EST-IL PERMIS DE L'HONORER
Les vrais adcrateurs et les vrais amants de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénèreni tous les objets qui ont eu quelques rapports avec lui, et ils conçoivent de l'affectiou pour toutes les personnes qui ont vécu près de lui sur la terre et qui lui ont été chères. Plus l'intimité de ces personnes avec notre Sauveur a été profonde, plus e.es nous apparaissent ornées de sainteté, plus elles deviennent estimables. Ainsi, les planètes participent d'autant plus à la lumière et à la clarté du soleil qu'elles opèrent leurs révolutions plus près de lui. \ux veux d'un chrétien quelque chose de sacré s'attache à toutes les parties de la Judée, parce que cette contrée a été foulée par le, pieds de notre saint Rédempteur. Avec quel respect n'entrerions-nous pas dans l'étable de Bethléem, parce que c'est là que raquit le Sauveur du monde, Avec quel religieux maintien ne parcourrions-nous pas les rues de
Nazareth, quand nous nous rappellerions que là se sont écoulés les jours de son enfance? De quelle profonde et religieuse douleur nos cœurs ne seraient-ils pas remplis en montant au Calvaire, où il a payé par son sang la rançon de nos âmes ?
Mais, si un sol sans vie réclame un semblable respect, quelle plus grande vénéretion ne pénétrera pas, ne remplira pas nos cœurs vis-à-vis des personnes vivantes qui ont été les amis et les compagnons de Notre-Seigneur sur la terre ? Car nous savons qu'il a exercé une certaine influence, à la fois salutaire et comme irrésistible, sur ceux qui l’approchaient. ‘Toute la multitude cherchait à le toucher, car il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous (1),’” ainsi qu’il arriva pour la femme, qui était tourmentée par une perte de sang (2).
Nous croirions nous être approchés de Jésus, si nous avions seulement le bonheur de converser avec la Samaritaine, ou de manger à la table de Zachée, ou de nous entretenir avec Nicodème. Si nous étions admis dans le cercle intime de ses amis, de Lazare, de Marie, de Marthe par exemple; de saint Jean-f3aptiste, des apôt: s, nous sentirions qu’en leur compagnie nous sommes x: n plus près de Jésus, et que nous nous imprégnons, ‘n quelque sorte, de cet esprit qu’ils ont reçu abondamment dans leurs relations intimes avec lui.
Ci l’on considère à présent la Judée comme une terre sainte, parce que Jésus l’a habitée; si les apôtres ont été considérés comme des modèles de sainteté, pour avoir été les compagnons choisis et les disciples de Notre-Seigneur dans les dernières années de sa vie, combien plus grande a dû être la sainteté de Marie qui lui a donné naissance, qui a fait de sa poitrine son lit de repos, qui l'a nourri et habillé dans son enfance, qui a dirigé ses
(5) Sr Luc, Vi. 19; (AS INTEEC, IX 20:
premiers pas, qui l’a accompagné dans son exil en Egypte, qui, à son retour, a vécu avec lui depuis l'enfance jusqu'à la jeunesse, depuis la jeunesse jusqu'à l’âge mûr: pendant tout ce temps, elle écoutait les paroles de sagesse qui tombaient de ses lèvres: elle l’a embrassé la première à sa naissance, elle a reçu son dernier soupir sur le Calvaire. Ce sentiment nous est si naturel que nous le trouvons sortant spontanément de la bouche de cette femme de l'Evangile, qui entendant les paroles pleines de sagesse et de sainteté prononcées par Jésus, laissa échapper ce cri: ‘‘Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles qui vous ont allaité.
Il est conforme à l'économie de la divine providence que, toutes les fois que Dieu destine une personne à un ministère important, il lui accorde les grâces et les dispositions nécessaires pour s'en acquitter fidèlement.
Quand Moïse fut appelé par le Ciel à être le conduc-
teur du peuple hébreu, il hésitait à prendre cette charge formidable en s'excusant ‘‘sur l'embarras et la lenteur de sa langue.” Mais Jéhovah le rassura en lui promettant de l'élever jusqu'à la hauteur des sublimes fonctions qu'il lui assignait: ‘‘Je serai sur tes lèvres et je t’appréndrai ce qu'il faut dire (1).
