‹ La foi d'Israel;Chapitre 20 sur 30 · II* PARTIE · texte numérisé non relu

II* PARTIE

Quand une loi religieuse a pour elle tant d'autorités spirituelles , tant d'utilité pratique , tant de saintes et salutaires traditions , il est bien permis de la considérer comme une pierre angulaire de notre vie Israélite. L'incrédulité peut sourire de ce que nous prenons à la lettre les paroles de l'Écriture ; elle peut contester la haute antiquité ou l'obligation des Tephillin ; mais nous la défions de nous offrir quelque chose , un livre , une cérémonie ou une doctrine , qui pénètre le cœur et l'esprit de sentiments si élevés et de vertus si touchantes; nous la défions d'éclairer l'âme de nos enfants d'une lumière aussi vive et d'une joie aussi céleste que cet ornement religieux , qui est la plus pure étoile de leur jeunesse et le guide magique et infaillible à travers leur vie. Le jeune front qui se pare des Tephillin s'élève vers Dieu et sa vérité , et la main entourée de ces liens sacrés apprend facilement à s'étendre vers les hommes et à serrer sur la poitrine avec amour et charité.

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MESOUSAH. 243

MSSOUSAH. — TZXTZXTH.

tr^ir^ii — nnrD

(Taanithy 11 a.)

Deux fois rÉcriture sainte nous commande d'écrire les paroles divines sur les portes de nos demeures. (Deut., VI, 9; XI, 20.) A ce dernier endroit du Code sacré il est dit : « Afin que vos jours et les jours de vos enfants se prolongent sur la terre que TÉternel a juré de donner à vos ancêtres aussi longtemps que le ciel sera aji-dessus de la terre. »

Par la mesousàh , la plus pauvre cabane Israélite devient un sanctuaire du Très-Haut , un temple consacré à Bon culte , à la sanctification de notre vie , à la pratique de la vertu, à Taccomplissement de tous les devoirs. « L'homme, dit Maïmonide, doit remplir rigoureusement cette loi , car c'est une obligation permanente et générale. Chaque fois qu'il entre dans sa maison ou en sort, il rencontre le nom du Dieu-Un (béni soit-il !), se ^appelle son amour, se réveille de la torpeur, s'affrancliit des préoccupations futiles de la vie , et apprend qu'il tt*y a rien de vrai et de durable que la connaissance du ^xéateur de l'univers ; et alors il rentre en lui-même et ^*^ arche dans la route du bien. )> (Rambam^ H. Mesou- ^«Ui,VI.)

La Mesousàh , indépendamment de sa puissante in-

244 ir PARTIE. — LE CULTE.

fluence • sur la vie intime israélite , est une glorification publique et éclatante de notre foi. Elle dit au passant : Voici la demeure du Dieu d'Israël! En y entrant, pour des affaires ou des relations sociales , il doit donc y trouver toutes les saintes vertus commandées par ce Dieu, l'amour du prochain» la justice » la loyauté » la charité, des cœurs pour l'aimer et des bras pour le soutenir; il doit y trouver un refuge contre tous les maux de la vie, une consolation , un soulagement, une espérance, le pain du corps et le pain de l'âme !... Ce drapeau divin, arboré sur la maison israélite, serait déchiré, déshonoré, foulé aux pieds par le mal qui se commettrait au milieu de nous.

La Mesousah n'est pas un talisman pour préserver h maison et ses habitants de danger ou de maladie ; « Ceux, dit Maïmonide , qui y écrivent le nom d'anges ou di saints, ou des versets (comme moyen de préservation), sont sous le coup de perdre leur salut éternel. Les insensés ! non contents d'annuler le commandement, ib transforment ce grand acte , qui est la manifestation de l'unité de Dieu , de son amour et de son culte , en amolette d'utilité personnelle , croyant dans leur folie qœ cela profite aux fiitilités de la vie. » {Ibid., V.)

L'Israélite , en sortant de chez lui , emporte la pensée de Dieu, dont le nom auguste et ineffable est tracé sur la Mesousah, et pénètre son âme et son cœur ; il emporte la conviction que Dieu le suit partout, veille sur sesjoan et sur son bonheur, mais aussi sur ses démarches etseï actions. En entrant dans le monde et en s'engageiot dans ses luttes , il se rappellera la présence de Dieu, fc 1^ devoir de l'aimer « de tous nos moyens », de sacrifier 1 f *

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sa gloire et à sa loi tous les avantages > toutes les ri-= chesses de la terre , quand ils ne peuvent se conquérir par la plus rigide , la plus religieuse loyauté , sans faire aucun tort à notre prochain , à notre pays , à notre honneur Israélite. Il se rappellera ce qui est écrit dans la Mesousah , qu'il faut consacrer à TÉternel notre âme et notre cœur, c'est-à-dire ce que nous avons de plus précieux , et qu'il faut , par conséquent , renoncer à tous les biens de la vie quand il s'agit de confesser Dieu ou de pratiquer son commandement. Pourra-t-il rapporter à la maison du bien mal acquis, lorsqu'il doit passer devant ce nom redoutable du Juge suprême qui voit tout , qui sait tout, et dont la pensée veille à la porte Israélite comme l'ange au glaive flamboyant à l'entrée du Paradis! Non, car il se rappellera , dans toutes ses œuvres , dans toutes ses relations avec le monde , que la loi divine , dont la Mesousah est comme le titre et le frontispice , est le véritable et seul fondement de sa prospérité , de son salut , et que « malheur à celui qui bâtit sa maison sur l'injustice et sa demeure sur l'iniquité! » (Jérémie, XXII, 13.)

En revenant chez lui , l'Israélite , voyant le nom du Très-Haut sur sa porte, se rappellera que Dieu doit avoir la première place dans son âme et son esprit , les premiers embrassements avant sa famille et tout ce qu'il aime , et que c'est à Dieu seul qu'il doit tous les biens , tous les trésors et toutes les félicités d'ici-bas dont le 4iyer domestique est le séjour, le centre et le rayonnefiement. Et s'il doit y trouver la misère et les larmes , la maladie et la mort, il se rappellera que sa pauvre maison est habitée par Dieu et la vie éternelle , c'est-à-dire par les suprêmes richesses et par l'immortalité ; il pensera aux Jiromesses divines contenues dans la Mesousah , et sera

convaincu que Dieu le délivrera bientôt de toutes les oppressions et de toutes les amertumes de Texistence... Il a trouvé le bonheur, la charité et la vie au seuil de sa demeure, il est donc armé contre le malheur, les ténèbres et les souffrances qui peuvent l'attendre dans son intérieur. Qu'il quitte sa maison ou qu'il y revienne , il sera béni à son entrée et béni à sa sortie, ^rwa» mn» ^i^iai ^Ktna nr» yra.

Les T%il%%lh (*^ sont aux vêtements ce que laMesousa est à l'habitation. La divine loi dit :

ce Parle aux enfants d'Israël et dis-leur qu'ils fassent des Tzitzith an extrémités de leurs vêtements , eux et leurs générations , et qu'ils attachent à ces Tzitzith un fil de laine azur.

a Ce seront pour vous des Tzitzith que vous regarderez , et voos vous rappellerez toutes les lois de TÉternel; vous les accomplirez, et vous ne vous écarterez pas pour suivre les penchants de votre cœur et les convoitises de vos yeux.

« Vous vous souviendrez ainsi de tous mes commandements, et vous les observerez , et vous serez consacrés à votre Dieu.

« Je suis rÉternel , votre Dieu , qui vous ai fait sortir du pays de Mizraïm pour être votre Dieu , moi TÉternel , votre Dieu. » (Nombres, XV, 37-41.)

L'Écriture sainte dit encore :

(( Faites-vous des franges aux quatre coins du vêtement avec lequel vous vous couvrez. » te ^b mj^nffi^ nn îibsh 'itt?» ^mos nifi» sj^'iî^ (Deut., XXII, 12,)

L'Ecriture explique clairement , nettement, le but des Tzitzith : en les regardant on se rappelle les commande*

(*) « Franges de contemplation», de ps, briller. L'ornement d'or sari» front du grand prêtre s'appelait 1^*^^ (Exode, XXVIII, 36). Nous tronTOOl aussi d*^a^nsri "ja f^*^^» «Regarder à travers les grilles.» (Cantique, II» î^i

FF

TZITZITH. 247

ments de Dieu et le devoir de les pratiquer (*), on fuit le mal et le péché. Ainsi ThaBit Israélite, au. lieu d'être un objet de vanité, de luxe mondain pouvant devenir une cause de tentation coupable , est , par cet ornement sacré, le. vêtement du pontife placé éternellement devant Tautel du Très-Haut. On connaît la touchante histoire d*un homme qui , à la vue des Tzitzith , a reculé devant le péché et a provoqué une conversion miraculeuse. (Menachothj 44 a,) Ces signes extérieurs, qui, au milieu du monde et de ses agitations, ses séductions et ses entraînements, nous rappellent à nous-mêmes, à notre dignité morale, à notre devoir et à notre avenir, sont un grand et immense bienfait de notre religion. Ce sont des anges qui nous entourent sans cesse et nous protègent. (Psaumes XXXIV, 7.) Aussi rendons-nous tous les jours grâce à rÉternel « d'avoir armé Israël de force en le couronnant d'ornements sacrés, » îsfititts*^ 'laisj .n^inan iK'ittj'^ itiK hifitfira.

