CRU NACRE
(4) S. Luc, x, 16.
tous ceux qui ont suivi les premiers Notre-Seigneur, huit seulement nous ont laissé quelques-uns de leurs écrits sacrés. Les évangiles et les épîtres étaient adressés à des particuliers ou à des églises privées. Ils étaient écrits à l’occasion de quelque besoin pressant, comme font les évêques qui lancent leurs lettres pastorales pour corriger les abus qui s'élèvent dans l'Eglise, ou pour dresser des règles qui dirigent la conduite des fidèles. On ne voit nulle part que les apôtres aient fait circuler un seul livre de lu Bible. Mais ‘allant, ils préchaient partout, le Seigneur coopérant à leur ministère (1)."”
Nous voyons par là, que dans l’ancienne loi comme dans la nouvelle, le peuple était dirigé par une autorité vivante et non par l'interprétation privée des Ecritures.
Toutefois, jusqu’à la révolution religieuse du seizième siècle, depuis le commencement du monde, on n’a jamais ouï dire qu’un peuple ait voulu se diriger par la
lettre morte de la loi dans les affaires civiles ou ecclésiastiques. Comment, par exemple, nos différends civils sont-ils réglés dans cet Etat ? Est-ce par notre interprétation privée des lois de la Virginie, ou par la sentence que rendent les juges établis ?
On cite souvent cet adage: ‘‘que la Bible et la Bible seule soit notre guide.” Pourquoi donc faites-vous tant de dépenses pour bâtir de belles Eglises et des écoles du dimanche? De quelle utilité sont, pour les enfants, vos sermons et vos catéchismes, si la Bible de votre maison est un guide suffisant pour le peuple? Pour dire vrai, vous autres révérends gentlemen vous êtes en désaccord dans la pratique, avec les théories que vous proclamez si fortement. Ne me dites pas que la Bible vous suffit; et, si vous le croyez, cessez vos instructions: Ne vous interposez pas entre le peuple et les Ecritures.
Je vais, maintenant, en toute liberté, m'adresser à un
(1) S. Marc, zvi, 20.
homme qui ne professe pas le catholicisme, et j'arriverai peut-être à lui prouver qu'il ne peut, avec quelque fondement, accepter le livre mcieng des Ecritures comme un guide suffisant.
Votre ministre vous met entre les mains un exemplaire du volume sacré et vous dit: ‘Prenez ce livre, vous y trouverez tout ce qu'il faut pour votre salut.” Une sérieuse difficulté vous attend dès le début de votre investigation. Quelle assurance avez-vous que le livre qu'il vous a présenté est le verbe inspiré de Dieu? Car chaque partie de la Bible est loin de porter en elle-même la preuve évidente d'inspiration. Elle pourrait, par ce que vous en savez, contenir plus que la parole divine, ou ne pas renfermer toute la parole de Dieu. Nous ne devons pas nous persuader que la Bible a to‘jours été un livre compact, relié sous une belle forme. Pendant plusieurs siècles elle a été répandue par fragments épars, dans les différentes parties de la chrétienté. Parfois plusieurs livres falsifiés ont, sous le nom d’Ecriture, circulé parmi les fidèles. Ii y a eu, par exemple, l'Evangile apocryphe de saint Pierre, celui de saint Jean et de saint Mathias.
L'Eglise catholique, dans la plénitude de son autorité, au troisième concile de Carthage en 397, a séparé la paille du froment, elle a indiqué les livres apocryphes et ceux qui étaient canoniques. Jusque là, les sectes chrétiennes sont restées en désaccord; elles ne savent pas cuels sont les livres qu’il faut accepter comme authentiques. Plusieurs chrétiens d'Europe ne reconnaissent pas les évangiles de saint Marc et de saint Luc, parce que ceux-ci n'étaient pas au rang des apôtres. Luther avait coutume d'appeler les lettres de saint Jean des épîtres de paille.
