‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 10 sur 83 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La sainteté est encore une marque de la véritable Eglise, car dans le Credo nous disons: ‘‘Je crois la sainte Eglise catholique.”

Toute société a une fin spéciale. Celle-ci est instituée pour entretenir des relations commerciales entre ses membres; celle-là est organisée pour procurer leurs intérêts temporels; une troisième a plus spécialement le but de faire des recherches littéraires. L'Eglise catholique est une société fondée par Notre-Seigneur Jésus- Christ pour la sanctification de ses membres. Voilà pourquoi saint Pierre appelle les chrétiens de son tems ‘‘une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, «in peuple d'acquisition (1).

Les exemples de notre divin Fondateur Jésus-Christ, les sublimes leçons de la morale qu’il nous a enseignée, les sacrements qu’il a institués, tout a pour fin notre sanctification. Tout converge vers notre âme comme autant de rayons divins pour l’éclairer et l’enflammer par le feu sacré de la dévotion.

Quand l'Eglise nous parle des attributs de Notre-Seigneur, de sa justice, de sa miséricorde, de sa sainteté et

(1) S Pierre, 11, 0.

de sa véracité, elle ne se Propose pas seulement d inter ses perfections divines, elle nous exhorte à ! :imiter et à devenir, comme lui, justes, bons, saints ct fideles. Considérez le sublime modèle qui est devant vous! Ce n’est ni un homme, ni un ange, niun archange, mais Jésus-Christ le fils de Dieu, ‘‘qui est la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance (1). L'Eglise met son image sur nos autels, nous avertissant de ‘‘contempler et d'agir selon le modèle qui nous a été montré Sur la montagne (2). Et, de cette hauteur, Jésus semble nous dire : ‘Soyez saints, car, moi, le Seigneur votre Dieu, je le suis (3). “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (4). “Marchez à la suite de Dieu comme ses enfants les plus chéris ES

Nous sommes appelés à mener une vie sainte, non seulement parce que Jésus-Christ est saint, mais encore Parce que nous portons son doux et vénérable nom. On nous nomme chrétiens, C'est un nom que nous n’échangerions pas contre les titres retentissants de Prince ou d’Empereur, Nous sommes fiers, et à bon droit, de ce titre de chrétien: mais nous nous souvenons que des obligations Correspondantes s’y trouvent attachées, Ce n’est pas un vain nom: il renferme au contraire de magnifiques significations ; car un chrétien, comme le mot l'indique, est un serviteur, un disciple du Christ, un disciple qui marche sur les traces de son divin maître, en observant ses commandements, qui reproduit dans sa vie le caractère et les vertus de son divin exemplaire, En un mot le chrétien est un autre Christ. I] y aurait donc contradiction dans les termes, si le chrétien n'avait de commun avec son maître que le nom. Le disciple doit se

(1) Hébreux, 1, 3.

(2) Exode, xxv, 40.

(3) Lévit., x1x, 2.

(4) S. Matth., v, 48.

(5) Ephésiens, v, 1.

modeler sur le maître, le soldat sur le chef, les membres sur la tête.

L'Eglise porte constamment ses enfants à la sainteté en retraçant à leurs veux l’incarnation, la vie et la mort de notre Sauveur, Quoi de plus fort pour nous faire mener une vie sainte que le spectacle de Jésus né dans une étable, vivant obscurément à Nazareth, mourant sur une croix afin que son sang püût nous sanctifier! S’il envoie des apôtres prêcher l'Evangile dans tout l’univers, si des temples sont bâtis en son nom sur toute la terre, si des missionnaires sont envoyés jusqu'aux extrémités du globe, ce sont là autant de moyens de faire de nous des saints. ‘Dieu, dit saint Paul, en a établi plusieurs apôtres, d’autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pasteurs et docteurs, pour la perfection de ses saints, pour l'achèvement de son ministère, pour l’édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous dans l'unité de la foi et dans la connaissance du fils de Dieu dans l’homme parfait (1).

