‹ La foi d'Israel;Chapitre 21 sur 30 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

nnoni iDiûn

. wnix 'ni dh« «a

Avoir des mœurs pures , une conduite honorable , une vie honnête et vertueuse, ce n*est pas, en Israël, poi^ séder un mérite particulier, une qualité rare , digne de louanges ; 6'est le simple , strict et nécessaire accomplissement d'une loi formelle et positive , qui déclare crime toute atteinte portée à la pureté et à la sainteté des mœurs. Tout homme, en Israël, qui se conduit mal'viole la loi divine et se rend passible du châtiment ; il déchire en quelque sorte ses lettres de naturalisation israélites et se frappe lui-même de dégradation. Il fait plus : il imprime une tache, une flétrissure à sa communauté tout entière, dont il est membre, à son peuple, dont il est un représentant sur la terre. Il fait encore plus : il outrage son Dieu, qui Ta proclamé son fils, et nous a dit, à nous tous : a Vous êtes mes témoins qu'il n'est point d'autre Dieu que moi. » (Isaïe , XLIII , 16.) Or, quel té-

moignage en faveur de la Divinité un homme corrompu, perdu par les vices , pourrait-il apporter dans Thumanité? Si donc il était permis à l'israélite, personnellement, de se dégrader et se suicider par des mœurs mauvaises, il le lui est sévèrement défendu à cause de sa race qu'il déshonore et dont il détruit en sa personne une racine pour l'avenir, et à cause de son Dieu qu'il offense et qu'il' humilie devant le monde, de ce Dieu qui nous a dit : «Vous serez un peuple saint à l'Éternel votre Dieu, car c'est vous que l'Éternel votre Dieu a choisis pour lui être un peuple de prédilection parmi toutes lés nations de la terre. » û^b ib r\r^rh y^rhiK 'n 'ina yt i[*>nî>K 'rb nn« «jinp d» -^a rwnKT ''iB i» ^tt5fc< d'^a^n te» niab (Deut., VII, 6.)

Certes il faut à l'homme une grande force morale, nonseulement pour combattre ses penchants , ses convoitises , ses inclinations mauvaises , et en triompher, mais pour les modérer, les régler et leur dire : Vous n'irez pas plus loin ! A chaque pas qu'il fait dans le monde il rencontre l'arbre fatal aux fruits si séduisants et si dangereux, et a entend la voix du tentateur qui le fascine , l'enivre et régare : mirage trompeur et homicide, qui lui promet le bonheur après lequel son âme languit , et qui l'entraîne loin de la vie véritable et loin de Dieu , jusqu'à l'abîme et jusqu'à la mort. • . .

Pour résister à tant de puissantes séductions, il faudrait fermer les yeux , fermer les oreilles, fermer le cœur, en comprimer les battements , quitter pour ainsi dire la rie , descendre vivant dans la tombe , ou s'élever tout esprit au ciel. Ce n'est pas pour rien que nos sages ont dit: « Qui est réellement un héros? Celui qui sait vaincre ses passions.» (Aboth^ IV, 1.) Tous les jours les sociétés

286 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

les plus civilisées découvrent de nouvelles maladies pour le médecin , de nouvelles plaies pour le Code pénal , de nouveaux ravages dans les bases même de Tordre social, et un écrivain célèbre disait naguère avec une tristesse profonde : <( Un fait est incontestable : au milieu de tant de progrès matériels, intellectuels, le sens moral a baissé ; tout avance et se développe ; une seule chose diminue : c'est rame. )>

Le judaïsme , plein d'une paternelle et divine sollicitude pour ses enfants , nous a armés de moyens nombreux et d'une efficacité infaillible, merveilleuse , pour notre lutte avec le mal. La langue du judaïsme est un idiome sacré , d'une pureté et d'une chasteté qu'on ne trouve dans aucune autre parole humaine. Pour exprimer certaines choses et certaines pensées qui blessent la pudeur, l'hébreu n'a pas de terme et doit recourir i tous les détours , à tous les voiles qui en affaiblissent singulièrement la crudité et les cachent au public , tandis que les mêmes choses et les mêmes pensées ont, dans les autres langues , des mots grossiers , souvent d'un cynisme révoltant. La littérature du judaïsme, à très peu d'exceptions , est une littérature sacrée, ne traitant que des matières les plus saintes , les plus élevées, les plus dignes de l'esprit humain , qui est une étincelle de la lumière de Dieu. Voilà déjà deux puissantes causes de corruption , une langue obscène et une littérar ture frivole ou immorale , et dont les victimes se comptent tous les jours par milliers, écartées du chemin de notre existence.

Mais le judaïsme a fait bien plus encore. Parles nombreuses et saintes pratiques qu'il a ordonnées à ses enfants, il n'a pas laissé au mal de place dans leur vie ; il nous

a détournés du chemin des Philistins pour nous conduire sur la route de Canaan ; il ne nous a pas mis en présence de Satan pour le combattre , mais en présence de Dieu pour l'adorer. Dans la lumière Israélite , les ténèbres 5ont inconnues. « Celui qui pratique le commandement tte connaît aucune chose répréhensible. » ^t v& nisa ^naiw p^ *ia*7 (Ecclésiaste , VIII, 5). Israël, par l'accomplissetnent de ses lois religieuses , évite et ignore les prétendues jouissances de la vie, qui ne sont que les pouriroyeuses de la mort. La corruption et la dissolution ne peuvent l'atteindre, car il est enfermé dans le sanctuaire du Très-Haut , à la porte duquel le serpent s'arrête impuissant, désarmé , épouvanté : voilà le secrefde sa longue conservation au milieu des sépulcres de tant de mondes. La terre a englouti de puissantes et illustres races , «< car elles avaient pratiqué toutes ces abominations, et le Seigneur les a prises en horreur w te n&^ «^^ aa •ppK'î wa) rtï^ (Lev., XX, 23); « tandis que vous , qui êtes attachés à l'Éternel , votre Dieu , vous vivez encore aujourd'hui! » tar^n wte ta^^n to^^niK 'm la'ipa^n ûn&^i (Deut., ÏV, 4.)

Le judaïsme , indépendamment de cette hauteur où il élève ses enfants pour les éloigner et les séparer du mal , a des enseignements précieux , des recommandations et des prescriptions admirables , pour maintenir dans la famille Israélite toutes les pieuses vertus , toutes les mœurs nobles et saintes , toutes les bonnes œuvres dt tous les sentiments purs qui sont la vie de l'homme Kw la terre et son immortalité dans le ciel.

Nos sages ont dit : « Conformez votre volonté à la volonté de Dieu; effacez votre volonté devant la sienne. »

288 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

wx*^ •'afia y^'sr\ iïan (Àboth , Il , 4). Cette volonté divine est révélée dans notre loi ; elle a aussi de puissants échos dans notre conscience , dans notre raison , dans tous les purs et nobles sentiments de notre âme. Notre loi religieuse et notre raison sont des armes invincibles pour nous aider à triompher de toutes les folies de noire imagination vicieuse , à éviter les pièges tendus à la pureté de notre cœur, les gouffres creusés sous nos pas , à r^ pousser le poison offert par Tenfer dans la coupe de la corruption, à conserver notre dignité, notre force, notre divine élévation , notre capacité de marcher et d'avancer vers notre perfection. Nous devons soumettre notre volonté à la volonté de Dieu et dire au mal : En arrière ! Je voudrais t'écouter et te suivre , mais il me Ta défendu! Il m'a dit : Le jour où tu goûteras de ses fruits, tu en mourras î

Le judaïsme ne nous demande pas cependant une vie ascétique , solitaire , sombre et triste , une douleur pour nous-mêmes , un fardeau ou au moins une inutilité pour nos semblables. Déjà le sage roi d'Israël a dit : •«»!« na^îi p'^^s (( Ne poussez pas trop loin votre piété. » (Ecclésiaste, VII, 16.) « Quel est le chemin droit que l'homme doit se choisir ? Celui qui est bon pour lui et qui lui fait honneur auprès de son prochain » (Aboth. \ II, 1)» une conduite qui soit salutaire à nous-mêmes et utUe à d'autres. <( Celui qui est aimé des hommes est aussi aimé de Dieu , mais celui qui n'est pas aimé des hommes ne l'est pas de Dieu. » (Ibid., III, 13.) Le Très-Haut ne saurait vouloir tout ce qui est nuisible à l'homme ; le nM)t tssm "ini vous vivre% en eiix , se trouve ajouté à une foule de commandements divins.

La conservation de sa santé et de sa vie est un devoir

sacré pour rhomjtne. « Gardez-vous bien et gardez votre vie ! » est une parole de Dieu souvent adr-essée à Israël, (Deut., IV, 9.) Le judaïsme refuse au suicidé le deuil et les honneurs ordinaires (JorehDéah, 345, 1); seulement, quand il s'agit de rester fidèle à Dieu et à certaines lois de morale , il faut mourir plutôt que de céder.

Le Talmud renferme de nombreuses prescriptions sanitaires , surtout des recommandations de modération , de sobriété et d'économie. La pratique de la loi religieuse doit céder devant toute maladie grave de l'homme.

Le judaïsme nous ordonne de chercher à gagner notre pain par un travail honnête , régulier, actif et moralisateur. D'illustres docteurs de la Synagogue s^étaient astreints aux plus rudes métiers , aux travaux manuels les plus humbles, pour conserver et développer les forces de leur corps , surtout pour garder leur dignité , leur indépendance, et n'avoir pas besoin de s'abaisser, pour vivre, devant le veau d'or. L'immortel Rabba disait à ses disciples : « Ne venez pas à mon cours le printemps et l'automne, car c'est l'époque des travaux des champs.» (Berachoth, 35 b.) « Heureux l'homme qui se nourrit de rœuvre de sa main ! » (Psaumes , CXXVIII.) « Celui qui cultive sa terre aura du pain ; celui qui court après des choses vaines sera rassasié de misère. » (Proverbes , XXYQI, 19.) «Quiconque ne fait pas apprendre une profession à son fils est comme s'il lui apprenait le vol sur le grand chemin. )> (Kidouschin, 30 b.)

L'économie aussi est une vertu enseignée fréquemment par nos docteurs. La Thorâ recommande de ne point manger trop ni souvent de viande (Choullin, 84 «), afin , dit Raschi , de ne pas s'appauvrir. Les plus riches doivent s'exercer à la vertu de l'économie, car il peut arri-

290 lir PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

ver des malheurs qui ruinent les fortunes les plus solides. La prodigalité est un vice que le Talmud condamne même dans la bienfaisance. (Ketouboth, 50 a.) La bonne route est celle du milieu, loin des extrémités — trysr^ ym n'^aian trm &^''n(Rambam , H. Déoth). L'homme ne doit vouloir que les choses dont son corps a besoin pour exister, ainsi qu'il est dit : <( Le juste mange pour satisfaire sa faim )) ; et on ne doit s'occuper d'aflEaires que pour obtenir les choses nécessaires à la vie, ainsi qu'il est dit: c( Le juste cherche peu de biens » p'isb ts^ia mis. (Ibidem.) <( Même quand l'homme dort , s'il le fait dans le but de reposer son esprit et son corps, afin qu'il ne tombe pas malade et qu'il puisse servir Dieu sans empêchement, son sommeil est un culte au Très-Haut. C'est dans ce sens que les sages ont dit : <( Que toutes vos actions se fassent à l'intention du ciel. » d^i»» utb 'prry^iû'si:^ toi. (Ibidem.)

La paresse est énergiquement flétrie dans nos saintes Ecritures , comme un grand vice et un grand mal. Le Talmud l'interdit même aux riches ; il dit :

<( Si une femme a beaucoup de servantes , si l'homme a beaucoup de richesses (Eben Haeser, 80 , 2) , ils ne doivent pas rester inactifs , car la paresse conduit an vice. » [Keiouboth, 59 b.y « Par l'occupation , soit avec l'étude , soit avec les affaires du monde, on oublie le péché. )) (Aboth, II, 2.) (0 c( L'homme doit être laborieux, car la pauvreté expose à bien des dangers , même à It désertion de Dieu ; mais le produit du labeur ne doitptf être considéré comme le but : ce n'est qu'une chose accessoire , un moyen ; la perfection seule doit être la ptfsée de l'homme. » (Berachoth^ 35 b.)

