DIEU
La Synagogue retentit tous les sabbats d'un cantique sublime, où Tâme du croyant, languissant après les traces du Très-Haut , s'élève vers le ciel et chante :
a Puis-je proclamer ta gloire , moi qui ne t'ai jamais «vu? Puis-je te comparer, te définir, moi qui ne te « connais pas?
« Tu as bien montré à tes voyants , à tes serviteurs <( intimes, les splendeurs de ta majesté dans des visions. « Ils pouvaient comprendrie ta grandeur et ta puissance (( d'après tes œuvres merveilleuses. Mais l'image qu'ils « trouvaient pour toi n'a pu atteindre ton être ! w ^nnx i»n
^1D^ 1B5 kVï..
Notre âme, nos plus nobles sentiments, nos plus saintes sensations , tous les battements de notre cœur, nous disent : Il est un Dieu ! Mais la faible lumière de notre raison ne peut ni le comprendre ni le contempler. Nous ne pouvons que tomber à genoux et adorer. Nous
ne pouvons, ni ne devons, peut-être, prouver Dieu. Quelles pourraient être ces preuves? La création du monde? Mais il est des hommes malheureux, frappés d'aveuglement, qui ne croient pas même à la création. Ensuite , est-il bien digne , est-il permis d'invoquer la créature comme témoignage et caution du Créateur? Est-il permis de faire en quelque sorte dépendre Dieu de la poussière , la cause première et dernière , la cause nécessaire d'un effet périssable et inutile. Dieu de quelques systèmes philosophiques , qui sont tous plus ou moins discutés, affirmés, niés, qui, certes, ne sont connus et compris que d'une infime partie du genre humain? Non. Les premières paroles du livre divin sont : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Voilà pour apprendre aux hommes l'origine de la création et dissiper leurs doutes à cet égard ; mais le Créateur est admis , reconnu , senti , adoré le premier jour par le premier homme. Le Créateur est en dehors et audessus de toutes les discussions et toutes les recherches humaines sur l'organisation et le gouvernement du ciel et de la terre. Le mortel ne prouve pas Dieu , mais le croit; il le sent dans sa conscience, le voit dans la loi morale du monde,, il en est convaincu. L'Écriture dit du père des croyants, du premier penseur des âges primitifs : np^:t ib nn^n'^i n"^ -pïJï^rTi « Il crut en Dieu , voilà qui lui fut compté pour un mérite. )> (Genèse, XV, 6.) Mais il est impossible , dit Maïmonide , d'approfondir la nature de Dieu , puisque dans cette recherche il arrive à notre esprit la même chose qu'à notre œil en face du soleil , qui éblouit justement par la force avec laquelle il se révèle et ne permet point un regard pénétrant dans son être.
La profession de foi que notre grand docteur met dans la bouche de Tisraélite a plutôt pour but d'indiquer les rapports de Thomme à Dieu, et de combattre de fausses idées adoptées par des peuples ou par des individus, que de démontrer l'existence de Dieu lui-même. Les cinq premiers articles proclament :
1** Le Créateur, sa providence et sa toute-puissance. Tous les êtres créés trouvent en lui leur vie et dépendent de sa volonté ; Dieu ne dépend de rien ; s'il pouvait cesser d'exister, le monde cesserait d'être. Dieu étant l'âme et la lumière de la création, nulle créature ne pourrait subsister sans lui — ûîjd nï< rv>nxi nr«i (Néhémias, IX, 6). Telle est la vérité immortelle contenue dans cette première parole du Décalogue : « Je suis l'Éternel ton Dieu. »
ce Interrogez les animaux, ils vous instruiront; les oiseaux du ciel, ils vous rapprendront. Parlez à la terre , et elle vous enseignera ; aux poissons de la mer, et ils vous Tannonceront. Qui ne sait, parmi tous ces êtres, que la main de TËternel a tout créé, qu'en sa main est Tâme de tout ce qui respire et le soufQe qui anime tous les hommes? » (Job, XII, 7-18.)
a Les cieux racontent la gloire de Dieu , et le firmament proclame ses œuvres. » (Psaumes, XIX, 2.)
2* Vunité de Dieu , unité parfaite , incomparable , qui ne se divise point pour se manifester et pour agir. Dieu est un comme le premier jour de la création, qui ne fut pas précédé d'un autre et dont il est dit : ^nx di^ jour unique. Cette unité est éternelle, non comme l'unité d'un individu qui cesse et meurt — vin^nxî» tpb t^k tai. Cette unité absolue de Dieu, qui ne salirait se diviser ni se partager, se transmettre ou se déléguer, se détacher ou se séparer de son être , exclut toute croyance à une autre divinité — n^mi mn rrn la^^nix iinb «im.
3"" Vincorporéilé de Dieu. Le Très-Haut n'est point un corps et n'a rien de corporel ni de matériel ; il n'est soumis à aucune des faiblesses et des accidents de la matière. « Dans les régions supérieures, dit le Talmud, on ne s'assied pas et on ne se tient pas debout , il n'y a ni fatigue ni assoupissement. » (Chagiga, 15 a.) « A qui voudriez-vous comparer Dieu, et quelle image voudriez-vous placer à côté de lui? » (Isaïe, XL, 18.)
