CHAPITRE VI
Perpétuité ou durée jusqu'à la fin des temps, voilà une des marques les plus frappantes de TEglise. Par perpétuité, on ne veut pas dire que le christianisme, sous une forme ou sous une antre, doive toujours exister, mais que l'Eglise doit toujours persister dans son intégrité, revêtue de toutes les prérogatives que Dieu lui a données dès le commencement. Car, si l'Eglise venait à perdre un de ses caractères essentiels, comme l'unité et la sainteté que Notre-Seigneur lui a données dès les premiers jours de son existence, on ne pourrait pas la dire perpétuelle, parce qu'elle cesserait d'être la même institution.
La durée sans fin de l'Eglise du Christ est fréquemment prédite dans les saintes Ecritures. L'ange Gabriel annonce à Marie que le Christ « régnera sur la maison de Jacob à jamais et que son règne n'aura pas de fm\ » Notre- Seigneur dit à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Enfer ne prévaudront jamais contre elle^ » Notre-Seigneur bien-aimé montre clairement ici que l'Eglise est destinée à être toujours assaillie, sans avoir à craindre d'être submergée.
* s. Luc, I, 32, 33.
-' S. Matlh., XVI. 18.
Daus les dernières paroles de notre Rédempteur, que nous a conservées l'évangile de saint Matthieu, la même prédiction est fortement répétée, et la raison de l'indéfec^ tibilité de l'Eglise pleinement exprimée : v( Allez, enseignez les nations... Considérez que je suis avec vous tous les jours, même jusqu'à la consommation du monde \ » Cette parole renferme trois enseignements importants : 1° la présence du Christ avec son Eglise : « Considérez que je suis avec vous ; » 2° sa présence constante sans en excepter un seul jour : «Je suis avec vous tous les jours; » 3'' sa présence continuelle jusqu'à la fin du monde, et, par conséquent, la durée éternelle de l'Eglise, « même jusqu'à la consommation du monde. »
Il en résulte que l'Eglise doit avoir existé dès le commencement ; que depuis sa première origine le souffle de sa vie n'a pu être interrompu un seul instant; qu'elle n'a jamais été séparée de Jésus-Christ, et qu'enfin elle durera jusqu'à la consommation du monde et des siècles.
Aucune communion chrétienne ne peut raisonnablement revendiquer ces droits à la perpétuiiû, puisque, comme nous l'avons montré dans le chapitre précédent, elles sont toutes d'origine récente-.
L'indeslructibilité de l'Eglise est vraiment merveilleuse, et elle doit exciter l'admiration de tout esprit réfléchi, quand nous considérons le nombre, la variété, la puissance formidable des ennemis contre lesquels elle a eu à lutter dès les premiers jours de sa naissance. Ce seul fait suffît pour mettre eu lumière le rayon de la divinité qui a été imprimé sur son front.
L'Eglise a été constamment engagée dans une double lutte, l'une extérieure, l'autre intérieure; la première contre les païens et les infidèles; la seconde contre le
1 s. Matth.,XVni,20.
2 Si l'on en excepte quelques sectes orientales remontant au sixième et au neuvième siècle.
PERPÉTUITÉ DE L'ÉGLISE. 7o
schisme et l'hérésie fomentés par ses enfants rebelles.
Depuis le jour de la Pentecôte, jusqu'à la victoire de Constantin le Grand sur Maxence, pendant un espace de deux cent quatre-vingts ans, l'Eglise a subi une suite de persécutions sans égales, par leur atrocité, dans les annales de l'histoire. Toutes les tortures que la cruauté a pu employer ont été mises en usage pour détruire les derniers vestiges du christianisme. Chrisliani ad leones! Les chrétiens aux lions I tel était le cri du peuple.
On les revêtait de peaux de bêtes féroces et, dans cet état, on les exposait à la dent des chiens furieux. On les recouvrait de poix, on y mettait ensuite le feu, afin de s'en servir comme de flambeaux dans les rues de Rome. Pour justifier de telles atrocités et pour étouffer tout sentiment de compassion, les persécuteurs accusaient leurs innocentes victimes des crimes les plus affreux.
Pendant trois siècles, les chrétiens furent obligés d'adorer Dieu dans le secret de leurs chambres, ou dans les catacombes de Rome. Ces souterrains subsistent encore comme un tém^oignage permanent, soit du courage indomptable des chrétiens, soit de l'atrocité de leurs tourments.