Un illustre penseur israélite. Moïse Mendelssohn, dit dans son commentaire sur le Pentateuque :

a Les peuples primitifs, qui ne connaissaient pas encore Tart d'écrire, avaient Fhabitude de tracer des signes , des images , des figures diverses (hiéroglyphes) pour exprimer toute chose qu'ils voulaient transmettre à leurs descendants ; les savants, versés dans Thistoire, comme es magiciens d'Egypte , connaissaient la signification de chaque figure et savaient la traduire. Au commencement, ces figures n'étaient qu'une espèce d'écriture exprimant une idée , comme les lettres de l'alphabet et les mots dont nous nous servons , qui ne sont pas des pensées en eux-mêmes, mais de simples signes. Cependant, dans la suite des t^mps et de leurs égarements , ces magiciens trompèrent le peuple et lui firent croire que ces figures étaient en elles-mêmes des choses

(•) Raschi dit que la valeur numérique du mot TT^T^'i est de 600; On y ajoutant les 8 fils et les 5 nœuds dont les Tzitzith sont formés , on obtient le chiffre de 613, nombre des commandements divins — y'*«*nn.

réelles ayant des vertus et une action. De là vinrent les erreurs de ridolfttrie, les talismans qui entraînèrent les hommes dans une voie réprébensible et à des pratiques superstitieuses, ainsi que cela est bien connu.

« Il n'en était pas ainsi de nos saints patriarches et de leurs en&nts, que le Seigneur a choisis pour son peuple , et auxquels il a donné des lois et des commandements pour les préserver de ces abominations. Or, plusieurs peuples employaient, comme signes d'écriture, des fils avec des nœuds de diverses couleurs. Par les couleurs et le nonâ)re des nœuds , ils connaissaient les événements du passé. En effet, quand des navigateurs hardis conquirent les diverses contrées du nouvean* monde, FAmérique, ils trouvèrent dans la partie septentrionale, dans les demeures des souverains du Pérou, des caisses fermées remplies de fils teints en diverses couleurs et ayant d'innombrables nœadi variés. Ils ne savaient pas ce que cela voulait dire. Mais les habitants di pays leur expliquaient que c'étaient des signes représentant l'histoire des événements qui leur étaient arrivés dans les temps anciens, et qu'ils comprenaient toute chose d'après les couleurs et les nceuds.

« Le Seigneur, qui nous a séparés de ceux qui marchent dans l'erreur, nous a intordit ces sortes de signes et de figures qui trompent et égarent l'esprit de l'homme, et nous a donné la Thorâ et des commandements pour purifier notre cœur de toute impureté idolâtre et nous réveiller sans cesse par des actes et des œuvres fondés sur toi bases de la vraie foi. il nous a ordonné de faire des signes , des marques de souvenir sur notre corps, nos maisons, nos vêtements, sur tout ce que nous voyons et sentons, afin que les pensées saintes ne disparaissent jamais devant nos yeux. Ce sont les commandementsdela Circoncision, de la Mesousa sur les portes de nos maisons , des Tephillii sur notre front et notre bras, et des Tzitzith à nos vêtements, afii qu'en regardant ces choses , nous pensions continuellement au Très- Haut.

« Nous voyons ainsi dans la loi des Tzitzith un moyen de souveoff) un moyen d'histoire, comme divers anciens peuples l'employaient, Il couleur, l'arrangement et les nœuds des fils. Aussi, dit la BertfH {Menachoth^ 43 b) : «Pourquoi la loi prescrit^elie le techeleth (rion) dans les Tzitzith ? Parce que la couleur du techeleth ressemble à oeh de la mer (où Dieu a opéré des miracles en faveur d'Israël) , et qœ 11 couleur de la mer ressemble à celle du ciel , le trône du Très-Hant (tamiK iKba ST*r>« ivcw^i hïtt nn^i xb^n b^p s»ivi y^^iiù rbsm ratf!) n«*na5 s^^roi •vrai tiratsn û^si ^^-^t^n ronb hwsroa riy^ wtm 'fiO« MDd trmn ^"NDO p» De cette manière tous les symboles indiqués pir

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les anciens dans le fait des Tzitzith sont vrais et justes : car chaque fil et chaque nœud révèle une pensée précieuse et élevée de la loi divine. En résumé , Dieu voulait nous préserver des erreurs du monde , sanctifier notre cœur par le souvenir, et exciter notre esprit à son culte et à son adoration. »

Grandes sont les bénédictions attachées aux Tzitzith (Sabbathf 32 b) ; ils sanctifient le cœur, tiennent constamment devant notre regard ce flambeau de la vérité Israélite qui perce toutes les hideuses ténèbres , nous donnent, avec le souvenir, la force de résister au mal, de repousser la tentation, de niépriser tous les biens fallacieux et trompeurs qui seraient indignes de nous , de notre passé et de notre avenir. Nos maisons, nos vêtements, tout ce qui nous entoure, tout ce qui nous touche, toute notre vie , portent l'empreinte de la pensée divine et sont des témoins vivants de nos actes, de notre condoite» des exhortations éloquentes et sublimes contre le péché. Mais, dans sa tendresse infinie pour Israël,' Dieu a voulu lui imprimer un sceau encore plus indélébile de sa sainteté, de sa loi, de son alliance.

IiA GIRGONGISION.

(Zacharie, IX, 11.)

La délicatesse du sujet ne doit point empêcher le croyant de remplir son devoir, d'étudier, de chercher et de rendre hommage à la vérité. L'étude d'une loi divine, quelle qu'elle soit , ne saurait éveiller dans tout coeur honnête que des pensées chastes et saintes , des idées pures et élevées. C'est seulement après le péché que l'homme a connu la nudité. Le vrai israélite , dans sa rie pieusement morale , ignorant les vices et repoussant le mal , n'a pas besoin de baisser les yeux de sa foi devant les prétendues convenances du monde qui souvent cachent la vérité pour mieux l'étouflfer.

(( Dieu dit à Abraham : Et toi , observe-mon alliance,, toi et ta postérité après toi , et les générations futures.

(( Voici l'alliance que vous garderez entre moi et von»» et votre postérité après vous : vous circoncirez tout enfant mâle.

<( Vous circoncirez votre chair ; ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous.

« Vous circoncirez tout enfant mâle à l'âge de huit

jours Mon alliance sera ainsi à votre chair une

alliance éternelle.

c( Tout homme qui n'opère pas la circoncision de sa chair sera retranché de son peuple, car il a rompu mon alliance. » (Genèse, XVII, 9-14.)

Abraham avait atteint l'âge de presque cent ans; il avait employé toute sa vie à connaître Dieu et à le proclamer au milieu des plus horribles ténèbres; il avait déclaré la guerre à l'idolâtrie et défié la fournaise d'Ur- Kasdim ; il avait élevé des autels au Créateur au milieu des barbares, et marchait à chaque pas à la mort et au martyre ; il avait pratiqué toutes les vertus et toutes les nobles actions , et pourtant, la veille de la circoncision , Dieu lui dit : « Marche devant moi et sois parfait. » La perfection ne pouvait lui venir que par l'accomplissement de ce commandement.

Il ne pouvait pas non plus obtenir plus tôt le bonheur d'avoir un fils avec Sarah , la sainte compagne de sa vie : Dieu ne voulait pas qu'Israël , son peuple choisi , pontife et sauveur de l'humanité , sortît d'un homme incirconcis ! Le monde physique est né du chaos ; Israël , c'est-à-dire le monde moral et spirituel, devait naître de la lumière.

On a souvent prétendu que la circoncision avait été une coutume de beaucoup de peuples de l'antiquité , les Éthiopiens, les Syriens , les Égyptiens, etc. ; on a même soutenu, sur l'autorité d'Hérodote, que les Hébreux avaient emprunté aux Égyptiens cette pratique, qui était une précaution d'hygiène , surtout dans les pays chauds. Ces suppositions sont démenties par toutes les probabilités et par des faits nombreux.

Dieu a créé l'homme parfait ; il n'a rien laissé d'in-

complet , de défectueux dans son œuvre ; il n*a pas réservé à sa créature le soin d'achever sur elle-même le travail de son organisation : croire le contraire serait absurde selon la raison , impie selon la religion (*). Dieu a bien annoncé à la première femme des souffrances, physiques comme châtiment de sa faute ; mais il n*a pasfrappé Adam d'une opération douloureuse indispensable pour le punir de sa complicité.

Et puis , qui aurait enseigné aux peuples anciens h pratique de la circoncision? Beaucoup de remèdes , et même les plus efficaces , ont été révélés aux hommes par les animaux , qui ^ dans certaines maladies y ont recours à certaines plantes que leur instinct leur indique. JeiK ner, l'illustre chirurgien anglais , a découvert la vaccine d'après des indications fournies par une paysanne , qui avait remarqué quelque chose d'analogue dans une épK demie de bestiaux. Mais où les races primitives, les sauvages des premiers siècles , auraient-ils pu apprendre une opération difficile , douloureuse , dont l'utilité hygiénique , affirmée par les uns , est positivement niée par les autres , même encore de nos jours!

