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CHAPITRE XXVI

INSTITUTION DIVINE DU SACHEMKNT DE PENITENCE. — LE POUVOIR DE REMETTRE LES PÉCHÉS DONNÉ PAR JÉSUS-CHRIST A SON ÉGLISE. — NÉCESSITÉ ET AVANTAGES DE LA CONFESSION.

Toute l'histoire de Jésus-Christ est marquée au coin de la miséricorde et de la compassion pour l'humanité souffrante. Depuis son incarnation jusqu'à sa mort, toutes les pensées, toutes les paroles et tous les actes de sa vie divine n'ont eu qu'un but, le soulagement de tous les maux et de toutes les misères des hommes déchus.

Aussitôt qu'il entre dans sa vie publique, il va faisant du bien aux hommes. Il rend la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la force et la vigueur aux paralytiques; il verse le baume des consolations sur les cœurs ulcérés et rend les morts à la vie.

Mais pendant que Jésus-Christ s'occupait à soulager les infirmités humaines, le principal objet de sa mission était de délier les âmes des liens du péché. Le seul nom de Jésus nous révèle cette vérité importante : « Vous l'appellerez

Jésus, dit l'ange, car il sauvera son peuple de leurs péchés \ »

Si Jésus se fût contenté de cicatriser les plaies du corps, sans s'occuper de celles de l'âme, il eût mérité sans doute d'être appelé notre médecin, mais on n'aurait jamais pu lui appliquer les titres autrement chers de Sauveur et de Rédempteur. Puisque le péché est le plus grand mal de l'homme et que Jésus est venu pour éloigner de nous les plus grands maux, il s'est présenté surtout au monde comme le grand pénitent chargé d'expier le péché. Madeleine semble en avoir eu conscience : elle se jette à ses pieds, elle les arrose de ses larmes, elle les essuie avec ses cheveux tandis que Jésus prononce sur elle une sentence fortifiante d'absolution. Tous les démons ont reconnu en Jésus l'ennemi du péché, car ils tremblaient à son approche, reconnaissant, pour l'avoir éprouvé, qu'il les chasserait du corps des hommes.

Toutefois, Notre-Seigneur n'a guéri les corps qu'afin d'arriver plus sûrement à guérir les âmes. Quand il porte remède aux maladies du corps, il se propose toujours de gagner la confiance des spectateurs, et de les forcer à le reconnaître pour le médecin des âmes. C'est ainsi qu'il dit au paralytique : « Vos péchés sont pardonnes ^ » Les scribes, d'un commun accord, s'élèvent contre notre Sauveur, parce qu'il s'est arrogé le pouvoir de pardonner les péchés. 11 répond en substance: « Si vous n'ajoutez pas foi à mes paroles, ajoutez foi à mes œuvres» et aussitôt il délivre cet homme de sa maladie. Après avoir rendu à la santé cet homme qui languissait depuis trente-huit ans, il lui fit tout bas cette aimable leçon: « Ne péchez plus, de peur qu'il ne vous advienne quelque chose de pire^ î>

* s. Matth., I, 21.

2 s. xMattli., IX, 2.

3 S. Jean, V, 14.

Autant la substance spirituelle de notre an l'emporte en dignité sur la chair qui nous enveloppe, i tant notre Sauveur tient dans un plus haut degré d'estime la résurrection de l'âme et sasortie du tombeau du péché, si on les compare à la résurrection du corps, à sa sortie du tombeau de la mort. Voilà pourquoi saint Augustin fait remarquer très judicieusement que, pour trois résurrections de corps relatées dans l'Evangile, on y trouve des milliers d'âmes rendues à la vie de la grâce par notre Sauveur.

Puisque l'Eglise a été établie par Jésus-Christ pour perpétuer l'œuvre que ce divin Sauveur avait commencée, il en résulte que la réconciliation des pécheurs avec Dieu a dû être l'office principal de l'Eglise.

Une question importante se présente ici :

Gomment l'homme allait-il obtenir le pardon dans l'Eglise, après l'Ascension de Notre-Seigneur? Jésus- Christ devrait-il apparaître en personne à toute âme pécheresse et dire à chaque pénitent, comme il le fit pour Madeleine : a Vos péchés vous sont pardonnes, » ou avait-il dessein de déléguer ce pouvoir à des ministres établis pour cette fin? Nous savons certainement que notre Sauveur n'a jamais promis de se présenter visiblement à chaque pécheur, et qu'il ne l'a jamais fait. Il s'est donc proposé d'établir des ministres de réconciliation pour agir en son nom. Telle a toujours été, en effet, la conduite du Dieu Très-Haut et dans la loi nouvelle et dans l'ancienne, de confier à des intermédiaires humains le pouvoir d'exécuter ses desseins de miséricorde.

Quand Jéhovah eut la pensée de délivrer les enfants d'Israël de la captivité d'Egypte, il établit Moïse comme leur libérateur. Quand Dieu voulut les soustraire à la poursuite et à la fureur de Pharaon, à travers les eaux delà mer Rouge, intervint-il directement? Non; mais sur l'ordre de Dieu, Moïse étendit sa main sur les eaux, et à l'instant elles furent divisées.

Quand le peuple mourait de soif dans le désert, Dieu vint-il visiblement à son secours? Non ; mais Moïse frappa le rocher d'où les eaux s'échappèrent à l'instant. Quand Paul allait à Damas, respirant- la vengeance contre les chrétiens, notre Sauveur lui rendit-il personnellement la vue? Achevant sa conversion, lebaptisa-t-il?Non; il envoya Paul à Ananias, son serviteur, pour que celui-ci lui ouvrît les yeux et le baptisât.

Le même apôtre nous décrit magnifiquement, dans une épitre aux Corinthiens, le dessein de la divine Providence dans la réconciliation des pécheurs : « Dieu, dit-il, nous a réconciliés avec lui par Jésus-Christ, et il nous adonné le ministère de la réconciliation...; nous sommes les ambassadeurs de Jésus-Christ, comme si Dieu exhortait par nous ^ » Ce qui revient à dire, Dieu envoie Jésus-Christ pour réconcilier les pécheurs ; Jésus-Christ, à son tour, nous envoie, et nous sommes ses ambassadeurs réconciliant les pécheurs en son nom.

Quand je songe à ce pouvoir redoutable qui est en nous, je félicite les membres de l'Eglise pour le bienfait qui leur est conféré. Je tremble pour moi-même et pour les ministres mes confrères, car notre responsabilité est terrible, tandis que nous n'avons rien dont nous puissions nous glorifier. Jésus-Christ est le trésor; nous ne sommes que des bêtes de somme qui le portons : « Ce trésor est renfermé dans des vases de terre. » Jésus-Christ est le pasteur ; nous ne sommes que le chalumeau dont il se sert pour appeler son troupeau. Les paroles que nous prononçons au confessionnal ne sont que le faible écho de la voix de l'Esprit de Dieu, qui purifia les apôtres dans le cénacle de Jérusalem.