(t) Hirch Fassel, id&)D»1 prt.

Toute spéculation commerciale qui dépasse nos moyens et dont la non-réussite peut nous ruiner, nous ou un autre qui avait confiance en notre loyauté , est un péché, parce que c'est éprouver Dieu. (Deut., VI, 16.) Ceux qui se livrent à certains jeux de hasard sont déclarés par le Talmud indignes de témoigner en justice.

En effet,celui qui cherche la richesse avec passion et frénésie, s'adressant à des sources inabordables à ses moyens ou interdites à Thonnêteté, impose souvent des transactions honteuses à sa conscience, qu'il alBFaiblit, annule , étouffe de plus en plus. Un doreur de la Synagogue a dit: «L'envie, la convoitise et la soif des honneurs abrègent la vie de l'homme. » diwn -ja û^&^n mi^^K^^i» (Abothy IV, 28.) Car il est indigne de nous et de notre nature spirituelle de remplir notre existence de choses fotiles , de mettre notre bonheur et notre gloire'dans la possession de choses vaines et périssables , comme l'enfant qui trouve sa félicité dans un jouet qui dure une heure. Mais tandis que l'enfant, pour obtenir son jouet, n'emploie que des prières ou des larmes innocentes , les hommes parfois ne reculent point devant des moyens condamnés par la morale et par la loyauté. « Qui est réellement riche ? Celui qui se contente de son sort. Qui mérite réellement des honneurs? Celui qui honore les hommes. » (Jbid.^ IV, 1.) La modestie, voilà la grande vertu recommandée par le judaïsme , la seule dont l'Ecriture fasse gloire à Moïse , l'homme et l'envoyé de Dieu ! « Aimez le travail et ne cherchez pas à vous élever auilessus de votre prochain ! » nisann r« txxm n^^ian r« anx {Ihid.y 1, 10.)

On peut les compter par milliers , les prescriptions israélites concernant la morale , l'austérité et la sainteté

292 lir PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

des mœurs à toutes les heures de la vie , en secret e\ en public , le jour et la nuit , dans toutes les circonstances et toutes les positions ; les conseils dictés par nos sages pour nous éloigner de la tentation et du mal , et nous inspirer des œuvres vertueuses et des pensées saintes. Comme la plus tendre des mères, la religion d'Israël veille sur ses enfants , sur chacun de leurs pas et chacune de leurs paroles , ne les quitte pas un instant des jeux et du cœur, pour les préserver de tout danger, de tout malheur, de tout égarement , de la chute et de la mort.

L'ivresse nous est défendue comme un péché et une dégradation de l'homme — h5ia»*i «oin m "^^in -ûrwnn h •rtoan ^bBai (voy. Eroubin , 65). Les actes consommés pendant l'ivresse sont déclarés valables (ibidem) ^Bënàe faire reculer chacun devant ce vice qui peut l'entraîner à des pertes matérielles incalculables. L'histoire sainte semble raconter divers cas d'ivresse (Genèse , IX, 21 ; XIX, 31-37) rien que pour en montrer les hideuses conséquences. « Qui est souffrant, qui est malheureux? Celui qui se livre au vin. » (Proverbes, XXIII, 29-35.)

La colère nous est interdite comme une déchéance spirituelle et la perte de tous nos mérites. « Quiconque se met en colère , si c'est un sage , il perd la sagesse, si c'est un prophète , il perd la prophétie. » {PesaàMy 66.) « Quiconque déchire ses vêtements ou brise des vases dans la colère est considéré comme un idolâtre.» {Sabbaih, 105 b). «(Dans sa colère, l'homme outrage même la Divinité» — i^m raitt^n txs^v^ na'iaiD A'ib» bron Bf«te. (Nedarim , 22 &). « Un homme emporté ne doit pas être instituteur.» (Aboth, II, 6.) «La colère tue le fou.» (Jobi V,2.)

L'orgueil et l'ambition sont des défauts assimilés par

no9 docteurs à la négation de Dieu , car il est dit : « Votre cœur s'élèvera , et vous oublierez l'Éternel votre Dieu » — -prèK 'ti r« nnauji yïA û*ni. Même le roi d'Israël ne doit pas se croire au-dessus des autres hommes — inai w^ intei Trtm (Deut., XVII, 19). Dans une société ayant un Père commun et une origine commune , parmi des êtres ayant tons les mêmes faiblesses, les mêmes besoins , les mêmes imperfections , l'orgueil est une atteinte à la justice , à la raison, au lien sacré de la grande famille humaine. La modestie est le plus puissant préservatif contre le mal. »ï3in «in n^naa vA ttj'^ah^n b^.

La légèreté aussi est condamnée par notre religion comme un vice fort dangereux. « La frivolité et la légèreté habituent l'homme à l'impudeur. » (Abothy III, 17.) a La gravité vaut mieux que le rire , car avec un visage sérieux le cœur reste bon. w (Ecclésiaste, VII, 3.)

C'est surtout la chasteté, la domination des sens, qui est l'objet de la plus vive , de la plus ardente sollicitude du judaïsme. Israël a reçu à cet égard des enseignements et des exhortations comme nul autre peuple ; l'image de la séduction tracée . par 'Salomon (Proverbes, VII) est restée inimitée. L'impureté des sens, la corruption des mœurs est la plus grande abomination aux yeux du Dieu de nos pères , une lâche désertion de notre divin drapeau , une abdication honteuse de notre dignité , le malheur de notre vie, la perte de notre salut éternel, la condamnation de notre postérité C'est à la pureté de

ses mœurs qu'Israël doit son élection , sa force de résistance et son immortalité. Dieu semble avoir dit :

a Je veux former un peuple durable qui , loin d'être anéanti par les nations, agisse puissamment sur leur

294 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

propre existence. De même que je construis au milieu de ce peuple une arche précieuse, où je dépose mes principes sacrés, je le constituerai comme une espèce d'arche, comme un vaisseau jeté au milieu des peuples; je me servirai du bois le plus dur, j'en resserrerai aveé force tous les joints. Les vents et les tempêtes pourront l'agiter, le réduire à l'état le plus misérable , mais ils ne Tengloutiront jamais , et il survivra pour porter à leur destination les richesses que j'aurai confiées à ses flancs (*). )»

Toutes les réunions consacrées à des plaisirs et des distractions incompatibles avec la pureté des mœurs ou dangereuses pour l'innocence du cœur sont rigoureusement défendues par le judaïsme. «Heureux l'homme qui ne s'asseoit pas dans les assemblées frivoles, qui senties routes du péché. » (Psaume I.) Nulle loi humaine, nulle religion ancienne ou moderne , ne renferment autant de sévères prescriptions sur la chasteté que la loi de la religion Israélite. « Que l'anathème frappe celui qui nourrit une pensée impure. » (Nidda^ 13 b.) « Celui qui excite en lui des pensées impudiques n'approchera jamais de Dieu, i» (Ibidem.) Il faut mourir plutôt" que de violer certaines lois de chasteté. (Keiouboth, 19 a; Sanhédrin^ 75 fl.) La violation de la sainteté des mœurs , on pourrait dire les abominations publiques que des États civilisés tolèrent dans leur sein comme un triste , épouvantable et nécessaire compromis avec le mal , ne pourraient pas exister dans une société Israélite. (Deut.^ 23, 18.) v*) Le

(*) Salvador, Institutions de Moïse.

(2) Les exhortations morales du Sermon de la montagne sont littéralement empruntées au Talmud, Nidda^ 13 a et b.

péché le plus secret recevra un châtiment public , disent nos docteurs. (Abothy IV, 4.) Un rabbî mourant a donné à ses disciples ce dernier enseignement : « Ne craignez pas Dieu moins que les hommes! » {Berachoth^ 28 b.)

La loi divine dit : « Levez-vous devant les cheveux blancs et honorez la vieillesse.» (Lévit., XIX, 32.) Puisse chacun de nous vivre de la sorte que ce divin commandement devienne facile et sacré aux hommes !

Mais la base de la loi morale et sociale est dans l'institution du mariage et dans le sanctuaire de la famille.

296 m* PARTIE. — LOI MORALE £T SOCIALE.

LE MARXAGB.

i^mrp

nia» nîïTjî yn\ nra

Le mariage dans le judaïsme est d'institution divine. Aussi sa célébration n'avait-elle besoin d'aucune cérémonie religieuse spéciale, d'aucune intervention du pontife, du prophète, du docteur de la loi. Son accomplissement seul était un acte sacré inviolable auquel nulle formule , nul rite ne pouvait rien ajouter en sainteté ou en importance.

Seulement , lorsque dans la suite des temps et grâce au progrès de l'égarement social, le mariage devint une ajBFaire, une spéculation, unç réunion de fortunes au lieu d'une union des âmes, une association d'intérêts au lieu d'une fusion de vertus, les chefs de la religion, craignant de voir le saint commandement dégénérer en promiscuité des sexes, instituèrent une consécration religieuse particulière et des prescriptions obligatoires, fondées sur la loi écrite et la tradition , dont devait dépendre la validité du mariage.

Le monde était créé , le radieux soleil de la Genèse éclairait les splendeurs infinies de l'œuvre de Dieu , le paradis terrestre brillait dans toutes ses ravissantes magnificences , les cieux racontaient les grandeurs et les bienfaits de l'Éternel , les oiseaux sous la voûte étoilée

et les léviathans dans l'océan chantaient les merveilles du Très-Haut , et Adam , marqué du sceau divin , était là avec son âme immortelle pour achever et proclamer la glorification du Créateur... Tout était mélodie, parfum, lumière ^ céleste rayonnement ; et pourtant l'univers attendait encore son plus précieux ornement, et pourtant son cœur soupirait encore après un bonheur ineffable et mystérieux.... il lui manquait la femme, la grâce du monde, lafleur de l'humanité, la bénédiction de l'homme, le sourire de la vie, l'ange de la terre.

Avant la création d'Adam, dit la Genèse , « il n'y avait pas d'homme pour cultiver la terre. » Avant la création d'Eve, il n'y avait pas de femme pour embellir et sanctifier l'existence.

Alors Dieu dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul, je veux lui créer une compagne à côté de lui. » Mais ce secours (*nw), cet appui ne devait pas être fait d'une inerte argile , sortir d'une matière grossière ; cet être bienfaisant et sublime , destiné à devenir Vaide de l'homme et le collaborateur de l'Éternel dans la création physique et morale du genre humain , ne devait pas s'appeler Adarnah (Terre), mais Ischah (Feu), et sortir du seia même de l'homme, qui était créé à l'image de Dieu et animé de son souffle divin. Pour donner l'immortalité, la femme devait naître de la vie.

a C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère , et s'attache à sa femme , et ils seront un seul être. » L'Écriture dit : inttJKn à sa femme , au singulier, pour indiquer que la polygamie est contraire à la pensée du judaïsme et aux saintes mœurs de la famille Israélite. Et si l'union de l'homme et de la femme par le mariage est exprimée ici d'une manière si profondément significative et

298 nr PARTIE. — LOI SOCIALE ET MORALE.

si admirablement énergique ; si : ils formeront un seul être veut dire : union sans séparation et sans dissolution possibles, sans désaccord de pensées et de sentiments, sans division d'intérêts et d'aspirations, de désirs et d'espérances ; rÉcriture ne dit pas : dik st^ *P i^> l homme quittera son père et sa mère , maïs : ^^ ats?'» p i:^, Vépoux quittera. Les devoirs de l'homme , les devoirs du fils envers ses parents subsistent au delà du mariage, sont sacrés et inviolables après comme avant ; Vépoux peut quitter les auteurs de ses jours pour devenir père à son tour ; mais rhomme reste toujours leur enfant, et son cœur, son amour, son respect et sa vénération leur appartiennent à tout jamais; il peut quitter leur maison, mais leur âme est éternellement son berceau , son foyer, sa patrie et son sanctuaire.