L'opinion de Maïmonide {M or eh ^ III, 49), qu'une des pensées de ce commandement était de diminuer l'ardeur de la passion par un affaiblissement local, cette opinion est combattue par des autorités médicales nombreuses. Il faudrait, dans cette hypothèse, admettre encore un défaut dans la création physique de l'homme

(^) ce Plusieurs ont pensé que la circoncision complétait ce qni manqnattdans la création , opinion qui a rencontré de justes adversaires. CmniiMit> la nature aurait-elle laissé ses œuvres imparfaites pour avoir besoin d'tM assistance étrangère? » ^a«i Klhn ^'»h hteina IKanno m ttT (More/i, III, 49.)

que le Créateur aurait voulu corriger, au moins chez les Israélites (*). Quant à Texistence de cette pratique chez d'anciens peuples , il est certain que les races contemporaines des patriarches ne Tavaient point , puisque les habitants de Sichem s'y soumettaient pour obtenir Talliance de la famille de Jacob . (Genèse, XXXIY.) Les Égyptiens n'étaient pas circoncis , autrement Moïse n'aurait pas eu besoin de défendre l'agneau pascal à tout incireoncis (Exode , XII , 48), puisqu'il n'y aurait eu que des circoncis en Egypte ; et Dieu n'aurait pas dit , après la circoncision de son peuple , sur le sol de Canaan : <( Aujourd'hui j'ai ôté de vous la honte de V Egypte: » (Josué, V, 9») Les Philistins n'étaient pas circoncis non plus. (I Samuel, XVIII , 25.) Ezéchiel (XXXII) nous apprend que AschouVy Elam , Meschech^ Toubal, Edom, les Siàoniens et les Égyptiens n'étaient pas circoncis. Il est certain que , si divers peuples de l'antiquité ont pratiqué la circoncision , c'était d'après l'exemple des Israélites; en Egypte les prêtres seuls ont peut-être adopté cet usage pour se distinguer du vulgaire et se donner une espèce de consécration. Mais si ces peuples ont pratiqué plus tard la circoncision dans une vue dé pureté corporelle , d'hygiène publique et privée , et non , comme nous, pour obéir à une pensée religieuse, ils n'en tiraient ni les mêmes résultats , ni les mêmes bénédictions. Une différence analogue existe entre celui qui consacre un jour de la semaine au repos matériel et aux plaisirs du corps , et celui qui observe le sabbath par un

(*) Le passage de Bereschith Rabba cité par Maïmouide , et où il est dit : m» «drUDb ntip ^tJ^ rà^paan , ne prouve rien. Si le fait est exact, û fiuit y voir rœavre deTimagination, Tattrait de la chose prohibée, la passion de la famma , non celle de Thonune.

254 ir PARTIE. — LE CULTE.

repos spirituel et pour la sanctification de son âme. Le repos du premier, c'est le sommeil ; le repos du second, c'est la vie.

« Les pratiques divines ne sont ni commandées ni rqpoussées par la raison. On les observe comme le malade observe les prescriptions du médecin. Voyez la circoncision. Elle est éloignée de toute spéculation, elle n'a point d'influence sur la vie sociale. Et cependant Abraham Tadopta, pour lui et ses enfants, bien que cela dût lui être bien pénible , à lui qui était déjà âgé de cent ans ! Elle devint sur sa personne un signe que Tesprit de Dieu reposera sur lui et sa postérité, ainsi quil est dit : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et ta postérité après toi. »

« Le Kusari dit : — En effet, vous avez accepté cette loi dignement et vous l'accomplissez avec un grand zèle , en assemblée publique qui se réunit pour la louer et s'en représenter l'idée fondamentale. C'est pourquoi elle produit des bénédictions. D'autres se sont efforcés de vous imiter , mais ils n'ont recueilli que la douleur sans obtenir k jouissance qu'éprouve celui qui pense à la cause pour laquelle il supporte cette douleur. » (Kusari , III , 7-8.)

Pour l'Hébreu, la circoncision était le symbole, là preuve et la condition de Talliance de Dieu ; par elle il devenait citoyen du royaume dés élus , membre des régions des intelligences. Après que le Créateur eut ern levé à l'homme une partie de son être pour créer la femme et le désir de la génération physique, il voulait, par ce suprême commandement, demander au fils d'Adam un nouveau» sacrifice de son corps pour faire naître en lui les saintes passions du travail spirituel et intelleo* tuel. Car c'est là surtout que Dieu vit qu'il n'est pasboB que l'homme soit seul. Aussi pour l'Hébreu , négliger cette loi était une tache et un opprobre lib «in ttff^ •« (Genèse, XXXIV, 14), un obstacle à Taffriinchissement età l'élévation de l'homme ; c'est seulement après la circoncision du peuple sorti de Mizraïm que Dieu dit à Josaé:

« Aujourd'hui j'ai ôté de vous la honte de l'Egypte. » oD'^iam D^^^iso nfihn n« ^^niia hm. Par ce sacrifice de l'Alliance , les Israélites sont devenus le peuple moral par excellence , produisant dans la sainteté de pensée et de conduite des générations sobres et chastes , mais aussi fortes et intelligentes, et s'habituant à ôter tous les jours aux exigences des sens pour ajouter aux aspirations de l'âme et à ses clartés. C'est pourquoi , au moment de la cérémonie , la communauté fait entendre ces paroles : «Comme ri est entré dans l'alliance, puisse-t-il aussi entrer dans la science , lé bonheur domestique et les actions méritoires! û-^aio s'^ussaii ncnii îTT^ràws^ipn'^iniwsîttîûttîs.

C'est pourquoi aussi le Talmud dit : « La pratique de la circoncision est si importante qu'elle égale l'observation de toutes les lois de la Thorâ/ » niip»© ni^^o nVm itwûw tvwûn h^ n2û5. (Nedarim, 52 a.) En effet, les prescriptions religieuses ont pour but soit le souvenir de Dieu et de ses bienfaits , soit l'ennoblissement et la sanctification de notre individu. Or, la loi donnée à Abraham imprime à l'israélite le souvenir ineffaçable, nous dirons presque la présence de sa divine alliance avec l'Éternel ; die est aussi la base et le fondement de la sanctification corporelle; « par sa vertu , disons-nous dans une prière, le Seigneur préserve les enfants de la sainte race de tomber dans la perdition. » wi la^ist lapiri '^n hvt nt 'taws p i^ tfwsn t3« ^ttD» in'^'ns "pûb nrittja wnp 3?^t ni^r^'r» i^^smb. Ce qui est pour d'autres hommes une cause de péché et de corruption est pour l'israélite une source de sanctification et d'élévation de cœur et d'âme. La légende de David entrant au bain et entonnant un divin cantique (h^^î'^awri i»)(*)

trace bien l'image sublime de tout croyant. Aussi c'est seulement au moment où le patriarche recevait et exécutait cette loi fondamentale du judaïsme , qu'il fut appelé Abraham f père spirituel d'une multitude de nations (o^ia lian a«). A son tour, Moïse ne pouvait remplir sa grande mission, annoncer à son peuple Dieu et la liberté, et protester auprès de Pharaon contre l'esclavage moral et matériel de ses frères, qu'après avoir accompli sur son propre fils le commandement de la circoncision et affranchi sa propre famille de la servitude du mal et du péché.

Dans le même sens le Tahnud dit encore : « La loi de la circoncision est tellement importante , que sans elle Dieu n'aurait pas créé le monde. » «^n «iaV^» rbm j*m Toiw ïiK na^pn k^ vb {Nedarim^ 51 h). La manifestation de Dieu et de sa loi par la perfection et le bonheur de l'hommei telle est, dans notre croyance, la cause de la création, la raison d'être de l'univers. Mais le fils d'Adam , par la corruption inhérente à la vie terrestre, pouvait diffidiement atteindre à cette perfection et conquérir ce boftheur, sans une force particulière, sans une grâce spécialei avec lesquelles le Créateur l'a armé pour combattre le mal né avec lui par héritage , ou se développant en Im par l'instinct animal de son individu, ou l'envahissant par des influences pernicieuses extérieures. Cette force et cette grâce , dont toutes les races humaines obI senti l'impérieuse nécessité , d'autres religions les <ml cherchées vainement en dehors de l'homme , dans des

i^ttDna» hi-^M ^taw ii-^ai m» vkn w^ *-tt3»K» •»?» -n» na» ortr n-^î-^attîn to n:ûab ^asow ttrm h'^b^p ia» «»''» ^nxi inyï namt»

feits et des apparitions qui n'ont aucun rapport direct avec son être et ne peuvent exercer sur lui aucune action réelle et légitime. On sait les Ainestes résultats de cette erreur.

La foi juive nous a donné tout ce qu'il faut à rhomme pour se suffire et se rendre indépendant du mal par ses actes et ses efforts. Chaque vice et chaque péché ren-contrent dans le judaïsme un commandement qui'les repousse , une cérémonie religieuse qui les combat, une pensée ou une œuvre qui met à leur envahissement des barrières infranchissables. Mais c'est avant tout la circoncision qui attaque le mal dans son foyer et donne à Jacob la force de lutter la nuit contre Satan et de le vaincre. C'est par là que l'israélite est réellement engagé dans une alliance indissoluble avec son Dieu , avec la vertu et le devoir, qu'il grandit sous le regard du Très-Haut et marche dans la lumière de la divine vérité. La création et le salut du monde moral sont donc vraiment dus, comme dit le Talmud , à l'observation de la loi sainte et auguste donnée à Abraham. C'est en elle que l'humanité subsiste réellement et éternellement *i^ 7«»ta, et qu'Israël a trouvé le moyen infaillible d'être immortel et impérissable.

La force brutale, la persécution sanglante pouvait bien brûler ses villes , détruire son temple , faire périr ses princes et ses pontifes , effacer sa nationalité et sa place parmi les peuples ; mais partout où elle épargnait , où elle oubliait un seul Israélite, elle laissa un sanctuaire ^yant où Dieu a gravé son alliance avec le genre humain et avec l'avenir régénéré du monde. Cette alliance n'est ^las une seule idée, une seule parole, écrite sur la pierre >d*un temple que la force peut renverser, ou enfermée

dans une nationalité politique que les événements peuvent détruire ; cette alliance est éternellement vivante , féconde y resplendissante comme les fruits sur la terre , comme le soleil dans le ciel. « Béni soit donc le Seigneur qui a consacré son bien-aimé dès sa naissance , a gravé la loi dans sa chair, et imprimé à ses descendants le sceau de la sainte alliance ! » «np ^»» biwh »*« i^ w ©tip n*na hiîa dm i'^ksikséi û» iifi^wa pini "prin t^*

La grande importance que le judaïsme attribue ao commandement de la circoncision explique aussi la sévérité qu'il attache à sa transgression. Après le Code mosaïque qui prononce la peine de Koreth (retranchement) contre le violateur de la loi , la Mischna , malgré sa tolérance bien connue , dit : « Quiconque viole l'alliance d'Abraham , notre père (rowo is^ mit? mam ajoute Maïmonide), bien qu'il possède la science et les bonnes œuvres, n'a point de part à la vie future. » {AhothyV\^ 15.) Moïse lui-même, malgré tous ses mérites , allait être frappé de mort pour avoir retardé l'accomplissement de ce devoir (^). Mais c'est surtout la conviction de sa céleste valeur et des grâces infinies y attachées , plus que la crainte du châtiment , qui maintient en Israël , dans les temps les plus relâchés , le respect de cette loi divine.

