‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 34 sur 83 · CAEN" 7 TRUE EP DM ES · texte numérisé non relu

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Parce que la doctrine de l’infaillibilité papale est très mal comprise par nos frères séparés, parce que ceux qui se disent les ministres éclairés de l'Evangile la présentent sous un faux jour, je commencerai par établir ce qu'elle n’est pas, et je développerai ensuite ce qu’elle est.

1° L’infaillibilité des papes ne signifie pas qu’ils sont inspirés. Les apôtres ont été gratifiés du don d’inspiration, et nous acceptons leurs écrits comme la parole révélée de Dieu.

Aucun catholique au contraire ne soutient que le Pape soit inspiré, ni favorisé d’une révélation divine proprement dite.

“Car, le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre, afin qu'ils puissent répandre au loin les nouvelles doctrines qu’il leur aurait révélées, mais af”. que, grâce à son assistance, ils puissent garder inviolable, et expliquer avec fidélité, la révélation ou le dépôt de la foi transmis par les apôtres (1).”’

2° L'infaïlibilité dans le pape ne signifie pas qu'il est impeccable, qu’il est particulièrement exempt de toute attache au péché. Les papes, à quelques exceptions près, ont mené une vie pure. Plusieurs sont honorés

{4} Conc. Vat. Const. Pastor .Eternus, Cap. 1v.

comme martyrs. Parmi les deux cent cinquante-neuf qui se sont assis sur la chaire de Pierre, soixante-dixneuf sont invoqués sur nos autels comme saints, et ils doivent cette gloire à une vraie sainteté.

Les ennemis déclarés de l'Eglise n'accusent que cinq ou six papes d'immoralité, Ainsi, même en admettant la vérité de pareilles accusations, nous avons quarantetrois papes vertueux pour un seul mauvais, tandis qu'il y a eu un Judas sur douze apôtres.

Mais quand même, pour la plupart, les souverains pontifes auraient été assez malheureux, assez infidèles Pour mener une vie coupable, cette circonstance n'infirmerait en rien la réalité des prérogatives qui leur Sont accordées, non pour préserver leur moralité, mais pour les guider, les diriger dans l’enseignement. I! \ eut un Balaam parmi les prophètes, et un Caïphe parmi les grands-prètres de la loi ancienne.

L* illustre pontife actuel n'est pas un homme d'une sainteté ordinaire, Il a déjà rempli les plus hautes fonctions de l'Eglise depuis plus de trente ans, ‘‘i] est un Spectacle digne de l'admiration des hommes et des anges, ”” et personne n'a pu découvrir une tache sur son caractère moral.

Pie IX cependant, comr::: ses prédécesseurs, confesse ses péchés chaque semaine. Tous les matins, au commencement de‘la messe, il dit au pied de l'autel: dé 7 confesse à Dieu Tout-Puissant et à ses saints que J'ai beaucoup péché par pensées, par paroles et par actions.” À l'offertoire de la messe il dit aussi: ‘Recevez, Père saint, Tout-Puissant et Eterne], cette victime que moi, votre indigne serviteur, j'offre pour mes péchés innombrables, pour mes offenses et pour mes négligences."

Je ne comprends pas comment, avec de tels exemples sous les veux, les ministres de l'Evangile peuvent tra-

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de malice, pour proclamer, du haut de leurs chaires

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qui devraient être consacrées à la vérité, que le mot infaillibilité veut dire exemption de péché. Je ne vois pas, non plus, comment ils peuvent atteindre leur but en altérant la vérité d’une manière si flagrante.

3° Persuadez-vous bien que cette assistance est garantie au Pape, non en qualité de docteur privé, mais parce qu’il est homme public, chef suprême de l'Eglise, juge souverain de la foi et des mœurs. Si un pape, Benoît NIV, par exemple, écrivait un traité sur le droit canonique, son livre serait soumis à la critique, comme ceux des autres docteurs de l'Eglise.

4° Enfin l’infaillibilité du pape est restreinte aux questions de foi et de mœurs; elle ne s'étend donc pas aux sciences naturelles, telles que ia Géologie, l’Astronomie, à moins que l'erreur présentée sous le faux nom de science ne s'élève contre la vérité révélée (1). Elle n’a aucun rapport avec la nature et le mouvement des pla-

nètes. Elle ne regarde pas les questions purement politiques, comme sont la forme de gouvernement qu’une nation doit adopter, ou le sujet qu’elle doit choisir.