Le prophète Jérémie fut sanctifié dès les premiers jours de sa conception, parce qu'il était destiné à être le héraut de la loi de Dieu auprès des enfants d'Israël. “Avant que je ne te formasse dans les entrailles de ta mère, je te connaissais, et avant que tu ne sortisses de son sein je t'ai sanctifié (2).
“Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit (3),” afin d'être digne de devenir l'hôtesse de Notre-Seigneur durant les trois mois que Marie vécut sous son toit.
(1) Exode, 1v, 12.
(2) Jérémie, 1, 5. (3) 5, Luc, 1, 4t.
‘‘Jean-Baptiste fut rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère (1). ‘‘Il fut une lampe ardente et brillante (2), parce qu'il fut choisi pour préparer les voies du Seigneur.
Les apôtres reçurent la pléritude de la grâce. Ils furent gratifiés du don des langues et d'autres privilèges (3), avant d'entreprendre leur ministère. Voilà pourquoi saint Paul dit: ‘Tout ce que nous sommes vient de Dieu, qui nous a rendus capables d’être les ministres du Testament Nouveau (4).
De tous ceux qui ont participé au ministère de la Rédemption, il n’en est pas qui ait rempli des fonctions aussi sacrées, aussi incommunicables que celles de la Mère de Jésus. Il n’en est point par conséquent qui ait eu un aussi grand besoin de sainteté.
Car si Dieu a sanctifié ses pronhètes et ses apôtres, qui devaient être les messagers de la parole de vie, combien plus devait-il sanctifier Marie, destinée à porter dans ses chastes entrailles le Seigneur et ‘‘l’auteur mème de la vie (5).”
Si saint Jean fut un si grand saint, parce qu'il fut choisi pour être le pionnier, c'est-à-dire pour préparer les voies du Seigneur, combien plus sainte ne fut pas celle qui le mit au monde. Si la sainteté fut accordée à la mère de saint Jean, une plus grande sainteté fut assurément donnée en partage à la mère du maître de saint Jean. Si Dieu a dit aux prêtres de l’ancienne loi: ‘‘Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneur (6),'” bien plus, si les vases eux-mêmes dont on se sert dans le service divin et dans les églises, sont placés
(us: Euc, 14 rs.
(2) S. Jean, v, 35. (3) Actes, 11.
(4) Corint., 111, 6.
(5) Actes, 111, 15.
(6) Isaïe, Lu, 11.
dans un ordre à part, et reçoivent une consécration spéciale, nous ne pouvons concevoir que Marie ait été jamais souillée par le péché, elle qui fut le vase d'élection entre tous, et même la mire de notre Dieu,
Quand nous appelons la bienheureuse Vierge mère de Dieu, nous affirmons une double croyance: 1° que son fils Jésus-Christ est vrai homme, car autrement elle ne serait pas mère ; 2° qu’il est vrai Dieu, car autrement elle ne serait pas mère de Dieu. En d'autres termes, nous affirmons que la seconde personne de la Sainte Trinité, le Verbe de Dieu, qui, dans sa divine nature, a été de toute éternité engendré du Père, consubstantiel avec lui, a été de nouveau engendré dans la plénitude des temps, qu’il est né d'une Vierge, et a pris dans son sein maternel, une nature humaine semblable à la sienne.
Mais, me direz-vous, la bienheureuse Vierge n'est pas la l'ère de la divinité. Elle n’a eu et n’a pu avoir aucune part dans la génération du Verbe de Dieu, Cette génération, en eflet est éternelle; sa maternité temporelle.
Il est son créateur, elle sa créature. Appelez-la, si vous le voulez, mère de l’homme Jésus ou mère de la nature humaine du fils de Dieu, mais non la mère de Dieu.
Je répondrai à cette objection en faisant une question. Est-ce que la mère qui nous a donné le jour a eu part à la production de nos âmes? Cette partie, la plus noble de notre étre, n'a-t-elle pas été l’œuvre de Dieu seul ? qui pourrait songer un seul instant à dire ‘‘la mère de mon corps'”.et non ‘‘ma mère !””