On a entendu parfois des esprits égarés , se faisant gloire de professer la négation et le néant , parler de barbarie, de cruauté, de mutilation, etc. La vérité leur répond : Voulez-vous réellement mutiler vos enfiuitSi mutiler leur esprit et leur cœur, mutiler leur intelfr' gence et leur avenir? ne les circoncisez pas! Vouleir

(*) Nedarim, 31 b : mi» p-^nsh rmxb ii nhr^ vAm riy© ràtp

VOBS réellement en faire des barbares , se plongeant dans les vices, se noyant dans Tabime de tous les écarts sans avoir la force d'en sortir? ne les circoncisez pas ! is ^^ *rajtoiD û'^Art 'nn ^^tùiû nî)*i3>n arn txowù w^it? w^wt. Certes , c'est un grand et souvent douloureux sacrifice que la foi et la vérité seules peuvent inspirer et accomplir. Mais la vie , la vie éternelle y est attachée. « J'ai passé, dit le Très-Haut, et je t'ai vu te débattre dans ton sang ; alors j'ai dit : — Tu vivras par ce sang, oui, tu vivras par ce sang! » (Ézéchiel, XVI, 6.) La Divinité dit encore : « Si quelqu'un m'ofifre un bœuf ou un bélier, je descends en lui pour le bénir; que ne feraije pour celui qui me sacrifie sa chair et son sang! » (*) Qu'elle est belle et sublime , cette sainte et auguste cérémonie qui introduit l'enfant Israélite dans l'alliance de ses firères et de son Dieu ! Les cierges s'allument , les fidèles attendent , le baruch haba , « béni soit celui qui vient! » retentit, et le jeune croyant entre dans le temple accompagné de l'âme du prophète qui plane sur sa tête au milieu d'un cortège d'anges en prière et en adoration!... Une larme de bonheur échappe à l'œil du père au moment où le sacrifice s'accomplit , et où il offre à la foi juive le précieux tribut de son sang ! Le sacrifice s'accomplit, et une nouvelle étoile brille au ciel de Yeschunm... et un nouveau flambeau est allumé dans le sanctuaire impérissable d'Israël ! . . . <( Voilà , cher enfant , range de l'alliance (n^^^sn ^^i»), il est devant toi, il s'asgied à ta droite pour te guider et te soutenir ; espère dans l'appui du Très-Haut! j) 'n ^nyw'^i ^^n^irittî... Cetap-

(*) ''3« "ï^n ^TûVih i'^K^ 'TIW a^i^npntj m dx '•o'^ i*^Ki *nitt3i ? nne ^^li S (»n'»n B'ipi'i) . "D^fiO *^TûnA noaa? b»» ûniaït / inshnai ria niîi

ir PARTIE.

pui ne lui manquera jamais, car son esprit et son cœur sont circoncis et peuvent s'élever à Dieu par la foi et la lumière , et embrasser l'humanité par l'amour et la charité. Voilà où l'on reconnaît le vrai descendant d'Abraham 9 l'homme de la vivante alliance, a Ceux qui n'ont pas reçu cette double circoncision, celle du corps et celle de l'esprit , n'entreront point dans le sanctuaire de l'Éternel. » 'w'rpTQ it( ica^ îci i»a bnsn ai i^ las p Va (Ezéchiel, XLIV, 9.)

Ù8 AXiIMSlVTS PROHIBÉS.

Les lois religieuses sur la nourriture constituent la vie sacerdotale israélite ; elles donnent à notre foyer domestique un parfum de sainteté qui rappelle l'encens, le sacrifice , le pontife ; elles transportent le temple dans la demeure du pauvre comme dans le palais du riche. Les abstinences qu'elles nous ordonnent et les renoncements volontaires qu'elles nous apprennent sont autant de triomphes sur les instincts brutaux et les passions mauvaises remportés par la sobriété , la chasteté de la pensée et la pureté de l'action.

La première loi d'abstinence donnée à l'homme, la défense de goûter d'un arbre du jardin d'Éden, fut violée. La mort de l'humanité en a été la suite !

Quand , avant sa faute , l'homme avait encore son auréole de candeur et d'innocence , le Créateur lui avait assigné pour nourriture les herbes des champs et les fruits. Il le constituait le maître du régime animal , comme luimême était le maître des êtres intelligents , c'est-à-dire remplir sur la terre une mission analogue à celle que Dieu remplit dans les régions célestes , mission de conservation et de vie, et non de mort et de destruction. Abel offrait au Très-Haut un sacrifice vivant , mais n'en portait pas sur sa table. C'est seulement après la chute, après la corruption et le déluge , que Dieu permet aux

fils d'Adam de manger la chair des animaux. (Genèse , IX, 3.) L'homme est devenu Carnivore par le péché.

En ordonnant à Noé de construire l'arche et d'y faire entrer de toutes les espèces d'êtres vivants , le Seigneur parle déjà d'animaux purs et d'animaux impurs (/d., VIII, 2.) Et qu'on ne dise pas que le mot 'iino veut dire parfait, propre , sans souillure extérieure ; la langue hébraïque a pour toutes ces significations d'autres termes aussi exacts que positifs. Il s'agit donc ici d'une pureté intérieure, d'une pureté invisible et insaisissable, dont l'appréciation et la valeur peuvent nous échapper, mais qui nous ont été clairement révélées par Celui devant lequel il n'y a ûi ténèbres ni mystères. Il nous a dit:

« Faites une distinction entre les bétes pures et les impures , entre l'oiseau pur et l'impur ; ne mouillez point vos âmes par des bêtes , ou des oiseaux , ou de ce qui rampe sur la terre , et que je vous ai marqués comme impurs. Soyez saints, car je suis saint, moi l'Étemel, et je vous ai distingués parmi les peuples pour être à moi. » (Lév., XX, 25-26.)

C'est donc en vue d'une pureté morale , d'une sainteté d'esprit et de cœur , que de nombreuses prescriptions alimentaires ont été données à Israël. Cette raison seule justifie les châtiments sévères attachés à leur transgression. S'il s'agissait seulement d'une question hygiéni<iae, abandonnée à la prudence et à la volonté de chacun , de quel droit le législateur des Hébreux aurait-il infligé la peine de Koreih (retranchement) à quiconque mangeait du sang ou de la graisse ?

« Si Moïse , dit un écrivain rationaliste , n'avait eu qu'un but d'hygiène , il aurait également donné des préceptes sur l'usage des plantes , tandis qu'il ne s'occupe

que du règne animal ; il faut donc qu'il ait été guidé paf certaines idées de pureté inapplicables aux plantes. Ce sont, comme il le dit lui-même, des préceptes de pureté et de sainteté ^^K w

La grande importance que l'Écriture attribue aux lois sur la nourriture , la place qu'elle leur accorde au milieu des lois religieuses et morales les plus sacrées et les plus augustes, l'invocation de la sainteté de Dieu, le rappel de ses bienfaits, de sa grandeur et de ses miracles, faits chaque fois pour mieux exhorter à l'observation de ces lois , n'est-ce pas la preuve la plus évidente qu'il y a là des causes mystérieuses , surnaturelles, divines, qu'il ne nous est pas donné d'approfondir et surtout d'amoindrir? Moïse , en répétant ces lois , se sert d'un mot d'une énergie incroyable ; il dit : « Ne mangez pas de ce qui est une abomination. » n!i5in (Deut., XIV, 4.) Et il ne s'agirait ici que de police sanitaire ! Oh aurait attaché , mêlé le nom trois fois saint de Dieu , â des questions de cuisine ! Qui oserait accus'er le divin Prophète d'une telle profanation ou d'un tel ridicule ?

Nos pères se sont imposé les plus dures privations ; ils ont subi les tortures et le martyre plutôt que de violer les commandements sur le régime alimentaire. Ils ont, dans ces commandements , sinon reconnu, au moins senti la condition de leur salut comme dans tout ce qui leur avait été révélé sur le Sinaï ou transmis par les organes et les oracles de leur foi. Le serpent de la tentation avait beau leur dire : « Mangez de cette nourriture , vos yeux s'ouvriront alors , vous ^entrerez dans la civilisation et dans le progrès , vous serez de grands esprits et des dieux sur la terre ! w Us ont repoussé ces dange-

('} La Palestine^ par M. S. Munk, page 166.

reuses insinuations » sachant que le jour où ils obéiraient au démon ils perdraient à jamais leur vie israélite et seraient bannis du céleste paradis planté par rÉternel pour réducation, Tavenir et la gloire de son peuple.