Et Rome elle-même, avec cette puissance qui avait frappé d'épouvante toutes les nations, fut incapable de briser TEglise encore au berceau, ou d'arrêter ses progrés. En peu de temps nous voyons cet empire colossal tomber en ruines, tandis que le chef de l'Eglise porte des lois pour toute la chrétienté dans cette même ville, d'où les Césars impériaux avaient promulgué, contre le christianisme, leurs édits sanguinaires.
Pendant le cinquième et le sixième siècle, les Goths, les Vandales, les Huns, les Yisigolhs, les Lombards et d'autres tribus barbares descendent du Nord, et se précipitent comme un torrent de dévastation sur l'Europe méridionale. Ils démembrent l'empire romain et font presque
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disparaître les dernières traces de la vieille civilisation. Ils pillaient les villes, rasaient les églises laissant après eux la ruine et la désolation, conquérants d'un jour ils sont cependant domptés à leur tour, et se soumettent au joug suave de l'Evangile. Ainsi se vérifie l'assertion de l'incrédule Gibbon : « Les progrés du christianisme ont été marqués par deux glorieuses et décisives victoires ; l'une sur les citoyens voluptueux et instruits de l'empire romain, l'autre sur les guerriers barbares de la Scythie et de l'Allemagne, qui renversèrent l'empire et embrassèrent eux-mêmes la religion des Romains \ »
Le mahométisme prit naissance au septième siècle en Arabie et fit de rapides conquêtes en Asie. Au quinzième siècle, Conslantinople fut prise par les sectateurs du faux prophète, qui essayèrent même de soumettre toute l'Europe à leur puissance. Sur les pressantes instances du Pape, le royaume d'Espagne et la république de Venise formèrent une ligue défensive contre les Turcs, qui reçurent une sanglante défaite à la bataille de Lépanle, en 1571. Et si la croix a pris la place du croissant, si elle domine aujourd'hui toutes les villes d'Europe, nous devons cette précieuse bénédiction à la vigilance des Pontifes Romains.
Un autre adversaire, plus formidable et plus dangereux que ceux que je viens de mentionner, essaya de renverser l'Eglise au quatrième et au cinquième siècle. Je parle de la grande hérésie d'Arius suivie de celles de Nestorius et d'Eutychés.
L'arianisme, peu après sa naissance, se répandit rapidement en Europe, dans le Nord de l'Afrique et dans certaines parties de l'Asie. Il fut accueilli par une immense multitude, et fleurit pour un temps grâce aux soins et à la protection de plusieurs empereurs romains qui se succé-
Décadence et chute de VEmpive romain, XXXVII, p. 450.
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dérent sans interruption. Les évêques catholiques furent bannis de leurs sièges, des intrus ariens prirent leur place. L'Eglise, qui avait échappé àl'épée du paganisme, sembla pour un temps infectée du poison de l'arianisme. Mais après une courte carrière de prospérité, cette gigantesque secte fut affaiblie par des divisions intestines, et finalement elle fut chassée par d'autres erreurs qui lui succédèrent.
Vous connaissez depuis longtemps la grande révolution religieuse du seizième siècle, qui se répandit comme un torrent dans l'Europe du Nord et essaya, s'il était possible, d'engloutir la barque de Pierre. Plus delà moitié del'Allemagnea suivie le nouvel évangile deMartin Luther. La Suisse s'est soumise aux doctrines de Zwingle. L'influence de S071 roi Gustave Vasa a fait perdre la foi à la Suède. Le Danemark a cru au nouveau Crerfo, grâce aux intrigues du roi Ghislian IL Les catholiques ont été à leur tour chassés de Norwège, d'Angleterre et d'Ecosse. Le calvinisme au seizième siècle, le vollairianisme au dixhuitième siècle, ont gagné tant de terrain en France, que la foi de cette glorieuse nation catholique a deux fois frémi dans la balance. Seule de toutes les nations de l'Europe du Nord, l'Jrlande est restée fidèle à l'antique église.