Et l'Éternel dit : « Croissez et multipliez-vous ; remn plissez la terre et dominez-la. » Voilà la bénédiction nuptiale que Dieu a prononcée sur les premiers époux, et voilà la magnifique dot que sa céleste libéralité y a ajoutée.

L'institution divine du mariage, écrite dans la Genèse, rappelée dans la tradition , qui dit : a Quarante jours avant la naissance des enfants, leur union est proclama dans le cieK*), » se montre et se développe à travers tous les livres de l'Ancien Testament. Le Code civil de France, du pays le plus avancé du monde, assure à la femme la protection de son mari ; le Code mosaïque lui garantit son affection et son amour. (Exode, XXI, 10.)

On a souvent parlé de la position inférieure que la femme occupait dans le judaïsme , et de sa prétendue

{*) d'iail'it aw» nn'pn (Midrasch Wayikra ràbha «ûC, chap. VIII).

émancipation par une religion nouvelle. La vérité est qu'il n'existe pas de religion, de législation ou de société où la femme jouisse d'autant de considération que dans la religion, la législation et la société Israélites.

Un célèbre écrivain (*) a dit : « Déjà dans le mythe qui parle de la création de la femme (Genèse , II , 20-24) , nous reconnaissons la tendance de lui faire une position bien plus élevée que celle qu'elle occupait généralement chez les peuples de l'Orient , excepté peut-être chez les Égyptiens et chez les Indous. Selon la tradition mosaïque , la femme est une portion de l'homme , créée pour être son aide, et entièrement semblable à lui. L'auteur de la Genèse cherche même à établir l'égalité de l'homme et de la femme par une observation étymologique : en hébreu , la femme est appelée ischah , parce qu'elle fut prise du isch (homme). Toute la tradition n'a pu se former que chez un peuple où la femme jouissait de beaucoup d'indépendance et où l'on reconnaissait sa dignité relativement à l'homme , ce dont toute l'antiquité hébraïque rend les plus éclatants témoignages. La liberté dont nous voyons la femme hébraïque jouir, avant et après le mariage, fait un contraste frappant avec la séquestration de la femme dans l'Orient moderne. »

Et dans l'Occident? La femme chrétienne du moyen âge n'approchait qu'en tremblant de son époux, qui exerçait sur elle un pouvoir, une tyrannie absolue. Une loi du XIP siècle permettait au mari de battre sa femme , pourvu que ce fût modéré! L'Académie française a entendu naguère répéter dans son sein W ces paroles si blessantes pour la femme :

(<} Munk, La Palestine, p. 201.

('} Discours de réception de M. Legouvé.

Du côté de la barbe est la toute -puissance :

Et ce que le soldat dans sou devoir instruit

Montre d*obéissance au chef qui le conduit ,

Le valet à son maître , un enfant à son père ,

A son supérieur le moindre petit frère ,

N*approche pas encor de la docilité ,

Et de Tobéissance , et de Iliumilité ,

Et du profond respect où la femme doit être

Pour son mari , son chef, son seigneur et son maître !

Un penseur chrétien profond vient d'écrire dans im livre fameux :

c< L'Église est nettement contre elle , et lui garde rancune du péché d*Ëve. Elle la tient pour la tentation incarna et Tîntime amie do démon. Elle souffre le mariage, en préférant le célibat, comme vie de pureté , car impure est la femme.

« La loi civile n'est guère moins rude. Elle déclare la femme mineure pour toujours , et prononce sur elle une éternelle interdiction. Lliomme est constitué son tuteur ; mais , s'il s'agit des fautes qu'elle peut cmmettre, des peines qu'elle peut subir, elle est traitée comme majeure, tout à fait responsable , et très sévèrement. Elle est livrée comme im^ chose, punie comme une personne, y)

Les chevaliers des temps antiques chantaient bien les charmes des dames de leur cœur et les attraits des nobles damoiselles de leurs pensées, — ce qui était la plus haute expression de la civilisation du moyen âge. — l* roi d'Israël , élevant la femme bien au-dessus de cette misérable et humiliante condition d'objet d*art on de convoitise des sens, chante : « La grâce est mensongère, la beauté est vaine , la femme craignant rÉtemel mérite seule d'être louée. » Et n'est-ce pas un outrage ernd pour la femme que de la déclarer indigne d'être la compagne d'un ministre de Dieu? N'est-ce pas prononcer sa

déchéance , sa mise hors la loi commune , sa chute et sa cond6Lmnation(*)?

La femme d'Israël , destinée à une grande et divine mission, ne pouvait jamais descendre à l'état d'abaissement et de dégradation où on la trouve souvent ailleurs. (Deut., XXIII, 18; Lév., XIX, 29.) On sait comment les fils de Jacob ont vengé l'outrage fait à leur sœur. L'union des sexes qui n'avait pas pour but le mariage, et le mariage qui n'avait pas pour pensée la continuation de la famille selon les vues de Dieu, étaient considérés comme des crimes en Israël. Instrument de plaisir ailleurs, la femme israélite était la colonne de la maison et le feu sacré du sanctuaire.

Le consentement de la jeune israélite est nécessaire pour la validité du mariage, ce Appelons la jeune fille, dit la famille de Rebecca à l'envoyé d'Abraham , et demandons-lui sa volonté. )> (Genèse, XXIV, S7.) « Une femme peut seulement être mariée avec son consentement; le mariage forcé n'est pas valable. » «b» nuïnpnxa rva»n y^ WT pa hs"^» nntD bsjs r!ttjôçtt5ipamr!5i2t^Î3(Maïmonide,nittj'i«'n; Talmud Kidouschin, 2 b.)

Dans d'autres sociétés , le père de famille est obligé de se ruiner pour marier sa fille ; il doit donner des sommes considérables à celui qui veut bien la prendre, eût-elle toutes les vertus et tous les mérites. On considère la jeune fille comme un fardeau dont l'un se débarrasse au prix de tous les sacrifices , et dont l'autre fie charge moyennant un gros salaire , négocié et mar-

{*) Le célibal, contraire à la loi divine et humaine, n'existait pas pour Uf prtoes dans le christianisme primitif. L*ap6tre dit : a II faut que l^é^éque soit irréprochable, mari d'une seule femme. » (I Timothée, III, 8;Tile,I,6.)

302 in' PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

chandé comme un vil trafic. Et si les parents ne peuvent payer assez haut ce prix du sang matrimonial , leur prochaine mort est l'espérance du tendre époux de leur fille... Dans la société Israélite, l'homme dut offrir une dot à la jeune épouse et à la famille dans laquelle il voulait contracter une alliance (*^. Nous trouvons chez nos pères peu d'exemples de femmes dotées. (Josué, XV, 48; I Rois, IX , 16.) La demande en mariage se faisait parles parents du jeune homme. (Genèse, XXIV; XXXIV, 8; Juges, XIV, 2 ; Genèse, XXI, 21 .)

Maintenant , si nous demandons : Comment l'épouse israélite doit-elle être traitée dans la vie conjugale ? les livres sacrés nous répondent ceci :

D'abord la pluralité des femmes, contraire à l'esprit et à la lettre du divin commandement qui dit : a L'homme s'attachera à sa femme^ » et non à ses femmes^ est encore en opposition avec une foule de recommandations et de prescriptions bibliques , qui semblent avoir en vue une société où la monogamie est de règle générale. (Exode, XXI, 9, 10; Lév., XVIII, 18;Deut.,XX, 7; XXI, 15- 17; XXIV, 5; XXV, 5-11; Ruth, IV, 6.)

L'homme qui calomniait la vertu de son épouse était frappé d'une punition sévère. (Deut. , XXII, 13-19)W. Après son mariage , le jeune époux était afiranchi pen-

{*) Jacob a servi sept années pour chacune de ses deux femmes.

(2) Maîmonide {Moreh Nebouchim, 3* partie) fait remarquer qae la loi mosaïque inflige au mari qui calomnie Thonneur de sa femme le mêaa ch&timent qu'au voleur qui dérobe le bien de son prochain, ou an bu témoin qui a voulu causer ou a causé un dommage à autrui par le mit' songe. «C*est ainsi, dit- il, que la maladie des mœurs répréhenâUei «il guérie par le remède des divins commandements. » t Ti*wJi tnr^ p r»'<ii«rT hiacDh ta^Bin rp»rp»«s nw^.

dant un an de l'obligation militaire et de tout autre service, afin « qu'il réjouisse la femme qu'il a épousée ». (Deut,, XX, 7; XXIV, 5.) Le sage roi d'Israël dit : « Que ta source soit bénie , réjouis-toi de la femme de ta jeunesse ; . . . que sa tendresse te charme en tout temps , que son amour t'enivre à tout jamais ! Pourquoi donc , mon fils, te laisserais-tu entraîner par une inconnue? Pourquoi embrasserais-tu une étrangère? (ï^roverbes, V, 18-20.)

« Une femme vertueuse est la couronne de son mari. » (/ftid.,XII,4.)

« Trouver une épouse , c'est trouver un bien , c'est obtenir une faveur de l'Éternel. » (Ibid.j XVIII, 22.)

a Maisons et biens sont l'héritage de nos pères ; mais la femme intelligente est un don de l'Éternel. » {Ibid.^ XEX,44.) ^ ce Heureux qui trouve une femme vertueuse ! son prix surpasse celui des pierres précieuses. » (Ibid. , XXXI , 10.)

a Jouis de l'existence avec la femme que tu aimes , tous les jours de la vie périssable qu'il te soit donné sous le soleil, car c'est là ton partage sur la terre et la récompense de tes peines. )> (Eccl., IX, 9.)

Le roî-poëte, voulant peindre le bonheur de l'homme vertueux , le cherche encore dans un mariage heureux , et il chante :

a Heureux celui qui craint l'Éternel , qui marche dans 568 voies ! ... Sa femme sera comme une vigne fertile dans l'intérieur de sa maison; ses enfants, comme déjeunes oliviers, entoureront sa table. C'est ainsi que l'Éternel bénit l'homme qui le vénère. » (Psaume CXXVIII.)

Le prophète s'écrie : « Vous couvrez de larmes et de deuil l'autel du Seigneur, de sorte qu'il ne puisse plus se

304 ni' PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

tourner vers vos sacrifices et vos offrandes. Vous demandez : pourquoi? C'est que l'Éternel était témoin entre toi et la femme de ta jeunesse , que tu as traitée perfidement, elle, ta compagne et l'épouse de ton allîîmce! Comment ! Dieu ne fit-il pas lui-même cette union , ne voulait-il pas qu'une seule pensée les pénétrât et qu'il en sortît une divine postérité ? Oh ! gardez cette foi et ne péchez pas contre la femme de votre jeunesse ! J'abhorre le divorce, dit l'Éternel, le Dieu d'Israël. » (MalacWe, II, 13-16.)

Voici ce que la loi traditionnelle ordonne à l'égard de la considération que le mari doit à sa femme :

«Honorez toujours votre épouse, et vous serez heureux; car la bénédiction n'entre dans la maison de l'homme qu'à cause de sa femme. )> dn» b© in-^n yiTa rv^ixn twif^ inttjK b'inwa «i»«. (Baba Mexia^ 59 a.)

(( Gardez-vous d'affliger votre femme , car, pleurant facilement , elle est très susceptible pour tout chagrin. » [Ibidem.)

« Consultez sur toute chose votre femme , et si elle est petite, baissez-vous (pour lui parler). » ^^m fiaia yrm irh tt:'ihi»w. [Ibidem.)

« Mangez et buvez moins que votre fortune le permet; habillez-vous selon votre position, mais traitez votre femme au-dessus de vos moyens. » (Choulin, 84 b.)