Daniel, au péril de ses jours, a refusé de rien manger ni boire de la table du roi de Babylone , afin de ne point se rendre impur b^cin'i «b ^»«. Éléazar, raconte le Livre des Machabées , l'un des premiers d'entre les docteurs de la loi, homme avancé en âge et d'un visage vénérable, fut pressé de manger de la chair de pourceau , et on lui ouvrit la bouche par force ; mais lui , préférant une mort glorieuse à une vie criminelle , marcha volontairement au supplice. Ântiochus fit périr de la manière la plus horrible une mère israélite avec ses sept fils , pour avoir refusé de violer les prescriptions religieuses sur les subsistances; le plus jeune de ces martyrs, un faible et tendre enfant, impatient de marcher à une mort glorieuse, dit au tyran: « Qu'attendez -vous? je n'obéirai pas an commandement du roi , mais au commandement de la loi qui nous a été donnée par Moïse (2* liv. des Machabées, ch. 6 et 7). L'histoire israélite offre d'innombrables exemples de ce grand et saint héroïsme , de mille morts subies pour la fidélité à la loi alimentaire.

Nos pères ont courageusement résisté aux rois de Babylone comme aux rois de Perse , aux Grecs comme aux Romains , s'exposant à toutes les colères et à toutes les vengeances de leurs terribles et puissants maîtres. Après la mort de César , Dolabella publie un décret qui connmence ainsi; <( L'empereur Dolabella, au sénat, am chefs et au peuple d'Éphèse , salut. — Alexandre , fils de Théodore, envoyé du grand prêtre et prince du peuple des Juifs , Hyrcan , fils d'Alexandre , m'a communiqué

que ses concitoyens (coreligionnaires) ne pouvaient entrer dans le service militaire , parce qu'ils n*osent porter les armes ni entreprendre un voyage le jour du sabbath, et qu'ils ne peuvent préparer les aliments selon leurs mœurs et usages paternels, » Voilà comment ils ont lutté contre les dominateurs du monde pour rester fidèles aux commandements mosaïques , pour défendre , après la chute de Jérusalem , le sanctuaire intérieur et impérissable de la conscience religieuse. Et , nous le demandons de nouveau , il ne s'agirait ici que d'une question de santé et de climat? Le Seigneur a dit : a Les maladies des Égyptiens , vous ne les aurez pas , car moi l'Éternel , je vous guérirai. » Nos moyens de préservation , nos remèdes et nos lois sanitaires , ne les cherchons donc pas ailleurs que dans l'amour et la loi de Dieu , dans l'obéissance et la soumission à sa parole. Voilà l'hygiène Israélite.

Isaïe , le sévère moraliste qui s'arrête peu aux lois cérémonielles , s'écrie dans sa douleur : « J'ai étendu mes mains toute la journée vers un peuple rebelle , qui marche dans une voie fausse , suivant ses propres pensées , un peuple qui m'irrite sans cesse. •• qui mange de la chair. de pourceau et remplit ses vases de liquides impurs. » (Isaie, LXV, 2-4.) Ézéchiel recommande aux prêtres d'apprendre au peuple ce qui est pur et impur, et de lui donner le bon exemple en s'abstenant de manger d'un animal ou d'un oiseau dont la chair est prohibée, i» (Ézéch., XLIV, 23 et 31 •) Et Zacharie, le sublime voyant, Taigle au regard de feu qui pénétrait le ciel et l'avenir d'Israël , termine son divin chant par cette prophétie : ff Et tous les vases à Jérusalem et en Judée seront purs , consacrés au service de l'Éternel Zebaoth , afin que ceux qui viendront sacrifier puissent s'en servir. » Qu'on ose

266 ir PARTIE. — LE CULTE.

nier encore la gravité des lois sur la subsistance , lorsque l'envoyé et Tinspîré de Dieu , le poëte et le pasteur d'Israël , chantent leur rétablissement comme une consolation et un bienfait réservés à nos tribus ?

Les talmudistes , les docteurs de la Synagogue et les rabbins , nos théologiens les plus pieux et les plus éclairés , ont écrit d'innombrables ouvrages sur les commaodements alimentaires. Le moindre détail était pour eox l'objet des plus profondes méditations 9 comme du plus rigide scrupule de conscience. Moïse Maïmonide» un des plus grands génies que le genre humain ait enfantés, a consacré à ces prescriptions de longs et laborieux chapitres dans son YadHachsaka^ et, après avoir parlé des soins et des précautions que l'Israélite doit apporter à la préparation des aliments et au choix de la vaisselle, il termine par ces paroles significatives : « Quiconque fidl bien attention à ces choses procure à son âme un surcroît de sainteté et de pureté : il se consacre au Seigneur (béni soit-il), ainsi qu'il est dit: <( Sanctifiez -vous et soy» saints, car je suis saint. » n^i^ip K^^aa *k ta^na^in ^irnanlfl '•ûi ittjBA rrn'in'^ nr^tm^

Il est vrai , Maïmonide , dans son livre philosophique, Le Guide des Egarés ^ s'efforce, à l'exemple de beaucoup d'autres penseurs anciens et modernes , de trouver des causes rationnelles et physiques aux lois cérémonielles, ce qui pourrait en faire dépendre la valeur et la conswvation de la durée de ces causes mêmes. Ainsi lespre* scriptions sur les animaux purs et impurs ne sendert point applicables et n'auraient aucune raison d'être dans d'autres climats ou au milieu d'autres peuples. Mais remarquons d'abord que, malgré toute sa merveilleuse science et les plus ingénieuses combinaisons et suppo'

sitions, Fauteur du Moreh Nebouchim a dû, devant beau* coup de lois religieuses , avouer son impuissance à leur trouver une raison quelconque , et a dû en quelque sorte répéter cette exclamation des magiciens d'Egypte : C'est un doigt de l'Éternel ! Blâmé par les plus illustres rabbins de son temps , le philosophe de Cordoue a encore été désapprouvé , de longs siècles après , par le philosophe de Berlin , Moïse Mendelssohn , qui , dans sa Jérusalem , déclare loyalement que, puisqu'il est impossible de saisir le motif de toutes les lois mosaïques , il convient de les remplir fidèlement, partout et toujours, jusqu'à ce qu'il plaise au Seigneur de manifester clairement sa volonté et de faire descendre sur nous une autre révélation.

Ensuite , est-il bien permis de plonger ainsi le scalpel de la recherche dans le cœur des lois divines , ou au moins considérées et vénérées comme telles par tant de siècles et tant de générations , lorsqu'il faut se soumettre, aveuglément se soumettre aux lois humaines, fossent-elles obscures comme la nuit et mauvaises comme la tyrannie ! On pourrait citer de nombreuses lois civiles et pénales , auxquelles sont attachés des châtiments fort sévères , et dont l'origine , la cause et l'utilité laissent cependant des doutes dans les meilleurs esprits ; et la preuve , c'est que beaucoup de lois en vigueur chez un peuple ne le sont pas chez un autre , et que souvent un fiût réputé délit et même crime dans un pays n'entratne aucune pénalité dans un autre pays. Les causes , et fréquemment la justice , nous échappent quant à des lois fiiites par nous et au milieu de nous , et nous aurions la iblle et téméraire prétention de connaître le pourquoi d'une législation dont l'origine se perd dans la nuit des temps, dont la source est aux confins de la création,

dont Fauteur trône dans les hauteurs des célestes régions !

Nous vivons parmi des nations civilisées qui ont également des lois d'abstinence permanentes ou périodiques. Quel réformateur juif oserait attaquer ces lois et jeter aux Français , aux Anglais, aux Allemands qui les observent, les épithètes d'ignorants, de rétrogrades, d'obscurantistes, de pharisiens, etc., dont il éclabousse les Israélites, ses coreligionnaires? Nous voyons autour de nous les prêtres chrétiens qui se soumettent à une loi d'abstinence , — le célibat, — bien autrement grave que nos prohibitions alimentaires. Cependant personoe ne se permet de critiquer cette prescription d'un autre culte , et nous respectons tous un usage qui peut nous paraître contraire à la volonté de Dieu et au principe four damental de la société. Comment se fait-il alors que nous ayons si peu de respect pour des commandements religieux parfaitement compatibles avec tous nos devoirs sociaux , avec tous nos sentiments et tous nos progrès, avec notre cœur et notre esprit, et qui ont produit de si grands et de si magnifiques résultats !

Ces résultats, en n'envisageant les choses qu'au poiat de vue humain et purement matériel , sont visiblement et incontestablement des plus heureux. ■

Par leurs lois sur la nourriture, les Israélites sont devenus les hommes les plus sobres de la terre. Sages, modérés, réservés en toutes choses, ils ne se sont livrés à aucun de ces excès qui dégradent l'homme, effacentda son front le sceau divin, et le font descendre au-dessous de la brute. Les maladies et la mortalité ont toujours moins sévi dans leurs rangs que dans les autres classes de la société ; et avec leur extrême frugalité ils ont fondé

dans leurs familles ce bonheur domestique , cette paix intérieure qui a excité à toutes les époques le respect et Tadmiration du monde. Chez eux, les enfants ont appris de bonne heure à modérer leurs désirs, à vaincre leurs penchants, à faire triompher Tesprit sur la matière. Les Israélites ne se livrent pas au plaisir de la chasse , cet héritage de la barbarie et des mœurs sanguinaires des temps sauvages.

Les prescriptions alimentaires ont exercé une influence encore plus énergique sur l'éducation morale et le sentiment religieux de nos coreligionnaires. Â chaque goutte d'eau qu'il boit , à chaque morceau de pain qu'il mange, à chaque fleur qu'il respire, le fidèle Israélite se souvient de Dieu , lui adresse une fervente action de grâce, et fait de sa table un autel et de son repas un sacrifice, 'n «^afti *)»K irftwh m ^^b» «la^T (*). Toute la semaine, il Tit de peu, s'impose toutes sortes de privations, se re- (bse souvent le nécess|ire pour pouvoir célébrer dignement le sabbath , non dans la bombance et la débauche , mais dans uii doux et saint bien-être, dans une pensée de reconnaissance et d'amour envers l'Auteur de tout bien , dans une béatitude qui tient plus des délices du ciel que des jouissances de la terre... Et la femme Israélite, en Taquant aux soins du ménage, rencontre à chaque pas et à chaque travail un commandement religieux , une cérémonie, une sainte obligation, et ses pensées s'élèvent et se sanctifient, et son visage rayonne et se transfigure, et Vien lui apparaît dans le feu qui s'allume et dans la Euée qui passe. •• C'est ainsi que la maison Israélite est

(*) La table Israélite a toujours été considérée comme un autel divin mk las lois de pareté sont de rigueur. (I Samuel, XX, 36; XXI, 6.)

devenue un temple du Très-Haut, un foyer de toutes les vertus, une école de tous les devoirs, le séjour des plus nobles satisfactions, l'asile des joies pures et candides.