L'Evangile nous fournit-il des preuves pour démontrer que notre Sauveur a conféré aux apôtres et à leurs successeurs, le pouvoir de pardonner les péchés? Nous avons des

1 II Corint., V, 18, 20.

témoignages positifs, et les paroles de notre Sauveur conférant ce pouvoir sont exprimées dans le langage le plus clair, dans un langage qui n'admet pas d'interprétation erronée. Dans l'Evangile de saint iMatthieu, notre Sauveur s'adresse en ces termes à Pierre : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise... Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre le sera également dans les cieux \ »

Dans une autre circonstance, il se sert du même langage énergique envers tous les apôtres : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera aussi délié dans le cieP.» L'âme est enchaînée par le péché. Je vous donne le pouvoir, dit Notre-Seigneur, de rompre les liens de fer qui enchaînent l'âme pénitente, et de la rendre à la liberté des enfants de Dieu.

Dans l'Evangile de saint Jean, nous avons une confirmation bien plus frappante encore du pouvoir d'absoudre accordé par notre Sauveur à ses apôtres. Jésus, après sa résurrection, tient ce langage à ses disciples : « La paix soit avec vous. Gomme mon Père m'a envoyé, je vous envoie... Recevez le Saint-Esprit: les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ^ »

Cette paix que je vous donne vous la communiquerez aux âmes repentantes, comme un gage de leur réconciliation avec Dieu. Le pouvoir d'absoudre que mon Père m'a donné, je vous le confère. Recevez le Saint-Esprit, afin que vous puissiez le transmettre aux âmes possédées par l'esprit du mal. « Quand leurs péchés seraient aussi rouges

1 s. Matth., XVI, 18, 19.

2 s. Matth., XVm. 18.

3 s. Jean. XX, 21,23.

que récarlate, ils deviendront aussi blancs que la laine. Quand ils seraient aussi nombreux que les sables du rivage de la mer, ils seront effacés, pourvu qu'ils viennent avec un cœur contrit. La sentence de miséricorde que vous aurez fait entendre sur la terre, je la ratifierai dans le ciel.» De ces paroles de saint Jean, je tire trois conclusions importantes :

Il résulte, premièrement, que le pouvoir de pardonner n'était pas limité aux apôtres, mais qu'il s'étendait à leurs successeurs dans le ministère, dans tous les temps et dans tous les lieux. Le pardon du péché devait durer aussi longtemps que le péché dans le monde; et comme le péchéjhélasi sera toujours dans lemonde,il y aura toujours aussi dans l'Eglise un remède pour le péché. Le remède existera parallèlement avec la maladie. Le pouvoir que Notre-Seigneur a donné aux apôtres de prêcher, de baptiser, de confirmer, d'ordonner, etc., etc.... a été transmis par eux à leurs successeurs. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour le pouvoir de pardonner les péchés, puisque avant tout l'homme a besoin d'être réconcilié avec Dieu par le pardon de ses offenses?

Il en résulte secondement, que le pardon des péchés devait ordinairement être obtenu par le seul ministère des apôtres et de leurs successeurs, comme aussi c'était par eux que le peuple devait recevoir la parole de Dieu et la grâce du baptême. Le pouvoir de pardonner était une grande prérogative conférée aux apôtres . Mais quelle espèce de prérogative y verrions-nous, si le peuple pouvait obtenir le pardon de ses péchés en se confessant secrètement à Dieu dans sa chambre? Il serait bien petit le nombre de ceux qui auraient eu recours aux apôtres, s'ils avaient pu obtenir le pardon à des conditions plus faciles. Dieu dit aux ministres qu'il s'est choisis : « Je vous donne les clefs de mon royaume, afin que vous puissiez distribuer les trésors de miséricorde aux pécheurs repentants. » Mais

de quelle utilité aurait-il été de donner aux apôtres les trésors de Dieu, pour payer la rançon des pécheurs, si tout pécheur avait pu l'obtenir sans avoir recours aux apôtres? Si je vous donnais, cher lecteur, la clef de ma maison, vous autorisant à admettre qui vous voudriez, à prendre part aux bonnes choses qu'elle peut contenir, vous concluriez que je vous aurais fait une bien petite faveur, si vous découvriez que tout le monde possède une clef privée et peut entrer quand il lui plaît, sans vous consulter.

J'ai dit que le pardon des péchés devait ordinairement être obtenu par le ministère des apôtres et de leurs successeurs, car il peut souvent arriver qu'on soit dans l'impossibilité de recourir au ministre de Dieu. Le Seigneur miséricordieux ne demandera, dans cette circonstance, qu'une vraie douleur du péché jointe au désir de recourir, aussitôt que faire se pourra, au tribunal de la Pénitence ; car les lois de Dieu n'obligent que ceux qui sont capables de les exécuter.

Il résulte, en troisième lieu, que le pouvoir de pardonner les péchés dans le ministre de Dieu renferme, pour le pécheur, Tobligation de les confesser.

Le prêtre n'a pas le pouvoir de donner l'absolution à tout le monde indistinctement. Il doit exercer ce pouvoir avec mesure et discrétion. Il est tenu de rejeter Timpénitent et d'absoudre le vrai pénitent. Mais comment jugera-t-il les dispositions du pécheur, sans connaître ses péchés? Gomment le prêtre les connaîtra-t-il à moins qu'on ne les lui confesse? Nous ne sommes donc pas surpris de lire au livre des Actes : « qu'un grand nombre de ceux qui croyaient, venaient confesser et déclarer leurs péchés *, » aux apôtres. Pourquoi auraient-ils accusé leurs péchés s'ils n'y avaient pas été obligés? Voilà pourquoi nous comprenons ces paroles de saint Jean : « Si nous confessons nos péchés. Dieu est juste et fidèle pour nous les pardon-

1 Actes, XIX, 18.

ner, et pour nous purifier de toutes nos iniquités \ » La force de ces textes nous paraîtra bien plus concluante encore quand on nous dira que tous les Pères de l'Eglise, du premier au dernier, insistent sur la nécessité de la confession sacramentelle comme étant d'institution divine. Nous entendons souvent dire, par ceux qui sont peu initiés à la doctrine et à rhistoirederEglise,queraccusation sacramentelle des péchés n'a été introduite dans TEglise que douze cents ans après la venue de notre Sauveur. Pour appuyer leurs assertions mensongères, ils nous donnent des passages tirés de saint Basile, de saint Ambroise, de saint Augustin, de saint Jérôme et de saint Ghrysostome. Ces citations sont complètement étrangères au sujet ; en lisant le contexte on trouve qu^elles tendent à prouver au lieu d'infirmer la doctrine catholique sur la confession. D'après un de ces extraits, il nous est facile de nous faire une idée des sentiments de tous les Pères sur la confession, ab uno disce omnes.