« Lorsqu'un homme divorce avec sa femme, l'autel dans le temple en verse des larmes. )> «1©»^ in«« rnaanio nt9»n i^i)5) n-i-Tia rnt» ib*!»». (Guittin, 90 bJ)

(( Les docteurs ont ordonné que l'homme honore et aime sa femme plus que lui-même ; il ne doit pas Tintimider et lui faire peur, il doit lui parler avec aflfabilité et ne pas se montrer triste ou sombre. » (Maïmonide»

rwK 'ri) rom^i ifiiia "^^p inttj« r« nasa tf^K xrhttJ dittsn m «pi a^ h*irp tôi tvwa îtd» i^ian îtirrii m'^n'i rra^A t"i^ i^û-i i^b^î ifiia^^

<( Pour être à même d'offrir une position convenable à sa femme, l'homme doit se pourvoir d'abord d'un état, d'une maison , et puis se marier. » ib sap'ittj m^i "^toa *yy^

rtw Ktt3*i (Maïmonide, H. Déoth.)

Dans la maison Israélite , la femme est le pontife du Très-Haut ; elle allume la lumière du sabbath (^an npWi) et bénit le pain (rbru) ; elle nourrit l'âme et elle nourrit le corps ; elle annonce l'heure de la fête et ouvre le ciel et l'arche sainte de tous les sentiments sacrés ; par sa main et sa prière , le foyer domestique est sanctifié , consacré à Dieu , et la famille reçoit la manne céleste et la clarté du flambeau divin

La femme, à son tour, a de grands devoirs à remplir envers son époux.

« La pauvreté est là où la femme n'estime pas son mari. » (Sabbath, 62.)

Il est de son devoir de considérer son mari comme son protecteur et le père de la famille , de lui obéir en toute ehose qui ne soit pas contraire à la morale et à la loi de Diea, et d'administrer la maison avec zèle, ordre, vigilance et économie.

« LTiomme régnera sur la femme. » (Genèse, III, 46.)

« La femme du riche doit également s'occuper des choses de la maison, car la paresse mène au vice.» (Ketuboth, 59.)

(I Écoutez, femmes de la montagne de Schomron, vous qui oppressez les pauvres, qui écrasez les malheu-

reux , qui dites à votre époux : Apportez , procurez , que nous jouissions ! Dieu a juré par sa sainteté qu'il viendra un jour où vous serez prises aux crocs et vos enfants aux hameçons. » (Amos, IV, 4, 2.)

« 11 vaut mieux habiter un coin sous le toit que dans un palais avec une femme querelleuse... Il vaut mieux habiter un désert qu'avec une femme colère. » (Proverbes, XXI, 9, 19.)

« Une femme vertueuse fait du bien à son mari , jamais du mal, pendant tous les jours de sa vie.» (/ftid., XXXI, 42.)

Les femmes Israélites riches , même celles d'un rang élevé , ne dédaignaient pas de se livrer aux travaux nécessaires à la famille , de tisser les étoflTes , de confec^ tionner les vêtements (I Sam., II, 49), ou même de préparer les aliments. (Genèse, XVIII, 6; II Sam., XIII, 8.)

Généralement les mères nourrissaient elles-mêmes leurs enfants ; il n'y avait guère que les jeunes princes qu'on confiât quelquefois aux soins d'une nourrice. (II Rois, XI, 2.) Rebecca aussi en avait une, Debora, qui l'accompagna dans la maison d'Isaac et mourut à Beth-El. (Genèse, XXIV, S9; XXXV, 5.)

Nous avons fait remarquer que dans l'antiquité israélite , le mariage n'avait pas besoin d'une cérémonie religieuse particulière. Quant aux fêtes célébrées ca ces circonstances , voici ce qu'en dit l'auteur cité plus haut (*).

(( Tout étant terminé , on demandait à la jeone

fille son consentement , dont la loi traditionnelle fait one condition nécessaire Les fiançailles liaient les ftitors

{*) MuDk, La Palestine y p. 378.

époux ; mais on accordait à la jeune fille un certain temps pour faire ses préparatifs , avant de célébrer son mariage et d'aller habiter avec son mari.

« Au jour fixé pour la noce , la fiancée , baignée , par- - fumée et ointe d'huiles odoriférantes , était parée de tout ce qu'elle possédait de plus magnifique en vêtements et bijoux et portait une couronne sur la tête (^^ ; d'où probablement elle est appelée, en hébreu, Callah (couronnée). Entourée de ses parents et de ses amies, elle attendait le coucher du soleil ; le fiancé , également paré et couronné (Isaïe, LXI, 10; Cantique, III, H), et entouré de ses compagnons ou paranymphes ( Juges , XIV, H), se rendait le soir dans la maison de son beaupère, pour chercher sa jeune épouse, qui quittait la maison paternelle, sous les bénédictions de ses parents. (Genèse , XXIV, 60.) Les jeunes mariés , placés sous un dais et accompagnés de leurs parents et amis , se mettaient en marche à la lueur des lampes et aux sons bruyants de tambours et autres instruments ; on se rendait à la maison du fiancé en chantant et en faisant éclater la joie la plus vive (^). Un festin joyeux, préparé par le fiancé ou par ses parents , attendait les gens de la noce (Juges, XIV, 10)'^); on s'abandonnait à une joie

(«) Voy. Êzéchiel, XVI, 9-13; Jérémie, II, 32; Isaïe, LXI, 10; Apocalypse , XXI , 2.

(«) Voy. Jérémie, VII, 34; XVI, 9; XXV, 10; IMacab., IX, 37; Évang. de Matthieu, XXV, 1. Les détûls des cérémonies de noces résultent de la combinaison de ces différents passages et des usages de l'Orient moderne.

(s) Simson , qui se maria hors de sa ville natale , célébra le festin de noces chez sa fiancée; mais généralement le festin avait lieu dans la mûson du fiancé, comme nous le voyons dans le Nouveau Testament et dans le Talmud. (Voy. Ëvang. de Jean , II, 9-10 ; Talmud de Babylone , traité Bevachoth, 30 b et 31 a.)

308 Iir PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

bruyante , et , si nous pouvons faire remonter les traditions talmudiques aux anciens Hébreux , les hommes les plus graves ne dédaignaient pas de faire leurs compliments à la fiancée, en dansant devant elle^*). On s'entretenait aussi par des jeux d'esprit et des énigmes. (Ibid., V, 12.) Il n'est question, dans la Bible, d'aucune cérémonie religieuse pour le mariage ; les jeunes époux recevaient la bénédiction de leurs pères, et les assistants appelaient sur eux les faveurs du ciel (^). Après le repas , on conduisait le fiancé dans la chambre nuptiale, où déjà la jeune épouse l'avait précédé (^). Le lendemain, les festins recommençaient et se continuaient jusqu'au septième jour (*). »

Qu'il y a loin de cette pieuse et gracieuse simplicité biblique, où, sans pompeuse représentation du culte, tout était poésie et religion , à tant de mariages d'aujourd'hui , où, après la cérémonie dans le temple, les jeunes époux s'en vont courir les grandes routes pour inaugurer leur union par un sacrifice au démon du plaisir des sens, ou se mettent avec leurs parents et amis à un festin préparé contrairement à notre loi religieuse et en violation de Talliance de Dieu avec Israël !.. .

Cette alliance, le Très-Haut a daigné la qualifier lui-

(<) Talmud de Babylone, traité Ketouboth, 16 6.

(2) Voy. Tobie, VII, 15; Ruth, IV, 11.

(3) Ibid., Joël, II, 16; Ps. XIX, 6; Tobie, VIII, 1.

(«) Ibid. Genèse, XXIX, 27; Juges, XIV, 12. Encore dans l68 tanpi modernes , un mariage au milieu de nous était une fête pour ^Hite h communauté , et la Synagogue s*y associait par des cantiques et dei prières : car le mariage en Israël n'est pas une affaire privée , maïs v événement qui intéresse toute la famille juive , son accroîssement , us avenir j c'est une nouveUe branche attachée à Tarbre israélita.

même de mariage en mettant dans la bouche de son prophète ces paroles d'ineffable tendresse : « Je t'épouserai pour toute éternité. » dbi5?b "^b ^'^nii3'n«i (Osée, II, 21) (0. D'un autre côté , la transgression des commandements , l'infidélité à Dieu et à sa loi , sont exprimées et flétries par le mot adultère. Le sublime Cantique de Salomon , le Schir Haschirim, est un divin chant d'amour célébrant les fiançailles , l'union de la Thorâ avec le peuple élu et les séraphiques félicités qu'elles répandent sur la terre et dans le ciel. De même, la sainte solennité du sabbath, la fête de l'Éden Israélite, est saluée dans la - Synagogue par le suave poëme : « Viens , mon bien-aimé , au-devant de la fiancée ; le sabbath paraît , allons le recevoir ! » Les prophètes , pour peindre l'amour du Seigneur pour Israël , ne trouvèrent pas de plus pure et plus radieuse image que l'amour conjugal. Combien le mariage doit-il donc être sacré aux yeux des hommes quand il est si grand et si auguste aux yeux de l'Éternel, quand il sert de figure à la sainte alliance de la foi , au trait d'union entre Dieu et l'humanité !

La violation de la loi du mariage est inscrite dans le Décalogue entre: « Tu ne tueras point, » et « Tu ne déroberas point. )> Car celui qui transgresse cette loi tue le bonheur de la famille et en vole la prospérité , la paix et la concorde. Après le 7* commandement, la dernière loi gravée sur les Tables du Sinaï défend la profanation , même par la pensée , du sanctuaire conjugal.

L'adultère était puni de mort (Lev., XX, 10), car il ^tait considéré comme un crime social. « Comment pour« ^nis-je , s'écrie Joseph , commettre un si grand mal et ;t>éeher contre Dieu? » (Genèse , XXXIX , 9.)

{*) Ibid. Isale, L, 1 ; Jérémie, III, 1 ; Ëzécbiel, XVI, 8; Osée, II, 18.

310 Iir PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

Pour remporter cette immense victoire sur la tentation, Joseph, dit la tradition (Sota, 35), vit dans l'esprit apparaître devant lui l'image de son père bw isçm •nax. Oh! puisse cette image vénérée de vertu, de morale et de sainteté de nos pères planer à tout jamais devant le regard et devant l'âme des fils et des filles d'Israël !

Dans un mariage chaste et heureux , dit le Talmud (Sota , 17a), Dieu est présent , tandis qu'une union profanée et malheureuse est un feu dévorant : w m)*i»i »*« inbsiK ttjK i5t nA )rr^'>'2 îii'istts ; paroles profondes qui ont donné lieu au commentaire suivant («"^ ^p'^'b) : « Lorsque Dieu eut créé le premier homme , il l'appela Adam , mais après lui avoir donné sa compagne , il l'appela tty« époux, et elle m?» épouse. Le Très-Haut mit ainsi en eux son nom m (le "^ de w^ik et le n de rr^n) disant : « S'ils marchent dans mes voies et observent mes commandements, mon nom sera avec eux , je les préserverai de peines et d'affliction ; mais dans le cas contraire, je leur retire mon nom et ils seront l'un pour l'autre un feu dévorant. » (Si le ^ manque en tt)*!!* et le n en h©» , il reste mH feu.)

On a souvent reconnu , même au milieu de nos adversaires les plus violents , que la famille Israélite est un modèle d'union et d'harmonie , de tendresse entre les époux , d'aflTection entre les frères , de respect et de vénération des enfants envers leurs parents. Cependant, il faut bien le dire , l'Israélite n'est pas de sa nature fort patient, fort endurant. D'un sang vif, ardent, impétueux , il se laisse facilement aller à l'irritation , et le fier sentiment de sa supériorité le dispose à la contradiction — xin ci-n» httjp d:?. Disons aussi que son peu de bonheur, ses luttes constantes, sa position pénible dans une société

intolérante, et les contrariétés, les déceptions , souvent les humiliations injustes qu'il rencontre au dehors et qu'il rapporte au foyer domestique, ne sont pas faits pour exciter son âme à ces doux épanchements , à cette sereine affabilité , à ces communications électriques de sympathie et d'amour qui sont l'apanage du bonheur et le privilège de l'homme heureux. L'Israélite, son royaume n'est pas de ce monde et son soleil ne se lève pas sur cette terre... D'où vient donc la pieuse et sainte paix de la famille juive?

