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niée avec une restriction particulière ‘‘nécessite l’affirmation contraire, quand la restriction n'existe plus(1).”" Pour rendre la pensée de Hooker en termes plus simples, quand on dit d’un fait qu’il n’est pas arrivé avant qu'un autre événement ne s'accomplit, il ne s'ensuit pas nécessairement qu’il se réalise, après que cet événement a eu lieu. L’Ecriture dit que le corbeau s'éloigna de l'arche ‘‘et qu’il ne retourna pas jusqu’à ce que les eaux fussent desséchées sur la terre (2). Ce qui signifie qu'il ne retourna plus. ‘‘Samuel ne vit plus Saül jusqu’au jour de sa mort (3). À coup sûr il ne le vit pas après sa mort. Le Seigneur dit à mon Seigneur: ‘“Asseyez-vous à ma droite jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds (4).”’ C£s paroles s'appliquent à notre Sauveur qui n’a pas cessé de s’asseoir à la droite de Dieu, même après que ses ennemis ont été subjugués.
2° Jésus est appelé le premier-né de Marie; cette expression n'implique-t-elle pas nécessairement la naïissance d’autres enfants de la même Mère? Nullement, car le nom de premier-né était donné au premier enfant d’une mère juive, qu'elle en eût d’autres ou non. Nous trouvons cette épithète appliquée à Machir, par exemple, qui était fils unique de Manassès (5).
3° Ne parle-t-on pas souvent des frères de Jésus ? Fort heureusement, les Evangiles eux-mêmes nous permettent de faire remonter la naissance de ceux qui sont appelés ses frères, non à la Vierge sainte, mais à une autre Marie. Saint Matthieu mentionne spécialement Jacques et Joseph parmi les frères de Jésus (6), et le même
ÉOMEINEVeChap XL:
(2) Genèse, vit.
(3) l'Roïs; -xv, 25:
(4) Ps., cix.
(5) Josué, xvir, 1.
(6) S. Matth., xu, 406; xI, 55, 56.
évangéliste, ainsi que saint Marc, nous dit que parmi ceux qui étaient présents au crucifiement, se trouvaient Marie-Madeleine et Marie mère de Jacques et de Joseph (1).
Saint Jean, qui fait connaître avec plus de détails les circonstances du crucifiement, nous apprend ce qu'était cette seconde Marie, car il dit qu’il y avait au pied de la croix de Jésus, sa mère et la sœur de sa mère, Marie Cléophas et Marie-Madeleine (2). On ne saurait en douter, Marie-Cléophas est la même que cette Marie qui est appelée par saint Matthieu et saint Marc la mère de Jacques et de Joseph. Comme Marie-Cléophas était la parente de la Vierge bénie, Jacques et Joseph sont appelés les frères de Jésus, conformément à la pratique des Juifs qui ont l'habitude de désigner ainsi leurs cousins et leurs proches.
Abraham, par exemple, tait l’oncle de Loth, et cependant on dit qu’il était son frère (3).
Marie est élevée au-dessus des autres femmes, non seulement parce qu’elle unissait ‘‘l’amour d’une Mère à la pureté d’une Vierge," mais parce qu'elle a été conçue sans péché originel. Le dogme de l’Immaculée- Conception est ainsi défini par l'Eglise: ‘*Nous décla- ‘‘rons que la bienheureuse Vierge Marie, dès le premier ‘instant de sa conception, par une grâce singulière, et ‘‘un privilège du Dieu Très-Flaut, en vue des mérites ‘de Jésus-Christ, le Sauveur de la race humaine, a été “préservée de toute souillure du péché originel (4).
Bien différente du reste des enfants d'Adam, Marie n’a jamais été sujette au péché, même dans le premier moment où son âme fut unie à son corps. Cette exemption, en Marie, de toute faute originelle est exclusive-
(1) S. Matth., xxvn; S. Marc, xv.
(HIS ice 2
(3) Genèse, xu1, 8.
