice d'expiation de la communauté ; il l'immola, en recueillit le sang» entra pour la. troisième fois dans le sanctuaire > fit de nouvelles aspersions, s6rtit et plaça le sang sur un autre piédestal d'or. Prenant ensuite le sang de son taureau , il en jeta vers le rideau tendu en face de l'arche d'alliance.
19. Après ces huit aspersions, il mêla le sang du taureau avec celui du bouc , se plaça devant l'autel d'or et aspergea quatre fois; alors il enleva avec la pelle la cendre et les charbons, fit sur cette partie purifiée de l'autel sept nouvelles aspersions, et jeta le reste du sang dans le fond occidental et oriental de l'autel ; le sang, ainsi mêlé, coula dans le canal, et de là dans le fleuve de Kidron.
âO. Le grand prêtre alla au bouc émissaire , mit les mains sur lui , et récita cette confession : « Seigneur ! ton peuple , la maison d'Israël a manqué, failli et péché devant toi ; ô Étemel ! pardonne lui les fautes, transgressions et iniquités par lesquelles ton peuple, la maison d'Israël a failli, ainsi qu'il est dit dans le livre de Moïse, ton serviteur: « En ce jour, il vous sera pardonné pour qae vous deveniez purs, et vous serez purifiés devant l'Étemel de tous vos péchés. »
Dans cette confession , le souverain pontife prononça le nom de Dieu comme il n'est permis à personne de le prononcer (selon ses lettres et leurs points voyelles) ; et lorsque les prêtres et le peuple se trouvant dans le vestibule du temple entendaient le nom du Très-Haut ex-
primé ainsi parla bouche du pontife, ils tombèrent* à genoux, se prosternèrent la face contre terre, et dirent: K Béni soit à jamais le nom de son règne glorieux! »
21 . On remit ensuite le bouc à un homme désigné à * cet efTet; celui-ci le conduisit sur le sommet d*un rocher dans le désert ; il attacha la moitié du fil de poui^ pre à une pointe du roc, l'autre moitié aux cornes de la bête, la poussa par derrière, de sorte qu'elle roula dans Fabtme en tournant sur elle-même ; elle avait déjà tons ses membres brisés avant qu'elle arrivât à la moitié de la montagne.
SS. Le grand prêtre s'approcha du taureau et du bouc qui devaient être brûlés, les ouvrit et prit les morceau destinés à être sacrifiés sur l'autel ; le reste de ces victimes fut réservé pour être plus tard consumé par le feu.
23. Entre le temple et le rocher on avait placé des hommes qui, aussitôt le bouc émissaire arrivé sur la hauteur, firent des signes avec des banderoUes pour en informer le grand prêtre. Il se rendit immédiatement au parvis du temple , lut dans le Pentateuque les chapitres de trva l'^ns^ et de ^•no^a ^», ferma le rouleau de la loi, le mit sur ses genoux, lut par cœur un troisième chapitre de Dna&, et récita les huit bénédictions.
24. Il se rendit au bain, se lava les mains et les pieds» ôta les vêtements blancs , descendit dans l'eau , mit hs vêtements d'or, se lava de nouveau les mains et les pieds, et termina ensuite les sacrifices de Musaff le bouc de HattoSf l'holocauste du peuple et le sien.
Immédiatement après , il procéda au sacrifice quotidien du soir, qui était le dernier de ce jour.
25. Il retourna au bain, se lava les mains et lespieds^ déposa les vêtements d'or, se baigna, mit de nouveau les
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habits blancs, fit de nouvelles ablutions» et entra pour la quatrième fois dans le saint des saints. Il y chercha l'encensoir et la cuiller, sortit et alla au bain , se lava les mains et les pieds , ôta les vêtements blancs l descendit dans l'eau, se revêtit des habits d'or, fit des ablutions, se rendit à Tautel d'or, brûla l'encens du soir^ purifia les lampes, se lava une dernière fois les mains et les pieds, déposa les vêtements d'or et mit son costume de tous les jours; les vêtements blancs furent conservés dans un lieu fermé,, car ils ne devaient plus jamais servir.