Elle vient du respect de la loi du mariage , de la sanctification de ce lien sacré qui entoure la famille comme d'une auréole céleste et comme d'un souffle de Dieu. Elle vient de la haute position qu'occupe l'épouse et la mère, dont la mission divine remplit de vénération et d'un impérissable attachement le cœur et la conscience de tout croyant fils de Juda.

Car, pour lui , la femme qu'il a choisie est l'élue de son âme, la vie de sa vie, destinée à lui donner, à lui, à son peuple et à son Dieu une postérité divine tr^rAv^ s*nt (Malachie , II , 1 5) ; elle n'est pas le but de ses convoitises matérielles , une caisse pour y puiser de l'or, une influence pour en tirer une place , un nom pour en extraire une dignité. Elle est pour lui une compagne, non un instrument.

Car, pour lui encore , son épouse est appelée à donner avec lui , non-seulement des hommes à la terre, mais des intelligences à la vérité , des cœurs à la vraie foi , des âmes à Dieu. Voilà les « acquisitions d'Abraham et de Sara faites à Haran. » pm it)» *ntt)K ttîwn rwi (Genèse , XII, 5.) Voilà ce que le prophète recommande aux époux Israélites : a Regardez Abraham , votre père , et Sara ,

qui VOUS a donné la vie ; je Taî appelé lorsqu'il était seul, je l'ai béni et multiplié. » (Isaïe, LI , 2.) Cette bénédic^ tion j cette multiplication n'est pas celle d'Adam , celle de la matière y mais celle de l'esprit et de la lumière.

Comme dans le judaïsme le rapprochement des sexes n'est permis que lorsqu'il a pour but la création de la famille (*), les mariages d'argent et de convenance y sont impossibles. On ne peut y voir de ces unions monstrueuses dont l'un des époux est un enfant et, l'autre un vieillard , où l'un est brillant de santé et de force , et l'autre accablé de toutes les infirmités ; on ne peut y voir de ces jeunes gens à la mode, qui, vieillards à vingtrcînq ans^*), ont des rides au cœur, des paralysies à l'âme , des béquilles à tous les ressorts et à tous les élans de l'esprit, et qui se réfugient , enfin , dans le mariage conune dans un hôpital , pour soigner leurs plaies et imposer à une jeune épouse le rôle de garde-malade et de sœur de charité.

Selon la recommandation talmudique , les jeunes gens doivent se marier à l'âge de dix-huit ans (Aboth., V, 21), alors que le mariage a encore toute sa poésie , toutes ses joies , toutes ses saintes félicités. Dans le choix d'une épouse , il faut considérer, disent nos docteurs y la verta et la piété de la personne , surtout celles des parents et des frères (B. Batra^ HO), non leur fortune et leur position dans le monde. C'est ainsi que le bonheur domesr^ tique est réellement et infailliblement assuré , et que la

(*) tea» "^fib rrym p npii y^x^frp xba niât dttji îtox byian te

. (ni©"i« 'h M'a*)) wnp

(^) Nos anciens moralistes défendent à rhomme de se teindre les die- ▼eux pour paraître plus jeune et tromper ainsi ceUe qull yeut époosor*

famille ne répandra jamais des /armes am^r^s — ta'^'i'iKa ta^i»

— sur le bonheur détruit et sur les espérances couchées dans la tombe...

Si la conformité d'âge , de caractère et de sentiments, si surtout l'union et l'harmonie des cœurs sont indispensables au bonheur du mariage , combien la conformité de la croyance religieuse et l'union en Dieu le sontelles à un degré infiniment supérieur !

Nous voulons parler des mariages mixtes.

Ces mariages , — d'après les lois de la Synagogue ,

— ne peuvent recevoir la consécration de la religion jrorrp li*»» mfitt) i« mia ttjipttn. « Quoique la religion de Moïse , dit le Sanhédrin de 1807, n'ait point défendu aux juifs de s'allier avec ceux qui ne sont pas de leur religion, néanmoins, comme le mariage, d'après le Talmud, exige pour sa célébration des cérémonies religieuses appelées Kidouschin, et la bénédiction usitée en pareil cas, nul mariage n'est valable religieusement , qu'autant que ces cérémonies ont été remplies. Elles ne peuvent l'être à l'égard de deux personnes qui ne reconnaissent pas également ces cérémonies comme sacrées , et , dans ce cas f les époux pourraient se séparer sans qu'ils eussent besoin du divorce religieux : ils seraient regardés comme mariés civilement et non religieusement. »

Voilà donc une union qu'aucune religion ne peut consacrer et que toutes considèrent comme un concubinage. Voilà donc l'acte le plus solennel de la vie réduit à une simple convention civile , à une affaire conclue devant notaire, à une association commerciale timbrée et enregistrée à côté d'une société industrielle quelconque. Les enfants qui naîtront d'une telle union seront , selon qu'ils

tourneront , inscrits aux profits ou aux pertes du grandlivre social !

Ils ne recevront aucune éducation religieuse, et deviendront des athées en croyance et des impies en morale} ou bien ils seront élevés dans la religion de l'époux dont le culte est celui de la majorité. Pour le judaïsme, cette génération est perdue. Le père qui consent à une telle alliance commet une trahison envers sa foi et perpétue l'apostasie dans sa famille. Peut-être ses descendants seront-ils un jour, — ce qu'on a vu souvent,— les persécuteurs et les bourreaux des frères de leur aïeul.

Sans doute Moïse n'a pas défendu aux Hébreux le mariage avec les chrétiens , par la bonne raison que le christianisme n'existait pas encore; sans doute aussi nous ne confondons pas les chrétiens avec les peuples idolâtres dont l'alliance est formellement prohibée par le Code biblique. Cependant, si l'union conjugale avec des chrétiens présente des dangers analogues , c'est-àdire l'abandon et l'abjuration , publique ou secrète , de la foi Israélite , comment pourrait-on autoriser une pareille union? A leur retour de l'exil, nos pères ont va Jérusalem renaître de ses cendres et briller d'un nouvel éclat ; un temple plein de splendeur et de magnificence s'éleva en l'honneur du Dieu d'Israël. Et pourtant le pontife-prophète vit que le judaïsme était perdu par les alliances étrangères et la profanation de la famille Israélite. (Esdras, IX et X ; Néhémias , XIII.) Ce qui était vrai alors l'est encore aujourd'hui. Malheur à l'Israélite qui, le jour de son mariage et en présence du Seigneur, ne peut dire à sa femme : «Je t'épouse par la foi et tu reconnaîtras mon Dieu ! » 'h rw «n^i rotofâ ^i yrterm»

Au moment solennel de son mariage , l'israélite dit à sa fiancée : « Sois sanctifiée à moi , par cet anneau , selon la loi de Moïse et d'Israël. »

Sois sanctifiée à moi : Qu'aucune pensée étrangère ne trouble ton cœur, qu'aucun feu étranger ne brûle sur Tautel de ton âme, qu'aucune profanation ne fasse s'envoler les divins chérubins veillant sur l'arche sainte de ta fidé^ lité et de ton innocence ! . . . Sois , pour moi aussi , un temple inviolable et sacré , où ma vie répandra toutes ses fleurs, déposera toutes ses joies, toutes ses espérances , toutes les sincères adorations que l'Éternel permet à l'homme d'ofifrir à la compagne de son existence.

Par cet anneau , métal précieux comme la pureté de nos sentiments , symbole du lien qui unit nos êtres , emblème de l'alliance sans fin que nous avons conclue sur la terre et qui continuera au delà de la tombe , dans les régions de l'éternité , dans le sein du Très-Haut !

Selon la loi de Moïse et d'Israël : Pour continuer et . grandir la famille Israélite dans. le monde, pour élever des enfants dans l'amour de notre croyance , dans l'attachement à nos frères , dans la lumière de notre foi , dans la pensée et la grandeur de notre Dieu ! Selon la loi de Moïse et d'Israël , pour remplir dans l'univers notre glorieuse mission d'enseignement et de salut.

Car « le Seigneur a créé l'homme à son image ^isr ^w« nobaD d^nn r« pour fonder en lui un sanctuaire éternel » ^ *tii9 T^an 15WD ib l'ipinni. Le mariage Israélite n'a pas pour seul but la conservation de l'espèce animale , mais la culture spirituelle de l'humanité, l'éducation de l'homme créé à la ressemblance du Très-Haut, le perfectionnement moral du fils d'Adam animé du souffle divin ; sanctuaire vivant et immortel de toutes les nobles idées, de toutes les

316 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

impérissables vérités , de toutes les célestes vertus sur la terre transformée en paradis d'où le serpent est chassé!

Quand le mariage israélite sera consolidé dans sa haute signification et dans son sublime idéal , le Seigneur rétar blira son union avec Israël , son alliance avec la Synagogue en deuil , et celle qui pleure comme une veuve abandonnée et désolée, — Jérusalem, — « se réjouira en recevant dans son sein ses enfants avec bonheur, — nrrattîa romi ïr^sa -papa , en entendant dans ses murs la voix d'allégresse et de joie du fiancé et de la fiancée — his iipi inri ip. Sois béni , Étemel , qui réjouis Sion par ses enfants ! )>

IiS RESPECT DES PARENTS.

A une époque oii Ton se plaint etco raison qne tant de liens moraux sont relâchés, od Tautorité des pères , affaiblie déjà par les lois , Test encore plos par les mœurs , on sentira , je crois, combien il est précieux de fortifier les Ames par le rappel de ces utiles leçons.

(DupiN, Règles de droit,}

Code divin , après avoir fondé Tordre spirituel et eux par quatre commandements concernant Dieu i culte, jette les bases de Tordre social daas six i commandements dont le premier est :

lonore ton père et ta mère , afin que tu vives long- \ sur la terre que TÉternel ton Dieu te donnera, w Décalogue proclame ici cette vérité immortelle, ) respect des parents est la première condition de e social , la clef de voûte du bonheur individuel , la itie de la durée et de la prospérité des États, le fon- Dt sur lequel repose , comme sur la croyance de . le salut de l'humanité.

loi israélite place dans la foi et Tamour de Dieu la a et la conséquence naturelle du respect et de Tades père et mère , qui sont les représentants de la ité au sein de leur famille. Ce n'est pas par simple naissance que notre religion nous ordonne d'aimer arents , puisqu'il y a d'innombrables enfants pauqui ne reçoivent aucun bienfait de leurs pères,

318 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

beaucoup d'enfants riches qui , dès leur naissance , sont abandonnés à des soins mercenaires d'étrangers et obtiennent à peine un regard de leur mère , une marque personnelle, directe, de la tendresse paternelle. Mais nous devons aimer nos parents parce qu'ils sont les mandataires de Dieu auprès des enfants de la terre , les ministres de l'amour divin et de la céleste Providence. Il y a plus : c'est par son père terrestre que l'enfant apprend à aimer, à adorer son père dans le ciel : car, si dans notre enfance nous sommes frappés de la toute-puissance de Dieu par les phénomènes de la nature , si nous pouvons craindre le Très-Haut et trembler devant son pouvoir à la vue des terribles et grandes apparitions dans le monde visible , nous n'éprouvons encore l'amour de Dieu que par l'amour dont nous sommes l'objet de la part de nos père et mère. Aussi Dieu nous a-t-fl donné de son être une image rayonnante et adorable en s'appelant lui-même « notre père ». Il a dit : «Vous êtes les enfants de l'Éternel votre Dieu. » (Deut . , XIV, 1 .) « Il est votre père qui vous a acquis ; il vous a créés et vous aformés.» (/Jîd., XXXII, 6.) « Je devins le père d'Israël.)) (Jérémie,XXXI , 9.) «Comme une mère console son enfant, je vous consolerai, moi l'Étemel.'» (Isaïe,LXVI,13.)