Considérons le champ de bataille maintenant que le bruit et la fumée se sont dissipés. Examinons la condition de la vieille église après qu'elle est passée par ces mortels conflits, nous la voyons aujourd'hui numériquement plus forte qu'à aucune époque de son histoire antérieure. Les pertes qu'elle a subies dans le vieux monde sont plus que compensées par ses acquisitions dans le nouveau. Elle a déjà recouvré une bonne portion du terrain qu'on lui a ravi au seizième siècle. Elle compte plus de deux cent trente-six millions d'adhérents. Elle n'existe pas aujourd'hui à l'état d'institution stérile, mais dans toute l'intégrité et la plénitude de sa vie, avec son organisation
intacte, plus unie, plus compacte et plus vigoureuse que jamais.
Ce que l'on appelle la réforme du seizième siècle a plusieurs points de ressemblance avec l'hérésie d'Arius. Les deux schismes ont été préparés par des prêtres impatients du joug de l'Evangile, désireux de nouveautés, sensibles à l'ambition et à la vaine gloire. Tous les deux furent nourris et secondés par les princes régnants et eurent un nombre prodigieux de prosélytes. Tous les deux, pour un temps, se sont répandus avec la force irrésistible d'un ouragan infernal, jusqu'à ce que sa fureur fût passée. Les deux hérésies se sont dans la suilefractionnées en différents corps. L'extinclion du protestantisme compléterait le parallèle.
Pour cette conjoncture voici une remarque dedeMaistre bien digne d'attention : « Si le protestantisme porte toujours le même nom, quoique sa foi ait immensément varié, c'est que son nom étant purement négatif et ne signifiant qu'une renonciation au catholicisme, moins il croira, et plus il protestera, plus il sera lui-même. Son nom devenant donc tous les jours plus vrai, il doit subsister jusqu'au moment où il périra, comme l'ulcère périt avec le dernier atonie de chair vivante qu'il a dévoré 1 » — De Maistre : Du Pape, liv. IV, chap. iv.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Comme ces deux révolutions sont le fruit de la rébellion, qu'elles ont été marquées parla même vigoureuse jeunesse, par la même virilité précoce, par le même déclin prématuré, par le même démembrement des parties, nous ne sommes pas téméraires en prédisant que la dissolution qui a depuis longtemps anéanti la première, doit tôt ou tard détruire la seconde. Pour l'Eglise catholique, parce qu'elle est l'œuvre de Dieu, elle « renouvelle toujours sa jeunesse comme l'aigle. »
Je m'adresse maintenant à tous les ennemis de l'Eglise
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catholique, et à ceux qui méditent sa destruction: comment pouvez-vous espérer de renverser une institution qui, depuis plus de dix-huit siècles, a successivement résisté à tous les assauts combinés du monde, des hommes et du prince des ténèbres? Quels moyens emploierez-vouspour en opérer la ruine?
I. Sera-ce le pouvoir des rois, des empereurs, des premiers ministres? Ils ont en vain essayé de la détruire, depuis le temps des Césars jusqu'au chancelier actuel de l'Allemagne.
Beaucoup de personnes sont sous l'impression erronée que les têtes couronnées d'Europe ont été les invariables soutiens de l'Eglise et que, si leur protection cessait, elle disparaîtrait bientôt. L'Eglise, loin de s'appuyer sur des trônes terrestres, a compté parmi ses ennemis redoutables, à quelques honorables exceptions près, les princes chrétiens, ainsi appelés parce qu'ils étaient, de nom, enfants de l'Eglise. Ils s'irritaient contre sa discipline salutaire ; ils brûlaient de secouer son joug, parce que, seule, dans les temps d'oppression, elle avait le pouvoir et le courage de réclamer les droits du peuple, et de s'opposer, comme un mur d'airain, aux empiétements de ses dominateurs. Avec une calme confiance, nous pouvons leur dire avec le Psalmiste : « Pourquoi les nations ontelles frémi? Pourquoi les peuples ont-ils médité de vains projets? Les rois de la terre se sont levés, les princes se sont réunis contre le Seigneur et contre son Christ. Brisons leurs liens et rejetons au loin leur joug ^ »
« Celui qui habite dans les cieux les tournera en dérision -. »
II. Est-ce que les immenses ressources et le pouvoir organisé des corps religieux rivaux ne parviendront pas à absorber l'Eglise et à anéantir son action? Je n'ai garde
PsaL, II, 1-4.
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de mépriser ce pouvoir. Pour toute force purement humaine, il serait irrésistible. Mais si la force colossale et la puissance incomparable de l'empire romain n'a pas empêché l'établissement de l'Eglise; si l'Arianisme, le Nestorianisme et l'Eutychianisme n'ont pu ralentir son développement, comment l'organisation moderne peutelle arrêter ses progrès, maintenant qu'elle est dans la plénitude de sa force?