(4) Bulle dogmatique de Pie IX.
ment due aux mérites de Jésus-Christ, comme l'Eglise le déclare expressément. Elle avait besoin d’un Rédempteur comme tous les membres de la race humaine ; ainsi donc elle a été rachetée, mais d’une ‘manière plus sublime (1). Marie est autant redevable au précieux sang de Jésus pour avoir été préservée de la faute originelle, que nous le sommes nous-mêmes d’avoir été purifiés de cette faute et de tous les autres péchés.
Quoique l’Immaculée-Conception ne fût pas formulée en dogme de foi avant 1854, elle était déjà renfermée dans la sainte Ecriture. Cette doctrine est en parfaite harmonie avec la place que Marie occupe dans l’économie de la Rédemption, et elle a implicitement obtenu le pieux assentiment des fidèles dès les premiers temps de l'Eglise. 1
Dans la Genèse nous lisons: ‘‘Je mettrai une inimitié ‘entre toi et la femme, entre ta race et la sienne; elle ‘“‘t'écrasera la tête (2).’’ Tous les commentateurs tant anciens que modernes, reconnaissent dans la race, le serpent et la femme, les figures de notre Sauveur,de Marie, et du démon. Dieu déclare ici que l’inimitié de la race et celle de la femme contre le tentateur devaient être identiques.
Or, l’inimitié de Jésus-Christ et de sa race contre le démon était absolue et perpétuelle, L’inimitié de Marie ou de la femme contre le démon n’admettait pour ellemême aucune réconciliation momentanée; c’est ce qui aurait eu lieu si Marie avait été un seul instant souillée par le péché originel.
Il est à remarquer que comme trois personnes apparaissent sur le théâtre de notre chute, Adam, Eve et l’Ange rebelle, de même trois personnages correspondants ont leur rôle dans notre rédemption: Jésus-Christ
(1) Bulle dogmatique de Pie IX.
(2) Genèse, 11i, 15.
qui est le second Adam (1), Marie qui est la seconde Eve et l’archange Gabriel. Le second Adam était infiniment supérieur au premier, Gabriel l’emportait sur l'ange déchu; l’analogie nous autorise à conclure que Marie était aussi supérieure à Eve. Si elle avait été créée dans le péché originel, au lieu de lui être supérieure, elle serait au-dessous d’Eve, qui certainement fut créée immaculée,
Nous ne concevons pas que la mère de Caïn ait pu être supérieure à celle de Jésus. Il eût été indigne d’un Dieu, pureté infinie, de naître d’une femme qui aurait été, niême un seul instant, sous la domination de Satan.
La liturgie de l'Eglise, étant le formulaire reçu de son culte public, a sa place marquée parmi les documents les plus autorisés qui peuvent être apportés en faveur d’une pratique religieuse,
Dans la liturgie attribuée à saint Jacques, Marie est mentionnée ‘‘comme notre sainte, immaculée et glorieuse Dame, mère de Dieu et toujours vierge (2).
Dans le rituel maronite, elle est invoquée comme ‘notre sainte et immaculée Dame (3), digne de nos louanges et de toute notre admiration.”
Dans la liturgie alexandrine de saint Basile, elle est appelée “la créature la plus sainte, la plus glorieuse et la plus immaculée (4).’°
La fête de la Conception de Marie a commencé à être célébrée en Orient au sixième siècle, et en Occident au septième. Elle ne fut probablement introduite à Rome que vers la fin du quatorzième siècle. Quoique Rome soit toujours la première à sanctionner une fête nouvelle, souvent elle est la dernière à y prendre part. Elle est la première dont on attend la loi et le mot d’ordre:
(1) D Corinth., xv, 43.
(2) Bibliothèque des plus grands Pères, t. 11, p. 3 (3) De l'ordination, p. 313.