Saint Basile écrit: « Dans la confession des péchés, il faut suivre la même règle que l'on emploie pour guérir les infirmités corporelles ; car de même qu'on ne montre pas indifi'éremment celles-ci à tout le monde, mais à ceux-là seulement qui savent comment on peut les guérir, de même aussi la confession des péchés doit être faite à ceux qui ont le pouvoir d'appliquer le remède ^ » Un peu plus bas, il nous dit à tous : « Nécessairement nous devons confesser nos péchés à tous ceux à qui a été confiée la dispensation des mystères de Dieu. C'est ainsi, voyons-nous, qu'ont agi tous ceux qui ont fait pénitence, surtout les saints. Nous lisons en effet aux livres des Actes qu'ils se confessaient aux apôtres qui les avaient baptisés ^ . »

1 1 s. Jean, I, 9.

2 In Reg. Brev. qiiœst., CCKXIX, t. U, p. 492.

3 Ibid., CGLXXXVm, p. 516.

Nous tirons naturellement deux conclusions de ces différents passages de saint Basile : l'' la nécessité de la confession ; 2° l'obligation de déclarer nos péchés aux prêtres qui, dans la loi ancienne, avaient « reçu la dispensation des mystères de Dieu. »

L'évêque de Milan écrit : « Le poison c'est le péché ; le remède, l'accusation de son crime ; le poison c'est l'iniquité, la confession c'est le remède contre la rechute. Et de la sorte c'est vraiment un remède contre le poison si vous déclarez vos iniquités, dans le désir d'être justifiés. Mais êtes-vous arrêtés par une mauvaise honte ? Cette honte vous servira bien peu au jugement de Dieu \ »

'Le passage suivant montre clairement que la grande Lumière de Milan parle aux prêtres de la confession : « Il en est, continue saint Ambroise, qui demandent pour pénitence qu'on les admette sur-le-champ à la communion. Ils ne désirent pas moins être délivrés que d'enchaîner le prêtre ; car ils ne déchargeront pas leur conscience, mais ils souilleront celle du ministre qui a reçu l'ordre de ne pas donner les choses saintes aux chiens, ce qui revient à dire de ne pas admettre facilement les âmes coupables à la sainte communion ^ »

Paulinus, secrétaire de saint Ambroise, dans sa vie du grand évêque, rapporte qu'il avait coutume de pleurer sur les pénitents dont il entendait la confession.

Saint Augustin écrit : « Notre Dieu miséricordieux nous ordonne de nous confesser dans ce monde, afin que nous ne soyons pas confondus en l'autre \ » Et encore « Que personne ne se dise, je fais pénitence devant Dieu en particulier. Est-ce donc en vain que Jésus-Christ a dit : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera

^ Voyez la Foi des Catholiques, vol. Hl, p. 74 et suivantes.

2 Apud Wiseman, Doclrine de l'Eglise.

3 Horm., XX.

LE SACREMENT DE PENITENCE. 3ol

« délié dans le ciel ? » Est-ce donc en vain que les clefs ontété données à l'Eglise ? Rendrons-nous vain l'Evangile? vaines les paroles de Jésus-Christ ^ ? »

Dans ce passage, comme le grand docteur réfute à propos les sophismes de ceux qui, de nos jours, affirment qu'il suffit de se confesser à Dieu I

Saint Ghrysostome, dans sa trentième homélie, dit : « Nous touchons enfin au terme de la sainte quarantaine ; nous devons donc maintenant entrer résolument dans la carrière du jeûne... et faire une entière et très exacte confession de nos péchés... afin qu'en arrivant avec ces bonnes œuvres au jour de Pâques, nous puissions goûter le don du Seigneur... Car comme notre ennemi sait qu'après avoir confessé nos péchés, et montré nos blessures au médecin nous sommes assurés d'une guérison pleine et efficace, il s'oppose d'une manière spéciale à notre changement de vie.

Et dans un autre endroit : « Ne vous confessez pas seulement à moi de vos fornications, ni de ces péchés qui sont connus des hommes, mais apportez aussi vos mauvais discours et toutes autres fautes semblables ^ » Le grand docteur suppose toujours une confession détaillée de nos péchés faite, non seulement à Dieu, mais à ses ministres comme tout le contexte le prouve.

Le môme Père, dans un éloquent traité sur le pouvoir des ministres sacrés, emploie les paroles suivantes : « Aux prêtres est donné un pouvoir que Dieu n'accordait pas aux anges et aux archanges ; d'autant plus que ce que le prêtre fait ici-bas. Dieu le ratifie dans le ciel, et que le Maître confirme la sentence de son serviteur. Car il dit : les péchés que vous aurez retenus, le seront réellement. »

^ Sermon GCGXGII.

2 Tome VII, Comm. in Malth.

3o2 LA FOI DE NOS PERES.

Je VOUS le demande, quel pouvoir peut être plus excellent que celui-là? Le Père a donné toute autoritéàson Fils, et je vois que cette même autorité est communiquée par Dieu le Fils à ceux qui sont honorés du sacerdoce.

« Au prêtre juif seul a été donné de purifier la lèpre du corps, ou plutôt de déclarer qu'elle est guérie. Mais à nos prêtres a été accordé non plus seulement le pouvoir de distinguer entre la lèpre et la lèpre du corps, mais de purifier absolument les souillures de l'âme \ »

Et encore : « Si un pécheur, comme cela lui convient, mettait à profit la lumière ou le témoignage de sa conscience, s'il se hâtait de confesser ses crimes, et de découvrir ses plaies au médecin qui veut les guérir et non lui faire des reproches, s'il allait chercher auprès de lui le remède, s'il lui parlait seul à seul, à l'insu de tout autre et s'il avait soin d'épancher devant lui toute son âme, il amenderait facilement ses fautes ; car la confession des péchés c'est Vabsolution des crimes -. »

Saint Jérôme écrit : « Si le serpent, le démon, blesse secrètement un homme, et l'infecte par là du poison du péché, que cet homme garde le silence, qu'il ne fasse pas pénitence, qu'il ne veuille pas faire connaître sa blessure à celui qui est tout à la fois son frère et son maître ; celui-ci qui par la parole pourrait leguérir,est alors réduit à l'impuissance d'agir. Car si cet homme qui soufî're rougit d'ouvrir son mal au médecin, il n'a pas de guérison à attendre ; la médecine n'a pas de remède pour les maux qu'elle ne connaît pas \ » Il dit ailleurs : « Parmi nous, l'évêque ou le prêtre lie ou délie, non ceux qui sont simplement innocents ou coupables ; mais il doit préalablement entendre, comme son devoir l'exige, les différentes

1 Liber HI de Sacerdoiio»

2 Ibid., Hom. XX.

3 Comm. m Eooi.

qualités du péché /û œm^vend dilors ce qui doit être lié et ce qui doit être délié. »

La doctrine de l'Eglise concernant le pouvoir des prêtres et l'obligation de la confession, pouvait-elle être rendue dans un langage plus expressif?

Voilà pourtant les Pères qu'on nous oppose comme les adversaires de la confession sacramentelle I Méprisant dédaigneusement la voix unanime de l'antiquité, les novateurs ont la hardiesse d'affirmer que la confession privée ou sacramentelle a été introduite seulement après le douzième siècle. Mais ils n'ont nul souci de nous indiquer par quel pape, par quel évêque, par quel Père de l'Eglise, par quel concile et dans quelle contrée, une innovation aussi monstrueuse a pénétré dans la république chrétienne. Une institution, qui, s'il faut les en croire, a été grosse de malheurs pour le peuple chrétien, doit cependant avoir son origine indiquée avec la plus grande exactitude. Mais il est parfois prudent de ne pas préciser les dates.

