FI CE QUE LES PAPES ONT FAIT POUR ROME
Quoique le pouvoir temporel du Pape soit dans l'intérêt de l'Eglise universelle, il n’y a pas de peuple qui doive plus regretter le pouvoir temporel du Pape que les Italiens, et surtout les habitants de Rome.
C'est le séjour des Papes à Rome qui a contribué à Sa grandeur matérielle et religieuse, Les Pontifes en ont fait le centre du christianisme, la reine de la religion, la maîtresse des arts et des sciences, la dépositaire de la science sacrée,
Par leur esprit à la fois créateur et conservateur, ils ont sauvé les monuments illustres du passé, Is ont successivement élevé les temples chrétiens qui surpassent ceux du paganisme antique. En considérant aujourd'hui ces vieux monuments romains, on ne sait ce qu’il faut admirer le plus, ou le génie de ceux qui les ont conçus ou élevés, ou les tendres soins des Souverains Pontifes qui ont sauvé de la ruine ces restes vénérables. Le séjour des Papes dans Rome a fait de cette ville ce qu'elle est vraiment: La Ville Eternelle.. .
Que les Papes quittent Rome pour toujours et en cinq ans l'herbe croîtra dans les rues.
C'est ce qui s’est vu en 1418 à l’époque du retour des papes d'Avignon, qui avait été le séjour des Souverains Pontifes pendant le siècle précédent. La ville de Rome ne comptait alors que 17,000 habitants, Avignon qui, pendant le séjour des papes, contenait 100,000 personnes, n'a plus que 26,000 habitants. La même chose s'est renouvelée au commencement du siècle, lorsque Pie VIT fut exilé de Rome pour quatre ans et devint le prisonnier de Napoléon à Grenoble, à Savone et à Fon-
MORTE NE De Co RUE
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tainebleau. L'herbe poussa dans les rues de Rome et la ville perdit la moitié de sa population.
Par sa position, Rome n'a aucun débouché commercial, La présence du pape entretient seule son négoce. Que les pape. quittent Rome, et ses églises seront bientôt sans adorateurs et ses artistes sans emploi. Ses beaux monuments périront. La science, les arts et la littérature sacrée prendront leur essor et iront se fixer en des lieux privilégiés. Les cent mille étrangers qui accourent à Rome des différentes parties du monde, secoueront la poussière de leurs pieds et chercheront des villes plus sympathiques,
Que les papes s'éloignent de Rome et cette ville sera bientôt aussi désolée que Jérusalem et Antioche le sont aujourd’hui.
P'erre fit entendre pour la première fois sa voix dans Jérusalem, mais il ne la choisit pas pour y fixer son siè-
ge. Cette ville maintenant est mahométane et elle voit les lieux les plus sacrés profanés par le pied de l’infidèle.
Pierre résida pour un temps dans la ville d'Antioche et y fixa son premier siège. Par un mystérieux dessein de la Providence, il l’abandonna pour se diriger vers Rome. Antioche est à cette heure un village désert où l'on ne voit presque plus pierre sur pierre, ni un seul monument debout pour en rappeler l'ancienne splendeur.
Si les papes étaient restés à Antioche, l'Asie, la contrée du monde qui compte le plus d’idolâtres, serait maintenant très probablement, à la place de l'Europe, le centre du christianisme et de la civilisation. Sans nul doute, le dôme immortel de Saint-Pierre couvrirait de son ombre ks rives de l'Oronte et non celles du Tibre. Antioche et non Rome serait le foyer des arts, des sciences, de ia littérature sacrée et on l'appellerait aujourd'hui la Ville Eternelle,
Notre pontife bien-aimé, Pie IX (1), comme vous le savez, est maintenant indignement traité dans sa ville. Sur la fin de sa vie comme aux premiers jours de son pontificat, il est destiné à boire jusqu’à la lie le calice d'amertume. Son nom nous est cher à tous, Pour plusieurs d’entre nous il nous est bien connu depuis l’enfance. Trente ans se sont écoulés depuis qu'il a pris les rênes du gouvernement. Ii est à remarquer que depuis saint Pierre aucun pape n'a régné aussi longtemps que
Pie IX.
Comme son divin Maître, le Pape a, dans tous les âges, sa période de persécution et de paix. Comme lui, il a ses jours de douleur et de joie, d’humiliation et de mort, d’exaltation et de gloire. Comme Jésus-Christ, il est un jour salué roi; un autre il est crucifié par ses ennemis.
Jamais le Saint-Père ne fait paraître d'une manière plus forte son titre de vicaire du Christ qu’au milieu des tribulations (2). S'il ne souffrait pas, il ne porterait pas la ressemblance de son divin maître et modèle. Jamais
(1) Quand ces lignes ont été écrites, Pie IX était alors le pontife régnant. Il est mort le 7 février 1878.
(2) 11 y a quelque temps mon attention fut attirée par une excommunication (ou malédiction) que la presse de la Caroline du Nord répandait alors au loin. (L’excommunication) est attribuée au Saint-Père et fulminée contre Victor-Emmanuel. Dans cet anathème, les mots excommunié et damné sont employés avec la plus extrême confusion. Quand cette basse calomnie fut divulguée, on publia aussi un article qui en montrait la fausseté. Mais nous craignons que beaucoup ne lisent cette charge calomnieuse sans en avoir la réfutation.
Pour cette (excommunication) contre Victor-Emmanuel si calomnieusement attribuée au Pape, je déclare de la manière la plus positive que ni Pie IX ni aucun Pontife romain, ni aucun prêtre catholique ou laïque n'en sont les auteurs. C’est au Révérend Laurence Sterne, ministre de l’Eglise établie d'Angleterre et à son roman, Tristan Shandy, que les peuples qui parient anglais sont redevables de cêtie infäme compilation.
il ne mérite davantage l'hommage filial de ses enfants que lorsqu'il est lourdement chargé de sa croix.
Je n’envie ni le cœur ni la tête de ceux qui se réjouissent avec une joie infernale des calamités du Pape, et prodiguent l’insulte et la calomnie à sa tête vénérable. Pendant qu'il est entre les mains de ses ennemis, ils prédisent avec confiance la chute de la papauté, à la vue de la situation présente créée au chef de l'Eglise, comme si la privation temporelle de ses biens devait entraîner sa chute irréparable, ou même, comme si la privation éternelle de son pouvoir temporel amenait la perte de sa suprématie spirituelle. ‘La papauté, disent-ils, est passée, sa gloire évanouie., Son soleil s'est couché : il a disparu derrière l’horizon pour ne plus se lever.” Prophètes de malheur, vous ne profiterez donc jamais des leçons de l'histoire? Avant Pie IX, n'y a-t-il jamais eu de papes chassés par la violence de leurs sièges? N'ont-
ils pas été rétablis dans leur pouvoir temporel? Ce qui déjà s’est vu tant de fois peut se renouveler et se renouvellera encore.
Pour ce qui nous concerne, nous croyons fermement qu'avant peu les nuages qui couvrent de leur ombre le trône temporel du Pape, seront dissipés par l’action d’un Dieu juste, et que son pouvoir temporel sera rétabli sur une base plus solide que jamais.
Quelle que soit la destinée du pouvoir temporel des papes, nous ne craignons rien pour le trône spirituel de la papauté. Les papes ont reçu leur domination terrestre des hommes et, ce que l’homme donne, les hommes peuvent le ravir, Les évêques de Rome tiennent leur suprématie spirituelle de Dieu et aucun homme ne peut la détruire, Ce caractère divin de leur prérogative : ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle (1),