Les lois sur la nourriture , comme beaucoup d'autres lois cérémonielles , sont souvent négligées , par Tigno* rance où l'on est de leur gravité. Par de fausses idées de progrès et d'émancipation spirituelle , entretenues par la faiblesse , par l'ardeur des désirs , et surtout par une diminution regrettable du sentiment de sacrifice, on fait, disparaître tout ce qui est de l'histoire, de la tradition, des coutumes et des principes Israélites, et on dit: Noos croyons en Dieu , le reste est inutile ! r& •oaipa 'n vbn TOI la^^i» K'on (Michée, III, H). Cependant la transgression des prescriptions alimentaires est encore plus fikcheuse et entraîne des conséquences encore plus fatales que toutes les autres transgressions ; car par elle on efface la famille et la vie Israélite, on chasse le jadaîsiiM) de la maison , on profane le sanctuaire du foyer, on renie son origine et sa foi devant le monde, on se déguise avec tous les animaux impurs , on montre sa philosophie en mangeant du pourceau , et l'on réduit l'éducation religieuse de ses enfants à quelques leçons apprises macfcinalement par cœur et bientôt oubliées , au lieu de lei élever réellement et saintement dans les usages, lef idées et les pratiques du peuple de Dieu. Un pareil étit de choses est-il digne de notre sagesse, de notre loyaidé et même de notre civilisation tant vantée ?

Les aliments prohibés aux Israélites renferment «si imperfection , une impureté , et exercent une inflnjNiei destructive sur notre vie morale et spirituelle. Une h* mière a plus ou moins de clarté , selon la matière dort elle est composée : une huile trouble., épaisse» impore»

ne donne qu'une lumière sombre et triste. Israël, qui devait servir de flambeau à l'humanité , devait aussi se nourrir de matières pures et choisies •

Les prescriptions alimentaires sont d'institution divine ; il faut les observer si l'on veut mériter le nom d'israélite ; il faut les observer si l'on veut conserver les pures et saintes mœurs dé la vie israélite, si l'on veut perpétuer au milieu de nous et dans le monde les grands

et salutaires principes de la foi israélite ; il faut les observer jusqu'au jour où, dit l'Éternel , « j'enverrai la famine sur la terre , non la famine du pain ni la soif de Teau, mais la famine de la parole de Dieu. » (Âmos> VIII , 41.) Voilà la nourriture réservée à Israël et au genre humain.

« Les dons de Dieu destinés à la nourriture de l'homme .contiennent aussi une épreuve. La vie tout entière est une table richement chargée ; mais tout ce qui s'y trouve n'est pas offert à la jouissance. Il y a mainte chose pour MTvir seulement d'ornement , mainte autre chose pour certaines personnes et non pour d'autres. Rien ne peut et ne doit manquer sur cette table, car elle a été préparée par une seule et même Toute-Puissance. Mais cette Tonte-Puissance a mis en nous une avide inclination pour les satisfactions sensuelles ; nous devons donc su- Jwr notre épreuve à ce festin de la vie. Que la grande XMde touche à tout! n'importe; que celui qui veut être ^e vraie image de Dieu s'abstienne et craigne le ser- <90iit cruel attendant sa proie sur les arbres des fruits -^dMfondus ! . • * L'école des jouissances aussi est une école ^'épreuves pour l'homme, ôurtout pour l'israélite (*). »

. (^) Eitraît d'un discours de Salômoti Plessner.

INSTRUCTION RBIiieiBVSB.

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n^fiU ITin J nu U I nDO XTBCr JP

Ce que les législations les plus avancées et les pays les plus civilisés n'ont pu encore obtenir partout , dans notre siècle de progrès et de lumières : la loi de rinstroetion , la loi de rintelligence , le devoir pour chacan de cultiver son esprit et d'éclairer sa raison , cette loi de l'élévation morale et spirituelle de l'homme , Israél h possède et la pratique depuis quarante siècles ! Réaliser de plus en plus, par l'éducation et l'enseignement, cette image divine imprimée à l'humanité par le Créateur, est pour nous , non une question de progrès et de civilisa^ tion dont la solution appartient au bon plaisir d'iii gouvernement terrestre ou à la volonté intéressée de quelque chef de culte , mais un commandement de Diei positif et absolu. L'ignorance est un péché en Israël.

Dans la manifestation la plus solennelle et la plus ssguste de la foi Israélite , le schéma ^ Moïse a placé la loi de : yxb bnun « Enseignez vos enfants ! )• Le divin législateur, voulant assurer au dogme fondamental du jidaïsme la plus forte garantie possible de durée et dlftcorruptibilité , n'en a pas trouvé de plus solide tp^ l'instruction .de la jeunesse. L'envoyé du Très-Htst semble dire à Israël : La croyance'^de l'unité de Diea et

le devoir d*aîmer ce Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos facultés , croyance et devoir qui renferment toutes les vertus religieuses et sociales , seraient bientôt altérés, violés, effacés parmi les hommes , sans l'accomplissement de cet autre devoir : yA ûwittîi Enseignez vos enfants! « Tu as fondé ta puissance dans la bouche des nourrissons » û'>il>w *ibo r» nnD*i ts'ips'ii, dit le psalmiste au Dieu d'Israël.

Chaque fois que Dieu voulait perpétuer au milieu de son peuple un grand principe ou un grand souvenir, il ne lui disait pas de le graver dans le bronze ou de lui élever un monument , mais bien ': y^ih n-na^i « Tu le diras à ton fils. » Voilà la garde , la force et l'immortalité de la religion Israélite. « Écrivez ce cantique (le code sacré), enseignez-le aux enfants d'Israël, mette%'le dans leur bouche, afin qu'il soit mon témoignage en Israël. Quand je l'aurai conduit dans le pays que j'ai promis à ses ancêtres , pays où coulent le lait et le miel , il mangera , jouira dans l'abondance, se tournera vers des dieux étrangers pour les servir, me rejettera en violant mon alliance ; quand beaucoup de maux et de malheurs Pauront atteint , alors ce cantique , qui ne sera point ouhlxé dans la bouche de ses enfants , parlera devant sa face comme témoin. » (Deut., XXXI, 19-21.)

éLa loi, comme volonté de Dieu, représente en quelque sorte la majesté divine sur la terre ; c'est par cette raison déjà que le devoir de l'étude de la loi occupe justement le premier rang dans la série de nos obligations. (h'on se rappelle Texplication talmudique du mot '^ 2 3 &( [Sabbath, 103): rram traro "^©sa k3k ; la parole du Sohar : wx ia Kn^^i-niKi h"np cUeu et la Thorâ sont comme un seul être » ; la maxime : n'2"pni l'iM ftbn itt) maK '^ «bx laiirn «Le Très-Saint n'a dans son univers que l*étroit espace de l'école. » La loi représente également la révélation <fivine dans la prophétie (Maladie, III, 22; Proverbes, XXIX, 18). Le

mérite de Fétude sacrée est indicible, une setile parole de la loi surpasse la valeur du monde entier {Jer, Pea^ I ; Prov., XXXI, 15). Chaque heure passée sans étude de la loi est une perte irréparable. » (Sabbath, 83 &.)(*)

Des peuples contemporains et voisins des Hébreux avaient des castes de prêtres et des familles de demidieux qui confisquaient à leur profit l'intelligence publique , gardant entre leurs mains , comme un monopole et un mystère , la science religieuse , dont elles ne laissaient échapper au dehors que ce qui pouvait favoriser leurs intérêts, leur influence, leur domination. Mais Israël devait être un peuple de pontifes , une source d'iiH telligence et de lumière se répandant par lui sur ITiumanité ; la connaissance divine et l'éducation morale et sociale devaient être le partage de tous les membres de sa famille; tous étaient appelés devant l'Éternel, les princes des tribus , les anciens , les magistrats , les hommes du peuple , les femmes , les enfants , les esclaves (Deut., XXIX, 9), propagande spirituelle qui pénétrait dans tous les esprits , toutes les classes , toutes les demeures. Aussi la loi religieuse Israélite s'appelle-t-elle Thorâ , enseignement , et le code biblique sepher hatorât livre d'enseignement. Le plus grand titre que nous donnions à Moïse et à tous nos chefs religieux , ce n'est ni apôtre, ni pasteur, ni prêtre, mais rabbenou^ «notre maître »• Les docteurs du judaïsme s'intitulent •tiiaSn d'raan , « disciples des sages » , et les cas de conscience qu'on leur soumet sont des ni^s^^ , questiozis. La Synagogue s'appelait école , où les rabbins instruisaient lei fidèles devenus leurs élèves ; les prières même consistaient plus en études théologiques et morales qu'en sol-

(«) Salomon Plessner, n*^*Timi htJa [M.

licitations pour les biens matériels de ce monde. Et, après la glorification des attributs de Dieu , l'israélite , dans les dix-huit bénédictions^ rend grâce pour Tintelligence qu'il a reçue et la raison qui lui permet de s'élever vers la vérité et la lumière. Dans ses invocations des temps messianiques, le bonheur suprême que le croyant appelle de ses vœux et de ses larmes , c'est la propagation de la science divine et humaine dans la société , c'est de voir « toute la terre remplie de connaissances comme les eaux remplissent l'Océan » .

