CHAPITRE IX
L'Eglise catholique enseigne aussi que Notre-Seigneur a conféré à saint Pierre la première place d'honneur et de juridiction dans le gouvernement de toute son Eglise, ct que la même suprématie spirituelle a toujours résidé dans les Papes, évêques de © me, en leur qualité de successeurs de saint Pierre. ar être
les vrais imitateurs de Jésus-Christ, tous les curétiens, tant laïques que prêtres, doivent donc être en communion avec le siège de Rome, où saint Pierre règne en la personne de son successeur.
Avant de prouver directement cette vérité, je tiens à établir que, dans l’ancienne loi, le Grand-Prètre désigné par le Dieu Très-Haut remplissait un office semblable à celui du Pape dans la loi nouvelle. Dans l’Eglise juive il y avait des prêtres et des lévites chargés de servir à l'autel; il y avait aussi un tribunal ecclésiastique suprême ayant à sa tête le Grand-Prêtre. Toutes les controverses religieuses lui étaient dévolues. Le Grand-Prêtre jugeait en dernier ressort, et sa sentence devait être exécutée sous peine de mort.
“S'il survient une affaire embarrassée où il soit difficile de discerner entre le sang et le sang, entre une cause et une cause, entre la lèpre et la lèpre... adressez-vous aux prêtres de la race de Lévi et au juge... et
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ils vous découvriront la vérité du jugement que vous en devez porter, Vous ferez tout ce qu'auront dit ceux qui président au lieu que le Seigneur aura choisi, et tout ce qu'ils vous auront enseigné, selon la loi, Vous suivrez leur avis sans vous détourner ni à droite ni à gauche, Mais celui qui s'enflant d'orgueil ne voudra point obéir au commandement du pontife, qui en ce temps-là sera le ministre du Scigneur votre Dieu, ni à l'arrêt du juge, il sera puni de mort, et vous Ôterez le mal du milieu d'Israël (1).
Ce passage montre clairement que le Grand-Prêtre avait, dans la religion juive, la plus haute juridiction en matière religieuse, Par ce moyen l'unité de foi et d'adoration était conservée dans le peuple de Dieu.
La svnagogue, comme saint Paul l'atteste, était le type et la figure de l'Eglise; ‘‘car toutes choses leur arrivaient en figumæ (2). Nous devons donc trouver, dans l'Eglise de Jésus-Christ un juge spirituel exerçant la même autorité spirituelle que le Grand-Prêtre de la loi ancienne, Car si un suprême pontife était nécessaire dans la loi mosaïque pour maintenir la pureté et l'uniformité d'adoration, le même dignitaire est également indispensable de nos jou : pour conserver l'unité de la
foi.
Tout état civil bien réglé a une tête reconnue. Le Président est la tête du gouvernement des Etats-Unis, La reine Victoria gouverne la Grande-Bretagne. Le sultan l'empire Turc, Si les nations n'avaient pas de chef autorisé pour les gouverner, elles seraient bientôt réduies à l’état de simple multitude et l'anarchie, la confusion, la guerre civile en seraient les conséquences inévitables, comme on l’a vu dernièrement pour la France après la chute de Napoléon IIT.
(1) Deutéronome, xvI1, 8, 13.
(AP ECOrINE TX EE.
PRIMAUTÉ DE PIRRE 115
Même dans toute famille bien réglée la paix domestique exige qu'il y ait un chef,
L'Eglise de Jésus-Christ est une société visible, c'està-dire composée d'êtres humains, Elle se propose, il est vrai, une fin spirituelle, mais comme elle doit traiter avec les hommes, elle a besoin d'un gouvernement réglé non moins que les autres sociétés bien organisées, Notre-Seigneur a dû constituer son Eglise au moins dans ses éléments essentiels; car ne doit-on pas lui prêter autant de sagesse qu'aux législateurs humains? Pouvons-nous supposer que, de tous les législateurs, la sagesse incarnée seule ait laissé son royaume sur la terre pour être gouverné sans un chef ?
Quelques-1 s nous diront: “Nous ne nions pas que l'Église ait ur ‘hef, Dieu lui-même est son Roi." C'est éluder la question. Dieu n'est-il pas le chef de tous les gouvernements ? ‘C'est par moi, dit-il, que règnent les rois, et que les législateurs portent leurs décrets (1). Il est le chef reconnu de notre République et de toute société chrétienne répandue sur la terre; mais néanmoins il y a toujours un chef visible qui veille sur les destinées du pays, et qui est le représentant de Dieu sur la terre.