Je vais montrer, j'en alla confiance, à la satisfaction du lecteur : l'' que la confession sacramentelle n'a pas été introduite; 2*^ qu'elle n'aurait pu être introduite dans l'Eglise depuis les apôtres, et par suite, qu'elle est d'origine apostolique.

Que la confession n'ait pns été inventée depuis les apôtres, cela ressort clairement de l'impossibilité où l'on est de fixer la date de son premier établissement. Retournons en arrière; remontons pas à pas du dix-neuvième siècle jusqu'au premier. Elle n'a pas été établie de nos jours, tout le monde l'admet.

La confession n'a pas surgi tout à coup au seizième siècle, puisque le concile général de Trente,célébré à cette époque, en parle comme d'une institution vénérable déjà ancienne.

Luther lui-même dit : « La confession auriculaire, telle qu'elle est maintenant en usage, est utile, bien plus elle est

nécessaire; » el il ajoute : « Je ne Taurafs pas abolie, parce qu'elle est un remède pour les consciences affligées. » Henri VIII à son tour, avant de fonder une nouvelle secte, a écrit un livrepour la défense des sacremenls,parmi lesquels se trouve la pénitence et par conséquent la confession.

Elle n'a pas été introduite au treizième siècle ; car, en 1215, le quatrième concile de Latran porta un décret obligeant les fidèles à confesser leurs pécbés au moins une fois l'an. Ce décret suppose donc que la confession était déjà un dogme établi en précepte.

Quelques protestants tombent dans une erreur assez commune, en donnant au décret du concile de Latran l'interprétation suivante : « La confession sacramentelle n'a jamais été requise dans l'Eglise avant le treizième siècle. » Le concile, au contraire, se contente de fixer une limite au delà de laquelle les fidèles ne peuvent pas différer leur confession.

Ces écrivains semblent incapables de distinguer entre une loi qui nous impose un devoir, et un décret déterminant simplement l'époque où nous devons le remplir. Ils pourraient au même titre supposer que le percepteur des impôts crée la loi même des contributions, quand il fait un billet pour exiger que l'impôt soit payé à telle époque déterminée.

Remontons au neuvième siècle, nous verrons que la confession n'a pas pu également prendre naissance à celte époque. C'est alors qu'éclata le schisme grec par la révolte de Photius. L'Eglise schismatique grecque est depuis lors restée séparée de l'Eglise catholique sans avoir de relations spirituelles avec elle. Et aujourd'hui l'Eglise grecque est aussi fortement que nous attachée à la confession privée ou auriculaire.

Pour les mêmes motifs, on ne saurait faire remonter Torigine de la confession au cinquième ou au quatrième siècle. Les Ariens se sont révoltés contre l'Eglise au qua-

LE SACREMENT DE PENITENCE. 3oo

trième siècle; les Nestoriens elles Eutychéens, au cinquième. Les deux dernières sectes existent encore très nombreuses en Perse, en Abyssinie, le long des côtes de Malabar ; elles retiennent cependant la confession comme une de leurs pratiques les plus sacrées et les plus chères.

Enfin aucune autorité humaine n'aurait jamais pu parvenir à établir la confession du premier au quatrième siècle; les enseignements de Notre-Seigneur et de ses apôtres avaient fait une trop vive impression pour être si facilement effacés. Les ennemis les plus acharnés de l'Eglise avouent qu'aucune tache, qu'aucune souillure, qu'aucune ride n'avait encore déformé son visage dans cet âge d'or de son existence.

Ces remarques suffisent pour nous convaincre que la confession sacramentelle n'a pas été établie depuis le temps des apôtres. Je vais maintenant essayer de vous prouver, pour votre satisfaction, qu'elle n'a pu être introduite dans l'Eglise depuis Vâge apostolique, la chose étant absolument impossible.

Il est deux manières dont nous pouvons supposer que l'erreur se glissera dans l'Eglise : ou subitement, ou par des progrès lents et successifs. Or il est absolument impossible que la confession ait été introduite par l'une ou l'autre de ces deux manières.

Ne serait-ce pas le comble de l'absurde de supposer que la confession a fait une irruption soudaine dans le monde chrétien? L'expérience nous montre, en effet, avec quelle lenteur, avec quelles difficultés les hommes se dépouillent de leurs impressions religieuses vraies ou fausses. S'il en est ainsi pour les particuliers, à combien plus forte raison ne doit-il pas paraître ridicule qu'une nation adopte, en un seul jour, un article de foi qu'elle n'avait pas reçu auparavant? Ainsi donc nous ne pouvons jias imaginer, sans faire violence au bon sens, que toute la population vraiment saine de l'Eglise se soit couchée un soir ignorant

3o6 LA FOI DE NOS PERES.

le sacrement de Pénitence, et qu'elle se soit éveillée le lendemain croyant fermement la confession auriculaire comme dogme et comme loi. Pouvons-nous supposer que les citoyens des Etats-Unis se sont endormis se croyant en république, pour se réveiller convaincus qu'ils sont sous les lois de la reine Victoria?

Il n'est pas moins absurde de dire que la pratique de la confession a été introduite successivement et par degrés. Pouvons-nous imaginer que les Pérès de l'Eglise, les Léon, les Grégoire, les Basile, les Ghrysostome, les Jérôme, les Augustin, ces pontifes, ces évéques, ces docteurs intrépides représentant le Très-Haut, qui dans tous les âges, au risque de souffrir la persécution, la mort et l'exil, se sont placés en vigilantes sentinelles sur les tours avancées d'Israël, pour défendre, les yeux toujours ouverts, les faubourgs de la cité de Dieu contre les plus légères attaques? — comment pouvons-nous croire, dis-je, qu'ils aient permis à l'ennemi de la vérité d'envahir le véritable sanctuaire du temple de Dieu? S'ils ont été si vigilants pour écarter les moindres erreurs, comment ont-ils pu se résigner à laisser une si monstrueuse plante, une plante exotique, se greffer, se développer sur l'arbre fertile de l'Eglise?

Ce qui double la force de cette observation, c'est de penser que la confession n'est pas seulement une doctrine théorique, mais une doctrine des plus pratiques, exerçant son influence sur nos actions quotidiennes, sur nos paroles et sur nos pensées; qu'elle est un sacrement auquel des milliers de chrétiens ont constamment recours dans toutes les parties du monde. C'est donc une doctrine dure à la chair et au sang, qu'aucun pouvoir humain, en eùt-il d'ailleurs la volonté, ne serait pas capable d'imposer aux hommes. C'est Dieu seul, en pareil cas, qui peut exiger rhommage de notre croyance et la détermination de notre volonté.