Mais quand vous seriez certain que la Bible contient la parole de Dieu et rien que la parole de Dieu, comment pourriez-vous savoir que la traduction est fidèle? Les
serre f
ASS TANT RL RPM ne EEE SE €
livres de l’Ecriture ont été, tout d'abord, écrits en hébreu et en grec; vous n'en avez qu’une traduction. Avant de vous convaincre que la traduction est fidèle, il vous faut étudier ces deux langues et comparer ensuite la version avec l'original. Combien peu sont capables d'une science aussi considérable !
Cependant, quand vous acceptez la Bible comme la parole de Dieu, vous êtes obligé de la recevoir sur l’autorité de l’Église qui a été pendant quinze cents ans la seule gardienne des Ecritures.
Même après vous être assuré, pour votre propre satisfaction, que la traduction est fidèle, les Ecritures ne peuvent encore vous servir comme règle compiète de foi, et de guide pour le Ciel en dehors d’un interprète vivant autorisé,
Un maître compétent, tel que notre Sauveur a certainement voulu nous le donner, doit avoir troi: carac-
tères. Il doit être: 1° à la portée de tous; 2° il doit être clair et intelligible; 3° il doit pouvoir résoudre tous nos doutes sur la foi et la morale,
1° I faut qu’un guide parfait du salut soit à la portée de tous ceux qui cherchent sincèrement la vérité; car Dieu ‘‘désire que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité (1),”” par conséquent il doit avoir mis à la portée de tous les movens d’v parvenir,
En outre il est certain que dans tous les temps les Ecritures ne pouvaient être accessibles à tous,
Elles ne l’étaient pas aux premiers chrétiens, car elles ne furent écrites que longtemps après l’établissement du christianisme, La religion chrétienne fut fondée en l’an 33: L'Evangile de saint Matthieu et les premières parties du Nouveau Testament ne parurent que huit ans après. L'Eglise était établie depuis vingt ans quand
(1) Timot., 5, 4.
saint Luc écrivit son Evangile. L’Evangile de saint Jean ne parut que vers la fin du premier siècle. Plusieurs années après que les Evangiles et les Epîtres avaient été publiés, on ne les connaissait guère que dans les églises auxquelles on les avait adressés, Ce ne fut que vers la fin du quatrième siècle que l'Eglise forma son canon de l’Ecriture, et déclara la Bible, telle que nous la possédons, la parole authentique de Dieu. Et ce fut l’âge d’or du christianisme! Les plus parfaits chrétiens vécurent, moururent et allèrent au Ciel, avant que la partie la plus importante des Ecritures ne fût écrite. Que leur serait-il advenu si la Bible seule avait été leur guide ?
L'art de l’imprimerie ne fut inventé qu'au quinzième siècle (1440). Combien il eût été difficile de fournir à chacun une copie des Ecritures depuis le quatrième jusqu'au quinsième siècle! Pendant cette longue période, il fallait copier les Bibles à la main. On n’en trouvait dans le monde que quelques centaines, et elles étaient entre les mains des prêtres et des savants. ‘Dans le système protestant, l’art de l'imprimerie aurait été plus nécessaire aux apôtres que le don des langues, I] a été heureux pour Luther qu'il ne soit pas venu un siècle avant l’immortelle découverte de Gutenberg. Cent ans plus tôt, son dessein de porter deux cent cinquante millions d'hommes à lire la Bible aurait été accueilli par de bruyants éclats de rire, et lui aurait fait changer sa chaire de Wittemberg, contre un hôpital d’insensés(1) !”?
Aujourd'hui même, avec tout le secours des imprimeries à la vapeur, avec toutes les associations de bibles répandues dans ce pays et en Angleterre, entretenues à grands frais, toute leur activité est impuissante à fournir aux missionnaires de toutes les contrées des bibles
C1) Martinet, la Religion dans la société, 11, 10.
imprimées dans les langues des peuples et des tribus auxquels on les destine.
Quand même la Bible serait dans tous les temps accessible à tous, combien dans tous les âges et dans tous les pays, sans en excepter notre siècle qui se glorifie de ses lumières, n’en trouverait-on pas pour lesquels la Bible serait un livre fermé, étant incapables de la lire ? S'il en était ainsi, la doctrine de l'interprétation privée rendrait le salut d'un grand nombre non seulement difficile, mais impossible.