De même, l'Eglise, outre son chef invisible qui réside dans les cieux, doit avoir un chef visible sur la terre. Le corps et les membres de l'Eglise sont visibles ; pourquoi la tête ne le serait-elle pas? L'Eglise sans un chef suprême serait comme une armée sans général; un vais. seau sans capitaine ; un troupeau sans pasteur ; un Corps sans tête.
Les communions chrétiennes séparées de l'Eglise catholique nient que Pierre ait eu une autorité supérieure à celle des apôtres, et voilà pourquoi ils rejettent la suprématie du Pape.
(1) Prov., vus, 15.
L'absence, chez les Protestants, d’un chef visible divinement institué, est pour eux une cause infinie de faiblesse et de dissensions. — C'est une barrière infranchissable contre tout espoir de réunion entre eux, parce qu’ils demeurent sans un centre commun de ralliement, sans base solide d’union, et se trouvent placés dans l’état malheureux de schisme.
Au contraire, l’existence d’un juge suprême des controverses dans l’Eglise catholique est le secret de son admirable unité. C’est la clef de voûte qui relie et soutient l’arche impérissable de la foi.
Par le seul fait d’un chef suprême dans l’Eglise juive ; parce qu’une tête est nécessaire au gouvernement civil, à la famille, aux corporations; par le seul fait surtout qu’un chef suprême est indispensable au maintien de l’union dans l'Eglise, tandis que son absence conduit inévitablement à l’anarchie, nous sommes forcés de conclure, en dehors même de l’évidence positive, que, pour l'établissement complet de son Eglise, il devait entrer dans l’esprit du divin législateur de mettre à sa tête un Primat, investi d’un pouvoir judiciaire suprême,
Pouvons-nous aussi établir par une preuve sensible, que Jésus-Christ a institué un chef suprême dans son Eglise? Pour ceux, du moins, qui lisent les Ecritures avec l’œil simple d’une pure intention, ils ont, à cet égard, l’évidence la plus entière. Selon nous, le Nouveau Testament n’a établi aucune doctrine, s’il ne parvient à prouver à tout lecteur sincère que notre Sauveur a donné à Pierre plein pouvoir de gouverner l’Eglise, Dans ce chapitre je parlerai de la Promesse, de l’Institution et de l’Exercice de la Primauté de Pierre, telle qu’elle est rappelée dans le Nouveau Testament, Le chapitre suivant sera consacré à montrer sa succession à perpétuité dans les Pontifes Romains.
Promesse de la Primauté. — Notre Sauveur, dans une circonstance, demandait à ses disciples: “Que pensent
les hommes du Fils de l’homme?” Ils répondirent: ‘“‘Les uns disent que vous êtes ” an-Baptiste; d’autres Elie ; d’autres Jérémie ou un des Prophètes. Mais v ‘15, reprend Jésus, qui pensez-vous que je suis?” Pierre comme toujours est ici le chef, l’orateur, l'organe du collège Apostolique. ‘Vous êtes, répondit-il, le Christ fils du Dieu vivant. Et Jésus ajouta: Vous êtes heureux Simon, fils de Jean, parce que la chair et le sang ne vous l'ont pas révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes de l’Enfer ne prévaudront jamais contre elle. Je vous donnerai les clefs du royaume du Ciel, tout ce que vous lierez sur la terre le sera dans le Ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel (1).”” Nous trouvons ici Pierre confessant la divinité de Jésus-Christ et comme récompense il reçoit la promesse de la Primauté.
Notre Sauveur, par ces paroles ‘‘vous êtes Pierre’? fait clairement allusion au nom qu’il donnait à Simon, en le recevant au nombre de ses disciples (saint Jean, I, 42). Il révèle maintenant les motifs de ce changement de nom, qui était de nature à faire pressentir l’honneur que Jésus allait lui accorder, en le nommant Président de la République chrétienne. Dieu changea le nom d’Abram en celui d'Abraham, quand il le choisit pour être le père d’une grande nation.