(4) Renaudot, liturgies orientales.
mais fréquemment la dernière à se joindre au chant de la fête, Tant qu’elle se tait, les notes sont faibles et incertaines ; lorsque sa voix vient s'unir au chant des autres églises, le cantique de louange devient constant et universel.
ll est à peine nécessaire de faire remarquer que l’introduction de la fête de la Conception, après un silence de tant de siècles, depuis la fondation du christianisme, n'implique pas plus une nouveauté de doctrine, que l'érection d’un monument en 1873 en l'honneur d’Arminius le héros germain, qui vivait au premier siècle, ne prouverait l’origine récente de ses exploits, La fête de la Sainte-Trinité ne fut introduite qu’au sixième siècle, bien qu’elle rappelle un mystère fondamental de la religirn chrétienne, ,
Il est intéressant pour nous de savoir que l’immaculée conception de Marie se mêle à la plus ancienne his-
toire de notre pays. Le vaisseau qui apporta Christophe Colomb en Amérique s'appelait Marie de la Conception ; ce célèbre navigateur donna le même nom à la seconde île qu’il découvrit, La prenière chapelle érigée à Québec, lorsque cette ville fut fondée au commencement du. seizième siècle, a été consacrée à Dieu sous l’invocation de Marie immaculée.
Pour ces magnifiques prérogatives de Marie, sa divine maternité, sa perpétuelle virginité et sa conception immaculée, nous devons nous attendre à trouver sa félicité souvent et expressément déclarée dans la sainte Ecriture. L’archange Gabriel est envoyé du Ciel pour lui annoncer cette heureuse nouvelle qu’elle était destinée à être la mère du Rédempteur du monde. Jamais plus grande faveur n’a été, auparavant, ni depuis, accordée à une femme, soit que nous considérions la dignité du messager ou l'important caractère du message, soit que nous examinions la formule du respect dans laquelle il est exprimé: “Et l'ange Gabriel fut envové par Dieu
‘‘dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une ‘vierge... et le nom de la vierge était Marie, Et l'ange ‘‘étant entré lui dit: Je vous salue, pleine de grâce, le ‘Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les ‘‘femmes. En entendant ces paroles, Marie fut troublée, ‘‘et elle se demandait en elle-même quelle pouvait être ‘‘cette salutation, Et l'ange lui dit: Ne craignez point, ‘Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voilà que ‘‘vous concevrez dans votre sein, que vous enfanterez ‘‘un fils, et que vous l'appellerez Jésus. Le Saint-Es- “prit viendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous ‘‘couvrira de son ombre, et voilà pourquoi le saint qui ‘‘naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu (1).
‘Je vous salue, pleine de grâce.” On a dit de saint Etienne et des apôtres qu’ils furent remplis de l’esprit de Dieu. Par là, cependant, nous ne sommes pas fondés à croire qu’il leur ait été accordé la même mesure de grâce qu’à Marie: on donne à chacun selon ses mérites et selon ses besoins ; car ‘‘autre est la gloire du soleil, autre celle de la lune, autre celle des étoiles, car une étoile diffère en éclat d’une autre étoile (2). De même que la dignité de mère de Dieu l’emporte, dans une proportion incommensurable, sur la dignité du premier martyr et des apôtres, de même sa grâce est plus abondante que celle des autres saints,
“Le Seigneur est avec vous.’”” Dieu se trouve dans ses créatures de différentes manières, dans celles qui sont douées de raison d’une manière; dans les créatures sans raison d’une autre, Ses créatures sans raison n’ont aucun moyen de l’atteindre ou de le posséder. Toutes les créatures raisonnables peuvent cependant l’atteindre par la connaissance et le tribut d’un amour pur. C’est seulement dans le bien qu'il veut être avec elles aussi bien qu'en elles. C’est donc par une certaine harmonie
(HOIBEUCSr 262 (2) Corint., xv, 41.
et un certain rapport de volonté que Dieu est avec tous les saints. Mais il est en Marie d’une manière plus intime et plus parfaite encore : car entre elle et Dieu il règne une si grande union, une si grande harmonie, que non seulement sa volonté, mais chacune des parties de son être, et sa chair elle-même sont vraiment unies à Dicu (1).