La comparaison nous apprend que les termes parents et enfants, mère et fils, se rapportent aux personnes elles-mêmes, et non aux diverses parties ou aux éléments dont les personnes se composent.
Voilà pourquoi personne ne dit, ‘‘la mère de mon corps,’”” ‘‘la mère de mon âme: mais la mère de tout
mon être, qui vit et respire, qui pense et agit, un dans ma personnalité, quoique possédant dans cette unité une âme directement créée par Dieu, et un corps matériel tirant sa substance du sein maternel. De même (autant que le sublime mystère de !’incarnation peut trouver un terme de comparaison dans l'ordre naturel), la Vierge Sainte, à l'ombre et par la vertu de l'opération du Saint-Esprit, a communiqué à la seconde personne de l’adorable Trinité, comme les mères le font, une vraie nature humaine de la même substance que la sienne, et elle est ainsi devenue vraiment et réellement sa Mère.
C'est dans ce sens que le titre de Mère de Dieu nié par Nestorius, lui a été solennellement attribué par le concile général d'Ephèse en 134; c'est dans ce sens, et non dans un autre, que l'Eglise lui a décerné ce titre,
Mais c’est aussi de là que, par une conséquence nécessaire et immédiate, Marie tire une dignité et.une excellence suréminente; c'est par là qu'elle est établie dans ces relations intimes et dans une affinité particulière, non seulement avec son divin fils, mais aussi avec le Père et le Saint-Esprit.
Marie, comme Wordsworth l'exprime magnifiquement, unissait dans sa personne ‘‘l'amour d'une mère à la pureté d’une Vierge.”
L'Eglise nous apprend qu'elle a été toujours vierge, et avant son mariage, et pendant son mariage, et après la mort de son époux. ‘L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu à la Vierge fiancée à un homme appelé Joseph... Cette Vierge s'appelait Marie (1).
Qu'elle soit demeurée Vierge après la naissance de Jésus c’est expressément mentionné dans l'Evangile(2).
Il est hors de doute qu'elle resta dans le même état durant le reste de ses jours, car elle est appelée Vierge
CE)IS Duc, 26,27.
(25 S; Matth, 25
dans le Credo des apôtres et de Nicée et cette épithète ne peut être restreinte au temps de la naissance de notre Sauveur, elle se rapporte encore à toute sa vie, et nous devons d'autant plus le croire que les deux Credo ont été composés longtemps après sa mort,
Le canon de la Messe, qui remonte très probablement aux temps apostoliques, parle d'elle ‘‘comme d'une femme glorieuse et toujours Vierge,” et toute la tradition catholique concourt à ce sentiment.
Une raison de convenance persuade à tout chrétien que Marie est restée vierge après la naissance de Jésus, car, ainsi que l'évêque Bull de l'Eglise épiscopale et protestante d'Angleterre le remarque: ‘On ne pour- ‘‘rait imaginer avec décence, que le vase le plus saint ‘qui fut jamais, consacré, sanctifié davantage encore ‘par la conception et l'enfantement d'un Dicu, ait été ‘dans la suite, souillé et rendu impur par un usage pro- “‘fane."" Le savant Grotius, Calvin et d'autres écrivains protestants expriment le mème sentiment.
La doctrine de la virginité perpétuelle de Marie est maintenant combattue par les protestants, comme elle le fut aux premiers jours de l'Eglise, par Helvidius et Jovinien.
1° Le récit évangélique dit que ‘‘Joseph la prit pour ‘son épouse, et qu'il ne la connut pas jusqu'à ce qu’elle ‘‘eût mis au monde son premier-né (1). Cela fait supposer à nos frères séparés que d’autres enfants, en dehors de Jésus, étaient nés à Marie, Mais le mot restrictif jusqu'à n'implique, en aucune manière, que la chaste union qui subsista entre Marie et Joseph, jusqu'à la naissance de Notre-Seigneur, ait été altérée dans la suite, Le protestant Hooker se plaint, à juste titre, des premiers hérétiques comme avant grandement abusé de ces paroles de saint Matthieu, pour enlever à Marie son honneur. Ils ont en effet, prétendu qu’une chose
(1) S: Matth, 1, 25.