De quelque côté que nous envisagions la question, si

nous considérons les circonstances de temps, de lieu et les conditions de son institution, — la même inévitable conclusion s'impose à nous, c'est-à-dire : que la confession n'est pas d'invention humaine, mais l'institution même de Jésus-Christ. ^

La doctrine de l'absolution donnéepar le prêtre, et de la confession privée despéchés,n'estpas exclusivement propre à l'Eglise catholique, ni aux Eglises schismatiques orientales. Elle est également enseignée par une portion respectable et influente de l'Eglise protestante d'Angleterre.

Le révérend G.-S. Grueber, du clergé de l'Eglise d'Angleterre, a récemment publié un catéchisme où il établit le pouvoir d'absoudre accordé au ministre de Dieu, ainsi que les avantages et la nécessité de la confession.

Je vais citer les paroles telles qu'elles se trouvent dans le livre du révérend gentleman :

Question. — Qu'entendez-vous par absolution?

Réponse. — Le pardon ou la rémission du péché.

Q. — Comment le Christ a-t-il voulu que les péchés commis après le Baplônie fussent pardonnes ?

R. — Par le sacrement de l'absolution.

Q. — Qui en est le ministre ?

R. — Le prêtre.

Q. — Croyez-vous que le prêtre puisse réellement absoudre ?

R. — Oui, je le crois.

Q. — Dans quelle partie de l'Ecriture est-il dit que le Christ a donné ce pouvoir au sacerdoce ?

R. — Dans eaint Jean, xx,23. Voyez aussi saint Matthieu, xvni,18.

Q. — Que dit le livre de prières (Manuel de prières communes) ?

R. — Lorsque l'évoque fait l'ordination des prêtres, il est obligé de dire : « Recevez le Saint-Esprit pour l'office et le devoir de prêtre dans l'Eglise de Dieu. Les péchés que vous aurez pardonnes seront réellement pardonnes. » Dans le rituel prescrit pour la visite des malades, il est dit : « Notre-Seigneur Jésus-Christ a laissé, dans son Eglise, le pouvoir d'absoudre tous les pécheurs qui se repentent vraiment et croient en lui. » Dans Tordre suivi pour la prière du matin et du soir, nous lisons encore que : « le Dieu Très-Haut a

donné le pouvoir, et prescrit à ses ministres de déclarer et de prononcer sur son peuple pénitent l'absolution et la rémission de leurs fautes. »

Q. — Dans quel but le Christ a-t-il donné au prêtre le pouvoir de prononcer l'absolution en son nom ?

j{^ Pour la consolation du pénitent et pour la tranquillité de sa conscience.

Q, — Qu'est-ce qui doit précéder l'absolution du prêtre ?

R. — La confession... Avant que l'absolution ne soit donnée en particulier, il faut faire la confession en particulier au prêtre.

Q. — Dans quels cas l'Eglise d'Angleterre ordonne-t-elle à ses ministres de porter le peuple à la confession privée ; ou, en d'autres termes, à la confession auriculaire ?

/î. — Toutes les fois qu'ils sentent leur conscience troublée par une matière grave.

Q. — Qii'appelez-vous matière grave?

R. — Le péché mortel est certainement une matière grave. Les péchés d'omission et de commission de toutes sortes qui pèsent sur l'âme, le sont aussi. Peut être grave encore tout ce qui cause des doutes et des scrupules.

Q. — A quelle époque en particulier l'Eglise doit-elle prescrire la confession ?

H. — Dans le temps des maladies et avant d'aller d la sainte communion.

Q. — Ne recourt-on à la confession que pour chercher une absolution aux fautes passées, ou pour calmer la conscience du pénitent?

R. — La pratique de la confession pour chaque péché est encore un grand frein contre de nouveaux péchés, et elle conserve la pureté de la vie (1).

Q. — Y a-t-il une autre classe de personnes auxquelles la confession soit profitable ?

R. — Ouiy celles qui désirent mener iine sainte vie. Ce sont^ en effet, celles qui y ont le plus fréquent recours.

Nous trouvons donc ici l'institution divine de l'absolution du prêtre, la nécessité et les avantages de la confession sacramentelle complètement enseignés, non dans un traité spéculatif, mais dans un catéchisme pratique par un

* Voyez : Catéchisme sur l'Eglise, par le rév. G. -S. Grueber Ilnmbridge, diocèse de Bath et de Wells. Londres, Palmer, 1870.

membre éminent de l'Eglise anglicane : Enseignés par un ministre qui est rétribué sur les fonds de l'Eglise épiscopale protestante, qui prêche, qui exerce dans un édifice reconnu comme Eglise épiscopale protestante, et qui est en communion étroite avec un évéque de l'Eglise épiscopale d'Angleterre.

Et ces doctrines sont admises non par ce seul ministre éminent, mais par des centaines d'ecclésiastiques et par des milliers de membres épiscopaux d'Angleterre.

Quel étrange spectacle de voir la même Eglise enseigner des doctrines diamétralement opposées I Ce qui est orthodoxe dans les diocèses de Bath et de Wells, ne l'est décidément plus dans la GaroUne du Nord. Un décret que le révérend M. Grueber proclame de foi divine, est qualifié par le révérend évêque Atkinson ^ d'invention humaine. Ce que le docteur Grueber préconise comme une pratique très salutaire, le docteur Atkinson l'anathématise comme nuisible, préjudiciable à l'Eglise. La confession, qui, au jugement du premier, est un grand « frein contre le péché, » est stigmatisée par le dernier comme excitant à le commettre. « Voilà comment il est bon, comme il est agréable pour des frères de ne faire qu'un cœur et qu'une âme- 1 »

Supposez pour un moment qu'un vénérable évêque prolestant appartenant à l'Eglise épiscopale de la Caroline du Nord passe par l'Angleterre, et soit invité par le révérend M. Grueber à prêcher le matin dans son église, et que le Très révérend prélat choisisse pour sujet la confession; supposez ensuite que le révérend M. Grueber traite le soir, dans un discours, la doctrine qu'il a développée dans son catéchisme. — Imaginons qu'un de nos frères séparés, peu instruit, reste dans l'église de M. Grueber du matin jusqu'au soir, dans le dessein d'être éclairé sur l'enseignc-

* L'évêque épiscopal protestant de la Caroline du Nord. 2 Psaume CXXXII.

ment de l'Eglise protestante, ne sera-t-il pas dans la plus grande incertitude, en retournant le soir chez lui, pour former son jugement sur ce que l'Eglise protestante épiscopale a enseigné?

Quelques épiscopaux admettent volontiers que l'on peut recourir à la confession avec profit spirituel dans certains cas exceptionnels, par exemple, en temps de maladie. Ainsi, selon eux, la même pratique religieuse est utile à un malade et pernicieuse à celui qui est en santé. Je l'avoue, il m'est impossible de voir comment les circonstances de la santé corporelle peuvent modifier le caractère moral d'un acte religieux.

Qu'un ministre de l'Eglise anabaptiste et méthodiste nie le pouvoir d'absoudre dans le prêtre, je le comprends sans peine, puisque ces églises refusent à leur clergé, dans leurs professions de foi, toute prérogative. Mais ce que je ne puis concevoir, c'est qu'un protestant de l'Eglise épiscopale rejette le pouvoir de pardonner, pleinement affirmé dans le livre de prières qui leur sert d'étendard.