Voilà ce que TÉcriture et le Talmud rapportent sur les cérémonies accomplies par le grand prêtre le jour du Sapeur. Si nous nous rappelons la quantité des actes, le nombre des sacrifices (il y en avait 15 et le sabbath 1 7), les ablutions et les changements de vêtements ; si nous pensons que le grand prêtre a dû, la veille, manger peu et en ce jour s'abstenir de toute nourriture ; qu'il a dû passer la nuit sans sommeil et se livrer à des soins nombreux et difficiles , nous comprendrons le bonheur qu'il éprouvait après avoir terminé heureusement cette journée, dont dépendaient le salut et l'avenir de son peuple. Il réunissait ses amis dans une fête pour se réjouir et rendre grâce à Dieu.
Le Schebet Juda contient les renseignements suivants, donnés par un témoin oculaire , sur la solennité de la fête du Pardon à Jérusalem :
t€ Sept jours avant Yom Kipour, on prépara, dans la maison du grand prêtre, des sièges pour le chef de la ioatice, le Nasi, le souverain pontife et le Segan ; de plus, Mixante-dix fauteuils d'argent pour les membres du
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Sanhédrin. Après que rassemblée eut pris place, le plu» âgé des prêtres se leva et adressa au grand prêtre une chaleureuse exhortation. — Sachez , disait-il, devant qui vous vous trouvez dans le saint des saints ; la moindre absence de dévotion pourrait vous coûter la vie. Alors la rédemption d'Israël^ qui met toute sa confiance en vous, serait impossible. C'est pourquoi examines votre conduite, cherchez si vous ou vos frères n*avez pas commis un péché, fiit-il bien léger. Le grand prêtre répondit : — J*ai déjà examiné ma conduite et adjuré mes frères d*en faire autant , et nous tous nous nous repentons de nos péchés. Après cette déclaration , le prince prononçait à son tour des paroles d'encouragement et d'espérance.
«( Bientôt après on annonça que le grand prêtre allait se rendre au temple et que tous devaient Ty accompa* gner. Le cortège se mettait en route dans Tordre suivant : en tête marchaient les descendants de la race des rois disraël , puis ceux de la famille de David ; un héraut d'armes les précédait et criait : Rendez hommage à la maison de David ! Après eux s'avançaient les lévites, et un héraut criait: Faites honneur à la maison de Lévi! Suivaient des milliers de prêtres ; tous étaient vêtus de soie et de pourpre. Arrivaient ensuite les chanteurs, les joueurs de harpe, les trompettes, les gardiens et les employés du temple, et les membres du Sanhédrin. Le co^ tége finissait par cent prêtres portant à la main des bâtons d'argent pour faire place.
