LES JEUNES
Jérusalem , les Romains , qui avaient vaincu le monde , ne seraient peut-être jamais parvenus à incendier le sanctuaire du Très-Haut.
Dieu Ta permis... Mais il n'a pas souffert que la Terre- Sainte appartînt jamais définitivement et paisiblement à aucun peuple. Des torrents de sang ont été en vain répandus pour la possession des ruines de Jérusalem , qu'aucune puissance du monde n'a jamais pu relever. Depuis la chute d'Israël, la Palestine, qui était jadis le paradis terrestre, s'est couverte de deuil, de ronces et d'épines, d'un voile funèbre , a résisté à tous les efforts du laboureur, à toutes les tentatives de culture et de résurrection faites par l'or, la science et le génie des nations.
« Jamais les dieux des païens, chante Byron, ne pourront habiter le temple où Jéhova résida un jour ! »
Le Messie seul pourra restaurer la cité sainte , relever de la poussière les sanctuaires du Très-Haut, faire refleurir le Libanon et le Hermon, peupler le Tabor et le Garmel , animer les bords bénis du Jourdain et du Kidron , et Canaan gardera le deuil et restera un désert jusqu'au jour où reviendront sur sa terre ses légitimes héritiers : Israël !
La paix et le bonheur ne seront stables dans le monde que lorsque Jérusalem en sera de nouveau la capitale, le sanctuaire et le divin flambeau.
Nous avons encore le jeûne des premiers-nés (r^i^n 0^'1'oa), le ^4nisan^ pour rappeler la protection divine dont les premiers-nés des Israélites furent l'objet en Egypte au milieu de la mort des Egyptiens ; les jeûnes après les fêtes de Pesach et de Soukoth (•^sttji ^lo^x^n ^^w).
Les Israélites jeûnent aussi à l'anniversaire de la mort d'un père ou d'une mère.
Le jeûne en lui-même, l'abstention matérielle de nourriture, n'est utile et méritoire que par sa signification et ses résultats. Les prophètes, notamment Isaîe , blâment les jeûnes quand on les considère, non comme un moyen, mais comme un but, une réparation suffisante de tous les torts et de tous les péchés. « Ta contrition aux jours de jeûne ne t'approche davantage de Dieu que ta joie aux jours de sabbath et de fête : l'une et l'autre doivent être accompagnées d'une dévotion parfaite et d'un cœur recueilli. » (Kusari^ II, 50.) La pénitence, la conversion, l'immolation du mal , voilà le but réel de nos jeûnes; ils sont institués pour pleurer de tristes événements et inspirer de pieuses résolutions, le retour à la vertu et aux devoirs religieux , dont la pratique sincère apaisera le Ciel , guérira les blessures du passé , séchera les larmes et amènera un avenir plein de félicité. « Tous ces jeûnes, dit Maïmonide (H. Taanith)^ cesseront un jour; ils seront même transformés en jours de fête et de joie, ainsi qu'il est dit: «Voici la parole du dieu Zebaoth: Les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois seront convertis, dans la maison de Juda, en joie, en allégresse et jours de fête. Aimez seulement la vérité et la paix! » (Zacharie, VIII, 19.)
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« Que les paroles que je te commande aujourd'hui « soient sur ton cœur ; tu les inculqueras à tes enfants , « tu en parleras dans ta maison et sur la route, en te cf couchant et en te levant ; tu les attacheras en un signe H sur ta main, et tu les porteras comme un fronton entre « tes yeux. »
Ce dernier verset du Schéma, cette auguste et immortelle profession de foi Israélite, contient un des préceptes les plus bienfaisants et les plus admirables descendus du ciel sur le peuple-pontife du Sinaï.