Le cinquième commandement, qui est le commencement et le principe fondamental des lois humaines, est donc aussi une partie nécessaire , un élément indisp^^^ sable, des lois divines. Les sociétés les plus saavagii ont appris à croire en Dieu parce qu'elles croyaient à leurs pères et mères. C'est dans ce sens que le Tataii dit : « Au moment d'entendre les premiers commandements , les peuples dirent : « Dieu parle seulement dans

a l'intérêt de sa propre gloire )> ; mais, lorsqu'ils enten-

- dirent le commandement de Honore ion père et ta mère ,

ils rendirent aussi hommage aux premières Paroles. »

•nM» **iMÎî ûiwn ninifi^ i-nai^ ^i rr^rr^ î^ii -^ssî^ na"pn ^lûKtt) r^wa. •rvoiffl^^in ni-iasei inini ■i^itn ya»> h«i •^'lax h« nns •n^î^w yr^a ©"nin «in. (Kidouschiny 31 a.)

J;s Laloi Israélite, basée sur la pensée divine, met Tautorité paternelle infiniment plus haut et rend les devoirs des enfants bien plus étendus et plus sacrés, que les lois civiles des sociétés modernes , basées sur des idées et . des conceptions humaines .

Sur les Tables de la loi , gravées par la main du Très- Haut, le cinquième commandement se trouve encore placé sur le côté droit de la pierre contenant les devoirs de l'homme envers Dieu. Le respect filial fait partie de ces devoirs.

Comme la première Parole du Décalogue, le père peut dire à son fils : Je suis ton créateur, je t'ai fait sortir des fiedblesses de l'enfance et des ténèbres de l'esprit , pour •fidre de toi un homme fort , libre, intelligent, doué d'une ressemblance divine par les vertus de ton cœur et les aspirations de ton âme.

Comme la deuxième Parole , la cinquième dit : Tu ne pourras avoir pour rien d'ici-bas une affection , une tendresse, aussi légitime , aussi sainte, que pour ton père et ta mère ; tu ne pourras placer dans ton cœur une idole d'amour au-dessus de leur image et de leur souvenir ; tu 4ie pourras te prosterner devant rien sur la terre autant .que devant les auteurs de tes jours : car le Seigneur punit les enfants qui manquent au respect dû à leurs parents, et leur suscite , dans les troisième et quatrième générations , des descendants qui vengent les aïeux maltraités

par leurs fils , tandis que la millième génération éprouvera encore les récompenses et les bénédictions attachées à Tamour filial pratiqué selon le divin commandement.

Comme la troisième Parole , la cinquième dit aussi : Ne prononcez pas en vain le nom de vos père et mère ; ne les traitez pas avec indifférence, avec légèreté, avec dédain ; que leur nom soit dans votre bouche une sainte invocation, un divin enthousiasme, un accent du ciel, une mélodie des anges ! . . .

Enfin comme le quatrième commandement, le cinquième dit: Assurez et sanctifiez le repos de vos parents, car ils ont pendant toute leur vie veillé , travaillé , sorffert pour vous , pour votre avenir et votre bonheur ; ils auraient voulu créer pour vous le ciel et vous donner la terre et tout ce qu'elle renferme. Cherchez donc à leur procurer, pour les derniers jours de leur existence, un doux et paisible sabbath , et célébrez-le par un redoublement d'amour et de sanctification, d'attachement, de soins et de cœur dans votre conduite envers vos parents !

(( L'Écriture , dit le Talmud (Kidouschin , 30 ft), a mis au même degré le respect des père et mère et le respect de Dieu » dip»n nissî) d&<i ta» tûs ynsn niwi. En effet, la loi divine dit en même temps : « Que chacun respecte sa mère et son père et observe mes sabbaths ; ne vous tournez pis vers les idoles et ne vous faites pas de faux dieux. » (Lévit., XIX, 3-4.) Le blasphème contre les parents entraîne la peine capitale comme le blasphème contre Diei (Exode, XVIII, 17). Le fils désobéissant et rebelle est également puni de mort (Deut., XXI, 18), et l'exécatie» doit se faire par le concours de toute la communantéi

eomme châtiment d'un crime public contre l'ordre social tout entier W. « Maudit soit l'homme , retentit la voix divine sur le mont Ebal , qui traite avec dédain son père 8t sa mère ! » (Deut., XXVII, 16.)

La loi civile considère le père de famille comme le gardien , le tuteur naturel et légal , de ses enfants. En cette qualité , il doit les élever, leur donner des principes de morale sociale , et un état pour qu'ils puissent gagner leur pain et devenir des membres utiles de la société. Civilement responsable de ses enfants , comme de ses serviteurs , comme de ses animaux , le père de famille ne fait que payer une espèce de contribution personnelle à l'Etat en se chargeant de l'éducation et de l'avenir de ses fils. Il résulte de là qu'aussitôt le but de cette tutelle et de cette responsabilité atteint, ou supposé atteint, par l'âge et la raison développés des enfants , la tutelle et la responsabilité paternelles cessent en même temps qu'une partie des devoirs des enfants , qui , émancipés à vingt et un ans , sont affranchis de l'obéissance envers leurs parents , et n'ont plus que quelques obligations de convenance publique à remplir à leur égard dans des circonstances spéciales prévues par le législateur W.

La loi civile, qui ne voit, comme nous venons de le dire, qa*nn simple gardien d'enfants dans le chef de famille ,

(«) twwa »•«?) «in ^an îwb i*»» ^oxi tqki l'^ax itia a Cehii qui vol« son père ou sa mère , et dit que ce n^est pas un péché, n^est pas loin 40 devenir uo malfaitear. » (Proverbes,^ XXVlll, 24.)

(S) Le Code civil (art. 371) dit bien : «L*enfant atout âge doit honneur •t respect à ses père et mère » ; mais cet article , qui est plutôt une reeommandation morale qu*une loi positive , n*a pas de sanction pénale dans le Code.

322 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

lui enlève souvent la garde et la tutelle, si, par une aliénation mentale ou une faute grave , il ne présente plus de garanties suffisantes pour le fidèle accomplissement de sa fonction , de son mandat ; la loi destitue le père. Ses enfants ne lui doivent rien , tout au plus une aumône alimentaire , si , pauvre et misérable , il vient étaler devant le tribunal sa pauvreté et sa misère. Tous les devoirs , toutes les charges , tous les sacrifices , sont du côté des père et mère. Le Décalogue civil dit : Honorez votre fils et votre fille ; veillez à la santé de leur corps et de leur esprit, à leur bien-être dans la maison et à leur avenir dans le monde. Soyez à leur égard plein de soucis, d'inquiétudes , d'angoisses ; ne vous reposez pas et ne dormez pas ! . . . Aussi , dans la société civile , est-ce un grand malheur que d'avoir beaucoup d'enfants qui augmentent ces devoirs , ces charges , ces sacrifices , ces douleurs sans fin , et ne sont tenus qu'à de faibles et imperceptibles obligations envers leurs parents quand ils n'ont plus besoin d'eux. Le mariage excite alors des répulsions , offre des dangers , et les unions illégitimes augmentent dans une proportion effrayante. Il en est de même des infanticides.

Il n'en est pas ainsi dans la loi religieuse israélite. Assimilé au respect divin, le respect des enfants pour leurs pères et mères doit être sans bornes, infini, comme il faut aimer Dieu, u de tout notre cœur, de toute notrt âme et de tous nos moyens ». Aussi n'y a-t-il point, dans notre sainte religion , d'émancipation pour les en- 1 fants à l'égard de leurs parents; leur obéissance, le»' fiy soumission, leur pieuse et ardente vénération , doivent durer pendant toute leur vie, et leurs devoirs neces* sent pas même aux bords de la tombe paternelle. « Si I ^^

le fils , disent nos docteurs , habillé de vêtements splendides , était assis au siège d'honneur comme chef de la communauté, et que son père ou sa mère vint lui arracher ses vêtements , le frapper et Toutrager de toute manière , il devrait se taire et ne point murmurer, mais obéir à la loi de Dieu qui ordonne le respect des parents. » (Yoreh Déah.MO.) •

H En quoi consiste le respect filial? continuent nos sages. On ne doit pas s'asseoir à la place ordinaire du père ou de la mère ; on ne doit pas parler avant eux ou interrompre leur discours ; on ne doit pas les contredire, même alors qu'on se sent dans le vrai ; on doit les servir à table , les habiller, les conduire , et tout cela en leur montrant une figure contente ; il faut se lever devant eux, quand même on les rencontrerait cent fois par jour ; il, faut leur parler avec douceur et vénération, comme si Ton parlait au roi ; il faut les nourrir de son bien et leur consacrer tout son temps (^). Si le père ou la mère transgresse une loi religieuse, il ne faut pas dire : Vous avez violé la loi, mais : Il est dit dans l'Écriture, etc. Même si les parents étaient des pécheurs endurcis ou des malfaiteurs condamnés à mort , leurs enfants ne doivent pas les maltraiter, les maudire ou les abaisser. Leur mémoire doit surtout nous être chère et sacrée. Le fils qui maudit ses parents après leur mort est passible de la peine capitale. » Leur souvenir doit nous enflammer à la vertu et à la pratique de tous les devoirs pour honorer et faire kénir le nom qu'ils nous ont laissé. Le souvenir de Jacob, dît la légende , a. empêché Joseph de commettre un Ifi^nd crime.

0) D*après II Rois , lY, 1, les créanciers des parents paraissent avoir ^ lé'^roît de réclamer les services des enfants.

324 lii' PARTIE. — LOI MORALfi ET SOCIALE.

Les disciples d'un rabbin demandèrent un jour : ip^ it OKI a» 'îû'tD « Jusqu'à quel point s'étend le devoir d'honorer le père et la mère ?» Au lieu de leur répondre y le maître raconta l'histoire suivante : <( Un païen , habitant d'Âscalon, possédait des pierres précieuses pour lesquelles on lui offrit soixante mille écus d'or» une somme considérable ; mais son père dormait et avait sous son oreiller la clef de l'armoire où les pierres précieuses étaient enfermées. Et, comme les acheteurs ne pouvaient pas attendre qu'il fût réveillé, le fils aima mieux renoncer à cette affaire si avantageuse que de troubler le sommeil de son père. » (Kidouschin, 31 a.)

Le rabbin n'indiquait pas les limites du respect filial, parce qu'il n'en a point , et que nul sacrifice n'est trop

grand pour accomplir ce divin commandement. Le docteur raconta seulement la belle action du païen, pour montrer à ses disciples que, si un idolâtre, poussé parie seul sentiment du devoir, témoigna pour son père un respect si élevé , que ne doit pas faire l'israélite , à qui ce devoir est imposé par rÉternel , et qui doit vénérer dans ses père et mère les représentants de la Divinité !

Par cette grande et sainte pratique de l'amour filial ie* raélite, les enfants ont toujours été considérés, dans le judaïsme, comme une bénédiction, une richesse, oiM grâce d'en haut. « Heureux celui , chante le Psahnisttfi ] dont la femme est comme une vigne fertile autour de tt maison, et dont les enfants entourent la table comme dsi plants d'olivier! » L'israélite le plus pauvre et leph maltraité était souvent plus respecté et plus vénéré du* sa cabane que le roi sur son trône. La loi sur leSisior soumis et rebelle (Deut., XXI) n'a jamais été applifo^

et, quant au crime de parricide, il ne se trouve point mentionné dans nos Codes sacrés « comme chose impossible f monstrueuse , dont les autres sociétés ont donné et donnent encore des exemples si horribles. Le respect des parents dans notre culte , grâce à son caractère divin et inviolable , a assuré la paix et le bonheur du foyer domestique , maintenu dans nos familles les mœurs pures et les saintes vertus des temps antiques , conservé l'honneur de nos ancêtres et leurs croyances religieuses : car, dit un docteur de la Synagogue , le commandement du respect des parents suit immédiatement celui du sabbath, pour indiquer que celui qui honore vraiment son père et sa mère ne violera pas non plus le saint jour du Seigneur.

m h9 m» rat) bii'in yy^^t ioki "na» nnan» "^ ia» yvAi (Yalkut Waetchanan).