Par conséquent l’infaillibilité du Pape ne doit, en aucune manière, empiéter sur le pouvoir civil. La juridiction du Pape porte sur les matières spirituelles, tandis que le devoir de l’Etat est de pourvoir au bien-être temporel de ses sujets.

Quelle est donc la vraie doctrine de l’infaillibilité ? La voici. Elle signifie simplement que le Pape, en tant que successeur de saint Pierre, prince des apôtres, en vertu des promesses de Jésus-Christ, est préservé de tout jugement erroné, quand il promulgue par toute l'Eglise une décision de foi ou de morale.

Le Pape, qu’on le sache bien, ne fait pas les lois divines, il en est l’interprète. Il n’est pas l’auteur de la révélation ; il la propose. Toute révélation nous est d'a-

(x) Conc. Vat. Const. Dei Filius, cap. 1v; Coloss., 11, 8.

bord venue de Dieu seul par ses ministres inspirés, elle a été complète dès le commencement de l'Eglise, Le Saint-Père n’a pas plus d'autorité que vous et que moi pour retrancher un seul iota, ou un seul article de la sainte Ecriture, comme nous aussi il est serviteur de la loi chrétienne,

En un mot, le pape est à l'Eglise ce que le ministre de la justice est aux Etats-Unis. Nous avons une formule authentique, connue sous le nom de Constitution des Etats-Unis, qui est la charte de nos libertés et de nos droits civils. Si une controverse s'élève entre deux Etats au sujet d’une clause constitutionnelle, la question est référée en dernier ressort à la cour suprême de Washington. Le ministre de la justice, avec les juges qui lui sont donnés comme assesseurs, examine le cas, prononce son jugement qui est définitif, irrévocable et pratiquement infaillible.

S'il n’y avait pas une cour semblable pour régler les questions constitutionnelles, la Constitution elle-même deviendrait bientôt lettre morte. Tout opposant déciderait consciencieusement la querelle en sa faveur, il en résulterait l'anarchie, le désordre et la guerre civile. Par cette cour suprême les dissensions sont terminées, et l'union politique des Etats-Unis maintenue. Nous n’aurions pas eu la guerre civile de 1861, si nos querelles domestiques avaient été soumises à l’action légitime de la haute cour de justice, au lieu d'être laissées à l'arbitre de l'épée.

La parole révélée de Dieu est la constitution de l’Eglise. C’est la Magna charta, la grande charte de nos libertés chrétiennes. Le Pape est le gardien officiel de notre constitution religieuse, comme le ministre de la justice l’est de notre constitution civile.

Quand un doute s'élève dans l’Eglise sur le sens de l'Ecritur, on en réfère au Pape pour une décision finale. Avant de trancher ie cas, le Souverain Pontife

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réunit autour de lui ses vénérables collègues, les cardinaux de l'Eglise; ou bien il convoque les juges qu'on lui adjoint pour les questions de foi, les évêques de la chrétienté; ou bien encore il a recours aux autres lumières que le Saint-Esprit ‘11 suggère. Alors, après une môûre délibération suivie de prières, il prononce son jugement et sa sentence est finale, irrévocable, infaillible.

Si l'Eglise catholique n'avait pas été dotée de ce tribunal suprême divinement institué, elle se serait divisée, comme les sectes qui l’entourent, en mille fragments, et l’anarchie en aurait été la conséquence. Grâce à cette cour suprême et infaillible, son unité se conserve dans l’univers. La doctrine de l'infaillibilité pontificale est donc la clef de voûte de l’arche de l'Eglise et, loin de soulever des objections, elle devrait commander la supréme admiration de tout esprit réfléchi.

C&s explications données, abordons promptement le terrain de la doctrine elle-même.

Le passage suivant de l'Evangile, répété bien des fois, s'adresse exclusivement à Pierre: ‘‘ fu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Enfer ne prévaudront jamais contre elle (1).”’

‘‘Moi, qui suis le souverain architecte de l'univers, dit le Sauveur, j'établirai une église qui durera jusqu’à la fin des temps. Je donnerai à cette église des fondements si profonds et si solides que les vents et les tempêtes de l'erreur ne pourront rien contre elle. Toi Pierre, tu en seras le fondement. Elle ne tombera jamais en ruine, parce que tu ne seras pas ébranlé, et tu ne seras pas ébranlé, parce que tu reposes sur moi qui suis le roc de la vérité.”