2° Il faut qu’un guide religieux soit intelligible et clair pour tous, de telle sorte que chacun puisse entièrement comprendre la vraie signification des instructions qu'il renferme. Tous peuvent-ils comprendre la Bible? Loin de là, non seulement les ignorants, mais les savants la trouvent remplie de ténèbres et de difficultés. Saint Pierre lui-même nous avertit que dans les épîtres de saint Paul il y a ‘‘des choses difficiles à comprendre, que les hommes ignorants et inconstants corrompent, comme toutes les autres Ecritures, pour leur propre ruine (1).”’ Et plus loin il nous dit: ‘‘qu’aucune prophétie de l’Ecriture n'est connue par l'interprétation privée (2).”’
Nous lisons dans les Actes des Apôtres qu'un homme étant monté sur son chariot lisait le livre d'Isaïe, et comme saïat Philippe lui demandait la signification de la prophétie, il répondit : “Comment puis-je la comprendre si on ne me l'explique (3),”’ montrant par ces humbles paroles qu’il ne pouvait prétendre à interpréter les Ecritures.
Les Pères de l'Eglise, après avoir passé leur vie dans l'étude de la religion et de l’Ecriture sainte, sont una-
(1) II. S. Pierre, int, 16.
(2) Idem, 1, 20.
(3) Actes, virr, 31.
nimes à déclarer que la Bible est un livre semé d’épineuses obscurités. Et cependant nous trouvons de nos jours des pédants qui, avec une légère connaissance de Bible, ne voient aucune difficulté, et sont assez présomptueux pour vouloir l’expliquer, depuis le premier verset de la Genèse jusqu’au dernier verset de l’Apocalypse. ‘‘Insensés! ils courent dans une voie où les anges redoutent d'entrer.”
Est-ce que la conduite des réformateurs ne démontre pas, jusqu’à la dernière évidence, l’extrême folie de vouloir interpréter la Bible par le jugement privé? Aussitôt qu’ils eurent rejeté l’autorité de l'Eglise, et donné leur jugement comme le plus éclatant témoignage de l’autorité privée, ils purent difficilement s’entendre sur la signification d’un texte important. La Bible fut dans leurs mains une Babel complète. Les enfants de Noé tentèrent, dans leur orgueil, de monter au Ciel en construisant une tour, et leur projet se termina par la confusion et la multiplication des langues. Les enfants de la Réforme ont essayé de conduire au Ciel par l’interprétation privée de la Bible; leurs efforts ont abouti à la confusion et à la multiplication des religions. Voici un exemple entre mille. Ces paroles de l'Evangile : ‘‘Ceci est mon corps” n’ont eu avant la Réforme qu’une signification. Les nouvelles lumières du seizième siècle n’ont pas donné moins de quatre-vingts significations à des paroles si simples. Depuis ce temps, le nombre des interprétations est monté à plus de cent.
Personne ne peut nier que, de nos jours, il n’existe une grande multitude de sectes, qui vont se multipliant indéfiniment. Personne aussi ne niera (1) que ce grand nombre de Credo ne soit un grand scandale, et une vraie pierre d’achoppement placée sur le chemin de la conversion des nations. Personne ne conteste que ces divisions
(1) Si l’on excepte peut-être le sentiment de H. W. Beecher, qui pense que Dieu trouve sa gloire dans cette variété de sectes.