‘Vous êtes bénie entre toutes les femmes.’ Ces paroles ont été dites de deux autres femmes, dans la sainte Ecriture: de Jahel et de Judith. La première fut appelée bénie après avoir tué Sisara (2), la seconde après avoir tué Holopherne (3), ces deux ennemis du peuple de Dieu. Sous ce rapport Jahel et Judith ont été les vraies figures de Marie, qui a été choisie de Dieu pour écraser la tète du serpent infernal, l'enneini du genre humain. Si elles ont mérité le titre de bénie parce qu'’elles ont été les instruments dont Dieu s'est servi pour délivrer Israël des calamités temporelles, combien Marie ne mérite-t-elle pas davantage cette dénomination, elle qui a si efficacement coopéré au salut du genre humain ?
L'évangélists continue: ‘Marie se levant dans ces ‘‘jours, se dirigea en toute hâte vers une ville de Juda; ‘‘elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisa- ‘‘beth. Et il arriva qu'après que Marie eut salué Elisa- ‘‘beth, l'enfant de celle-ci tressaillit d'allégresse dans ‘‘son sein. Elisabeth fut remplie de l'Esprit saint et s'é- ‘‘cria d'une voix forte: Vous êtes bénie entre toutes les ‘‘femmes, et béni est le fruit de vos entrailles. Et d’où ‘‘ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne vers ‘moi ? Car dès que la voix de votre salutation a frappé ‘mes oreilles, l'enfant a tressailli dans mon sein. Vous ‘“‘êtes bienheureuse, vous qui avez cru; car les choses
(1) S. Bernard
(2) Fuges, v-
(3) Judith, ain.
‘qui vous ont été dites par le Seigneur s'accompli- MrOnP (CI)
Le cérémonial ordinaire des salutations est ici renversé : c'est la vieillesse qui s'incline devant la jeunesse. C'est une femme très vénérée dans tout le pays qui honore une jeune fille, C'est une matrone inspirée qui exprime son étonnement de ce qu'une jeune parente daigne la visiter. Elle confond les louanges de Marie avec celles de son Fils; Jean encore enfant exprime sa respectueuse joie en tressaillant dans le sein de sa mère. Nous Savons, où plutôt, on nous avertit que pendant cette entrevue, Élisabeth fut remplie de l'Esprit-Saint, pour nous rappeler que la vénération rendue à sa cousine ne venait pas de son propre esprit, mais qu'elle fut dictée par l'esprit mème de Dieu.
Marie exhale al:s ce sublime cantique, le Magnificat : “Mon âme glorifie ie Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a regardé l’humilité de sa servante, car désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse (2).'' Je m'arréterai sur ce mot pour v faire quelques réflexions,
Le Scint-Esprit, par l'organe des chastes lévres de Marie, annonce que toutes les générations l'appelleront bienheureuse, c'est la preuve la plus évidente de l'approbation qu'il donn:: aux honneurs qui lui seront rendus.
Or, la religion catholique est la seule dont les enfants, de génération en génération, jusqu'à aujourd'hui, l'aient proclamée dienheureuse: parmi tous les chrétiens de la terre, seuls, ls contribuent 4 l'accomplissement de cette prophétie.
Par consiquent, ce sont les catholiques seuls qui méritent l'approbation du Ciel en remplissant la prédic- ‘ion du Saint-Esprit,
ÉRFSSEUC SE ET
(2 S. Luc, :, 46, 48.
Non seulement les protestants reconnaissent que nous bénissens le nom de Marie, mais ils nous reprochent même d'être exagérés dans les louanges que nous donnons à sa gloire.
D'un autre côté, ils ont bien soin de s'exclure de la race de ceux qui doivent l'appeler bienheureuse; car en parlant d'elle ils lui ravissent presque invariablement le titre de bienheureuse, préférant l'appeler la Vierge Marie, la Vierge ou la mère de Jésus. Et tandis que les églises protestantes retentissent des louanges de Sara, de Rébecca et de Rachel, de Miriam et de Ruth, d’Esther et de Judith, pour l'Ancien Testament, d’Elisabeth et d'Anne, de Madeleine et de Marthe pour le Nouveau, le nom de Marie mère de Dieu n’est prononcé qu'à voix basse, de peur que le bruit de son nom n'’attire à l’orateur le reproche de superstition.