Le mot Pierre, dans la langue syro-chaldaïque parlée par notre Sauveur, signifie Rocher. Cette phrase peut se tourner ainsi: ‘Tu es rocher et sur ce rocher je bâtirai mon église.” Tous les commentateurs pratestants respectables ont eux-mêmes abandonné l'hypothèse absurde et ridicule d’attribuer le mot rocher à un autre qu’à Pierre. La phrase, en effet, ne comporte pas d’au-
(1) S. Matth., xv1. 13-19.
tre construction, à moins qu'on ne révoque en doute le bon sens de notre Sauveur et sa science grammaticale,
Jésus, notre Seigneur, n'a fondé qu'une Eglise et il a voulu la fonder, la bâtir sur Pierre. Dès lors, toute église qui ne reconnaît pas Pierre comme son fondement n'est pas l'Eglise de Jésus-Christ et ne peut par conséquent rester debout, car elle n'est pas l'œuvre de Dieu. C'est évident. Plaise à Dieu que tous voient la vérité telle qu'elle est, avec des yeux exempts de tout préjugé.
I continue : ‘Et je vous donnerai les clefs du royaume du Ciel.” \utrefois, et particulièrement chez le peuple Juif, les clefs étaient l'emblème de la juridiction. Dire qu'un homme avait reçu les clefs d'une cité, c'était dire qu'il en avait été nommé le gouverneur, Au livre de l’Apocalvpse, notre Sauveur dit “qu'il a les clefs de la mort et de l'Enfer (1). Ce qui signifie qu'il a tout pouvoir sur la mort et sur l'Enfer. De fait, même aujourd’hui, est-ce que la présentation des clefs ne réveille pas parmi nous l'idée d'autorité? Si le maître d'une maison, en l’abandonnant pour la saison d'été, dit à un ami: ‘Voilà les clefs de la maison,"" cette simple déclaration, sans le moindre mot d'explication, ne réveille-t-elle pas cette idée : ‘Je vous donne tout contrôle dans ma maison, vous pouvez admettre ou refuser qui vous plaira. Vous me représentez en mon absence ?”? Appliquons le même sens aux paroles de notre Rédempteur, Quand il dit à Pierre : ‘Je vous donnerai les clefs,” il veut faire entendre: Je vous donnerai l'autorité suprème sur mon Eglise, qui est la citadelle de la foi, ma Jérusalem terrestre, Vous et vos successeurs, vous serez mes représentants visibles, jusqu'à la fin du monde. Rappelez-vous que ces paroles ont été adressées à Pierre seul, et non à d’autres apôtres.
-lccomplissement de la promesse. — La promesse que
(ti Apoc., 1, 18.
notre Rédempteur avait faite d'établir Pierre le chef suprême de son Eglise, est exécutée dans le passage suivant: ‘‘Jésus dit à Simon-Pierre: Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? [1 lui répondit: Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. Îl ajouta: Simon, fils de Jean, m'aimestu? Pierre répondit: Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime, Jésus lui dit: Pais mes agneaux. Pour la troisième fois, Jésus lui demande: M'aimestu? Et Pierre continue de répondre: Seigneur, toutes choses vous sont connues ; VOUS Savez que je vous aime, Jésus lui dit: Pais mes brebis (1).
Ces paroles furent adressées par Notre-Seigneur à Pierre après sa résurrection. Tout le troupeau lui est confié sans exception ni limite. Pier: n’a pas seulement juridiction sur les agneaux, — la portion la plus faible et la plus tendre du troupeau, — celle qui représente les fidèles; mais encore sur les brebis, c'est -dire sur les pasteurs eux-mêmes, qui tiennent à l'égard de leurs églises la place des brebis à l'égard des agneaux. Une portion du troupeau est confiée aux autres pasteurs; à Pierre le troupeau tout entier. Jésus, en effet, n'a jamais dit à un apôtre ni à un évêque ce qu'il a dit à Pierre: Pais tout mon troupeau.
Lecteur impartial, ne vous flattez-vous pas d'appartenir au troupeau de Jésus-Christ ? Oui, me direz-vous. Recevez-vous votre nourriture spirituelle de Pierre, et de son successeur ? Entendez-vous la voix de Pierre, ou vous êtes-vous égaré dans la bergerie des étrangers qui méprisent cette voix ? Pesez bien cette grave question. Si en effet Pierre a reçu le pouvoir de nourrir les agneaux du troupeau de Jésus-Christ, ceux-ci doivent écouter Sa VO'x.
Exercice de la primauté. — Dans les Actes des An°-
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