La loi morale que l'Eglise inculque à ses enfants est le plus haut et le plus saint étendard de perfection qui

ait été donné à un peuple et qui présente les plus forts stimulants à la vertu.

Les mêmes préceptes divins transmis par Moïse au peuple juif sur le mont Sinaï, les mêmes salutaires avertissements que les prophètes faisaient retentir dans la Judée, les mêmes sublimes et consolarits enseignements que Jésus donna sur la montagne, telle est encore la doctrine que l'Eglise fait entendre tous ies jours de l’année. Le prédicateur catholique n’amuse pas son auditoire par des lieux communs spéculatifs, ni par des harangues politiques, ou par tout autre sujet d'utilité passagère: il prêche seulement “Jésus-Christ et Jésus- Christ crucifié”.

(1) Ephésiens, 1v, 11, 13.

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À a en enr 2 k

Ce code des préceptes divins est présenté avec plus de zèle par l'Eglise que le décalogue de nos aïeux ne le fut par Moïse quand il disait : ‘Les commandements que je vous intime aujourd’hui seront gravés dans votre cœur ; vous les redirez à vos enfants, vous les méditerez assis à l’ombre de vos demeures, dans le cours de la journée, en reposant et en veillant (1).’

La première leçon enseignée aux enfants dans nos catéchismes du dimanche, c'est l'obligation qu’ils ont de connaître, d'aimer et de servir Dieu, et, Par suite, d’être saints, Car s'ils Connaissent, s’ils aiment et servent Dieu, ils seront saints. Nous faisons pénétrer dans leurs tendres esprits cette vérité que, lors même qu'ils auraient les richesses de Crésus, la gloire de Salomon, s’ils négligent d’être saints, ils ont manqué leur vocation et sont ‘‘infortunés, misérables, Pauvres, aveugles et dépouillés de tout (2). ‘Car, que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme (3)? On leur apprend que lorsqu'ils seraient, au contraire, pauvres comme Lazare et misérables comme Job dans ses jours d’infortune, ils sont certains de paraître heureux aux yeux de Dieu, s’ils vivent selon les maximes de l’Evangile.

L'Eglise excite le zèle de ses enfants pour la sainteté de vie, en imprimant dans leurs esprits Ja rigueur des jugements de Dieu, ‘qui montrera au grand jour les actions cachées dans l'ombre, et dévoilera le secret des cœurs,’”” et en leur rappelant les terreurs de l'Enfer et les douces joies du Ciel.

Ce n'est pa< encore assez pour les catholiques d’être instruits à l’église le dimanche, mais encore on les exhorte à lire dans leurs maisons la parole de Dieu et les livres de dévotion. Les saints dont on retrace alors la

(1) Deut., vi, 6, 3.

(2) Apocal., m, 7.

(3) S. Matth., xvr, 26.

vie par la parole, leur servent comme d'étoiles brillantes sur l'océan orageux de la vie pour les conduire aux rivages de l'éternité, en même temps que l’histoire de ceux qui sont déchus de la grâce est aussi un phare qui les avertit d'éviter les rochers contre lesquels Salomon et Judas ont fait le naufrage de leurs âmes.

Nos livres de piété répondent à tous les besoins de l'âme humaine, et ils sont un principe fécond de sanctification. Peut-on lire, sans profit spirituel, des ouvrages tels que le livre presque inspiré de l’Imitation de Jésus-Christ, par Thomas a Kempis; la Perjection chrétienne, de Rodriguez; le Combat spirituel, de Scupoli ; les œuvres de saint François de Sales et l'armée innombrable des auteurs ascétiques ?

Vous chercherez en vain, en dehors de l'Eglise catholique, des écrivains que l’on puisse comparer pour l’onction et la vraie piété à ceux que je viens de nommer. Comparez, par exemple, Kempis avec le Progrès du Pèlerin, de Brunyan, ou la Vie des Saints, de Butler, avec le Livre des Martyrs, de Fox. Vous laissez Butler plein d'une dévotion douce et tranquille, pénétré d’une profonde admiration pour les héros chrétiens, dont il nous a retracé la vie; tandis que vous abandonnez Fox avec un esprit troublé et avec un sentiment d’amère vengeance, Je ne parle pas du Livre des Prières communes, parce que la meilleure partie es: traduite de notre missel. Les protestants ont aussi publié Kempis, et parfois sous une forme mutilée. Ils ont eu grand soin d’omettre les passages qui, dans l'original, font allusion aux pratiques et aux doctrines catholiques.