Éperirs :dmater e eritpens eté
CR
ro eg
dans la famille chrétienne ne portent à s'arroger les droits du jugement privé. Tout jeune docteur ayant une instruction superficielle s'imagine qu’il a reçu du Ciel la mission d'inaugurer une nouvelle religion, et il a l'ambition de passer à la postérité en attachant son nom à une nouvelle secte. Chacun des champions de ces Credo modernes fait appel à la Bible invariable pour soutenir des doctrines toujours changeantes,
Ainsi une secte de chrétiens prouvera par la Bible qu'il y a une seule personne en Dieu, tandis que toutes les autres établiront, en se fondant sur le mênre texte, que la Trinité des personnes est un point évident de la révélation divine, Une autre soutiendra, appuvée sur nos saints livres, que Jésus n'est pas Dieu, D'autres feront appel à la même autorité pour établir sa divinité. Une communion affirmera, sur l'autorité des Ecritures, que le baptème des enfants n'est pas nécessaire pour le salut, tandis qu’une autre prétendra le contraire, Quelques chrétiens, Bible en main, enseigneront qu'il n'v a pas de sacrements, d'autres qu'il n'v en a que deux. Quelques-uns déclareront que la parole inspirée ne renferme pas l'éternité des peines, d'autres vous diront que ce dogme est clairement contenu dans la Bible. Ne voiton pas tous les jours des clergymen qui, sur l'autorité du livre de la révélation, nous indiquent avec une doulcureuse assurance l’année et le jour où la fin du monde doit arriver? Et quand leurs prophéties ne se sont pas réalisées, ils renvoient froidement à une autre époque.
1 cemment plusieurs centaines de femmes des Mormw..s ont présenté une pétition au gouvernement de Washington, protestant contre les entraves qu'on voulait opposer à leurs abominables coutumes de polvgamie. Elles soutenaient que leur système chéri est fondé sur la parole de Dieu.
Tels sont les fruits légitimes de l'interprétation privée. Ne serait-ce pas courir de grands risques que d'en-
treprendre un long voyage sur un vaisseau dont les officiers et l'équipage sont en lutte violente pour expliquer la boussole, et diriger leur course ? Combien n'’estil pas plus dangereux de se confier à des capitaines divisés entre eux sur leschemin qui mène au Ciel. En dehors d'une autorité infaillible, rien ne doit nous satisfaire quand il faut diriger notre course vers l’Eteznité, Dans cette question vitale, il ne devrait y avoir entre ceux qui vous dirigent ni conflit, ni pures conjectures. Ï faut toujours, au gouvernail, une autorité dont la voix vous donne l'assurance, au milieu des plus fortes tempêtes, que lout va bien.
3° Une règle de foi ou un guide complet pour le Ciel doit être capable de nous instruire dans toutes les vérités nécessaires au salut, Les Ecritures toutes seules ne contiennent pas toutes les vérités qu’un chrétien est tenu de croire; elles ne prescrivent pas non plus tous les devoirs que nous sommes tenus de pratiquer. Pour ne citer qu’un exemple, tout chrétien n'est-il pas obligé de sanctifier le dimanche et de s'abstenir ce jour-là de toute œuvre servile ? La pratique de cette loi ne tient-elle pas le premier rang dans l’ordre de nos sacrés devoirs ? Vous pouvez lire la Bible depuis le Gerèse jusqu’à l’Apocalvpse, et vous ne trouverez pas une seule ligne autorisant, établissant la sanctification du dimanche, Les Ecritures ordonnent la religieuse observance du Sabbat, jour que nous ne sanctifions jamais.
L'Eglise catholique enseigne avec raison que Notre- Seigneur et ses apôtres ont prescrit certains devoirs importants de religion qui ne sont pas mentionnés dans les écrivains catholiques (1). Beaucoup de chrétiens, par exemple, prient le Saint-Esprit; pratique qu’on ne trouve nulle part dans la Bible,
Nous devons donc conclure que les Ecritures toutes
(1) Voyez S. Jean, xx1, 25. II. Thessal., 11, 14.
TDR Eee amor
RE
Pme tdétehosramnatas por ch hs
seules ne sauraient constituer un guide suffisant ni une règle de foi, parce qu'elles ne peuvent en tous temps être à la portée de ceux qui ont besoin d'être instruits ; parce qu’elles ne sont pas, par elles-mêmes, claires et intelligibles, même dans les matières de la plus haute importance, parce qu’enfin elles ne contiennent pas toutes les vérités nécessaires au salut,
Plaise au Ciel que nos lecteurs ne soient pas tentés de conclure, par ce que je viens de dire, que l'Eglise est opposée à la lecture des Ecritures ou qu’elle est l'ennemie de la Bible! L'Eglise catholique ennemie de la Bible! Grand Dieu ! quelle monstrueuse ingratitude, quelle basse calomnie dans une pareille accusation! Vous pourriez autant reprocher à la Vierge-Mère d'avoir voulu écraser l'Enfant divin sur son sein qu'accuser l'Eglise, notre mère, de vouloir rejeter au loin le verbe de Dieu. Vous pourriez plutôt également accuser l'homme d'Etat de vouloir détruire la constitution de son pays, tandis qu’il lutte pour la protéger contre les mutilations des démagogues sans principes.