Il est plus facile de conserver ce qui a été créé que de créer à nouveau.
III. Mais, nous a-t-on dit : « Enlevez au Pape son pouvoir temporel, et l'Eglise est destinée à périr. Voilà le secret de sa force : Dépouillez-le, et comme Samson une fois ses cheveux coupés, il montrera la faiblesse d'un pauvre mortel. Alors cette brillante lumière pâlira, elle disparaîtra sous l'horizon pour ne plus se lever. »
Pendant plus de sept siècles après l'établissement de l'Eglise, les Papes n'eurent de juridiction suprême sur aucun territoire. Comment aurait-elle pu vivre pendant ce temps si le pouvoir temporel avait été essentiel à sa perpétuité? Et même, pendant ces sept dernières années, le Pape a été privé de tousses biens. Cependant cette perte n'a imprimé aucune ride sur le front magnifique de l'Eglise, ni retardé d'un pouce sa marche en avant.
IV. Est-elle incapable de lutter avec les inventions modernes et aveclesprogrèsmatériels du dix-neuvième siècle? On nous le dit souvent, mais loin de cacher notre tête, comme l'autruche dans le sable, à l'approche de ces inventions, nous les saluons comme les messagères de Dieu, et nous nous en servons comme d'instruments providentiels pour propager au loin la foi.
Si nous avons si bien réussi, quand nous n'avions pour vaisseaux que de frêles barques, pour boussole que nos yeux ; quand nous n'avions pas de routes mais des neiges éternelles, des forêts vierges et des déserts sans sentier:
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quand nous n'avions d'autres guides que la foi, l'espérance et Dieu ; — si, dis-je, nous avons alors si bien réussi à porter l'Evangile jusqu'aux conflns de la terre, combien mieux réussirons-nous maintenant avec l'aide du télégraphe, des vaisseaux et des chemins de fer?
Oui, hommes de génie, nous bénissons vos inventions, nous vous bénissons découvertes modernes ; nous vous emploierons au service de l'Eglise et nous vous dirons : « Eclairs et nuages, bénissez le Seigneur ; œuvres du Seigneur, bénissez-le, louez-le, exaltez-le au-dessus de toutes choses à jamais \ »
L'utilité des inventions modernes pour l'Eglise a paru dernièrement d'une manière éclatante. Le Pape avait convoqué un concile de tous les évoques du monde. Sans le secours des vaisseaux, il leur eût été impossible de se réunir : grâce à eux, ils ont pu s'y rencontrer de toutes les parties du monde.
V. Mais la lumière de l'Eglise ne doit-elle pas pâlir et s'éteindre devant le flambeau du dix-neuvième siècle? N'a-t-elle pas à craindre de la littérature, des arts et des sciences ? Elle a toujours été la mère et la patronne de la littérature, des arts et des sciences. Elle a fondé et doté naguère toutes les grandes universités d'Europe.
Sans mentionner celles du continent, dont une simple énumération couvrirait un grand espace, je puis faire allusion aux universités d'Oxford et de Cambridge, les deux plus fameux centres de la science en Angleterre, elles furent établies sous les auspices de l'Eglise catholique, pendant les siècles qui ont précédé la Réforme.
L'Eglise a aussi fondé trois ou quatre universités qui existent maintenant en Ecosse, par exemple, celle de Saint- André, en 1411 ; de Glascow, en 1450; d'Aberdeen, en
Sans elle nous serions aujourd'hui privés des trésors
^ Daniel, UI.
inestimables de la littérature ancienne ; car, en sauvant de la destruction les langues de la Grèce et de Rome, elle a tiré de l'oubli les écrivains de ces contrées. Hallam fait observer, avec vérité, que sans les travaux intelligents des moines du moyen âge, notre savoir dans l'histoire ancienne de la Grèce et de Rome serait aussi vague aujourd'hui que nos connaissances concernant les Pyramides d'Egypte.
Et pour les ouvrages d'art, il y a plus de monuments précieux renfermés dans le seul musée du Vatican, qu'on n'en trouve dans toute notre contrée. Les artistes sont obli-' gés d'aller à Rome pour étudier les meilleurs modèles. Nos églises ne sont pas seulement des temples du vrai Dieu, elles renferment aussi la collection de l'art sacré.