Selon la loi Israélite , on ne saurait aimer Dieu sans aimer ses père et mère , les collaborateurs et les représentants de rÉternel. « Quand quelqu'un afflige ses parents, disent nos sages, le Très-Haut (béni soit-il!) dit en quelque sorte : « J'ai bien fait de ne point demeurer a» milieu d'eux, car ils m'affligeraient aussi. » d^© lata aro ' iLi nmn vim "^rtmi nô*» ra*pn •^o» tck n«i "naK r« ^ro 'w tvA (Kidouschiiiy 31 a.) ^

Si, dans la religion Israélite, l'amour et le respect des

Iwprents nous est imposé par l'amour et le respect que

F* aoas devons à Dieu , la piété filiale sert , de son côté , à

^; nous rappeler parfois nos devoirs envers notre Père cé-

^"•hste. n Voici , annonce le prophète , ce que dit le Dieu

^^ îftaoth, le Dieu d'Israël : Allez, et dites aux gens de

hiàh et à ceux de Jérusalem : Ne vous corrigerez-

▼ous pas pour écouter mes paroles ? On a obéi aux paroles

326 m'' Partie. — loi morale et sociale*

de lehonadab , fils de Rechab » qui a ordonné à ses fils de ne point boire de vin, et ils n*en ont pas bu jusqu'à ce jour, car ils se sont soumis au commandement de leur père ; et moi je vous ai parlé , souvent et ardemment, et vous ne m'avez point écouté! » (Jérémie, XXXV, i3-14.)

(( Un fils honore son père , et un serviteur son maître; si donc je suis votre père , où sont les honneurs qui me sont dus? » (Malachie, I, 6.)

Ainsi l'Éternel daigne invoquer en sa faveur l'attachement que nous portons à nos parents , comme il rappelle aussi son titre de père commun des hommes pour que nous aimions toute l'humanité et établissions sur la terre une fraternité immortelle. « N'avons-nous pas tous un seul père ? Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés ? Vontquoi agirions-nous mal l'un envers l'autre en profanant l'alliance de nos pères? » (Malachie, II, 10.)

Le respect divin des parents a toujours été la force d« judaïsme, une de ses plus belles et plus glorieuses vertus. Les vrais enfants d'Israël , déjà par crainte d'affliger leurs père et mère et de leur faire verser des larmes , sont restés dans la voie du devoir, de la morale et de l'honneur. Le regard bienveillant de leur père , le sourire inefifeble de leur mère , avaient mille fois plus de charmes et d'enchantement pour leur cœur que toutes les séductions et tous les entraînements du monde. Leur bonheur ne pouvait pas être séparé du bonheur de leurs parents. Toutes les grandes et divines vertus , les mœurs pures et siiftpies ^ les sentiments du devoir et de l'honneur, se sont transmis à perpétuité en Israël, de père en fils, parli puissance de l'amour filial.

Il en est de même de la pratique religieuse. Les enfants n*ont pas eu la pensée d'être plus sages , plus avancés, plus philosophes, que leurs parents, dont ils apprenaient Dieu et son culte. Ils observaient fidèlement les

devoirs religieux qu'ils voyaient remplir par leurs pères

et mères , devoirs dont ils ne discutaient ni la valeur ni l'utilité , convaincus que là devaient être la vérité , le salut, la vie éternelle : car un père et une mère peuvent-ils vouloir tromper leurs enfants comme des racoleurs d'âmes stipendiés au service de l'apostasie et de la trahison?

L'enfance de l'homme dure bien longtemps. La Providence semble prolonger notre faiblesse et notre impuissance f. afin de mieux nous faire sentir tout ce que nous devons à nos parents , et combien notre vie tout entière est trop courte pour acquitter notre dette envers ceux qui ont veillé sur nous avec tant d'amour et de sublime tendresse, nous portant sur les bras et dans le cœur, nous protégeant de leur regard et de leur affection infinie , sacrifiant pour nous la tranquillité de leurs jours et le repos de leurs nuits , nous prodiguant leur sang , leur fortune , tous les biens de leur existence.

Mais l'enfance spirituelle de l'homme dure encore bien plus longtemps et s'étend sur toute sa vie. De quel droit pourrait -il se soustraire à l'autorité religieuse de son père, refuser les secours et la nourriture célestes qu'il lui offre , après avoir accepté de lui les secours et le pain du corps ? De quel droit se révolterait-il contre l'autorité et les enseignements des chefs religieux qui , interprétant fidèlement la loi divine , sont aussi ses pères et ses guides ? Comment pourrait-il violer les commandements de Dieu , notre père à nous tous , qui a un droit

328 m* PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

absolu à notre soumission la plus confiante et la plus entière ?

On peut être assuré que , partout où il y a diminution ou altération du respect filial » il y a aussi altération et décadence des mœurs , diminution de bonheur domestique et de vertus de famille, danger croissant pour la morale publique et privée , un abîme ouvert sous toutes les lois divines et humaines. Une civilisation raffinée peut cacher cet abîme par des formes extérieures qui aggravent et élargissent la plaie sociale., par des <( actes respectueux » qui sont un outrage public à Tautorité paternelle ; la barbarie envahit le sanctuaire de la famille , le père est destitué, Dieu est dégradé, et le parricide moral ou matériel boit les larmes de la mère dans la coupe de l'abomination... Les malheurs d'Israël ont commencé par la violation du cinquième commandement par un fils de Salomon.

Mais , au temps du Messie, « le Seigneur ramènera le cœur des parents à leurs enfants , et celui des enfants à leurs pères et mères » , et alors Israël et toute l'humanité vivront éternellement dans un bonheur impérissable sur la terre glorieuse et immortelle que Dieu leur donnera. ^i )rù y^n^n^ 'n. ^iwx îtd^tèOi i» ^i ata'»'» •pxabi y^Tûi*^ p'«*w ptb.

IiA CHARITE.

onon nib''D:i

Le premier et le plus saint des devoirs sociaux , c'est assurément la charité, l'obligation de venir en aide à notre prochain pauvre ou malheureux , de lui donner nonseulement de notre superflu , les miettes tombées de notre table , mais de notre nécessaire même , si nous pouvons diminuer ce nécessaire sans danger pour notre vie ou notre honneur. Ce devoir, considéré ailleurs comme une vertu , comme un acte de bonté individuelle et volontaire , est une loi positive dans le judaïsme. Assister le pauvre ne s'appelle pas chez nous charité, bienfaisance, générosité, etc., mais txprij justice. La justice de Dieu veut et ordonne que tout malheureux trouve aide , soulagement et protection chez ceux qui sont plus heureux que lui. L'Écriture sainte appelle les pauvres nos frères, (Deut., XV, H), et Dieu les appelle mon 'peuple (Exode, XXII, 24). Une très grande partie des lois religieuses israélites ont pour objet la bienfaisance. Le Très-Haut place lui-même en tête de ses attributs adorables la vertu de la charité. — iism wn^ bH'n 'n. (Exode , XXXIV, 6.)

Les textes bibliques sont connus ; les pasteurs et les prédicateurs de toutes les religions y puisent leurs discours et leurs exhortations à la bienfaisance ; aucune élo-

quence humaine , aucune voix des poètes et des philosophes, n'a jamais pu trouver des^ccents qui remuent si vivement le cœur et excitent tant à la pitié et à la compassion que la sainte et touchante parole de nos Écritures. Mais voici ce que le Code talmudique en vigueur dans le judaïsme enseigne à ce sujet :

oc C'est un commandement positif (nis9 hi:tia) que chacun donne des aumônes selon ses moyens. On doit y veiller plus attentivement qa*à toute autre loi , car sa négligence pourrait amener la mort du pauvre

qu'on n'aurait pas secouru immédiatement Quiconque détourne

les yeux d'un pauvre est un barbare (bs'^ia), un véritable idolâtre; mais celui qui accomplit ce commandement prouve par cela mâoie qu'il est de la race bénie par TËternel. Le trône d'Israël et la loi de vérité ne se maintiennent que par la charité, ainsi qu'il est dit: a Ta seras fortifié par la charité » (Isaîe, LIY) ; et Israël ne sera délivré qœ par la charité, ainsi qu'il est dit : aSion sera sauvé par la justice, e( ses exilés par la charité. »

ce Elle est supérieure à tous les sacrifices, ainsi qu'il est dit: «Pratiquer la bienfaisance et la justice, voilà ce que Dieu préfère à tout sacrifice » Celui qui fait l'aumône à un pauvre est comme s'il remplissait le monde entier de grâce. Jam^s la bienfaisance n'a appauvri personne ; jamais dommage ou chose fâcheuse ne vient par elle. Celai qui a pitié des pauvres trouve aussi pitié auprès de Dieu. Que l'homme n'oublie pas que, de même qu'il prie à chaque instant Dieu de lui donner sa subsistance et d'écouter ses supplications, de même il doit,loii écouter la prière des pauvres; il doit s'empresser de le faire, carie Seigneur aussi accueille sans cesse les gémissements de ceux qui scaf* frent, ainsi qu'il est dit : «Tu entends les plaintes du pauvre. » (Job, XXXIV.) L'Éternel a fait à cet égard une alliance avec l'infortuné en disant : a Quand il criera vers moi , je Técouterai , car je suis ooifipâtissant.» (Exode, XXII.)

« Qu'on songe à l'inconstance de la fortune — diwa *iTinîi iaia et l'on acquerra la vertu de la charité. Qu'on ne dise pas : a Comment puis-je diminuer mon argent pour le donner aux pauvres?» Cet argent ne nous appartient pas ; ce n'est qu'L\n dépôt qui nous est confié pour en faire l'usage selon la volonté du dépositaire. Or sa volonté est qu'on en distribue aux pauvres, ce qui en est le meilleur usage, ainsi quH est dit: a Ta charité marchera devant toi.» 11 est avéré aussi que 11

charité qu'on exerce ne diminue pas le bien ; au contraire , elle Faugmente et augmente la considération , ainsi qu'il est dit : « Apportez la dime au lieu destiné à cet effet, afin qu'il y ait de la nourriture dans ma maison, et éprouvez>moi par cela, dit rÉternel Zébaoth , si je n'ouvre pas les sources du ciel et verse sur vous des bénédictions in> finies.» — *»'7 "^in ^^ (Malachie, III, 10.) La charité fait disparaître les calamités et sauve de la mort en temps de famine , ainsi qu'il est arrivé à Zarepath pour un petit gâteau offert à Ëlie. (I Rois, 17.) Mais l'oubli de la charité éloigne de Dieu et de la Thorâ ceux qui leur étaient proches, ainsi que cela est arrivé à Ammon et Moab, qui ont été éloignés de nous parce qu'ils ne sont pas venus devant nos pères avec du pain et de l'eau; tandis que sa pratique amène sous les rayons de Dieu — ha'»3tt3n ^t'a nnn — ceux qui en sont éloignés, ainsi qu'il est arrivé à Jëthro, parce qu'il avait offert l'hospitalité à Moïse. (Exode, II.) C'est pourquoi l'homme doit excessivement faire attention à remplir convenablement la loi de la charité. » {Yoreh Déah, 247.)

Viennent ensuite les détails de l'application. Tout homme , même le pauvre qui reçoit l'aumône , est obligé d'exercer la charité. Celui qui refusé de donner, ou de donner selon sa position, y sera contraint par la justice, qui prendra sur ses biens ou empruntera dessus la somme fixée par elle.

Si sa position le permet , l'homme doit donner selon les besoins des pauvres; sinon, selon sa position à lui. Combien faut-il donner? Jusqu'au cinquième de son bien. Le Talmud de Jérusalem dit que la première année on doit consacrer à la bienfaisance le cinquième du capital, les années suivantes le cinquième des bénéfices ou des intérêts.