L'Eglise dont Pierre est constitué le fondement est déclarée infaillible, c’est-à-dire à l’abri de l’erreur. Comment pouvez-vous supposer un édifice inébranlable bâti

(1) S. Mathieu, zvi.

sur un fondement mal assis ? Car ce n’est pas l'édifice qui supporte le fondement, mais le fondement qui supporte l'édifice.

‘Je te donnerai les clefs du royaume du Ciel {2} Oui, tu auras les clefs de la vérité avec lesquelles on peut ouvrir aux fidèles les trésors de la science divine. ‘Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le Ciel. (2).” Je ratifierai dans le ciel le jugement que tu auras porté sur la terre. À coup sûr, le Dieu de vérité est incapable de sanctionner un jugement erroné.

“Voilà que Satan a désiré vous avoir (vous mes apôtres), pour vous passer au crible comme du froment. Mais j'ai prié pour toi (Pierre), afin que ta foi ne défaille pas. Une fois converti, confirme tes frères (3).”

Remarquez bien que Jésus prie seulement pour Pierre en particulier, parce que ses épaules devaient supporter l'Eglise. Notre-Seigneur demande deux choses: 1° que la foi de Pierre et de ses successeurs ne défaille pas; 2° que Pierre confirme ses frères dans la foi, ‘afin, comme dit saint Léon, que la force donnée par Jésus- Christ passe aux apôtres.”

Nous savons que la prière de Jésus est toujours exaucée, Voilà pourquoi la foi de Pierre sera toujours inébranlable. Il était destiné à être l’oracle que tous doivent consulter. Voilà pourquoi nous voyons toujours sa figure se dessiner d’une manière saillante au-dessus de tous les autres apôtres. Il est, en toute occasion, le premier à parler, le premier à agir. C'était l'étoile qui devait les conduire au repos de la foi dans la paix de la vérité. I1 devait être, dans la hiérarchie de l’Eglise, ce qu'est le Soleil dans le système planétaire, — le centre autour duquel tout devait opérer sa révolution. Et n'est-ce pas un beau spectacle, s’harmonisant bien avec

(1) S. Matthieu, xvi.

(2) Ibid.

(3) S. Luc, xx, 31, 32.

l'idée que nous avons d# la providence de Dieu, que de contempler, dans son Eglise, une reproduction du système planétaire qui se déroule sur nos tètes ? Là, toutes les planètes obéissent dans leur révolution à une loi uniforme, toutes accomplissent leur marche régulière autour du luminaire principal. Pareillement dans l'ordre spirituel, nous voyons tous les membres de l'Eglise gouvernés par une seule loi, dirigés par une seule voix; cette loi et cette voix sont l'écho de Dieu.

‘‘Pais mes agneaux; pais mes brebis (1)."" Pierre est nommé par Notre-Seigneur pasteur universel de son troupeau, — des agneaux et des brebis, c'est-à-dire pas: teur des évêques et des prêtres comme de tout le peuple. Les évêques sont pasteurs par rapport à leur troupeau, et brebis par rapport au Par: qui est le pasteur des pasteurs. Le Pape, comme pasteur, doit nourrir son troupeau, non avec le poison de l'erreur, mais avec la saine nourriture de la doctrine. Ce n'est pas le pasteur, mais le mercenaire qui présente un aliment pernicieux à son troupeau.

Parmi les conciles généraux qui ont été tenus dans l'Eglise, j'en mentionnerai seulement trois dont les actes suffisent largement pour venger l'infaillibilité du siège de Rome et des Pontifes romains, Je désire attirer votre attention sur trois faits: 1° qu'aucun de ces conciles n’a été tenu à Rome; 2° que l’un d’entre eux a été réuni dans l'Orient à Constantinople ; 3° que dans chacun de ces conciles, les évêques orientaux et occidentaux se sont rassemblés dans le dessein de consommer l'union.

Le huitième concile général, tenu à Constantinople en 869, contient la solennelle profession de foi qui suit : ‘‘Le salut dépend surtout des soins que l’on prend de garder la règle de la vraie foi. Il nous est impossible de ne tenir aucun compte des paroles de Notre-Seigneur

(1) S. Jean, xxt, 16, 17.

Jésus-Christ qui dit: ‘Tu es Pierre et sur ce‘te pierre je bâtirai mon Eglise,'’ car ce qui a été prédit a été confirmé par les faits. Sur le siège apostolique, la religion catholique a toujours été conservée immaculée, et la sainte doctrine proclamée, Ne voulant à aucun prix vivre séparés de cette foi et de cette doctrine, nous désirons être dignes de rester dans la seule communion que défend le siège apostolique, où l’on trouve la vraie et profonde solidité de la religion chrétienne.”