Pendant quinze siècles, l'Eglise a été la seule gardienne et la seule dépositaire de la Bible; et si réellement elle avait redouté ce livre sacré, qui l’empêchait pendant cette longue période, de le mettre en pièces et de le disperser à tous les vents? Elle aurait pu le jeter dans l’abîme de l'Océan comme une mère dénaturée rejc te le fruit de ses entrailles; et qui en aurait été pius sage ?
Que sont devenus ces millions de livres fameux, écrits dans les âges passés? Ils ont presque tous péri. Mais dans le naufrage de l’ancienne littérature, la Bible reste comme un monument solitaire, semblable aux Pyramides d'Egypte, au milieu des ruines qui les entourent. Ces volumes sacrés ont survécu aux révolutions, aux guerres et aux invasions des barbares pendant quinze siècles. Qui les a sauvés de la destruction? L'Eglise
catholique. Sans ses tendres soins, le Nouveau Testament serait un peu moins connu probablement que ‘‘le livre des fastes des rois d'Israël (1).”’
Dans ces temps d’imprimerie à la vapeur, nous avons peine à comprendre combien il en a coûté à l'Eglise pour perpétuer les saintes Ecritures. Des moines instruits, dont on se moque maintenant qu'ils reposent dans leurs tombeaux, étaient constamment employés à écrire ces copies de a sainte Bible. Quand un moine mourait à ce poste, un autre le remplaçait, veillant comme une sentinelle active sur le Verbe de Dieu.
Laissez-moi vous présenter un petit nombre de faits, pour vous donner une idée des travaux que l'Eglise a entrepris pour conserver les Ecritures.
Le Canon de la Bible, comme nous l’avons vu, a été formé au quatrième siècle. À la même époque le pape Damase ordonna de faire une nouvelle et complète tra-
duction des Ecritures en langue latine, la langue alors vivante, non seulement de Rome et de l'Italie, mais de tout le monde civilisé.
Si les Papes avaient craint que la Bible ne vit le jour, c'était un moyen singulier de témoigner leur crainte.
La tâche de préparer une nouvelle édition fut confiée à saint Jérôme, l’hébraïsant le plus savant et le plus instruit de son temps. Cette nouvelle traduction fut répandue dans toute la chrétienté et pour cela appelée Vulgate ou édition répandue, populaire.
Au sixième et au septième siècle, les langues modernes de l’Europe commencèrent à sortir comme de nombreux rejetons, de la souche latine, qui appartenait à la même famille. Les Ecritures se frayèrent bientôt une route dans ces langues nouvelles. Le vénérable Bède qui vivait en Angleterre au huitième siècle, et dont le nom est en grande vénération dans ce pays, traduisit les
(1) III Rois, x1v, 19.
saintes Ecritures en saxon, alors la langue de l'Angleterre. Il mourut en dictant les derniers versets de l'é- ,vangile de saint Jean.
Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry, dans l’oraison funèbre de la reine Anne, épouse de Richard IT, prononcée en 1394, la loue des soins qu'elle mettait à lire les quatre évangiles, Le chef de l'Eglise d'Angleterre ne pouvait condamner dans les autres ce qu'il permettait à la reine.
Sir Thomas More affirme qu'avant Wicleff il y avait en Angleterre une version des Ecritures ‘‘lue avec une dévotion et une sobriété respectueuses par le peuple pieux et bon (1).’’
Si des défenses partielles commencèrent à être portées contre la diffusion de la Bible en Angleterre, au quinzième siècle, elles ont été motivées par la conduite de Wicleff et de ses sectateurs, qui non seulement firent
paraître une traduction, sur laquelle ils greffèrent leurs nouvelles doctrines, mais encore cherchèrent à expliquer les textes sacrés, dans un sens étranger à l’interprétation transmise par la tradition.