La piété d’une mère donne ordinairement un nouveau lustre à son enfant, et l’auréole dont son front est entouré rejaillit sur lui. Plus une mère est élevée, bien plus grand est l’honneur qui revient à son fils. S’il en est ainsi pour tous les hommes qui n’ont pas choisi leur mère, n'avons-nous pas encore plus le droit de le proclamer en faveur de Jésus qui a choisi Marie pour mère, qui se l’est donnée telle qu'il ia voulait, si bien que toutes les gloires de Marie sont, en quelque sorte, sa propriété personnelle ? Nous voyons tous les jours des ministres de l'Evangile qui ignorent les grandes vertus de Marie et ses privilèses incomparables, tandis qu'ils rappellent avec ostentation ses imperfections et même son indignité, comme si le fils devait être déshonoré par la vertu de la mère, et trouver ses délices à l’entendre diffamer ?
Tous ces détracteurs peuvent s’instruire par l’exemple d'un homme qui n’a que très peu professé le christianisme :
‘‘Vierge immaculée, Marie, n'est-ce pas votre nom ? Telle doit être, il me semble, sa suave harmonie. Le plus doux nom qu'une mortelle ait porté vous convenait surtout, Celle à qui jadis on l’a donné, ne touchait qu’à la terre elle habitait dans les cieux (1).
Encore une fois. c’est avec raison que le titre de bienheureuse est donné à Marie. Dans une circonstance que nous avons déjà rappelée, une femme élève la voix et dit à Jésus : ‘‘Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles qui vous ont allaité (2).”” Il est vrai que Notre-Seigneur répond: ‘Mais bien plus heureux sont ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent.” Ce serait pervertir sans autorité le texte sacré que d’attribuer à cette réponse l'intention & .‘aurait eue Jésus de ravir à sa mère l’hommage qu'on lui décerne, On peut expliquer ainsi ces paroles: Oui, Marie est bénie, elle est bienheureuse pour avoir été l'instrument choisi de mon incarnation ; mais plus heureux sont ceux qui gardent ma parole, Que les autres soient donc pleins d’espérance, quoiqu'ils ne puissent pas partager avec ma mère le privilège de sa maternité; ils peuvent au moins participer avec elle à ia magnifique récompense de ceux qui entendent ma parole et qui la gardent.
Nous avons vu Marie déclarée bienheureuse dans quatre circonstances différentes, et en proclamant sa félicité, loin de lui rendre un honneur immérité, nous ne faisons que répéter le jugement porté dans nos saints évangiles, par les anges et par l’Esprit de Dieu lui-méme,
Wordsworth, quoiqu'il n’ait pas été nourri dans le sein de l’Eglise catholique, apprécie, à sa juste valeur, la sainteté incomparable de Marie dans le beau passage qui suit :
(1) Olivier W. Holmes.
(HS EUC, xF 27.
‘Mère! dans le cœur virginal de laquelle l'ombre la plus légère d'une pensée coupable n'est jamais entrée; femme! glorifiée entre toutes les femmes, l'ornement unique et solitaire de notre nature déchue, votre image descend sur la terre, plus pure que l’écume des mers au milieu d'un océan irrité; plus brillante que les nuages d'Orient que l'on voit se parer, au lever du soleil, de roses aux mille couleurs; plus radieuse que la chaste reine des nuits avant qu'elle ne commence à s'éclipser dans les vastes régions d'un ciel bleu, Tous ceux qui ont fléchi devant vous un genou suppliant, comme devant un pouvoir invisible, ont été pardonnés, je me le persuade sans peine, En vous, l'on trouve à la fois et l'amour des mères et la pureté des vierges, et la grandeur et la faiblesse, tout ce qu'il y a d'innocent et de divin."