Les capsules sacrées que l'Israélite met tous les jours sur le bras gauche, vis-à-vis du cœur, et sur le front, siège de la pensée , renferment quatre morceaux de TÉcriture qui sont la base et l'histoire de la croyance juive. Les deux premiers (^•oa te '•i «ip Exode, XIII, 1-10, et yc^yy *^ rvn^ ibid. , 11-16) prescrivent le devoir de consacrer les premiers-nés au service de Dieu, de nous rappeler éternellement la sortie miraculeuse de l'Egypte , d'en transmettre le souvenir à nos enfants , de célébrer le Pesach. <( Que ces événements soient un signe sur ta main et un souvenir entre tes yeux , afin que la loi de l'Ê-
temel soit constamment dans ta bouche. » 'n r^in tr^txey pxb •pea. « Car c'est avec une main forte que le Seigneur nous a fait sortir de Mizraïm . »
Le troisième chapitre (:>:q«, Deut. VI, 4-9) révèle le dogme fondamental de la croyance Israélite de Tunité de Dieu , et demande pour lui Tamour et Tadoration des humains; et le quatrième chapitre (rir© ûk rr>}rt\y tWd., XI, 13-21) annonce les récompenses attachées à l'observation des commandements et les châtiments qu'entraîne leur transgression.
ce Le contenu de ces quatre chapitres , dit R. Aaron Halevi dans le livre y^^'^nn , est supérieur à celui des autres parties de l'Écriture , puisqu'il s'y trouve la reconnaissance de la souveraineté de Dieu (d^^ja© n-oin iv riop) , la sortie d'Egypte, qui montre le pouvoir du Très-Haut de changer les lois de la nature , et l'attention qu'il porte au monde d'ici-bas (û^sinnra )>im nnatsm). Voilà les fondements du judaïsme. C'est pourquoi il nous a été ordonné de porter ces chapitres tous les jours entre nos yeux et sur la table de notre cœur : car c'est là que se trouve le séjour de l'intelligence, et en les portant comme un souvenir, nous nous y fortifions, nous avançons dans les voies du Seigneur, et nous méritons la vie éternelle. » ^^)
Nous n'avons presque rien à ajouter aux paroles de l'illustre rabbin de Barcelone. L'infinie sagesse qui a puisé notre religion à la source même de la vérité et de
(*) a L'israélite porte les TephiUin à la tête, qui est le siège de la penséa et du souvenir, et au bras, source de la force. Ce qui est écrit dans ki Tephillin a pour objet Tunité de Dieu , la récompense , la punition et II souvenir de la sortie d'Egypte , puisque c'est une preuve irréfragaUt que Dieu est en rapport avec ses créatures , les entoure de sa providence et connsdt leurs actions. t> {Kusari, III, 11.)
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la lumière , avait vu ailleurs , dans les régions des ténèbres et du chaos moral » des talismans et des amulettes que la superstition portait pour se préserver des maladies, des maléfices, des charmes et des sortilèges. Ces objets d'une grossière et abrutissante idolâtrie, on les attachait même au corps des animaux immondes pour les garantir des épidémies et du mauvais sort. Le saint écrin dont notre religion nous ordonne de nous parer doit préserver Thomme de Terreur et de Tignorance ; il renferme , non des remèdes matériels, mais la vérité et la vie. C'est dans ce sens que dit le talmudiste : « Quiconque met les Tephillîn vit longtemps, » d'^»*» ^^^ikû •j'^i'^iDn tr^san bs m'^pi w^n *i»s<. (Menachothy 44 a*) Aussi Tisraélite, avant de remplir ce devoir, prononce-t-il cette solennelle confession : 'rm'^ d»î> « Au nom du Dieu unique et saint (béni soit-il !) et au nom de tout Israël , je me dispose à mettre les Thephillin, pour accomplir la loi de mon Créateur...; ils annoncent son unité et les miracles qu'il fit en notre faveur pour nous délivrer de l'Egypte ; car à lui appartiennent la puissance et le règne , au ciel comme sur la terre , pour agir selon sa volonté. Il nous a ordonné de les placer sur le bras, en souvenir de sa force ; du côté du cœur, pour soumettre nos désirs et nos passions au service de notre Seigneur, et sur le front pour indiquer que le cerveau et l'âme , nos sentiments et nos facultés sont consa^ crés au culte du Très-Haut. Et par l'accomplissement de ce précepte , j'aurai la force de conserver saintes mes pensées , et mon cœur pur de tout péché , afin qu'aucune séduction ne s'en empare et ne m'entraîne dans la perdition , afin que je puisse vivre selon les commandements de rÉternel, ainsi que le veut mon cœur. Amen. » Voilà comment l'israélite se prépare tous les matins à