L'importance si considérable attachée à l'instruction religieuse n'a pas permis au judaïsme de la laisser à la libre volonté , au bon plaisir de chaque individu ; mais il Ta rendue obligatoire pour tous. « On contraint le récalcitrant de salarier un intituteur pour son fils ; . . . on prend même sur ses biens immeubles pour payer l'instituteur, w (n"rrt a*B ^a-wa^^n himn) « Si un père de famille a négligé de procurer l'instruction à son fils , celui-ci doit se faire instruire lui-même, et tout docteur en Israël est obligé de réunir des élèves autour de lui.» (Tour Y. D., 245.) «Quiconque enseigne à son fils la Thorâ, dit le Talmud , a un mérite aussi grand que s'il avait Teçu la loi divine directement du Sinaï. » (Kidouschin , 90 a.) « Le devoir de l'instruction appartient à tous les israélites sans distinction, aucune, aux pauvres comme «IX riches , aux personnes bien portantes comme aux iilfirmes , aux jeunes comme aux vieux ; même le mentant chargé de femme et d'enfants , et se traînant aux Eiortes pour demander un morceau de pain , doit fixer dtes heures pour l'étude sacrée , car il est dit : « Et vous ST méditerez jour et nuit, nWi ûo'n w n^im (Tour Y. D., •46.)

276 ir PARTIE. — LE CULTE.

c( L'anathème doit être prononcé sur toute ville qui ne fait pas donner d'instruction aux enfants. » (Sabbath^ il9b.)

«Jérusalem n'a été détruite que pour avoir négligé de conduire les enfants à l'école. )> (Ibid.)

H Le monde n'existe que par le souffle des enfants dans la maison de leur maître. »

<i On ne démolit pas une école même pour bâtir le temple de Jérusalem. » (Ibid.)

<( Quiconque prive un jeune homme de la connaissance sacrée (n^^abn ^^btû robn ajai^an bs) , c'est comme s'il lui volait l'héritage de ses pères — httj'niTa nioa lai rra nmh '»

dririf 91 b.)

« Quiconque prive un élève de la connaissance sacrée est maudit même par les enfants qui sont encore dans les entrailles de leurs mères. » (Ibid.)

u Un bâtard instruit est au-dessus d'un grand prêtre ignorant. » pxn û5 iina yiA onip oan i^^xhrs ^t»».

<( Avant d'être jugé sur ses actions, l'homme, après sa mort, sera jugé sur ses études. » (Kidouschin, 40 b.)

<( La sainteté de la maison d'étude surpasse celle di temple. » {Megidllay 26.)

« L'homme est né à cause de la science divine.» K'iM txnr^ \Kah dnx (Sanhédrin^ 99 b.)

H Attachez-vous aux sages et à leurs disciples, et je'* considérerai comme si vous étiez monté au ciel pour J chercher la loi. » liîo yi:f «^ax nb^^i dmY^niren tnamp^ nnîîû3i d'i'iai r\^i:fi (Sifri à Deut., XI, 22.) ^ji

Déjà dans l'élection d'Abraham, le mérite etle4>* voir de Tinstruction sont exprimés clairement : «JeT» |^{ élu , dit le Seigneur, parce qu'il ordonne à ses enftntt» ^ ^

)i à toute sa maison après lui , d'observer la voie de ^Éternel, la vertu et la justice. )> (Genèse, XVIII , 19.)

On pourrait multiplier à l'infini les ardentes recomaandations de Moïse , des Prophètes et des docteurs de Et Synagogue, au sujet de l'enseignement religieux à iropager parmi la jeunesse Israélite dans toutes les cironstances et toutes les positions sociales. C'est l'éterlel honneur du judaïsme d'avoir élevé à un saint comlandement la diffusion des lumières alors que tout était énèbres , l'éducation morale et spirituelle des hommes lors que tout était plongé dans la matière. Grand et diin sacrement du judaïsme , lar culture et l'élévation de îiiteUigence , qui rend l'homme l'image de Dieu , quand illeurs on abaisse Dieu à la ressemblance humaine !

Nos livres sacrés contiennent des recommandations nssi minutieuses que remarquables, des prescriptions ioctrinales nombreuses sur l'organisation des écoles, ^méthodes à employer, les capacités et les vertus des Instituteurs, l'âge des enfants, les objets d'enseigneiient, etc. On y trouve des principes et des progrès auxquels nulle société moderne n'a pput-être su s'élever «icore. On y enseigne (Baba Bathra, 21 ; Kidouschinj ®) que le principal devoir du père de famille envers ses Kifants consiste à les diriger de bonne heure vers les ^urces sacrées, à appliquer les premières lueurs de ^r raison à la connaissance des principes fondamen- ^ de Ja religion. Il devait se charger lui-même de la fftmière* instruction , afin d'avoir le bonheur de poser ^ pierre fondamentale de l'éducation religieuse de son ftfint. Mais non-seulement le père de famille, tout •délite est obligé d'avoir soin à ce qu'aucun enfant de ^H culte ne grandisse sans enseignement. Toute ville

et toute communauté a le devoir de nommer des instituteurs. Ceux-ci doivent considérer leur fonction comme sacrée ; ils s'attirent la malédiction par toute inattention. « Maudit soit celui qui faitToeuvre de Dieu avec négligence!)) (Jérémie, XL VIII, 10.) Tous ces principes étaient des lois inviolables dans l'ancien judaïsme. Mais qu'on veuille bien s'arrêter à un ordre d'idées qui de nos jours domine toute la question de l'instruction religieuse.

Apprendre la religion, c'est pour la faire pénétrer dans toutes les fibres de notre être , en faire le flambeau de notre esprit , le sentiment de notre cœur, la vertu de nos actes , la force , la protection et . le guide de toute notre existence. Apprendre la religion, ce n'est pas apprendre et savoir répéter par cœur quelques formules de prières , quelques chapitres d'histoire sainte , quelques articles de foi , quelques pratiques du culte , mais recevoir en nous la manne céleste , la nourriture de l'âme, la vie éternelle , à laquelle nous sommes appelés comme enfants du Dieu de la lumière, comme représentants de la vérité sur la tei^re , comme instruments des bienfaits de la Providence dans l'humanité. Le jeune Israélite, après avoir achevé son instruction religieuse, devient non bachelier es catéchisme , mais mra ^a , fils du eonh mandement.

Apprendre la religion, ce n'est pas étudier unescieûee qui soit en dehors de nous , une chose dont on peut avoir besoin dans certaines circonstances de la vie , un véte^ ment de cérémonie, de joie ou de deuil, que l'on consent dans l'armoire pour l'en tirer à l'approche de certains jours , dans certains événements , et disons aussi pour le façonner à chaque instant selon la mode et le caprict

réformiste du moment. Mais apprendre la religion, c'est recevoir une révélation divine qui engage toute notre vie ; c'est mettre sur notre tête une blanche et rayonnante couronne , et signer un engagement sacré et inviolable ; c'est prêter serment à un drapeau sous le service duquel la moindre négligence est une désertion , une haute trahison qui peut entraîner la flétrissure et la perte de l'âme. La science religieuse du judaïsme dit à l'enfant qui entre à l'école : « Je contracte avec toi une alliance éternelle ! » tii5)î> ^b i[*>r\ti)'iKi.

Il ne suffit donc pas que l'enfant israélite apprenne seulement à l'école et dans les leçons particulières, à épeler les mots de cette alliance, mais il faut qu'il en voie et en touche les symboles dans la maison paternelle, quand il se couche et quand il se lève , quand il mange et quand il travaille, partout et sans cesse. Il faut que son pur et pieux sentiment soit excité à chaque instant à demander : « Quelles sont ces prescriptions , ces lois et ces ordonnances que l'Éternel notre Dieu nous a commandées ? » Il faut que ce qu'il apprend dans les livres à l'école ne soit qu'une répétition , qu'un récit de ce qu'il a fait et vu faire à la maison. Malheur si, frappé des violations de k loi sainte au milieu de sa famille, il demande à son père et à sa mère , les jours consacrés par le Seigneur : a toi nxt ttvosrt rro, pourquoi ce travail aujourd'hui?... w

Un vénérable pasteur israélite des temps modernes , en parlant de l'insuffisance de l'éducation religieuse obtenue par les catéchismes et les leçons apprises par cœur, dit :

« Que peuvent produire toutes ces pages imprimées ou écrites apprises par cœur? Leurs auteurs eux-mômes, plus ils seraient fidèles à

leur mission et enthousiasmés pour son accomplissement , plus ils seraient pénétrés de Tesprit de la connaissance qu'ils enseignent , plus ils auraient puisé directement à la source de la divine parole les connaissances qu'ils rendent par paragraphes et demandes et réponses, et plus ils avoueraient Timpuissance de leur œuvre si elle devait remplacer la source. Moïse et les Prophètes, auprès des enfants du peuple de Dieu.