Un des membres du clergé épiscopal de Baltimore m’a un jour avoué que ses livres favoris de dévotion étaient nos livres classiques de piété. En disant cela, il payait un tribut gracieux et mérité à la supériorité de la littérature sacrée catholique.

L'Eglise ne nous donne pas seulement les plus pres- Sants motifs, mais elle nous offre les plus puissants moyens de sanctification. Elle nous les fournit dans la prière et dans les Sacremerts. Elle nous exhorte à de fréquents rapports avec Dieu par la prière et la méditation; cette obligation est si rigoureuse à nos yeux que nous nous regarderions, et à bon droit, comme coupables de manquement grave à notre devoir si nous négligions, pendant un temps considérable, la Pratique de la prière du matin et du soir,

La plus abondante source de grâce se trouve dans les sept Sacrements de l'Eglise, Notre âme est, aux fonts baptismaux, baignée dans le précieux sang de Jésus- Christ, d'où nous sortons (créatures nouvelles). Nous sommes alors et dans le même instant incorporés à Jésus-Christ, devenant ‘l'os de ses os et la chair de sa Chair”; ‘‘car, dit l’Apôtre, tous ceux qui ont été baptisés dans le Christ ont revêtu le Christ (1).” Et comme le Saint-Esprit reste toujours uni au Christ,nos corps deviennent le temple de l'Esprit de Dieu et nos âmes son sanctuaire, ‘‘Le Christ a aimé l'Eglise et s'est Jivré pour elle afin de la Sanctifier, la purifiant par les eaux régénératrices dans le verbe de vie, pour la faire paraître devant lui pleine de grâce, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et immaculée(a).”

Dans la confirmation, nous recevons de nouvelles

grâces et une nouvelle force pour lutter contre les tentations de la vie.

Dans l’eucharistie, nous sommes nourris du pain vivant qui est descendu du ciel.

Dans la pénitence, nous sommes purififs des souillures que nous avons contractées après le baptême.

(1) Galates, m, 27:

{2} Ephés., v, 25, 25.

Sommes-nous appelés au saint ministère ou à l’état de mariage, nous trouvons dans les sacrements de l'ordre et du mariage de nombreuses grâces correspondant au genre de vie que nous avons embrassé,

Pendant notre dernière maladie, nous sommes consolés par l’extrême-onction, dans laquelle nous trouvons le divin secours nécessaire pour nous fortifier et nous purifier avant de quitter ce monde.

En un mot, l'Eglise, comme une mère vigilante, nous accompagne du berceau à la tombe, nous fournissant à chaque pas la médecine de vie et d’immortalité,

Comme l'Eglise offre à ses enfants les plus forts motifs et les plus puissants moyens d'atteindre à la pureté de vie, elle recueille aussi les fruits les plus abondants de sainteté. Dans chaque âge et en tous pays, elle est la mère féconde des saints. Nos annales ecclésiastiques ne se bornent pas aux noms des douze apôtres. Elles sont ornées de la liste des martyrs héroïques ‘‘qui furent lapidés, sciés et livrés à la mort par le tranchant du glaive (1),”’ des confesseurs sans nombre, des ermites qui ont tout quitté pour Jésus-Christ, des vierges sans tache qui ont conservé leur chasteté par amour pour le royaume des cieux. Tous les jours de l’année sont con sacrés dans nos martyrologes à honorer la mémoire d’un grand nombre de ::ints.

Et, de nos jours, dans les cinq parties du monde, à tous les âges de la vie, l'Eglise continue de former des saints dignes des premiers siècles de l'ère chrétienne.