Toutes les fois qu'un évêque de l'Eglise épiscopale impose les mains aux ordinands, il emploie les paroles suivantes, que l'on trouve dans le livre de prières communes: « Recevez le Saint-Esprit pour l'office et l'œuvre du prêtre dans l'Eglise de Dieu, qui vous est communiqué maintenant par l'imposition de nos mains. Les péchés que vous aurez remis seront vraiment remis, et ceux que vous aurez retenus seront vraiment retenus*. » Si ces paroles ne signifient pas que le ministre reçoit par l'imposition des mains de l'évêque, le pouvoir de pardonner les péchés, elles ne signifient absolument rien. Lorsque l'évêque prononce ces paroles, ou il a l'intention de conférer ce pouvoir d'absoudre, ou il ne l'a pas. S'il l'a, il ne saurait employer un langage plus clair, plus précis, plus expressif pour

^ Ordination des prêtres.

rendre sa pensée; s'il ne Ta pas, son langage est calculé pour mieux tromper les foules.

Représentez-vous un prélat qui s'adresse le matin aux ordinands en ces termes : « Les péchés que vous aurez remis seront vraiment remis, » et qui après le service divin dit au jeune ministre : Rappelez-vous, monsieur, que vous n'avez pas le pouvoir de remettre les pechés;les paroles de l'ordination ne sont qu'une figure, un artifice de langage.

Quand un évêque catholique ordonne des prêtres, il se sert des paroles citées plus haut, car la liturgie ritualiste les a empruntées à notre pontifical. Il a l'intention de faire ce qu'elles expriment, c'est-à-dire que les prêtres reçoivent vraiment, par le ministère de l'évêque, le pouvoir de confesser et de pardonner les péchés.

Résumons-nous : nous avons vu que le sacrement de Pénitence et l'absolution du prêtre sont enseignés dans l'Ecriture ; proclamés par les Pères ; pratiqués non seulement par l'Eglise Romaine à travers le monde,mais encore par les schismatiques chrétiens d'Orient ; inculqués dans les plus anciennes et les plus pures éditions du livre liturgique, qui par conséquent n'ont été soumises à aucune coupure; nous voyons que la même pratique est encouragée par une portion influente de l'Eglise épiscopale protestante d'Angleterre et j'ajouterai aussi des Etats-Unis.

Plusieurs nous objectent, contre l'absolution du prêtre, que l'exercice de semblables fonctions serait une usurpation des prérogatives incommunicables de Dieu, qui seul peut pardonner les péchés. C'était le langage que tenaient les scribes au Sauveur. Ils s'écriaient: « Il blasphème! « Quel autre que Dieu peut pardonner les péchés * ?» Ma réponse conviendra également aux objections anciennes et modernes. 11 n'y a pas impiété pour le prêtre à réclamer

* s. Marc, II, 7.

le pouvoir de remettre les péchés, puisqu'il agit comme délégué du Très-Haut. Un prêtre serait cependant impie s'il prétendait absoudre en son nom propre, en vertu de sa propre autorité. Mais quand le prêtre justifie le pécheur pénitent, il agit au nom et par l^autorité expresse de Jésus- Christ, car il dit : « Je vous absous au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Qu'il soit bien entendu une fois pour toutes que le prêtre ne s'arroge aucun pouvoir divin : il n'est qu'une faible voix. C'est le Saint-Esprit qui produit la sainteté dans l'âme du pénitent.

Un grand nombre de protestants épiscopaux, si je ne me trompe, admettent que le péché originel est effacé dans le sacrement de Baptême. Si le ministre n'est pas coupable d^impiélé en devenantl'instrument de la miséricorde divine, dans la rémission du péché par le Baptême, quelle impiété y a-t-il pour le prêtre à être l'instrument de la divine miséricorde, quand il absout les pécheurs dans le sacrement de Pénitence? C'est le même Seigneur qui a institué le Baptême pour la rémission du péché originel, et qui a aussi établi la Pénitence pour la rémission des péchés commis après le Baptême. L'Apôtre n'a-t-il pas exercé un pouvoir divin en ressuscitant des morts, et en rendant à la vie de la grâce des âmes déjà mortes? Personne, cependant, si l'on en excepte les scribes et les pharisiens, ne l'a accusé d'usurper le pouvoir de Dieu. Le Très-Haut ne peut-il, sans déroger à sa gloire, donner aux prêtres du dix-neuvième siècle les privilèges déjà accordés à ceux des premiers âges de l'Eglise?

Loin de déshonorer Dieu, nous le glorifions en ayant recours au médecin terrestre qu'il nous a préposé, et ôomme les multitudes de l'Evangile « nous glorifions Dieu, qui a donné de tels pouvoirs aux hommes. »

D'autres nous objectent contre la confession, que la terre a été rendue à la liberté, et qu'ainsi il n'est pas nécessaire d'avoir recours au ministère sacerdotal, puisque Dieu peut

nous pardonner en secret. Si Dieu a le pouvoir de nous sauver sans le ministère des prêtres, pourquoi ne dirait-on pas au peuple qu'il peut désormais se passer du secours du clergé, sans nuire à son salut? Saint Augustin, qui vivait il y a près de mille quatre cents ans, répondra pour moi à l'objection: « Que personne, remarque cet illustre docteur, ne se dise, je fais pénitence en secret ; je la fais devant Dieu. C'est donc en vain que Jésus-Christ a dit, tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Est-ce en vain que les clefs ont été données à l'Eglise ?» La question qui nous occupe n'est pas de savoir ce que Dieu est capable de faire, mais ce qu'il a voulu faire. Dieu pouvait choisir d'autres moyens pour la justification du pécheur, comme il aurait pu créer le monde autrement qu'il n'existe. C'est pour nous un devoir de prendre à la lettre les paroles de notre Père, et de recourir avec reconnaissance au moyen qu'il a actuellement établi pour notre justification. Nous sommes maintenant certains par sa parole infaillible, que c'est en recourant à ses ministres consacrés que nos péchés nous seront pardonnes \

Il est rapporté, au livredes rois,queNaamande Syrie fut affligé d'une lèpre très tenace, qui déjoua la science des médecins de son pays. Il avait alors dans sa maison une servante juive, et celle-ci parla à son maître du grand prophète Elisée, qui vivait dans sa patrie, et auquel le Seigneur avait donné le pouvoir de faire des miracles. Elle supplia son maître de consulter le prophète. — Naaman partit pour le pays d'Israël et vint supplier Elisée de le purifier de son mal. Le prophète lui dit d'aller se laver sept fois dans les eaux du Jourdain. Naaman, au lieu de faire ce qu'on lui avait ordonné, entra dans une grande colère et dit : « Je pensais qu'il serait venu vers moi..., qu'il aurait touché de sa main l'endroit envahi par la lèpre, et qu'il

1 s. Jean, XX.

m'en aurait guéri. L'Abana et le Pharfar ne sont-ils pas des rivières dont les eaux sont meilleures que toutes celles d'Israël, pour que je doive m'y laver et m'y purifier*. » Les serviteurs de Naaman lui firent des remontrances ; ils le supplièrent d'accomplir l'ordre du prophète. Les conditions, lui disaient-ils, sont faciles et le Jourdain n'est qu'à deux pas. Naaman s'y rendit, se lava et fut délivré de son mal. Nos adversaires, comme Naaman, s'écrient: « Pourquoi iriez-vous au prêtre pécheur comme vous, quand, dans le secret de votre chambre, vous pouvez approcher de Dieu, la pure fontaine de toute grâce, pour être purifié de vos péchés ?» Je réponds, Jésus-Christ prophète et plus grand que tous les prophètes nous l'a ainsi ordonné.