<( Puis paraissait le grand prêtre, entouré des anciens du sacerdoce. A tous les coins des rues où il passait, il J avait des docteurs de la loi qui criaient : « Salut , seigneur grand prêtre, priez l'Éternel pour nôtre conserva-
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tion 9 afin que nous puissions nous consacrer à la divine loi. M Arrivé à la porte de la montagne du temple, il priait pour la conservation de la maison de David, celle d'Aaron, et pour le sanctuaire , et tout le monde criait Amen! avec une force telle que la terre en était ébranlée. Le grand prêtre , s'inclinant vers le peuple , s^éloignait de Ini profondément ému. Deux chefs de prêtres le conduisaient dans son appartement, où ils le laissaient seul. « Voilà l'entrée du temple ; mais la sortie , le soir du Kipour, lorsque le grand prêtre avait rempli heureusement ses saintes fonctions, était encore plus magnifique et plus majestueuse. Tout le peuple marchait devant lui, vêtu de blanc; beaucoup portaient des torches de cire blanche ; toutes les fenêtres étaient brillamment illuminées et ornées d'étoffes'aux splendides couleurs. La foule était si grande et l'empressement si fort , que le grand prêtre arrivait rarement chez lui avant minuit ; car, bien qjae tout le monde eût jeûné en ce jour, personne ne voulait cependant se retirer avant d'avoir touché et embrassé les mains du souverain pontife. »
Nous n'avons plus ni Jérusalem , ni autel , ni grand prêtre ; nous ne pouvons plus nous réunir au sanctuaire illustre où Dieu faisait resplendir sa lumière, où la foi juive trônait dans sa gloire, où la vérité et le salut descendaient sur les mortels , où le monde entier dirigeait ses regards, son respect et son admiration. Mais nous avons toujours le Yom Kipour, le jour trois fois saint qpie, par une faveur toute particulière, le Très-Haut nous a donné pour l'expiation de nos fautes et le rajeunissement de notre vie. L'israélite le moins scrupuleux est en ce jour un pontife du Seigneur priant pour lui, pour sa
SOO ir PARTIK. — LE CULTE.
famille 9 p(mr Israël , pour rbumanité entière, sacrifiant son corps^pour le bonheur de la communauté et de son pays. Le Yom Kipour fait descendre du ciel le pardon du monde , et le fil rouge attaché à la pointe du rocher d'où lut précipité] le bouc émissaire est devenu un phare écbtant, un rayon lumineux de la foi israélite , brillant sur les hauteurs de la société» pour chasser et refouler dans Tablme le mal et les ténèbres.
niDDH :in
rao n» d^p« Kinn ûi'ia
Le repentir, la pénitence, l'expiation, sont entrés, aux jours de Rosch Has^hanà et (jLe Kipour, dans le cœur et la vie d'Israël, et se sont montrés avec éclat dans d'augustes solennités. Dieu a pardonné — "Ti^^artia '«nhib. Comme gage de ce pardon adorable, de cette réconciliation avec le Ciel, de cette renaissance à la vie, notre divine religion offîre à ses enfants une fête de joie et d'allégresse, une fête de triomphe sur le mal, un doux repos et un ineffable bonheur après des jours redoutables 9 de larmes et d'angoisse. Elle dit :
«Le quinzième jour de ce septième mois sera la fête des Tentes, sept jours y consacrés à TËtem^.
«En ce quinzième jour du septième mois, époque à laquelle vous rentrez les biens de la terre , vous célébrerez la fête de TËtemel pendant sept jours , le premier jour un repos et le septième jour un repos.
« Et vous prendrez le premier jour le fruit de Tarbre hadar^ des brandies de palmier, de myrte et de saule de rivière, et vous vous rérjouirez devant l*£temel votre Dieu sept jours.
« Vous demeurerez sous des tentes pendant sept jours; tous les membres dlsraël habiteront des Soukoth ;
« Afin que vos générations apprennent que j*ai fait habiter les enfants dlsraël sous des tentes, lorsque je les ai tirés de Mizraîm , moi
TEtemel votre Dieu. »
(Lév.,XXin, 34-43.)
Âin&liaféte du 15 Tischri est en rapport direct avec
celle du 15 Nisan. La première est \b promesse 9 la promesse de la terre fortunée où coulaient le lait et le miel (Exode , III , 1 7) ; la seconde , c'est Y accomplissement ^ la possession. Pesach, la sortie d'Egypte, est la constitution morale et spirituelle d'Israël par l'union et la so-* lennité pascale et, sept semaines après, la promulgation de la loi sur le Sinaï. Soukoth est sa constitution civile et territoriale. Ces trois fêtes s'appellent : rtnatA ta'nra ymtib û'^aoti ù'^»\ « anniversaires de joie , époques d'allégresse » ; parce que toutes les trois nous mettent en présence de Dieu , de la nature et de notre histoire miraenleuse. Pesach : au printemps de notre existence israëlite, nous avons le sacrifice de l'agneau en Egypte et Toffirande de Yomer dans le temple ; Schabouoth : dans notre été spirituel et naturel , nous recevons la loi divine et nous offrons au Seigneur les prémices de notre champ ; Sookoth : dans notre double automne, nous nous rappelons, sous les tentes, les voyages de nos pères, et nous portons à Jérusalem la dtme de nos récoltes.