Ce concile déclare, en termes très clairs, que la pure doctrine a toujours été conservée et prêchée par le siège de Rome. Comment aurait-on pu le dire si ce dernier était jamais tombé dans l'erreur ? Comment ce siège aurait-il été préservé de toute erreur, si les Pontifes romains qui le président avaient pu s'égarer dans la foi ?

Au second concile général de Lyon 1274, les évêques grecs dressèrent la profession de foi suivante: ‘La sainte Eglise Romaine possède toute primauté et toute principauté sur l'Eglise catholique universelle, Elle proclame, et à bon droit, que toute la plénitude de son pouvoir ‘ui a été transmise par Notre-Seigneur lui-même, dar , la personne du bienheureux Pierre, prince et chef des apôtres, dont le Pontife Romain est le successeur. Comme le siège de Rome est, avant tous les autres, chargé de défendre la vraie foi, ainsi pareillement si une question de foi s'élève, c’est par son jugement qu’elle doit être définie.”

Ici le concile de Lyon déclare que is Pontifes Romains ont le pouvoir de terminer, d’une manière définitive et sans appel, les questions de foi qui s'élèvent dans l'Eglise.

En d’autres termes, le concile leur reconnaît le titre. de juges suprêmes et infaillibles de la foi.

“Nous définissons, dit le concile de Florence 1439, où se trouvaient les évêques grecs et latins, nous défi nissons que le Pontife Romain est le successeur du bien-

heureux Pierre, prince des apôtres, vrai vicaire de Jésus- Christ, la tête de toute l'Eglise, le Père et le Docteur de tous les chrétiens: et nous déclarons qu'il lui a été donné, en la personne du bienheureux Pierre, plein pouvoir de nourrir, gouverner et diriger l'Eglise universelle.””

Le Pape est ici appelé le vrai vicaire ou représentant du Christ dans ce petit royaume de son Eglise militante, c'est-à-dire que le Pape est l’organe de notre Sauveur et nous communique sa doctrine sur la foi et la morale. Mais si le Pape pouvait errer dans ia foi et dans la morale, il ne serait pas le vrai vicaire de Jésus-Christ et son vrai représentant. Notre ministre d'Angletc:re, par exemple, ne serait pas vraiment le représentant de notre Gouvernement s’il n’était pas l'organe fidèle de sa politique. Le Pontife Romain est appelé la tête de toute l'Eglise, c’est-à-dire la tête visible. L'Eglise qui est le corps du Christ est infaillible. Elle est, comme dit saint Paul, ‘‘sans souillures, sans rides et sans rien de semblable.”” Comment pouvons-nous supposer un corps infaillible avec-une tête qui pourrait faillir? Comment une tête sujette à l'erreur pourrait-lle conduire un corps dans les voies de la justice et de la vérité ?

Le même concile le proclame Père et Docteur de tous les chrétiens. Pouvez-vous trouver une famille qui ne soit pas dans l'erreur, quand le père s'égare ?

On désigne le Pape sous le nom de maître et de docteur universel. Maître de quoi? De la vérité, non de l'erreur. L’erreur est à l’Lsprit ce que le poison est au corps. Vous n’appelez pas le poison, nourriture: vous ne pouvez pas dire que l'erreur soit la doctrine. Le Pape,

.en tant que maître universel, doit toujours donner aux fidèles non la nourriture empoisonnée de l’erreur, mais le solide aliment de la pure doctrine,

Enfin, le Pape est aussi désigné sous le nom de Pilote de Eglise. Ce n'est pas sans une intention mystérieuse

que Not:e-Seigneur est entré dans la barque de Pierre, plutôt que dans celle des autres apôtres. Cette barque, dont Notre-Seigneur s’est constitué le pilote, ne s'enfoncera iamais, ni ne s’écartera jamais de sa route.

Comment imaginer une barque à l’abri de la tempête, incapable de s’égarer dans sa route, quoique dirigée par un pilote qui peut se tromper ?

Le concile du Vatican, en promulguant, en 1870, l’infaillibilité du Pape, n’a pas créé une nouvelle doctrine, mais il a confirmé celle qui était déjà établie. En proclamant ce dogme, l’Eglise confirme comme loi un principe qui a toujours existé comme fait.