Honorer une créature qui a été l’objet de saints, d'angéliques et de divins panégyriques, c’est pour nous une f:veur en même temps qu’un devoir sacré, lorsque nous nous rappelons que l'esprit de prophétie lui-même a annoncé à Marie qu'elle -erait un thème toujours nouveau d’éloges de la part des chrétiens, tant que subsistera notre divine religion.
“Digne d'honneur est celui que le roi veut glorifier(1).” Le Roi des rois a glorifié Marie, son divin Fil- n'a pas dédaigné de lui être soumis; nous devons surtout l’honorer parce que l'honneur que nous lui rendons remonte vers Dieu, la source de toute gloire, Le pronhète royal, qui a honoré Dieu plus que tout homme, estimait les amis de Dieu dig1es de tout honneur. ‘‘Pour moi, Ô mon Dieu, j'ai une profonde estime pour vos amis (2).”’ Les amis de Dieu sont ceux qui remplissent le plus fidèlement ses commandements. ‘Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande (3). Qui
(1) Esther, vi, 11.
(2) Ps. cxxxvit, dans la version prot. Cxxxix (3) S. Jean, xv, 14.
a mieux rempli les divins préceptes que Marie qui a gardé toutes les paroles de son Fils, les repassant dans son cœur? ‘‘Si quelqu'un me sert, mon père l'honorera,”” dit le Sauveur (1); qui a plus longtemps servi Jésus que Marie, elle qui s'est acquittée envers lui de tous les devoirs d'une tendre mère ?
Les héros et les hommes d'Etat peuvent recevoir les plus grands honneurs civils et militaires qu'une nation puisse accorder, sans qu'on les suspecte d'envahir le domaine de la gloire due à Dieu. Je vous le demande, la sainteté héroïque n'est-elle pas plus digne d'admiration que les services civils et les exploits militaires ? Cela est d'autant plus vrai que la religion est rangée dans un ordre supérieur au patriotisme et à la valeur. Et cependant les admirateurs des grandes vertus de Marie peuvent à peine célébrer ses louanges sans être accusés, dans certaines régions, d’idolâtrie.
Quand une nation désire célébrer la mémoire de ses hommes illustres, son admiration ne s’arrête pas à des paroles ; elle se manifeste de mille manières différentes.
Rappelez-vous toutes les formules de respectueux souvenir rendu à la mémoire de Washington. On a élevé à sa gloire des monuments sur lesquels sont gravées ses bonnes actions,
La terre où ses restes reposent, sur les rives du Potomac, est gardée à tour de rôle par une troupe volontaire de Dames dévouées qui aiment à y cultiver, à y entretenir des fleurs, Cet endroit, cher à la nation, est visité chaque année bar des milliers de pèlerins qui accourent de tous les Etats. Tous ces visiteurs arrachent avec empressement une fleur, ou une feuille provenant des arbres qui crois ent autour de son tombeau: ils s’efforcent de déchirer un lambeau de ses habits, qui sont encore conservés dans sa vieille habitation, et ils les emportent chez eux comme de précieuses reliques.
(1) S. Jean, xn1, 26.
En parcourant, dans mes missions, les rives du Potomac, j'ai toujours observé que chaque fois que le vaisseau s'arrêtait en face du mont Vernon, la cloche sonnait, et tous les regards se portaient alors sur le tombeau de Washington.
Le 22 février, jour anniversaire de la naissance de Washington, est observé comme un jour de fête nationale, au moins dans certaines contrées.
Je me rappelle avec quelle pompe les compagnies militaires et les compagnies d’incendie parcouraient nos rues, et dans quels patriotiques discours, autrefois, on redisait ies exploits du premier Président. La fête sterminait par un banquet social.
De même que les citoyens des Etats-Unis manifestent diversement leur admiration pour Washington, ainsi les citoyens de la république de l’Eglise aiment exprimer, sous les formes les plus variées, leur vénération pour la mère de Jésus.