<sc La fête des Tentes, dit Malmonide, dont le but est le contrateoient et la joie , dure sept jours , afin que ce but soit manifeste. La Thoii elle-même indique la raison de son époque : a Quand vous rentrwei votre travail des champs trvan 'p 'y^mia r« *i&DMn (Exode, XXXIII* 16); c'est un temps de loisir et de repos de travaux indispeiisabtei. Déjà Aristote, dans le livre IX de TËthique, raconte que c^étaitoM vieille coutume des anciens peuples : « Les samfices primiti& ei kl réunions eurent lieu après la rentrée du blé et des firuits, oonm offrandes de gratitude pour le repos. » 11 faut ajouter que le séijoiir sous la tente à cette époque de Tannée n'est pas pénible, car il bY* alors ni grande chaleur, ni grand froid. Ces deux fêtes, Sookothet Pesaeh, nous apprennent des vérités et des vertus. Quant aux véritéii la fête de Pesach doit nous rappeler les miracles d'Egypte et en ooaserver la mémoire à tout jamais, et la fête des Tentes , perpétuer le souvenir des miracles du désert. Pour ce qui est des vertus, elles enseignent que l'homme, dans les jours de sa prospérité, doit
aux temps du malheur, afin qu'il ne cesse de remercier Dieu et apprenne la vertu de la modestie et de Thumilité. Il doit manger à la fête de Pesach du pain azyme et des herbes amères , pour se rappeler nos destinées d*antrefois ; de même il doit quitter sa maison et habiter une tente comme les malheureux habitants du désert , pour penser que nous nous sommes trouvés un jour dans la même position , ainsi qu*il est dit : hacw^ "«an n» '^naœin n*obn ^^a (Lévitique, XXIII, 43). Nous sommes sortis de cette position, nous habitons de belles maisons dans le meilleur et le plus fertile des pays , par la grftce de Dieu et par suite de ses promesses à nos pères , qui étaient des hommes parfiûts par leurs sentiments et leur conduite : c'est Abraham, Isaac et Jacob, a Nous devons aussi , d'après les fondements de la loi , attribuer tout le bien que Dieu nous a accordé ou nous accordera , au mérite de nos ancêtres Abraham, Isaac et Jacob, « parce qu'ils observaient la voie de l'Etemel et pratiquaient la vertu et la justice. » (Genèse, XYIII, 18.) Pour la sortie de la Soukah , le huitième jour de la fête , il a été institué une autre fête, complément de la joie, dont on ne peut jouir entièrement sous des tentes, mais dans des demeures vastes et spacieuses.)» (Jf^reib, m, 43.)
Cette fête est donc une grande action de grâce rendue à rÉtemel pour les biens spirituels et matériels dont il nous a gratifiés depuis la sortie d^Égypte jusqu'à la prise de possession de Canaan et jusqu'à nos jours. Pour indiquer sa signification religieuse et historique , elle s'appelle fête des Tentes ; pour exprimer la pensée de ses bénédictions matérielles, elle est nommée : Cj^ïb^n in « Fête de la rentrée des récoltes. » Aussi l'Écriture dit-elle (Dent. , XVI ,43): « Vous célébrerez la fête des Tentes pendant sept jours , quand vous aurez recueilli de l'aire et du pressoir (les fruits de vos champs). » Comme symboles de ces divines bénédictions , la religion nous met en main le bouquet du loulab^ les quatre espèces de fruits et de plantes dont la vue et le parfum sont si agréables et dont la Palestine était si riche. Le choix de ces quatre espèces a donné lieu à de belles et poétiques explications.