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son œuvre quotidienne. Par les Tephillîn qu'il met au front , il élève sa pensée vers le monde spirituel , allume son intelligence d'une sainte et vive clarté , et se rend digne du grand titre de fils aîné de Dieu qu'Israël a reçu au Sinaï par sa foi > et conservé au milieu des peuples par ses luttes et ses vertus ««np 'n oo •« 'psoi ^rt» te «rt! t)K*^att) yi^tT\ *« ^»iK biiain ^w-^iK S • • • • yb^ {Meguïlla^ i 6 b). Par les Tephillin qu'il attache au bras» il sanctifie ses actes , son travail , sa vie matérielle , sa conduite envers ses concitoyens et son pays. Il ne profanera plus par une mauvaise action la main sur laquelle il a placé cette parole de Dieu : tafittraai piaD ^h ^pnttrwi «Je contracterai avec toi une alliance de vertu y de justice^ de grâce et de mts^ ricorde. » Il ne souillera plus par le péché ce corps devem en quelque sorte le tabernacle et l'arche des tables de la loi. nij-nsi "jsJiitn y^Visr!\ WK^ia •j'^b^sn ib ©"^ te n»i« apar» p n'n Kiarr «iw pntra ton inr*a ntitoi rraïaa {Menaehoth , 4^ b). D ne violera plus aucune des lois divines çt humaines qu'il porte tous les jours en substance entre ses yeux et sur son cœur, comme l'uniforme de la vertu et le drapeau de l'honneur. En se parant des Tephillin, l'Israélite renoiivelle tous les matins ce serment inviolable à Dieu et à l'humanité dont le Talmud dit : pnri i"k k^ a^n 'la -pa» ^ 1715 ri*itai •o^m'^a 'n ya^n 'm •j'^b^fin tr^a» na^pn» y^iû. Et au mo-. ment où l'aurore matinale éclaire la terre et ses habitants , une lumière plus éclatante apparaît sur le front d'Israël et embrase de ses feux la région des esprits et les horizons célestes des âmes d'élite.
Certes, aucune éducation , aucun progrès moral ou social, aucun développement de la raison et de la civilisation ne sont capables de produire de tels effets dans l'esprit et l'action de l'homme. Le pauvre, courbé par la
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misère et brisé par les souffrances , ne se livrera pas au découragement et au désespoir qui engendrent si souvent le crime et la mort ; car il trouvera dans les Thephillin le récit des malheurs inouïs endurés par ses ancêtres en Egypte , dont le Seigneur les a cependant délivrés lorsqu'aucun secours ne semblait plus possible. Le riche ne croira pas sa puissance plus inébranlable que celle de Pharaon , et ne se permettra pas d'irriter le ciel en présence de cette terrible menace : «< t^n 'n C)« îrnm La colère de rÉternel s'enflammera contre vous ; il fermera le ciel, qui ne donnera plus sa pluie ; la terre ne produira plus ses fruits , et vous serez bientôt proscrits de la terre fortunée que le Seigneur vous aura donnée. » Le riche encore , par la loi du premier-né renfermée dans les Tephillin , se rappellera le devoir de rendre une partie de son bien à Dieu , dont il a reçu tout , de consacrer au culte divin, aux institutions religieuses et au développement de la science et de la vie israélite parmi ses frères , une portion des richesses qui lui ont été confiées pour en foire le meilleur usage possible. Le père de famille, par son exemple et sa parole , s'occupera lui-même et avec un zèle ardent de l'instruction religieuse de ses enfents , pour se conformer à ces versets des Thephillin :
« Vous inculquerez ces commandements à vos enfants , vous en parlerez dans vos maisons , dans vos voyages , en vous couchant et en vous levant. » Tous aimeront leur patrie qui leur accorde le bienfait de la liberté , en pensant à la servitude égyptienne et à toutes les horribles persécutions des siècles et des pays barbares. Tous aimeront leur prochain en voyant devant eux le Schéma Israël jqoi proclame Dieu comme le père de la famille
humaine , comme le Créateur de tous les hommes qui se doivent entre eux amour, protection et soutien comme des frères et des amis. Tous se rappelleront, par le nœud des Tephillin , l'alliance de Dieu avec Israël , Talliance de risraélite avec tous les sacrifices, tous les dévouements, tous les devoirs. C'est cette alliance, dont les Tephillin sont le divin symbole , que le Seigneur a montrée à Moïse (yi^^tn Vd ->«p nio^î) n'2"pn li nfi^^tfro lai») en lui disant : « Tu me verras par derrière, » (Menachoth^ 35 b) les rayons de ma lumière, le reflet de ma sainteté, le cortège de mes vertus ; montre-les à mon peuple que je veux m'attacher pour toujours, ditsïb ^^î) T^nï)»^*!