On lui élève des monuments et des statues. Trois fois par jour, le matin, à midi et le soir, les cloches sonnent l’angelus pour nous rappeler l’incarnation de Notre-Seigneur et la participation de Marie à ce grand mystère d'amour. Ses autels sont ornés avec goût par des mains pieuses, visités par des enfants dévoués qui portent Sur eux ses reliques, ou quelques objets revêtus de son image et consacrés à son nom.
Le jour de sa naissance, et les autres jours de l’année, qui nous rappellent les principaux actes de sa vie, ont reçu une sorte de consécration: ils sont rappelés en leur temps par des processions, par la participation au banquet Eucharistique et par des discours développant ses vertus et ses prérogatives,
De même que jamais homme n'a été suspecté de moins aimer son pays et ses institutions parce qu'il vénère Washington, peut-on, raisonnablement, supposer que
nos hommages envers Dieu soient diminués par la vénc-
ration que nous rendons à Marie? Les louanges que nous donnons à Washington tendent moins à honorer l’homme, qu’à venger les principes dont il a été le champion et le propagateur, et à exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour les bénédictions qu’il a accordées à notre pays par son entremise, De même notre but en rappelant le nom de Marie, n’est pa: seulement de la louer, mais de garder le souvenir sans fin de l’incarnation de notre Sauveur, et de lui exprimer notre gratitude pour les bénédictions apportées au monde par ce grand mystère auquel elle a pris une part si considérable.
L'expérience nous prouve assez que plus nous comprenons la part de Marie dans l’œuvre de la Rédemption, plus nous connaissons le Rédempteur lui-même, plus grand est notre amour pour lui, plus profonde et plus vaste devient notre dévotion.
L'expérience prouve encore que les qualités et les titres de notre Sauveur ne sont que confusément compris par l'esprit des populations qui ignorent les rapports de Marie avec son divin Fils.
Le défenseur d’une ville assiégée concentre toutes ses forces sur les fortifications extérieures et sur les tours, les parties les plus élevées, sachant bien que la prise de ces ouvrages extérieurs mettrait bientôt en danger la citadelle elle-même, et que de leur salut dépend la sûreté de la ville elle-même.
Jésus-Christ est la forteresse et la citadelle autour de laquelle doit se concentrer toute l'affection de notre ême: Marie est appelée ‘‘ la tour de David’ et la porte de Sion que le Seigneur aime bien plus que les tabernacles de Jacob (1), celle dans laquelle il est entré lors de son incarnation.
Cette porte de Sion est si intimement unie à Jésus le temple de notre foi, que jamais personne n’a attaqué
(1) Psaume xxxvi.
l’une sans ébranler, sans attaquer l’autre. Les Nestoriens n’ont voulu voir en Marie qu’une femme ordinaire parce qu’ils ne voyaient dans le Christ qu’un homme.
Si nous volons à la défense de la porte de Sion, c’est que nous sommes très zélés pour la cité de Dieu, si nous nous tenons comme des sentinelles autour des remparts de David, c’est que nous sommes prêts à protéger Jérusalem de l’invasion.
Si nous empêchons les mains profanes de’ toucher l'Arche d’Alliance, c’est parce que nous sommes jaloux de préserver de toute profanation le Seigneur de l’Arche.
Si nous sommes si vigilants pour sauvegarder l’honneur de Marie, c'est parce que l’amour de Jésus-Christ nous presse. Si nous ne permettons pas d'enlever à son front très pur une seule guirlande, c’est que nous ne
| voulons pas qu’une seule qualité de l’humanité sacrée du Christ reste dans l’ombre, que nous désirons qu'il brille surtout dans la splendeur de sa gloire, et qu'il soit revêtu de la plénitude de ses perfections.
Mais me direz-vous: Pourquoi unissez-vous si souvent l’adoration de Dieu et la vénération de la Vierge bénie? Pourquoi de semblables salutations, Jésus et Marie soyez bénis? Pourquoi récitez-vous si souvent, et dans cet ordre, l’oraison dominicale et la salutation angélique ? N'est-ce pas dans la pensée d’enlever toute différence entre le créateur et la créature, et pour exciter le mécontentement d’un Dieu toujours jaloux de sa gloire ?