Maïmonîde (ibidem) dit qu'elles représentent la Joie de ce que nos pères avaient quitté le désert , où il n'y avait ni culture, ni fruits, ni vin, ni eau. — tt^ym rwa'iÈea "«V wrm roKMn ant wpn vb tm ^» 'raTon p ûnwD hnow lan© , :Mai mnnam -n» ^an'o ni5V»Kn ûipn b« , nimA «p» wroi itffn -pr
D'autres pensent que le rameau de palmier dans la main du croyant annonce le triomphe d'Israël au jour du Kipour, en devenant juste et pur devant le Seigneur/ (lalkutf § 651.) D'après un autre Midrasch, le faisceau des quatre espèces est l'emblème de l'unité et de la fraternité israélite. ib» b» iVm iS&d*n m» mtM &Va mey*. On a vu également dans la branche de palmier le symbole de la force religieuse; dans le myrte celui l'innocence; dans le saule, celui de la modestie ; dans Veikrog^ celui de l'aménité et de l'amour du prochain. Mais n'importe la signification particulière de ces quatre objets : ils représentent les biens de la terre que nous devons à la bonté divine , ils réveillent le souvenir de la Palestine et du temple — ttjipab ^t — , excitent la méditation religieuse et font nattre de saintes pensées.
La fête de Soukoth fut célébrée à Jérusalem avec im éclat indicible , surtout la cérémonie des aux — tnsn roKiwh n'in — dont le Talmud dit : « Celui qui n'a pas vu la joie régnant pendant cette cérémonie n'a jamais vu de joie sur la terre. {Soukahy 51 a.) Les Soukoth (tentea) étaient charmantes ; on employait pour leur construction des branches d'olivier, de palmier, de myrte , etc. (Néhémias , YIIl ,15.) C'étaient de beaux et heureux jours, dont le prophète promet le retour à Israël et à l'humanité, en disant : <i Et ceux qui resteront des peuples qui avaient marché contre Jérusalem monteront toutes lea années pour se prosterner devant le Roi , l'Éternel Ze-
FÉTË DES TENTES. 20&
baoth f et pour célébrer la fête de Soukoth* m (Zacharie » XIV, 16.)
Encore dans la dispersion, avec quel bonheur et quel amour le vrai Israélite construisit la Soukah ! Il n'épar* gna, il ne recula devant aucune difficulté et aucun sacrifice , rien ne lui parut trop beau pour orner et embellir ce sanctuaire. Les femmes et les filles d'Israël y mirent tout leur génie , toutes leurs charmantes et gracieuses inspirations^ cherchant les plus beaux fruits et les plus belles fleurs pour rehausser l'éclat de ce tabernacle du Très-Haut. C'était la joie des enfants , le ravissement des femmes , la béatitude des vieillards , la félicité de tous les cœurs et l'élévation de toutes les âmes ! . . . Que peut remplacer ces joies pures, vivifiantes, célestes?
Le dernier jour de hol hamoed (demi-fête), appelé hoschanah rabbah^ est célébré avec une grande solennité par des prières particulières , des processions, des illuminations, etc. (*). Nos traditions attribuent une gravité extrême à ce jour, dont la nuit précédente est passée par les fidèles en prière et en récitation des Écritures.
Le huitième jour est la fête de clôture — mss> '^a'^»© — (Nombres , XXIX, 35) , par laquelle , d'après nos traditions , Dieu a voulu donner à Israël une marque particulière de sa tendresse et de son amour. Les solennités de Tischri sont arrivées à leur terme ; mais notre Père au ciel n'aime pas se séparer déjà de ses enfants , et il leur dit : teA rrrm tns» « Restez encore un jour auprès de moi ! » Le lendemain , la Synagogue célèbre la réjouissance de la loi — mn nna© , — où l'on termine et recom-
'(«} Le Talmad (SouiSrah, 446] fait remonter aux prophètes une de« eérémonies de ce jour.