L'utilité des Tephillin est donc incontestable. Rien ne peut donner au cœur tant de pureté , à l'esprit tant d'élévation , à la vie entière tant de fraîcheur et de sérénité que l'observation de cet adorable commandement, qui nous arme tous les matins de toutes les forces morales et spirituelles. Pour le négliger, il faudrait être l'ennemi de sa propre existence, de sa dignité et de son salut, préférer un vêtement ou un bijou dont la vanité nous couvre , à cet ornement de l'âme envoyé à l'Israélite par le Ciel , pour le faire briller dans la création des êtres supérieurs de toutes les grâces et de toutes les perfections. Les Tephillin sont seulement prescrits aux hommes ; cependant on en a vu porter par d'illustres femmes qui , les préférant à tous les joyaux, ont voulu , selon la parole de l'Écriture , « les attacher autour de leur cou et les graver sur la table de leur cœur » darû 'pnnai'T:^ to diep yA n* î»5, convaincues qu'elles plairaient dans cette parure à Dieu et à l'humanité. d'iKi d^^ni» 'la'ï^n nia touri )n Btsm* De nombreux et glorieux martyrs ont conservé les Tephillin jusque dans les flammes et la mort, voulant ainsi
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paraître avec cette divine couroiine au milieu des anges et devant le trône de rËternel. Cette immense fidélité à ce commandement , cette inébranlable conviction de ses bienfaits et de son influence salutaire y cette mystérieuse voix qui semble sortir de la boite des Tephillin comme du fond d'un sanctuailre immortel , ne parlent-elles pas assez à notre conscience et à notre raison pour nous faire embrasser avec foi et amour ce symbole de la grandeur et de la délivrance d'Israël , de son progrès moral et de ses destinées?
Le judaïsme met tant d'importance à tout ce qui se rattache aux Tephillin, à la matière dont ils se composent y à leur confection , à la manière de les porter, à récriture des chapitres , etc. , qu'il déclare les moindres détails, «loi mosaïque depuis le Sinaï. » {^'^'n rwxh rtobn) Et Maïmonide, l'immortel docteur de la Synagogue, ajoute : «t La sainteté des Tephillin est bien grande ; aussi, pendant qu'ils sont sur la tête et au bras de l'homme , doit-il être humble , craindre Dieu , ne pas se livrer à des choses futiles ou à des conversations vaines, ni avoir aucune pensée mauvaise ; mais il doit tourner son cœur vers la vérité et la justice, » •^^la'ia «jab n»» vlkt^ pror\ na^n. Il dit encore : « Quiconque récite le Schéma sans Tephillin , c'est comme s'il portait un faux témoingnage contre soi-même (Berachoth, 14 b); il transgresse huit commandements , puisque c'est dans quatre chapitres que se trouve la prescription des deux Tephillin (*). Mais celui qui s'y est habitué vivra longtemps, ainsi qu'il est dit : « L'Éternel vous fera vivre à cause de leur mérite, » rrvy ûrnto 'n 'm.
(«) Exode, XIII, 9-16; Deut., YI, 8; XI, 18.