« Ce que les livres contiennent de mieux n'est cependant qu'une réfraction , qu'une seule couleur, qu'une seule face de la divine parole; ce n'est que l'expression de ce qui reflète une fois, pendant un instant, dans un seul esprit et dans un seul cœur, de la divine parole ; ce n'est pas la parole de Dieu dans sa plénitude, mais un entendement relatif de cette parole, qui est infiniment plus. Il n'est point de maxime, pas de mot , dans la loi divine , qui ne renferme une masse de lumière et de vie, un trésor de vérités, d'enseignements, de consolations et d'exhortations pour tout âge et toute situation. Chaque parole de Dieu est un lever de soleil; et, au lieu de conduire vos enfants dans le rayon de l'aurore, afin que la splendeur divine pénètre leur cœur dans toute sa merveilleuse abondance et réveille toutes les cordes de leur âme, vous vous contentez de leur montrer l'aurore dans un tableau de salon onde leur faire lire l'hymne matinal d'un poëte ! La parole de Dieu est un paradis de fleurs; mais, au lieu d'ouvrir à vos enfants les portes de ce paradis, vous vous contentez de leur donner le parfum distillé de quel* ques-unes de ses fleurs, comme essence de flacon mise dans le nécessaire de voyage de leur vie ! La parole de Dieu est un riche champ de blé, destiné à nourrir l'esprit et le cœur ; mais, au lieu de fortifier avec ce pain leur être, d'en animer leur esprit, d'en satisfaire la faim de leur âme , vous leur offrez le produit du sol divin en grain spiritueux qui les excite et enivre un instant pour les laisser ensuite s'affaisser avec d'autant plus de faiblesse !

« Songez encore : que peut-on obtenir par les quelques leçons de religion que vous faites donner à vos enfants comme supplément à levr instruction du collège, ou comme préparation à leur bar-mizwah? Dans le cas le plus heureux ils entendent quelque chose, la quintescence de la parole divibe , façonnée pour leur conception et leur imaginatioa d'enfant. Et, quand le jour de leur bar-mizwah, ou, comme on dit, canfirmaiion^ est arrivé, et qu'ils sont sortis heureux de l'examen public sans avoir été abandonnés un instant par leur mémoire, sans qu'une raillerie du hasard ait fait paraître la réponse & à la question f, que la « confession de foi » aussi a été dite avec une émotion en£utine, que les oncles et les tantes ont été félicités, que les cahiers de

religion ont été revêtus de bonnes notes, et que Tinstituteur a reçu le tribut de la gratitude méritée , pouvez-vous alors , père Israélite, vous présenter devant votre Dieu et dire : m iio i©3Wtt ^lî'nûBtt) iji'na — J'ai rempli mon devoir !

« Pouve2-vous dire à la face de votre Père au ciel que vous avez rempli votre devoir de père sur la terre, que vous avez armé votre en- ÛLnt pour toutes les luttes et toutes les tentations qui Tattendent? Et, si votre enfant devait un jour fouler aux pieds la religion et la morale, 86 trouver trop faible dans le combat contre les sens et les passions , oontre Terreur et Tillusion; s'il devait un jour, étant devenu homme, mépriser, renier la foi de ses leçons religieuses d'enfant, pouvez-vous dire alors que la faute, que la responsabilité ne vous appartient pas; que vous lui aviez donné tous les moyens de la connaissance et du perfectiomiement, du salut et de la sanctification, que votre Dieu et le den a mis entre vos mains pour le jeune homme , pour Uhomme et la vie Israélite?

' ff Voilà ce que vous ne pouvez pas, père Israélite ! Voilà ce que vous ne pouvez pas, parce que vous n'avez considéré l'instruction religieuse qae comme une dépendance de l'enfance, tandis que l'instruction religieuse israélite doit durer aussi longtemps que la vie, et que l'adolescent, l'homme et le vieillard doivent encore aller à l'école chez Dieu, les prophètes et les sages de leur peuple. Mais vous n'avez pas seulement ouvert à votre enfant l'oreille pour comprendre la voix de son Dieu, le langage de ses Prophètes, les enseignements des sages de son peuple ! »

Voilà, peut-on ajouter, ce qui arrive quand on fait de rinstruction religieuse Taccessoire de Téducation, quand surtout l'enfant israélite fréquente une école étrangère à son culte , où il s'habitue à refouler sa croyance dans un coin obscur et caché de sa vie , d'où il l'expulsera plus tard sans aucun effort. La tendresse paternelle fait tous les sacrifices pour procurer à l'enfant toitfes les connaissances qui peuvent lui être utiles pendant sa courte existence sur la terre ; mais , quant aux connaissances nécessaires à sa vie spirituelle et éternelle , indispensables à l'élévation de son âme vers la perfection et la lumière , à l'ennoblissement et à la sanctification de

moignage en faveur de la Divinité un homme corrompu, perdu par les vices , pourrait-il apporter dans l'humanité? Si donc il était permis à Tisraélite, personnellement, de se dégrader et se suicider par des mœurs mauvaises, il le lui est sévèrement défendu à cause de sa race qu'il déshonore et dont il détruit en sa personne une racine pour l'avenir, et à cause de son Dieu qu'il offense et qu'il' humilie devant le monde, de ce Dieu qui nous a dit : «Vous serez un peuple saint à l'Éternel votre Dieu, car c'est vous que l'Éternel votre Dieu a choisis pour lui être un peuple de prédilection parmi toutes lés nations de la terre. » dSJb ib t^'pri ^'^rhi^ 'n 'ina ^a y^rhv^ 'rb nnx mip û3> "^a manKT ''aB ij 'itt5fc< d^jïrn iM niab (Deut., VII, 6.)

Certes il faut à l'homme une grande force morale, nonseulement pour combattre ses penchants , ses convoitises , ses inclinations mauvaises , et en triompher, mais pour les modérer, les régler et leur dire : Vous n'irez pas plus loin ! A chaque pas qu'il fait dans le monde il rencontre l'arbre fatal aux fruits si séduisants et si dangereux, et il entend la voix du tentateur qui le fascine , l'enivre et régare : mirage trompeur et homicide, qui lui promet le bonheur après lequel son âme languit , et qui l'entraîne loin de la vie véritable et loin de Dieu , jusqu'à l'abîme et jusqu'à la mort. . . .

Pour résister à tant de puissantes séductions, il faudrait fermer les yeux , fermer les oreilles, fermer le cœur, en comprimer les battements , quitter pour ainsi dire la vie , descendre vivant dans la tombe , ou s'élever tout esprit au ciel. Ce n'est pas pour rien que nos sages ont dit: «Qui est réellement un héros? Celui qui sait vaincre ses passions.» (Aboth^ IV, 1 .) Tous les jours les sociétés

son cœur devant Dieu et devant les hommes » ces connaissances, cette même tendresse paternelle les considère souvent comme du temps perdu, comme une entrave à l'avancement dans le monde , comme un obstacle à la fortune , comme une dépense superflue !

On sait que , même sous le rapport purement humain et social , l'instruction religieuse est de la plus haute importance , est la base et la garantie de toutes les vertus privées et publiques. Otez à l'enfant la connaissance religieuse , et il ne comprendra plus pourquoi il faut aimer son prochain, pourquoi il ne faut pas se procurer toutes les jouissances, même aux dépens d'autrui , pou^ quoi il faut respecter le bien et la vie de son semblable quand on est le plus fort et quand on peut se soustraire à la justice humaine. Nos docteurs ont déjà dit: 'Tbn pKîi û5 Kbi Kïan ki'i ^la •j'^k « Un ignorant ne saurait craindre Dieu. )> L'ignorant en matière religieuse sera difficilement un bon citoyen , un homme vraiment honnête , un membre utile à l'État et à la société.

La crainte de Dieu, dit l'Écriture, est le commencement de la sagesse. On peut dire aussi que l'instruction est le commencement et la source de la crainte de Dieu. L'esprit non éclairé par le flambeau de l'instruction ne saurait jamais s'élever à la pensée du Très-Haut , ni comprendre ou pratiquer sa loi. » ntt)5>a ^^rb k*o«w tninlto (Kidouschin, 40 b.)

L'enfant Israélite surtout , pour lequel « rinstructioi est la nourriture de son jeune âge » n-^nn» ha (Baba mui^t 107 b)y a besoin d'apprendre à l'école les hautes destinées et les gloires de sa race pour que son cœur s'en* flamme pour la foi de ses pères , et reçoive tous les nobles et purs sentiments que cette foi inspire et qui ren-

dent le croyant capable de toutes les grandes choses et de tous les grands sacrifices. Il a besoin d'apprendre aussi les malheurs de sa race pour qu'il comprenne la nécessité de se conduire dignement au milieu des hommes, de faire honneur à sa croyance par ses actes et ses vertus , de montrer la sainteté du judaïsme dans sa manière de vivre, l'amour du judaïsme dans ses rapports avec ses concitoyens , et la charité du judaïsme par les bienfaits et les consolations qu'il prodigue à toutes les souffrances ; afin que les préjugés disparaissent de la terre et que la vérité israélite et sa justice brillent enfin dans toutes les ténèbres , guérissent les blessures du passé et préviennent les dangers de l'avenir... L'enfant israélite doit enfin pouvoir se livrer librement , au milieu d'autres en- Jants de son culte , à toutes les pieuses manifestatiojis de son âme croyante , à toutes les divines joies des pratiques religieuses , à tous les enthousiasmes de ses saintes aspirations vers le Dieu de ses ancêtres , et se préparer ainsi à la lutte qu'il aura un jour à soutenir contre les séductions des uns , la raillerie des autres , contre l'impiété qui a la puissance et le parjure qui a l'or et les dignités.. • Et alors Dieu dira au père de famille qui aura conduit son enfant à l'école israélite , comme il a dit à Abraham sur Morïa : « Puisque tu as agi de la sorte et que tu ne m'as pas refusé ton fils (yv^rv^ ns< ^sa n« rûtan vb^) , je te bénirai infiniment et je multiplierai ta postérité comme les étoiles du firmament et les grains de sable de l'Océan. » (Genèse, XXII, 16 17.)

La religion israélite a placé si haut l'instruction ♦ qu'elle nous a ordonné d'aimer et de vénérer nos maîtres à régal de nos parents, à l'égal de Dieu!

284 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOaALE.

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