Dieu , n'étant pas un corps , ne peut s'enfermer ni se manifester dans un corps , lui qui remplit l'univers tout entier. « Vous n'avez point vu une figure » , dit Moïse aux Hébreux en parlant de la présence de Dieu sur le Sinaï. (Deutéronome , IV, 15.) Et si l'Écriture sainte donne quelquefois àrÉternel des attributs physiques, c'est pour l'intelligence de l'homme — d*-» isaiirois nyr\ ^«nan. Mais nul mortel ne saurait voir Dieu que par la perception de l'âme , par la contemplation spirituelle , par les sens intérieurs, par la lumière intellectuelle. Plus cette perception, cette contemplation, ces sens et cette lumière sont parfaits par l'élévation de l'esprit et le détachement du monde matériel , et plus on voit Dieu. Moïse a atteint le plus haut degré de cette vision.
4** V éternité de Dieu. Le Très-Haut n'a ni commencement ni fin. Au-dessus de l'espace qu'il a créé, il est également au-dessus du temps, dont il a réglé la marche pour la vie limitée de ses créatures.
« Voici ce que dît l'Éternel, le roi d'Israël et son Sauveur, l'Éternel Zebaoth : — Je suis le premier et je suis le dernier. » (Isaïe , XLIV, 6.) « Tu es et tes années ne finissent point. » (Psaumes, GII, 28.) Dieu ne vieillit ni ne faiblit point , sa force et sa puissance sont éternellement les mêmes , et si elles ne sont pas toujours visi-
18 r* PARTIE. — LE DOGME.
bles et ne se manifestent pas toujours avec le même éclat, c'est que notre regard , obscurci par la matière , ne les aperçoit point, ou que la sagesse infinie du Très-Haut veut amener l'humanité, qui n'est plus dans l'enfance, à le connaître et à le comprendre , non en la frappant , en la subjuguant par des prodiges et des phénomènes foudroyants, mais en élevant sa raison, en éclairant son esprit , en purifiant et en ennoblissant son cœur.
5" Le droit exclusif de Dieu à l'adoration des humains. Il n'existe sur la terre et dans le ciel d'autres êtres que ceux créés par le Très-Haut , et qui tous lui doivent également leur culte et leur adoration. Les hommes sont tous égaux par leur origine de la poussière, leur retour à la poussière, leurs faiblesses et leurs passions. « Qu'estce que l'homme, pour qu'il soit juste? Le fils de la femme, pour qu'il soit innocent? Dieu ne se fie pas même à ses saints ; les cieux ne sont pas purs devant lui. » (Job, XV, 14-15.) Mais les hommes sont aussi égaux dans leur grandeur, dans leurs aspirations vers les régions célestes, dans leur rang au sein du monde spirituel. « Tu l'as mis peu au-dessous des êtres divins ; tu l'as couronné d'honneur et de gloire. » (Psaumes, VOI, 6.) Cette égalité en bas et en haut doit exclure toute vénération divine d'un homme, toute déification d'un mortel.
Le judaïsme ne canonise ni béatifie aucun des martyrs innombrables morts pour ses vérités ; il ne reconnaît à aucun homme V infaillibilité; il déclare : « Nul juste sur la terre n'est exempt de péché. » Nul fils de l'homme n'est donc digne de recevoir des honneurs divins. Et quand nous rendons hommage aux princes de la terre , c'est le pouvoir et la puissance de Dieu , dont ils
possèdent uhe partie , que nous vénérons en eux , mais non leur personne et leurs mérites individuels — iro»
Adresser des prières aux anges n'est pas moins réprétensible. « Quiconque sacrifiera à d'autres dieux qu'à rÉternel seul, sera exterminé, » (Exode, XXII, 19.) Les anges sont incorporels, des intelligences actives (iyifia isttj) ; ils sont immortels comme la cause première, et ne sont point sujets aux accidents physiques ni à Tanéantissement. (Kusari, I.) « Leur séjour n'est pas avec la chair » inin-i» vA K*itt5a û3? itïTinn 11. (Daniel, II, 1 i .) Mais ce sont toujours des êtres créés , un souffle du Créateur comme l'âme humaine, une émanation de l'Esprit saint dans lequel les âmes spirituelles se réunissent et se fondent — d'^'i^mn d'iaxian d'^x^aa naa» «'-pn ni^ nwni'V! nittjiBan ni'ianna nai. (Kusari, IV, 25.) Ce sont des messagers du Seigneur appelés à remplir diverses fonctions dans l'œuvre infinie de la création ; des lumières que le Créateur a placées dans le ciel pour accomplir une mission tracée dès le commencement. Nous ne leur devons donc pas une adoration qui appartient seule au Très-Haut, dont ils sont, comme nous, les créatures et les serviteurs, les obligés de ses bienfaits et les missionnaires de sa parole.