Je puis rendre ce point de doctrine plus clair par un exemple tiré encore de la cour suprême, Quand le ministre de la justice tranche une question de constitution, sa décision, quoique présentée sous une forme nouvelle, ne peut être considérée comme une nouvelle doctrine, puisqu'elle est basée sur l'esprit et la lettre de la constitution.

De même, quand l'Eglise promulgue un nouveau dogme de foi, ce décret n’est rien moins qu’une nouvelle manière d'exprimer une doctrine ancienne, parce que la décision doit être tirée du verbe de Dieu révélé.

La méthode suivie par l'Eglise dans la question de l'infaillibilité du Pape, elle l'avait déjà employée pour le dogme de la divinité de Jésus-Christ, Notre Sauveur a été reconnu comme Dieu depuis le commencement de l'Eglise.

Toutefois sa divinité ne fut formellement définie qu’au concile de Nicée, tenu au quatrième siècle; elle ne le serait pas encore, si elle n'avait été niée par Arius. Qui oserai nous dire que cette croyance a pris son origine dans le quatrième siècle ?

La pratique que nous allons mentionner a toujours existé dans l'Eglise de Dieu, depuis le commencement de son histoire. Toutes les fois que les évêques ou les

conciles généraux promulguaient une doctrine, ou condamnaient une erreur, ils transmettaient toujours leurs décrets à Rome pour les faire confirmer ou rejeter. Ce que Rome approuvait, l'Eglise l’approuvait, ce qu’elle condamnait, elle le condamnait pareillement.

Ainsi, au troisième siècle, le pape saint Etienne retire la décision rendue par saint Cyprien de Carthage, et par tout un concile d'évèques d'Afrique, concernant la question du baptême.

Le pape saint Innocent I”, au cinquième siècle, condamne l’hérésie Pélagienne; c’est à ce sujet que saint Augustin a écrit ces mémorables paroles : ‘Les actes de deux conciles ont été envoyés à Rome, qui nous a transmis une réponse, la cause est finie, plût à Dieu que la chose le fût aussi.”

Au quatorzième siècle, Grégoire XI condamne l’hérésie de Wicleff.

Le pape Léon X, au seizième siècle, anathématise Luther. Innocent X, à la sollicitation des évêques français, condamne les subtiles erreurs des Jansénistes, et au dix-neuvième Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée-Conception.

Nous trouvons donc les papes condamnant à diverses époques les hérésies et proclamant les doctrines de foi. Ils ne pouvaient affirmer plus fortement leur infaillibilité, qu’en définissant les doctrines de foi et en condamnant les erreurs. Nous voyons aussi les Eglises de la chrétienté accepter toujours les décisions des évêques de Rome. Il faut évidemment conclure que l'Eglise a toujours reconnu les papes comme maîtres infaillibles.

Tout gouvernement indépendant doit avoir un suprème tribunal, régulièrement établi pour interpréter des lois, et pour décider les controverses qui pourraient surgir. C'est ainsi que nous avons à Washington la Cour suprême des Etats-Unis.

L'Eglise catholique a maintenant son organisation

complète et indépendante, aussi complète dans sa sphère spirituelle que le gouvernement des Etats-Unis l’est dans l’ordre temporel. L'Eglise a ses lois propres, son autonomie et son gouvernement. Elle doit donc avoir, comme les sociétés civiles, un pouvoir suprême permanent et stable chargé d’interpréter ses lois, et de terminer les controverses religieuses.

Qu'est-ce qui constitue cette cour suprême et permanente de l'Eglise? Se compose-t-elle d’évêques réunis en concile général? Non, car ce n’est pas un tribunal ordinaire mais extraordinaire que celui qui se réunit à peu près une seule fois chaque siècle. Est-il composé d’évêques répandus dans le monde? Nullement, car il serait impossible de consulter tor:s les évêques de la chrétienté sur toutes les questions qui de temps en temps s'élèvent dans l’Eglise. Le poison de l'erreur pourrait facilement se répandre dans tout le corps de l'Eglise avant qu’une décision ait été rendue par:les prélats dispersés dans le monde. Le Pape alors, comme chef de l'Eglise catholique, constitue à juste titre ce tribunal suprême.