Si nous cherchons des apôtres nous en trouvons d’éclatants dans les évêques de la Germanie, qui déploient maintenant en prison et dans l'exil un héroïsme tranquille, digne de Pierre et de Paul.

Chaque année on nous rappelle les tortures des mis-

(1) Hébreux. x1, 37.

TE

sionnaires catholiques qui meurent pour la foi en Chine, en Corée et dans les autres parties des pays infidèles.

Parmi les confesseurs de l'Eglise on compte encore ces prêtres pieux qui, abandonnant leur maison et rompant les liens de famille, vont, chaque année, porter au loin l'évangile dans les pays étrangers, se borne à quelques livres de tes habits.

Tout leur avoir dévotion et à leurs modes- Qui ne connaît ces vierges consacrées, ces sœurs de différents ordres qui, dans toutes les cités de l tienté, retirent, tous les jours, des femme d'une vie de honte ct d'ig la douce influence de 1

a chrés dégradtes nominie pour les soumettre à a religion ; arrachent au péché et à la mort spirituelle et temporelle les enfants abandonnés, les rendent pieux et en font des membres utiles à la société, Devenues Pour eux plus que des mères, elles les délivrent, ces Pauvres enfants, de l'ignorance, et font pénétrer dans leurs esprits la connaissance et l’a-

mour de Dieu. “ous POUVONS aussi montrer un nombre

incalculable de saints, même parmi les laïques. J'ose affirmer que, d

ans toutes les sociétés du monde catholique, on trouve des hommes et des femmes qui montrent une piété fervente et un zèle qui les rendent dignes d’être nommés apiès les Anne, les -Iquila, les Priscille, du Nouveau Testament. Ils n'attirent Pas cependant l'admiration du public, parce que la vraie piété n'aime pas l’ostentation : elle cherche plutôt une vie ‘cachée avec le Christ en Dieu (ee

N'allez pas croire qu'en proclamant la sainteté de l'Eglise, je vais essaver de prouver que tous les catholiques sont saints. Je confesse avec douleur que la corruption de la morale se rencontre souvent parmi !es catholiques Pratiquants, Nous ne pouvons ignorer que beaucoup d’entre eux, loin de vivre conformément aux

(1) Colossiens, jn,

enseignements «l'Evangile et de l'Eglise, donnent par leur conduite de douloureux scandales. ‘*I1 faut qu’il y ait des scandales, mais malheur à ceux par qui ils viennent.” J'avoue pareillement que le péché des catholiques est aux yeux de Dieu plus énorme que celui de leurs frères séparés, parce qu'ils abusent de grâces plus nombreuses et plus excellentes.

On devrait bien se mettre dans l'esprit que ni Dieu ni l'Eglise ne forcent la conscience de personne. Dieu dit à tous par la bouche de ses prophètes : ‘‘Considérez que j'ai mis devant vous la voie de la vie et de la mort." (Jérémie, Xx1, 8.) Mais c’est à nous de choisir. Il est facile d'expliquer comment il se fait qu’un si grand nombre de membres scandaleux s’attachent toujours à la robe de l'Eglise leur mère spirituelle, et pourquoi elle-même ne les rejette jamais ni ne les désavoue pour ses enfants.

L'Eglise est animée de l'esprit de son fondateur Jésus-Christ. “Il est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, il est venu pour appeler non les justes, mais les pécheurs à la pénitence (1) ;”” il a été l’ami des publicains et des pécheurs afin d’en faire les amis de Dieu: de leur côté, ils s’attachent à lui parce qu'ils le savent plein de pitié pour eux.

L'Eglise marchant sur les traces de son divin époux ne répudie jamais les pécheurs: elle ne les sépare pas du troupeau, quelque graves ou notoires que puissent être leurs fautes morales; non qu’elle approuve leurs péchés, mais parce qu’elle désire les relever. Elle n’abandonne aucun de ses enfants au désespoirs au contraire elle s'efforce d’adoucir leurs passions, si elle ne peut autrement réformer leur vie.

Pleine de respect pour les paroles de son Maître “l'E.

(1) Timot., 1 15.

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