206 ir PARTIE. — LE CULTE.
mence la lecture du Pentateuque , ce qui est un signe de rimmortalité de la Thorâ. Dans le . magnifique ofiBce divin de cette journée , où la Synagogue déploie toutes ses splendeurs et fait remonter au ciel toutes ses haN monies , on chante les mérites et la gloire de Moïse, les bienfaits de la loi de Dieu dont il est dit dans la Aaftara de cette fête : a Que le livre de cette Thorà ne quitte pas votre bouche ! Méditez-le jour et nuit, afin que vous puissiez observer tout ce qui y est écrit , et alors vous réussirez dans votre chemin et vous serez intelligent. » (Josué, 1,8.)
Voilà les fêtes du Seigneur — 'r\ "«^i» ni» , — les saintes convocations d'Israël, le repos de la fatigue, la trêve de la malédiction, la céleste rosée dans l'aridité de l'existence , la poésie et l'idéal dans le prosaïsme et la vulgarité du monde, le sourire du ciel dans la tristesse de la terre , un des plus grands et plus précieux dons du Très-Haut (•). A chacun de leur retour, oii voit tout ce qu'il y a d'énergie et de vigueur, d'élévation spirituelle et d'enseignements sublimes dans ce judaïsme, dont les siècles ajoutent à la force , dont les persécutions augmentent la vie , dont la liberté éclaire les divines splendeurs.
Le Regret , la Lutte , le Triomphe , voilà ce que représentent les grandes images de nos trois solennités de Tischri.
. Rosch Haschanâ, c'est le jour du souvenir, de Teia-
(«) ytn^ i*>5a te dinni iian Kin« ^^ti d'»'i5*i»i vt^tra» hvcwi jap
âp'^^anb (Raschi à Psaume CXI , 4).
men que Tisraélite doit faire de sa conduite, de ses actes, de ses pensées. Le symbole de ce rappel moral et reli* gieux est le Schofar, qui réveille la conscience endormie et lui crie le mal qu*on a fait et celui qu*on aurait pu empêcher.
Le Kipour, c'est Texpiation , dont le symbole est le jeûne , la macération , la lutte avec les appétits grossiers, le combat avec les exigences de la matière , la guerre avec le despotisme des sens , qui précipite l'homme dans Tablme, tue son corps sur la terre et son âme dans l'éternité.
Soukoth est la fête du triomphe, la réconciliation avec les vertus sociales et les commandements divins; son symbole est le bouquet du loulab et le banquet sacré sous la tente fleurie , où pénètrent les étoiles du ciel , le sourire des anges , la grâce et l'amour du Très-Haut.
Notre vie tout entière est un Rosch Haschanâ, le pre^ mier jour de l'immortalité qui commence par la naissance ici-bas : vie dont chaque matin est un regret , un souvenir pénible , une pénitence des œuvres et des événements de la veille , une trouah , un cri du devoir et de la religion qui se fait entendre partout , au milieu de tous les enivrements comme de toutes les défaillances , un seheborim , un déchirement continuel de nos projets , de nos espérances, de nos joies et de notre bonheur....