Puisque la mission de l’Église est de diriger les hommes dans le chemir de la vérité, et de les préserver de toute erreur, il en résulte que celui qui a reçu la charge de gouverner l'Eglise doit être infaillible dans l'exercice officiel de sa charge, comme juge de la foi et de la morale. Il faut que les prérogatives du Pape soient appropriées et adaptées à la nature de la constitution qu'il doit sauvega der. La constitution est divine, elle a donc besoin d’un interprète d'vinement assisté.

Mais, me direz-vous, l’infaillibilité est une prérogative trop sublime pour qu'elle puisse être accordée à un simple mortel, Je réponds: Dieu n’a-t-il pas jadis revêtu ses apôtres de pouvoirs bien plus grands? Ils ont eu en partage le don de l'inspiration, ils ont été autant de branches qui nous ont transmis la révélation de Dieu,

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dont les Papes sont les simples gardiens. Si Dieu a pu se servir des hommes pour en faire les organes de son verbe révélé, est-il impossible qu’il établisse ces mêmes hommes gardiens et interprètes de sa parole? Assurément l’apôtre qui nous donne le verbe inspiré est bien supérieur au pape qui nous le transmet d’une manière infaillible.

Si notre divin Sauveur était resté visiblement au milieu de nous, cet interprète serait inutile, puisqu'il nous expliquerait lui-même son Evangile.

Mais il a retiré sa présence sensible, il était donc raisonnable qu'il établit un représentant chargé de nous expliquer le sens de sa parole.

Un évêque protestant, prononçant naguère un discours contre l’infaillibilité du pape, se servait du langage suivant: ‘‘Pour moi, j'ai une Bible infaillible, c’est la seule que je reconnaisse.”’ Cette assertion en

apparence plausible ne saurait servir un seul instant de base à une solide critique.

Examinons, monsieur, si une bible infaillible vous suffit. Ou vous êtes infailliblement certain que votre interprétation de la Bible est correcte, ou vous ne l’êtes pas. Si vous en êtes infailliblement certain, vous affirmez pour vous-même et pour tout lecteur de la Bible une infaillibilité personnelle que vous refusez au Pape, et que nous réclamons r our lui seul. Vous faites de tout homme son Pape. Si vous n’êtes pas infailliblement certain que vous comprenez la vraie signification de toute la Bible, vous avez tort alors d’invoquer l’infaillibilité de la Bible, car, je vous le demande, de quelle infaillibilité est pour vous l’infaillibilité objective de la Bible, sans un interprète infaillible ?

Si Dieu, comme vous l’affirmez, n’a pas laissé d’interprète infaillible de sa parole, ne l’accusez-vous pas implicitement d'agir d’une manière insensée ? Ne le seraitce pas, en effet, d’avoir révélé la vérité à l’homme

sans lui fournir les moyens efficaces d’en connaître la véritable signification ?

Ne faites-vous pas du verbe de Dieu, un chaos de contradictions semblables aux livres de la Sibylle, qui donnaient des réponses ambiguës s’adaptant aux désirs de tous ceux qui venaient consulter l’oracle ?

Parmi les centaines de sectes et plus, qui existent maintenant dans notre pays, en est-il une légale qui ne s'appuie sur l’autorité de la Bible ? n’est-il pas vrai cependant que chaque membre en tire une signification différente contraire à celle de son voisin ? Dans l'esprit de Dieu les Ecritures ne peuvent avoir qu’un sens unique. Cette multitude d’interprétations n'est-elle pas le fruit le plus amer de votre principe? Vous m'invitez à boire à la source de vie; mais de quelle utilité peuvent être ces eaux à mes lèvres desséchées, puisque vous avouez qu'elles ont pu être corrompues en passant par votre interprétation ? Au contraire, comme l’enseignement catholique à ce sujet est satisfaisant et raisonnable!

D'après son système Jésus-Christ dit à tout chrétien : Voici, mon enfant, le verbe de Dieu, et avec lui je te laisse un guide infaillible qui t'en découvrira le sens caché et résoudra toutes ses difficultés.

Voici les eaux de la vie éternel’: mais j'ai creusé un canal qui vous les transmettra dans oute leur intégrité, sans mélange d’erreur. Voici la constitution écrite de mon Eglise. J’ai mis à ses côtés un tribunal suprême en la personne de celui (auquel j’ai donné les clefs du royaume du Ciel). C’est lui qui rendra cette constitution inviolable, et ne permettra pas qu’elle soit déchirée en lambeaux par les différentes opinions des hommes. Ainsi mes enfants ne feront qu’un, comme mon Père et moi ne faisons qu’un.

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