La dernière objection que je vais signaler est plus grave et plus spécieuse. On nous dit que la confession est un frein inefficace ; que la conscience « s'affaiblit peu à peu, qu'elle s'endort et s'étiole; » que même l'état de l'âme empire peu à peu, et que les péchés seront plus facilement commis, s'ils sont suivis d'une absolution qui donne le pardon. En d'autres termes, plus les catholiques sont attachés aux pratiques de leur religion, plus ils deviennent dépravés et corrompus. Si, de fait, ils restent fidèles à Dieu ce n'est pas à cause, mais en dépit de leurs pieuses pratiques.

Tels n'étaient pas assurément les sentiments du défunt docteur Ives, jadis évêque protestant de la Caroline du Nord, ni d'un grand nombre d'autres convertis illustres, qui depuis leur abjuration jusqu'à l'heure de leur mort n'ont jamais manqué d'aller puiser la force et les consolalions à nos tribunaux sacrés.

Tels n'étaient pas non plus les sentiments du révérend père Seymour, prêtre catholique de Baltimore et frère de l'assistant de l'évêque protestant de la Caroline du Nord.

» Rois, v.

Ce n'est pas non plus le sentiment des archevêques actuels^ de Baltimore et de Philadelphie, des évêques de Wilmington, deCleveland, de Golombus et d'Ogdensbourg, et d'une multitude d'autres appartenant soit au clergé, soit aux laïques protestants, qui, dans les cinquante dernières années, sont entrés dans l'Eglise catholique.

Si nous comparons les systèmes catholique et protestant en ce qui concerne le pardon des péchés, la doctrine catholique nous apparaîtra incomparablement supérieure. D'après la doctrine protestante, le repentir est nécessaire mais sufiQsant pour la purification. La doctrine catholique exige de la part du pécheur le repentir, comme condition indispensable pour le pardon du péché ; mais elle requiert davantage encore. Avant de recevoir l'absolution, le pénitent est obligé d'examiner avec soin sa conscience, et de confesser ses péchés avec leur nombre et leur espèce. Il est obligé d'avoir le ferme propos de se corriger; de promettre la restitution, s'il a causé du tort à son prochain; de réparer l'injure qu'il a faite à la réputation dé son voisin ; de se réconcilier avec ses ennemis, et d'éviter les occasions de péché. Toutes ces obligations n'emportent-elles pas avec elles une sauvegarde plus efficace contre la rechute, qu'un simple acte de contrition intérieure ?

Un grand nombre d'éminents protestants et même d'écrivains infidèles, qui ont connu le fruit pratique du confessionnal dans les pays où ils vivaient, témoignent de la réforme morale produite par la confession. Le fameux philosophe allemand Leibnitz avoue que Dieu a accordé un grand bienfait aux hommes, en laissant à son Eglise le pouvoir de remettre les péchés ^

Voltaire, qui, à coup sûr, n'était pas l'ami du christia-

ï Année I880.

^ Systema Theolog.

nisme, avoue « qu'il n'y a peut-être pas d'institution plus utile que la confession ^ »

Rousseau, non moins hostile à l'Eglise, s'écrie : « que de restitutions et de réparations la confession ne réalise-t-elle pas chez les catholiques - ! »

Les autorités protestantes de Nuremberg, en Allemagne, peu de temps après l'établissement des doctrines réformées dans cette ville, furent effrayées du relâchement des mœurs qui avait été le fruit de la suppression de la confession, et elles firent des pétitions à leur empereur Charles V pour qu'on rétablît cette pratique.

Les adversaires de l'Eglise catholique se plaisent à rappeler l'affaiblissement moral qui, dit-on, prévaut en France et dans d'autres pays catholiques, afin d'en conclure l'infériorité de la morale catholique elle-même. Ce genre d'attaque est le plus sûr, mais il n'est pas le plus honnête, d'autant plus que les peuples de ces nations sont trop éloignés pour se défendre. Pour ma part, j'ai passé un temps considérable dans les différentes parties de la France, et les chrétiens les plus édifiants que j'aie jamais vus, sont bien ceux que j'y ai rencontrés. Pendant six ans, j'ai eu pour professeurs des prêtres français, dont la vie exemplaire était pour nous une prédication journalière.

Je déclare que la ville cosmopolite de Paris, (laissant de côté, pour le moment, les énormités dont on l'accuse), ne saurait être invoquée comme donnant la juste mesure de la moralité française. Restons chez nous et jugeons de la moralité catholique par les exemples que nous avons sous les yeux.

On a pu, dans ce pays, faire l'épreuve complète de l'influence du confessionnal, depuis la fondation de notre république. Les catholiques pratiquants ont-ils une con-

1 Remarques sur l'Olympe.

2 Emile.

cience timorée?^ Ou cette conscience est-elle pervertie et détruite? L'absolution qu'ils ont reçue a-t-elle stimulé leurs appétits pour d'autres péchés ? Sont-ils des monstres d'immoralité? Je pense qu'un public protestant éclairé prononcerait le verdict contraire.

Je sens que je puis dire, en toute vérité, que les catholiques fréquentant le confessionnal sont généralement vertueux dans leur vie privée; justes et honorables dans leurs rapports avec les autres,et qu'ils cultivent la charité et les nobles procédés envers leurs concitoyens.

Ne me dites pas que c'est le système et non les individus qu'on attaque. Gomment peut-on juger un système autrement que par les actes des individus ? « C'est à leurs fruits que nous les reconnaîtrons, » dit notre Sauveur.

Il est cependant des vices que nous avons à déplorer dans certaines classes du peuple, mais ils sont bien souvent la conséquence d'habitudes nomades, et d'une manière de vivre irrégulière. Ce sont pour l'ordinaire des péchés de fragilité qui ne sont point le fait de personnes ayant l'habitude de fréquenter le confessionnal. Si elles le faisaient, elles ne tarderaient pas à être transformées.

Le meilleur d'entre nous n'est pas ce qu^il devrait être, eu égard aux grâces reçues. Mais si nous cherchons d'odieux hypocrites, d'impudents fraudeurs, des auteurs de supercherie habilement conduite, nous ne les trouverons jamais parmi ceux qui fréquentent le confessionnal.

On nous dit que la confession est un joug intolérable et qu'elle fait de tous ceux qui l'embrassent les esclaves des prêtres.