La mort est le Kipour, la lutte et l'expiation , la sépa- ' ration douloureuse et violente des jouissances , des vanités, des richesses et des grandeurs de la terre , la séparation de tout ce qu'on a aimé avec passion, recherché avec délire, souvent obtenu par le crime : lutte et expiation suprêmes où l'israélUe, recevant un rayon d'en haut.
s'écrie avec les fidèles qui entourent son lit : « Écoute» Israël , le Seigneur notre Dieu est un Dieu un et unique; béni soit son nom à tout jamais; l'Ëtemel seul est Dieu! »
La résurrection dans le ciel , c'est le Soùkoth , le repos et la béatitude de Tâme , sa joie , — lyvamw» «pat — an milieu des élus , inondée de félicitéis ineffables, contemplant la divine majesté dans ses sublimes et lumineuses perfections , entendant le concert des séraphins dans on ravissement sans fin , et célébrant le simehath4horâ^ le triomphe et la gloire de la vérité Israélite auprès de son foyer étoile et sa source trois fois sainte... C'est le tf^xy»sn r» 9 répoque de la récolte » la saison de la rentrée des fruits... , quand on a bien semé sur la terre , quand on a bien cultivé l'Eden terrestre que Dieu nous a donné à garder.
Toute notre histoire , notre passé et notre avenir sont dans les grandes fêtes de Tischri.
Nous avons eu notre Rosch Haschanâ , l'anniversaire de la création du monde , le jour du jugement , où Adam- Israël 9 à cause de ses fautes » fut exilé du paradis » de la Palestine , sa belle et merveilleuse patrie. Après le péché , il a reconnu qu'il était nu , dépouillé de son manteau de gloire et de ses richesses du ciel et de la terre... Alors a commencé pour lui le Kipour, une longue et ter-
rible expiation , la torture de sa chair et l'affliction de son âme, bd'^nt^&a n» ân*f»i... une quintuple macération (d'ww'n) de vingt siècles : la ruine du divin sanctuaire, la perte de la patrie , la perte de la nationalité , la dispersion dans le monde , la persécution et le martyre...* Mais déjà nous entrevoyons les lueurs de la fin pro-
chaîne » le Neilah de cette mortification immense ; déjà de brillantes et bienheureuses étoiles se lèvent sur notre tête et nous annoncent la Néoménie de Jérusalem et la résurrection de Sion ; déjà nous entendons la voix des élus et des anges chanter en chœur : y\^ ^'tta*^ dinn «•m « Il est miséricordieux , il a pardonné ! w le cantique suprême du soir de nos souffrances... Bientôt nous célébrerons le Soukoth, lannattj lat, l'époque de notre joie éternelle et de notre bonheur étemel, la période de notre repos sous les bénédictions de Dieu et Tamour des hommes , la fête de la régénération de Thumanité par Israël , par sa foi , ses vertus et ses lumières, le jour où les quatre espèces, o^ra rwa^ , les quatre races , Israélites , chrétiens , musulmans et païens , seront réunies Trv( mtiKa dans une vérité immortelle et dans une fraternité impérissable!
HANOUKA. - FÊTS DES lULUBIIMATIONS.
nyùn
L'hiver a envahi la ville et la campagne avec sa tristesse et ses ténèbres » son ciel voilé par des nuages de glace, et sa terre couverte d'un linceul de neige. Un sommeil de mort pèse sur la nature comme la pierre froide de la tombe , les arbres ressemblent à des squelettes et les oiseaux ne chantent plus ; on n'entend d'autres voix que le mugissement de la tempête et les cris sauvages poussés par les bêtes affamées des bois. Partout le silence, le froid , l'obscurité. Cependant des lumières s'allument dans les demeures d'Israël, la joie et la sérénité de l'âme y régnent et illuminent les yeux des enfants et des vieillards, la table est ornée comme dans un jour de fête, et on entend un divin cantique. Quel est donc l'heureux événement que nous célébrons saintement au milieu du deuil des champs et des bacchanales des villes?
C'est le vingt-cinquième jour du mois de KisleVj un des plus glorieux anniversaires du judaïsme.
Cent soixante-dix ans avant l'ère vulgaire , Jérusalem et la Judée étaient envahies par les légions d'Antiochus- Épiphanes, roi de Syrie. Le temple était souillé etsao* cage, le culte du Seigneur remplacé par une monstrueuse idolâtrie , les divins commandements du judaïsme pro-