Ceux qui font ces objections se rappellent-ils que les louanges du Seigneur et de ses élus sont fréquemment mêlées dans les saintes Ecritures ?
Judith, en revenant de la tente d’Holopherne, chante ce cantique: “Louez le Seigneur, notre Dieu, qui n’a pas abandonné ceux qui espèrent en lui et qui a accom-
pli, bar moi sa servante, la miséricorde qu'il avait pro-
mise à la maison d'Israël.” Ozias, le prince du peuple d'Israël, lui dit: “Vous êtes bénie, 6 ma fille, par le Seigneur, le Dieu Très-Haut, au-dessus de toutes les femmes qui sont sur la terre... 11 a tellement glorifié votre nom que votre louange se trouvera toujours sur les lèvres des hommes (1).”’
Ecoutons l’Ecclésiaste. Après avoir glorifié Dieu pour Ses grandes œuvres, il fait aussitôt retentir les louanges d’Enoch, de Not, d'Abraham, d’Isaac et de Jacob, de Moïse et d’Aaron, de Samuel et de Nathan, de David et de Josias, d’Esaü et de Jérémie et d’autres rois et prophètes d'Israël (2). Sous l'inspiration du même esprit, Elisabeth s'écrie: ‘‘Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles (3).’°
Marie elle-même, sous l'inspiration de Dieu, s’écrie : “Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur... voilà que désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse (4). Voilà que les noms du créateur et de la créature sont mêlés comme des fils d’or et d'argent dans la même trame, sans provoquer la jalousie de Dieu.
Dieu jaloux de l'honneur rendu à Marie! Un père peut-il être jaloux de l’honneur rendu à son enfant ? Un architecte sera-t-il jaloux de la louange décernée à un temple magnifique que son génie a conçu et exécuté ?
Le temple vivant du cœur de Marie n’est-ce pas l'ouvrage du suprême architecte ? Ne doit-elle pas dire avec toutes les autres créatures de Dieu: ‘‘Vos mains, Seigneur, m'ont faite et formée ?”” N'est-ce pas lui qui a orné ce temple vivant des rares beautés que nous admirons? Ne l’avait-elle pas déclaré quand elle s’écriait :
(1) Judith, x.
(2) Ecc., xLint et suiv.
(HAS MEUC Tr
().:S Eu, rt
“Celui qui est grand a fait de grandes choses en moi? (1).
Dieu jaloux de Marie! Autant vaudrait imaginer que le soleil, s’il avait l'intelligence, serait jaloux aes nuages légers et dorés, qui l'enveloppent, réfléchissent son éclat et mettent dans tout son jour, son inaccessible splendeur. Autant vaudrait imaginer que la même lumière est jalouse de l'admiration que nous donnons à la belle rose dont les pétales épanouis, les riches couieurs et les délicieux parfums sont le fruit de ses rayons bienfaisants.
En unissant la gloire de Marie à celle de Jésus, nous imitons donc la sainte Ecriture; et de même qu'on n'a jamais soupçonné que les louanges prononcées en faveur de Judith, des rois vertueux et des prophètes d’Israël enlevassent quelque chose à l’honneur de Dieu, | bien moins encore nous diminuons la gloire du Fils en exaltant la Vierge bénie qu’il a choisie pour Mère.
Je trouve Jésus et Marie réunis à la crèche, en Egypte, | à Nazareth, dans le Temple, à la Croix. Je trouve leurs | noms associés l’un à l’autre dans le Credo de Nicée et des apôtres. Il est donc convenable que leurs noms aient une place commune dans mon cœur et qu’ils s’é- | chappent souvent de mes lèvres. Inséparables à la vie | et à la mort ils seront toujours unis dans ma prière. “Ce que Dieu a uni, ne le séparez pas.”