Avant de répondre à cette objection, laissez-moi vous faire remarquer l'inconstance de nos adversaires, qui, d'un même souille, nous donnent le froid et le chaud. En même temps qu'ils dénoncent la confession comme un remède trop pénible pour le péché, ils la condamnent comme un chemin trop facile pour arriver au ciel. Vous n'avez.

disent-ils, qu'à payer une faible redevance à la porte du confessionnal pour avoir le droit de faire passer une grande quantité de péchés. Et voilà ce qu'ils appellent un joug intolérable. En d'autres termes, ils en font un lit de roses et immédiatement après un lit d'épines.

Dans la dernière objection, on accusait les partisans de la confession de n'avoir aucune contrainte. Maintenant, on nous dit que leur conscience est liée par les chaînes de l'esclavage. A vrai dire, la confession ne saurait être en même temps pénible et facile.

J'ai déjà réfuté, je pense, la première objection; je vais répondre à la seconde. Je ne vois pas dans quel sens notre peuple est moins indépendant que celui des autres classes de la société. La seule contrainte, que je sache, imposée aux catholiques par leurs prêtres, c'est le joug de l'Evangile,contre lequel un chrétien ne pourra jamais prescrire. A mon avis, aucun corps de chrétiens ne jouit d'une plus grande liberté apostolique que ceux des communions chrétiennes, parce qu'ils sont dirigés dans leur conduite, non par Vipse dixit toujours changeant d'un ministre, mais par l'enseignement immuable de l'Eglise de Jésus- Christ.

Mais si aimer leurs prêtres, vénérer leur caractère sacré, obéir à leur voix comme à celle de Dieu; si être prêts à faire des sacrifices pour leur père spirituel; si tout cela vous l'appelez esclavage, alors nos catholiques sont réellement des esclaves, et qui plus est ils sont contents de leurs liens.

Nos livres de dévotion eux-mêmes n'ont pas pu échapper aux traits volages delà critique. Ils ont excité la pieuse horreur de quelques pharisiens modernes, parce qu'ils renferment une table des péchés à l'usage de ceux qui préparent leur confession.

La même fleur qui fournit le miel à l'abeille, offre le poison à la guêpe ; de même le livre qui ne donne que le

miel de la consolation au lecteur pieux, n'a que du poison pour ceux qui l'y cherchent.

Gomment peut-on nous reprocher la table de péchés de nos livres de prières, et se faire ensuite d'ardents avocats de la diffusion de la Bible, qui renferme de bien plus franches et de plus palpables allusions aux grands crimes qu'on n'en trouve dans nos livres de prières. N'oublions pas l'adage : Honni soit qui mal y pense.

11 me sera bien permis, en terminant ce sujet, d'ajouter le témoignage de mon expérience personnelle en ce qui concerne la vivifiante influence du confessionnal; car, comme mes frères dans le ministère, pour emprunter le langage de Dryden : Je suis un de ceux qui vivent loin des tracas du monde, pour étudier lésâmes, sonder leurs plaies et guérir leurs maux.

Depuis mon ordination jusqu'aujourd'hui,j'ai l'habitude d'entendre des confessions presque tous les jours. Je suis donc dans les conditions voulues pour apprécier la valeur du « système. » Ces impressions gravées dans mon âme, loin de m'étre particulières, sont partagées par tous les prêtres catholiques du monde qui ont charge d'âmes. Le témoignage de dix confesseurs expérimentés doit, à mon avis, avoir plus de poids pour rendre les hommes capables de juger les tendances morales du confessionnal, que les assertions gratuites de milliers d'individus qui n'ont aucune expérience personnelle de ce ministère, mais qui tirent de leur imagination échauffée, ou de quelque roman à sensation, les récits qu'ils nous donnent.

Mon expérience personnelle m'a convaincu que le confessionnal est le plus puissant levier qui ait jamais été présenté par un Dieu miséricordieux pour soulever les hommes, et les retirer de la boue du péché. Il a plus de force pour arracher le peuple au vice que l'Evangile même. Dans les discours publics, nous répandons la semence de la parole de Dieu : au confessionnal, nous recueillons la

moisson. Dans le sermon, pour me servir du langage militaire, les coups de feu portent au hasard, dans la confession, chaque coup est mortel. Les paroles du prêtre vont au cœur du pénitent. Dans un discours public le prêtre s'adresse à tous, en général, et ses paroles peuvent ne convenir qu'à un petit nombre de ses auditeurs. Mais les avis qu'il fait entendre au confessionnal s'adressent exclusivement au pénitent dont le cœur est ouvert pour recevoir la parole de Dieu. Le confesseur exhorte le pénitent dans la mesure de ses besoins spirituels. 11 le met en garde contre la fréquentation des mauvaises compagnies et contre les autres occasions de péché, ou il lui recommande des pratiques particulières de piété appropriées à ses besoins.

Voilà pourquoi les missionnaires ont l'habitude d'eslimer le fruit de leur mission, plus par le nombre des fidèles qui s'approchent du tribunal sacré, que par le nombre des personnes qui écoutent leurs discours.

De tous les labeurs que nous impose notre saint ministère, il n'en est point de plus dur ni de plus ennuyeux que celui d'entendre les confessions. Ce n'est pas un devoir de peu d'importance que d'être obligé de rester six ou huit heures consécutives, pendant les chaleurs de l'été, à écouter les récits du péché, de la douleur et de la misère. La conscience du bien immense accompli de la sorte soutient seul le confesseur dans le tribunal sacré. Il est de ceux « qui peuvent compatir à l'ignorance et au péché, parce qu'il est environné d'infirmités^ »

J'ai vu un homme dont la conscience était appesantie par les péchés accumulés de vingt hivers. Sur son front on lisait la faute, la honte, le remords et la confusion. Il se tenait non loin du confessionnal dans une attitude humi-

^ Hébreux, V, 2. ;: . '.

liée ; n'osant pas, comme le publicain, regarder le Ciel, il se glissa timidement, modestement dans le tribunal de la miséricorde. Aucune oreille humaine n'entendra jamais ce qu'il y avoua ; les révélations du confessionnal sont [un livre fermé. Mais pendant les quelques instants qu'il passa aux pieds du prêtre, il s'opéra une résurrection plus miraculeuse que celle qui fit sortir Lazare du tombeau, — ce fut la résurrection d'une âme, dévorée depuis longtemps par la pourriture du tombeau du péché. Pendant ces moments précieux, un rayon du Ciel dissipa l'obscurité et les ténèbres de cet esprit qui s'accusait lui-même ; la chaleur vivifiante de l'Esprit saint fit fondre la glace de son cœur ; le souffle pacificateur du même esprit qui descendit sur les apôtres, « comme un grand vent du haut des cieux, » chassa l'atmosphère empoisonnée dans laquelle il vivait et remplit son âme de la grâce divine.

Quand il sortit, on pouvait constater la vivacité de sa démarche, la joie de sa contenance et de nouvelles clartés dans ses yeux. Et si vous lui aviez demandé pourquoi, il vous aurait répondu : C'est que j'étais perdu et je suis retrouvé ; c'est que j'étais mort et me voilà rendu à la vie.

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