VI. Est-ce la liberté qui tuera l'Eglise? Elle respire librement là seulement où l'on trouve la vraie liberté. Elle est toujours gênée dans ses opérations partout où le despotisme projette son ombre obscure. Nulle part elle ne jouit d'une plus grande indépendance qu'ici. A l'heure présente, elle est très vigoureuse et très prospère.
Les enfants de l'Eglise ne craignent rien quoi qu'il puisse leur advenir. Jésus-Christ est avec elle, et avec son assistance, elle ne peut sombrer. César, en croisant l'Adriatique, disait au pilote troublé : Quid Urnes? Cœsarem vehis. Ce que César disait en présomptueux, Jésus- Christ l'a dit en vérité : Que craignez-vous? Le Christ est dans la barque. N'avons-nous pas la certitude que le soleil se lèvera aujourd'hui, demain et toujours jusqu'à la fin du monde ? Pourquoi ? Parce que Dieu l'a ainsi ordonné quand il l'a fixé dans les cieux, et parce que depuis le commencement il n'a jamais cessé de fournir sa course. Jésus-Christ n'a-t-il pas promis que l'Eglise illuminerait toujours le monde? N'a-t-il pas largement rempli la promesse faite à l'Eglise? N'a-t-ellepas parcouru sa carrière sans faillir au milieu de la tempête et des éclairs? Les succès du passé sont le plus sur garant de l'avenir.
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Au milieu du changement continuel des institutions humaines, seule elle demeure immuable. Au milieu des ruines universelles des monuments terrestres, elle est le seul édifice qui s'élève bien haut avec orgueil. Aucune pierre de cet édifice ne tombe à terre. Au milieu des destructions des royaumes, le sien n'est jamais anéanti. Toujours ancienne et toujours nouvelle, le temps n'imprime jamais de ride sur son front divin.
L'Eglise a vu naître tous les gouvernements d'Europe ; il n'est pas invraisemblable qu'elle soit témoin de leur mort et chante leur requiem. Elle avait plus de quatorze cents ans lorsque Christophe Colomb découvrit l'Amérique, et pour elle la fondation de notre république date d'hier.
Elle considérait avec calme les Goths et les Visigoths, les Huns et les Saxons se répandant comme un torrent en Europe, renversant les dynasties. Elle a vu les monarchies changées en républiques, et les républiques transformées en empires, elle a vu tout cela, dis-je, et sa constitution est restée toujours la même. Nous pouvons en vérité lui appliquer les paroles duPsalmiste^ : « Ils périront et vous resterez, ils vieilliront tous comme un vêtement qui s'use. Vous les changerez comme un habit dont on se couvre, et ils seront en effet changés. Vous demeurerez toujours la même, vos années ne s'affaibliront pas. Les enfants de vos serviteurs vivront et leur race sera toujours dirigée par vous dans les siècles des siècles. »
Aux plus beaux jours de leur république, les Romains disaient avec orgueil : « Je suis citoyen de Rome, » c'était leur plus beau titre. Ils étaient fiers de la république, parce qu'elle était vénérable à leurs yeux, puissante par le nombre de ses citoyens, et illustre par la sagesse de ses hommes d'Etat. Quel plus grand sujet de gloire que d'être citoyen
1 Psal., CI, 27, 29.
de la République de l'Eglise, de cette République qui a duré pendant dix-neuf siècles et qui subsistera jusqu'à la fin des temps ; qui compte par millions ses enfants de tous les climats ; qui compte aussi par millions ses béros et ses martyrs; qui nous fait entrer dans la société des prophètes et des saints : « Vous n'êtes plus des étrangers ni des inconnus, mais vous êtes les concitoyens des saints et des serviteurs de Dieu, vous, édifiés sur le fondement des apôtres, unis ainsi à Jésus-Christ qui est la pierre fondamentale ^ » 11 faut parfois sur la terre, se séparer de ses parents et de ses proches, mais on n'est jamais réduite vivre loin de l'Eglise. Toujours elle est avec nous pour nous soutenir. Elle nous répète ce que son divin Epoux disait aux apôtres: « Considérez que je suis avec vous jusqu'à la fin du monde ^ »
1 Eph., II, 19, 20.
2 s. Maltb., XXVIII, 20.