Il faut faire l'aumône avec un visage bienveillant, affable, et un cœur content. Il faut prendre part aux douleurs du pauvre et lui adresser des paroles de consolation et d'encouragement. Si l'on donne avec mauvaise humeur, on perd le mérite du bienfait. Il faut offrir l'aumône en secret, afin de ne point humilier le pauvre, et.

si on la lui fait parvenir sans qu'il sache le nom du donateur, c'est le plus grand des biens. Autrefois la bienfaisance était organisée de telle sorte en Israël que le donateur ne savait à qui il donnait , ni le pauvre de qui il recevait. On a toujours fait Taumône avant la prière, afin d'accomplir cette parole : « Je m'approcbe de ta face par la cbarité » ^^t nm» pTKi •'«t.

Il faut donner au pauvre ce dont il a besoin : à manger quand il a faim , un vêtement pour le couvrir, des meubles quand il en manque. Si dans des jours meilleurs il était habitué de monter à cheval et d'avoir un serviteur courant devant lui , il faut lui acheter un cheval et payer un serviteur, et ainsi de suite , c'est-à-dire à chacun selon son rang.

On donne à la jeune fille pauvre une dot , au voyageur une hospitalité convenable , surtout les sabbaths et jours de fête ; on donne à tous ceux qui tendent la main , mifM aux idolâtres. Les parents pauvres doivent cependant être les premiers dans les œuvres de bienfaisance.

C'est un acte méritoire d'employer dans sa maison des pauvres et des orphelins. En faisant l'aumône il faut d'abord songer aux femmes , puis aux hommes , soit pour la nourriture , soit pour les vêtements , car elles sont plui timides et plus faibles.

Délivrer des captifs (prisonniers de guerre, ou enchaînés pour cause de religion, ou enlevés par des voleurs et des pirates) est un devoir qui marche avant celui de toute autre bienfaisance. L'argent réuni pour n'importe queDe œuvre pie peut être employé à cet effet, même quand! s'agit de bâtir une synagogue. Le bois et les pierres achetés pour la construction de l'édifice sacré , et qu'il est défendu de vendre pour l'accomplissement de tout

autre commandement , peuvent être vendus pour la délivrance des captifs. On délivre les femmes avant les hommes. (Yoreh Déahj 248-252.)

Cependant toutes ces prescriptions concernant la charité ne doivent pas être des encouragements à la mendicité, à la paresse 9 à une vie insouciante. Le même Code religieux. du judaïsme dit encore :

Quiconque possède de quoi pour manger deux fois ne doit rien prendre de la caisse des pauvres ; s'il possède la somme de deux cents soussesi^^ , bien qu'il n'en fasse aucune affaire , ou qu'il en possède cinquante engagés dans un commerce quelconque, il ne doit recevoir aucune espèce d'aumône. S'il a des ornements d'argent, il faut les vendre et ne pas recourir à la charité publique.

L'homme doit toujours s'éloigner de cette ressource, souffrir — «15» ittat? hia'^'î — plutôt que d'avoir besoin des hommes. Aussi nos sages ont-ils ordonné de se nourrir le sabbath comme les autres jours , plutôt que de solliciter du secours — nT^-Tal ^^osjn ïki lin ^ra\!5 m5:> . Quand même on a été un homme jouissant déconsidération, un savant distingué, on doit, devenu pauvre , se livrer aux métiers les plus misérables, plutôt que d'avoir besoin d'aumône (*'. Celui qui trompe le public et reçoit la charité sans en avoir besoin ne mourra pas avant d'en avoir réellement besoin. Mais celui qui, tout en ayant besoin, s'en

(<) Monnaie à Teffigie de Zeus (Jupiter), ayant la valeur d*un quart dé êidê émargent : c*est le ^^"^ talmudique.

(^ nT»iai ^nasri ixi il nntw m\'sA i»at5 ia*w n*^»*» dV»l

m Lliomme doit se vendre pour le travail le plua répugnant, pour qu*il alût pu besoin de soUiciter le secours d*autrui. » (Baba fialAra, 110 a.)

abstient , s'impose toutes les privations , les souffrances, une vie de misère , afin de ne pas être à la charge de sa communauté y ne mourra pas avant de pouvoir , à son tour, nourrir les autres de son bien. C'est de lui qu'il est dit : « Béni soit l'homme fort qui se fie en Dien. « m naa*» ^isk ^a^n ^i^a (Ibidem y 253-255.)

La charité Israélite ne cause aucune humiliation au pauvre et ne lui impose pas cette attitude dégradante, malheureuse, qu'on voit, ailleurs, à la porte des temples et au seuil des palais. L'Israélite pauvre sait que son coreligionnaire plus heureux doit venir à son aide, non par un sentiment de pitié et de compassion, mais parle commandement de la loi ; le secours qu'il en reçoit est un don du Très-Haut. Certes , le pauvre ne doit être ni ingrat ni effronté , deux défauts sévèrement condamnés par notre religion. Mais il sait « qu'avoir pitié de l'indigent , c'est prêter à Dieu » , et que «( l'homme doit donner à son prochain de ce qui appartient au Seigneur.— ibç) '^bttji nni<tt5 littJB li in, ainsi que David a dit : — Nous tenons tout de toi ,' et c'est du tien que nous donnons aux autres.» (Aboth, III, 8.) Il sait enfin qu'il serait obligé de faire la même chose envers son bienfaiteur si leur sort mutuel venait à changer.

La pauvreté n'est pas une honte en Israël , une infériorité sociale , une cause d'ostracisme et de proscription, mais une épreuve y comme la richesse. Dieu éprouve le riche et le pauvre pour voir si l'un fait un digne el noble usage de ses biens , repousse l'orgueil , l'égoïsme, toutes les mauvaises suggestions de l'or, et si l'autre supporte son malheur avec résignation, avec dignité, et reste inébranlable sur le chemin de la vertu, malgré

toutes lès puissantes tentations inspirées par le besoin. Deux épreuves terribles, qui ont fait dire à Salomon : te Ne me donnez pas , ô Seigneur, ni pauvreté ni richesse, mais seulement mon pain quotidien , afin que , dans l'ivresse , je ne nie pas l'Éternel , ou que, dans la misère, je ne dérobe pas le bien d'autrui et ne porte pas atteinte au nom de mon Dieu. » (Proverbes, XXX, 8-9.)

La pauvreté est une manifestation de la volonté divine devant laquelle nous devons nous incliner quand elle fait un appel à notre cœur. « Que ta maison soit largement ouverte et que les pauvres y soient traités comme les membres de la famille >> — yrp^ ^^'2 ia*^55> i^iît^i (Aboth, I, 5). Si la pauvreté est le résultat d'une conduite impradente ou répréhensible , nous devons y compatir non moins ardemment , parce qu'elle frappe doublement le malheureux qui l'a provoquée par ses fautes, et auquel elle enlève , avec les biens de la vie et la considération àa monde , sa propre estime et la quiétude de sa conscience. Qu'on ne fasse donc pas des remontrances inutiles, des reproches, au pauvre, dont les regrets et les remords le punissent suffisamment, cruellement, et lui rappellent à chaque instant , le jour et la nuit , quand la faim le tourmente, quand le froid le glace ou que le soleil le brûle , les torts de son existence, s'il en a eu.

«Ne soyez pas durs envers lui, et que votre cœur ne se fâche pas en venant à son aide! » xii ...^aaih^^'pcKhKi * -jwna ipsb a^n"» (Deut., XV, 7-10.)

« Que le pauvre n'entende jamais un reproche ! » tr»a ana» ni ttîni (Proverbes, XIII^ 8.)

« Ne dites pas : — « Allez et revenez, je vous donnerai demain » , lorsque vous le pouvez de suite. T»5^b 'nn^n ix *frm c^"» T^ "^noi awi ^b (Ibidem, III, 28.)

336 ni*' PARTIE. — LOI MORALE ET SOCIALE.

(( L'homme au regard compatissant sera béni , car il donne de son pain au pauvre. » (Ibidem^ XXII, 9.)

(( Celui qui ferme son oreille aux plaintes du, paayre gémira à son tour et ne sera point exaucé. » (Ibidem f XXI, 13.)

« Donnez-lui, même cent fois. » r«a •6*»!» ^i^inniw û-^nsfi ÇBaba Me%%a^ 31 b.)

Enfin le Talmud dit : « Celui qui a compassion des hommes montre par là qu'il est de la race d'Abraham, et celui qui n'a pas compassion des hommes montre qu'il n'est point de la famille d'Abraham, d (Beza^ 31 b.)

La loi divine nous ordonne de réjouir, pendant nos fêtes, le cœur des étrangers, des veuves et des orphelins. Il est donc de notre devoir de mettre le pauvre à même de célébrer convenablement le sabbath et tous les jours du Seigneur, d'oublier de temps en temps ses souffrances et ses douleurs dans un repos de l'&me et du corps, d'observer tous les commandements de Dieu. Il n'est pas permis à l'Israélite de dire : — Moi-méiae je néglige beaucoup de ces commandements et n*y attar che qu'une médiocre importance ; pourquoi ce malheureux veut-il chômer le sabbath, suivre tant de pratiques onéreuses qui augmentenj; sa détresse?... Un pareil laogage montrerait l'égoïsme le plus hideux uni à l'impiété la plus coupable. Celui qui, par ses richesses et ses jouissances de la vie, a tous les jours un repos, une fête, une solennité de plaisir et d'enivrement, comment pourrait-il être assez inhumain pour refuser au pauvre le sabbath et l'accomplissement des devoirs religieuXt qui sont sa seule joie, son seul bonheur sur la terre? M II criera contre vous à l'Éternel, et vous aurez commis un péché. » Kian yi rrm 'n i« ^*»iK »^i. (Deut.^ XV, 9.)

Notre plus ardente compassion doit aussi pénétrer dans les lieux de désolation et de désespoir où des malheureux, frappés par la justice humaine, expient cruellement leurs fautes et tendent des mains suppliantes et meurtries vers la société qui les repousse. Que notre charité soit pour eux un rayon de la clémence de Dieu, qui accueille leurs larmes et ouvre son ciel à leur repentir.

Une des formes les plus méritoires et les plus nobles de la charité , c'est le prêt , c'est donner au pauvre le moyen de gagner son pain par un commerce ou une industrie quelconque , sans l'obliger de tendre la main à Taumône. {Joreh Deahj 249, 5; Psaumes XLI, 2; Proverbes, XIX, 17; Exode, XXII, 23; XXIII, 9.) Notre religion invoque surtout notre plus ardente charité en faveur des étrangers , des veuves et des orphelins , dont le Seigneur se déclare le protecteur et le père. Nous devons aussi être pieusement et sincèrement charitables envers les riches quand des malheurs les frappent , quand ils ont besoin de consolation et d'encouragement , quand ils pleurent malgré leur or et leur puissance. Nous devons être charitables envers les vivants et envers les morts, envers tous les hommes et toutes les classes de la famille humaine , accourir partout où il y a une douleur, une souffrance, des larmes et un deuil, ir li'Écriture sainte commence par un acte de charité et termine par un acte de charité. » (Sota , lAa.) L'homme a besoin de secours pour naître, et il en a besoin pour mourir : que toute notre vie soit donc un long acte de charité , une œuvre de charité Israélite !

La charité Israélite , c'est l'étoile dans la vie du riqhe ,

c'est la résurrection dans la tombe du pauvre » c'est le dirin sacrifice dans le sanctuaire de Thumanîté , c'est le cantique d'Israël retentissant sur la terre et dans le ciel , c'est la fraternité et la sainte alliance des hommes repoussant l'égoïsme et la barbarie de l'enfer, c'est l'ange devant le trône du Seigneur, c'est le sourire de TÉtefnel , la grâce , la bénédiction et le salut du monde. La charité sauve de la mort, ninc l'^stn np^nn.

l'amour du prochain. 339

Page 1