Tout en s’efforçant de répandre la parole de Dieu, l'Eglise a le devoir aussi bien que le droit de veiller À ce que les fidèles ne soient pas égarés par des éditions hétérodoxes.
L’'imprimerie fut inventée au quinzième siècle et presque cent ans après, parut la réforme, On nous dit souvent d’un air triomphant (et je suppose qu’il v en a aujourd’hui encore d’assez peu instruits pour le croire), que la première Bible imprimée fut celle de Luther, Voici la vérité: Avant que Luther ne mît la main à l’œuvre, il avait paru en Europe non moins de cinquante-six éditions de la’ Bible, pour ne pas parler de celles de la Grande-Bretagne. Vingt-deux furent publiées en Alle-
(1) Dialog., 3, 14.
magne; une en Espagne; quatre en France; vingt et une en Îtalie; cinq en Flandre et quatre en Bohème.
Si nous arrivons à l'époque contemporaine et que nous ouvrions une Bible anglaise catholique, nous trouverons dans la Préface, une lettre du pape Pie VI recommandant fortement la pieuse lecture de la sainte Bible. Une lettre du pape, c’est la plus haute autorité dans l'Eglise, Vous trouverez aussi, dans la Bible d'Haydock, les lettres des évêques des Etats-Unis, exprimant la douce espérance que cette splendide édition se répandra largement dans leur troupeau.
Ces faits doivent, ce me semble, convaincre tout esprit droit que l'Eglise bien loin d'empêcher de lire la Bible, fait tout ce qu’elle peut pour en favoriser la lecture.
Un gentleman de la Caroline du Nord me disait dernièrement que la première fois qu’il entra dans une librairie catholique, il fut surpris de voir, sur les rayons, un grand nombre de Bibles en vente. Jusqu'à ce moment, il avait admis, sans preuve, l'accusation portée contre les catholiques de ne pouvoir lire les saintes Ecritures. 11 vient d'embrasser la foi catholique.
Et peut-être ici me permettra-t-on de donner le témoignage de mon expérience personnelle durant la longue durée de mes études. Si je me mets en scène, ce n’est pas que je me trouve dans un cas particulier et exceptionnel, mais je veux que mon exemple serve à faire connaître, en ce qui concerne les saintes lettres, le système employé à l'égard des élèves ecclésiastiques dans tous les collèges du monde catholique.
Pendant notre cours d’humanités, on nous faisait chaque jour une lecture de la Bible; arrivés aux plus hautes branches de la Philosophie et de la Théologie, nous avons continué l’étude des saintes lettres, ou, plutôt, elle occupait la plus grande place dans notre programme. Nous lisions en outre tous les jours un chapi-
LME OP ST nn SRE
ot einen ap metéin siens crus sntia-mndntéess
tre du Nouveau Testament, non assis ou debout, mais à genoux, et nous baisions avec respect les pages inspirées. Nous écoutions chaque jour, à notre repas, plusieurs passages choisis de la Bible, et nous portions toujours sur nous un exemplaire du nouveau Testament.
Les étudiants étaient si bien familiarisés avec le livre sacré, que beaucoup d'entre eux, en écoutant plusieurs versets, pouvaient dire quelle partie de la Bible vous lisiez. La seule crainte qu'on nous inspirât à l'égard de la Bible, c'était de la lire sans un vrai respect accompagné d’une certaine frayeur,
Après son ordination, tout prêtre est tenu en conscience, de consacrer tous les jours un peu plus d'une heure à la lecture de la parole de Dieu. Je n’ai jamais entendu dire que les clergymen des autres communions soient liés par les mêmes obligations.
Ce qui est bon pour les prêtres doit l'être pour les laïques. Soyez persuadés que si vous devenez catholiques on ne vous défendra jamais de lire la Bible. Le plus ardent de nos vœux c’est que vous graviez dans votre mémoire et dans vos cœurs toutes les paroles de l’Evangile.